16 mars 2012

GIT - Imagination (2011)

S’il est encore inconnu du grand public, GIT fait pourtant partie du "métier" depuis un bail. Originaire de Staten Island (on sait très peu de choses sur lui), il découvre la musique sur les bancs d’école avec le Wu-Tang Clan puis devient batteur, puis dj, puis producteur anonyme. Certains lui attribueraient même le statut d’inventeur du broken-beat. Le label BBE pourvoyeur de talents en puissance ne pouvait décemment pas le rater et a sorti l’année dernière cet album aux allures de compilation de hip-hop traditionnel. Une tuerie évidemment.

Depuis les années 90 GIT n’a de cesse de travailler ses mélodies, de choisir ses samples dans une collection de vinyles que l’on imagine infinie et de monter le tout avec une efficacité sans faille. Quel que soit le genre choisi (roots, expérimental, trip-hop, électronique, jazzy) Imagination déborde d’inspiration et pue le groove. Très inspiré par les percussions, GIT explore la musique en général et en toute décontraction livre seize morceaux imparables et improbables.

Je parlais de compilation tant chaque titre compte ici. Franchement ne me dites pas qu’à l’écoute de "Did you hear something" vous n’avez pas immédiatement envie de bouncer. C’est saccadé, c’est pop, c’est scratché, c’est samplé et ça défile à mille à l’heure. "Destroy" semble tout simplement avoir inventé Chinese Man. "Higher" se la joue soul électronique et emporte vraiment vers le haut. "Dreamz" est ultra trip-hop. Un peu de jazz ? Bien-sûr avec "Thinkin" et son piano en boucle. Et le sifflement de "If you just make love to me" ! C’est juste parfait. "Loose it" nous fait patienter pour le prochain Mr Scruff. "Up rock" tape dans le funk. "Remote control" s’attaque à la samba. Enfin, le bien-nommé "Nothing can stop me now" ferme la marche sur un air rétro-pop et funky-disco.

En bref : un producteur de hip-hop américain talentueux compile seize de ses compositions et brasse large mais tape toujours juste. Une véritable leçon de broken-beat. Un plaisir pour les oreilles.






Pas de site officiel

Un sampler de l’album qui en résume parfaitement l’ambiance :



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15 mars 2012

Concert - The Wave Pictures / Piers Faccini, Krakatoa de Bordeaux (08/03/12)

Quand j’ai appris que le Krakatoa accueillait les Wave Pictures mon sang n’a fait qu’un tour. S’ils savent se montrer généreux sur disque (généralement plus d’un disque par an) ils se font en revanche plus rares sur scène où je n’avais encore jamais eu l’occasion de les croiser. Si leur indie folk-pop ne fait pas la une des grands festivals, le trio anglais a su au fil des années s’entourer de fans fidèles et bienveillants dont je fais partie.

Comme c’est dans les plats les plus simples qu’on fait les meilleurs plats, la recette est simple : perdue entre le Jonathan Richman des Modern Lovers et l’unique album des Moldy Peaches, leur musique est on ne peut plus spontanée. Les textes sont drôles et à double sens, les mélodies parfaites et catchy, et la voix acidulée de David Tattersall est reconnaissable parmi mille autres. Ses soli de guitare aussi d’ailleurs, ce qui est assez rare dans le genre pour être remarqué.

Pour épauler le trentenaire au physique juvénile, qui de mieux que ses amis de toujours alias le discret Franic Rozycki à la basse et le batteur fou furieux (dans le regard plus que dans le jeu) Jonny Helm (qui s’octroiera d’ailleurs le micro le temps d’un morceau pas piqué des hannetons). Manifestement heureux d’être là et de jouer ensembles, les trois amis présentent leur opus 2012, Long Black Cars. De la musique au grand cœur, tout simplement.

Pourtant la tête d’affiche c’était le globe-trotter Piers Faccini venu présenter son dernier succès My Widerness. De père italien, de mère anglaise mais résidant à Paris, le gus aime le brassage des cultures et ça se sent. Guitares orientales, harmonica, violoncelle, tambourin, tous les parfums sont là pour emporter de belles ballades nostalgiques vers des sommets de délicatesse que ne renieraient pas Fink ou même Nick Drake. En mode trio, d’une gentillesse infinie, Piers Faccini se révèle être une très belle surprise pour moi qui n’avait que moyennement accroché au disque.

Les sites du Krakatoa, des Waves Pictures et de Piers Faccini





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13 mars 2012

Lee Fields & The Expressions - Faithful Man (2012)

Après avoir adoré son précédent album et bien apprécié son live à la Maroquinerie, je n’étais pas très inquiet au moment d’écouter ce Faithful Man. Surtout que Lee Fields travaille toujours avec la même irréprochable équipe, les Expressions, soit l’un des meilleurs backing bands soul en activité, et l’infaillible duo de producteurs Jeff "Dynamite" Silverman / Leon Michels, fondateurs du label Truth & Soul. Dans ces conditions, peu de risque d’être franchement déçu, donc. Alors, on prend les mêmes et on recommence ? Pas exactement. Dès le titre d’ouverture, on sent la volonté de se détacher du relatif minimalisme des instrus de My World et d’épaissir le son en utilisant davantage de cordes et de chœurs. Certes ce n’est pas une révolution sonore, ni une remise en question d’un artiste qui a consacré toute sa vie à la soul et n’est pas près de la lâcher. On reste en terrain largement connu. Mais cet album atteste tout de même d’une ambition d’évoluer, ce qui, pour un vétéran sexagénaire, est déjà éminemment louable.

