27 décembre 2025

Top Dodb 2025


18 ans plus tard, la terre entière s'arrête encore de tourner en attendant désespérément le top albums de fin d'année Des Oreilles Dans Babylone. Avec des rangs toujours plus clairsemés certes, mais avec trois propositions différentes ! HIPHOP, NICKX et JU, les trois piliers indécrottables se font un plaisir dans les quelques mots et images qui suivent de vous rappeler ce que vous avez peut-être manqué cette année. Bonnes fêtes et à l'année prochaine !


HIPHOP


1) CARDIACS - LSD - Alphabet business concern  

Toute la famille Cardiacs se retrouve pour rendre un dernier hommage au défunt Tim Smith, le chanteur historique, sans ménager sa peine : 17 morceaux qui condensent le savoir faire du groupe, le génie mélodique et harmonique de son chanteur compositeur.

 

2) IGORRR - Amen - Metal Blade records

Igorrr change de braquet et réalise ses fantasmes musicaux : véritable choeur d'église, arrangements baroques et classiques, guests de luxe, et accord plaqué au piano par un tractopelle !

 

3) CORONER - Dissonance theory - Century media 

Le retour d'un excellent groupe de trash technique disparu des radars, qui n'a jamais daubé sa musique dans l'espoir de passer à la radio.

 

4) REVOCATION - New Gods, New masters - Metal Blade records

Un groupe de trash death virtuose à deux guitares qui ne change pas sa formule mais qui a suffisamment d'idées musicales pour ne pas lasser.

 

5) JESSICA 93 - 666 tours de périph' - Born bad 

J'ai toujours regardé ce gars d'un peu haut , mais je me suis fait avoir par ce disque : tel un blues archaique avec un seul accord, il  repose sur pas grand'chose, mais a une âme.





JU


1. Arthur Satan - A Journey That Never Was (Born Bad)

En ce qui me concerne, le game était plié dès le mois de janvier. Dès les premiers arpèges de clavecin de "The death of a king" on sentait que le bordelais avait changé de catégorie. Jusqu'à présent relativement hermétique à son univers, je ne pouvais plus que succomber et me faire accompagner toute l'année par un double album parfait de bout en bout. Pink Floyd ("A cold Morning"), Beatles ("My Valentine", "Lovely Suzy), Beach Boys ("Glamosaurus Rex"), Ty Segall ("To please you all") et enfin "The Pagan Truth", ça fait déjà beaucoup pour un seul disque. Indépassable en 2025 pour qui y a jeté ne serait-ce qu'une oreille.


2. Jerskin Fendrix - Once Upon a Time... In Shropshire (Untitled Recs)

A l'opposé sur la timeline 2025, puisque découvert pour ma part en décembre, cet artiste inclassable, déjà bien connu des cinéphiles mélomanes puisque coupable des bande sons des trois derniers films du réalisateur grec dérangé Yorgos Lanthimos. On reconnait ça sur l'extraordinaire ouverture "Beth's farm" qui m'a littéralement sauté à la gueule en voiture et en radio sur France Inter chez l'ami Michka Assayas. Le reste est un voyage intriguant de pop progressive et pastorale à la Sufjan Stevens (Princess), parfois très électrique ("Sk1"), ou même quasi a capella ("Sk2") voir carrément jazz bruitiste ("Jerskin Fendrix freestyle"). J'étais pas prêt à me faire bousculer comme ça en décembre.


3. Cameron Winter pour l'ensemble de sa carrière depuis un an (Getting Killed sous le nom de Geese et Heavy Metal en solo)

Bon. Ok. J'avais, je ne sais pourquoi, pas trop envie d'aimer, et du mal à rentrer dedans à la première écoute, mais je ne peux finalement que m'incliner devant tant de talent. Je peux comprendre que certains soient allergiques à cette voix de baryton sans concession - on pense à Anohni ou à Alec Ounsworth (Clap Your Hands Say Yeah, ça nous rajeunit pas) et elle ne laisse pas indifférent. Mais franchement, des morceaux comme "Nausicaa (Love will be revealed)" en solo ou "Au pays du cocaine" en Geese" m'ont déjà durablement marqué. Le mec a indéniablement un truc. Et une carrière devant lui.


