23 janvier 2012

Lone Pigeon - Time Capsule 001-010 (2011)

Qu’il est difficile pour moi d’aborder un tel monument. Pour vous faire un résumé, disons juste que Lone Pigeon est le nom d’emprunt de l’écossais Gordon Anderson, ex leader du mythique Beta Band et actuel leader des méconnus The Aliens. Entre ces deux périodes, l’homme qui n’a jamais caché sa maladie mentale -voir sa prétendue possession par le malin- s’est retiré du système, et entre d’interminables séjours en hôpital psychiatrique a trouvé le temps d’enregistrer quantité de morceaux (159 pour être exact) regroupés en 7 albums indépendants, tous présents dans ce coffre de toute beauté. Retour sur ce monolithe musical indispensable à tout fan de Beatles, Beta Band, Daniel Johnston ou Syd Barrett, véritable voyage dans l’esprit dérangé d’un démiurge pop mésestimé.

Gordon Anderson, c’est d’abord The Beta Band. Un succès d’estime pour quelques amateurs éclairés, juste un nom de groupe défunt pour d’autres. Lorsque le groupe splitte, Anderson est transparent sur sa consommation de drogues psychédéliques. Il peut prendre LSD à longueur de journée et enchaîner pendant plus de deux mois non-stop à plus de 40 mushrooms par nuit. Suite à ça les docteurs lui détecteront une schizophrénie qu’il réfutera toujours, même après avoir avoué s’être senti quelques temps possédé tour à tour par un démon tueur et un sphinx égyptien. Profitant de ses rares éclairs de lucidité pour absorber l’œuvre des Beatles et en recracher tout ce qu’il peut, il met en boîte 7 albums, dont 5 dépassent les 20 titres. Un travail colossal réalisé à posteriori par son frère King Creosote qui signe ici la préface du livret. A l’origine tout n’existait que sur cd-r.

Le résultat est irréel, et bien-sûr il faut s’accrocher pour avaler les 8 heures de musique de ce mammouth discographique. On en ressort vidé, convaincu d’avoir traversé les pensées d’un être à la dérive, le côté voyeur en moins (ici personne n’est mort et Anderson tient plutôt la dragée haute en ce moment). On commence donc avec Moses, premier des 7 chapitres. Le plus ancien puisque réalisé en 1997, et peut-être le meilleur du lot. L’impression oppressante de zapper constamment sur une radio pirate d’un temps révolu, avec de très nombreux nuages soniques lo-fi, parfois dégagés par des éclaircies de songwritting pur, guitare acoustique et voix, pour des balades folk tordues teintées d’électronica ("Rox"). Du Syd Barrett ou je ne m’y connais pas.

"Rox" :


Sur Dr Vamprianos And His Old Melodic Chest Of Dwarves (bim le titre !), Anderson plonge plus profondément encore dans cet univers. N’écoutez que "How Can I Go" et imaginez la suite. Sa voix est plus claire et les arrangements plus extrêmes. Le fantôme de McCartney est désormais bien présent et ne quittera plus le disque. "Glover", morceau fil rouge du coffret, fait aussi sa première apparition. On le retrouve sur quasi chaque disque mixé de manière différente. Sur 28 Secret Tracks, on revient à du matériel plus traditionnel et le disque serait presque écoutable par le commun des mortels. J’ai dit presque.

"How Can I Go" :


Baby Piano compte aussi ses morceaux de bravoure. Le déchirant "Won’t You Take Me By The Hand" notamment. Pour Cakemonth c’est "Juicy Little Flies In The Highlands" qui fait figure de sommet. Là on s’éloigne encore du format traditionnel pop songs des sixties pour au final sortir un alien musical qui mixe en 15 minutes tous les effets biscornus du White Album et du Sgt Pepper des Beatles. Et qui se permet de massacrer Brian Wilson aussi en plein milieu d’un moment de folie à 10’18". Du foutage de gueule pour certains, un grand moment de musique au casque pour d’autres. Sur Glover Again Anderson est hyperactif et élargit son spectre musical. "Glover" est enfin présenté en version "définitive", tel que le reprendront ensuite les Aliens dans leur décidément énormissime Astronomy For Dogs.

"Juicy Little Flies In The Highlands" :


Won’t You Take Me By The Hand :


"Glover" :



Bien-sûr dans un objet comme ça il y a aussi l’artwork, ici phénoménal.7 cd, chacun dans un fourreau, chaque fourreau dessiné de la main d’Anderson, intérieur extérieur, formant un véritable kaléidoscope acide, le chaos tout en couleur.

En bref : sans concession aucune, cette collection indescriptible de morceaux subversifs est un trip immense dans la bipolarité de son auteur Gordon Anderson, certainement l’un des plus doués et mésestimé de ces dernières années en matière de pop perchée.





