02 mai 2009

Depeche Mode - Sounds Of The Universe (2009)

Au rythme désormais d'un album tous les 4 ans, les trois de Basildon n'opèrent plus que lorsqu'ils ont quelque chose à dire, diront les plus fervents, ou alors pour seulement relever les compteurs, objecteront les plus cyniques. Il est en tout cas loin le temps où d'affreuses contrepèteries ("les pédés moches") affluaient dans une presse rock 80's qui, si elle ignorait encore qu'elle couvrait l'une des périodes les moins fertiles de la pop music, avait trouvé spirituel de vouer le groupe anglais aux gémonies, ne jurant que par les sons de guitare d'époque, dont beaucoup, il faut bien le reconnaître, ont terriblement vieilli !

Je me rappelle même (au mot près !) un critique éructant dans un vieux Best sur une performance live de Depeche Mode en ces termes ("Cette musique, faite de chiures de synthés, ne mérite aucun commentaire. Je les hais !"). Cette phrase m'avait marqué, et pour cause ! Et je faisais donc partie, avec quelques autres dans mon collège, des quelques supporters invétérés du groupe n'osant pas trop dévoiler l'identité de leur coupable passion, par peur de perdre leur crédibilité rock !

Moins d'une décennie plus tard, c'était formidable, car sous prétexte que Depeche Mode réhabilitait ses guitares sur Violator (90), le groupe de parias de l'époque guitare claire, était devenu le champion d'une pop synthétique et racée, les égaux de Kraftwerk, pas moins ! Alors que la vérité était évidemment autre : si le groupe méritait une si belle comparaison, c'était plus en vertu de sa capacité à composer d'imparables hymnes pop, tous plus bien fichus les uns que les autres, que de sa volonté de renouveler son instrumentation ! Le poum-poum tchak indus avait de toute façon atteint ses limites, et quoi de plus naturel que d'enrichir sa discographie ! De "Shake The Disease" à "Personal Jesus", même combat : l'excellence de la mélodie !

Et donc, ce nouvel opus était attendu avec curiosité, compte tenu que le précédent Playing The Angel (2001), qui voyait l'affranchissement de Dave Gahan en terme de compositions, m'avait laissé sur ma faim. Qu'en serait-il sur ce 12ème effort qui s'annonçait sous les meilleurs auspices, sur la foi d'un single imparable, ce "Wrong" rédempteur, à la rythmique ralentie ?

Eh bien, le résultat est une nouvelle fois décevant ; non que cet album ne puisse s'écouter d'une traite, mais il manque quand même cruellement de chansons mémorables, du type de celles que l'on pouvait grapiller sur le fantastique Songs Of Faith And Devotion (1993) - 16 ans déjà ! - ou sur son petit frère, le très estimable Exciter (2001).
S'il est vrai qu'il faut parfois se méfier de ces titres d'albums racoleurs et génériques - et ici, plutôt redondant - on est quand même en droit d'être passablement déçu par cette cuvée 2009 qui ne soutient pas la comparaison avec son brillant single. J'ai déjà écouté ce disque 6 ou 7 fois, soit bien davantage qu'il n'en faut pour fredonner les mélodies habituellement irrésistibles du trio : si les 3 premières écoutes m'ont fait repérer un nouveau titre à sauver, ("In Chains", "Fragile Tension"), je suis en panne sèche complète depuis la réhabilitation de "Peace", sorte de gospel à l'ancienne, telle qu'aurait pu en inventer un Kraftwerk qui aurait collaboré avec des Stranglers juvéniles, (c'est-à-dire quadras !), période "Duchess".

Pour le reste, même Martin L. Gore, l'habituel démiurge du groupe qui a donc accepté de partager les pleins pouvoirs à nouveau (pas sûr que ce soit la meilleure idée qu'il ait eue !), se fourvoie jusqu'au chant, sur un "Jezebel" bien convenu !

