14 mai 2009

Junior Boys - Begone Dull Care (2009)

C'est aujourd'hui indéniable, Internet a imposé un nouveau rythme d'écoute et de découverte des disques. Souvent, on évoque les « leaks », ces fuites d'albums sur la toile plusieurs semaines avant leur sortie, conséquence entre autres des décalages de calendrier entre le continent américain et l'Europe. Begone dull care, troisième LP des Junior Boys, n'a pas dérogé à cette nouvelle donne. Sorti au Canada en mars dernier, il circule depuis de longs mois sur le net et arrive seulement ces jours-ci chez nos disquaires hexagonaux. On pourrait évidemment se montrer critique à l'égard de ce piratage mais, pour ma part, je ne pourrai regretter un seul instant ces précoces et précieuses semaines passées en compagnie du duo de l'Ontario. Et, serai certainement parmi les premiers à me procurer leur sublime nouvel opus.

Il y a cinq ans, Jeremy Greenspan et Matthew Didemus débarquaient avec Last Exit, un premier album de synthé pop futuriste délicieusement mélancolique et arrangé avec un extrême raffinement. Deux années plus tard, ils récidivaient et plaçaient la barre en un peu plus haut avec So this is goodbye qui leur valut alors un franc succès critique, dont notamment un 9/10 de la référence US Pitchfork (lien vers l'article) et le titre de « Best new music ». Bluffant, les deux garçons, qui ne travaillaient pas ensemble au moment de la formation du groupe – Jeremy Greenspan ayant fondé Junior Boys avec un certain Johnny Dark, parti convoler vers d'autres cieux avant même la sortie de leur premier disque – sculptent de brillantes tracks mêlant électro funk des 80's et balade pop profonde, sublimées par la tristesse languide du chant de Greenspan. Autant vous dire que Begone dull care était attendu avec une certaine impatience.



Le titre de ce disque est tiré d'un film de 1949 du Canadien Norman McLaren, traduit en français par « Caprice en couleurs ». Le réalisateur, bien connu également pour ses expérimentations en matière de musique électronique, était un adepte du film d'animation direct, travaillant manuellement sur ses pellicules pour les recadrer ou les peindre. Il y a de cette démarche créative sur Begone dull care où, au fil des morceaux, l'on se prend parfois à entrevoir les couches instrumentales successives déposées par le duo pour enrichir et donner corps à sa musique. Mais, évidemment, ce n'est pas la première chose qui sautent aux oreilles et interpelle. En effet, l'impression dominante reste sans aucun doute le luxe et la fulgurance des arrangements, tous aussi imparables les uns que les autres. Basses rondes et old school, arpèges de banjo en boucle façon Merriweather post pavilion – sur la merveilleuse « Dull to pause », nappes de synthés denses et micro-beats, la panoplie du duo canadien est étoffée et accomodée avec un goût de maître, à tel point que l'on en vient souvent à se dire que l'on pourrait aisément se contenter de ces belles plages instrumentales et se passer totalement de chant. Mais ce serait réserver un bien mauvais sort à Jeremy Greenspan et à son charme languide et badin.

Au fil des titres, la démonstration est aveuglante de maestria et les perles s'enchaînent les unes après les autres. « Bit and pieces », splendide exercice de micro-sampling agrémenté de breaks de saxophone. « Work » et son intro assassine à la Moroder sous speed ou « The animator » et son groove synthétique enivrant. La liste pourrait s'allonger et la classe du duo semble inaltérable. Si la réécoute forcénée du disque l'affadit quelque peu, gommant progressivement l'éclat des premiers instants pour exacerber un certain manque de profondeur, il n'en demeure pas moins un pur joyau. Etincelant.

En bref : Passe de trois pour le duo canadien Junior Boys. Après deux albums plus que réussis, un troisième disque de pop électronique somptueux, au sens du groove indéniable et aux arrangements à tomber. A quand le prochain ?



Le myspace des Junior Boys et le site web du label Domino.

Deux pépites extraites du l'album : « Dull to Pause » et « The Animator »

Les Junior Boys seront de passage au Rex le 11 juin prochain, en live et en compagnie de Circle Square, Jennifer Cardini et Mlle Caro. Pour la modique somme de 9,60 euros en prévente. Réserver ici

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13 mai 2009

Elvis Perkins - Ash Wednesday (2007) - Elvis Perkins In Dearland (2009)


Fabien nous parlait il y a quelques jours seulement du folk racé de Bill Callahan et dans le même registre l’Amérique peut désormais et à coup sûr compter sur un nouvel héros du genre. J’avais hésité il y a deux ans à vous parler de Ash Wednesday, premier opus impeccable d’un grand songwritter en devenir, mais cette année c’est la goute d’eau qui fait déborder ma platine, Elvis P. (ça vous rappelle quelqu’un ?) rajoute à son patronyme un suffixe imposant un groupe et non plus une entité seule. Elvis Perkins In Dearland est même à ce jour l’un des meilleurs quatuors de musiciens du pays de l’Oncle Sam.

En poussant un peu le bouchon, Nick Kinsey, Brigham J Brough et Wyndham Boylan Garnett ne sont plus très loins de The Band, le fameux groupe de Bob Dylan, auquel Elvis sera immanquablement comparé dans les années à venir. Redoutables à chaque instant, ils exposent à qui veut l’entendre une palette instrumentale sans fin : harmonica, violon, mélodica, trompette, contrebasse, banjo, harmonium… et bien sûr l’organe vocal vibrant et profond du chanteur qui témoigne en seulement deux albums à quel point il faudra compter sur lui. Ses textes sur la fragilité de la vie, poignants et humbles, sont autant de chansons de survie, à écouter en veillée au coin du feu. Comme si Rufus Wainwright jouait avec les musicos d’ Okkervil River.

Tout commence en 2007 avec ce Ash Wednesday sorti de nulle part. Elvis à la manière de Eels vient de subir deux drames familiaux coup sur coup. Sa mère était dans l’un des avions heurtant les tours. Son père (Anthony de Psycho) est emporté par le SIDA. Dur. Le disque est d’ailleurs scindé en deux parties autour du titre éponyme aux cordes larmoyantes, avant et après le drame. On s’en doute, comment aurait-il pu en être autrement, il y a de la mélancolie universelle dans chaque chanson, mais surtout un malheur transcendé par la simplicité des ponts et l’efficacité des refrains accouchant d’au moins sept titres sur onze à ranger au panthéon du genre.

"While you were sleeping" ouvre l’album, tout en douceur, grâce à d’intelligentes percussions (Gary Mallaben, le batteur de Van Morrisson, ainsi que Osgood Perkins aux tambours), une voix nasillarde et touchante et des cuivres finaux qui donnent une véritable identité. Cette chanson magnifique était alors la plus belle entrée en matière possible. "All the night without love" suit et introduit une instrumentation différente, presque manouche, encore une fois magnifique. Sur "May day !" Elvis tourne le dos aux préjugés et joue là où on ne l’attend pas. Un titre gai, à la guitare électrique sautillante et aux chœurs bordéliques. C’est l’influence Neutral Milk Hotel qui pointe le bout de son nez.