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17 janvier 2012

Someone Still Loves Boris Yeltsin - Tape Club (2011)


Adeptes des groupes au nom à rallonge bonsoir! SSLYBY pour faire plus court est un tout petit groupe (tout juste 3 albums au compteur en dix ans de carrière) qui n’a pourtant pas oublié d’être prolifique à la maison. Ainsi sortait l’année dernière ce double vinyle de faces B et autres raretés comme il est bon de les appeler. Soit 26 morceaux de pop indé sortis de la manche qui - il faut le dire - surpassent en qualité ce que l’on avait l’habitude de retrouver sur les "vrais" albums du groupe du Missouri. Un cadeau pour les fans, une porte d’entrée de haut standing pour les non initiés.

Peu connaissent SSLYBY (en référence à l’ancien président russe on s’en doute). C’es pourtant un groupe très intéressant qui peut se targuer de compter au moins trois songwritters en son sein, dont Philipp Dickey et John Cardwell, têtes pensantes de cette bande de quatre amis. Comme beaucoup de zicos passionnés par le matos d’enregistrement, ils prennent soin de retranscrire ici dans le gatefold du disque les dates et conditions d’enregistrement. Et l’originalité de cet objet est que les titres ont été classés par ordre chronologique de confection. Autant dire que cela va de la chambre de la mère de Phil en 2002 jusqu’à des studios plus cossus en 2009. Et que le son s’en ressent.

A l’origine, un "tape club" c’est ça, une compilation sur cassette pour remercier les fans. Ceux de SSLYBY sont peu nombreux mais au combien fidèles. Fidèles à ce sonwritting qui emprunte autant à Elliott Smith qu’à Wilco, en passant par Pavement. Le pari est risqué pour un si jeune groupe, le risque de livrer un disque inégal est fort. Mais ça marche. Très bien même.

On suit donc l’évolution en commençant par "The cloud and the pebble", véritable douceur pop lo-fi avec arpèges délicats, douceur de la voix et harmonies Beach Boysiennes. Un tube de poche tout comme "Let’s get tired". Puis les magnifiques "Sweet owl" et "Spinning sea" où l’on croirait vraiment entendre les enregistrements du jeune Elliott Smith période Roman Candle. Le son lo-fi que l’on retrouvait dans le premier album Bloom du groupe. Des ballades au coin du feu à la gratte sèche qui semblent sortir du chapeau d’un magicien imaginaire.

Puis ça devient électrique ("Lower the gas pricies, Howard Johnson"), tubulaire encore ("Coming through", "Dear right") et même dépareillé sur "Cardinal rules" un poil trop moderne pour eux apparemment. Seul "Yellow missing signs" présente une production aux gimmicks très MGMT qui passent. Une publicité télé en puissance, et quoi qu’on en dise une ritournelle qui reste très longtemps dans la tête.

En bref : véritable documentaire de chutes sur un groupe on ne peut plus marginal et indépendant, Tape Club est un petit cadeau de pop lo-fi qu’on aurait tort de se refuser.





Le site officiel et le Bandcamp

D’un extrême à l’autre, "The cloud and the pebble" et "Yellow missing signs" :





L’album en écoute :



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16 janvier 2012

Katalyst - Deep Impressions (2011)

On parle assez peu de l’Australie, encore moins quand il s’agit de hip-hop. Pourtant Ashley Anderson de son vrai nom mériterait d’avantage d’intérêt. Producteur émérite résidant à Sidney, on lui doit notamment deux superbes albums sortis respectivement en 2002 et 2007, Manipulating Agent et What’s happening ?. Entre temps comme tout bon beatmaker qui se respecte, le jeune homme a enchaîné remixes, featurings et autres mixtapes. En 2011 il sortait chez les excellents BBE via Invada Records ce troisième album qui - pardonnez-moi le jeu de mot facile - m’a fait forte impression.

Un peu comme Apollo Brown, Katalyst cherche des sons de la blaxploitation 70’s, les sample, les mixe, les remonte et appelle à la rescousse différents collaborateurs vocaux. Ici on a droit à ses anciens bras droits mais aussi à de nouveaux MC’s issus de "groupes" tels que Pharcyde ou encore KillaQueenz. En audiophile accompli, il remonte le tout de manière à rendre indiscernable ce qui est neuf et ce qui est de l’ordre de la récup. A tel point que l’on semble se trouver devant une compilation soulful que ne renierait pas Nova sur ses ondes.

