24 septembre 2016

PJ Harvey - The Hope Six Demolition Project

Déjà le 11ème album pour Polly Jean ! Il semble loin le temps de la découverte de cette jeune brune austère à tête de ritale énervée qui racontait ses problèmes menstruels, et voulait faire leur fête à tous les mâles de la terre.
C'étaient les années Lenoir, ces années où le rock britannique, au sortir de la vague Madchester avait encore le vent en poupe.
Et voila qu'apparaissait ce petit bout de femme rappelant vaguement Patti Smith pour le côté vindicatif qui en mode trio, procurait le temps de deux albums et notamment du debut Dry, tous les motifs de s'enthousiasmer pour le rock au féminin.
Aussi dangereux et abrupt qu'un disque de rrrriot grrrl, pas moins !


Le look, les orchestrations se sont ensuite considérablement assagis. Dès le troisième disque de son ample discographie (To Bring You My Love en 95) PJ sortait les balais et orgues Hammond et se muait littéralement en un Nick Cave au féminin. Avec son digne alter ego, elle entamerait d'ailleurs une liaison dont le ténébreux nous narrerait les reliquats dans son sublime The Boatman's Call.
Depuis on la rêvait mutine, tigresse, elle s'est surtout révélée permanentée en femme fatale, chantant encore le blues ou un folk aride dans Dance Hall at Louse Point en 96 -  on retrouve d'ailleurs un sample de Jerry Mc Cain sur l'intro de "The Ministry of Social Affairs" dans le nouveau disque.

Avec de temps en temps, une tendance à durcir le son, voire à se mainstreamiser Stories from the City, Stories from the Sea). N'oubliant pas ici et là de pondre une nouvelle gemme hantée au piano (White Chalk en 2007). Et un dénominateur commun : cette voix aérienne et impériale faisant de la petite brune du Somerset l'une des interprètes-compositrices les plus importantes de son temps.

Si PJ nous avait vaguement ennuyés du temps de son néanmoins acclamé Let England Shake - obscur concept autour de la Grande Guerre - elle nous revient en forme et marque à nouveau de sérieux points avec ce nouvel opus. Qui toujours selon une écriture désormais pleinement impliquée, traite du projet Hope VI, scandale de rénovation de quartiers défavorisés qui laissa sur le carreau nombre de ses habitants en raison du coût qu'il induit à ses loyers.

Où l'on retrouve le lyrisme de la belle qui n'a jamais aussi bien chanté qu'ici - c'est le leitmotiv à chaque album, mais il se justifie vraiment à nouveau.

Guitares déchaînées de James Johnston des excellents et cultes Gallon Drunk, (les très énervés "Near the memorials to Vietnam and Lincoln" et "Medicinals")  sax Beefheartien, l'apport toujours essentiel de John Parish et de Mick Harvey : tout concourt à faire de The Hope Six... un album inventif, varié, conptant sans nul doute parmi les meilleurs de la dame.


En bref : en ces temps troublés où l'acronyme P.J ne rime pas forcément avec douceur, le nouveau manifeste pop engagé de la plus impeccable des songwriteuses britannique de ces deux dernières décennies.




"Near the memorials to Vietnam and Lincoln"


 "A line in the sand"
 

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05 septembre 2016

Ukandanz - Awo (2016)


La musique éthiopienne est un virus redoutable, surtout dans ses hybridations rockn'roll, qui savent toucher les petits blancs que nous sommes (The Ex avait déjà réussi à débaucher le grand Getatchew Mekuria,voir dans ces colonnes, "king of the ethiopian saxophone"). Car  Ukandanz n'est pas un groupe natif d'Addis Abeba : c'est à la base des gars qui font du noise/math rock, de la musique un peu barrée et inventive, qui exige d'un guitariste qu'il connaisse un peu plus que sa pentatonique mineure et ses plans blues piqués à Keith Richards ou Clapton.

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31 août 2016

Jazz à Montreux - Meshuggah/Slayer- 6 juillet 2016


Ah le jazz à Montreux ! C'est comme on l'aime, tourné vers le futur, assoiffé d'expérimentation, c'est-à-dire avec des grosses guitares et des tatouages ! "jazz is not dead, it's smell funny", disait mon moustachu guitariste préféré... mais alors là, le jazz smells carrément bizarre, avec au programme de ce 6 juillet un battle inespéré : Meshuggah contre Slayer. Quelques mots de présentation, car nous ne sommes pas très coutumiers, à Dodb, des cornes de boucs et autres mosh pits.


