09 mai 2015

Turzi - C (2015)

Turzi dont on n'avait plus de nouvelles depuis B (2009), c'est-à-dire une éternité si l'on considère qu'il lui reste 23 albums à pondre - enfin on objectera que Sufjan Stevens a encore 48 états à mettre en musique alors l'un dans l'autre... - s'en revient avec un troisième long format en mode groupe. 
Après A (2007) d'inspiration très libre, et donc son sophomore qui rendait hommage aux villes, voici donc le manifeste ornithologique de Turzi, sous chouette (ah!ah!) pochette foil qui las, ne se rit pas des traces de doigt.


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08 novembre 2013

Sebastien Tellier - Confection (2013)

Finies les âneries priapiques d'un gourou égaré dans un univers Raëlien peu subtil. Tellier revient à de plus sages intentions en proposant ici l'équivalent d'une fictive bande-son, sorte de "récréation" (dixit) à sa discographie riche d'à présent 5 LP's, hors....bandes-son justement du type Narco.

Devenu insupportablement bavard et libidineux aux dires de ceux qui dernièrement se sont infligés ses spectacles live, le pileux revient à ce qu'il sait faire de mieux et qui a fait sa renommée, cette espèce de lounge coule, faite d'arpèges de basse pincée, de piano martelé, de roulements de caisse claire savants.


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04 mai 2012

Bernard Estardy - La Formule du Baron (1969/2010)

Si vous aimez Michel Magne, François de Roubaix, Jean-Claude Vannier et toute cette clique de compositeurs et arrangeurs français qui donnèrent à la fois dans la musique de films et de télé, la pop expérimentale et la variété, alors vous aimerez immanquablement, si ce n’est déjà le cas, Bernard Estardy, autoproclamé Baron de Méhouilles. Organiste pour Nancy Sinatra et Nino Ferrer à ses débuts, Estardy a enregistré un nombre impressionnant de stars françaises dans son mythique studio CBE, qu’il avait créé avec Georges Chatelain et où il passait 14 à 16 heures par jour ! Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Sheila, Joe Dassin, Claude François… Tous profitèrent de ses talents d’ingénieur du son, et tout spécialement de son don pour les prises de voix. C’est même sous sa direction que furent immortalisés le "Jerk" de Thierry Hazard, "Les Corons" de Pierre Bachelet, "Jolie Poupée" de Bernard Menez, le "Big Bisou" de Carlos et une quantité incalculable d’autres tubes de notre bonne vieille chanson de variété à textes bien de chez nous, jusqu’à son décès en 2006.


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16 février 2012

VA - Music For Dancefloors : The Cream Of The Chappell Music Library Sessions (2001)

Chappell est l’un des grands labels historiques de la library music, cette musique souvent désignée comme « légère » destinée à illustrer les programmes de radio et de télévision, des années 60 aux années 80. A cette époque où l’on n’utilisait pas encore systématiquement "You’re Beautiful" de James Blunt pour souligner l’émotion de telle ou telle séquence, les chaînes et stations pouvaient piocher dans un catalogue immense mis à disposition par des labels aujourd’hui mythiques, comme les Français Patchwork, Neuilly et Télé Music, ou les Britanniques KPM et Chappell. Elles pouvaient y trouver toutes sortes de sonorités, de la pop psyché au jazz funk en passant par l’exotica, le disco et les bidouillages de pionniers électroniques. Pour chaque ambiance souhaitée, elles pouvaient choisir parmi des milliers d'instrumentaux, souvent classés par thématiques et affublés de titres descriptifs.

Contrairement aux a priori sur la légèreté de la library, qui ne serait qu’un parent pauvre de la musique de films, tout ce pan un peu oublié de la musique du 20e siècle ne manque pas de consistance. Parmi ses figures de proue, on trouve toutes sortes de profils : anciens musiciens classique, touche-à-tout de génie, musiciens de studio et ingénieurs du son de luxe, hommes de l’ombre de la variète, pionniers du disco... Une sacrée galerie d’iconoclastes et d’innovateurs. Et c’est bien souvent dans le cadre de la musique d’illustration que ces artistes ont produit leurs œuvres les plus personnelles et les plus audacieuses.

