18 juillet 2015

Algiers - s/t (2015)


On pense bien sûr tout de suite aux séminaux TV on the Radio des deux premiers albums : mêmes textures sonores, même esprit tribal, le chant black (celui de Franklin James Fischer, figure de proue du trio), mêmes accointances new yorkaises. Et quand bien même le chanteur viendrait-il de Géorgie (Atlanta), ça n'en serait pas un problème. Tout ici suinte l'expérimentation, l'avant-garde telle qu'elle a pu être chérie et pratiquée par des combos aussi essentiels que celui précité, Animal Collective, Fiery Furnaces, ou bien Liars. Que ce drôle de combo formé il y a déjà cinq ans de cela....... à Londres, a dû forcément écouter.

En ces temps où le seul salut pour se faire facilement googliser est d'adopter un nom à rallonge idiot, Algiers contourne le problème en prenant le nom anglophone d'une ville au lourd passé colonial. Et ce faisant Alger, puisque c'est d'elle dont il est question, n'est même pas la première occurrence existante de ce nom de groupe...

Ambiance post-industrielle, très belle voix étranglée à la Terry Callier, tout cela sonne parfois new-wave ("Remains", le très dark "Irony.Utility.Pretext."), le plus souvent comme une espèce de soul gospel avec la touche doo wop qui sied bien, (le génial "Claudette").

Sur un beat électronique tout ce qu'il y a de plus basique, le trio rappelle aussi les plus belles heures des Bad Seeds débutants lorsque leur musique était empreinte de blues poisseux ; à cet égard, "And When You Fall" est une parfaite déclinaison du chant possédé du grand Nick à ses débuts. "Blood" ose l'a capella, toujours soutenu par des chœurs en contrepoint, claps ou autres sonorités étranges, notes de guitares gémissantes...

Plus que des chansons fredonnables et faciles d'écoute, les 10 chansons militantes de cet étonnant debut sont comme autant de mantras, de transes à trois, qui conviennent à un ensemble indé et pourtant dédié aux plus belles heures de la musique noire. "Old Girl", scandé par un carillon et de vrillants accords de guitare s'avère ainsi bien trippant. Le finale de "In parallax" aussi, qui sample le génial Pastor TL Barrett ("Wonderful").

Les titres fonctionnent également sous le mode de probants crescendos hurlants façon musique industrielle (à la Nine Inch Nails pour donner une idée), et pour peu que l'on se les accapare s'impriment vite dans le cortex ("And When You Fly", "Old Girl" encore, "But She Was Not Flying").

Et pour prouver qu'il dispose d'autres cordes à son arc, le trio prouve aussi son savoir-faire sur des plages plus lentes telles la triste "Games" qui noue assez facilement l'auditeur.

Avec Algiers enfin, outre qu'on est à peu près sûr d'échapper à une réinterprétation de son contenu par Patrick Sébastien, nous vient le sentiment diffus d'être en présence au mitan de 2015 du premier Objet Musical Non Identifié depuis longtemps, et on ne boude ainsi pas son plaisir.

En bref : paraphraser Youri Lanquette sera ici amplement suffisant : passez à côté de ça et ayez l'air con dans 10 ans !




"And When You Fall"



"Irony.Utility.Pretext."


1 Comment:

M.Ceccaldi said...

on en parle dans le dernier noise mag !
bises