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04 juillet 2016

The Pretty Things - Secret Place (Montpellier) 02/07/16


Dans ce haut lieu du garage, de la oï et du punk survitaminé, où seuls les groupes à guitares ont droit de cité, le rocker lambda avait rendez-vous ce samedi avec des légendes du British Beat.

Le Secret Place de Saint-Jean-de-Védas donc, ses plafonds bas, sa petite scène, sa drôle de configuration en L, sa sono euh... douteuse et son ambiance tellement roots et sympathique accueille les Grys-Grys, furieux groupe local à croisement de Supergrass (les rouflaquettes du chanteur) et de BJM (pour les tambourins et maracas du Joël Gion du cru). Ces locaux nous ont enchantés via deux EP en écoute sur les différentes plateformes. Où le rhythm and blues le dispute au garage le plus teigneux.


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07 juin 2016

#TINALS - An IV - Chapitre 3 - 05/03/06


Pour des raisons tant auditives que de parti-pris, le troisième et dernier volet de cette édition du TINALS 2016 ne paraît pas nous être le plus destiné sur le papier. Même si ici ou là, quelques noms ont été déjà été cochés.

Commencée sous une cagne conséquente, bien loin des précipitations tant redoutées, direction la Flamingo pour le set des très attendus  marseillais de Quetzal Snakes.


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06 juin 2016

#TINALS - An IV - Chapitre 2 - 04/06/16


Le Grand Soir

C'est avec un planning minuté aux petits oignons que nous investissons à nouveau la place. Sans doute passons-nous à côté de quelque chose de chouette pour ce qui est de la tribu australe de No Zu qui aux dires de nombre de festivaliers, aura mis le feu à la Grande Salle avec son set bigarré et festif. Dont acte. Le meilleur est à venir.


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05 juin 2016

#TINALS - An IV - Chapitre 1 - 03/06/16


TINALS, 4ème du nom donc. Déjà, serait-on tenté de dire, tandis que les esgourdes encore remplies du cru précédent, on a conscience que cette nouvelle mouture bénéficie d'un décalage bienvenu d'une semaine, intempéries obligent !

Cette année, le festival passe à la phase supérieure avec la création d'une deuxième scène extérieure, la Mosquito, qui on le subodore au vu du line-up, apportera forcément son lot de surprises. Agencé différemment au niveau de ses stands, le site offre une profondeur nouvelle et c'est tant mieux !

En attendant, c'est tout juste sortis des bouchons de la périphérie nîmoise que l'on s'apprête une nouvelle fois à en découdre.


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13 mai 2016

King Gizzard & The Lizard Wizard - Concert au Ritz de Montréal le 11/05/16


Les voilà enfin ces australiens dont tout le monde parle, bien partis pour voler la vedette au désormais pachydermique Tame Impala. C'est donc avec autant d'excitation que de Z dans leur nom que je rejoins l'incontournable Ritz de Montréal, sold-out pour l'occasion

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14 avril 2016

Field Music - Commontime (2016)

Après Write Your Own History, Tones Of Town et (Measure), voici la quatrième entrée de la fratrie Brewis dans DODB. Pour les retardataires - mais leur rayonnement demeure pour l'heure très insulaire - les deux frangins du Wear usinent depuis plus de dix ans maintenant une discographie sans faille, l'une des rares raisons de s'émerveiller pour la pop d'Outre Manche.


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07 mars 2016

Mick Abrahams Band - At Last (1972)

Au départ, l'affaire paraît mal engagée. Il y a bien sûr cette pochette magnifique, ronde comme le premier Curved Air, dépliable comme le Odgen's Nut Gone Flake des Small Faces dont le visuel est assez proche. Et on imagine déjà se perdre dans son contenu un peu comme on le ferait dans un vieux Hawkwind des familles.