Cette compilation sortie par Strut en 2001 me semble un bon moyen d’approcher cette sphère musicale pour les non-initiés, d’abord parce qu’elle se concentre sur l’aspect le plus funky et donc le plus accessible de la library, ensuite parce qu’elle présente un joli éventail d’artistes essentiels à travers certains de leurs meilleurs titres, sélectionnés parmi des milliers d’enregistrements. En dehors d’un interlude inutile (« Erotica 1 »), tous les morceaux sont excellents et ont ce petit côté exotique et tripé qui les distingue du jazz-funk ou de la pop plus classiques. Evidemment certains n’y verront que de la musique d’ascenseur. Je ne peux rien pour eux.








Un peu plus connu que les autres car samplé par Madlib et DangerDoom et présent sur moult compilations (dont le vol. 4 des Dusty Fingers), "Misty Canyon" de l’Australien Sven Libaek est sans doute celui qui a le moins vieilli. La nonchalance exquise du riff de guitare, la densité des cordes et des cuivres, l’efficacité des breaks de batterie, la beauté des soli de sax et de vibraphone, tout est réuni pour faire de cette petite pièce d’à peine plus de 2 :30 un chef-d’œuvre intemporel. Si.
"Safari Park", du génialissime Roger Roger, n’a pas non plus pris une ride. On voit à quel point ce type de groove a pu inspirer des maîtres du downtempo moderne comme Herbaliser ou Nightmares On Wax.

La plupart des autres titres ont un côté plus vintage, mais qui fait partie intégrante du charme et de l’ambiance de la compile. On passe de la funk survoltée d’Irving Martin et Brian Dee à des grooves soyeux et scintillants comme le "Discovery" de Brian Bennett ou le "Rainbow Bridge" de Paul Dupont & His Orchestra. Ici ou là, on a droit à une petite pièce de pop psyché à l’ancienne ("Following You" de Pierre Dutour, "Psychedelic Portrait" de Jean-Claude Petit et son Orchestre), ou à un détour par l’Amérique du Sud, comme sur le très brésilien "Five Plus Four" d’Al Newman, ou sur le délicieux "Exotica" d’Ole Jensen, qui évoque une version soft de Les Baxter.

C’est un festin de percussions étranges, de vibraphone et d’orgue, de trouvailles sonores en tous genres. Après ça, il serait étonnant de ne pas avoir envie de fouiller dans le gigantesque répertoire de la library music. Dans ce cas, faites un tour sur les nombreux blogs de collectionneurs, qui font véritablement un travail d’utilité publique en tentant de conserver ce patrimoine contre vents et marées. Donc allez-y, pendant qu’il en est encore temps…

A noter : la version CD ne contient pas tous les titres de la version vinyle (2xLP). Les autres volumes de Music For Dancefloors, consacrés aux labels KPM et Bosworth, sont également très recommandés.

En bref : une sélection des meilleurs titres d’un des labels les plus importants de la library music. Entre jazz-funk, pop psyché et exotica, c’est un excellent moyen d’aborder cette niche obscure et passionnante de la musique du XXème siècle.




Le site de Strut Records

A lire aussi : Shake Sauvage - French Soundtracks 1968-1973








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28 mars 2011

Dick Rivers - L'? (1969)


Fascinante cuvée que cette incroyable année 1969, qui offrit des grands disques connus ou inconnus, à la pelle. Etonnant aussi ce chiffre sept, très souvent vecteur de certaines oeuvres majeures dans les discographies (liste à disposition).

Dick Rivers en est donc déjà à son septième long format lorsque paraît en 1969 ce très curieux disque qui sera complètement boudé par le public ce qui lui confèrera un statut d'album culte des années plus tard.


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24 mars 2011

Broadcast - The Noise Made By People (2000)

S'il est vrai que la musique constitue le plus cher des bruits, remercions le quatuor anglais Broadcast d'y avoir contribué à sa manière, fût-ce hélas de façon confidentielle.
Né à l'orée des années 00's, repéré via le toujours très défricheur label Warp, et une première compilation de singles intitulée Work and Non Work (1997), le groupe emmené par la sculpturale et évanescente Trish Keenan consistait en une pop débarrassée d'aspérités, aux confins du easy-listening et d'atmosphères rêveuses.

Celles-ci convoquaient tour à tour la rondeur de basse des Gainsbourg early-seventies les plus millésimés, les sons d'orgues Hammond de "fête foraine hantée" - les fans du film culte Carnival of Souls (1960)  sauront apprécier la référence - et se repaissaient de swing souple et classe, louchant vers les sons léchés des non moins cultes et fantastiques High Llamas.

