16 août 2012

Richard Hawley - Standing at the Sky's Edge (2012)


Bon, le doute n'est plus permis : la Grande Bretagne tient effectivement le grand songwriter qui lui manquait cruellement depuis une bonne quinzaine d'années, depuis que messieurs Lawrence, Luke Haines et consorts l'ont mis en veilleuse. Certes Morrissey veille toujours au grain, mais ses derniers efforts exception faite de celui produit par Morricone sont loin d'égaler ceux de sa splendeur passée.

Bref, on avait déjà une petite idée du génie de cet outlaw, suite au chef d'oeuvre d'épure que constitait le merveilleux Truelove's Gutter (2009), unanimement salué par la critique alors qu'il s'agissait déjà du 6ème album de cet ex musicien de séance de Pulp -il a notamment joué sur les derniers albums du groupe et est ami de longue date avec Jarvis Cocker.


Si Truelove's Gutter était hanté par le deuil d'un père véritable initiateur de sa carrière, c'est peu de dire que Standing.... en porte encore les stigmates. Et toutes les frustrations adolescentes - cette fente palatine qui n'a pourtant pas obéré le succès des frères Phoenix, ces démons intérieurs, la picole, tout ça...- n'y changeront rien : voila le disque qui devrait installer cet orfèvre guitariste doublé d'un redoutable compositeur comme l'égal d'un Elliott Smith, ou d'un Nick Cave, pas moins...
Et pas comme un simple clone de Jim Morrison, réflexion émise ici ou là, sans doute liée au phrasé du "awaaaaaay"  sur le morceau-titre. Mouais...

Ce disque exsude le blues, la mélancolie, malgré le trompeur "She Brings The Sunlight" d'ouverture dont la structure héroïque et les riffs reptiliens n'auraient pas déparé les meilleures compositions d"un Noël Gallagher. Au premier abord et si on a la vue basse, deux écueils pourraient freiner l'exaltation ressentie à l'écoute de tel disque : la production un brin friande d'échos, de réverb et d'effets et le parti pris des chansons en mineur.

Le chaland distrait pourrait supposer en effet qu'une grande partie du charme insidieux et vénéneux distillé par ces 9 nouvelles chansons ne repose que sur ces artifices, il en va bien au-delà !

Car un aréopage de chansons cafardeuses n'a jamais suffi à faire un album qui résiste au temps ; il faut pour ce faire habiter son propos, ne faire qu'un avec ses textes, que les confessions livrées relèvent davantage du tréfonds de la psyché que d'un banal exercice de style, tel qu'il s'en trouve trop dans les carrières de solistes actuels, on ne citera pas de noms, pas même celui de la crécelle Richard Ashcroft !

Point d'esprit Hawley-Hawley ici, mais plutôt le bilan sans concession d'un homme qui à mi-vie et encore traumatisé par la démise paternelle, se penche sur ses propres obsèques ("The Wood Collier's Grave"), l'implacable destin mortel ("Time Will Bring You Winter"), et choisit d'enluminer des compositions qui jusque-là se suffisaient par leurs seules sonorités boisées.

Mais l'esprit folk, même sous atours psychédéliques et romantiques n'est jamais loin : impossible de ne pas succomber aux déchirants et funèbres "Dont Stare at the Sun" et "Before", la ballade crépusculaire définitive où Richard nous enivre de sa voix profonde, de demeurer insensible aux sons hantés de de "Seek It", velvetienne en diable.
Sans oublier les chevauchées pleines de panache, ces "Standing at the Sky's Edge", "Down in the Woods" ou "Leave Your Body Behind You",  cette dernière d'ores et déjà promise à une belle carrière en single.

Les petits voisins de Sheffield, les cadets de Arctic Monkeys ne s'y trompent pas, qui forts de leur notoriété répandent la bonne parole en offrant au ténébreux chanteur la place qui lui est due : tout là haut sous les feux des projecteurs.

En bref : Richard Hawley signe son manifeste définitif, et venge pratiquement deux décennies de médiocrité pop anglaise. Vous ne pourrez plus ignorer ce destrier de la six-cordes.





le site, le Myspace


"Before" :

"Don't Stare at The Sun" en showcase à la Fnac :



"She Brings The Sunlight" :

6 Comments:

Yaoskaacs said...

En effet, il s'agit d'un album qui enchante les oreilles du début jusqu'à la fin. Ne connaissant rien à cet artiste je suis allée à l'écoute par pure curiosité: eh ben quelle découverte! Ca faisait un bail que je n'avais pas entendu un album si habité et si rempli d'émotions fortes (depuis le dernier Mark Lanegan en fait, qui j'avais l'impression d'écouter parfois à travers les melodies comme dans "The wood colliers grave"). Un peu ténébreux mais baigné d'une lumière qui nous laisse présager le meilleur pour cet artiste.
Bref, un regal!

Ju said...

Oulala ça aiguise ma curiosité tout ça. Et dire que j'étais passé à côté.. Je te fais un retour prochainement.
Bises
Ju

Anonyme said...

Par contre c'est aREopage et non aERopage. Je dis ça comme ça en passant...

Nickx said...

Merci de corriger cette faute de frappe, mais j'avoue que je m'attendais à autre chose quand j'ai vu l'ajout d'un commentaire...

Et si tu parlais du disque plutôt, maître Capello ?

HIPHOP said...

lis la chronique dans new noise, elle est exécrable!!
bises
j alias hip hop

Nickx said...

C'est quoi New Noise , connais pas !

Ben non, j'vais pas la lire, ou plutôt, je ferai comme pour celle de Ungemuth, pourtant grand fan de Hawley et qui taille l'album, si je tombe dessus, je la ferai glisser sur moi comme sur les plumes d'un canard !

Y'a rien à faire Jé, je suis littéralement tombé amoureux du bonhomme : sa voix, son jeu de guitare, ses compos, ses textes, tout quoi !
D'ores et déjà tout en haut de mon classement de fin d'année !

Mais toi, au fait dis-moi ce que tu en penses horss New Noise - c'est quoi une revue free jazz dissonnante hard core ?