Plus loin sur "Moon woman II" et "It’s only me" Elvis revient à la douceur, seul avec sa guitare, pudique mais spontané. On commence à sentir l’ombre de Dylan qui s’expose complètement sur "Emile’s Vietnam in the sky" et son touchant violon. La deuxième partie, plus rigoureuse et plus lente, manque certes d’originalité mais pas de maturité (les arrangements de "Sleep sandwich", le piano de "Good friday"). Quelque chose s’annonçait mais on ne savait pas encore comment le prendre.

Et puis cette année, Elvis est de retour. Renaissant de ses cendres et musclant ses compositions, il nous livre un deuxième album inespéré de folk ancestral au tempo plus rapide que son prédécesseur. Le Zim n’est plus le seul inspirateur, on pense désormais à Woody Guthrie, mais aussi à Léonard Cohen, Paul Simon et encore NMH sur les parties les plus festives, ce "Doomsday" tout en cuivres à l’énergie monumentale qui lui aussi porte un parfum d’Okkervil River. Des cuivres qui sont désormais au centre des arrangements lumineux de la bande, drapant d’heureuses folk songs d’une couche de jazz bancal.

Equivalent de "While you were sleeping" du premier album, "Shampoo" ouvre celui-ci une nouvelle fois de la plus belle des manières, à l’orgue et à l’harmonica, tout simplement parfait. On retiendra également "Hours last stand" sous forme de marche funèbre, et "123 Goodbye" et son crescendo dramatique de piano, harmonium, batterie et cordes. Epoustouflant de long en large.

En bref : à 33 ans, Elvis Perkins vient de livrer deux albums majeurs de folk américain mais pas seulement. Il a aussi fondé un groupe immense, et transformé de manière universelle ses démons en chansons belles à pleurer. L’expression coup de cœur a toute sa place ici. Je vous interdis de passer à côté.
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Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : M. Ward - Hold Time (2009)

"While you were sleeping" et "Shampoo" les deux titres introductifs :



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Primavera Sound Festival de Barcelone 28-30 mai 2009


Du jeudi 28 au samedi 30 mai prochain se déroulera à Barcelone ce qui est considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs festivals de musiques actuelles en Europe. Lancé en 2000, il attire aujourd’hui plus de 60.000 personnes dont 40% d’étrangers. Situé en bord de mer sur le site du Forum, le festival propose cette année encore une programmation hors-normes forcément source de conflits cornéliens du style : "Shearwater ou Jeremy Jay ?" ou encore "Liars ou Deerhunter ?". Ne manquent finalement qu' Animal Collective et Grizzly Bear. En tous cas Dodb sera présent sur place et nous ne manquerons pas de vous faire un topo en rentrant.

Plus de programmation :
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Neil Young • My Bloody Valentine • Sonic Youth • Aphex Twin • Bloc Party • Jarvis Cocker • Yo La Tengo • The Jayhawks • Spiritualized • Michael Nyman • Throwing Muses • Saint Etienne • The Jesus Lizard • Ghostface Killah • The New Year • Phoenix • Shellac • Joe Henry • Art Brut • A Certain Ratio • Liars • Squarepusher • Herman Dune • The Vaselines • Spectrum • Deerhunter • Sunn O))) performing "The Grimmrobe Demos" • Black Lips • The Horrors • Andrew Bird • The Bad Plus • Jay Reatard • Gang Gang Dance • Kimya Dawson • Lightning Bolt • Magnolia Electric Co. • Oneida • Th' Faith Healers • DJ /rupture • Ariel Pink's Haunted Graffiti • Jason Lytle from Grandaddy • The Pains Of Being Pure At Heart • Dj Yoda • El-P • Simian Mobile Disco • Michael Mayer • Dan Deacon EnsembleJeremy Jay • A-Trak • Rhythm & Sound (Mark Ernestus) feat. Tikiman • Jesu • The Mae Shi • Alela DianeShearwater • Kitty, Daisy & Lewis • The Drones • Bat For Lashes • The Soft Pack • Damien Jurado • Fucked Up • Chad VanGaalen • The Bats • Tokyo Sex Destruction featuring Gregg Foreman • Crystal Stilts • Reigning Sound • Dälek • Marnie Stern • Dead Meadow • Vivian Girls • Ponytail • Ezra Furman & the Harpoons • Ebony Bones • Wooden Shjips • Zu • Crystal Antlers • The Bug • Bowerbirds • Joe Crepúsculo y Los Destructores • Wavves • The Tallest Man On Earth • Tachenko • Agent Ribbons • Women • Dj Feadz & Jackson • John Maus • Magik Markers • The Extraordinaires • Stanley Brinks featuring Freschard & Ish Marquez • Angelo Spencer • Karl Blau • Plants & Animals • Extra Life • Mahjongg • Muletrain • Andy Votel • The Secret Society • Carsick Cars • Tim Burgess (The Charlatans) • La Bien Querida • The Intelligence • Sleepy Sun • Maika Makovski • Half Foot Outside • Zombie Zombie • Veracruz • The Right Ons • Los Punsetes • Klaus & Kinski • The Lions Constellation • Duchess Says • Mujeres • Elvira • Lemonade • Girls • The Disciplines…

Le site du festival

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11 mai 2009

Magnetix - Positively Negative (2009)

J'estime trop le genre pour vous infliger les clichés habituels sur le rock garage qui sent la bière et la sueur, interprété par des faux débiles qui prennent un malin plaisir à mal jouer et mal chanter. Le garage sixties, c'est comme le psychédélisme : il s'agit de capter quelque chose qui échappait au rock fifties de papa. Capter des forces souterraines, primaires, des affects, des sensations, en deçà du langage. Ce que l'on peut dire, pourquoi le mettre en musique ?

Bon, tout ça c'est trés beau mais ça ne fait pas un groupe. Il faut beaucoup de talent pour se permettre de sonner comme dans un garage, et Magnetix n'en manque pas. Magnetix c'est Looch vibrato, et sa Fender Jazzmaster 66', et Aggy Sonora, et sa batterie Maya d'époque. Un groupe bicéphale issu de la scène garage bordelaise, qui tourne depuis 10 ans, a signé avec Born bad, et réalise, avec Positively négative, son deuxième LP.

Indéniablement garage, Magnetix a su, au demeurant, définir un style original, qui le distingue fortement au sein du revival garage contemporain. Le son Magnetix joue sur des effets d'hypersaturation, sans jamais verser dans l'esthétique hard rock. Historiquement la saturation est un objet de fascination pour le garage d'avant la pédale fuzz. Les Sonics se débrouillent comme ils peuvent pour saturer tous leurs sons, y compris leur saxophone. C'est dans cet esprit que les Magnetix conçoivent leur musique, davantage que dans un esprit lo-fi. On dirait que les cordes vocales de Looch Vibrato sont branchées sur une pédale fuzz, et on est impressionné par sa capacité à moduler l'effet. La guitare, bien entendu, déploie toute une gamme de nuances saturées, et ce jusqu'à l'extrême, où l'on a l'impression, parfois, qu'il y a plus de saturation que de guitare. On flirte, de temps à autre, avec quelquechose comme la noise music. La batterie est basique, souvent lourde au possible, sans être métallique ni trés explosive.