Longtemps comparée à Stereolab en raison de sa musique tout d'abord, de l'évidente relation de proximité qui en résultait, ainsi que de la voix diaphane (mais plus sexy) de Trish, Broadcast était évidemment une émanation originale quoique mineure de l'art Stereolabien ; et sa discographie n'évita pas certains écueils et notamment ces sons crissants qui parsemèrent l'inégal Haha Sound (2003) - le groupe, réduit au duo/couple Trish Keenan-James Cargill se reprit par la suite sur le charmant Tender Buttons (2005).

Néanmoins, et dans une oeuvre aussi clairsemée que méconnue demeure ce véritable premier 33 tours (et oui, à DODB, on ne dit pas CD) qui ravira les aficionados de sonorités confidentielles et charnelles, ceux qui de Air à Kid Loco en France, en passant par les maîtres du lounge en France ou ailleurs , parmi lesquels l'ombre tutélaire de l'insurpassable Jean-Claude Vannier, iront pleurer de joie à l'écoute de "Come On Let's Go". Pleureront leur mère au son du délicat et vaporeux "You Can Fall", tout en dodelinant à la lancinante intro chimérique de "Long Was The Year", succomberont aux délicats arrangements du "tubesque" "Papercuts" et humeront la beauté de "Look Outside", et pour finir... pleureront amers, la disparition du groupe, qui devrait être effective depuis ce triste jour de janvier où une imbécile pneumonie aura eu raison de la douceur de Trish Keenan. The noise made by people ? Oui, mais à fond les baffles alors, et on n'appellera pas la maréchaussée. 

En bref : sans nul doute le meilleur des 4 albums de Broadcast, humble mais mésestimé testamentaire des plus beaux sons lounge de la décennie passée. A redécouvrir, forcément la gorge serrée.





Le site et le Myspace

"Come On Let's Go" :



"Look Outside" :



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10 février 2011

VA - ESP Institute - Concentration Vol. 1 (2010)

Andrew Hogge, alias Lovefingers, n’est pas un inconnu pour ceux qui s’intéressent au disco déviant et aux musiques obscures des décennies 70 et 80. Pendant des années, il a contribué, grâce à son blog, à faire redécouvrir des centaines de perles méconnues qu’il ne s’est jamais fait prier pour remixer. Le 1er janvier 2010, le natif de Californie, aujourd’hui installé à Brooklyn, a posté un message fort bref pour annoncer la fermeture de ce fameux blog : "New decade, new projects", annonçait-il. Son nouveau projet n’a pas tardé à voir le jour. Label "philanthropique et pédagogique", comme se plaît à le définir son créateur, ESP Institute a sorti, l'été dernier, le premier volume d'une série de compilations dont les bénéfices sont reversés à une association de soutien des jeunes en difficulté via l’étude et la pratique de la musique, basée à LA.

Au-delà de la bonne cause, Concentration Volume 1 est surtout l’occasion de faire connaissance, si ce n’est déjà le cas, avec une sélection d’artistes parmi les plus talentueux des scènes cosmic et balearic. On a affaire à une belle brochette de nerds qui possèdent d’extensives collections de vinyles rares et oubliés et s’amusent à en faire des edits plus ou moins discoïsants. Ces gars-là savent que tout est bon pour faire triper les dandys barbus, hippies numériques et autres végétariens drogués : deep funk, pop, kraut, tropicalia, soft rock, bandes-sons de navets italiens… L’essentiel étant d’y infuser une dose significative de percussions, wah wah, cuivres, basses slapées et samples new age, et bien entendu des tonnes de synthétiseurs.

Le patron se charge lui-même de l’entrée en matière avec son impressionnante version de "Pescador" (de Sesto Falconi), introduite par un beat housey en sourdine avant de dérouler des guitares floydiennes et de s'achever en mode free jazz dans une mêlée de flûtes et de clochettes. Bumrocks enchaîne dans une veine pop psyché, mais y injecte des chœurs disco pour faire de "Piedra" une petite tuerie vintage. Parmi les autres incontournables : le drôle de reggae afro et moite des Japonais de Cos/Mes, la relecture par le Suisse Lexx d’une chanson de variété italienne au riff de synthé particulièrement obsédant ("Questo Amore", de Lucio Battisti - 1980), ou encore le blues speedé de "Rocks In Me" (d’Alexis Le-Tan & Lee Douglas), sa ligne de basse à réveiller un mort et son harmonica déglingué.

