18 février 2014

Les Marquises - Pensée Magique (2014)

Portées par le fantasme auditif du lyonnais Jean Sebastien Nouveau, Les Marquises affirment leur goût pour l’évasion dans un second disque intense, fécondé dans l’élan d’un geste artistique qui sublime le réel par la pensée.

Lire la suite

16 février 2012

VA - Music For Dancefloors : The Cream Of The Chappell Music Library Sessions (2001)

Chappell est l’un des grands labels historiques de la library music, cette musique souvent désignée comme « légère » destinée à illustrer les programmes de radio et de télévision, des années 60 aux années 80. A cette époque où l’on n’utilisait pas encore systématiquement "You’re Beautiful" de James Blunt pour souligner l’émotion de telle ou telle séquence, les chaînes et stations pouvaient piocher dans un catalogue immense mis à disposition par des labels aujourd’hui mythiques, comme les Français Patchwork, Neuilly et Télé Music, ou les Britanniques KPM et Chappell. Elles pouvaient y trouver toutes sortes de sonorités, de la pop psyché au jazz funk en passant par l’exotica, le disco et les bidouillages de pionniers électroniques. Pour chaque ambiance souhaitée, elles pouvaient choisir parmi des milliers d'instrumentaux, souvent classés par thématiques et affublés de titres descriptifs.

Contrairement aux a priori sur la légèreté de la library, qui ne serait qu’un parent pauvre de la musique de films, tout ce pan un peu oublié de la musique du 20e siècle ne manque pas de consistance. Parmi ses figures de proue, on trouve toutes sortes de profils : anciens musiciens classique, touche-à-tout de génie, musiciens de studio et ingénieurs du son de luxe, hommes de l’ombre de la variète, pionniers du disco... Une sacrée galerie d’iconoclastes et d’innovateurs. Et c’est bien souvent dans le cadre de la musique d’illustration que ces artistes ont produit leurs œuvres les plus personnelles et les plus audacieuses.

Cette compilation sortie par Strut en 2001 me semble un bon moyen d’approcher cette sphère musicale pour les non-initiés, d’abord parce qu’elle se concentre sur l’aspect le plus funky et donc le plus accessible de la library, ensuite parce qu’elle présente un joli éventail d’artistes essentiels à travers certains de leurs meilleurs titres, sélectionnés parmi des milliers d’enregistrements. En dehors d’un interlude inutile (« Erotica 1 »), tous les morceaux sont excellents et ont ce petit côté exotique et tripé qui les distingue du jazz-funk ou de la pop plus classiques. Evidemment certains n’y verront que de la musique d’ascenseur. Je ne peux rien pour eux.








Un peu plus connu que les autres car samplé par Madlib et DangerDoom et présent sur moult compilations (dont le vol. 4 des Dusty Fingers), "Misty Canyon" de l’Australien Sven Libaek est sans doute celui qui a le moins vieilli. La nonchalance exquise du riff de guitare, la densité des cordes et des cuivres, l’efficacité des breaks de batterie, la beauté des soli de sax et de vibraphone, tout est réuni pour faire de cette petite pièce d’à peine plus de 2 :30 un chef-d’œuvre intemporel. Si.
"Safari Park", du génialissime Roger Roger, n’a pas non plus pris une ride. On voit à quel point ce type de groove a pu inspirer des maîtres du downtempo moderne comme Herbaliser ou Nightmares On Wax.

La plupart des autres titres ont un côté plus vintage, mais qui fait partie intégrante du charme et de l’ambiance de la compile. On passe de la funk survoltée d’Irving Martin et Brian Dee à des grooves soyeux et scintillants comme le "Discovery" de Brian Bennett ou le "Rainbow Bridge" de Paul Dupont & His Orchestra. Ici ou là, on a droit à une petite pièce de pop psyché à l’ancienne ("Following You" de Pierre Dutour, "Psychedelic Portrait" de Jean-Claude Petit et son Orchestre), ou à un détour par l’Amérique du Sud, comme sur le très brésilien "Five Plus Four" d’Al Newman, ou sur le délicieux "Exotica" d’Ole Jensen, qui évoque une version soft de Les Baxter.

