31 juillet 2013

Fuck Buttons - Slow Focus (2013)

Le duo anglais de Bristol, Fuck Buttons, est de retour avec un nouvel album intitulé Slow Focus, véritable déferlante sonore qui compte bien assourdir les écoutilles enclines à affronter cette supernova, destinée à engloutir toute forme physique sur son passage.


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24 novembre 2011

Oneohtrix Point Never - Replica (2011)

Replica est le 6ème album de Daniel Lopatin sous cet imprononçable pseudo, et c’est aussi le meilleur. Si tout ce que touche le petit gars de Brooklyn ne se transforme pas forcément en or, à l’image du désagréable LP de Ford & Lopatin sorti en début d’année, il est difficile de nier que ses productions en tant qu’Oneohtrix Point Never méritent toutes les louanges qu’elles ont pu recevoir sur le net et ailleurs. Son style, qui s’affine un peu plus à chaque sortie, est on ne peut plus compliqué à définir. Les influences de Steve Reich, du drone et de la Kosmische Musik sont les plus détectables, mais cette musique hautement stupéfiante ne peut se résumer à ça. Car on y trouve également de larges traces d’ambient et d’électronica 90s, ainsi que des résidus de jazz, de house, de musiques classique et contemporaine... Dans l’unique but de nous faire triper, OPN use de tous les pouvoirs qui sont en sa possession, sans aucune considération de genre, et c’est l’un des aspects les plus appréciables de l’album.

Pas tout à fait aussi morbide que le suggère sa pochette, Replica est plus méditatif qu’apocalyptique. Le type de disque qui vous fait entrer bien profondément en vous-même, jusqu’à n’être plus qu’une sorte de conscience décharnée, un squelette métaphysique. Cela tient surtout à son caractère totalement immersif, dû pour l’essentiel à l’accumulation de boucles entêtantes de piano, de cordes intenses, de nappes et de sonorités aquatiques – cf. la bien nommée "Submersible". C’est d’ailleurs de cette capacité à envelopper que l’album tient sa cohérence, malgré un fourmillement d’idées et des morceaux aux structures souvent complexes et évolutives.

Entre l’ambiance presque grégorienne de "Remember", l’incroyable "Sleep Dealer" derrière laquelle se dressent les spectres de The Field et Moodymann, l’électronica à la Boards Of Canada, et la récréation 8 bit de "Child Soldier", Oneohtrix Point Never offre un voyage cosmique all inclusive, tâte de toutes les textures les plus opiacées, jusqu’à massacrer, par moments, ses harmonies sous le bruit blanc ou les parasites. Pour autant, l’ensemble est beaucoup moins noisy et expérimental, plus rythmique et carré que ses productions précédentes.


C’est qu’OPN a changé de méthode pour ce disque, s’appliquant à travailler quasi uniquement à partir de samples de vieilles publicités. Un concept intéressant, qui revient en gros à transformer la merde en or, tout en faisant appel à la mémoire de chacun de manière subliminale. Mais cet aspect théorique reste secondaire car les sources sont impossibles à identifier, et surtout parce que la beauté immédiate de cette musique efface toute velléité de réflexion approfondie au profit d’un état d’introspection plus passif.

Déclenchées par les sons concrets et l’hypnose des boucles, des images surgissent, toujours légèrement embuées, comme atténuées par un trajet de plusieurs années-lumière. Ce sont des visions cosmiques, des bribes d'au-delà qui glacent souvent le sang mais s'avèrent aussi étrangement réconfortantes. Une expérience de cinéma mental assez hallucinante, à réserver tout de même aux oreilles téméraires.

En bref : un exercice pointu de sampling au service d’un psychédélisme électronique à la fois éthéré et très prenant. Le port d’un scaphandre ou d’une combi d’astronaute est vivement conseillé pour s’immerger dans le cosmos d’OPN. L’un des gros trips de 2011.



Le site d’OPN
Les sites de Mexican Summer et Software Records

A lire aussi : Tim Hecker – Ravedeath, 1972 (2011) et Emeralds - Does It Look Like I’m Here ? (2011)


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27 septembre 2010

Emeralds - Does It Look Like I'm Here? (2010)

Le dernier Emeralds m’a accompagné tout l’été. Sorti en mai, Does It Look Like I'm Here ? est un album auquel il est extrêmement facile de s’abandonner. A l’heure où la kosmische musik a plus que jamais la cote, le son du trio de Cleveland a tous les arguments pour se distinguer du tout-venant, tout en dépassant, de loin, l’hommage scolaire aux pères fondateurs. Intense, parfois très sérieux et solennel, l'objet se compose de douze pièces assez courtes (à l’exception de "Genetic" et ses 12 minutes), peuplées de drones à la dérive, et rythmées par les flux et reflux des vagues synthétiques.

Dans la géométrie cosmique des Emeralds, les courbes sinusoïdales des arpèges occupent une place centrale, apportant à la fois l’harmonie et la structure rythmique. La spirale est aussi un motif récurrent (Cf. les drones de "Goes By" ou de "Summerdata"). Dans les liner notes de Picture Music (1976), Klaus Schulze disait vouloir "créer un son que l’on peut voir". Le gourou de l’école planante teutonne aurait sans doute été séduit par la puissance d’évocation visuelle de la musique des Américains – une musique géométrique, donc, mais aussi lumineuse et colorée, jouant sur les contrastes et les nuances des tons. De quoi faire turbiner les usines à images que sont nos cerveaux.

