02/09/10

Festival Rock en Seine 2010, 29 Août 2010, bilan


Cette année vraiment, le festival francilien aura mérité son surnom de Loose en Seine. Certes la programmation étalée sur trois jours était alléchante, et l’événement a battu son record de popularité avec 105.000 visiteurs au compteur, mais il reste encore trop de points noirs pour pouvoir en faire le meilleur festival français.

Déjà 105.000 c’est beaucoup trop, et tout le monde est d’accord là-dessus. A cette échelle-là, il est quasiment impossible de se rendre d’une scène à l’autre sans se faire piétiner. La limite du site a bel et bien été atteinte et il va falloir se remettre en question pour les années à venir. Surtout qu’il y a des choses que l’on ne comprend pas. Comment avec un tel succès public (guichets fermés quand même) le festival continue de mener une politique élitiste ? Pass 3 jours le plus cher de France, sélection drastique des médias couvrant l’événement (Dodb n’a eu droit qu’à 1 jour cette année), stands hors de prix également (j’ai entendu parler d’un sandwich merguez à 8€ !?!), et enfin un rythme de croisière un peu plan-plan, sans véritable esprit rock. Un festival de ville en somme. Mais bon ravalons notre fierté et concentrons-nous sur la musique du dimanche, puisqu’on n’avait droit qu’à ça.

Si l’on en croit les différents échos, la veille et l’avant-veille ont été marquées par de bonnes prestations de Band Of Horses, Foals, Queen Of The Stone Age et LCD Soundsystem. Pour nous, Eels devait être le premier rendez-vous de la journée, mais incroyable coup du sort, nous ne l’avons pas vu faute à des difficultés pour se rendre sur le site, pour trouver l’entrée adaptée, et surtout parce que le bon vieux barbu jouait à 16h! Pourquoi pas à 8h du mat’ non plus ? Tant pis, ce sera pour une autre fois. Du coup c’est Beirut qui nous accueille, et qui manque décidément de mordant. Je n’ai jamais vraiment accroché sur disque, et ça n’est pas le live qui me fera sauter le pas. Pour le reste il y aura la reformation mitigée de Roxy Music, et l’énergie hautement communicative des Ting Tings. Mais bons avouons-le, nous n’étions là que pour une seule et unique chose, et elle était encore à venir.


Après décryptage en règles du dernier bébé The Suburbs, plus aucun doute ne subsiste, Arcade Fire est le plus grand groupe du monde sur disque comme sur scène (j’insiste sur la notion de "groupe"), toute objectivité mise à part bien-sûr. Et là une fois de plus tristesse, ce qui devait être le rendez-vous parfait de notre été a du être écourté par une météo qui n’en en a fait qu’à sa tête en dépit d’une masse impressionnante de gens agglutinés devant la grande scène. Et si c’est la frustration de ne pas avoir eu un set complet qui domine, personne ne peut plus négliger l’impact qu’a cette musique sur les gens. Et puis mine de rien, on a quand même eu droit à une bonne dizaine de titres habilement puisés dans les trois albums des canadiens. Pour The Suburbs c’est "Ready to start", "Modern Man" et "Rococo", pour Neon Bible "Intervention", "No cars go", "Keep the car running" et "Ocean of noise", et enfin "Haïti" ou "Neighbourhood #2" pour Funeral. Et il n’y a pas photo, le show est dévastateur, immense, intense, passionné, lyrique, et tout ce que vous voulez d’autre. Arcade Fire dégage cette rare énergie communicative qui lui attire la ferveur d’une foule conquise qui reprend en chœur les fameux "Ho Ho, Hohohohoho". Pour le reste on le sait, la pluie a gâché la fête (déception de ne pas avoir entendu "Sprawl II" en live) malgré un ultime "Wake up" en mode bâché, dernier cri d’espoir pour le meilleur groupe du monde. C’est ce qu’on retiendra de cette édition 2010, parce que malgré tout, on y était.

Le site officiel du festival

Le "Wake up" final :



Merci à Ephelide pour les accréditations, Crédits photos Nicolas Messyasz

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24/08/10

The Daredevil Christopher Wright - In Deference Of A Broken Back (2010)

Quelle claque! C’est avec un peu de retard et grâce à Benjamin de l’excellent label Almost Musique que j’ai découvert ce qui me semble être (et je ne suis pas le seul) l’un des petits bijoux de l’an passé. Pour beaucoup ce nom à rallonge sans véritable signification est difficile à retenir, et pourtant il mérite qu’on se penche dessus et qu’on fasse l’effort de le retenir. Les frères Jon et Jason Sunde et leur comparse Jessie forment ce trio de barbus en provenance de Eau Claire, Wisconsin. C’est leur premier véritable projet musical à tous trois, et leur premier album après une paire d’Ep confidentiels. Ceux qui s’y connaissent en géographie indé auront tilté, c’est de là que vient aussi Bon Iver, accessoirement parrain et mixeur de ce disque insolite et surprenant.

Pourquoi surprenant ? Parce qu’à première vue tout porte à croire que l’on à faire à un concentré de noirceur. Le titre de l’album d’abord qui fait référence à un douloureux problème médical, puis les titres des chansons qui sont sans équivoque : de l’introductif et lyrique "Hospital" en passant par l’harmonieux et suspendu "Acceptable loss", il est partout question de peines, de traumatismes et de souffrances. Des thèmes qui auraient pu être durs à porter, et qui auraient pu alourdir l’ambiance d’un disque déjà condamné à la tristesse, alors qu’il n’en est rien. Car le mot d’ordre ici, c’est dédramatiser, rire de ses problèmes et plus que tout positiver pour avancer.

L’exemple le plus fragrant est ce morceau : "A conversation about cancer" pour moi le chef d’œuvre du disque. Un morceau enthousiaste et insouciant malgré le sujet on ne peut plus grave. Une rythmique entraînante et trébuchante qui relance le morceau à chaque seconde à la manière du "Did I step on your trumpet ?" de Danielson qui semble être une inspiration majeure des Américains. Comme lui, le trio tient à mentionner sur le livret les innombrables participants à l’"orchestre". Comme lui ça part dans tous les sens (americana, punk, folk, pop…) tout en gardant une identité forte.