C’est un festin de percussions étranges, de vibraphone et d’orgue, de trouvailles sonores en tous genres. Après ça, il serait étonnant de ne pas avoir envie de fouiller dans le gigantesque répertoire de la library music. Dans ce cas, faites un tour sur les nombreux blogs de collectionneurs, qui font véritablement un travail d’utilité publique en tentant de conserver ce patrimoine contre vents et marées. Donc allez-y, pendant qu’il en est encore temps…

A noter : la version CD ne contient pas tous les titres de la version vinyle (2xLP). Les autres volumes de Music For Dancefloors, consacrés aux labels KPM et Bosworth, sont également très recommandés.

En bref : une sélection des meilleurs titres d’un des labels les plus importants de la library music. Entre jazz-funk, pop psyché et exotica, c’est un excellent moyen d’aborder cette niche obscure et passionnante de la musique du XXème siècle.




Le site de Strut Records

A lire aussi : Shake Sauvage - French Soundtracks 1968-1973








Lire la suite

06 juillet 2011

Apollo Brown - Clouds (2011)

Voilà un très joli disque de hip hop instrumental que j’écoute en boucle depuis quelques mois déjà. Les connaisseurs ont sans doute déjà entendu parler de ce beatmaker de Chicago ayant comme c’est de coutume dans le milieu déjà officié sous différents pseudos. On lui doit notamment la production de l’un des albums hip hop phare de l’année dernière, le fameux Gas mask de The Left’s. Faisant suite au non moins excellent The reset, Clouds est un enchaînement de 27 titres (trop) courts à base de samples plus ou moins célèbres, de cuivres, de cordes et de beats, le tout baigné d’une pure ambiance soulfull comme seule la ville de Detroit sait nous procurer.

Point de voix donc, si ce n’est sur "Shoot the head" où un Mc inconnu pose son flow. Sinon, tout n’est qu’ambiance old school sur fond de message de paix. A la fois nostalgique et accrocheur, le rap instrumental d’Appolo Brown fait penser à Dilla, et n’oublie pas de rendre hommage aux plus grands en reprenant habilement et au choix Dj Shadow sur "Human experience", Moroder sur "Shadow of grief" ou encore le mythique "Passin’ me by" de The Pharcyde.

Le genre de disque tellement classe et varié qu’il ne peut que plaire à tout le monde, même (et surtout) aux allergiques du genre. A la fois émouvant ("Choices"), rythmé ("One chance"), peace ("Blue ruby") ou énorme ("Drinking life"), tout dans ce Clouds renvoie à un sentiment hypnotique et vaporeux des plus agréables. Même s’il s’agit plus d’un album complet sans temps mort que d’une suite de chansons, je décerne la médaille d’or à "Heirloom" grâce à ses accords de guitare, ses claps et son beat.

En bref : un petit joyau de hip hop instrumental gorgé de groove qu’il est impensable de ne pas aimer.




A lire aussi : The Pharcyde - Bizarre Ride II The Pharcyde

Son Myspace

"Never in a million years" et "The 11th hour" :





Lire la suite

28 avril 2011

Mark McGuire - Living With Yourself (2010)

Mark McGuire est surtout connu pour être le guitariste émérite du trio electro/ambient/drone Emeralds dont les amateurs ont tous encore en tête les vagues synthétiques de Does It Look Like I’m Here - surtout Dave dont la chronique ne manquait pas d’éloges. Et si son talent se révélait par quelques petites touches subtiles au milieu des synthés de John Elliott et Steve Hauschildt, il s’exprime ici dans toute sa singularité. Mais le jeune guitariste n’en est pas à sa première livraison en solitaire, bien au contraire. On lui doit déjà toute une flopée d’enregistrements - 32 parus ces trois dernières années, presque autant qu’Emeralds - aux tirages extrêmement limités éparpillés sur différents labels (Wagon, Éditions Mego entre autres) en plus de ses collaborations (Skyramps, Silver Futures). À cela s’ajoute une reconnaissance grandissante qui lui a déjà valu le titre de guitariste le plus talentueux de sa génération par The Guardian. Tout ça à seulement 24 ans ; respect !