Bref, amateurs de voix riches en harmoniques, d'arpèges délicats, et d'expérimentations rythmiques, passez votre chemin... Ce qui ne signifie pas, pour autant, que notre couple magnétique poursuit cet idéal de musique simple et direct à la Ramones, et tel que les Black lips l'ont réactualisé.

Ça démarre trés fort avec ce qui constitue probablement LE morçeau de l'album : "Living in a box". Un riff lancinant et poisseux en ouverture , repris par les voix, puis soutenu par une guitare heavy et une batterie lente et éléphantesque, structure les couplets. De multiples breaks, servis tantôt par un fuzz extrême tantôt par une guitare claire et légérement reverbérée, introduisent le refrain, et nous font basculer dans un rythme plus rapide et syncopé, typiquemment sixties. Bel exercice de style, et qu'on ne se lasse pas de réécouter, entraîné par ses accélérations et décélérations. Qui a dit que le garage c'était bourrin ?

Après un intermède bien graveleux et assez marrant, où Looch Vibrato, de sa voix de pervers polymorphe bien crade nous raconte l'histoire d'une «UFO invasion in the fornication » ("Stranger in a dark"), puis un hommage récréatif au garage des anciens ("Stop to think"), nouveau morceau de bravoure nihiliste : "Mort clinique". Une guitare hypersaturée nous balance un riff minimal, relayé par... une guitare sèche, et ça fonctionne. La chanson est en français, et on se croirait, tout à coup, dans le futur volume III de la compil Wizz. Le second degré est de mise : «Je n'ai pas envie d'être en vie, quand les portes claquent de la nuit». Cette excellente face A se termine sur le trés dançant "Positively negative", où les larsen criards se mêlent à un clavier vintage particulièrement entraînant.

La face B ne nous caresse pas dans le sens du poil, avec "Head off" et "Trop tard", tous deux caractérisés par une voix blanche accordée au plus bas, et la vrille "Third eye", son rythme tachycardique et sa guitare hyperabrasive. Le continuum saturé de "Real Man" rappelle l'atmosphère brumeuse du crépitant "Ghost rider" des Suicide. Retour à des lignes mélodiques plus élaborées pour les potentiellement tubesques "HTA-TNT" et surtout "Hand's Lines". Les amateurs de mélodies trouveront, au final, aussi leur compte. L'humour conclut cette face B, avec un "Nonsense" instrumental qui vibre au son d'un orgue funéraire.

En bref : Un rock garage, à la fois élaboré et primitif, méchant et drôle, varié dans ses registres, qui expérimente les limites du musical, et touche directement le système nerveux. Une voix inimitable, qui serait celle d'un cerveau reptilien, s'il pouvait parler.


"Living in a box" :


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09 mai 2009

Bill Callahan - Sometimes I wish we were an eagle (2009)

J'use parfois de l'adjectif « noble » avec un peu trop de hâte, happé par l'ivresse de quelques mélodies profondes, déposant aussitôt sa marque sur le front de mes élus immédiats. Mais qui, avec raison et mesure, pourrait mieux mériter ce qualificatif que ce seigneur de la musique folk qu'est Bill Callahan ? L'Américain, actif depuis une vingtaine d'années et connu sous le nom de Smog pour ses épures mélancoliques et brumeuses – je pense en particulier au sublime A river ain't too much to love – ne devrait plus être à présenter tant son génie est éclatant. Son second album signé sous son propre patronyme en est une nouvelle preuve irréfutable, simplement éblouissante.

On n'aurait pu choisir meilleurs titre et pochette pour ce disque à la fois lumineux, racé, fougueux, trouble, apaisant et altier. Il y a de tout ça chez Bill. Inéluctablement, les mots manqueront. De ses débuts, Callahan a su conserver un certain sens du dépouillement et de la simplicité, illustré magnifiquement par ses balades feutrées construites autour de touches légères de guitares et de piano, discrètement soutenues par le rythme d'une batterie. Mais il sait aussi nourrir davantage ses compositions et y incorporer avec justesse des envolées symphoniques épiques à base de violons et de violoncelles, quelques riffs blues ou encore quelques pointes d'orgue ou de synthétiseur.


Sur Sometimes I wish we were an eagle, on passe successivement de l'ombre à la lumière, de la vie à la mort, des errements à la cavalcade, constamment couvé et rassuré par la voix chaude du chanteur du Maryland. Loin d'être linéraire, le disque ménage habilement ses moments de dépression puis de rémission, alternant à merveille temps forts et temps faibles comme on pourrait le dire en jargon rugbystique. De la balade solennelle « Too many birds » à la vigoureuse et dynamique « My friend », en passant par la brume macabre de « Invocation of ratiocination » et ses spectres vocaux. Les arrangements des titres sont tous littéralement à tomber par terre et laisse à chaque instant béat devant tant de pureté et de classe. De noblesse, oserais-je dire.

Un des sommets du disque est atteint avec le titre au nom prémonitoire « All thoughts are prey to some beast ». Grandiose voire grandiloquente, trépidante et majestueuse, sont des termes appropriés pour qualifier cette chevauchée courageuse et orageuse à laquelle se livre Bill Callahan. Les percussions claquent crûment et nous mettent en selle sans sommation, bravement nous avalons la distance sous les éclairs de violon et le tonnerre de quelques notes de guitare saturée. En deus ex machina, le chanteur joue sur ses moments d'absence et laisse longuement les instruments s'envoler, presque hors contrôle, surgissant ensuite pour quelques imprécations. Le souffle coupé, Bill ne nous lâche pas pour autant et nous tire ensuite lentement vers l'abyme avec « Invocation of ratiocination », court interlude sombre et ambiant, véritable ovni de l'album. Le mouvement s'achève sur une rédemption avec « Faith/void », dans le calme et la sérénité, doucement réchauffé par la voix radieuse et bienveillante du folksinger. Heureux et sauvé, il est grand temps pour nous de déposer les armes... et les couronnes de lauriers aux pieds de notre héros.

En bref : Héroïque et fragile, égarée et apaisée, une nouvelle grande œuvre d'un très très grand Monsieur de la chanson américaine, conjuguant merveilleusement envolées symphoniques et pureté folk. Impossible à ignorer.




Le myspace de Bill Callahan


All thoughts are prey to some beast.mp3

Eid ma clack shaw.mp3


"Jim Cain", premier titre de l'album, en live chez un petit disquaire de Colombus, Ohio :




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Grinderman - Grinderman (2007)

Quoi de mieux qu'un retour aux sources, à savoir le rock sauvage et déjanté de Birthday Party, pour l'illustre Nick Cave? C'est en effet un peu à cela que s'apparente ce faux side-project du crooner moustachu puisque pour les besoins de cet album, il s'entoure de ses mauvaises Graines, quasiment au complet. Seul le nom change, de même que la musique du groupe, qui oscille entre sauvagerie à la Jon Spencer et élans dignes de Suicide.

Dès "Get it on", les climats déglingués de Grinderman, qui exhalent une forte odeur de rock des marécages, prennent à la gorge, tenaces et mordants, et ne lâchent plus un auditeur pris au piège de ce rock poisseux, qui évoque l'Iggy des Stooges, bien sur, mais aussi ce que l'Iguane a tenté de faire sur "Beat'em up". Il en va ainsi sur la majeure partie du disque, en passant par "No pussy blues" et ses déflagrations d'orgue électriques jouissives, ou "Electric Alice" et son rythme paresseux, zébré de sonorités d'orgue, encore, décisives.

