23 avril 2018

Love Letters Festival - 19/04 et 20/04 Collection Lambert (Avignon) : le debrief

Deux jours de folie auront embrasé le Cité des Papes en avril. Deux jours pendant lesquels, tout était enfin possible : écouter de la bonne musique hors saison dans un cadre magique en plein centre-ville, sans craindre l'intervention d'esprits chagrins et de voisins excédés par le trop-plein de Db.

Grâce à l'offrande de certains partenaires et mécènes - la toujours disponible Agnès B qui aura une fois de plus porté sa caution à un festival pop - de l'engouement d'un public croisant tous les âges, et surtout de l'enthousiasme de la Love Brigade composée de jeunes étudiants passionnés par la cause rock, 8 groupes er artistes des nouvelles scènes pop, hip hop et electro ont pu croiser les fers intra muros.

Avec 20000 euros de budget, des hectolitres de bières consommés, quelques toilettes sèches, un service d'ordre qui ne l'était pas (sec), un coup de boule légendaire immortalisé sur bronze en toile de fond, Gaël, Jules, Marie, Clara et tous les autres bénévoles et supporters, ont apporté la preuve sous la tendre férule de Stéphane de la Collection Lambert,  qu'ils pouvaient le faire.
Et accessoirement ont enfin placé Avignon sur la carte déjà bien fournie des villes qui rockent.

La deuxième édition fatalement, ...... c'est maintenant !

     
La Love Brigade



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12 avril 2018

Labi Siffre - Remember My Name (1975)

A la manière d'autres grands artistes noirs dont tout le monde connaît les musiques mais que personne ne cite, l'anglais d'origine nigériane Labi Siffre se stuerait dans un Panthéon  où pourraient se côtoyer des Lee Dorsey, Syl Johnson, Gil Scott-Heron ou bien encore Terry Callier, tellement plus trendy il est vrai.

Comme ses contemporains, et notamment le grand Gil Scott Heron, dont il partage l'injuste déficit d'image, Claudius Afolabi Siffre (de son nom complet) est un poète et essayiste qui a abondamment publié sur la cause noire et queer.
Bien que ne reniant jamais son identité gay, il n'est curieusement que peu question d'amours masculines dans ses nombreuses (et belles ) chansons d'amour où le féminin est plus souvent qu'à son tour convoqué.

Labi Siffre est avant tout un chanteur exceptionnel, qui possède un vibrato à se damner ; et à faire chavirer tel un Terry Callier les plus endurantes des âmes blasées.
Tout le monde ou presque l'a repris, qu'il s'agisse de Madness ("It must be love" extraite de son 3ème album Crying Laughing Loving Lying de 1972), les rappers, le Wu Tang en tête.
Et bien sûr, il y a l'affaire "I got the", incroyable ouverture funky de Remember The Name, 5ème et meilleur album de l'artiste. Sans parler des divines cordes d'intro que Primal Scream samplerait sur son "Kill all hippies", ces mêmes cordes qui s'affolent en des trémolos de folie après le fameux break....Oui le fameux break au Wurlitzer que tout le monde connaît et  sur lequel un rappeur blanc indigne a bâti sa réputation et a au passage, fait dériver la notion de sample à un degré de plagiat rarement atteint.
Et on fera l'économie des attaques de batterie dont les crate diggers DJ's de la planète se sont repus - l'intro de "The vulture" constituant universellement un cas d'école.

Tout le reste de cette oeuvre est un pur régal : des tendres et solennelles odes au Fender Rhodes que sont les déchirants "Down" et "Remember the name", le morceau-titre.
Mais il y a aussi, la superbe envolée de 12 cordes que Labi Siffre de sa voix de velours envoie avec une expressivité et une émotion qu'il n'est pas éhonté d'aller chercher du côté du divin Marvin Gaye.
Sur les 8 morceaux signés de la main de Labi que comptent les 9 plages du disque, aucun remplissage. L'album avec ses 42' syndicales, varie tour à tour les ballades et les tueries soul ("I got the", "The vulture", "Sadie and the devil") dans lesquels la wah wah est bien entendu présente ; avec d'incroyables arrangements de cordes et de cuivres ; le tout serti d'une production aux petits oignons.
Signée du producteur qui produisit le premier Deep Purple ; c'est dire si ce disque claque.