4. Other Lives - Volume V (Pias)

Alors eux tous le monde les a oubliés. Ils font partie de ces vieux noms qu'on a aimé, qu'on écoute avec plaisir mais dont on n'attend plus rien d'excitant. Au même titre Midlake ou encore The Besnard Lakes qui ont tout deux sorti deux chouettes albums cette année, mais pas de là à figurer dans mon top. Mais il y a quelque chose de plus dans ce Volume V. L'impression d'écouter des classiques instantanés ("What's it gonna take", "Versailles", "Heading west" - en fait au moins les cinq premiers morceaux - du registre pop Morriconien indissociable des qualificatifs "cinématographique" et "grands espaces". Quelle flamme !


5. Andrea Laszlo De Simone - Una Lunghissima Ombra (42 Records)

Un nouvel album du meilleur musicien italien du moment ne pouvait pas ne pas figurer dans mon top. Il aurait vraiment fallu une grosse bévue. Et j'ai presque eu peur aux premières écoutes de ne pas retrouver tout de suite la magie du bien nommé mini album culte Immensita. Mais elle est bien là, un titre sur deux, ("Riccordo tattile", "La Notte", "Aspettero", "Un momento miglioro") et Andrea déroule son univers vintage mélancolique italien avec une beauté déconcertante. Je veux vivre dans ce monde là.


6. Oracle Sisters - Divinations (Wizard Artists)

Arrivé très tôt cette année aussi, le meilleur disque de psych pop 2025 est français ! "Marseille" et ce sont mes bonnes vielles marottes de Seventeen Evergreen, MGMT et autres Black Bones qui ressurgissent. "Alouette", "Blue left hand", "Talk is cheap" ou encore "Divinations" feraient pâlir d'envie les groupes précédemment susnommés. Ne réinvente pas la roue mais peut-être l'essieu.


7. Cola Boyy - Quit to Play Chess (Record Makers)

Je l'avais presque oublié celui-là. Pourtant Dieu sait que je l'ai écouté cet été. Si vous ne connaissez pas vous devez vous jeter sur ce disque, et son prédécesseur. Il y aurait une chronique entière à faire sur Cola Boyy, artiste au destin hors norme. Pour la faire rapide, il est né en 1990 avec une malformation qui lui a valu - entre autres - l'amputation d'une jambe, et après une carrière aussi courte qu'intense, il s'est éteint l'année dernière à 34 ans. Sur son premier album on retrouve en featuring, excusez du peu : Air, The Avalanches, Myd, Bon Voyage Organisation, MGMT, John Carroll Kirby, ça laisse pantois... Sa recette : une pop carrément funk chantée avec une voix d'enfant, qui ne ressemble vraiment à rien d'autre. Culte.


8. Hollie Cook - Shy Girl (Mr Bongo)

Hollie Cook n'en est plus à son coup d'essai et Mr Bongo a toujours su mettre en avant sa pop mâtinée de soul et de reggae. Mais sur ce nouveau disque la recette semble avoir trouvé son parangon tant tout semble couler de source. La cure de soleil qu'il nous fallait pour cet hiver. Ni plus ni moins.




NICKX


1 VIRNA LINDT : Danube (THE CAMPUS)

Le disque vaporeux et envoûtant de l'année; mené par une ex-égérie pop qui n'avait pas édité d'albums depuis 40 ans. Un retour aux affaires époustouflant de grâce, de sensualité et de sonorités enchanteresses. Avec en sus, une chanson tout bonnement entêtante qui justifie à elle seule la possession de l'album. Quand l'organique fusionne avec le sensoriel.