C’est aussi le cas sur "A near death experience at sea" qui est un énorme foutoir pop où les chœurs de "Surfin Usa" croisent les percussions de foire de Neutral Milk Hotel. In Deference Of A Broken Back a d’ailleurs été comparé à In The Aeroplane Over The Sea pour son rejet des codes et sa richesse des styles. S’il est un peu tôt pour le dire, la comparaison est en tous cas flatteuse. Les autres influences recensées n’en sont pas moins honteuses. Qui a dit Elliott Smith pour la ballade folk "War stories" ? Qui a dit Fleet Foxes pour la pop pastorale de "The East Coast" ? Un dernier pour la route ? Qui a dit Big Star pour l’électrique "Clouds" ? C’est vrai qu’on a vu pire…

En bref : tous les paradoxes sont dans ce In Deference Of A Broken Back de haute volée. Perturbant au premier abord par sa façon de se tenir en équilibre sur la corde à linge indé, mais à tout moment euphorique et joyeux malgré ses thèmes, c’est indéniablement un disque (et un groupe) à explorer encore et encore, ne serait-ce que pour son incommensurable tendresse.




A lire aussi : Neutral Milk Hotel - On Avery island (1996)

Pour info The Daredevil Christopher Wright sera bientôt en tournée européenne, notamment eu St Ex Bordeaux le 28 septembre prochain avec General Bye Bye en première partie. A ne surtout pas manquer !

Le Myspace et l’album en streaming

Une chouette vidéo de présentation du groupe et le clip/film de "Stewardess":




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20/08/10

Best Coast - Crazy For You (2010)

Si l’on ne devait garder que deux disques typiquement estivaux cette année, King Of The Beach (Wavves) et Crazy For You seraient les deux lauréats. Hormis leurs pochettes quasi similaires –hideuses ou géniales selon l’humeur- les deux disques jouent dans un même registre, celui du plaisir immédiat. Ce disque n’a rien d’exceptionnel, vraiment rien, mais il sonne pourtant comme un nouveau classique d’indie pop, dans la lignée des Smiths, Shangri-Las et autres Dum Dum Girls.

Et puis une frontwoman ça n’est pas si courant. A 23 ans Bethany Cosentino a réussi l’exploit de composer 13 petits tubes sans prétention (et un bon paquet d’autres non présent sur ce disque), qui s’enchaînent comme autant de maillons en une toute petite demi heure. A compter du premier single en puissance "Boyfriend" jusqu’au petit sommet "When I’m with you" (morceau par lequel j’ai découvert ce groupe) tout est péchu (ou lazy selon les cas), léger et lo-fi. Bobb Bruno (multi instrumentaliste) et Ali Koehler (batterie, ancienne des Vivian Girls) se chargent de compléter le trio californien (Los Angeles).


Alors forcément avec des chansons si basiques, des paroles si gnangnan (à base de I love you, do you love me, I want to love you) et une uniformité de sonorités un brin fuzzy un brin surf, la redondance pointe le bout de son nez, mais globalement on n’a pas le temps de s’ennuyer. "I want to" est d’ailleurs de loin le meilleur morceau. La voix de Bethany est par ailleurs très souvent travaillée, souvent non verbale, et mise en écho avec elle-même. "Honey" me fait même penser à du Hole. J’aime bien ce morceau. Sans mériter le 8.4 adjugé par Pitchfork, Crazy For You est un très agréable disque de pop estivale, suffisamment garage pour nous intéresser.

En bref : de la surf pop simpliste mais agréable. Ne restera pas dans les annales mais peut vous faire passer 30 très bonnes minutes et plus si affinités.




Le Myspace

A lire aussi : Cheap Time - s/t (2008)

Le clip de "When I’m with you" :



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15/08/10

Arcade Fire - The Suburbs (2010)


"2009, 2010 Wanna make a record how I felt then / When I stood outside in the month of May". Voilà résumé l’esprit du nouvel Arcade Fire. Un événement, forcément. Depuis Funeral il y a déjà six ans, plus rien n’a été pareil, le visage du rock indé s’est teinté de ce nouveau son qui venait de Montréal. Il y a trois ans Neon Bible enfonçait le clou en gardant le cap. Depuis tout a bougé et on se demande si le couple Win Butler / Régine Chassagne et leur joyeuse bande de rejetons sont toujours dans le vent. S’ils se sont assoupis sur leurs lauriers ou s’ils sont tout simplement en passe de devenir le plus grand groupe du monde. Un verdict tranché est beaucoup trop dur à donner, et chaque instant de ce disque labyrinthe vaut d’être analysé.

"The suburbs" titre thème de ce nouveau disque introduit l’ambiance. Les banlieues, celles de Montréal, ont inspiré le groupe pour ce qui devait être la BO d’un film déjà mort / né. Win semble plus détendu et serein que lorsqu’on l’avait quitté sur "My body is a cage" par exemple. La production est effacée au possible et pour l’anecdote le disque a été gravé directement sur vinyle, puis regravé en cd à partir de la galette noire. Et puis il faut dire que la bande sait y faire pour faire monter la sauce. Huit pochettes différentes pour le marketing, mais aussi et surtout une série de concerts sauvages tous plus originaux les uns que les autres, de cette quasi improvisation sur parking (15.000 personnes réunies en seulement 24 heures) à ce show dantesque et en live mondial sur Youtube le 5 août dernier au Madison Square Garden (mis en image par Terry Gilliam). Sans trop en faire, Arcade Fire le fait bien et quoi qu’on en dise à la fin de l’écoute de ce disque, n’est toujours pas tombé dans le rock FM, et ça c’est bien.

"Ready to start" et on retrouve le vrai Arcade Fire, celui du early Funeral, avec un départ enchaîné énergique et une montée en puissance vers un final lyrique. C’est la signature du groupe canadien : le contraste entre rythmes énervés et binaires (bien souvent une simple note de piano martelée) et voix qui trainent. Ces morceaux donnent l’impression de garder un cap, et d’avancer tête baissée vers quelque chose. C’est ça que l’on aime, être emporté.