Que nenni, ici le contenu est diamétralement différent, et très basiquement éloigné de tout idée de concept-album ou de planerie éventuelle. Même si ces genres ne sont évidemment pas une fin en soi, on a ici affaire à une énième déclinaison rock de bûcherons 70's, aux visages massifs et aux moustaches qui ne dépareraient pas les albums Panini de nos tendres années. Une pop maousse bêtement bluesy sur quelques titres, et pop épique sur les autres. Ceci est le premier et unique album de ce qui n'est pas tout à fait un supergroupe tel que pouvaient les engendrer la décennie chérie.


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06 mars 2016

Tindersticks - Paloma (Nîmes) 05/03/16


Christine Ott avait la lourde tâche d'ouvrir pour Tindersticks ce samedi au Paloma. Ondiste de son état, son instrument ce sont donc les mythiques Ondes Martenot, création de Maurice Martenot, qui furent à la création française ce que le Theremine fut pour les russes. Sorte de synthétiseur à étages doté d'un oscillateur, on peut l'entendre outre chez les pionniers de musique concrète comme Pierre Henry, lors de l'ascension de la tour de Lord Mc Crashley par Fandor dans Fantomas ou bien en intro du "Broken Train" de Beck (Midnight Vultures)... exemples parmi tant d'autres.


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28 février 2016

Brainticket - Cottonwoodhill (1971)

De même que les Electric Prunes seraient nos empereurs du garage psyché Nuggets, les Byrds, les rois du folk rock, les Beach Boys, dieux pop sans rivaux, le Jefferson Airplane meilleur attelage freak(sco), les divins Mamas and the Papas, plus grands chanteurs du monde, Syl, Labbi et James les plus grands soulmen de la terre, eh bien Brainticket ne serait-il pas le plus important krautrock band de l'histoire ?

La question mérite d'autant plus d'être posée qu'à l'exception de quelques entrées ici où là dans les excellents bouquins de Philippe Thieyre ou de la collection Le Mot et Le Reste, cet aréopage psyché "européen" est largement (et inexplicablement) ignoré des anthologies.


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26 février 2016

Interview - Alloysious Massaquoi, Young Fathers (2016)

Vanité es-tu là ?
© Pauline Alioua
Les lecteurs réguliers de DODB se souviennent peut-être de cette chronique faite en 2014 de Dead, premier album des Young Fathers. On y détectait alors un son hybride et hautement explosif, soufflant sur les braises du trip hop période Mezzanine et autres premiers efforts des regrettés TV On The Radio... La déflagration entrainée par les écossais continue depuis de se répandre, Mercury Prize 2014, un 2ème disque signé dans la foulée White Men Are Black Men Too et à présent cette collaboration d'une logique implacable avec Massive Attack, porteuse du titre "Voodoo In My Blood" sur lequel Alloysious Massaquoi, pierre angulaire du trio d'Edinburgh, pousse la chansonnette. On a recueilli quelques mots de ce dernier, sagesse d'âme et noblesse de coeur, pour une discussion à la résurgence politique certaine...


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05 février 2016

Jacco Gardner - Paloma (Nîmes) 03/02/16


A peine remis de l'arthrite causée quelques jours plus tôt par les frénétiques parties de Pacman et d'antediluviennes joutes Pong lors du set DJ d'Arnaud Rebotini dans un Paloma transformé à l'occasion en vaste penny arcade, nous revoilà dans notre salle fétiche pour célébrer la pop made in Europe. Du frog, du teuton, du batave, il y en a pour tous les goûts.


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28 janvier 2016

Aut' Chose - Une Nuit Comme Une Autre (1975)

A part les québécois, personne ne doit vraiment connaître Aut' Chose. Pourtant, le groupe montréalais des années 70 emmené par le charismatique Lucien Francoeur (textes et voix) et son acolyte Pierre André Gauthier (guitare et synthés) a depuis longtemps acquis le statut de formation culte chez nos frères d'Amérique. Avec cinq albums au compteur, Aut' Chose a largement contribué à changer le paysage musical à Montréal. Mais ce sont surtout les deux premiers albums qui sont intéressants. Un peu plus tôt la même année, sortait Prends Une Chance Avec Moé, un disque déjà très éclectique. Mais Une Nuit Comme Une Autre sorti un peu plus tard la même année est pour moi le plus malade, à la fois glauque, moderne et électrique.


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