Seul souci : ces orchestrations plus riches et plus lourdes ne sont pas toujours utiles et on perd sur certains titres ("Wish You Were Here", "Walk On Thru That Door", "Who Do You Love") cette sécheresse presque hip-hop qui faisait toute la modernité de ">My World". L’épure a parfois du bon, même en matière de soul. Et puis la plupart des compositions n’exercent pas une séduction aussi immédiate que "Do You Love Me", "Ladies", "Honey Dove", "Money I$ King" et autres morceaux de 2009. Les mélodies souffrent d’un excès de classicisme et tombent parfois un peu trop dans le vintage. Bien sûr, je chipote. L’ensemble reste de très haute volée, la voix de Lee Fields est toujours aussi splendide et chargée de sentiments, et côté instrumental c’est toujours le luxe intégral – l’habituel interlude des Expressions ("Intermission") est là pour le prouver.

Il y a aussi quelques classiques instantanés, à l’image de "You’re The Right Kind of Girl", avec sa wah wah splendide, son refrain habillé de cuivres et surtout sa mélodie à tomber. Ou de cette reprise de "Moonlight Mile" des Rolling Stones, d’une délicatesse incroyable, sur laquelle Fields livre une de ses plus belles performances vocales du disque. Ces deux titres valent à eux seuls l’achat de Faithful Man, qui sans être le meilleur cru de l’écurie Truth & Soul, trouvera néanmoins sa place dans la collection de tout bon amateur de soul aux côtés des Budos Band, Dap Kings, Charles Bradley et autres tueries émanant de cette fascinante scène new yorkaise.

A noter : Lee Fields & The Expressions en concert au Plan de Ris Orangis le 25 mars, à l'Aéronef de Lille le 27, et à la Maroquinerie (Paris) le 31.

En bref : un ton en dessous de My World, parfois un peu trop chargé dans ses orchestrations, Faithful Man reste un album précieux, et Lee Fields un grand monsieur de la soul music.





A lire aussi : Lee Fields & The Expressions - My World (2009)

Le site de Truth & Soul





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Gonzaï 3 - Damo Suzuki, Aquaserge, Publicist et Judah Warsky à la Maroquinerie (09/03/2012)


Gonzaï est un mag en ligne que l’on a toujours aimé lire, l’un des rares à tenter de perpétuer la tradition de journalistes et critiques comme Hunter S. Thompson et Lester Bangs, ou, pour parler français, Yves Adrien et Alain Pacadis. Les articles sont souvent d’une mauvaise foi délicieuse et il faut dire que ça change des dossiers de presse remâchés qui fleurissent sur les sites musicaux. Depuis le début de l’année Bester Langs et sa troupe ont élu résidence à la Maroquinerie pour une soirée mensuelle consacrée à tous les styles de rock déviant. Ce mois-ci, pour célébrer les 40 ans du mythique album Tago Mago de Can, ils proposaient un plateau psyché-kraut-disco pour le moins alléchant, avec en point d’orgue la venue de l’ex-chanteur des krautrockeux de Cologne, le Japonais Damo Suzuki.

En apéritif, Judah Warsky interprétait des titres de son premier album solo, Painkillers & Alcohol, sorti il y a quelques jours chez Pan European (et disponible en vinyle édition limitée à 500 exemplaires). Malgré, ou plutôt grâce à une technique de chant approximative, le leader des Chicros et clavier de Turzi livre une performance agréablement hypnotisante, seul en scène. S’appuyant sur des structures répétitives à la Steve Reich ou Terry Riley, mais en les renforçant avec des beats techno minimalistes, Warsky tempère le côté expérimental de sa musique par ce chant pop fragile. On retiendra notamment un "Failure To Comply" extrêmement réussi, et finalement plus proche de Koudlam que de Turzi.

Suivait le quintet toulousain Aquaserge, qu'on a pu voir en tournée aux côtés d'Acid Mothers Temple ou de Stereolab, ou en tant que backing band d’April March et de Bertrand Burgalat, notamment sur le prochain album du patron de Tricatel. La frange du clavier / chanteur Julien Gasc et sa veste de costard lui donnent des airs de petit chanteur à la croix de bois, impression renforcée par le côté liturgique, voire grégorien de ses vocalises. Entre Magma, Zappa et Faust, la joyeuse troupe propose une mixture psychédélique et parfois très groovy, agrémentée de clarinette et de paroles pour le moins dadaïstes – et chantées en français ! Auteurs de trois albums, les Toulousains n’en sont pas à leur coup d’essai et ça se sent, il y a de la maîtrise dans ce concert pourtant très free par moments. Pas un hasard, donc, si c’est Aquaserge qui a été choisi pour accompagner Damo Suzuki.

Je ne reviendrai pas sur la biographie de Damo, Wikipédia vous renseignera. Celui qui était devenu presque par hasard chanteur de Can a acquis un statut légendaire pour avoir enregistré avec eux trois des albums essentiels du rock choucroute, Tago Mago, Future Days et Ege Bamyasi. Comme une groupie un peu débile, je rêvais d’entendre "Vitamin C" et les grands classiques du groupe. Ce ne fut pas le cas, et n’étant pas un grand connaisseur du répertoire hors-Can de l’artiste, je serais bien incapable de dresser la setlist. Quel plaisir, cependant, de voir ce vieux de la vieille aussi enthousiaste et presque juvénile sur la scène de la Maroquinerie. Ravi d’être là, il abuse un peu du scat mais on le lui pardonne aisément compte tenu de l’énergie déployée lors de cette petite heure de concert.

Finalement, la grosse surprise de la soirée viendra du dernier set, celui de Publicist, alias Sebastian Thomson, batteur du groupe américain Trans Am. Imaginez un type torse nu, arborant une énorme chaîne en or, martelant les fûts de sa batterie au milieu de la fosse sur des instrus préprogrammés, et chantant à travers un vocoder pour un effet rétro-futuriste maximal. Oui, c’est effectivement difficile à concevoir. Mais ça marche. En moins de 5 minutes, la Maroquinerie se transforme en dancefloor. Le bonhomme est une vraie bête de scène et m’a même donné envie de réécouter son Hard Work EP, qui m’avait laissé de marbre à la première écoute. Inégal sur disque, son groove robotique mêlant disco à la new-yorkaise et synthés cosmiques est bien plus consistant en live. Une jolie conclusion pour une soirée à la hauteur de ce qu’on était en droit d’attendre d’un site atypique comme Gonzaï. Longue vie à eux !