Suivent deux titres qui m’ont moins impressionné. "Modern man", une ballade assez lente et "Rococo" un peu trop rococo justement pour moi. Mais bon soyons clairs, un morceau moyen d’Arcade Fire reste un morceau solide et de qualité. Régine n’arrive que sur le cinquième titre "Empty room". Le morceau est très bon, avec rythme énervé de violons et chants mêlés. Habilement enchaîné, "City with no children" ressemble aussi à du Arcade Fire. Vient ensuite une série dont le groupe a le secret : "Half light I" et "Half light II". Régine mène la barque de la première partie, un magnifique slow à la Bodies Of Water, avec cordes et violons (le grand Owen Pallett est aux arrangements de cordes) mais aussi avec une pudeur qui impose le respect. La deuxième partie est laissée à Win qui reprend le pouvoir le temps d’un morceau qui file vers l’avant. La fameuse énergie positive toute en retenue, du genre "Soyons heureux mais soyons prudents". Le premier disque vient de se finir.

"Suburban war" est assez triste, façon Neon Bible. La guitare mène, le piano se mêle à l’affaire par moments. Et puis grosse montée avec à la clef une tension dramatique et un final dont ils ont le secret. Le live doit être monumental. A ce moment-là mon train est réservé pour aller voir ça à Rock en Seine à la fin du mois, c’est une évidence. Enfin "Month of May" déboule et fait tout péter. Rythmique ultra rock n’ roll, grosse pêche, jeux sur les voix, un sacré single ! Un morceau à se passer avant un entretien, ou simplement pour se lever le matin. Encore que le final fadé annonce déjà le semi retour de la mélancolie avec "Wasted hours", une ballade finalement assez convenue. C’est à ce moment que l’on découvre que le disque est long, très long (comme cette chronique d’ailleurs, désolé). Plus d’une heure de morceaux faussement simples, car même ce que j’appelle "ballade convenue" va recéler à un moment ou un autre un gimmick que l’on mettra du temps à déchiffrer. C’est le cas pour "Deep blue" qui n’invente rien mais qui reste chargé d’émotion. "We used to wait" revient aux fondamentaux de Funeral. Piano mono doigt et envolée lyrique. Single possible également.


Et à partir de là accrochez-vous, le disque touche à sa fin, mais le meilleur reste encore à venir : l’enchaînement des deux "Sprawl". Le premier, "Flatland", est le morceau triste de l’album. Win est tout seul sous le rai de lumière, les violons sont assassins et chaque mot qui sort de sa bouche est un torrent d’émotion. Et on se prête à penser que si un jour il vivait une rupture amoureuse (ce que bien-sûr on ne lui souhaite pas), il pourrait nous écrire les chansons les plus déchirantes jamais pensées. Et puis cette suite phénoménale qui sort de nulle-part et que personne n’attendait, qui n’a rien à voir mais pourtant complète si bien la première. Régine dévoile toute sa personnalité et nous pond un "Mountains beyond mountains" imbattable. On y trouve des claviers 80’s (et non kitsch) inédits chez Arcade Fire, un break exemplaire et une énergie phénoménale. La ressemblance quant à elle est frappante, ce n’est ni plus ni moins que le "Heart of glass" de Blondie. Pour moi l’un des tous meilleurs morceaux jamais écrits par le groupe, alors qu’il ne lui ressemble en rien. Et surtout une façon admirable de finir un disque, avant de laisser le thème The suburbs joué en classique puis en réverb caresser une dernière fois l’oreille de l’auditeur qui normalement à ce moment-là est déjà sur le cul. Il vient d’écouter le troisième album d’Arcade Fire.

En bref : le cru Arcade Fire troisième du nom est un disque long et varié, qui prendra du temps à être déchiffré complètement, et qui assoie définitivement le groupe sur le piédestal du rock indé. Avec ses deux immenses personnalités (Win et Régine), son groupe débraillé et ses chansons exemptes de toutes influences, les canadiens ont toutes les cartes en main pour marquer l’histoire.





Le site officiel

"Month of May", "Spraw IIl" et une chronique filmée assez pertinente :







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03/08/10

Field Day Festival - 31 Juillet 2010, Londres

DodB pousuit sa tournée des festivals d'été par un détour au Royaume-Uni. Glastonbury ? Reading ? Isle of Wight ? Non : Field Day festival. À Victoria Park, en plein cœur des quartiers Est de Londres, soit un certain centre du monde... Ici, point de tête d’affiche gigantesque et de déplacement de foule épique. Ici, on joue petit et pointu. Field Day est donc la version urbaine du grand festival rural : condensé, cadensé, et moderne. Un jour, six scènes, une demi-heure par concert, DJ sets intercalés entre les concerts pour un enchaînement sans temps mort, le tout calé entre midi et 23h, afin de coller avec la fermeture des pubs. Le festival a tous les attributs de la kermesse de village. Il faut bien qu'il mérite son nom. Sauf qu'ici, porter chemises à carreaux, bottes en plastique, ou robes à fleurs tient du show-off, les stands de bouffe se doivent de proposer des spécialités ou pâtisseries bio et mignonnes, le vestiaire du festival est doté d'un grand miroir pour se relooker, le stand de troc s'appelle Fashion swapshop, et la fanfare du village (oui il y en a une - le Farnborough Concert Band of the Royal British Legion, qui jouera toute la journée) reprend Kylie Minogue.

Mais les cuivres de la fanfare sont très vite recouverts par les premiers sons de ce début d’après-midi, qui d'une scène a l'autre, ont un point commun en sept lettres évident : N.E.W.W.A.V.E. De Sunday Girl à The Golden Filter, en passant par Is Tropical devant lesquels je décide de m’arrêter parce que je préfèrerai toujours New Order à Visage, l’heure est hautement eighties. Ensuite, alors que Memory Tapes est encore en train de faire du mal à son merveilleux Seek Magic, en alourdissant ses chansons si aériennes, et, je commence à le croire, difficilement adaptables en live, le public se serre sous un chapiteau trop petit pour écouter les boucles lancinantes de Mount Kimbie. Sous la chaleur et l’obscurité de la toile noire de la tente, il s’agit moins de l’ascension d’une montagne que de la traversée du tunnel qui la perce. À deux autour de machines, d'une guitare et d'une batterie rudimentaire, les deux londoniens gardent un public toute ouïe et transi avec une musique pourtant pas facile d'approche.


