21 septembre 2022

Dawes - Misadventures Of Doomscroller (2022)

Ils ont ça chevillé au corps. C'est un fait : aux Etats-Unis, de même que tout bon Noir qui se respecte est potentiellement un chanteur d'exception ayant fourbi ses armes gospel dans une paroisse ; les Blancs eux pour peu qu'ils soient un peu bouseux s'adonnent à l'americana. C'est-à-dire à tout ce que le folklore doit aux blancs (folk, country) et éventuellement... aux Noirs (jazz, blues, soul).

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28 août 2019

Silver Jews - American Water (1998)

Voilà déjà deux semaines que le couperet est tombé, David Berman - tête pensante du groupe américain Silver Jews - a été retrouvé mort à 52 ans, pendu dans une chambre d'hôtel de New-York. Le choc. La liste de mes idoles suicidées n'en finit plus de s'allonger (Elliott Smith, Sparklehorse, Vic Chesnutt, Gravenhurst, Jay Reatard...), de quoi sérieusement se remettre en question. Qu'aime t-on tant chez les artistes inadaptés ? Où commence le voyeurisme ? Le talent est-il proportionnel au nombre d'addictions ? Pourquoi ? Et à chaque fois l'occasion, comme s'il en fallait une, douloureuse, de se replonger dans leur discographie, pour essayer de comprendre.


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22 février 2019

Mercury Rev - Bobby Gentry's The Delta Sweete Revisited (2019)

Les esprits taquins diront que Mercury Rev ose tout et que c'est à ça qu'on le reconnaît. Car enfin il en fallait du cran et c'était un pari casse-gueule que de revisiter dans son entièreté le 3ème des 7 albums précieux de Bobbie Gentry, chanteuse auteure compositrice du mythique sud américain.


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12 février 2015

Jessica Pratt - On Your Own Love Again (2015)


Deuxième parution au long cours pour l’énigmatique Jessica Pratt, déjà auteur d’un album éponyme en 2012 et dont l’aura n’avait que peu touché l’Hexagone. Pour les plus avertis, ils avaient pu la localiser lors d’un concert à Saint-Ouen au MoFo 2014, pour ce qui reste à ce jour son seul passage en France. Il est donc temps de lever le voile sur une artiste pour qui la lumière n'a jamais été une source d'inspiration, et pourtant...

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07 mai 2014

Timber Timbre - Hot Dreams (2014)

Le trio originaire d'Ontario, Timber Timbre, refait parler de lui avec son 5ème essai, Hot Dreams, prolongement d'un songe aux couleurs monochromatiques d'où émerge une musique aux forts accents américains, d'Elvis Presley à Jay Hawkins en passant par Chuck Berry. Récit de cette odyssée dans la nuit noire américaine.


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18 mars 2014

Damien Jurado - Brothers And Sisters Of The Eternal Son (2014)

Troisième volet refermant le triptyque débuté avec St Barlett et Maracopa, Brothers And Sisters Of The Eternal Son, le 11ème disque de l'américain Damien Jurado transcende les grands espaces de l'état de Washington via une folk en lévitation, à la frontière du rêve et de la réalité.


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09 février 2014

Kurt Vile - Wakin on a Pretty Daze (2013)

Il semblerait qu'il soit dorénavant plus aisé pour l'auditeur lambda blasé qui fait sien l'adage que trop de disques produits et écoutés tue le disque, de trouver son compte avec les songwriters oeuvrant solo. Plutôt qu'avec cette masse de groupes informes, interchangeables entre tous,  dont les personnalités, les vraies avec un pédigrée, sont désespérément absentes. 
Alors qui est ce Kurt Vile que la critique s'est appropriée, louant et c'est mérité son 5ème LP,  quand l'excellent Smoke Rings for My Halo avait déjà fait son petit effet en 2011 ? Un gaillard dégingandé de Philadelphie qui n'a pas besoin lui de casque intégral pour sortir tranquillement faire ses courses, caché qu'il est derrière une abondante tignasse .
Une sorte de fils putatif de Lou Reed récemment disparu, et de Hope Sandoval, l'enivrante meneuse des Mazzy Star, auxquels il emprunte le phrasé nonchalant du premier (davantage axé sur le  talk-over) et les inflexions rêveuses et éthérées de la seconde.