Aussi bien que l’on retrouve sur Deep Impressions du hip hop, du funk, du jazz et même du reggae sur l’inaugural (et très différent du reste) "Day into night". Sur les 14 titres que contient ce disque exotique, la variété fait légion. Aussi bien rocky que funky, sans jamais oublier ses bases de hip-hop beat et ses samples soul. La face A est en ce sens exemplaire. Grâce notamment à ce "Black dragon" d’anthologie, parfait alliage cuivré et rythmé de black music. Derrière on a "Pot or pills" (sic), tout est dans le titre, la soul en plus. Mais aussi les beats old school de "Beware", le girls’s powa de "Clapping song", le (trop) sucré "Prince of cool".

Et ça continue, pendant 45 minutes impeccables qui pourraient passer dans n’importe quelle soirée. Quasiment que des titres forts, même si j’aime moins ceux chantés par les filles. Il faudrait tous les lister, mettre tous les clips en ligne, mais il suffit aussi d’écouter ce disque pour s’en faire une idée. Et d’y revenir. Même 2011 passé.

En bref : 14 titres samplés et rappés par un beatmaker australien qui réconcilie flows hip-hop et ambiance soulful de la blaxploitation. Un honnête must-have.





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04 janvier 2012

Top Dodb 2011


Alors que pratiquement tous les tops sont tombés comme l’hiver sur le pays, c’est toute la petite équipe de Dodb qui vous livre le(s) sien(s), entre excès culinaires et réunions familiales de rigueur. Un top un peu moribond pour une année musicale qui n’a pas particulièrement brillé, à l’image de toutes ces pochettes en noir et blanc. Où est passée la génération fluo ? On se le demande encore. Mais si 2011 ne restera pas au panthéon, certains poulains et autres anciens ont tout de même tiré leur épingle du jeu. Si pour nous c’est un jeune Néo-Zélandais qui remporte la palme de l’originalité, il ne faut pas oublier tous les autres, qui d’une manière ou d’une autre ont à un moment donné titillé nos oreilles cette année. 2011 est mort. Vive 2012 !

CLASSEMENT COLLECTIF DODB

1. Connan Mockasin - Forever Dolphin Love (Phantasy Sound)

Un premier OVNI pop de 36 minutes à mettre au profit du jeune Connan. Il y voyage dans son subconscient et dépeint un univers musical poétique et surréaliste, touchant et difforme. Juste ce qu’il nous fallait.





2. Nicolas Jaar - Space Is Only Noise (Circus Company)

Un disque captivant de bout en bout, épais, poétique, stylé. Pour tous ceux qui sont proches du burn out, en ces temps difficiles.





3. Destroyer - Kaputt (Merge)

Fainéants que nous sommes, nous n’avons pas pris le temps d’écrire sur le dernier disque de Dan Bejar, qui nous a pourtant bercés toute l’année avec son soft-rock mélodieux et ses envolées de saxophone.





4. James Blake - S/T (Atlas)

James Blake fait le lien entre dubstep, soul et gospel sur cet autoportrait d'une maîtrise presque effrayante pour son jeune âge. Vibrant, hivernal, d’une beauté dense et surnaturelle.





5. Timber Timbre - Creep On Creep'in On (Arts & Crafts)

Disque de folk soul inquiétant et rassurant à la fois, porté par une voix qui s’est trouvée, un premier pas chez les grands.





6. Other Lives - Tamer Animals (TBD Records)

Un très belle pièce de folk habitée et subtilement orchestrée, possédée de bout en bout, avec de vrais beaux titres. Belle surprise.





7. Oneohtrix Point Never - Replica (Mexican Summer / Software Records)

Un exercice pointu de sampling au service d’un psychédélisme électronique à la fois éthéré et très prenant. Le port d’un scaphandre ou d’une combi d’astronaute est vivement conseillé pour s’immerger dans le cosmos d’OPN. L’un des gros trips de l’année.





8. Metronomy - The English Riviera (Because)

Si The English Riviera était un homme, il serait de ce genre bien rare qui tourne ses défauts en qualités, si bien que l'on ne s’en lasse jamais.




9. Robag Wruhme - Thora Vukk (Pampa)

Robag Wruhme nous a offert la divine surprise du printemps avec un album house d’une grâce et d’un romantisme ahurissants.





10. Theo Parrish - Uget (Ugly Edits)

Une anthologie des meilleurs edits de Theo Parrish depuis 2002. Aux confins du disco, de la house, du R&B et du jazz, le DJ de Detroit revisite certains des grands classiques de la musique noire américaine, de Quincy Jones à Funkadelic. Plus soulful, tu meurs.





11. Death In Vegas - Trans-Love Energies (Portobello Records)

Sans peur et sans binôme, Richard Fearless revient à un son plus dark, avec un disque qui gagne en cohérence dans les climats et la conception, débarrassé qu'il est du casting par trop envahissant de ses prédécesseurs.