2 BALCONY'S PARADISE : Spot The Difference (Bretford Records)

Difficile de comprendre pourquoi on accroche tant à ce disque fauché. Mais le fait est qu'au-delà de la pose et du parti pris lo-fi, le binôme germano-australien parvient à rendre crédible cette collection d'accords simples pourtant sur le fil et prêts à se casser la figure. Idéal pour les fins de soirées avinées.

3 COMET GAIN : Letters To Ordinary Outsiders (Tapete)

Deux décennies célébrées par l'un des secrets les mieux gardés du rock indé britannique. Et l'un de ses magnifiques fleurons songwriters David Christian. S'il y avait un groupe que personne ne connaît à sauver...  

4 IGLU : Rainbow (OSA)

Un des secrets les mieux gardés....et tchèque : groupe protéiforme d'obédience funky et dansante. Des musiciens aguerris drivés par une chanteuse-saxophoniste à l'androgynie stupéfiante.




5 THE DIVINE COMEDY  : Rainy Sunday Aternoon (Divine Comedy Records)

Revenu en grâce après une poignée d'albums quelques peu décevants, Neil Hannon dans un chant grave et chevrotant qui n'est pas sans évoquer celui de Paul Webb (Rustin Man), prouve si besoin qu'il est bien l'un des songwriters essentiels de sa génération. Ici c'est la perte du père qui guide cette émouvante et très feutrée nouvelle collection.
Avec un pic, l'emprunt littéraire "The heart is a lonely hunter". Superbe.

6  THE LEMONHEADS : Love Chant (Fire Records)

Même s'il passe en dessous des radars des media mainstream, le retour de l'ex-cabossé mais flamboyant Evan Dando et de ses Lemonheads ne peut que faire plaisir. Rien de neuf sous le soleil du Brésil si ce n'est un nouveau disque tout à fait digne. 

7  LES ROCHE MARTIN : s/t (Warner)

L'une des rééditions les plus réjouissantes de l'année en ce qu'elle met en lumière l'un de nos plus éphémères groupes sixties même pas yéyé. Une certaine conception de l'orfèvrerie pop.

8  PORTUGAL. THE MAN : Shish (Knik Records)bbb

Rien de neuf sous le soleil d'Alaska si ce n'est que la tribu Portugal. The Man met depuis peu des mélodies plus tarabiscotées dans ses créations pop, sortant petit à petit de la zone de confort flashy et criarde qui aura fait son succès. Ce qui depuis Chris Black Changed My Life l'album précédent, leur va mieux au teint : et par là-même occasion, nous sied davantage.

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22 décembre 2025

Virna Lindt - Danube (2025)

 Dans le genre retour en grâce et retour tout court, celui-ci se pose un peu là. Sachons d'abord gré à Bertrand Burgalat de nous avoir alertés sur le come-back musical de cette ancienne égérie suédoise découverte  au milieu des années 80 et abondamment relayée par le journaliste Bernard Lenoir dans ses immanquables émissions sacerdoces. L'adorable blonde Hitchcokienne comme décrit très justement sur son Bandcamp, découverte avec le sautillant "Attention Stockolm" single paru en 1981, revient donc aux affaires ......40 après son deuxième album. L'attente valait la peine.