Après m’être dégourdi les jambes devant le DJ set de Simian Mobile Disco, je file attendre le concert de Lightspeed Champion. Celui-ci a donné du muscle et du nerf à sa pop délicate et maniérée, qui manque toutefois toujours un peu de sel à mon goût. Extrêmement confiant dans ses vêtements improbables, Devonté Hynes assume la grande scène et assure le show au milieu de son backing band, ouvrant son concert en crooner le micro à la main, et l’achevant avec solos de guitare. Sur la même scène, et tant pis pour No Age qui joue en même temps, s’en suit le concert fort attendu de The Fall. Et à cette heure avancée de la journée - hum il est 17h30 - il n'y a pas eu de meilleur moment que celui qui a vu débarquer sur scène cette gueule de vieux chien méchant – pardon, Mark E. Smith. Bien qu'il adore les renvoyer à coups de pied, Smith sait s’entourer d’excellents musiciens. Ils sont parfaits. Au cours du set principalement dédié au récent Your Future Our Clutter, Smith vocifère et met un gentil bordel, avec l’aide de sa claviériste. Punk toujours ! On devait jouer 45 minutes, on va en jouer 40, par principe !

Puis, irrémédiablement attiré par ce que j’entends en provenance du chapiteau Lock Tavern, je dois laisser Gruff Rhys à son étrange nouveau projet, et aller faire la belle découverte du festival : Yuck. Le quatuor fait de la pop comme on la faisait dans l’Amérique indie des années 90 : grunge, noisy, à fleur de peau. Ce qui me touche autant, au milieu de tous ces groupes auto-proclamés d'avant-garde, c'est de revoir un groupe jouer au premier degré, sans distance ironique ni conceptuelle. J'espère que ce sera ça, le prochain revival, celui des années 90, et non celui de la dance de la même décennie. J'essaie de préserver le plaintif dernier morceau de Yuck en tête avant d'aller faire un tour sous le chapiteau Bugged Out!, où DJ Mehdi et Riton sont en train de mixer à quatre mains. Le mix est... dance, oui. Toute leur adolescence électronique y passe : Technotronic, Crystal Waters, Prodigy… Mais de manière assez magistrale il faut dire. C’est qu’ils ont l’intelligence de ne laisser aucun morceau s’échapper, et de préférer jouer sur les réminiscences. De tous mes interludes « DJ set », celui-ci est le meilleur.


C’est maintenant l’heure de plonger dans lAtlas Sound. Bradford Cox est seul sur scène, entouré de ses pédales d’effets, caché derrière sa guitare et son harmonica. De l’eau est passée sous les ponts depuis qu'on l'a vu accroupi à ses pédales en première partie d'Animal Collective. Les morceaux joués sont toujours d'aussi vertigineux enchevêtrements de boucles, mais cette fois-ci, de ces grandes étendues (5 morceaux en 40 minutes) émergent des chansons. Et elles sont superbes.

Ensuite tout s’accélère : quelques minutes devant Caribou, qui malgré la largeur de la scène (la plus grande du festival), joue en rang serré. Le son est parfait pour le festival. Mais le public ne semble pas des plus attentifs. Il est venu chanter les chansons de Phoenix qui cloront le festival. À la place, je vais prendre des leçons de modernité devant l’étrange concert de Silver Apples, puis terminer la soirée avec Moderat en live. Choix de programmation pas évident à assumer, quand on pense que Simian Mobile Disco ont mixé à 15h. Car même si le beat est très lourd, Moderat n'est pas l'option la plus dansante. Mais le public savait à quoi s’en tenir, les applaudissements sont donc plus émus qu’extatiques, et plus encore lorsqu'Apparat prend le micro ou la guitare. À 23h tout le monde en redemande, mais les allemands n’ont pas le choix : c’est extinction des feux. Un quart d'heure de bus et je suis au lit ; l’avant-garde aujourd’hui c’était être un peu papy.

(Photos: Tangentical)


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30/07/10

Festival Rock en Seine 2010, programmation complète


Le rendez-vous parisien qui clôt généralement la saison des festivals estivaux se déroulera cette année du 27 au 29 août au traditionnel domaine St Cloud. Et le moins que l’on puisse dire c’est que pour cette huitième édition les programmateurs ont plutôt bien joué leur coup avec des groupes du moment mais aussi quelques raretés. Pour Dodb ce sera notamment l’occasion de revoir le phénomène canadien Arcade Fire mais aussi le grand Eels généralement très bon sur scène. Quoi qu’il en soit un événement qu’on vous conseille de ne pas rater.

Programmation complète :

Arcade Fire, Eels, Beirut, Jello Biafra and the Guantanamo, Roxy Music , Stereophonics, LCD Soundsystem, Foals, Queen Of The Stone Age, Black Rebel Motorcycle Club, Crystal Castles, The Kooks, Massive Attack, Band Of Horses, Wave Machines, Two Door Cinema Club,Blink 182, Cypress Hill, Underworld, Kele, Paolo Nutini, , 2 Many DJ’s, Chew Lips, Jonsi, Fat Freddy’s Drop, Beast, Rox, School of medicine, All Time Low

Le site officiel du festival

Réserver sa place

Arcade Fire à Rock en Seine il y a 5 ans déjà, on espère retrouver la même ferveur :



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Concours Nada Surf, 10 albums à gagner


Cette année Nada Surf a sorti If I Had A Hi-Fi (un album exclusivement composé de reprises obscures ou presque) que nous n’avons pas manqué de défendre via la branche promotion du site. Au-delà de la simple compilation de morceaux appartenant à d’autres que l’on était en droit d’attendre, le groupe new-yorkais mais néanmoins francophile a su donner une véritable identité à chacun de ces morceaux, arrivant même à les faire sonner comme de véritables compositions Nada Surfiennes. Et ce n’est pas le récent concert donné à La Maroquinerie de Paris qui dira le contraire, Nada Surf est encore en forme et a surtout la chance d’avoir à ses côtés une horde de fans français passionnés.