Gonzaï
Les sites d'Aquaserge, Publicist et de Damo Suzuki
Judah Warsky sur Bandcamp





Et pour le plaisir :


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11 mars 2012

Concert - Pony Taylor / Slow Joe And The Ginger Accident - Salle Victoire 2, Montpellier (09/03/12)


Soirée rock garage roots et retrouvailles ce vendredi soir à la Victoire 2. Les Pony Taylor, sur le point de donner un successeur à Eleven Safety Matches, jouent ce soir les support-bands de luxe pour l'une des révélations des Transmusicales de Rennes de 2009, j'ai nommé Slow Joe and The Ginger Accident.

Première surprise, la vaste Victoire ne sonne finalement pas si creux. Nos cinq Avignonnais nous dévoilent ce soir quelques titres du nouvel album et sonnent moins poppy qu'à l'accoutumée. Mais peut-être est-ce du à un son parfois déficient sur les guitares qui rend l'ensemble inhabituellement noisy. Ce manque de brillant sur les parties mélodiques (voix, claviers et guitares) n'empêche pourtant pas le public de passer un bon moment. Les Pony y vont de leurs habituelles scies ("Married To Wigan", "You Are The Sailor", "Reed Richards"), mais rappellent qu'ils disposent aussi d'un répertoire assez riche dans lequel ils peuvent puiser ; c'est ainsi qu'il nous est donné de réécouter "Footprint On The Moon", l'un des morceaux phares de leur debut, lorsque le groupe se nommait encore The Strawberry Smell.

Du coup, ce parti-pris qui gagnerait à s'étendre -quid des "Balthazar", "Lovag's House Of Light" ou "Ire" ? - laisse pour une fois moins le champ aux reprises ; ah si, il y a l'habituel "Astronomy Domine" du Floyd qui ne rend pas vraiment justice à l'excellence live du groupe, pour les raisons de son évoquées plus haut.

Pour la première fois également Pony Taylor sous un light-show très cru limite aveuglant, a recours à des séquences enregistrées -c'est le cas sur l'intro de "You Are The Sailor" et d'une autre nouveauté ; est-ce que cela augurerait d'une nouvelle orientation musicale ?

Une heure de set jouée au taquet, fait toujours regretter l'absence de "Many Times" à la setlist (l'ont-ils déjà jouée live ?), mais nous fera guetter toujours plus avidement les futures productions Cosmic Groove, avec en sus la nouvelle livraison à venir de Cucumber, le projet annexe de Cyril.

"Reed Richards" :



Tout le monde connaît maintenant la belle histoire de Joseph Rocha, hobo toxico rapatrié illico par Cédric de la Chapelle, musicien lyonnais en pèlerinage en Inde. Une voix aux accents tremolo, bluesy et crooner échappée d'un septuagénaire ruminant dans le caniveau, et il n'en fallait pas plus pour que l'axe Bombay- capitale des Gaules soit tracé. Oui Pierre, il y a un peu du syndrome Buena Vista Social Club là-dedans, mais notre petit indien à l'accent anglais irrésistible (surtout lorsqu'il nous parle un peu éméché en salle avant le concert) ne porte pas un costume trop grand pour lui.

Il est même plutôt étriqué ce costard blanc, qui avec le chapeau noir est sans doute partie prenante du "son" SJ&TGI, tout étant forcément un reliquat de la première vie du bonhomme. Caché et gesticulant derrière un pupitre, notre frontman atypique est redoutablement soutenu par un quatuor sans faille : Cédric donc, véritable initiateur du projet, ainsi qu'Alexis qui s'échangent les Gibson demi-caisse rutilantes au son lumineux, Josselin au swing souple et sobre, et Denis qui passe du Rhodes aux sonorités Farfisa sans coup férir.

Qu'il se fasse crooner ("Cover Me Over", "So Many Dreams"), voix de velours sur le stomp de "Just One Touch", qu'il joue au Screamin Lord Sutch de Bollywood ("Money Mama") ou qu'il avoue son addiction aux femmes sous fond de choeurs célestes de Cédric et Alexis ("Brunette Blonde"), le grand petit indien touche au coeur : voix impeccable, sens du rythme et esprit cabotin de rigueur !

A noter aussi, cette surprenante (autre) cover du Pink Floyd quasi première formule, ce long mantra entêtant de "Set The Controls For The Heart Of The Sun", habilement mis en musique par le quartet, et le long duquel le timbre ample et clair de Slow Joe donne sa pleine mesure. Impossible en fermant les yeux se se dire que cet homme a déjà passé 68 printemps !

"Climbin' A Mountain" :



Les sites de Pony Taylor et Slow Joe And The Ginger Accident

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08 mars 2012

Plants And Animals - The End Of That (2012)

Plants And Animals c’est ce trio montréalais que l’on a découvert en 2008 avec le déguindé Parc Avenue. Ca partait dans tous les sens et il était alors compliqué de prédire la future orientation du groupe. La La Land en 2010 était plus affiné et gracieux (malgré son horrible pochette). Et si je ne vais pas vous la jouer "album de la maturité", force est de constater qu’ils touchent ici à une certaine épure, plus "adulte" dira-t-on. Le trio a quoi qu’on en dise un charisme naturel qui transforme cette Americana somme toute assez banale en un bel ouvrage de classicisme rock. Il était temps.

The End Of That est donc un album studio. Enregistré entre Montréal et Paris pour être précis, bien qu’il soit impossible de distinguer la provenance de tel ou tel titre. Le trio qu’on sent très proche est en pleine crise existentielle ("Crisis !") et ils ont choisi d’en faire moins afin d’en exprimer plus. C’est un album "gueule de bois", à la nostalgie profonde. Qui comprendra les paroles de Warren C. Spicer saura de quoi je veux parler. Depuis Grant Buffalo peu de groupes avaient autant détourné le folk-rock américain des années 70 de cette manière. La typographie de la pochette rappelle également à cette filiation avec Harvest en première ligne.