La quatuor est aussi capable (coupable?) de climats tendus, tout en retenue, comme sur "Grinderman", mais n'est jamais aussi bon que lorsqu'il se lâche complètement (le saccadé et tonitruant "Depth charge ethel"). Et plus loin, il se permet une accalmie probante sous la forme de ce "Go tell the women" feutré, presque jazzy, sur lequel Nick fait usage de son désormais célèbre chant suave et sensuel.

Chaque morceau suscite d'ailleurs un vif intérêt, ce qui devrait m'amener à évoquer toutes les chansons suivantes, dont "(I don't need you to) Set me free" délié et mené par une basse reptilienne, suivi de "Honey bee", fonceur et réalisant le parfait alliage guitares-claviers pour imposer une trame sonore grinçante et marquante.

Puis plus en avant dans l'album, "Man in the moon" et son ambiance délicate, auquel succède "When my love comes down", assez noisy et, à l'image de "Grinderman", dans la retenue.

Et pour finir, "Love bomb", porté par une batterie galopante, à la fois bluesy et délibérement rock'n'roll, qui clôt en fanfare un disque auquel on espère d'ores et déja une suite aussi déjantée. Super album, ce qui n'étonne guère dès lors qu'il est le fruit de Nick Cave et ses Bad Seeds "déguisés".

En bref: un "écart" concluant pour Nick le crooner, et la perspective d'un retour régulier à des sonorités, et des morceaux, proches de Birthday Party.




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08 mai 2009

Magma - Concerts à l'Usine de Istres et au Théâtre du Rhône de Bourg Les Valence

Magma. 40 ans d’évolution. 9 albums en studio, tout autant en live. Ce qui au final n’étonne pas : le groupe prend sa véritable dimension sur scène; il recompose au grès des dates les morceaux "figés" dans la cire et travaille chaque soir de nouveaux titres comme à des sessions d’enregistrement publiques.

Cet anniversaire (40 ans donc pour ceux du fond qui ne suivent pas, le groupe s’est formé en 1969) est le prétexte à une tournée mondiale et donne l’occasion à la formation de rencontrer son public de plus en plus nombreux. Les générations s’accumulent au fil des ans si bien que la musique de Magma rassemble à la fois les sexagénaires fidèles depuis l’origine et les jeunes adultes en quête d’une alternative. Cette alternative n’est peut-être pas dans les propositions de certains groupes actuels. Ils rabâchent parfois trop des sonorités acquises à la fin des années 70 début 80. Leurs univers semblent surfaits, impersonnels. D’autres groupes s’expriment à travers le festif à caractère régional. Mais là aussi il semblerait que la lassitude s’empare de celui qui suit le chemin "qui tourne en rond" autour du clocher du village. Bref, la coulée de lave magmatique, puissante et tranquille, suit son sillon de plus en plus long, de plus en plus large. Le voyage est riche en paysages, en couleurs. Un univers en éternel mouvement.

Pour revenir aux concerts en eux-mêmes, et pour être très précis, sur scène Magma a la formation suivante (et par ordre alphabétique s’il vous plaît) : Hervé Aknin au chant, Benoît Alziary aux vibraphone et claviers, Philippe Bussonet à la basse, Isabelle Feuillebois au chant, James McGraw à la guitare, Bruno Ruder au piano electrique, Stella Vander au chant et Christian Vander à la batterie et aussi au chant. Le choix des titres ne se fait pas dans une sélection d’incontournables du groupe, la tracklist opte plutôt pour une relecture d’anciens morceaux ("Hhaï", "Zombies") imbriqués dans des compositions récentes et inédites ("Felecite Thosz", "Whohst Klahmeuhn" entre autres) ainsi qu’un titre souvent joué live depuis longtemps par le groupe, "Emëhntëht Rê". Une version studio de ce dernier n’aurait été enregistrée que récemment et demeure inédite à l’heure actuelle.


Le set se compose de trois parties distinctes : deux parties d’environ cinquante minutes chacune et le rappel; rappel où selon les dates sont joués "Kobaïa" (morceau d’ouverture du premier album sorti en 1970 intitulé sobrement Magma) et "Ballade", titre inédit. Nous n’avons pas pu écouter la ballade ces soirs-là pour différentes raisons. Le voyage sur les deux longues plages se fait sans problème au gré d’envolées martiales, de passages planants, d’accalmies romantiques. La voix de Stella Vander n’a pas perdu de sa grâce et de sa précision. Le travail de Benoit Alziary au vibraphone est impressionnant, malheureusement en retrait sur la balance du concert de Bourg Les Valence (ça rime, cool). Les mauvaise langues diront que la voix de Hervé Aknin est un peu juste car ils sont déçus de l’absence de Klaus Blasquiz (chanteur originel de Magma). Mais sa voix est agréable et s’harmonise bien avec le duo féminin. Le jeu du bassiste reste carré, je n’ai rien entendu de très notable mais fais-je erreur ? Le guitariste est dans la lignée des gratteux de progressif et il sait être toute à la fois saillant et lancinant. Les seuls petits défauts majeurs des deux représentations sont un solo de piano (eux, ils appellent ça un morceau inachevé, pourquoi pas) et la fin de "Emëhntëht Rê/Funerarium Khant" un poil long et éprouvant (c’est voulu je pense et ça fonctionne mais on en sort un peu épuisé). Christian Vander est toujours en possession de sa douce puissance et parvient encore à insuffler une énergie sourde et permanente. Ce ronron volcanique est parfois accentué d’envolées ou de syncopées qui galvanisent les morceaux. Le vrai clou pour l’auditoire est quand Christian Vander utilise son réel talent vocal. Ce moment de jubilation est partagé à l’unisson sans retenue.

Le voyage d’à peu près deux heures sur le sentier kobaïen semble n’avoir duré qu’une micro- seconde. C’est avec une cruelle déception que les lumières de la salle se rallument. On ne se sépare pas sans que le groupe et le public ne se soient mutuellement remerciés de ce petit bout de chemin partagé ensemble. Fini le voyage imaginaire, retour à l’implacable réalité. Reste à savoir écouter notre cœur, à ne pas hésiter à fermer les yeux (attention à la marche quand même) afin de prolonger dans notre cerveau, fragilisé par cette récente émotion, le voyage sur cette planète, pas si éloignée que cela de la notre finalement, ils l’ont nommé Kobaïa.

Un grand moment dans la lignée des voyages spatio-temporels pendant lequel le laid devient beau, la guerre devient paix, le chaos devient musique. Une alchimie musicale des temps immémoriaux.

le myspace


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07 mai 2009

The Field - Yesterday And Today (2009)

Dur, dur, de donner suite à un premier album exceptionnel. Surtout dans le domaine de la techno, où les goûts du public peuvent radicalement changer d’une année sur l’autre. Le plantage de Gui Boratto, attendu au tournant après son Chromophobia, nous l’a encore confirmé très récemment. From Here We Go Sublime, premier long du Suédois Axel Willner, était lui aussi sorti en 2007, et avait lui aussi connu un succès critique et commercial, assez inespéré si l’on tient compte de son contenu plutôt rugueux. The Field avait alors posé les fondations d’une ambient-techno nouvelle génération, moins alanguie et plus intense, qui empruntait autant à Gas qu’au shoegazing, le tout sur un mode répétitif et monolithique qui donnait parfois l’impression d’écouter un disque rayé.