Pour clôturer cette sortie en beauté, Dodb vous propose de gagner l’un des 10 exemplaires de If I Had A Hi-Fi mis à disposition. Pour ce faire il suffit de répondre à la question suivante :

Qui a composé la chanson "Enjoy The Silence" reprise par Nada Surf sur ce disque?

Et d’envoyer vos réponses et vos coordonnées postales avant le 30 août prochain à contact@desoreillesdansbabylone.com avec l’intitulé "Concours Nada Surf". Bonne chance à tous.

Le site officiel et le Myspace

Une jolie session acoustique réalisé par Le Cargo sur cette même chanson :



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22/07/10

Brandt Brauer Frick - Paino Shakur EP (2010)

Belle petite découverte que ce trio électro-acoustique qui met piano arrangé, vibraphone, et cordes au service de sons dancefloor raffinés. Dotés d’un sens de la mise en scène qui rappelle fortement Kraftwerk, Daniel Brandt, Jan Brauer et Paul Frick ont fait sensation avec "Bop" et sa vidéo très bien foutue qui – coup de pub fabuleux ! - a été postée par Kanye West sur son blog. Même s’ils ont entre-temps sorti un autre maxi, c’est de celui-ci dont j’ai choisi de vous parler, autant pour le motif obsédant du morceau-titre que pour ce clip à l’humour bien teuton qui donne vraiment envie de les voir sur scène.

Construite autour de la répétition maniaque de quelques notes de piano, "Bop" est une longue pièce glaciale mais groovy qui doit autant à la musique contemporaine qu'à la minimale berlinoise - une sorte de version épurée d'Aufgang, pour faire court. En dehors de la basse synthétique et de quelques notes de clavier, tous ses éléments sont acoustiques. Les enchevêtrements rythmiques ne sortent pas du logiciel Ableton mais bien des petites mains et baguettes des trois allemands. Le bâton de pluie et les vibraphones confèrent une belle profondeur à l’ensemble. C’est du déjà-vu, certes, mais c’est du beau travail, qui dépasse de loin les cadres étriqués de la techno et de la house.

"Bop" trouvera d’ailleurs difficilement sa place dans un DJ bag, faute d’un groove suffisamment puissant. De ce point de vue, c’est la face B qui s’impose, avec le remix de "Paino Shakur" par l'une des stars du label Playhouse, j’ai nommé: Losoul. Malgré son côté "dirty funk" pas désagréable, la version originale fait pâle figure comparée à cette brillante relecture deep-house, qui brûle tout sur son passage.

A noter : BBF sortira son premier album, You Make Me Real, en novembre 2010. On pourra y entendre "Bop" dans une version légèrement différente.

En bref: le clip de "Bop" suffit à attiser la curiosité pour ces Allemands qui distillent une house électro-acoustique de très bonne tenue. Reste à savoir si le trio passera aussi brillamment le cap du premier album.



Le Myspace
de Brandt Brauer Frick
Le site et le Myspace de Tartelet Records



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20/07/10

Francofolies de La Rochelle 2010


C’est la première année que Dodb se rend aux Francofolies de la Rochelle, avouons-le parce que la programmation du festival rochelais ne colle pas exactement avec ce que l’on a habitude de chroniquer ici. Force est de constater que c’est pourtant un événement admirable, qui soufflait cette année ses 26 bougies, dans un cadre magnifique, celui de son vieux port. 7 scènes, 150 artistes, 5 jours et 5 nuits de concerts, et malgré tout et comme sur de nombreux autres festivals cette année, une baisse de fréquentation de 77.000 à 80.000 par rapport à 2009. Mais les Francos tiennent la route, et ce vendredi 16 juillet sur la grande Scène St Jean d’Acre a tenu toutes ses promesses.

Ca commence avec la "fête à Wax Tailor", une formule qui signifie que Jean-Christophe Le Saoût de son vrai nom a le droit de faire venir n’importe qui sur scène avec lui. C’est d’ailleurs la force de son spectacle, le rendre aussi musical (grand écart entre le hip hop, le funk, la soul…) que visuel avec la participation de très nombreux musiciens et chanteurs. Les voix hip hop de l’album In The Mood For Life sont là, la délicieuse Charlotte Savary aussi (elle qui fait de plus en penser à Beth Gibbons) mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises puisque Wax Tailor a aussi pour ami Alice Russell, mais surtout Keziah Jones débarqué de nulle-part pour interpréter "Smells like teen spirit" de vous savez qui. Un grand moment de musique, chapeau !

"Say yes" :



C’est une première, Charlotte Gainsbourg est aux Francos. On avait eu le père, la mère, mais jamais la fille. Le public est un peu tiède pour accueillir la chanteuse venue présenter son dernier né IRM. Il faut dire que ses précédentes prestations ont laissé dire qu’elle manquait de voix, que c’était mou… Et je ne suis pas tout-à-fait d’accord. Comme le disque, le live est assez hypnotique c’est vrai, mais l’on a quand même la chance d’avoir sur scène Brian Lebarton alias le claviériste (entre autres) de Beck. C’est lui qui a été chargé de recruter les musiciens pour la tournée, et c’est lui qui s’est occupé des arrangements. Et son travail s’est avéré payant, tant le groupe semble s’entendre. Et comme le dit Charlotte, elle a la chance de pouvoir piocher dans le répertoire du "plus grand, plus beau et plus fort". C’est donc "Melody" et "Couleur café" qui termineront le show un brin dépressif par moments.