Living With Yourself est donc - vous l’aurez compris ! - un album de guitares. Acoustiques ou électriques, voire méconnaissables, elles y sont omniprésentes et remplissent l’espace. Car, le jeu particulier de Mark McGuire ne saurait s’exprimer sans ces nombreux assemblages de loops qui se superposent inlassablement, additionnés à un usage subtil du delay. C’est pourquoi les notes de guitares clapotent et virevoltent dans un imbroglio de notes surtout sur "Brain Storm". On pense parfois au trio Maserati, le côté "dance" en moins, notamment sur l’ouverture de "Clouds rolling in", même si les sonorités d'Emeralds ne sont pas loin ("Clear the cobwebs" et son final en gouttes d'eau).


Mais, alors que chacun des morceaux pourrait relever du pur exercice de style, le guitariste Américain y instille une dose d’émotions à fleur de peau. Car Living with yourself est aussi une œuvre autobiographique, une sorte d’introspection dans les souvenirs de l’enfance. Chaque titre renvoie à un souvenir précis parfois rendu flou par la défaillance de la mémoire. Ce flou, c’est ce drone souvent relayé en arrière plan mais dont la densité grandit et finit par tout envelopper. L’inaugural "The vast structure of recollection" débute d’ailleurs par des samples, bribes de paroles d’enfants, avant d’être noyé dans un crescendo de bruits. Et quand le brouillard s’estompe, c’est pour laisser place à un entrelacs de guitare mélodieux. Avec beaucoup de notes, McGuire parvient quand même à rendre sa musique légère et mélodieuse, preuve d'un véritable talent de soliste.

En bref : Mark Mc
Guire signe ici un disque intensément beau, sans doute le plus accessible de sa discographie, que les adeptes d'Emeralds pourront apprécier à sa juste valeur.




"Brain Storm" :



Mark McGuire, en action :



À noter que le label autrichien Editions Mego prévoit d'éditer, le 5 mai, une compilation rassemblant une vingtaine de morceaux de Mark McGuire issus d'éditions limitées (plus d'infos ici)

Lire la suite

06 avril 2011

Colonna - L’Armata Di L’Ombra (2010)

Vous êtes sans doute passés à côté de ce disque. Moi je le possède sans trop savoir qu’en faire depuis septembre dernier, mais mois après mois c’est une évidence, c’est excellent. Plantons tout de suite le décor, Colonna comme son nom l’indique est un rappeur corse, dont on ne sait quasiment rien, et L’Armata Di L’Ombra est son premier album (du moins sous ce nom et sous cette forme). Du hip hop donc, uniquement instrumental, à base de beats, de samples et d’extraits audio, le tout dans un esprit résolument sombre et 90’s. Et la recette est impeccable.

C’est à priori un Olivier ancien guitariste métalleux, fan de RZA (Wu-Tang Clan) et de tout ce que New York a fait de mieux en rap il y a 20 ans qui est l’auteur de cette bande originale inclassable. Même le format rappelle à un score de film de gangsters des années soixante : 35 minutes pour 21 titres. Autant dire qu’il s’agit d’avantage d’une collection et d’un enchaînement de samples que de réels morceaux avec un début et une fin. Le disque s’écoute bien évidemment d’une traite, et c’est sans doute pour cela qu’il est revenu si souvent sur ma platine.

Colonna est donc un beatmarker corse qui s’inspire de l’actualité politico judiciaire. La pochette, sensée représenter le combat des peuples et la résistance contre l’oppression, est d’ailleurs la même que celle de l’album Gas Mask par The Left. Coïncidence il me semble. L’Armata Di L’Ombra lui est un festival de samples analogiques type sp1200 entrelacés sur des beats gras et torturés, aussi lugubres que martiaux. On pense parfois à Chinese Man ou Dj Shadow, bien que l’ensemble reste plutôt downtempo. Mention spéciale aussi à la dernière plage et à son véritable chant corse, "U populu vincera". En tous cas quelque chose que je ne connaissais pas.

En bref : des instrumentaux hip hop qui se suffisent à eux-mêmes par un activiste du beatmark corse. Pour les curieux.