Ces titres absolument énormes en côtoient d’autres plus anodins, mais la qualité de l’ensemble reste élevée, suffisamment en tout cas pour espérer qu’un deuxième volet arrive très bientôt, et que ce beau projet s’inscrive dans la durée. En attendant je ne saurais trop vous recommander d’explorer le catalogue d’ESP Institute, les travaux de Lovefingers seul ou avec Lee Douglas au sein de Stallions, et les sorties de son autre label, Black Disco.

A noter : la compile n’est sortie qu’en CD mais certains titres sont disponibles sous la forme de 2 samplers vinyles.

En bref : il fait bon chiller avec Lovefingers et sa tribu internationale de barbus cosmiques, qui nous offrent ici une collection de remixes et edits d’obscurs joyaux funk, rock, afro et disco des années 70/80. Savamment psychédélique.



Le site de l'ESP Institute

A lire aussi : Gala Drop - Overcoat Heat EP (2010)

"Pescador", de Lovefingers :


"Piedra", de Bumrocks (edit de "California Music", de Curt Boettcher):


"Verliebt", de Lexx :


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05 mai 2010

Javelin - No Mas (2010)

C’est avec méfiance que je me suis lancé dans l’écoute de cette galette hautement fashion portée aux nues par nombre de blogs. Un duo de Brooklyn qui fait le buzz, avec un album à la pochette dégueulasse et criarde… Combien de fois avons-nous entendu ce refrain ces deux-trois dernières années ? Pourtant Javelin ne ressemble pas à la moyenne des groupes chill-psych-folk dont nous abreuve Brooklyn. No Mas est un sacré bordel, un patchwork très ludique où voisinent beatmaking hip-hop, pop façon sixties, exotica et électro-funk robotique, le tout dans une ambiance joyeusement irrévérente, mais finalement assez cohérente.

Beaucoup de gens les comparent aux Avalanches, et c’est justifié. Même si l’album ne sonne pas du tout comme Since I Left You, et n’atteint pas la même puissance, l’éclectisme de Javelin, sa propension à construire de véritables chansons autour de samples disparates, et son sens de la mélodie qui fait mouche, rappellent indéniablement le collectif australien (qui doit sortir son deuxième album depuis des années – qu’en est-il au juste ?). Mais chez Javelin, il est quasi impossible de distinguer les samples de ce qui a effectivement été joué sur des synthés et des drum pads qu’on imagine vétustes.

Bon, c’est vrai, certains des 15 titres de l’album ne sont pas loin d’être insupportables, notamment à cause de voix irritantes et d’un côté dance music de supermarché qui ne l’est pas moins. Je préfère me concentrer sur les quelques bombes qu’il recèle, dont certaines étaient déjà parues dans des versions différentes. Le morceau d’ouverture, "Vibrationz", est celui qui a le plus circulé sur le net. C’est une sorte de plage hip-hop instrumentale carillonnante qui fait entrer de la manière la plus douce possible dans l’univers très ensoleillé des New Yorkais. Car No Mas est le type même de disque à écouter en lézardant en maillot de bain. Le swing psychédélique de "Merkin Jerk", ou la délicieuse tranche de funk qu’est "Tell Me What Will I Be?" sont là pour le prouver.

Difficile d’éviter le name-dropping pour évoquer le son du binôme : on reconnaît ici un sample de batterie de Led Zep, là les influences de Tom Tom Club ou The Go! Team, ailleurs des clins d’œil au Wu Tang, au groove des musiques de films françaises des 70’s, ou encore aux Belges de Telex ("Moscow 1980", l’un des pires morceaux de l’album)… Les références abondent mais on reste dans une musique simple et fraîche, pas intellectuelle pour un sou, qui frôle même par moments l’easy-listening. Note pour plus tard : cet été, au moment de faire les valises, ne pas oublier No Mas, de Javelin.

En bref : un joli petit patchwork, plein de fraîcheur, entre hip-hop, funk, et dance-pop, idéal pour une séance de chill au soleil.