Yesterday And Today n’a pas la puissance et l’austérité éblouissantes de ce premier jet, mais ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. C’est un album plus réfléchi, construit, marqué par un souci de plaire et de se diversifier - ce qui ne sera certainement pas du goût des fans les plus hardcore. Pour ce faire, Willner, qui vit aujourd’hui à Berlin, est retourné en Suède pour s’entourer de quelques potes et installer un studio éphémère dans la maison de campagne de l’un d’eux. Enregistrées dans des conditions de semi-live, les six très longues plages (dix minutes de moyenne) présentent donc de nombreux éléments instrumentaux, au premier rang desquels la basse de Dan Enqvist et la batterie de John Stanier (Battles). Ce dernier, justement, ne laisse pas d’impressionner par la violence de ses coups de boutoirs, notamment sur le morceau-titre et son final complètement kraut.


Avec cette nouvelle équipe, The Field ose ralentir le tempo et s’engouffrer dans de nouveaux espaces. Sur le gargantuesque “Sequenced”, qui clôt l’album, il tente une percée dans la cosmic disco, honorable sans toutefois égaler les maîtres scandinaves de la catégorie. Mais le track le plus surprenant reste ”Everybody’s Got To Learn Sometimes”, une cover des Korgis qui concrétise les désirs pop inavouables de son géniteur. From Here... contenait déjà, c’est vrai, son lot de samples FM incongrus, avec entre autres Lionel Richie, Fletwood Mac ou Kate Bush. A chaque fois, pourtant, il s’agissait d’extraits microscopiques qui nous cantonnaient à un : “J’ai déjà entendu ça quelque part”. Cette fois, le producteur met les pieds dans le plat en livrant une reprise en bonne et due forme, même s’il ne garde pas l’intégralité des parties vocales. Le thème est repris par d’énormes vagues de synthé, tandis qu’un glockenspiel sadique s’acharne à battre la mesure. C’est grandiloquent, facile, cheesy, tout ce qu’on veut... Mais ça marche !

Téméraire sans être stupide, Willner offre également trois pistes plus proches de ses prods précédentes. “The More That I Do”, avec son échantillon des Cocteau Twins et sa voix féminine bégayante, est la plus typiquement fieldienne du lot, comprenez : immersive et obsédante, soufflant le froid et le chaud sans jamais permettre à l’auditeur de reprendre ses esprits. Cette impression de traverser un tunnel interminable et étouffant transparaît aussi sur “Leave It”, pour une autre raison : c’est un track décent mais beaucoup, beaucoup trop long. Avec son titre magnifique, “I Have The Moon, You Have The Internet” est plus riche en détails et plus organique, tout en montée. Globalement, malgré de très bons moments, Yesterday And Today me donne surtout envie de me replonger dans son incroyable prédécesseur, ce dont je ne me prive pas au moment d’écrire ces lignes.

En bref : à défaut de rééditer le miracle de son premier opus, The Field lui donne un successeur plus qu’honorable, s’essayant même au krautrock et à la pop avec réussite. On ne peut pas pondre un chef-d’oeuvre à tous les coups !



The Field - Everybody’s Got To Learn Sometimes.mp3



Le site et le Myspace de The Field
Le site de Kompakt
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Masomenos - The Third Eye (2009)

Auriez-vous cru qu’un jour un disque estampillé Costes pourrait être chroniqué sur Dodb ? Personnellement, je n’y aurais pas mis ma main à couper, ni quoi que ce soit, d’ailleurs. C’était sans compter sur le sens du marketing de la maison parisienne, qui a tout de même fini par sentir que le vent avait tourné et que la compilation bobo-lounge était devenue synonyme de beaufitude post-moderne. La série “Costes présente...”, dont voici le second volume, a donc été pensée pour redorer le blason de la compagnie hôtelière et lui rendre une crédibilité sur la scène électronique. Et c’est le duo Masomenos qui a été choisi pour assumer cette lourde (pour ne pas dire impossible) tâche, d’abord avec la compilation mixée Bon Voyage (2007), ensuite avec ce premier album, lui aussi mixé, à paraître le 11 mai.

Les douze morceaux proposés résument idéalement le son de ce binôme ultra-fashion composé de la DJ et graphiste Joan Costes (qui a dit “pistonnée” ?) et du réalisateur/producteur Adrien de Maublanc. Sur une base house aux basses lourdes, Masomenos se livre à d’astucieux collages en utilisant des samples et citations inattendus, comme sur "Ma Saucisse” (!), où résonne la "Gnossienne n°1" d’Erik Satie - le titre évoque par ailleurs le Ricardo Villalobos des débuts, le côté dubby en plus. Sans doute le meilleur moment du disque. Si le tempo ne ralentit presque jamais sur Third Eye et s’avère à la longue un poil répétitif, les ambiances varient suffisamment pour éviter l’ennui - exception faite d’un petit passage à vide à mi-parcours. Le Camerounais Firetongue apporte une touche afro-latine avec ses percus et sa guitare. Quant à Curro Savoy, siffleur attitré d’Ennio Morricone pour les B.O. de Sergio Leone, il fait quelques apparitions pour accentuer l’aspect cinématographique du voyage.

Pas de grosses nappes synthétiques, ni d’arpèges en cascade : c’est bien à l’école minimale qu’ont été éduqués Joan et Adrien. Le son est plutôt sec, et les samples comme posés en retrait d’une rythmique toujours assez funky. En fait, Masomenos fait souvent penser à Nôze dans sa manière de disséminer les éléments instrumentaux dans ses programmations. Cette analogie est absolument évidente sur “Valse”, track euphorique réalisé avec le Turc Sis, qui rappelle fortement “You Have To Dance”. Nôze faisait d’ailleurs partie des invités de la release party de Third Eye à l’Elysée-Montmartre, il y a quelques jours. On a connu pire parrainage.

En bref : un premier album intéressant, même s’il s’agit davantage d’une compilation de maxis. Des samples intelligents, beaucoup d’humour et un univers funky et coloré... Entre Nôze et Villalobos, les frenchies de Masomenos signent une belle pièce de house minimale. A surveiller.



Le site et le Myspace de Masomenos

A lire aussi : Nôze - Songs On The Rocks (2008) et dOP - The Genius Of The Crowd (2009)
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V/A - Devdas Soundtrack (2002)

Devdas sort en France durant l’année 2002 dans une quasi indifférence du public français dit "de souche", à part pour quelques fans avisés du cinéma indien dont je ne faisais pas partie à cette époque. En revanche pour les originaires du Moyen-Orient ou plus loin encore du côté du Pakistan et l’Inde, c’est l’événement à ne pas manquer. Les grandes stars du moment jouent dans le film : Madhuri Dixit, Aishwarya Rai, Shahrukh Khan, Jackie Schroff. Le film est la super production comme l’Inde en produit régulièrement, à l’instar de Lagaan ou Mangal Pandey, destinée en particulier à être la vitrine du savoir-faire de l’Industrie cinématographique indienne pour l’Occident. Dans le cas de Devdas, le film ne cherche pas à briser les idées reçues : romance, drame, danse, chant et musique.