Si l’album est de niveau constant dans les arrangements, on note quand même quelques arbres qui dépassent de la forêt. Je pense notamment au single en puissance "Lightshow" et son style très Bruce Spingsteen. Egalement le déjà nommé et très Pavement "Crisis !" qui monte en un crescendo infernal. Sans oublier la montagne russe "2010" dont l’intensité évoque Bright Eyes, la beauté des arpèges boisés de "Before" ou la progression au piano très McCartney de "No idea". Si l’on ne touche pas au sacré, on passe au minimum une heure de bonne ballade américaine.

En bref : un joli disque d’Americana électrique par un groupe qui s’est assagi et recentré sur son propos.





Le site officiel





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05 mars 2012

Röyksopp - Senior (2010)

Comme souvent, dans toute composition gémellaire, il y a le bon et le mauvais jumeau. Si Junior avait précipité en son temps le duo norvégien dans une dance kitsch d’un goût douteux, les premières écoutes de Senior nous démontrent que Röyksopp a retrouvé la lumière. Album de la maturité, ce dernier envisage tout ce que le groupe a pu expérimenter musicalement depuis son premier disque, l'inoubliable Melody A.M. Senior s'assimile ainsi à un pot-pourris aux odeurs sensiblement différentes, mais qui au final délivre une senteur fortement enivrante. Retour sur cette composition musicale bigarrée dont le parfum risque de faire tournoyer bien des sens.

Attention, pénétrer dans l'univers de ce Senior risque de laisser quelques esprits prisonniers de cieux trop élevés tant l'univers envisagé sur ce disque semble s'être délesté du poids de la gravité. En bonne et due forme, ce voyage céleste débute par le très atmosphérique "And The Forest Began To Sing", une introduction vers un décollage imminent.

En effet dès le second titre"Tricky Two", l'identité électronique du binôme norvégien se révèle au gré d'un beat au diapason terriblement efficace, ornée de nappes sonores oniriques, soutenant parfaitement le tempo d'une électro de plus en plus agressive. Transi par ce voyage à la vitesse de la lumière, on reprend difficilement ses esprits... La suite "The Alcoholic" relâche heureusement la pression tel un "pchit" de canette de boisson gazeuse. Tout en progression, ce titre propulse l'auditeur dans une apesanteur qui ne le lâchera plus jusqu'à la fin du disque. Entre basses profondes et distorsions sonores, Röyksopp renoue sur cette piste avec son goût pour une mélodie pop bien sucrée, et sempiternelle dans la ritournelle qu'elle impose.

En avançant dans ce voyage auditif on admire les prises de risque du groupe, ce dernier n'hésitant pas à se remettre en cause et à s'ouvrir vers de nouveaux univers musicaux, comme sur "Senior Living" et sa guitare solennelle, qui n'est pas sans nous rappeler les westerns spaghettis chers à Ennio Morricone.

Aux ambiances cinématographiques se juxtaposent d'autres titres révélant les affects constitutifs de l’identité "Ambiant-Electro" du groupe. Tel que le très entraînant "The Drug", hymne à l'électro minimale, jouant du contre rythme pour mieux relancer son inlassable beat... Dance floor quand tu nous tiens !

A la différence de son aîné Junior, Senior délaisse le chant pour se concentrer uniquement sur le son. Un parti pris artistique qui fait toute la force de cet album, et qui démontre que le duo norvégien s’est enfin réconcilié avec son amour pour l’expérimentation musicale. Comme en témoigne le transcendantal "Forsaken Cowboy", dont l’envolée lyrique soutenue par un chœur enchanteur n’est pas loin d’aboutir à l’orgasme auditif.

Ravis par toute cette bonne volonté, on se dit que Röyksopp est de retour, mais pas seulement... Senior fait partie de ces albums sur lesquels chaque piste participe à l’harmonie artistique de l’objet, révélateur au final d’une identité reconnaissable entre mille. Un disque qui doit s’écouter dans son intégralité pour être pleinement apprécié, en même temps qu’il peut s’envisager vers une écoute plus fragmentée, orientée par des joyaux ("The Alcoholic", "Forsaken Cowboy"…) dont l’éclat n’est pas près de s’affaiblir.

En bref : Senior démontre que Röyksopp renoue avec un son plus expérimental, délaissant les structures "dance" calibrées pour le dance floor, avec lesquelles son prédécesseur Junior composait. Sans oublier ce qui a fait son succès, à savoir des mélodies accrocheuses et diablement enivrantes, Röyksopp signe avec ce Senior un grand disque de musique d’ambiance, dans lequel l’électronique épouse à merveille l’instrumental.





Le site officiel

Le clip de "Forsaken Cowboy" :


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02 mars 2012

Girls - Father, Son, Holy Ghost (2011)

S'il est vrai que de voir des groupes britanniques singer le son de leurs homologues d'outre-Atalantique, cela fait toujours un peu pute, genre Blur se prenant pour Nirvana, en revanche la posture inverse passe généralement mieux.

Quoi de mieux que ce deuxième album de Girls, déjà auteur d'un premier effort (Album en 2009) remarqué (à défaut d'être remarquable) et où l'on discernait déjà ici et là les influences pêle-mêle de The Jesus And Mary Chain ou de groupes post-punk des années 80, pour nous le rappeler ?

Car ce qui est rigolo, c'est qu'il est assez ardu de localiser (ou alors en prenant des risques) ce projet du protéiforme Christopher Owens. Si le Net ne nous en a pas appris grand chose au départ -car avec un nom aussi générique que Girls, il était plus facile de tomber sur un site de cul si on ne précisait pas la recherche- l'on sait aujourd'hui, que le jeune homme, d'abord peintre, a un jour compris tel un Gainsbourg contemporain, que ses talents de copiste ne suffiraient jamais à organiser sa pitance, faute de talent créatif adéquat.