Javelin - Tell Me What Will It Be.mp3
Javelin - The Merking Jerk.mp3

Le site officiel
Le Myspace
Le site et le Myspace du label Luaka Bop


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02 février 2010

Stereolab - Chemical Chords (2008)

Un nouveau Stereolab est toujours un événement, pour de nombreuses personnes. 
Succédant au formidable Margerine Eclipse (2004), cet opus sorti en pleine chaleur estivale de 2008, est un peu passé à l'as alors qu'il mérite une réévaluation certaine.

Certes rien de nouveau sous le soleil de nos laborantins franco-britanniques : Laetitia susurre toujours des textes poético-libertaires ("Nous Vous Demandons Pardon") qui font (sou)rire, le gimmick des titres français chantés en anglais (et son contraire) est toujours là, toujours ces percussions soyeuses, cette basse élastique et Melodynelsonienne, cette palette infiniment attrayante de synthés vintage et leurs sons souples et easy.

Il n'en demeure pas moins que depuis les digressions jazz/samba pénibles des années 97-2000, lorsque le groupe semblait lorgner d'un peu trop près sur les ambiances lounge de son mentor Sean O'Hagan des High Llamas, influence importante si elle en était, mais qui avait fini par phagocyter le son des londoniens, Stereolab avait perdu ce son caractéristique qui était le sien.
Heureusement le groop semble à nouveau privilégier depuis une paire d'albums les sonorités qui ont fait la gloire de son légendaire Emperor Tomato Ketchup (1996) dont le groupe se targuait sur son site qu'il avait été élu par Amazon 51ème meilleur album indé de tous les temps, et c'est bien-sûr justifié.
Chemical Chords emprunte au précédent la diversité de l'instrumentation, des tempos et renoue par exemple par le biais du court mais rassérénant instrumental "Pop Molecule" avec ces sons de guitare distordus et évocateurs de l'âge d'or stereolabien. L'ambiance vibro masseur est toujours de mise, avec l'exotique et ravissant "Silver Sands" et ses carillonnantes touches en métal. Même le single "Three Women" lancé assez tôt sur Internet et qui avait pu laisser de glace (un comble pour un groupe misant sur la chaleur de ses arrangements) fonctionne à nouveau, en distillant un délicieux parfum rétro-kitsch sixties.

Le title-track et ses nappages de cordes caressantes et énamourées constitue aussi l'un des autres grands moments de ce disque très avenant, qu'il convient de classer au rang de bon cru du Stereolab 2.0.



En bref : le groop allait ensuite s'octroyer un break après plus de 20 ans de production ininterrompue d'albums, EP et autres maxis ; d'où l'opportunité de se repencher sur sa discographie touffue et passionnante. Par le biais notamment de ce disque en apparence testamentaire, moins anodin qu'il n'y paraîtrait à la première écoute.



le site officiel
et le Myspace

"Silver Sands" en live :



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21 juillet 2009

Jens Lekman - Night Falls Over Kortedala (2007)

Découvert sur le tard pour ma part, ce jeune premier Suédois signé chez Secretly Canadian. Un hasard que l’on n’explique pas, un album qui atterrit Dieu sait comment dans mon Mp3 de vacances (et pour lequel je ferai le rapprochement bien plus tard avec la pochette que je connaissais déjà et qui m’intriguais) et c’est parti pour 51 minutes de pop néoromantique à l’instrumentation grandiloquente.

Pas besoin de chercher longtemps, le séducteur de Göteborg est déjà bien établi sur la toile. A son actif on compte déjà un nombre incalculable de Cd-r faits maison, des Ep distribués à tout-va, et un premier album bien plus sobre en 2004, When I Wanted To Be Your Dog. On a même entendu un temps qu’il souhaitait arrêter la musique. Quelle blague quand on découvre le talent sans fin que possède le garçon. Autant demander à la pluie d’arrêter de mouiller.

Toujours est-il qu’il revient en 2007 avec ce disque issu d’une première expérience studio à priori traumatisante. Plus habitué à l’intimité de sa chambre qu’à la froideur des salles d’enregistrement, le Jens est très sensible, il a des frustrations, des crises identitaires, mais il se prête finalement au jeu. Le résultat ? Des trésors d’inventivité orchestrale, des mélodies easy listening à chaque coin de rue, et surtout cette voix de crooner identifiable parmi mille autres.