En ce qui concerne donc la musique et le chant, je parie que c’est surtout pour cela que vous traînez sur le blog, le département artistique n’a pas fait dans la demi mesure non plus. Si l’histoire en elle-même ne fait pas vraiment l’intérêt du métrage (fond social intéressant mais forme très mélodramatique), les parties chantées et dansées sont toutes à classer dans l’anthologie du genre. Puisant autant leurs inspirations dans les traditions "folkloriques" des différentes régions de l’Inde que dans la grandiloquence des orchestres symphoniques hollywoodiens des années 30/40. Les compositeurs Ismail Darbar, Monty et Pt Birju Maharaj réussissent un syncrétisme musical dont chaque mélodie envoûte, chaque envolée saisit, chaque rythme transporte. Les instruments traditionnels, tels que santoor, sitar, tablâ, tampura ou vînâ pour ne citer que ceux-là et dont les sonorités peuvent paraître rébarbatives voire agressives pour le néophyte, prennent ici une dimension de divertissement pur, sortis de leur contexte de musique méditative et contemplative.

Le talent des chanteuses et chanteurs principaux sert à merveille les textes poétiques et dramatiques de Nusrat Badr et Sameer. Dans le cinéma indien chaque acteur qui incarne un personnage principal a sa "doublure chant" (peu d’actrices et d’acteurs chantent eux-mêmes). Quand un artiste atteint le statut de vedette la même "voix chantée" le suit tout au long de sa carrière dans la mesure du possible. On retrouve entre autre Udit Narayan, Kavita Khrisnamhurty et Shreya Ghosal au sommet de leur forme vocale. Il faut certes aimer les voix féminines aiguës qui vous chatoieront le cœur et celles masculines graves qui vous éclairciront l’âme. Bien sûr c’est un peu plus nuancé que ça mais tout cela pour dire que l’on sort des standards vocaux habituels. Les voix sont utilisées à des fins émotionnelles mélancoliques (je pense aux morceaux "Silsilia Ye Chaahat Ka", "Bairi Piya") ou généreuses ("Chalak Chalak", "Kaahe Chhed Mohe").

L’écoute du disque hors contexte du film se fait sans problème, la connaissance de l’histoire est un petit plus à savourer par les jusqu’au-boutistes. Les autres, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur les sites dédiés aux clips musicaux extraits du film (en particulier les titres "Dola Re Dola" et "Maar Daala") car les chorégraphies sont de très grande qualité et finiront par donner le "coup de grâce" à ceux qui n’avaient pas encore baissé le bouclier des préjugés. Si après tout ça, ça ne passe toujours pas, bien ce n’est pas grave, ce sera peut-être pour une prochaine fois.

En bref : plus qu’une simple musique de film, un concentré d’énergie et d’élégance à consommer sans aucune modération ; l’émotion décomplexée à l’état pure.





Plus d'infos sur le film

A lire aussi : David Lych - Inland Empire Soundtrack (2007)


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06 mai 2009

Grizzly Bear - Veckatimest (2009)

C’est désormais admis par tous, il y aura un avant et un après Merriweather Post Pavillion. Ca a été dit et redit, le collectif animal a perché la barre bien haut en début d’année, délaissant leur folk foutraque des débuts pour redéfinir la pop contemporaine, rien de moins. C’est exactement le chemin pris par leurs voisins et désormais rivaux Grizzly Bear, dont la troisième livraison cette année est attendue comme le messie par la foule indé. Tout le monde ou presque connait le mini scandale qui a fait que Veckatimest a été disponible très tôt sur internet, "leaké" seulement six jours après son enregistrement dans une version non définitive. Un contrepoint parfait à cette chère loi Hadopi mon cul, démontrant au passage que lorsqu’un album est bon, téléchargement illégal égale buzz et buzz égale pré-commandes en masse. Ajoutez à ça une édition vinyle limitée avec packaging et livre couleur réalisés par l’artiste de Chicago William O’Brien et le stock est en rupture.

Tout commence vraiment avec Yellow House en 2006 qui éleve le collectif de Brooklyn au rang de groupe à surveiller. Des premières parties prestigieuses (TV On The Radio), un side-project cohérent (Department Of Eagles) pour Daniel Rossen et dorénavant un groupe qui travaille à une autre échelle. Enregistré de juillet 2008 à février 2009 en complète autarcie, Veckatimest est censé être l’album le plus collectif de la bande. Complètement déridés dans l’écriture comme dans l’interprétation, Edward Droste, Chris Bear, Chris Taylor et enfin Daniel Rossen ont maintenant chacun leur mot à dire. S’imposant en explorateurs sales et isolés (Veckatimest est le nom d’une petite île déserte), le combo devient ultra prolixe, et ne garde que 30% de ses enregistrements pour ce qui sera l’album final. Le résultat, après une bonne dizaine d’écoutes toutes plus passionnantes les unes que les autres, comble et surpasse toute attente possible.

Tout comme sur Yellow House l’on retrouve cette étrangeté lumineuse dans l’écriture qui ne ressemble vraiment à rien d’autre. La science du décalage est de rigueur, vous ne trouverez aucun schéma couplet / refrain, seulement des structures rares et fragiles, ornées d’enluminures et d’orchestrations encore une fois uniques et indescriptibles. Le même sentiment qu’à l’écoute de Merriweather, l’impression d’entendre quelque chose de neuf, raffiné au possible et pourtant anti prétentieux. Pas de chichi, pas d’esbroufe, l’idée de départ était de faire un disque intense et effervescent, c’est réussi. Les titres sont majoritairement longs (autour des 4 minutes), mais aucune monté n’est inutile, chaque note, chaque son, chaque bruit est à sa place. Comble du bonheur, cette face A d’anthologie, parfaite, tout simplement.
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Quel enchaînement, quelle ouverture… Ce "Southern point" qui me laisse bouche bée, avec sa chevauchée qui maintient le souffle jusqu’à la mélodie, dans un genre entre le swing et l’électronica, assurément l’un des grands morceaux de l’année avec "My girls", sur près de 5 minutes qui passent sans que l’on ne s’en rende compte. Les Grizzly réinventent l’usage de la guitare sèche et rentrent de plein pied dans la combinaison encore une fois chère à Animal Collective, à savoir l’entremêlement d’harmonies entre les instruments et les voix. C’est encore plus le cas sur le doo-wap lunaire "Cheerleader" où la voix de Victoria Legrand (Beach House) assure un contrepoint parfait avec celle d’Edward, faite en cristal pur. Mais revenons un peu en arrière, avec la beauté magique du deuxième et troisième morceau, "Two weeks" et "All we ask". En quatre titres, tous sur la même face, Grizzly Bear a déjà gagné son pari.

Inspirés selon les intéressés par les compositions des années 50 et les vieilles mélodies, les morceaux aux textures soyeuses de cordes et de bois empruntent également leur rythmique au jazz. "Hold still" m’évoque même un vieux Disney, avec ses envolées sensibles et ses sonorités intemporelles. Hélas, tout comme sur Merriweather, la seconde face a tendance à s’essouffler malgré un "While you wait for the others" de grande classe, et un renversement mellotron à 1’50" chez l’excellent "Ready, Able". Malgré quelques temps morts en deuxième période, Warp tient là son plus gros groupe, et l’un des trois meilleurs disques de l’année à l’heure qu’il est. Tout ce que j'ai écouté depuis m'a paru si fade...