Le site officiel et quelques titres en streaming

A lire aussi : Kabal - Etats d'âmes (1998)

"A concolta" et le teaser de l’album :





Lire la suite

08 mars 2011

Grails - Deep Politics (2011)

Depuis 1999, le son de Grails n’a cessé de se bonifier permettant au groupe de tirer son épingle du jeu dans cette large catégorie qu’est le post-rock. Après trois ans dans l’ombre, Grails refait surface et nous livre son cinquième opus chez Temporary Residence. Deep Politics a été composé durant la longue période de gestation du groupe. Un disque, donc, mûrement réfléchi, composé pendant près d’un an entre les différents projets du quatuor (Om, Holy Sons, Harvestman) et toujours produit par ses créateurs.

Avec Deep Politics, force est de constater que leur musique n’a rien perdu de sa teneur. Le groupe continue d’explorer de nombreux styles pour ériger un melting-pot sonore des plus denses. L’atmosphère du disque est pourtant bien distincte des précédents. Alors que le sombre et hallucinogène Doomsdayer’s Holiday lorgnait du côté des séries-B, Deep Politics est parsemé de nombreuses références aux films italiens des années 70 : les samples disséminés dans les huit pistes qui composent le disque et les arrangements luxuriants de Timba Harris (Secret Chiefs). Le disque est donc beaucoup plus contrasté que ses prédécesseurs, plus abouti, et constitue une véritable expérience surréaliste.

Une fois la première piste enclenchée, l'écoute du disque nous réserve son lot de surprises. Plus les thèmes s’enchaînent, dans une structure alambiquée, et plus on se plaît à attendre le prochain avec appréhension. Car les quatre de Portland (Oregon) dressent ici un vaste tableau, tout en clair-obscur, créant souvent des hybridations entre les styles. Preuve en est avec "All the colors of the dark", au titre annonciateur, et ses nombreux changements d’atmosphère mêlant arpèges de pianos dissonants, soli épiques à la sauce floydienne et bande son de western à la Ennio Morricone. La première piste "Future primitive" annonçait déjà la couleur, avec ses riffs heavy et ses violons folkloriques, d’un post-rock plus abouti.


"Corridors of power" marque une légère pause dans l’écoute et une introspection dans des contrées plus mystiques, si chères au groupe, soutenue par une flûte de pan hypnotisante. Puis c’est au tour de l’éponyme "Deep politics" porté par les accords mélancoliques d’un piano. Mais lorsque la batterie fait son entrée, avec un roulement caractéristique du jeu subtil d’Emil Amos, le ton devient plus sentencieux et se poursuit sur un "Daughters of bilitis" où les envolées de violons succèdent aux notes d’un piano jazzy.

À ce stade de l’écoute, le groupe parvient encore à nous surprendre avec le lumineux et entraînant "Almost grew my hair". Et que dire du magistral "I led three lives" qui mélange habilement les ambiances et n’est pas sans évoquer le Pink Floyd de la période Animals. Avant d’amorcer l’introduction dépouillée de "Deep snow", tout en guitare acoustique et nappes de son, avec ce petit côté Six Organs Of Admittance. Mais les guitares électriques ont tôt fait de réapparaître pour un ultime revirement folklorique.

En bref : Deep Politics est un disque fascinant, l’œuvre d’un groupe au sommet de son art se jouant à merveille des frontières du post-rock. Plusieurs écoutes seront nécessaires pour en saisir la beauté mais on ne l’oubliera pas de sitôt !



Le site officiel, le Myspace et le site du (très bon) label.

"All the colors of the dark" :



"Almost grew my hair" :


Lire la suite

16 février 2011

Concours - For A Minor Reflection, albums à gagner

Le quatuor For A Minor Reflection débarque d’Islande, Reykjavik plus précisément. L’année dernière en juin ils ont sorti un deuxième album imprononçable : Höldum I Att Að Oreiðu (se dirigeant vers le chaos). Malgré des premières parties de Sigur Rós ravageuses, le groupe peine encore à conquérir l’Europe. Pourtant son post rock 100% instrumental est exemplaire, dans son interprétation comme dans ses compositions, qui ressembleraient presque à du classique, on est quasi sûr que vos parents aimeraient. Nous en tous cas on aime.

Pour vous permettre de découvrir ce groupe, Dodb et Iceland Music vous proposent de tenter de gagner l’un des 3 albums mis en jeu. Il suffit de répondre à la question suivante :

Quel autre groupe islandais a déjà été chroniqué sur Dodb ?