Spécialiste des samples introuvables et des reprises obscures (The Avalanches, The Left Banke, Moondog, The Television Personalities…), Jens se fait un malin plaisir à inclure toutes sortes d’effets (faux craquements de vinyle, samples de lui-même à l’âge de 5 ans) autour de sa voix de baryton, claire et haut perchée. Tapis de cordes, trompette, saxophone, trombone, la parfaite panoplie d’une pop élégante façon Croisière s’amuse, ("If I could cry I would feel like this" très Roy Ayers) toujours à la limite du kitsch, certainement en mode hors-piste pour certains diabétiques.

Dès l’ouverture de "And I remember every kiss" Jens déroule le tapis rouge sur un sample de Jerry Goldsmith. Notons également "Your arms around me" qui peut faire office de parfait petit single, la ballade romantique so 60’s (et so Belle & Sebastien) "Shirin" ou encore "I’m leaving you because I don’t love you" (sic) et ses trois notes de piano. En fait chacun des douze titres est suffisamment réussi pour mériter sa ligne, même ce "Kanske ar jag kar I dig" façon Timbaland qui n’a donc à priori rien à voir et pourtant. Même El Perro Del Mar y met de son chœur sur le mielleux "A postcard to Nina" avant de laisser sa place à sa compatriote Frida Hyvönen.

En bref : un numéro d’équilibriste nordiste dans une veine intemporelle. On adore ou on déteste.




Le site officiel et l’album en streaming

A lire aussi : Figurines - When the deer wore the blue (2007)

Le clip de "Sipping on the Sweet Nectar" qui résume à merveille l’ambiance du disque, suivi du plus intime "A postcard to Nina" :




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02 juillet 2009

Anjali - The World Of Lady A (2003)

Anciennement activiste chez les Voodoo Queens, la sculpturale pakistanaise, DJ de son état, et un temps go-go dancer chez les Cramps, livrait en 2003 son deuxième LP. Sous une très jolie pochette chamarée, die-cut sleeve s'il vous plait, et dont le médaillon offre les courbes enchanteresses de la miss sous une robe de mère Noël que l'on devine très accorte.

Bref, cette musicienne adepte des sons vintage offre dans ce disque là un savant cocktail d'hymnes à danser, sous une rythmique louchant vers le trip-hop, mais qui n'ignore en vérité rien des hymnes easy listening les plus langoureux des meilleurs scores seventies. Guitares réverbérées en diable limite surf, soupirs alanguis, sitars invitant au jerk le plus torride ("Stinging Sitars X 9" la bien nommée, offerte en sus de l'album), et la charmante voix de tête de Anjali qui évoque de loin une Beth Gibbons qui aurait enfin décidé d'être expressive. Avec "Turn It On", on a également à faire à un autre instrumental tonitruant qu'on eût tout aussi bien pu trouver chez un John Barry ou un Lalo Schiffrin millésimés.

La reverb claque particulièrement dès les premières intros du disque, on pense bien évidemment à "Misty Canyon" et à l'irrésistible "Asian Provocateur" (quel titre !) sous fond de bidouillage de bruits de jouets. Quant au single "Seven X Eight", les anglais le qualifieront d' "infectious"- tant il y a quelque chose de contagieux dans cette mélodie tourbillonnante. Mais tous les titres ne sont pas aussi endiablés.

Et de fait, les titres plus doux, mélanges d'exotisme et de groove ("A Humble Girl", "Sati") soutiennent moins la comparaison, même si le dulcimer mélancolique de "Hymn To The Sun", qui n'est pas sans évoquer le classique "The Persuaders" de Barry accroche sans forcer.
Ainsi, la très cheesy "Rainy Day" est une invitation à un corps à corps... moite, langoureux à souhait. Ou défi est lancé à tout mâle digne de ce nom, de rester de marbre face à cette avalanche de synthés dégoulinants et ces râles implorés de la belle.

De tout ce florilège où le passable ne le dispute que très rarement à l'excellent, l'un des peaks demeure sans conteste "Ain't No Friend" (tu parles, on va te croire !) qui résume assez bien à elle seule le son du disque, sexy, vaporeux et groovy.
Las, alors qu'un nouvel album enjôleur était annoncé en fin de décennie OO, le successeur de The World Of Lady A resterait lettre morte.