On attendra le suite pour juger s'il s'agit d'un véritable essoufflement, ou bien si le chiffre 13 porte bonheur à Depeche Mode !

En bref : quand on est habitué au caviar, difficile de revenir aux oeufs de lump : un brelan de morceaux tubesques, un chant de plus en plus affirmé et moins raide qu'à l'accoutumée, mais à l'arrivée, et assez nettement, l'un des moins bons disques de Depeche Mode.




le site

"Peace"

6 Comments:

Carlota said...

Très intéressante cette rétrospective! J'aime beaucoup "Wrong" aussi.

JS said...

Tu es dur !

Ju said...

C'est bien ce que j'en avais pensé lors de la première écoute chez Fabien. Je n'ai pas réitéré depuis.

Nickx said...

D'habitude, quand tu écoutes un bon cru de Depeche Mode, tu kiffes !

Car outre leur savoir-faire pour composer des bombes à dance-floor, ils parviennent à assurer une certaine cohérence à leurs disques !

Franchement, Exciter, le dernier très bon en date selon moi, était une tuerie à bien des niveaux !

J'avoue d'autant plus ma déception ici, car j'adore ce groupe que je trouve comme l'un des plus importants de son époque !

Mais la machine, même si elle sonne bien, même si Dave Gahan nuance de plus son chant par rapport aux débuts du groupe, elle tourne à vide !

Et voila un album , à mon avis, assez fastidieux à écouter dans son intégralité - ce qui est quand même le propre d'un album, on est d'accord !

"Wrong" avait pourtant de quoi faire saliver !

dale said...

Pas un disque révolutionnaire que ce Sounds of the Universe, titre mégalo-ironique à la Music for the masses (souhaitons lui le même succès). Mais demande-t-on cela à Depeche Mode, quand leur son et leur univers sont par essence révolutionnaires (ils en ont inspiré du monde et à présent tout le monde les respecte). La seule fois où Depeche Mode a voulu changer, ce fût en s'adjoignant les services de Mark Bell, histoire de sonner "moderne" (à l'époque la techno minimale était considérée comme telle... aujourd'hui elle fait bailler tout le monde) pour le résultat que l'on sait. Qui aujourd'hui peut écouter EXCITER sans s'endormir avant la fin? Pas de ça ici même si on est quand même loin d'une usine à tube à la Violator (mais que faire après une telle perfection?). Plutôt difficile d'accès, ce disque j'en suis sûr va bien vieillir, d'autant que tout ce qu'on aime chez depeche Mode est ici présent: les vieux synthés circa "A Broken Frame"(pour moi un de leurs meilleurs disques), le côté sombre de Black celebration et Violator et le penchant cathartique d'un ULTRA (ou SOFAD sans les bondieuseries!). Et puis Dave Gahan signe encore 3 titres de (très) haute tenue dont ce "Miles Away", petit frère de l'immense "Nothing Impossible" (ce qui n'est pas peu dire!!). Martin, quant à lui, assure comme d'habitude et Fletch, dixit lui même dans l'inoubliable documentaire "101","tire sa flemme", tout va donc pour le mieux dans le meilleur des depeche mondes.
Un Violator 2? Pour ça il faudrait faire revenir la coke, l'hero, la parano et bien entendu le regretté Alan Wilder: dans les trois 1ers cas on ne leur souhaite pas et pour ce qui est de Wilder, cela me parait encore moins probable que la reformation des Beatles et du Pink Floyd réunis. Dommage car il me manque méchament le bougre. Merci quand même aux 3 autres de rester sur le pont de ce gigantesque navire qu'est DEPECHE MODE.

Nickx said...

Je continue pour ma part à trouver Exciter bien supérieur à ses deux successeurs !

Plus de bons morceaux dans ce seul album que dans PTA et SOTU réunis !

Les deux derniers disques m'ennuient eux carrément sur la durée !

Ok avec toi, concernant ABF !

Perso, LE chef d'oeuvre est et restera SOFAD !