Et d’envoyer votre réponse et votre adresse postale à contact@desoreillesdansbabylone.com avant le 11 mars prochain. Bonne chance à tous.

Leur Myspace



Lire la suite

03 décembre 2009

Chapelier Fou - Scandale ! (2009)

Avec ce deuxième Ep (label Ici d'ailleurs...) sorti ce mois de novembre, l’Alsacien au chapeau offre sept titres alléchants, en attendant un véritable album prévu pour 2010. Sorti de l’ombre au Printemps de Bourges 2008, le gaillard conforte ses débuts prometteurs en se payant les premières parties de Wax Tailor ! Une promotion plus que méritée. Car ce n’est sans doute pas le goût commun pour les chapeaux qui a réuni ces deux ovnis, mais bien l’amour du mélange entre classique et électro. Cet homme orchestre aux bagages violonistiques de conservatoire, place en maître son instrument à cordes et le dépoussière grâce à sa maîtrise de l’ordinateur, de la guitare et du piano. Sur scène, il passe de l’un à l’autre sans aucune difficulté et bluffe le public par sa performance solo. Louis Warynski n’a pas choisi par hasard de s’appeler Chapelier Fou : son univers proche du fantastique et du monde hallucinatoire d’Alice aux pays des Merveilles est un conte en lui-même scandé par de merveilleux samples.

Son "Prélude" sonne des cloches aigües et intrigantes, rythmées ensuite par les pizzicati du violon (sans l’archet) et une mélodie sortie d’un conte ou d’un vieux film qui laisse planer le mystère.

Le deuxième morceau, "Capitaine Fracasse" est assez lent. Derrière la mélodie du piano, le violon s’exprime sous toutes ses formes, à la fois par des accords à doubles cordes, des pizzs, une mélodie parfois larmoyante et des glissades intenses et lancinantes. Le cœur se ressert, des sons de xylos et de larges samples électros font redescendre les bpm.

Autre univers, "Scandale !" et sa base plus hip hop, avec une montée rythmique des cordes, une base de percus et des nappes enveloppantes qui font penser à la musique de Wax Tailor. L’enchaînement des beats de batterie, du son saturé, puis des rythmes cassés qui déstabilisent nous déplace dans une nouvelle sphère. D’autres samples s’invitent, comme une voix en anglais, peu utilisée, avant un final puissant digne d’un orchestre symphonique.

Encore plus que dans le deuxième morceau, "Mystérieux message" est caractérisé par le style glitch, très utilisé en électroacoustique. Ici comme dans le suivant "Animaux flexibles", le "cut" des boucles est consommé sans modération : il rétrécit les sons de piano et d’orgue et donne un aspect plus trash et industriel aux samples. La fin frénétique de ce cinquième morceau pose les voix d’un personnage de cartoon.

L’enjoué "Doodling hands" et ses pizzs rapides du début est amplifié par un effet de rebondissement et répétitif. Sans être redondant grâce à l’arrivée de samples de flash de polaroïd et la clôture d’une douce mélodie au piano.

"Postlude" fait chanter le violon derrière une montée électro. Le registre en majeur et décalé, puis des cui-cui d’oiseaux rendent l’atmosphère légère. Comme une renaissance, Chapelier fou nous transporte dans un monde que l’on n’a pas envie de quitter.

En bref : Le mélange d’instruments classiques et des machines n’est pas révolutionnaire mais sa maîtrise du violon donne une touche bien particulière à cet homme orchestre. On attend avec impatience la sortie du premier album en 2010.





Le Myspace et le site officiel

"Scandale" :


Lire la suite

15 décembre 2008

Peter Bjorn And John - Seaside Rock (2008)

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'album est osé. Pensez-donc, c'est celui de Peter Bjorn and John! L'annonce, faite cet été, de la sortie d'un nouvel album entièrement instrumental avait éveillé une curiosité tout à fait enthousiaste. On attendait alors un nouveau petit bijou de production, une pertinente proposition de pop sans voix. Il faut dire que l'on avait encore le goût des sucreries de Writer's Block (2006) sur la langue; ces gourmandises avaient réussi à ne rien perdre de leur saveur malgré une diffusion assez massive jusqu'au Etats-Unis, où le succès fut énorme.