Des histoires, des chroniques toutes simples d'un zicos aguerri - déjà un long passé de groupes derrière lui - qui se contente de composer chanter et jouer pour les terriens, animé d'un hédonisme bon crin et tout heureux de narrer et relater les choses de la vie toute simple à sa chère et tendre et les deux fillettes qui sont le centre de son existence. On espère donc que son désamour du sacerdoce rock'n'rollien on the road n'entamera pas l'envie d'en découdre de Kurt envers les différents publics de la planète et qu'il ne sera pas frappé du syndrome Manset/Hardy/Drake/Partridge (la liste est longue) qui ont un jour décidé de ne plus donner de nouvelles que par disques interposés. Mais il semblerait que notre homme à une époque où l'industrie du disque se meurt, privilégie encore et toujours le soutien financier de sa petite famille alors...
Car ce serait se priver d'interprétations sur le vif de ces superbes odyssées guitaristiques que sont les longues (plus c'est long... et sur ce disque, Kurt Vile a lâché la bride) et superbes "Wakin on a Pretty Day", "Was All Talk", "Girl Called Alex" (rien que pour ces trois titres...), "Too Hard", ou " Goldtone" que souligne parfois un synthé discret façon road-movie Lynchien ou Jamurshien. Sans oublier ce phasing délicat qui enlumine littéralement les chansons et notamment ce "Snowflakes are Dancing" étonnamment pudique.
Au passage, la dernière ode à une Alex se trouvait sur Father Son Spirit de Girls et cela évoque forcément de très beaux moments musicaux
Et donc se priver d'un nouveau et digne émule de Neil Young, auquel notre homme à l'instar de son compatriote en vogue Jonathan Wilson ne cache pas son attachement - voir au delà des riches morceaux évoqués, les sortes de boogie crétins que sont "KV Crimes" et son inénarrable clip "royaliste avec porteurs" ou bien "Shame Chamber", où l'ombre des chevauchées du Cheval Fou n'est jamais loin/

L'univers de cet artiste a priori sans trop d'équivalent en dépit du style chevelu-yankee-guitare-au-vent qui fait florès, laissera peut-être de marbre ceux qui arguent de la longueur  excessive de certaines chansons (effectivement) ; il ravira les autres pour qui le timbre de grand échalas fatigué de Vile, associé à des sons de guitare amples et riches, est un pur enchantement.

En bref : pour qui aime la guitare, les tourneries qui s'insinuent dans le cortex de façon durable, ce disque est un régal, et plus encore semble révéler l'univers doux rêveur d'un musicien majeur.. et accessoirement réhabiliter les morceaux de 9' et les albums d'une heure.





le site  officiel

"Was All Talk"

 "Girl Called Alex" :


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29 octobre 2013

Bright Eyes - Lifted Or The Story is in the Soil, Keep Your Ear to the Ground (2002)

A peine âgé de 20 ans, le talentueux Conor Oberst a déjà nombre de méfaits musicaux à son actif, qui souvent prennent la forme de EP, splits, singles divers tirés à peu d'exemplaires comme le veut la règle de l'indé.

Ceci est déjà son 3ème album - en fait 4, si l'on compte une première double compilation de ses oeuvres précoces - et c'est véritablement le plus abouti jusqu'ici, celui qui le fera connaître et émerger de la prolifique scène folk américaine qui a déjà vu poindre des Mark Linkhous (Sparklehorse), Bill Callahan (Smog), Will Oldham (Palace), Kurt Wagner (Lambchop) ou Vic Chestnutt, certes pour la plupart ses ainés.


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08 mars 2012

Plants And Animals - The End Of That (2012)

Plants And Animals c’est ce trio montréalais que l’on a découvert en 2008 avec le déguindé Parc Avenue. Ca partait dans tous les sens et il était alors compliqué de prédire la future orientation du groupe. La La Land en 2010 était plus affiné et gracieux (malgré son horrible pochette). Et si je ne vais pas vous la jouer "album de la maturité", force est de constater qu’ils touchent ici à une certaine épure, plus "adulte" dira-t-on. Le trio a quoi qu’on en dise un charisme naturel qui transforme cette Americana somme toute assez banale en un bel ouvrage de classicisme rock. Il était temps.