Last but not least, les Versaillais de Phoenix ont la charge de faire s’envoler la soirée avec leur quatrième album Wolfgang Amadeus Phoenix. Thomas Mars sait toujours autant y faire et même si tous les morceaux ont un faux air de "Lisztomania", les guitares acérées et autres rythmes dance-floor remportent l’adhésion d’un public qui en redemande. On aura même droit à une reprise de "Playground love" de leur amis aériens, ça c’était juste pour la classe. Quelque chose me dit que l’on y reviendra aux Francos.

"Lisztomania" :



Le site du festival

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15/07/10

Villagers - Becoming A Jackal (2010)

"Have you got just a minute ?" demande Conor O’Brien en ouverture de son premier album solo. Et nous de répondre : définitivement ! A coup sûr les comparaisons vont aller bon train tant cet "autre Conor" peut rappeler celui aux yeux brillants. Une guitare acoustique comme meilleur ami, un talent inné de songwritter, une trogne de premier de la classe, et apparemment la capacité à ciseler de bien belles mélodies pop folk. Une malédiction qui risque de le suivre encore un peu, même si géographiquement les deux lascars n’ont rien à voir puisque ce jeune villageois tout seul vient de Dublin.

C’est donc logiquement Domino qui a récupéré cet ancien membre de The Immediate (inconnu au bataillon). Becoming A Jackal fait partie de ces disques que l’on aime aimer instantanément. Comme le Big Echo des Morning Benders il rentre dans le vif du sujet dès l’ouverture. Arpèges de piano et violon ténébreux composent un "Saw the dead" inaugural merveilleux de précision. L’émotion est à fleur de peau dès la première seconde, et la tension ne nous quitte pas jusqu’à l’enchaînement avec LE grand morceau du disque : "Becoming a jackal". Tout simplement l’un des meilleurs morceaux du genre cette année. "I was a dreamer staring at windows" est un refrain que l’on n’oubliera pas c’est sûr.


"Ship of promises" nous montre une autre facette du jeune multi-instrumentaliste de 27 ans. Changements de rythmes, grandes envolées, mise en scène, c’est magnifique. Le reste du temps il y a beaucoup de poésie à la Léonard Cohen ("The meaning of the ritual", "Set the tigers free", "To be counted amoung men"), et un talent d’arrangement à la Simon & Garfunkel ("Home", "That day"). On peut se demander ce que réalisera ce jeune irlandais plus tard, en tous cas ce premier album est imposant de classe.

En bref : 11 titres pop folk d’une grande finesse + 1 chanteur compositeur à grand potentiel = 1 petit trésor à ne pas manquer.





Le Myspace

A lire aussi : Sparklehorse - Vivadixiesubmarinetransmissionplot (1995)

"Home" en Hiboo d’live saisissant de simplicité (quel final !), et "Set the tigers free" tout pareil :




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Iggy And The Stooges - Concert à l'Olympia (7 Juillet 2010)


Les Stooges débarquent dans un Paris caniculaire, en ce 7 Juillet, et livreront un set surchauffé, un peu approximatif mais superbe. La première partie bien pourrie nous met les crocs, Manoeuvre est dans la fosse, on peut commencer. C'est Iggy, régulièrement auto-arrosé à l'Evian, le grand maître d'Oeuvre, qui demande qu'on rallume la lumière ou qu'on l'éteigne, qui invite le public à monter sur scène au moment du "Shake appeal", au grand dam du staff de l'Olympia ; c'est Iggy qui se laisse désirer au slam mais finit toujours par y aller, et qui, au delà des attitudes scéniques bien connues, habite son répertoire avec une vraie sincérité. C'est Williamson qu'on vient voir aussi, pendant monolithique de l'Iguane survolté, inventeur des riffs magiques de Raw Power, des riffs mis au point dans une chambre d'hôtel, à la guitare... acoustique. L'idée avant le son, en somme. Comme quoi un grand album ce ne pas qu'une affaire de son, nos gentils groupes néo-garage du moment semblent parfois l'oublier.

Iggy met du temps à se mettre en voix, l'eau minérale devant contrecarrer probablement l'effet du vermouth des coulisses. Ses premiers cris simiesques ne sont pas très convaincants, et il semble tout chanter avec la même voix, ce qui est un comble pour un chanteur dont la force principale est la réinvention permanente du timbre. Le volume sonore est inutilement trop élevé, écrabouillant trop souvent le sax de Mac Kay. On est pas venu se faire saigner les oreilles, mais écouter du punk incisif ; Il suffisait, sinon, d'aller voir Slayer au Zénith, le même soir. Le son est par moment franchement dégueu, quand il n'est pas lardé de larsens intempestifs.

Mais les choses se mettent en place, Iggy libère les graves, sur "Johanna", et sur "Open up and Bleed". On respire un bon coup d'ailleurs sur ce magnifique morceau, pulsé par un Mac Kay à l'harmonica. Au fond, Iggy n'a rien à prouver, il est là pour s'éclater avec son public, et pas pour payer un redressement fiscal. Plus que le son et les compos, qu'on pourra apprécier à l'infini sur l'excellente édition legacy de Raw Power (agrémentée de rarities et outtakes qui se foutent pas de la gueule du monde), c'est le jeu scénique et l'interprétation qui nous ravissent.

On connait l'attaque de "Search and Destroy" ("I'm a street walking cheetah with a heart full of napalm..."), mais c'est le plaintif "somebody gotta save my soul" qui, ce coup-ci, m'ira droit au coeur.

Lorsque le riff de "Penetration" résonne, Iggy mime un shoot avec son micro, et c'est la révélation : "Penetration" est une chanson à double sens, elle parle autant de piquouze que de coït, sauf que contrairement à la tradition des chansons blues à double sens, c'est le sens sexuel qui est explicite !

"I got a right" nous propulse au plafond, "I wanna be your dog" nous fait régresser dans l'improbable registre du karaoké punk ;vIggy joue, surjoue, occupe tout l'espace, il est radieux. On pourra regarder en face nos petits enfants et dire, sans avoir peur d'être ridicule, j'ai vu les Stooges.