De même, n'importe qui sait aujourd'hui que Girls, devenu entre temps un vrai groupe, vient s'ajouter à la cohorte de groupes ayant vu le jour à Frisco, des plus connus (Grateful Dead, The Jefferson Airplane) aux plus cultes (Beau Brummels, Neighb'rhood Childr'n ) pour en arriver plus près de nous à Swell ou Low.

Le son de Girls ? Essentiellement brit à la première écoute, très pop dans l'esprit, puisque même la référence Elliott Smith qui vient à l'esprit, sur "Alex" par exemple, n'est pas la plus ambassadrice du son Americana tel que l'on peut l'avoir conçu. Ainsi "Honey Bunny" malgré ses descentes surf évoquera le côté dansant d'un Pulp, le background d' "Alex" évoquera quelque groupe indé noise.

Et jusque dans ses aspects les plus boisés -la superbe "Just A Song"-, le groupe réveille les souvenirs de l'un des secrets britanniques les mieux gardés des 90's, le Lilac Time de Stephen Duffy qui usait lui aussi de très beaux arpèges.

On peut enfin mentionner -et la comparaison s'arrêtera là- Baby Bird, trublion brit jusqu'au bout des ongles des 90's, à qui notre homme Owens fait plus d'une fois penser. De par son physique stéréotypé, sa voix sans panache -le leader de Girls n'est pas à proprement parler un chanteur qui a du coffre-, et puis surtout cet esprit iconoclaste. Car qui d'autre pour intituler l'une des plus belles chansons d'amour de l'année "Vomit" ? ! Chanson qui pour le coup, n'est pas sans rappeler sur son refrain notamment les tourments de feu Mark Linkhous alias Sparklehorse.

Girls ne ploie jamais sous le poids de références clairement revendiquées (Mc Cartney sur "Love Like A River"), fournit une ribambelle de chansons tantôt hédonistes ("Honey..."), tantôt poignantes ("Vomit", "My Ma"), ou alors radicalement pop ("Alex", Magic") quand ce n'est pas heavy métalliques ("Die"), la plupart irrésistibles en tout cas.

Et la manière dont ce nouveau chantre pop US s'implique de façon méticuleuse dans son art est assez fascinante compte tenu du parcours erratique de son leader devenu musicien sur le tard.

Enfin, comme un clin d'oeil, encore une pochette à dominante noire et blanche qui ne déparerait aucunement sur les podiums de fin d'année. Et si l'une des meilleures collections pop de l'automne 2011 se trouvait entre les mains d'un américain aussi blafard du teint que coloré dans sa palette sonore ?

En bref : Girls franchit avec brio le cap du toujours difficile deuxième album. Guère original par son contenu et difficile à dater au Carbone 14, cette sainte trinité là est cependant un véritable coup de coeur, par la grâce de chansons pour la plupart roboratives.





le site, le Myspace

La vidéo con-con de "Honey Bunny" :



"Die" :



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01 mars 2012

Lambchop - Mr M (2012)

Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne faut pas longtemps pour rentrer dans le dernier Lambchop. 25 secondes et la messe est dite. 25 secondes qui introduisent ce qui sera d’ores et déjà l’un des très grands disques de cette année à n’en pas douter. Pourtant qui misait encore sur la formation de Nashville ? Surtout après quatre ans de silence. Oui mais voilà, le 25 décembre 2009 le grand Vic Chessnutt nous quittait et plongeait l’un de ses plus proches amis dans une infinie tristesse. Cet ami c’est Kurt Wagner, leadeur devant l’éternel de ce groupe d’Americana que l’on connait finalement assez peu, Lambchop. Ce disque, sans pathos ou mélancolie forcée, lui est dédié.

Avec pudeur, Wagner ne le cite pourtant à aucun moment et c’est même Mr Met, mascotte de l’équipe de Base-Ball de New-York qui prête son nom à l’album. La pochette elle est une peinture du songwritteur qui est aussi illustrateur à ses heures perdues. C’est par contre le méticuleux Mark Nevers (Silver Jews) qui s’est occupé de mixer les onze compositions façon Burt Bacharach ou Lee Hazelwood. Des arrangements de cordes somptueux, un piano feutré, des snares délicats, et surtout cette voix de crooner looser et son phrasé caractéristique à la Sinatra.

Il faut l’entendre pour le croire au bout de ces fameuses 25 secondes, quand il ouvre l’album en prononçant ces quelques mots : "Don’t know what the fuck they talk about". Les syllabes sont égrainées et l’atmosphère devient réconfortante. On frôle l’habillage easy-listening avec ces instruments acoustiques d’une grande humilité. Ce morceau s’appelle "If not I’ll just die" et il est tout simplement majestueux. Il en est de même pour "2B2" et "Gone tomorrow", les deux titres qui suivent. On tient là l’enchaînement de trois titres le plus réussi depuis des lustres. Aussi bien que le "The world at large" avec "Float on" de Modest Mouse. On retrouve cette mélancolie qui semble touchée par la grâce, comme dans les meilleurs moments de Vic Chessnutt justement. Ou même Silver Jews.

Mais d’autres morceaux se révèlent aussi savoureux par la suite. Je pense aux changements de rythme de "Mr Met, mais aussi à l’instrumental "Gar" et sa basse démentielle. Tout sonne comme un véritable album de studio, c’est rempli de petit détails jazzy, les mélodies sont langoureuses, on n’avait pas entendu mieux chez ces américains depuis le séminal Is A Woman en 2002.

En bref : sur les thèmes de la guérison, de la perte et de l’amour, Lambchop livre un onzième album au charme incroyable, véritable sommet musical de classe personnifiée.