Quelques singles isolés avaient certes donné la voie ces dernières années, les très éthérés "Once" et "Out cold" d'ailleurs présents ici.
Publié d'abord exclusivement en digital - les fans ont déploré la non-sortie initiale en format physique de Danube  - sous un magnifique portrait de Virna, mais avec un visage pareil pouvait-il en être autrement ; la musicienne toujours accompagnée de son mentor et pygmalion Tot Taylor, multi-instrumentiste renommé, compose et co-produit avec celui-ci 11 titres beaucoup moins pop que ceux auxquels elle nous avait habitué. Peu de tempos enlevés en dehors de ceux de "Once" après une intro des plus vaporeuses "Playpower" ou d'"Avant-garde (pts 1 & 2)" composé pour un film français et qui envoie toutes proportions gardées du bois  ; le titre détonne un peu d'ailleurs. De manière générale, dans ses climats ouatés voire ambient sur nombre de ses pistes, l'album se révèle propice à des rêveries cinématographiques. Il est d'ailleurs permis de voir un clin d'oeil au septième art et au "Danube incident" du grand Lalo Schiffrin qui compte certainement dans les influences du binôme Lindt-Taylor. Et que dire de ce "Lelouch", court intermède  dont on ne comprend pas grand chose aux paroles mais qui s'inscrit dans le champ lexical.
La voix diaphane de Virna Lindt, les boucles ainsi que les multiples effets de mix lancinant où toutes les nappes de claviers sont mêlées avec les très nombreux instruments acoustiques et électriques, modulateurs en tout genre, ne sont pas sans évoquer les moments les plus doucereux et apaisés de My Bloody Valentine. Ce n'est d'ailleurs pas le moindre attrait du disque que d'avoir su créer pareil magma sonore qui tend à principalement évoquer l'électronique quand tant de musiciens (une bonne dizaine et au moins le triple d'instruments vintage) sont présents. L'electro n'est jamais loin, on pense aussi aux savoureuses donzelles de Ladytron.

Tout grand disque comporte au moins  une ou deux chansons mémorables. Ici il y en a bien entendu plusieurs mais retenons quand même la très enjouée et aux accords majeurs "The like song" "Powerplay" instrumental majestueux et Burgalatien en diable. Et  évidemment "Silver sky", titre magique et parmi les plus organiques qui reprend la ligne d'accords introductive du morceau-titre joué au Prophet 5.
Vu que pour le Groenland et le Danemark c'est mort, demandons à présent asile à la Suède.


 En bref : le disque vaporeux et envoûtant de l'année; mené par une ex-égérie pop qui n'avait pas édité d'albums depuis 40 ans. Un retour aux affaires époustouflant de grâce, de sensualité et de sonorités enchanteresses. Avec en sus, une chanson tout bonnement entêtante qui justifie à elle seule la possession de l'album. Quand l'organique fusionne avec le sensoriel.

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19 décembre 2025

Balcony's Paradise - Spot The Difference (2025)

 Lorenz O'Tool est un musicien Berlinois ayant oeuvré dans divers groupes underground, qui en 2021 lance son projet Balcony's Factory avec son ami australien, le batteur Jeremy Tayler. Enregistré dans leur maison-studio de Tasmanie à la vue imprenable d'où le blaze du groupe, leur premier album (sans tires) donne à entendre  une folk cafardeuse lo-fi qui ferait passer les premiers disques de Daniel Johnston pour du Burt Bacharach. Ce sophomore à la superbe pochette avec ses nénuphars sérigraphiées, le surpasse et enfonce le clou.

Amateurs de pop léchée, de voix cristallines à la justesse impeccable ainsi que d'envolées instrumentales et de guitares accordées, passez votre chemin. Ce disque auquel on aurait tort de renoncer  dès la première écoute est de ceux qui se méritent même si le procédé et la démarche arty ont de quoi intriguer voire agacer. Spot The Difference a été enregistré sciemment dans un grille-pain immergé au fond d'une piscine. Comment peut-on expliquer sinon ces gouttelettes tombant à intervalles réguliers sur la console....à moins que bien sûr il ne s'agisse tout bêtement d'une reverb un peu forcée. Bon, au-delà de l'exercice de style déjà éprouvé et qui renvoie à certains de nos plus beaux fleurons de folk neurasthénique - le regretté Daniel Johnston déjà cité, Sparklehorse, Palace Music, Smog bref tous les grands cabossés - Balcony's Factory dispose d'un talent indéniable. Celui d'emmener très loin des morceaux déchirés et déchirants (magnifique "Fishing next to the lilies", les nénuphars encore), d'arrêter les titres qui viennent à peine de commencer ("Hollow diary", "Time after time"), et aussi de faire sonner des guitares comme des dulcimers (l'intro de "Spot the difference", autre réussite).
Et alors qu'il reprenaient les Beatles via John Lennon dans le premier album éponyme, le binôme s'octroie pas moins de quatre reprises pour un album dépassant à peine la demi-heure et ces titres-là comptent parmi les pics de Spot The Difference : d'abord un "Silly girls", classique des TV Personalities joué à la hussarde et à l'identique. Puis deux morceaux de M.O.T.O (Master Of The Obvious), groupe-culte de Louisiane du milieu des années 80 et ce sont les formidables "Alone with a crowd" et "But of course" qui sont revisités. Il y a aussi le "Weird Ways" de Jeff Clarke des Black Lips dans son projet solo Demon's claws. Avec  le chant anémié d'"Aftermoon" et les accents punk débraillés de "Lovelonging" et "College knowledge" qui n'auraient pas déparé sur le premier Parquet Courts, on touche là d'autres sommets d'un album bringuebalant mais qui miraculeusement fonctionne en rappelant à notre souvenir les meilleurs inadaptés de l'indie rock"