Dans un palmarès restreint de l'incroyable patrimoine noir, Remember My Name occuperait inévitablement une place de choix. Un must have que cette création du génial auteur-compositeur-guitariste et claviériste.

En bref : l'un des 10 disques essentiels d'une culture afro-américaine qui a donné à la soul anglophone - ici britannique - ses plus belles lettres de noblesse. Indispensable.
 

'Another year"

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11 avril 2018

Cardiacs - Sing To God (1996)

Dès le titre de ce 7ème album - chiffre magique dans bien des discographies - tout est dit ; car on tutoie ici les anges.
Cardiacs, né des cendres de Cardiac Arrest, mythique combo post punk qui ne réalisa qu'un single, est l'oeuvre de Tim Smith, grand allumé devant l'Eternel qui avec son frère Jim met sur pied dès la fin des années 70, le plus improbable des aréopages pop psyché à être apparus dans la banlieue londonienne.
A être apparus tout court ; car ce groupe à géométrie variable comme on dit, ne ressemble à rien de connu.

Ce mélange d'esprit punk conjugué à une extravagance pop pompière, aux confins du prog, peu de critiques leur en surent gré à leurs débuts. Qui baptisèrent cette improbable pièce montée et salmigondis mélodique, émanation du cerveau de Tim Smith du néologisme musical imbécile (comme le sont tous les néologismes de genres musicaux)  "pronk". Tim Smith, fort de ses influences musicales "classiques" a toujours réfuté le terme, arguant que son credo était celui de la pop.
Preuve en était l'imparable reprise du "Susannah's still alive" des Kinks sur l'un des premiers eps.

Mais à vrai dire, on aurait du mal à décrire la furie des compositions du démiurge en chef : celles-ci sont d'une complexité effarante, offrent des ruptures et breaks insensés, ces morceaux-fleuves qui à l'instar du magique "Dirty boy", "Manhoo" ou "Nurses whispering verses" - mais il y en a tant - cette dernière, relecture d'un vieux titre du premier album The Seaside-  ; ont sans doute laissé des traces chez le leader des Cardiacs. Ce dernier se débat ainsi depuis 2008 contre une hémiplégie consécutive à une crise cardiaque et deux AVC. 
Dont est probablement responsable l'oeuvre complètement hallucinée de son groupe, l'une des plus abouties et cohérentes de la pop moderne. Un fund raising sera ainsi régulièrement alimenté pour subvenir à ses soins.

A quoi se réfèrent ces morceaux aux paroles absconses et aux mélodies insaisissables qui évoquent tour à tour l'esprit des Residents, la démesure de Sparks, le dadaïsme d'un Devo ?
Que pourraient évoquer ces envolées suraiguës, totalement barrées, sorte de partouze mentale où se soulageraient les créatures mondaines du Muppet Show, les Chipmunks, le tout dans un robot mixeur vertigineux où seraient broyées des voix d'elfes et de lutin ?

Dans sa psyché suractive, Tim Smith a sans doute la réponse. Mais qu'est-ce qui peut présider à un tel déferlement d'idées, exacerbées dans Sing To God par l'ajout de Jon Poole, guitariste allumé et qui trouve en Cardiacs le terrain de jeu idoine pour laisser libre cours à son imagination et quelques compositions ? On n'en sait rien.

En y réfléchissant, tout ceci n'a rien de prog, du fait des rythmes échevelés ("Eat it up worm hero" et les choeurs enjoués et délicieux de la saxophoniste Sarah Smith, "Bell clinks", tout en doubles cordes, "Angleworm angels"), de l'espit DIY  qui habite les 22 compositions du disque.
On ne voit guère que la fratrie des américains Fiery Furnaces à être ainsi allée aussi loin dans cet esprit "more is more", unique dans le circuit indé. Et à la limite les Butthole Surfers, mais sans l'esprit foutraque doigt dans le cul.
Car Cardiacs, c'est avant tout cela : des poppers ayant gardé l'éthique punk de leurs premières années, doublés de musiciens et compositeurs doués et ambitieux.
Aucun risque d'indigestion avec ce groupe inclassable. Plutôt celui d'être pris dans un tourbillon vertigineux de mélodies qui fait rare, n'empruntent ici à personne ; tout au plus note-t-on des Who cités dans "Flap off you beak". 