En bref : baroque et unique en son genre, Veckatimest est un futur classique qui hisse Grizzly Bear au rang de groupe majeur de cette décennie. Le duel qui l’opposera à Animal Collective dans les années à venir s’annonce passionnant.

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"Two weeks" en live, mais assez proche du son de l’album :

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05 mai 2009

Butch McKoy - Welcome Home (2009)

Ils n’ont pas fini de nous faire fantasmer ces américains avec leurs cowboys, leurs indiens et leurs larges territoires qui sentent bon le sable chaud. Dire que ce premier album solo du chanteur du groupe rock psyché français I Love UFO sent la poussière et la canicule serait un euphémisme. C’est un désert à lui tout seul, auquel l’accès semble restreint dans un premier temps à toute personne susceptible de faire usage de psychotropes. Les volutes de peyotl flottent, le tipi remplace le studio, le chant est chamanique, pas étonnant que les principaux faits d’arme du gus soient la première partie live de Wooven Hand et une apparition plage sept de la compilation Voyage. Mastérisé en Californie, chanté en anglais, Butch McKoy chasse définitivement sur d’autres terres.

Ses attachés de presse sont formels, Welcome Home est un disque introspectif, écrit avec du jus de trippes. Soit. Mais comment eut-il pu en être autrement ? De la première à la 48ème minute des treize morceaux présentés, la spiritualité transpire, suinte, s’infiltre. Tantôt possédé, tantôt dépouillé Butch semble raconter son voyage initiatique suffocant et angoissant. Un trip du genre bad, pourtant sans excès et authentique.

Seul sur pratiquement chaque morceau, avec sa guitare comme principal exutoire, Butch - qui tire son (sur)nom d’une bande dessinée - a fait le (juste) choix du minimalisme. A peine quelques réverbs bien placées, juste assez pour étendre la catégorie folk entre les étiquettes psyché et expé, j’en suis sûr, sans le faire exprès.

Vous l’aurez compris, Welcome Home ne contient pas de single dancefloorisable, mais tout juste les relativement enlevés "On and on" et "On the road". Le reste, bien plus sombre et lancinant, risque de vous évoquer les récents Black Angels (par ailleurs designeurs en chef de la pochette), Liars (à la rigueur) et forcément quand on parle de peyotl, Mister Jim Morrisson et Master Syd Barrett. Si et seulement si vous lisez encore ces lignes à l’heure qu’il est, c’est que le genre vous intéresse, et que vous pouvez alors vous délecter sans problème de "Stars", "1000 Dreams" et de la magnifique ballade "Story of a child", avant de sortir du tipi exténué mais satisfait d’avoir confronté votre démon.

En bref : sombre, violent et minimaliste à la fois, un jeune français touche à tout frappe très fort dans un genre habituellement réservé aux américains.
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Le Myspace
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A lire aussi : V/A - Voyage, Facing the history of french modern psychedelic music (2008)
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A la bougie :

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02 mai 2009

Archive - Controlling Crowds (2009)

Le principe de la tour d'ivoire : regarder bien de là-haut ce qui se passe et infliger à de pauvres manants qui n'ont rien demandé, une bouillie sonore sans forme ni odeur, juste insipide. C'est le dessein du projet de Darius Keeler et Danny Griffiths, qui avec beaucoup d'auto-d'indulgence n'épargnent rien, ni personne dans le registre suppositoire planant depuis quelques albums.
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Rappelons que le génial duo a pour habitude de virer ses chanteurs (ou chanteuses) - ou de les décourager - album après album ; les plus vigoureux tiennent deux ans ! Ici, on n'a pas gagné au change, puisqu'une espèce de mauvais imitateur de Michael Stipe sévit dès le barbiturique d'ouverture, le très long, trop long, éternel morceau-titre : plus de 10' de planerie inepte, bâillements...
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Alors, ce qui pouvait encore passer sur Noise (2004) qui offrait encore quelques morceaux potables, voire -mais avec beaucoup de mansuétude- sur Lights (2006), n'est simplement plus possible ici ! Le groupe qui prétend ainsi "contrôler les foules" atteint sûrement son but, si l'on en juge par la cohorte de fans béâts qu'il draîne, et la mauvaise humeur fatiguée des critiques anesthésiés qui doivent rendre compte des concerts assommants d'Archive !
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Notez que votre serviteur a  donné, mais c'était il y a bien longtemps, à l'époque de Take My Head (1999) qui proposait quelque chose de tout à fait différent, au moins dans le format et sur le plan vocal -une émule de Tracey Thorn pas désagréable occupait le poste à l'époque- mais déjà......l'on sentait le mal poindre ! En effet, les deux gus jouaient de leurs kits de batterie et synthés, derrière un paravent de plexiglas, sans doute pour mieux protéger leur matos de glaviots inappropriés, et pour mieux introduire une atmosphère de convivialité avec leur public !
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Depuis, le groupe se prend pour Pink Floyd, mais celui de la pire période, Ummaguma et tous les pénibles soundtracks qui vont avec ! Ici, le plus drôle, c'est que cette chose est divisée en 3 parties -sans doute conceptuelles, coco !- bien que de vous à moi, on s'en foute, pour être honnête.
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Il y a le single "Bullets", horripilant, un morceau ironiquement intitulé "Kings Of Speed" (faut-il en rire ?), qui traite sûrement de la drogue du même nom. En fait, deux, trois passages passables émaillent ce pensum : il s'agit des titres où intervient le chanteur trip-hop Rosko, présent sur le premier et classique Londinium (1996). Mais il y a tromperie sur la marchandise, dans la mesure où la promo de ce disque insiste lourdement sur ce qui n'est qu'un épiphénomène dilué sur plus d'une heure de sonorités absconces.
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Il faut oser le dire : très peu de plaaaaaaages de ce Controlling Crowds trouveraient droit de cité à un vernissage de la collection de Rollex du désopilant Jacques Séguéla. La seule utilité que l'on trouve à ce double CD (car il y a deux CD sur la version collector !), c'est d'éventuellement servir d'épouvantail à moineau sur les branches d'un arbre.
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Pour cette raison évoquée -car on est consciencieux, et on ira jusqu'au bout de l'épreuve- , on se met à prier que le disque ne recèle pas de morceau caché. Car cette odyssée qui se voulait onirique au départ, aura vite fait de transformer l'atmosphère douce et ouatée de vos rêves en de redoutables cauchemars !_
Pas écouté de truc aussi chiant depuis le dernier disque beuglé d'Eudeline et la dernière livraison de Christophe, envers qui le respect empêche de dire du mal.
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Allez, conservez un souvenir ému de Londonium et de certaines plages déjà lointaines de Take My Head, et évitez le chemin de cette logorrhée hippie ; il y a trop de disques à écouter et (re)découvrir.

En bref : les plaisanteries les plus courtes sont toujours les moins longues ! Enième boursouflure sonore d'un duo de faux apprentis sorciers jadis inspirés, qui mise désormais sur la longueur éreintante pour faire passer son fumeux message.

