14 septembre 2019

Blood, Sweet And Tears - Child Is Father to the Man (1968)

Blood, Sweat And Tears est de ces groupes que l'on respecte et auxquels on ne peut guère reprocher le manque de musicalité ou de savoir-faire. Pourtant on les cite rarement, oublieux de leur virtuosité, de leur art de la reprise.
A leur tête, l'épatant Al Kooper qui aidé de Steve Katz son ancien acolyte du Blues Prject, met sur pied un  aréopage de huit musiciens dont une belle section cuivres (trompette, trombone, cor, bugle). Dont le but avoué est de sonner rock et vitaminé, par le biais des anches et des embouchures.

Al Kooper n'est évidemment pas un inconnu. Multi-instrumentiste, il a peu à peu délaissé la guitare au profit des claviers et a multiplié les séances de prestige. L'orgue Hammond aigrelet pour l'ouverture du "Like a rolling stone" de Dylan, c'est lui. Le piano pour "You can't always get what you want" sur le Let It Bleed des Stones, c'est encore lui. Il apparaît également même si non crédité à l'orgue sur certaines pistes de Electric Ladyland. Et contribue sensiblement à promouvoi et diffuser les Zombies. On en jette encore ?
A ce niveau, il n'est même plus question de parler de cachetonneur ou pire de requin. Dirait-on cela du Wrecking Crew qui il est vrai a multiplié les faits d'armes de Kooper par milliers ?

Donc l'homme est une pointure. Et comme il est entouré de tueurs, ce premier effort de Blood, Sweat and Tears est une franche réussite qui assure le crossover parfait entre compos toutes signées Kooper  qui prouve là qu'il est un songwriter crédible,  et reprises pertinentes et maîtrisées, égalant ou dépassant pour certaines les morceaux originaux.

De l'hilarante pochette en mode Minimoys et jusqu'à son titre annonciateur de tant de belles choses, de la poésie romantique aux Beach Boys de Smile, tout est pertinent dans Child Is Father to the Man.
L'introduction ("Overture") utilise un gimmick, celui des rires en cascade que Kooper réutilisera pour son premier album solo, l'excellent et ultérieur I Stand Alone (68), offrant un rapide digest des thèmes du disque.
Blues, ballades et torch songs sont au programme,  la superbe "I love you more than you'll ever know" réhaussée de cors d'harmonie superbes. Sur "My days are numbered" nimbée de flanger sur ses cuivres - à la façon des Byrds de The Notorious Byrd Brothers - l'orchestre alterne les tempos dans un groove des plus crédibles. La classe de l'octuor ne s'opère pas que sur ses propres créations. On note des relectures très inspirées de classiques dont les fleurons sont sans doute cette version bossa chaloupée et idéalement accélérée du"Without her" de Nilsson. Ou bien celle de "Just one smile" signée du grand Randy Newman  - l'homme responsable de tant de tubes et dont personne ne connaît les propres versions.
Sur ce titre, Kooper se révèle d'un brillant feeling, tantôt croonant tantôt swinguant sur un tapis de  cordes et trompettes enchanteresses. Autres grands titres, le psychédélique et sautillant "House in the country", nouvelle création du leader de la bande qui n'a donc rien à voir avec le titre éponyme des Kinks. Il est étonnant de voir à quel point la guitare rock peut être délaissée, même si quelques licks (quelquefois inversés, époque oblige) sont présents.

"The modern advetures of Diogenes, Plato and Freud" (!) fraye sur les terres orchestrées et symphonique d'un Procol Harum sans que jamais tout cela ne soit pesant. Au contraire, la dynamique pop rock est toujours prégnante. Child.. s'achève par une somptueuse (pléonasme) composition de Goffin et King tant on connaît l'excellence de la paire. Morceau créé par des épées telles Ben E King ou Dusty Springfield. Inutile de dire que la version de BSAT est de loin la meilleure.
Peu après ce coup d'essai, le groupe se disloquera avec le départ de plusieurs de ses membres dont celui de son membre fondateur et unique compositeur. Il sera pour un temps encore capable de belles fulgurances, mais rien qui ne puisse atteindre son sommet initial.