Alors que fait-on lorsqu'il s'agit de donner suite à une telle réussite? On en fait exactement le contraire, répondent Peter Bjorn and John! Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils semblent s'être amusés à le faire. Ils se sont donc surtout amusés à rendre ce Seaside Rock le plus inaccessible possible. Quant à la distribution, d'abord : Seaside Rock n'a été pressé qu'à 5000 exemplaires, en vinyle uniquement, et sorti dans la plus grande discrétion. Difficile de conquérir le monde avec ça. La langue, ensuite : alors que les paroles claires et engageantes du tubesque "Amsterdam" donnaient littéralement envie de prendre le volant direction nord, Seaside Rock est ponctué de monologues parlés en suédois dans le texte (avec différents accents régionaux pour ceux qui les perçoivent, et là mon ego est ravi) donnent plutôt envie de faire demi-tour avant de finir lost in translation. Puis, le son : alors que Bjorn Yttling nous avait convaincu de son génie en matière de production, transformant les chansons de Writer's Block, ainsi que celles de Lykke Li ou Taken By Trees, en véritables objets de design plastiquement parfaits, il camoufle le peu d'évidence de ce nouveau disque sous une production floue et brouillon.

Et le principal, enfin : à quoi ressemblent les dix morceaux de cet LP? Eh bien à vrai dire, elles se situent entre la blague régressive et l'exercice de style, sans que l'on puisse jamais comprendre les véritables intentions du trio. Dix plages instrumentales, donc, qui ressemblent plus à du work in progress qu'à des titres aboutis. Alors certains morceaux fonctionnent plus que d'autres : le drôle "Say Something (Mukiya)" chanté (oui, chanté!) avec des onomatopées empruntées à Deerhoof, "School of Kraut," d'inspiration justement kraut, ou encore le final "At the Seaside." Le reste semble sans queue ni tête, et sans grande épaisseur. On rêve pourtant au début de chacun de ces titres qu'ils soient à leur manière des propositions pop, tant nous avons été conditionnés par les tubes de Writer's Block. Mais il n'en est rien : ces morceaux n'iront pas plus loin, ce qui est, impossible de le nier, terriblement frustrant. D'autant plus que l'on a toujours pas compris où le trio voulait en venir.

Sauf que! Peter, Bjorn and John viennent de poster un nouveau titre sur le net, deux mois donc après la sortie de cet obscur vinyle. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils savent jouer avec le mystère. La chanson (oui, chanson!) est encore sans titre, et uniquement disponible sous forme d'une vidéo énigmatique, publié sur le site humoristique suédois 1000apor, et qui pose visuellement la question du masque et de l'identité. Et c'est énorme. Le groupe joue encore une fois là où on ne l'attendait pas : ils donnent en effet aujourd'hui dans l'électropop percutante. Le chant de Peter Moren est revenu, et on reconnaît à nouveau la patte précise de Bjorn Yttling à la production, grandement inspiré semble-t-il par son travail avec Lykke Li. Mais pour son retour aux affaires au sein de son groupe, il a choisi de gonfler le son à bloc. Et le résultat est terriblement jouissif. Déjà intitulée par les blogueurs "Hey (Shut The Fuck Up Boy)," cette bombe est l'excellente surprise de cette fin d'année, et l'un des meilleurs espoirs pour celle à venir (album annoncé pour le printemps). Le décevant Seaside Rock n'était donc qu'une manche d'un étourdissant jeu de cache-cache, l'étape d'une trajectoire qui est en train de se révéler passionnante.

En bref : Un Lp d'instrumentaux, dont on ne perçoit pas vraiment la pertinence. Mais un inédit époustouflant récemment posté annonce le meilleur pour la suite.