Mais le son des Emeralds ne serait pas aussi prenant sans la guitare et les pédales de Mark Mc Guire. Qu’il se la joue Manuel Göttsching, comme sur "Genetic", qu’il injecte un parfum baléarique à un titre comme "It Doesn’t Arrive", ou lâche un petit riff folk ("Now You See Me"), il donne son supplément d’âme, sa substance et son équilibre à l’album. C'est un peu le soliste du groupe, quoi.

Does It Look Like I’m Here ? surprend par sa capacité à emmener très loin celui qui se donne la peine d’y plonger, et à assumer ses désirs de grandeur, voire d’immensité. En un mot, son lyrisme. Je connais mal les autres productions du trio, qui semble habituellement plus noisy, mais ce troisième album officiel, après une tonne de CDR et de cassettes sortis sur une douzaine de labels, est d’une solidité qu’on devine à l’épreuve du temps.

En bref : un voyage astral d’une intensité et d’un lyrisme rares. Guitare, drones et synthétiseurs s’y accordent à la perfection. L’un de mes albums de l’année, sans l’ombre d’une hésitation.



Emeralds – Genetic.mp3

Leur blog
Le site du label Editions Mego




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01 avril 2010

The Hoax - Get Abused By The Fakes (2010)

Dieu, quelle pochette ! Son cool pourrait avoir été l'oeuvre d'un Flaming Lips ou d'un The Brian Jonestown Massacre. Mais les connexions de la nouvelle sensation psyché s'arrêtent au son, par delà les frontières : les The Hoax sont de Bordeaux et confirment dès leur premier LP tout le bien que l'on pense de la scène française actuelle (la vraie, pas celle relayée jadis par les media à coups de groupes Perfecto bidon de Paname), et de l'apport du Port de la Lune en matière de binaire.

Le buzz est déjà perceptible en Grande-Bretagne où Gaël(guitare), Tristan (basse et claviers) et Caroline (Moe Tucker) se sont fait un nom en ouvrant récemment à la prestigieuse Astoria de Londres pour Spiritualized, rien de moins. 
On comprend l'engouement de l'étiquette Creation à renaître de ses cendres pour des frenchies, dès l'intro obsédante de "My Apocryphal Living", où en plus des noms cités, The Hoax, infernale machine à planer ressucite les fantômes du Pink Floyd, première époque, où drivée par Syd Barrett, la formation d'art-school était l'une des plus avant-gardistes qui soient. "AKA Unknown" poursuit l'aventure avec cette manière de droning sound très en vogue au début des 90's en Grande-Bretagne, et remis au goût du jour par des combos tels les Psychic Ills d'Amérique. Comment diable arrivent-ils à faire autant de boucan, avec quelques bandes et des loops de synthé -on rappelle que The Hoax évolue en trio- et aussi peu de moyens, de production - l'album aurait été écrit, produit et mixé en 10 jours.

Référence ultime et preuve de bon goût de l'affaire, c'est John Cale soi-même qui produit le disque. Il lui apporte cet aspect sauvage, primitif voire caverneux qui caractérisait les premiers disques du Velvet. Un autre nom est convoqué pour décrire le son de ces zozos : celui des Absorptions, invraisemblable groupe tchèque narré par Michka Assayas dans son Dictionnaire du Rock, dont il ne subsiste peu ou prou aucun enregistrement, n'était un album culte et horriblement rare (for collectors only, compter quelques milliers d'euros...)

Et le chant, me direz-vous ? Qu'en est-il de l'option manifeste en faveur de la langue anglaise ? Eh bien, quelques approximations, si l'on veut faire la fine bouche, mais néanmoins un travail sur les tessitures assez étonnant - un chant à 3 voix des plus juvéniles - et des effets façon Trans Am (vocoder, filtres....) qui rendent parfois l'auditeur fou dans ce dédale psychotrope de sons, de mélodies se télescopant. On pense aussi au génial A Wizard A True Star de Todd Rundgren pour cette faculté d'enchaîner sur un mode échevelé les parties mélodiques, tout en respectant le format traditionnel couplet/refrain. La seule incongruité que se permet the Hoax est peut-être cette reprise inattendue de "Cheat", extraite du premier Clash, qui même balancée sur un mode psyché, rompt avec l'unité de ton du reste de l'album, tranche par son académisme. Et à la vérité, un titre, un seul, longue mélopée abyssale de 17' et qui occupe principalement la face B , est dépositaire de ce droning sound, cette musique qui inspire la noyade et le chaos."The Would-Be Pop Indie Band", à n'en pas douter, donnera le vertige à plus d'un auditeur.

En bref : LA découverte française du trimestre (de l'année ?) qui du haut de son insolente jeunesse, fourbit ce rock psyché et débridé que l'on croyait dévolu aux anglo-saxons. Avec monsieur John Cale, excusez du peu, aux manettes.



le Myspace, pas encore de site off

un extrait audio du concert à l'Astoria

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