En bref : rarement grand disque pop aura laissé une part aussi congrue à la guitare. Ce qui n'empêche pas Blood, Sweat and Tears de faire feu de tout bois. Un grand disque trop peu cité et à redécouvrir.

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28 août 2019

Silver Jews - American Water (1998)

Voilà déjà deux semaines que le couperet est tombé, David Berman - tête pensante du groupe américain Silver Jews - a été retrouvé mort à 52 ans, pendu dans une chambre d'hôtel de New-York. Le choc. La liste de mes idoles suicidées n'en finit plus de s'allonger (Elliott Smith, Sparklehorse, Vic Chesnutt, Gravenhurst, Jay Reatard...), de quoi sérieusement se remettre en question. Qu'aime t-on tant chez les artistes inadaptés ? Où commence le voyeurisme ? Le talent est-il proportionnel au nombre d'addictions ? Pourquoi ? Et à chaque fois l'occasion, comme s'il en fallait une, douloureuse, de se replonger dans leur discographie, pour essayer de comprendre.


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24 août 2019

Suzanne Vega - 99.9F° (1992)

Elle a bien changé la jeune femme aux courbes efflanquées de l'impérial premier album, sommet folk des eighties (Suzanne Vega - 1985). D'une adolescence ballotée où elle devait faire le poing pour se faire respecter dans le quartier hispanique de Harlem, de ce père absent qui lui inspirerait pourtant les mots si matures de son premier essai épatant, on la retrouvait quelque 10 années plus tard épanouie et donnant un second souffle à sa carrière discographique.


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27 juillet 2019

Midi Festival - Hyères (26/07/19)


Contre vents et marées et face à la multiplicité de ses concurrents, le Midi Festival de Hyères perpétue sa mission de défricheur musical. Sur le très beau site archéologique d'Olbia et face à la mer, l'édition 2019 ne faillit pas à règle. Et pour sa deuxième soirée offre un casting the next big thing qui en jette.


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03 juillet 2019

Arab Strap - Philophobia (1998)

Atteints de philophobie nos écossais ? Cette drôle de terminologie qui en psychanalyse désigne la peur panique de tomber amoureux et tous les subterfuges qui en découlent pour y échapper est l'intitulé du deuxième album des Glaswegians d'Arab Strap.


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28 juin 2019

The Specials - Encore (2019)

Ils ne se sont évidemment pas cassés pour le titre de leur album qui fait en plus écho à leur More de 1980. Pas plus que sur le visuel mornement gris à peine rehaussé d'un lettrage embossed. Mais l'essentiel est ailleurs : 29 ans après leur dernier morceau de bravoure, les Specials sont de retour.


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17 juin 2019

Novalis - Banished Bridge (1973)

Cousins d'écurie de Neu!, Amon Düül, Jane, Cluster, Klaus Schulze ou autre Guru Guru au sein du remarquable label Brain, le groupe de Hambourg est généralement le laissé pour compte du krautrock.


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11 juin 2019

Fontaines D.C. - Dogrel (2019)

Au commencement était Fontaines. Et derrière ce curieux nom français hommage au personnage de Johnny Fontane (Le Parrain), un drôle de quintette qui ne recélait pas moins de deux Conor. Pas de doute, cette nouvelle coqueluche du rock indé anglophone était forcément irlandaise. Après deux singles d'after punk brut de décoffrage ("Liberty Belle" et "Hurricane laughter"), les cinq membres de Fontaines originaires de Dublin allaient accoler l'acronyme de leur ville à leur nom : Fontaines D.C. était né.