Spot The difference, titre second degré s'il en est, permet d'envisager à nouveau un underground de musique blanche et blafarde avec sérénité. Avec trois fois rien : deux micros, une batterie, une chambre d'écho avec ici ou là quelque partie de saxophone. Et au détour d'un titre, de percevoir une mélodie qui dans son plus simple appareil, touche au coeur.
Miraculeux.

En bref : difficile de comprendre pourquoi on accroche tant à ce disque fauché. Mais le fait est qu'au-delà de la pose et du parti pris lo-fi, le binôme germano-australien parvient à rendre crédible cette collection d'accords simples pourtant sur le fil et prêts à se casser la figure. Idéal pour les fins de soirées avinées.


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17 décembre 2025

Iglú - Rainbow (2025)

 Découverts lors d'un festival sur l'île hospitalière de Kampa, Iglú  est un quatuor Praguois actif depuis une dizaine d'années lorsque parait Rainbow son véritable premier album. Gravé directement des masters et ne procédant donc pas d'un pressage universel, ce disque bénéficie donc d'une sonorité roots que lui confèrent certaines plages - la prise de son sur "Křidlyka Muši" étant un exemple parlant.

Déjà auteurs d'un Ep 6 titres en 2021 dont la plupart des titres se retrouvent sur Rainbow, le groupe emmené par l'étonnante Julie Gubelova au chant et saxophone se voit vite étiqueter comme une formation de funk blanc. En vérité ils ont plus à offrir que d'être sur le papier un simple groupe de bal. De funk blanc ou en tout cas de rythmes chaloupés à faire bouger le popotin, il en est certainement question dans "Velkej Bill" et notamment sur le très incisif "Vetni Lečery". Ensemble plutôt inclusif et prônant  tolérance et universalité - ces rares titres plus pop et plus longs  chantés en anglais ("Helicopter people", "Rainbow"-  le groupe de Julie Gubelova navigue de la jam bluesy ouatée (" "Křidlyka Muši")  au ska débridé '"Teepee", l'intro à l'avenant de "Veselá O Válce"  ou la rythmique reggae ("Kůže")  sans jamais se départir de cet esprit festif qui le caractérise. La chanteuse volontairement ou pas joue de son androgynie et de son timbre vocal atypique. Sons de guitare nimbés de chorus et solos juteux et revigorants dans leur simplicité, Rainbow dispose de pas mal d'atouts pour séduire l'auditeur en dépit de la barrière de la langue.

Le saxophone, instrument très années 80 et parfois embarrassant dans ce qu'il véhicule, est ici utilisé avec parcimonie et souligne plus qu'il ne barbouille  l'ensemble. Le quatuor, féru de pop classique et.....de Nick Cave fait plus que sans sortir avec honneur et l'auditeur avisé ne pourra que suivre l'actualité de ce groupe et de cette auuto-production du label OSA.
Czech your money maker!