Le grand n'importe quoi de "Shake Appeal" :


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13/07/10

Wild Nothing - Gemini (2010)

La pop en chambre américaine n’en finit pas de nous livrer pépites sur pépites. Parmi elles, arrêtons-nous quelques instants (douze exactement) sur le premier album du jeune Jack Tatum. Du haut de ses 21 ans et de sa Virginie natale il nous livre en direct de son pieu son amour pour tout ce que l’indie pop a fait de meilleur dans les années 80. The Pain Of Being Pure At Heart lui a ouvert le pas l’année dernière, Radio Dpt aussi depuis quelques années déjà, mais ici on se trouve comme pour Lonely Galaxy avec un disque solo, pur objet de production maison, fait main à l’ordinateur. Qu’on se le dise c’est un véritable petit rêve éveillé de bout en bout.

"Live in dreams" d’ailleurs. Première pierre d’un mur nuancé qui doit autant à ses gimmicks qu’à ses lyrics : "Our lips won’t last forever and that’s exactly why / I’d rather live in dreams and I’d rather die". De la pure mélancolie adolescente qui parle assez vite à son auditeur. Et c’est presque Surfer Blood que l’on croit entendre quand débute "Summer holidays" probable premier single de cet album. Filant comme une étoile et porté par des "OuhOuhOuh" lointains, il est effectivement très bon, jusque dans son break final. Il s’agit bien du genre de morceau capable de jouer la BO d’une vie une fois le casque engoncé sur les oreilles.


Après il y a du Tear For Fears dans "Drifter", du Johnny Marr dans "Our composition book", mais aussi du Cocteau Twins un peu partout. D’autres morceaux il faut le dire sont plus anecdotiques mais continuent d’assoir la douce ambiance façon film en Super 8, ballade craquelée sur la plage et ciel en suspension. Enfin et surtout, il y a ce morceau immense : "Chinatown", cathédrale sonore dans la plus grande tradition pop. Intro, rythme, voix, sons, ça bouillonne littéralement à tous les étages. Dur de croire que le bonhomme est tout seul tant l’espace est riche et rempli. 3’19" à se passer en boucle le matin.

En bref : avec son air de ne pas y toucher, Wild Nothing balance un disque pop rédempteur, traversé quelques fois par la grâce et intéressant la plupart du temps.





Le Myspace

"Chinatown" et "Summer holidays" :





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10/07/10

Nicolas Jaar - Marks & Angles (2010)

Il n’a sorti qu’une bonne dizaine de tracks, mais c’est pour l’instant un sans-faute. Du Student EP, composé alors qu’il n’avait que 17 ans, à l’inoubliable Time For Us, Nicolas Jaar a sorti plus de bombes en 3 ans que certains producteurs en toute une vie. Ajoutez à cela quelques remixes tueurs (pour DJ T, Ellen Alien ou No Regular Plan), un podcast très remarqué sur Resident Advisor et une invitation au festival Mutek de Montréal, et vous comprendrez pourquoi le gamin est au centre d’un buzz d’une rare intensité dans les sphères électroniques. Un moment bien choisi, donc, pour préparer le lancement de son premier album, ^tre, à paraître sur Circus Company. Et pour nous mettre en bouche avec un EP encore une fois impressionnant.

Car les trois titres de Marks & Angles font plus que confirmer tout le bien qu’on pensait de cette house organique, lente et gorgée de soul, de jazz et de musiques afro-latines. Complexe dans sa structure, la musique de Jaar est également réjouissante par sa simplicité : un enfant pourrait certainement jouer le solo de piano de Marks – morceau qui ressemble par ailleurs un peu trop à certains de ses travaux antérieurs ("Los Bandidos" et "Mi Mujer"). Tout se joue dans les variations rythmiques et dans l’intrication des bleeps, des cuivres, de la guitare, des percussions... A chaque morceau, une histoire nous est racontée. Avec ses scènes d'exposition, ses pics d'émotion, mais aussi ses moments d'attente, de fébrilité... Cette capacité à suspendre l’auditeur à quelques notes de piano, à le faire mariner avant de faire résonner un clap triomphant, rayonne littéralement sur "Materials", qui est certainement ce que Jaar a produit de mieux (avec "Time For Us").

La présence de parties vocales sur "Angles" et "Marks" annonce une orientation pop qui fera probablement de l’album à venir un objet curieux et plus qu’intéressant. Mais pas besoin d’attendre sa sortie pour voir en ce jeune homme touché par la grâce LA révélation électronique de ces derniers mois.

En bref : en attendant l'album, cet EP aussi savant qu'enfantin confirme l’émergence d’un artiste hors-norme, capable de proposer une synthèse parfaite entre house, pop, jazz et musiques afro-latines.



Le Myspace de Nicolas Jaar, celui de Circus Company

A lire aussi: Nicolas Jaar - Time For Us (2010)

"Materials" :


"Angles" :

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09/07/10

Metronomy - Nights Out (2008)

Bon Dieu comme je m’étais trompé en qualifiant cet album de "disque gruyère" (du bon mais des trous) lors de sa sortie. Pas du tout d’actualité, je m’étonne à présent avec quelle régularité je le ressors de l’étagère. Une fois par semaine peut-être. Je n’avais pas compris son caractère insidieux à la Devo, sa façon d’utiliser la hype revival 80’s mais de la contourner complètement, sa confection cheap malgré ses allures de gros disque studio. Sa fragilité en fait. Joseph Mount compose de la dance music de salon, aussi bien mélancolique que dansante.

Cette intro d’abord. Lente procession surnaturelle qui fait douter du disque que l’on a mis. Où va bien nous emmener le trio en entamant de la sorte ? Et puis "The end of you too" enchaîne. Boîtes à rythmes décalées, guitares désaccordées, claviers Casio et ce rythme sautillant mais dérangeant. A la fois simple et outrancier, il démontre tout le talent pop du trio de Devon (Angleterre) maintenant installé à Brighton. La mélodie avant les arrangements, mais les arrangements quand même. On frôle l’IDM, l’hystérie en plus.