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le site officiel et le Myspace
"Bullets" (la mort dans l'âme) :

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Depeche Mode - Sounds Of The Universe (2009)


Au rythme désormais d'un album tous les 4 ans, les trois de Basildon n'opèrent plus que lorsqu'ils ont quelque chose à dire, diront les plus fervents, ou alors pour seulement relever les compteurs, objecteront les plus cyniques. Il est en tout cas loin le temps où d'affreuses contrepèteries ("les pédés moches") affluaient dans une presse rock 80's qui, si elle ignorait encore qu'elle couvrait l'une des périodes les moins fertiles de la pop music, avait trouvé spirituel de vouer le groupe anglais aux gémonies, ne jurant que par les sons de guitare d'époque, dont beaucoup, il faut bien le reconnaître, ont terriblement vieilli.

Voici au mot près ce que la critique Laurence Romance éructait dans Best sur une performance live de Depeche Mode : "Cette musique, faite de chiures de synthés, ne mérite aucun commentaire. Je les hais !". Le moins qu'on puise dire, c'est qu'en dépit de leur phénoménal succès, Depeche Mode manquait d'une reconnaissance et d'une crédibilité rock en 1985.

Moins d'une décennie plus tard, c'était formidable, car sous prétexte que Depeche Mode réhabilitait ses guitares sur Violator (90), le groupe de parias de l'époque guitare claire, était devenu le champion d'une pop synthétique et racée, les égaux de Kraftwerk, pas moins ! Alors que la vérité était évidemment autre : si le groupe méritait une si belle comparaison, c'était plus en vertu de sa capacité à composer d'imparables hymnes pop, tous plus bien fichus les uns que les autres, que de sa volonté de renouveler son instrumentation. Le poum-poum tchak indus avait de toute façon atteint ses limites, et quoi de plus naturel que d'enrichir sa discographie ! De "Shake The Disease" à "Personal Jesus", même combat : l'excellence de la mélodie.

Et donc, ce nouvel opus était attendu avec curiosité, compte tenu que le précédent Playing The Angel (2001), qui voyait l'affranchissement de Dave Gahan en terme de compositions, avait laissé un goût mitigé. Qu'en serait-il sur ce 12ème effort qui s'annonçait sous les meilleurs auspices, sur la foi d'un single imparable, ce "Wrong" rédempteur, à la rythmique ralentie ?

Eh bien, le résultat est une nouvelle fois décevant ; non que cet album ne puisse s'écouter d'une traite, mais il manque quand même cruellement de chansons mémorables, du type de celles que l'on pouvait grapiller sur le fantastique Songs Of Faith And Devotion (1993) - 16 ans déjà ! - ou sur son petit frère, le très estimable Exciter (2001).
S'il est vrai qu'il faut parfois se méfier de ces titres d'albums racoleurs et génériques - et ici, plutôt redondant - on est quand même en droit d'être passablement déçu par cette cuvée 2009 qui ne soutient pas la comparaison avec son brillant single. Si les 3 premières écoutes font éventuellement repérer quelque nouveau titre à sauver, ("In Chains", "Fragile Tension"), c'est la panne sèche complète jusqu'à allez... la réhabilitation de "Peace", sorte de gospel à l'ancienne, telle qu'aurait pu en inventer un Kraftwerk qui aurait collaboré avec des Stranglers juvéniles, (c'est-à-dire quadras !), période "Duchess".

Pour le reste, même Martin L. Gore, l'habituel démiurge du groupe qui a donc accepté de partager les pleins pouvoirs à nouveau (pas sûr que ce soit la meilleure idée qu'il ait eue !), se fourvoie jusqu'au chant, sur un "Jezebel" bien convenu.

On attendra le suite pour juger s'il s'agit d'un véritable essoufflement, ou bien si le chiffre 13 porte bonheur à Depeche Mode.

En bref : quand on est habitué au caviar, difficile de revenir aux oeufs de lump : un brelan de morceaux tubesques, un chant de plus en plus affirmé et moins raide qu'à l'accoutumée, mais à l'arrivée, et assez nettement, l'un des moins bons disques de Depeche Mode.




le site

"Peace"

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01 mai 2009

Crystal Antlers - Tentacles (2009)

Il est décidément difficile cette année de ne pas tomber dans l’un des nombreux pièges de cristal que la musique indé nous a réservés. Le buzz autour de celui qui nous occupe ici est un exemple en la matière : quelques concerts explosifs, un Myspace qui tourne et un premier Ep encensé par Pitchfork, le trio gagnant en somme. Pourtant le combo ne vient même pas de Brooklyn mais de Long Beach, Californie, et ce n’est pas Dave Sitek qui est à la production mais bel et bien le claviériste Ikey Owens (The Mars Volta), en tous cas en ce qui concerne l’Ep. Enfin, attrapez vos mouchoirs, ce premier album marque la fin d’une histoire puisque crise oblige, c’est aussi le dernier du fameux label de Chicago Touch & Go.

A quoi tient donc cette réputation explosive ? Parce qu’à l’écoute l’album se présente plutôt difficile d’accès, carrément cacophonique pour les non-initiés, marquée par un son volontairement crado en permanente mutation. Alors pourquoi ça marche ? Parce que la pochette est magnifique, mais pas seulement. Enregistrées en une semaine par Joe Goldring et sans quitter le studio, les treize chansons des "cornes de cristal" sont non produites et captées live - à peine a-t-on rajouté quelques bois, cuivres et pianos - gorgées d’effets et de réverb. Le style, entre la prog (malgré des morceaux très courts), la noise (beaucoup, beaucoup de bruits), le grunge (le chant, que dis-je, le hurlement de Johnny Bell) et la pop (compositions complexes, changements de tempo incessants) est carrément épileptique.
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Mais voilà, écoutes après écoutes (et finalement pas tant que ça), le disque dévoile toutes ses richesses et se montre même brillant. Foutraquement dense, explosif et tourmenté, il regorge de riffs cachés (Andrew King à la guitare), toute basse en retrait et chant en avant (Johnny Bell également à la basse). D’ailleurs quelle voix ! Cela faisait longtemps que l’on ne m’avait pas bougé les trippes à ce point. Autre force de ce disque tournoyant, les morceaux n’attendent pas et commencent dès les premières secondes. Seule "Several tongues" s’autorise sept longues minutes de réverb.


Pour le reste ce disque n’est pas de ceux dont on peut extraire un tube, ni même un titre représentatif. Il est à prendre comme un tout, même si l’on peut classer "Painless sleep", "Vapor Trail" et "Foot of the mountain" comme des interludes utiles (?). Mais au milieu de tout ça, "Andrew", "Tentacles", "Dust" ou encore "Memorized" ne cesseront de vous surprendre à chaque écoute.

En bref : selon certains plus décevant que l’Ep qui l’annonçait mais pourtant diablement original. Une grande jam lo-fi entre le Pink Floyd et No Age, difficile d’accès mais indispensable cette année. Un groupe est en train de se créer, Tentacles en est sa genèse.
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Le Myspace

A lire aussi : Crystal Stilts - Alight Of Night (2009)

Le clip de "Andrew" :


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