En bref : un des secrets les mieux gardés....et tchèque : groupe protéiforme d'obédience funky et dansante. Des musiciens aguerris drivés par une chanteuse-saxophoniste à l'androgynie stupéfiante.


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14 décembre 2025

Les Roche Martin - s/t (2025)


 C'est l'histoire d'un gars et de deux filles qui se rencontrent en Espagne. Elles (les soeurs Sanson) sont musiciennes et lui joue de la guitare et écrit des chansons.Violaine et Véronique se lient d'amitié avec François Bernheim et le trio qui prend les choses à la coule décide de prendre pour avatar les deux noms de famille les plus usités de France : ça aurait pu donner les Dupond Dupont ; ce sera donc les Roche Martin.

 Détail amusant, si le recul nous permet de savoir quel membre du trio a construit une carrière couronnée du succès, ce n'est en définitive pas Véronique Sanson qui est la plus impliquée dans la composition ; Violaine et François se taillant en effet la part du lion. Dans leurs deux EP's extrêmement rares parus chez Odeon - enfin le deuxième est juste référencé et on ne lui connaît que leur arrangeur le grand Hubert Rostaing comme possesseur - ce sont huit morceaux d'obédience pop que le trio met en avant.
Warner a eu la bonne idée de donner une deuxième vie à ces titre mythiques et ravissants qui font le bonheur des fans et pas uniquement ceux de Véronique Sanson. Le tout sous une pochette iconique et reproduite par le groupe près de 60 ans après. On notera et appréciera la très politiquement incorrecte pose avec cigarettes.
 Le premier EP qui une sorte de best-of du savoir-faire des Roche Martin propose le grandiose "Les mains dans les poches" de Violaine aux vocalises irrésistibles, aussi connu sous le sobriquet de "Macbird" (son héros) : basse qui s'insinue, petites touches discrètes d'orgue, breaks affolants ; ce titre est un must have qui devrait figurer en bonne place dans la série Whizzz éditée par Born Bad. Textes poético absurdes ("Déchéance"qui annonce Stereolab avec 20 ans d'avance, pas moins)  ou priapiques ("Seul avec vous deux / J'étais très heureux /  Deux femmes pour moi / J'étais le pacha") dans "C'est toi qui a gâché notre vie", sa trompette bouchée et les choeurs délicieux des deux soeurs répondant au décadent François. Ce dernier signe ces deux derniers titres. "Nathalie's blues" et sa dramaturgie, superbe nouvelle composition de Violaine complète le premier EP.
Terminant la première face, le deuxième EP jamais vraiment sorti, officieusement pour des bisbilles entre François Bernheim et le producteur Claude-Michel Schönberg,  reprend les recettes du premier avec toujours une grande richesse d'arrangements/ Les titres -phares en sont "Tu as peur du bruit" avec ses ornements classiques et son clavecin à nouveau oeuvre de Violaine. Avec Maria de Tusha" qu'elle reprendra avec succès lors de sa carrière solo, Véronique signe son premier titre sous la férule bienveillante de ses deux compagnons. La face B de cette compilation consiste en 8 titres quasi exclusivement folk et presque tous de la plume de François Bernheim. Ceux-ci sont dans l'ensemble plus dispensables mais restent néanmoins des must-have pour les adorateurs du groupe. On retient notamment l'adorable "Miss gaffe" seul titre connu jusqu'alors, paru dans l'intégrale de Véronique Sanson et visible sur Youtube. Imaginez un Peter Paul and Mary inversé et un texte loufoque  évoquant le Michel Polnareff de "Oh ! Louis" ....le tout susurré par la voix mutine de Violaine.

Les destins se sont donc inversés : Véronique Sanson aura donc fait la carrière internationale triomphale que l'on sait ; tandis que sa soeur Violaine toujours musicienne à ses heures a fait carrière dans le droit et le management. Que ce soit dans la musique - François Bernheim a plusieurs disques à son actif dont un fabuleux EP  ("Tom" qui a eu lui les honneurs de Wizzz, sorti juste après le split du groupe). Il deviendra directeur artistique chez Barclay, deviendra l'homme de l'ombre derrière les Poppys et pour les cinéphiles, sera l'une des victimes de la veuve noire Isabelle Adjani dans le troublant Mortelle Randonnée  de Claude Miller. Fin de l'histoire.