Un disque plus loin et Cardiacs seraient en sommeil ; ce qui relève du drame pour tous ses admirateurs. Et pour ceux qui on pris le temps de découvrir cette musique à nulle autre pareille.
Ce sont souvent les mêmes.


En bref : groupe OVNI, sans équivalent dans la pop anglo-saxonne de ces 50 dernières années, Cardiacs atteint ici une forme d'apogée de son art. Une musique dont l'élaboration le dispute à la fraîcheur iconoclaste de ses membres et de son leader omnipotent Tim Smith.
 

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29 mars 2018

Conférence de presse #TINALS 2018


Ce mercredi 28 mars 2018, avait lieu la Conférence de presse du TINALS, 6ème du nom. Sise dans le club au milieu d'un parterres de journalistes, radios, assoç et autres rockers de tout poil, celle-ci fut l'occasion pour Fred Jumel et Christian Alex les deux hommes forts de l'événement, d'asséner quelques chiffres et de rappeler des convictions communes.
Le TINALS 2018, c'est d'ores et déjà le double de blind passes vendus par rapport à ses devanciers (600). Et le chiffre actuel de sésames vendus a déjà atteint le total obtenu l'an passé.
Au delà de la probable fidélisation d'un public du sud mais pas que, il y a ce pari une fois les premiers noms dévoilés, de "s'ouvrir à d'autres publics" en brandissant coup sur coup ce qui reste sans doute les noms les plus clinquants de l'historique du festival. Beck et Phoenix.

L'on comprend la démarche commerciale qui même si elle ne dit pas son nom et est aussi une "question d'opportunités" par rapport à la tournée des artistes mentionnés,  tend à booster la vente des tickets et à installer durablement le festival. Il est toutefois avancé que ce pari vers l'ouverture grand public ne sera pas forcément reconduit, car ne correspondant pas forcément à la philosophie première de cette manifestation.

Qui fort de ses nombreux groupes français venus du grand sud (Pyrennées, Occitanie, PACA), de son esprit cosmopolite - il n'y a qu'à voir le line up de la nouvelle sensation Superorganism -  de son pari de clôture chill out - The Black Madonna dans la Grande salle le dimanche soir - et un esprit toujours plus tourné vers l'universalité (ateliers pour enfants maintenus et développés, love room, langage des signes prôné pour les malentendants), promet encore de belles heures de binaire à venir.

On a hâte d'y être.

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07 mars 2018

Love Letters Festival - La Collection Lambert, Avignon (19 et 20 avril 2018)


Les jeudi 19 et vendredi 20 avril prochain, Avignon se paye son festival pop. Prenez un aréopage d'étudiants en info/com débordant d'énergie et d'enthousiasme pour l'événementiel musical, ajoutez un écrin, La Collection Lambert, musée emblématique et ancien théâtre d'exploits universitaires pour les quadras / quinquas, saupoudrez de quelques généreux mécènes et/ou donateurs, et cerise sur le gâteau, ajoutez-y la fine fleur de la nouvelle scène pop / electro française ; et vous obtenez ce Love Letters Festival - dont l'intitulé en dit déjà beaucoup sur les intentions.


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25 février 2018

Insecure Men - S/t (2018)

La pop britannique reprend du poil de la bête ces jours-ci. On l'a suffisamment vilipendée pour ne pas lui reconnaître ce net regain de forme. Du funk drôlement arty de Field Music à la folk dreamy de Proper Ornaments, en passant par le post-punk enfiévré des lads de Shame ou la pop dangereuse et malade de Fat White Family, les brits reprennent peu à peu du terrain.


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17 janvier 2018

Curtis Harding - Face Your Fear (2017)

C'est lui le nouveau petit prince de la pop-soul mâtinée chatoyante d'Atlanta. Curtis Harding - bien pour le prénom, même si un peu encombrant - s'était fait connaître en 2014 avec son debut Soul Power. Qui étrangement n'avait de soul que le nom et sonnait davantage pop. Sympa mais pas bouleversant non plus.