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Concours - Sonic Satellite, Ep à gagner


Les oreilles les plus affutées auront certainement entendu parler ces derniers mois du trio d’origine rennaise Sonic Satellite et de leur premier Ep. Mixé à Londres et enregistré en trois mois, ce premier effort de cinq titres assume ses origines anglaises (Joy Division, The Smiths, New Order…) mais ne renie pas non plus des effets power pop plus américains. Au final on ne s’ennuie pas un instant tant chaque mélodie semble ciselée pour rester bien en tête toute la journée.

Du coup Dodb ne pouvait pas ne pas vous faire gagner l’un des 5 exemplaires mis en jeu. Pour cela il suffit de répondre à la question suivante :

Quel autre groupe "Sonic" a déjà été chroniqué sur Dodb ?

Et d’envoyer vos réponses avant le 15 mars à contact@desoreillesdansbabylone.com. Bonne chance à tous.

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29 février 2012

I:Cube - Cubo Edits (2012)

Neuf ans après 3, l’un des musiciens électroniques français les plus exigeants et intéressants s’apprête à sortir un nouvel album, malicieusement intitulé Megamix. A en juger par la qualité de ses prods récentes, la galette s’annonce dantesque. Outre ses travaux sous le nom de Château Flight avec son comparse de toujours, Gilb’R, il y avait eu, en 2010, le Mérovingienne EP, et, en fin d'année dernière, l’excellent Lucifer en Discothèque. Cette fois-ci, I:Cube revient avec un carré de morceaux plus vintage et ludiques pour le septième épisode des Edits du Golem, série française bien connue des amateurs d’edits disco. Ceux qui avaient entendu son superbe mix Autoroute du Soleil connaissent déjà le premier titre de l’EP, "Hnt", une merveille de house lente aux forts accents new-wave. Il s’agit d’une relecture de "Hunting", de New Musik, un groupe britannique du début des années 80. I:Cube y apporte quelques légères retouches et le dépouille presque de ses voix pour un résultat splendide. "A Bicyclette", qui dure seulement deux minutes, est une sorte de version dub très marrante du mémorable tube de Jackie Quartz, "Juste une mise au point"…

La face B est plus ouvertement dancefloor, à commencer par "Piano In Paradiso" qui, comme son titre le laisse présager, est une sorte d’hymne piano-house complètement euphorique, bien ancré dans les eighties. Une bombe en bonne et due forme, dont le sample principal provient d'un obscur morceau euro-dance de Nikita Warren. "You Dance So Well" clôt cette collection sans faille avec un étrange groove disco agrémenté d’un chant en allemand qui fait fortement penser au stupide "Da Da Da" de TRIO. Comme d’habitude avec I:Cube, alias Nicolas Chaix, il s’agit d’autre chose qu’un simple et énième EP de nu disco au kilomètre. A une époque où beaucoup d’apprentis producteurs se sont engouffrés dans cette brèche et envahissent le marché avec des disques faciles et inintéressants, tous calqués sur le même modèle, des sorties comme celle-ci sont d’autant plus précieuses.

En bref : en attendant l’album, 4 edits ludiques et magnifiquement produits par le maître I:Cube, oscillant entre disco, new-wave, house et variète des années 80.





Le site des Edits du Golem
Le Soundcloud d'I:Cube







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27 février 2012

Caravan - In The Land Of Grey And Pink (1971)

Ah, la divine école de Canterbury ! Celle qui a engendré Soft Machine - et donc les oeuvres de Robert Wyatt et Kevin Ayers et - puis celles de Gong et donc celles de Caravan. Groupe estimé mais très souvent "oublié" des anthologies (en dehors de cet album phare), Caravan qui officie encore de nos jours et se produira à Nanterre en septembre 2012, s'était fait connaître par la grâce d'un rock prog mâtiné de jazz (comme la Machine Molle).

Avec des titres d'albums alambiqués et à rallonge (voir leur second) qui n'auraient pas déparé sur les oeuvres futures d'un Liars par exemple !

Composé de virtuoses ne se la racontant pas, et emmené par les cousins Sinclair, David à l'orgue et Richard à la basse, ces hommes là aux cheveux longs, se complaisaient dans un prog rêveur et pastoral, et ne dédaignaient pas les longues suites façon les compatriotes de Procol Harum, groupe auquel Caravan fait de toute évidence le plus penser - écouter à cet égard les 22 minutes tour à tour enchanteresses, lounge puis explosives de "Nine Feet Underground".
Il n'est d"ailleurs pas interdit de penser que son premier thème "Nigel Blows a Tune" n'a pas dû manquer d'influencer tout ce que l'Angleterre compta de défricheur easy listening des 90's, de Stereolab à High Llamas en passant par Saint Etienne.

Concernant le rapprochement avec Procol Harum, à noter toutefois que les créateurs du divin "Winter Wine" usaient davantage d'épure, d'esprit bucolique là où leurs très estimables contemporains latinistes versaient volontiers dans l'emphase à grand renfort d'orgues baveux et d'arrangements baroques.

Point d'outrance chez nos hommes caravaniers, puisque de l'unisson des voix fragiles et étonnamment dépourvues de testostérone (pour des groupes velus de l'époque) de Richard Sinclair et Pye Hastings, se dégageait une plénitude toute bucolique, alanguie et psychédélique. Nulle démonstration instrumentale bavarde telles qu'il s'en trouvait trop souvent chez Pink Floyd et les groupes atteints du syndrome art school !

Richard Sinclair, véritable chanteur oublié au même titre que le magnifique Jay Ferguson de Spirit, possédait un timbre clair assez voisin de LD Beghtol - pour les connaisseurs le chanteur d'appoint le plus effacé des Magnetic Fields d'aujourd'hui.

Durant une bonne dizaine d'albums, Caravan dispensa son prog étonnamment poppy, dont les points d'orgue se situent bien évidemment dans le premier brelan de leur discographie - l'on poussera vers le très plaisant Waterloo Lily (1974), premier disque enregistré sans Richard Sinclair.

