15 octobre 2012

Tame Impala - Lonerism (2012)

En 2010 sortait Innerspeaker, premier album remarquable qu’on aurait pu chroniquer, et puis qu’on avait presque oublié. Tame Impala c’était sympa mais pas non plus de quoi fouetter un chat. Revival pop néo-psychédélique prometteur oui, mais pas plus. On a entendu dire que Kevin Parker allait donner suite, avec intérêt mais sans excitation non plus. Et puis le premier single "Elephant" est sorti. Et puis Lonerism est sorti. Et tout le monde a retenu son souffle, clignant des yeux, se pinçant pour vérifier qu’il ne s’agissait pas d’un rêve. Bien au-delà de toutes attentes, l’australien Kevin Parker vient de livrer la suite la plus digne au Revolver des Beatles de 1966, éclatant aux yeux de tous ses talents de faiseur de chansons pop, véritable trip en technicolor cachant une infinie solitude.

Vous allez dire que j’en fais trop. Pourtant ces douze morceaux mettent la barre très haut dans le genre. A la fois d’inspiration brit-pop, psych-rock américain et très moderne dans les couches de sons, le nouveau son Tame Impala doit aussi à son co-producteur Dave Fridmann que l’on ne présente plus. Parrain de ce son pop psychédélique (Mercury Rev, Flaming Lips, MGMT…) il apporte le modernisme aux perles sixties de Parker. Impossible aussi de nier la filiation Lennon, tant dans la voix que dans la façon de torturer les morceaux, de leur faire prendre des détours ("Nothing so far that has happenned has been anything we could control", ouf).

Dans le genre "Sun’s coming up" qui clôt le disque est un sommet. D’une intro magnifique au piano, Parker construit une pièce en deux actes traversée par un pont et il écrit en même temps la chanson la plus triste de l’année. C’est aussi la fin de l’album et pendant près de trois minutes Parker triture sa guitare et fait des bruits, s’éloignant petit à petit dans les échos, pour disparaître. Tout simplement céleste.



Et puis bien-sûr "Elephant". Morceau pachydermique de classic glam rock, drivé par LE riff de guitare de l’année, basculant à mi-parcours dans les nappes les plus synthétiques pour ne former finalement qu’un gigantesque break pour le retour du riff à 2’44". Il ne ressemble à rien d’autre sur l’album mais mérite à lui seul l’achat du disque.

Parker, encore plus que Joseph Mount chez Metronomy, est le seul cerveau à la tête d’un groupe qui n’en est pas vraiment un. Bien qu’à quatre sur scène, il joue seul de tous les instruments sur ce disque. Du temps passé dans un garage de Perth à écrire des paroles (le rêve, l’amour, la solitude, l’amour…), à bidouiller des instruments et des machines et à composer des morceaux pop comme le ferait un musicien électronique. "Keep on lying" par exemple. C’est un véritable mille feuilles de réverbs, de couches sonores et de distros se terminant en un solo de guitare dantesque. Et des morceaux comme ça il y en a neuf autres, tous meilleurs les uns que les autres.

En bref : moderne, mélodique, rock n’ roll, synthétique, catchy et musical, le Tame Impala nouveau prend du grade et s’impose de lui-même comme un futur classique. J’ai déjà hâte de le réécouter dans dix ans.




Le site officiel

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2 Comments:

HIPHOP said...

"l’australien Kevin Parker vient de livrer la suite la plus digne au Revolver des Beatles de 1966"

une phrase pareille, est-ce bien raisonnable?
je vais être obligé de lâcher un moment mon ornette coleman et mes melvins pour écouter ce truc, et en avoir le cœur net
:-)
j

Ju said...

Bien-sûr ce n'est pas raisonnable, mais ça fait du bien de s'enflammer. Ceci dit je ne suis pas le seul à l'avoir pensé, puisque le NME et je ne sais plus quel chroniqueur américain ont également trouvé la filiation..