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05 janvier 2018

Top Dodb 2017


10 années pleines déjà. Que DODB diffuse ses Tops. Celui de 2017 pourrait à vue de nez faire figure de parent pauvre : moins de disques, une sélection resserrée ; ce qui après tout devrait être l'apanage d'un Top crédible. Pas comme tous ces palmarès idiots qui trouvent pertinents de balancer 50, parfois 100 références, noyant tout cela sous un pur verbiage pas plus convaincu qu'il n'est convaincant. Moins de rédacteurs aussi, ceci explique sans doute cela, et réciproquement. 

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23 décembre 2017

Love - Da Capo (1967)

Passons rapidement sur l'interminable jam vaine et inutile, typique de ces logorrhées hippie du summer of love. Tout au long de 19' pourries, le grand groupe d'Arthur Lee nous sert une impro inepte que le Grateful Dead lui-même n'aurait pas osé inclure dans un de ses triple-albums.

Dont acte. N'empêche qu'avec cette faute de goût, Da Capo passera à côté du  titre du plus grand disque de Love dévolu pour l'éternité à Forever Changes


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01 décembre 2017

Joy Division - Closer (1980)


Ce disque pue la mort, et pour cause : la tringle,  l'étendoir tout ça. Et dans le sordide,  l'on ne voit guère que la beauté funèbre du The End... de Nico pour lui disputer le titre de microsillon le plus cafardeux de tous les temps. Voila le disque le moins funky, le plus dénué de swing de l'histoire de la pop.


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16 novembre 2017

Matias Aguayo & The Desdemonas - Sofarnopolis (2017)

Le cosmopolitisme à tout crin. Matias Aguayo que les amateurs de musique électroniques ont appris à connaître est un producteur chilien basé en Allemagne. En rupture de sets DJ's et désireux d'en découdre à nouveau avec la musique organique, celui-ci a décidé de monter un groupe : les Desdemonas, composés notamment d'un italien, d'un allemand et d'un colombien. Le tout distribué par le label belge Crammed Discs.


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15 novembre 2017

Algiers - Paloma (Nîmes) 14 / 11 / 17

Franklin James Fisher (Algiers)
copyright :.David Sarandon

Drahla, groupe en provenance de Leeds, ouvre les hostilités en préambule du set d'Algiers attendu avec impatience. Ce trio mixte et plutôt bien looké donne à entendre une sorte de proto Sonic Youth pas désagréable. En particulier sur les accords stridents assénés par une jeune femme en mode Thurston Moore.


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09 novembre 2017

Calc - Lost Serenades (2017)

Les secrets les mieux gardés, par essence, ne devraient pas l'être. Car le plaisir goûtu et un peu snobinard de se dire qu'on connaît quelque chose dans un entre-soi, laisse vite place à la frustration. Celle de voir qu'il ne reste pour l'heure de Calc que l'image d'un groupe culte. Une comète, comme le furent les Scenario Rock,  Film Noir et tant d'artistes de France ou d'ailleurs ardemment défendus dans DODB.


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08 novembre 2017

Dream Machine - The Illusion (2017)

Matthew et Doris Melton ont fait le buzz bien malgré eux, lors d'une interview où ils fustigeaient la politique migratoire sur le sol nord-américain. De pro-Trumpistes à réacs notoires, la volée de bois vert ne s'est pas fait attendre. Ils s'en sont depuis expliqué (et non justifié), mais ont retenu la leçon : mieux vaut ne pas sortir des sentiers battus ni exprimer une opinion politiquement incorrecte - Morrissey en sait également quelque chose.


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15 octobre 2017

Poni Hoax - Rockstore (Montpellier) - 14/10/17

Courtesy of Gaël Bouquet

De retour au Rockstore après une longue absence. Officient ce soir les toujours imprévisibles Poni Hoax. Pas vraiment new wave, car ce qu'il faut de rock avec ces rythmiques invariablement endiablées. Un zeste d'electro, un soupçon voire une larme de pop pour ce qui est de pondre des refrains et des mélodies immédiatement identifiables. Jamais parfait, mais capable de fulgurances géniales ; tel est l'univers du groupe de Nicolas Ker.


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