En bref : l'une des rééditions les plus réjouissantes de l'année en ce qu'elle met en lumière l'un de nos plus éphémères groupes sixties même pas yéyé. Une certaine conception de l'orfèvrerie pop.   









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12 décembre 2025

The Lemonheads - Love Chant (2025)


 Les années 2020's auront été fertiles en retours réjouissants pour ce qui est du rock indé. The The et plus près de nous d'autres mastodontes comme Stereolab, Pulp ou My Bloody Valentine (je fais sur moi) sont revenus aux affaires (mais étaient-ils vraiment partis ?) ; de cela on ne peut que se féliciter.
En 2025 Evan Dando est aussi de la partie avec ce qui doit être son 11ème album à peine dans une carrière qui a tout de même commencé tout à la fin des années 80.

Revenu de tout, de la dope et des avanies et légèrement plus buriné qu'au temps de la splendeur de It's A Shame About Ray (92) et Come On Feel....(93), le contemporain et frère d'armes de Sebadoh, Dinosaur Jr., Pavement et de tout cet aréopage de brailleurs velus lo-fi tant chéris revient avec Love Chant, album court, remuant, globalement inégal voire bâclé tel à son habitude mais au charme qui fait mouche. Désormais installé et filant le parfait amour au Brésil, le beau gosse qui ne s'est pas pour autant converti à la bossa, nous livre.....11 déflagrations lo-fi dans son style caractéristique : une prise de son à la va-comme-je-te-pousse, une alternance chansons tendres - superbe et émouvante "Together is all I'm after" malgré une intro foutraque - et des guitares crades et juteuses - tiens mais c'est bien sûr ! c'est la crinière de Jay Mascis que l'on voit pourvoyeuse d'un solo à la manière de et irrésistible dans le clip du single "Deep end"! Chouette.
Dans le registre énervé, un autre single le bien nommé "In the margin" emporte aussi l'adhésion. Belle voix mâle qui évoque tour à tour Stephin Merritt (Magnetic Fields) ou bien Kevin Ayers, Le perdant magnifique est à l'occasion rejoint pas sa garde rapprochée ; on reconnaît ainsi la fidèle et ex-membre emblématique Juliana Hatfield aux choeurs. L'album s'achève par un autre titre épatant que l'on imagine et pas que graphiquement, plus dédié à la légende des Thirteenth Floor Elevators qu'au boxeur Balboa ("Roky").
Ce sont là les 4 uniques chansons marquantes d'un album par ailleurs agréable et revigorant à l'écoute ; le reste étant plus anecdotique. Mais rien que pour ces chansons-là, il convient d'investir, d'autant que la pochette ultra-colorée (et plus encore dans sa version picture-disc) est superbe.

C'est bien là la trajectoire des beautiful losers, encore plus lorsqu'il s'agit de frayer dans une niche musicale : ils sont là où on ne les attend pas. Revenu le 18 septembre pour un concert acclamé au Café de la Danse, Evan Dando joue vite fait une poignée de morceaux de son nouveau disque tout en en ignorant une bonne partie. Resté près de 20 ans sans enregistrer le moindre disque de nouvelles chansons - les deux précédentes oeuvres étaient constituées de reprises - le voilà avec un nouvel album sous le coude avec Apollo Nove son nouveau producteur fétiche brésilien.
Le monde appartient à nouveau à Evan Dando.

En bref : même s'il passe en dessous des radars des media mainstream, le retour de l'ex-cabossé mais flamboyant Evan Dando et de ses Lemonheads ne peut que faire plaisir. Rien de neuf sous le soleil du Brésil si ce n'est un nouveau disque tout à fait digne.

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