The End Of That est donc un album studio. Enregistré entre Montréal et Paris pour être précis, bien qu’il soit impossible de distinguer la provenance de tel ou tel titre. Le trio qu’on sent très proche est en pleine crise existentielle ("Crisis !") et ils ont choisi d’en faire moins afin d’en exprimer plus. C’est un album "gueule de bois", à la nostalgie profonde. Qui comprendra les paroles de Warren C. Spicer saura de quoi je veux parler. Depuis Grant Buffalo peu de groupes avaient autant détourné le folk-rock américain des années 70 de cette manière. La typographie de la pochette rappelle également à cette filiation avec Harvest en première ligne.

Si l’album est de niveau constant dans les arrangements, on note quand même quelques arbres qui dépassent de la forêt. Je pense notamment au single en puissance "Lightshow" et son style très Bruce Spingsteen. Egalement le déjà nommé et très Pavement "Crisis !" qui monte en un crescendo infernal. Sans oublier la montagne russe "2010" dont l’intensité évoque Bright Eyes, la beauté des arpèges boisés de "Before" ou la progression au piano très McCartney de "No idea". Si l’on ne touche pas au sacré, on passe au minimum une heure de bonne ballade américaine.

En bref : un joli disque d’Americana électrique par un groupe qui s’est assagi et recentré sur son propos.





Le site officiel





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24 septembre 2011

The War On Drugs - Slave Ambient (2011)

Deuxième LP pour le quatuor de Philadelphie emmené par le dylanien Adam Granduciel. Bien qu’amputé de son second membre, le talentueux Kurt Vile qu’on aura pu apprécier récemment en solo sur Smoke Ring For My Halo (Matador), le groupe n’en conserve pas moins sa signature sonore. Sur Slave Ambient, édité par l’excellent label Secretly Canadian (Anthony and the Johnsons, Little Scream, Suuns), Adam Granduciel affirme sa position de frontman tout en accordant une grande place à l’instrumentation.

L’écoute du disque est relativement aisée par la progressive introduction dans l’univers du groupe. Les trois premiers titres sont des folk songs au songwritting impeccable ponctuées de nappes synthétiques et de soli de guitares truffées d’effets. Ce n’est qu’à partir de "Your love is calling my name" que la rythmique s’accentue et que les nappes de synthétiseurs se font plus oppressantes. Jusqu’à former un drone opaque, imbibé de sonorités new-wave, qui devient le fil conducteur des titres et oblige chaque instrument à lutter pour refaire surface.

La musique du groupe atteint alors des sommets sur "Come to the city" et sa suite entièrement instrumentale : "City reprise #12". En fin de disque, la pression se relâche et permet au tubesque "Baby missiles" de se dissocier aisément de l’ensemble. Le groupe entame alors l’ultime "Black water falls", une folk song à la rythmique entêtante avec ce petit air d’accomplissement caractéristique des fins de disques réussis.

Slave ambients est un album sans pause ni temps morts, hypnotisant par ses rythmiques répétitives et obsessionnelles. C’est d’ailleurs ce qui fait son originalité car les compositions auraient tôt fait de sonner comme un barbant revival d’Americana pour leur côté roots. Car il est clair que la voix d’Adam Granduciel n’échappe pas à certaines filiations avec les plus grands comme Neil Young ou Bruce Springsteen et surtout Bob Dylan pour son timbre légèrement érayé. Mais son application et celle de ses musiciens à développer une texture sonore complexe en arrière plan, amalgame de drone synthétique et de soli de guitare entrelacés, évoque plus Suicide ou le Cryptograms de Deerhunter. Drôle de mélange, à première vue. Pourtant, ces douze titres ont une certaine cohérence et s’enchaînent avec un dynamisme propre à l’album.

En bref : The War On Drugs confirme, une fois de plus, son talent pour réinventer l'Americana dans une version moderne et ambient.



Myspace, site officiel

"Best night" :



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