Voir Myspace et le site officiel

La vidéo d'un extrait de Seaside Rock, réalisée avec la projection utilisée pour un concert caritatif:


Et surtout la vidéo de votre nouvelle chanson préférée:




A lire aussi : Lykke Li -Youth Novels (2008)
Lire la suite

03 juin 2008

Polmo Polpo - Like Hearts Swelling (2003)

Like Hearts Swelling
se décline en cinq plages, longs espaces étirés au possible, composés de motifs répétés et crescendos. Parlons de post-rock alors, d'autant que le disque est sorti sur Constellation Records. Les trois premiers tableaux, saisissants, créent un paysage industriel, à la fois vivant et déjà mort, où l’on peut entendre les machines vrombir, grincer, crachoter, et créer une harmonie contemplative et parfois lyrique. Les deux derniers ressemblent plus à des tableaux impressionnistes, à de grandes plaines jaunes et humides où le son est moins dense, la composition moins dramatique, l’éléctricité évaporée. La juxtaposition n’a rien d’artificiel : nous allons bien du labeur à la retraite d’un même mouvement. Et Polmo Polpo, plus intéressé par les fondus que par les cuts, ouvre des zones de convergence où les espaces se recoupent : qu’entend-on au début de Farewell ? Un clavier ? Un oiseau ? Une poulie ?

En effet rarement disque aura si bien posé son décor et créé ses ambiances : les sons ne sont plus identifiables et assimilables à des instruments, ils semblent exister en tant que tels, et créent un champ dans lequel l’auditeur est immédiatement immergé. Cette transparence du moyen rend la musique plus forte, comme libre, autonome. L’espace est déjà réel, il n’est que cadré. L’oreille est contemplative, fascinée. Les tempos sont lents et laissent l’intensité grandir. Et on a beau faire, et apprécier les violoncelles de Sky Histoire et Like Hearts Swelling, ce sont bien les progressions industrielles des trois premiers volets que l’ont retient de l’ensemble.

A l’écoute de Requiem for a Fox, et même si Polmo Polpo travaille évidemment plus sur les progressions que sur les ruptures, à la 7ème minute la surprise est totale et l’idée remarquable : ces beats qui apparaissent comme le lierre sur la tôle, parasites magnifiques, seraient-ils une invitation à la danse ? Polmo Polpo va bien au-delà : c’est tout le mouvement de l’homme entre les rouages de la mécanique des machines, c’est cette recherche d’un rythme de travail, d’un rythme de vie, cette prise d’élan en manque d’envie qui est au cœur de la vie des citadins modernes. Polmo Polpo bâtit un disque post-industriel, où la lutte des classes n’est plus sociale mais esthétique, où la cheminée d’usine devient canon quand on trouve la beauté sous les laideurs imposées. Toute la première partie du disque invite à la contemplation industrielle, au ravissement des sens en milieu glaçant, désormais dernière nécessité face au travail nécessaire.

Car ces sons qu’Einstürzende Neubauten aurait rendu oppressants, ce qu’ils sont pour la plupart de ceux qui les vivent, sont ici enveloppés d’une acoustique brumeuse, d’une brume lointaine, et transfigurés jusqu’au sublime. On apprend alors à peine ce dont l’oreille de l’homme est capable, puisqu’en acoustique aussi tout n’est question que de perspective. On entend ce que l’on veut. Ce disque est profondément bouleversant, car il agit comme une vertigineuse révélation.


En bref : Un disque de post-rock qui ne change pas le genre. Il est juste infiniment plus beau que les autres.
_
_
_
_
_
Non pas des vidéos, mais Requiem for a Fox et Farewell illustrés par un amateur:



Lire la suite

10 avril 2008

Francesco Tristano - The Melody (2008)

Francesco Tristano fait partie de ceux dont la réussite picote légèrement l’amour-propre. Et dont les compositions provoquent un léger frémissement d’aisance à leur écoute. Le pianiste à la peau diaphane et à la chevelure rousse vient de sortir un ep chez le petit label français Infiné. Il regroupe les remixes du morceau "The Melody", tiré de l’album jazzy Not for Piano, publié sur le même label. Incursion d’un pianiste minimaliste dans la techno de Detroit.