Mais c'est bien évidemment vers ce fascinant In The Land Of Grey And Pink et sa pochette village de hobbits qu'il conviendra et pour l'éternité de se repaitre, une merveille !

Convenir qu'il existait autre chose dans le prog -terminologie si galvaudée, raillée etc...et devenue trendy avec les années ! - des divines 70's, que ces horreurs sans nom qu'étaient les boursouflés onanistes et gras du bide des affreux Genesis et Yes, c'est déjà s'ouvrir de manière conséquente à la décennie dorée et élargir son horizon musical.

Une version digipack définitive, car enrichie de titres rares (chouette !) a célébré les 40 de ce disque intemporel.

En bref : l'école de Canterbury à son meilleur. Un disque d'une rare finesse d'exécution et d'écriture que l'étiquette tant éculée et encombrante de progressive ne saurait minimiser. Un fleuron du prog-rock, un classique des seventies.





Le site

"Winter Wine" :



"Golf Girl" :


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23 février 2012

The Explorers Club - Grand Hotel (2012)

Alors que ce nouvel Explorers Club sort dans l’indifférence la plus totale en France, la presse étrangère est divisée. Mais il ne faut pas oublier qu’elle l’a toujours été. Tout le monde n’a pas vu d’un bon œil l’hommage aux Beach Boys qu’était Freedom Wind. Beaucoup l’on accusé de singerie, nous l’avions jugé capable de trôner aux cotés des plus belles pièces des boys des années 1967/69. Quatre ans plus tard le groupe de South Carolina aux trois songwritters revient avec un Grand Hotel plus varié mais encore plus jusqu’au-boutiste dans sa façon de flirter entre l’imitation kitch et l’hommage inspiré. Back to the 60’s !

Se payant les services de Mark Linnet (l’homme derrière Smile), Jason Brewer et ses acolytes entendent revisiter la "Popular American Music" des 60’s. La production est riche et gavée de good vibrations. C’est l’un des reproches fait à ce disque d’ailleurs, son côté trop jovial, presque non sérieux. Disons que ça pousse parfois un peu loin le concept de "tout le monde il est beau tout le monde il est gentil". Le club des explorateurs est heureux et veut qu’on le soit aussi.

Il y a beaucoup de choses dans ce grand hôtel. L’instrumental "Grand Hotel", le super cheesy "Summer days, summer nights", les ballades romantiques "It’s no use" et "It’s you", le mariachi "Weight of the world", le southern rock de "Anticipatin’" mais aussi un "Open the door" que n’auraient pas renié Scott Walker ou Roy Orbinson. C’est souvent à la frontière du ridicule vu notre époque (sorti un 14 février qui plus-est) mais il y a tellement de bonne volonté et de talent que bien souvent ça prend. Symbole de tout le disque, le single "Run run run" qui concentre peut-être là tout le dilemme de ce groupe, un côté sucré limite, mais une efficacité mélodiques et des idées qui sont bonnes.

En bref : plus que jamais anachroniques, The Explorers Club violent le patrimoine musical américain des années 60. On est constamment perdues sur leurs intentions mais il y a tellement de moments pop jouissifs qu’on l’aime un peu, ce disque.




Le site officiel

A lire aussi : The Explorers Club - Freedom Wind (2008)

Le clip cinéphile de "Run run run" :



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20 février 2012

Interview - Dylan Carlson (Earth)

On ne présente plus Dylan Carlson, l’un des pionniers du Drone et du Doom notamment, dernier rempart de la formation Earth, fameuse dans les années 1990 du côté de Seattle pour ses guitares gavées de réverbs et de distos. Aujourd’hui le groupe sort le deuxième volet d’un dytique entamé l’année dernière et continue de s’enfoncer les yeux fermés vers de nouveaux horizons. Toujours aussi aérienne, la musique de Earth est encore plus ténébreuse et exigeante qu’avant, de quoi largement prolonger pour quelques temps le culte que l’on porte à ce groupe. Et donc l’occasion de poser quelques questions à son leader.

Pourquoi as-tu coupé Angels Of Darkness en deux parties ?

Parce que cela aurait été extrêmement cher de produire le vinyle, et probablement trop cher pour que les gens l’achètent. A l’origine ils devaient sortir la même année mais les choses ne se sont pas passées comme cela aurait du à cause du label. Nous pensons toujours à la confection du vinyle, en réfléchissant en terme de faces et au fait que tu ne peux pas mettre plus de 22 minutes par face sans que le son commence à se dégrader.

Parles-nous du magnifique artwork ?

L’artiste s’appelle Stacey Rozich et c’est également lui qui s’est occupé de la première partie. J’aime le côté obsessionnel de son travail (et de ses êtres qu’il appelle des démons) tout comme les éléments folkloriques de son art. J’y vois une iconographie médiévale mixée avec des motifs orientaux et une certaine résonance occulte.

Que penses-tu de l’ancienne scène Britannique acid folk ?

J’adore son côté magique, le fait que cela résonne en moi comme un héritage génétique. Les musiciens donnent tout et j’aime la façon dont ils s’emparent de la tradition en la renouvelant. C’est mieux que d’aller au musée. C’est de la musique folk dans son côté populaire plutôt que dans son prétendu côté culture de masse. C’est encore vivant et les possibilités sont encore là.

Où trouves-tu ton inspiration ? Dans la solitude ou dans la relation aux autres ?

J’aime les paysages et la solitude, mais j’apprécie aussi de voyager avec des gens et en rencontrer d’autres, donc je pense que c’est un équilibre entre les deux.

Est-ce que tu continues à progresser en guitare ?

J’espère bien. Je suis constamment en train de m’entraîner et d’ouvrir les portes du possible.

Est-ce que tu vis de ta musique ?

Je n’ai pas eu à faire de job alimentaire ces quatre dernières années donc je dirais oui.

As-tu senti la crise ?