Et puis tout logiquement "Radio Ladio" qui semble enchaîner avec le précédent. Voix grave, monocorde, morte. Et puis à la deuxième minute ce chœur d’enfants à la Simian Mobile Disco qui balance le refrain. On est happés, on attend la suite. Qui ne tarde pas puisque l’énorme "My heart rapid" dont je vous avais déjà parlé surgit de nulle part et écrase tout sur son passage. Epileptique au possible, démembré, perché, c’est Ratatat en mode freaks (on pense à leur "Shempi" incontournable lui aussi).

Là où on commence à sérieusement se demander ce qu’il se passe, à savoir quand est-ce que la pression va retomber, l’autre (autre) single "Heartbreakers" prend le relai et met une fois de plus tout le monde d’accord. Basse funky, rythme claudicant puis décidé, c’est parfait. Joseph Mount utilise enfin sa voix (qu’il cachait sur son premier album passé inaperçu Pip Payne) et fait preuve d’une véritable intelligence du son en cassant ses morceaux pour mieux les remodeler.

Si l’instrumental "On the motorway" peut énerver un peu, il n’en est pas moins taré pour autant. Tout comme "Side 2" aux fausses allures d’interlude. Heureusement le quatrième single "Holiday" réveille ceux qui sont encore là. Une basse dantesque qui lance un morceau barré fonçant tête baissée. C’en est presque drôle tant un cinquième single (sisi !) enfonce un clou que l’on n’aperçoit même plus dans le bois avec "A thing for me". Plus loin "On dancefloors" est un morceau de fête triste. Si, ça existe ! Enfin, une outro aussi intrigante que l’intro vient clôturer ce disque aux allures de best-of.

En bref : de la pop électronique pour notre génération, addictive tordue et spontanée. Au moins six morceaux phares à passer et repasser en soirée sans soucis.




Le site officiel, le Myspace et l’album en streaming

A lire aussi : Fischerspooner - Odyssey (2005

Les six gros morceaux (dans l’ordre) de ce Nights Out :













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07/07/10

Eurockéennes de Belfort : 2, 3 et 4 juillet 2010


Nous sommes déjà en juillet, et les 22èmes Eurockéennes de Belfort sont terminées. A l’heure du constat, trois points ressortent clairement du lot : un bilan musical plutôt satisfaisant malgré un manque flagrant de véritable grosse tête d’affiche, une météo plus que clémente si on oublie la demi-heure orageuse du samedi, et enfin un net recul de la fréquentation avec 80.000 visiteurs contre 95.000 l’année dernière. Il n’empêche que le festival de la magnifique presqu’île du Malsaucy reste l’un des grands incontournables de l’été pour deux raisons principales : ses concerts bien-sûr, mais aussi son camping et ses festivaliers, toujours très riches en couleurs et véritables acteurs de l’événement.

Face A : les concerts

Cette année Dodb l’a joué soft, et n’en a pas vus tant que ça. On a préféré privilégier l’écoute attentive et sélective, plutôt que la course effrénée de scènes en scènes. Arrivés très tard sur le site à cause de misérables douaniers qui n’ont toujours pas compris où taper pour être efficaces, c’est le rappeur américain Jay-Z qui nous accueille. De l’avis de tous son show est exemplaire, surtout comparé à celui de Missy Elliott qui s’est bien foutu de la gueule du monde. Les Anglais d’ Hot Chip mettent quant à eux tout le monde d’accord avec leur électro pop bien foutue, alors que The Subs envoie une électro qui tabasse mais qui manque d’originalité.


Jour 2 et les Canadiens de Broken Social Scene assurent. Certes leurs morceaux sont assez inégaux, mais de manière générale Jason Lytle et Brendan Canning forment une sacrée paire. Va suivre un grand moment de rock’n’roll, non pas de musique mais de comportement avec les Australiens d’ Airbourne (Airburnes ?). Si leur musique n’est qu’un ersatz d’ACDC, tout est fait pour envoyer du bois : monstrueux murs d’amplis Marshall, solo de guitare à 20m de haut sans assurance (!), re-solo sur les épaules d’un roadie, écrasage de canettes de bière sur la tête, du grand n’importe quoi assez jouissif. Changement d’ambiance avec l’excellente électro pop de Memory Tapes, et grand moment de musique et d’énergie avec la sublime Janelle Monáe qui confirme sur scène tout le bien qu’on pensait d’elle sur disque.

Dernier jour et Julian Casablancas de rappeler à ceux qui l’auraient oublié qu’il n’a même plus besoin des Strokes. N’hésitant pas à se réapproprier ses propres morceaux parce qu’après tout "You only live once", c’est quand même un sacré bonhomme que ce Julian. Même les nouveaux morceaux solo "Out of the blue", "11th Dimension" ou "River of backlights" sont parfaits, ce qui ne sera pas forcément le cas un peu plus tard avec Empire Of The Sun pour qui le live n’apporte pas grand-chose. James Murphy et son LCD Soundsystem fait quant à lui tout-à-fait le boulot, et Mika est une bien belle surprise. Pas de sensation musicale à son sujet, mais une véritable capacité à emballer la foule et à la faire danser. Le duo anglais Massive Attack terminera le festival à sa manière, dans un lent trip-hop planant.


Face B : le camping

LE fameux ! 12.000 jeunes entassés les uns sur les autres sous une chaleur caniculaire dès 9h du matin, ça donne forcément un cocktail détonnant. Il y a bien-sûr une certaine forme de nostalgie des grands festivals qu’ont été Woodstock ou Glastonbury dans la manière d’y vivre. Pendant trois jours et d’un commun accord tacite, tout le monde devient instantanément ami et tout se partage. Une culture commune et métissée voit le jour, des championnats de ventriglisse s’organisent, des "Apéros !" y fleurissent inopinément, chaque ballon à l’hélium de Bob l’éponge ne demande qu’à être libéré, et chacun semble rivaliser d’apparence libérée avec son prochain. Pas une seule embrouille, tout est fait pour passer la journée simplement ensembles, dans la joie et la bonne humeur, en attendant les concerts. Rien que pour ça, on y reviendra.

Le site du festival
Les bilans Dodb des Eurockéennes 2008 et 2009

Le fameux stage climbing d’Airbourne et un petit passage des Stro… de Julian Casablancas:





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