Nous reste cependant ce miracle de féminité susurrée qui, sous un enrobage de rythmiques des plus sexy, fait la part belle aux ambiances instrus vintage. Il y a là l'esprit mutin des plus aventureuses des égéries 60's, le tout sous une production circa Bristol early eighties. Savoureux.

En bref : le disque soul acid parfait qui émane d'une ex go-go girl musicienne. Sexy moite et envoûtant.




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13 juin 2009

Phoenix - Wolfgang Amadeus Phoenix (2009)

4ème album des Versaillais, lancé en grandes pompes il y a quelques semaines : ce titre faussement emphatique, la promo sous forme de ballons gonflables... Et peut-être bien son meilleur. Le groupe emmené par Thomas Mars, habile chanteur qui manie plutôt bien la langue de Shakespeare, s'affirme de plus en plus comme l'un des groupes de la colonie versaillaise ou cristolienne sur lesquels compter, nos alternatives crédibles à l'éternelle hégémonie anglo-saxonne. Air avait montré la voie il y a une décennie, et depuis les Justice, Scenario Rock, Chateau Marmont, voire Poni Hoax, sans oublier les impayables et précieux Fancy, n'ont eu de cesse de tracer un nouvel axe francilien et banlieusard, qui devrait vite être pris très au sérieux par la concurrence étrangère. Et qui est sans commune mesure avec la prétendue nouvelle scène rock boutonneuse de Paname.

Phoenix, avec ses airs de ne pas y toucher, est un groupe qui fait son chemin, s'exporte très bien, et à qui on doit ce son classe un peu lounge, cette pop à la coule, bien exécutée, bien interprétée, efficace.

Ca commence avec "Lisztomania" : Franz après Amadeus, rien que de très normal ? En fait, ce qui frappe d'entrée, c'est ce mimétisme de plus en plus affirmé entre les timbres de Thomas Mars et celui de Kevin Barnes, monsieur Of Montreal en chef. Mais un Of Montreal candide, moins tordu, et qui surtout se montrerait euh... beaucoup plus abordable dans le format chanson. Candide, impavide mais inspiré, le chant ici s'accomode parfaitement de la pop langoureuse et lunaire qui l'enrobe. Peut-être moins rythmé que les précédents disques, WAM offre néanmoins de véritables petits bijoux tels que ne les renierait pas un certain Sean O'Hagan, l'homme à tout faire des High Llamas, ("1901", "Rome").

Sur la groovy "Fences" se croisent pèle-mèle, outre les rythmes chaloupés de Of Montreal, ceux de Fugu, autre trop rare orfèvre pop lorrain, drivé par l' "autre" Mehdi. Mais plusieurs plages vont même jusqu'à évoquer le Polnareff des grandes années, ce falsetto, les basses soyeuses, si le génie reclus avait troqué ses arrangements de cordes et d'orgues d'église contre l'habillage lounge poppy qui sied si bien à Phoenix.

Mais le morceau le plus surprenant demeure sans conteste ce "Love Like A Sunset" , un peu plus long que les autres, car conviant à une intro et à un break presque Kraut, où affleurent aussi le souvenir des ex-maîtres du post-rock, les Tortoise, Ui ou autres Mogwai. Tout ceci donne une première face impeccable, de celles qui feront date en 2009.

Alors, on peut sans doute regretter que le feeling, le son fluide, l'interprétation racée ne résistent pas à une deuxième moitié d'album certes jamais désagréable, mais un peu plus anecdotique. Les quatre, cinq derniers titres se ressemblent un peu tous, et un ronron finit par instants par s'installer.

Il n'empêche : pour les promesses déjà affichées, pour cette particularité "à la française" dans la production, et ce son presque immédiatement identifiable, on redemande du Phoenix, et perso, on coche déjà les dates automnales à venir dans le sud-est, et plus particulièrement celle du mois d'octobre au Rockstore de Montpellier, l'une des très nombreuses étapes d'une tournée d'importance.

En bref : au gré des années et des albums, Phoenix se crée un son. Et ajoute une nouvelle pierre angulaire à la galaxie des groupes de la région parisienne à dimension internationale. Ne manquent  que quelques chansons marquantes de plus pour faire de WAP, le sans-faute auquel le groupe doit pouvoir prétendre.



Le site et le Myspace.
A lire aussi : Of Montreal - Coquelicot Asleep In The Poppies : A Variety Of Whimsical Verse (2001)


"Love Like A Sunset Parts 1&2"



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