La crise économique ne m’a pas affecté tant que ça parce que je n’ai jamais été au top. Du coup ça n’a rien changé pour moi, je n’ai pas de maison à perdre, pas de crainte de licenciement. J’ai été très chanceux à cet égard.

Quel est ton meilleur souvenir de scène ?

Wow, elle est dure celle-là. En général les meilleurs concerts, je les commence, et la seule chose dont je me souvienne c’est quand ça s’arrête. Roadburn l’année dernière était excellent, je pense qu’on y a fait notre tout meilleur concert londonien. Newcastle était bien cool aussi. Helsinki était incroyable. Oslo l’année dernière aussi. Le public à Innsbruck était tellement dedans! Bilbao. San Fracisco. Les deux concerts que nous y avons fait au Slim étaient complets.

Te sens-tu mieux sur scène ou en studio ?

En général je préfère la scène au studio.

Est-ce que tu lis les blogs musicaux ?

Non pas régulièrement, je suis un peu un ancien et je continue à acheter des magazines. Du coup je ne me tiens pas trop au courant de la musique actuelle. Je tire généralement mes recommandations de mes amis. J’achète plus de livres qu’autre chose en fait.

Le site officiel




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16 février 2012

VA - Music For Dancefloors : The Cream Of The Chappell Music Library Sessions (2001)

Chappell est l’un des grands labels historiques de la library music, cette musique souvent désignée comme « légère » destinée à illustrer les programmes de radio et de télévision, des années 60 aux années 80. A cette époque où l’on n’utilisait pas encore systématiquement "You’re Beautiful" de James Blunt pour souligner l’émotion de telle ou telle séquence, les chaînes et stations pouvaient piocher dans un catalogue immense mis à disposition par des labels aujourd’hui mythiques, comme les Français Patchwork, Neuilly et Télé Music, ou les Britanniques KPM et Chappell. Elles pouvaient y trouver toutes sortes de sonorités, de la pop psyché au jazz funk en passant par l’exotica, le disco et les bidouillages de pionniers électroniques. Pour chaque ambiance souhaitée, elles pouvaient choisir parmi des milliers d'instrumentaux, souvent classés par thématiques et affublés de titres descriptifs.

Contrairement aux a priori sur la légèreté de la library, qui ne serait qu’un parent pauvre de la musique de films, tout ce pan un peu oublié de la musique du 20e siècle ne manque pas de consistance. Parmi ses figures de proue, on trouve toutes sortes de profils : anciens musiciens classique, touche-à-tout de génie, musiciens de studio et ingénieurs du son de luxe, hommes de l’ombre de la variète, pionniers du disco... Une sacrée galerie d’iconoclastes et d’innovateurs. Et c’est bien souvent dans le cadre de la musique d’illustration que ces artistes ont produit leurs œuvres les plus personnelles et les plus audacieuses.

Cette compilation sortie par Strut en 2001 me semble un bon moyen d’approcher cette sphère musicale pour les non-initiés, d’abord parce qu’elle se concentre sur l’aspect le plus funky et donc le plus accessible de la library, ensuite parce qu’elle présente un joli éventail d’artistes essentiels à travers certains de leurs meilleurs titres, sélectionnés parmi des milliers d’enregistrements. En dehors d’un interlude inutile (« Erotica 1 »), tous les morceaux sont excellents et ont ce petit côté exotique et tripé qui les distingue du jazz-funk ou de la pop plus classiques. Evidemment certains n’y verront que de la musique d’ascenseur. Je ne peux rien pour eux.








Un peu plus connu que les autres car samplé par Madlib et DangerDoom et présent sur moult compilations (dont le vol. 4 des Dusty Fingers), "Misty Canyon" de l’Australien Sven Libaek est sans doute celui qui a le moins vieilli. La nonchalance exquise du riff de guitare, la densité des cordes et des cuivres, l’efficacité des breaks de batterie, la beauté des soli de sax et de vibraphone, tout est réuni pour faire de cette petite pièce d’à peine plus de 2 :30 un chef-d’œuvre intemporel. Si.
"Safari Park", du génialissime Roger Roger, n’a pas non plus pris une ride. On voit à quel point ce type de groove a pu inspirer des maîtres du downtempo moderne comme Herbaliser ou Nightmares On Wax.

La plupart des autres titres ont un côté plus vintage, mais qui fait partie intégrante du charme et de l’ambiance de la compile. On passe de la funk survoltée d’Irving Martin et Brian Dee à des grooves soyeux et scintillants comme le "Discovery" de Brian Bennett ou le "Rainbow Bridge" de Paul Dupont & His Orchestra. Ici ou là, on a droit à une petite pièce de pop psyché à l’ancienne ("Following You" de Pierre Dutour, "Psychedelic Portrait" de Jean-Claude Petit et son Orchestre), ou à un détour par l’Amérique du Sud, comme sur le très brésilien "Five Plus Four" d’Al Newman, ou sur le délicieux "Exotica" d’Ole Jensen, qui évoque une version soft de Les Baxter.

C’est un festin de percussions étranges, de vibraphone et d’orgue, de trouvailles sonores en tous genres. Après ça, il serait étonnant de ne pas avoir envie de fouiller dans le gigantesque répertoire de la library music. Dans ce cas, faites un tour sur les nombreux blogs de collectionneurs, qui font véritablement un travail d’utilité publique en tentant de conserver ce patrimoine contre vents et marées. Donc allez-y, pendant qu’il en est encore temps…

A noter : la version CD ne contient pas tous les titres de la version vinyle (2xLP). Les autres volumes de Music For Dancefloors, consacrés aux labels KPM et Bosworth, sont également très recommandés.

En bref : une sélection des meilleurs titres d’un des labels les plus importants de la library music. Entre jazz-funk, pop psyché et exotica, c’est un excellent moyen d’aborder cette niche obscure et passionnante de la musique du XXème siècle.




Le site de Strut Records

A lire aussi : Shake Sauvage - French Soundtracks 1968-1973








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