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05 juin 2019

Luc Cousineau - S/t (1976)

Le répertoire québécois a cela de bien qu'il ne cesse de nous surprendre, pour qui sait par où le prendre. D'aucun auraient passé leur tour devant cet artiste, plutôt confidentiel dans nos contrées, mais véritable star chez nos cousin d'outre Atlantique. Comme avec Rêve Et Amour de Johnny ou L' Interrogation de Dick Rivers, on se trouve ici en présence d'un album à part dans la carrière d'un chansonnier finalement assez classique. Un disque presque inconnu aussi là bas, que s'arrachent (un seul pressage vinyle ever, pas de cd) quelques initiés férus d'albums d'albums transgenres, à la frontière de la library music, d'une liberté créatrice débridée.


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03 juin 2019

#TINALS 7ème édition - 30/05, 31/05 et 01/06 2019

Grian Chatten (Fontaines D.C.)
courtesy of Catherine Biasetto

Le chiffre 7 n'est pas que magique ; il est aussi symbolique. D'un virage à 180 degrés pris par l'emblématique festival nîmois. Exit le côté bling bling de têtes d'affiche bien installées qui lui avaient été reprochées lors de la précédente édition. Et si l'on déplore une représentativité moindre des artistes black soul jazz et une orientation pop indé affirmée, force est de reconnaître que ce faisant, le TINALS renoue avec la ligne éditoriale de ses débuts.
Que s'est-il passé pendant ce très chaud pont de l'Ascension ?


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30 mai 2019

Morrissey - California Son (2019)

En ces temps de bienséance hystérique et de hashtags vengeurs, la pensée unique met l'art sérieusement à mal. Les no-lifers de 2019 qui reprochent leurs idées sociétales et politiques à des artistes en oublient justement qu'ils sont artistes et doivent avant toute chose être appréhendés à l'aune de ce qu'il créent.


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24 avril 2019

Dick Rivers - L ? (1969)

DICK RIVERS (1946-2019)

Fascinante cuvée que cette incroyable année 1969, qui offrit des grands disques connus ou inconnus, à la pelle. Etonnant aussi ce chiffre sept, très souvent vecteur de certaines oeuvres majeures dans les discographies (liste à disposition).

Dick Rivers en est donc déjà à son septième long format lorsque paraît en 1969 ce très curieux disque qui sera complètement boudé par le public ce qui lui confèrera un statut d'album culte des années plus tard.


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22 avril 2019

Love Letters Festival - Collection Lambert (Avignon) - 18, 19 et 20/04/19

courtesy of Sami Mehaddi

Le Love Letters Festival deuxième du nom s'est achevé ce week-end dans l'écrin de la Collection Lambert à Avignon. Au menu 9 groupes et artistes répartis sur 3 soirées - c'était la nouveauté de cette année que l'ajout d'une journée de festivités.


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18 avril 2019

The Brian Jonestown Massacre - S/t (2019)

Lorsqu'il ne se complaît pas dans d'interminables jams psychédéliques et ne commet donc pas ces logorrhées sonores que sont au hasard ses derniers albums hormis le récent Something Else, Anton Newcombe sait à nouveau se montrer excitantt.


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11 avril 2019

The Young Gods - Ninkasi Kao (Lyon) - 10/04/19

The Young Gods 2019
 Bernard Trontin (batterie) Franz Treichler (chant,guitare) Cesare Pizzi (samplers)

Sur la foi d'un nouvel opus très réussi, les Young Gods se retrouvaient non loin de chez eux en ce mercredi 10 avril pour poursuivre une tournée européenne déjà passée entre autres par la Maroquinerie à Paris. L'intégralité de Data Mirage Tangram est joué devant un parterre surchauffé, même s'il faut bien le reconnaître, celui-ci ne décolle véritablement que lorsque le répertoire plus ancien et rythmé est convié. Franz Treichler et ses compères rendent pourtant justice à ces "Entre en matière" et "Moon above" bien rendus par des E-bow sur pédaliers qui en font des mantras trippants.


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