Le style de Tristano n’est pas sans rappeler celui de compositeurs de musique néo-tonale de l’Américain Michael Nyman ou du Flamand Wim Mertens, dont les pianos aux boucles langoureuses provoquent chez certains, une réaction de rejet immédiat. Alors, je ne le cacherai pas, le principal intérêt de cet ep réside dans le remixe de Carl Craig présent dans son paresseux (mais toujours inspiré) dernier album, Sessions. Un beat répétitif et des nappes de synthé discrètes accompagnent paisiblement le piano tantôt nerveux, tantôt détendu de Tristano. À la manière d’un vieux mécanicien connaissant son travail à la perfection, il transforme "The Melody" en un pur produit techno piano, tout droit sorti des usines de Detroit. On peut à peine s’exaspérer de la finition du morceau tant la facture est irréprochable. Sur la face b, Tristano marche sur les traces de Craig et livre remixe laissant une place plus importante aux variations de piano mais le résultat reste, lui aussi, tout à fait appréciable.

En bref : En dépit de la participation de Carl Craig sur les deux titres, la série de remixes de The Melody s’inscrit dans une démarche bien conventionnelle.




Le MySpace
Lire la suite

25 mars 2008

Rodrigo y Gabriela - Rodrigo y Gabriela (2006)

Difficile de croire que Rodrigo Sanchez et Gabriela Quintero se sont rencontrés dans un groupe d'heavy métal de Mexico. Pourtant, les deux accolytes, désormais basés à Dublin, ont bien débuté par des riffs de guitares électriques ultra-saturés avant de se convertir à l'acoustique et aux rythmes classiques espagnols. Guitaristes virtuoses, ils livrent un troisième album éponyme imparable, au croisement de la musique latine et du rock. Un disque instrumental qui, dès sa sortie, a trusté la première place des charts irlandais, narguant à l'occasion le dernier opus des Arctic Monkeys. Des fois rien ne sert de chanter, il suffit de jouer.


Gabriela prend généralement en charge la rythmique des titres, dans un style aux airs gispsy plutôt véloce. N'oubliant pas de claquer la caisse de son instrument au moment opportun. Rodrigo, quant à lui, expose sa fougue sur les thèmes et fait montre de toute sa technique et de son ébourriffante vitesse d'exécution. Sans négliger de se faire suave et charnel lorsqu'il le faut. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le duo acoustique ne se livre à aucune improvisation. L'harmonie des deux guitares est savamment préméditée. « Tamacun », première plage de l'album, est une véritable cavalcade à sombrero. Epique et gracile. Une première démonstration de l'éclat du tandem.


Les deux musiciens ont un parcours singulier. Membres d'un groupe de métal dénommé Tierra Acida, Rodrigo et Gabriela ont écumé les rades mal famés de Mexico City, vivant de petits boulots, avant de s'envoler pour Dublin, Copenhague puis Barcelone. Ils se produisent alors dans la rue, entre les rudes hivers danois et les Ramblas ensoleillées de la capitale catalane. Et la vie de musique et de galères. Jusqu'au coup de fil d'un certain Damian Rice, qui les avait croisés sur un coin de trottoir irlandais. Le chanteur les invite à participer à sa tournée. Trois disques suivront pour Rodrigo et Gabriela.

De ce parcours de travellers, le duo gardent de profondes influences latines qu'il associe à un goût affirmé pour les structures rock. Les deux guitaristes clament d'ailleurs leur passion pour Metallica, Black Sabbath, Pink Floyd ou encore Led Zeppelin. Leur reprise magistrale de « Stairway to heaven » ne les fera pas mentir. Rodrigo y fait preuve de tout son toucher et impressionne. La paire est tout aussi efficace sur sa sublime réappropriation d' « Orion » de Metallica. C'est du rock acoustique, aussi bizarre que cela puisse paraître à certains.

Les autres titres de l'albums, des compositions, conservent une architecture rock mais mettent davantage en avant des influences latines. Les deux guitares sont au diapason. Rodrigo Sanchez ne cesse de s'envoler et d'exhiber sa maestria. Et il serait indigne de dire que sa camarade est en reste. Tous deux virevoltent et s'enflamment sur leurs instruments pour donner naissance à une musique brûlante et passionnelle, belle et frénétique. A croire que le diable les habite. Ou le feu sacré...


En bref : Deux rockers mexicains donnent dans la guitare acoustique et les rythmes latins pour un album instrumental fougueux d'une grande virtuosité. Un disque animé, habité et réussi.




Le myspace de Rodrigo y Gabriela


A lire aussi : Buika – Mi niña Lola (2006)


L'album de Rodrigo y Gabriela en intégralité grâce à Deezer.com :


free music

Lire la suite