12. DJ Quik - The Book Of David (Mad Science)

Cette leçon de hip-hop West Coast sonne comme une fessée sur les derrières joufflus des faux rappeurs de tous poils. Le vétéran DJ Quik revient à l’essence du son californien, et c’est tout simplement un régal.





13. Bon Iver - Bon Iver, Bon Iver (Jagjaguwar)

Trois ans après For Emma, Forever ago, Justin Vernon poursuit son exploration d'un folk onirique et épidermique. Plus riche, instrumenté et polymorphe que son précédent opus, cet album, auquel a participé le saxophoniste d'Arcade Fire Colin Stetson, confirme Bon Iver comme un des plus grands songwriters de notre époque. Rien de moins.




14. M83 - Hurry Up, We're Dreaming (Naïve)

Désormais installés à Los Angeles, les frenchy de M83 ont livré en 2011 ce qui s'avère être leur meilleur album à ce jour. Un double disque grandiose, foisonnant et épique, sans aucun impair, mêlant habilement synth-pop, ambient et electronica. Pour ceux qui seraient passés à côté, "Midnight City" et "Wait" sont à écouter de toute urgence.




15. Baxter Dury - Happy Soup (Regal Recordings)

Au triste, au trivial et au trash répondent l’humour, l’élégance et la poésie dans un bel album qui, n’essayant pas d’être le chef-d’œuvre qu’il pourrait être, cherche simplement et avant tout à affirmer sa condition éminemment britannique. Et cela suffit à en faire un objet d’intérêt universel.





15 ex aequo. Apollo brown - Clouds (Mello Music Group)

Un petit joyau de hip hop instrumental gorgé de groove qu’il est impensable de ne pas aimer.





CLASSEMENTS INDIVIDUELS :

Ju

1. Connan Mockasin - Forever Dolphin Love (Phantasy Sound)
2. James Blake - S/T (Atlas)
3. Timber Timbre - Creep On Creep'in On (Arts & Crafts)
4. Other Lives - Tamer Animals (TBD Records)
5. Kitty Daisy Lewis - Smoking In Heaven (Sunday Best Recordings)
6. Michel Cloup (Duo) - Notre Silence (Mc Disques)
7. Metronomy - The English Riviera (Because)
8. Apollo brown - Clouds (Mello Music Group)
9. Budam - Man (Volvox Music)
10. Baxter Dury - Happy Soup (Regal Recordings)


Dave

1. Connan Mockasin - Forever Dolphin Love (Phantasy Sound)
2. Oneohtrix Point Never - Replica (Mexican Summer / Software Records)
3. Nicolas Jaar - Space Is Only Noise (Circus Company)
4. Destroyer - Kaputt (Merge)
5. Theo Parrish - Uget (Ugly Edits)
6. Boof - Shhh, Dandelions At Play (Bubbletease Communications)
7. James Blake - S/T (Atlas)
8. Robag Wruhme - Thora Vukk (Pampa)
9. DJ Quik - The Book Of David (Mad Science)
10. Charles Bradley - No Time For Dreaming (Daptone Records)




Fabien

1. Destroyer - Kaputt (Merge)
2. Connan Mockasin - Forever Dolphin Love (Phantasy Sound)
3. M83 - Hurry Up, We're Dreaming (Mute)
4. Oneohtrix Point Never - Replica (Mexican Summer / Software Records)
5. Fleet Foxes - Helplessness Blues (Sub Pop)
6. Bon Iver - Bon Iver (Jagjaguwar)
7. Nicolas Jaar - Space Is Only Noise (Circus Company)
8. James Blake - S/t (Atlas)
9. Metronomy - The English Riviera (Because)
10. Dirty Beaches - Badlands


Nickx

1. Charles Bradley - "Stay away", reprise de Nirvana sur la compil Newermind
2. Mars Red Sky - S/t (Emergence)
3. Connan Mockasin - Forever Dolphin Love (Phantasy Sound)
4. Timber Timbre - Creep On Creep'in On (Arts & Crafts International)
5. Bodies Of Water - Twist Again (Thousand Tongues Record Co.)
6. Death In Vegas - Trans-Love Energies (Portobello Records)
7. Keren Ann - 101 (EMI)
8. Cheveu - Mille (Born Bad)
9. Slow Joe And The Ginger Incident - Sunny Side Up (Believe)
10. Iron And Wine - Kiss Each Other Clean (4AD)


Antoine

1. Robag Wruhme - Thora Vukk (Pampa)
3. DJ Quik - The Book Of David (Mad Science)
2. Nicolas Jaar - Space Is Only Noise (Circus Company)
4. Mr. Raoul K - Introducing My World (Mule Electronic)
5. Theo parrish - Uget (Ugly Edits)
6. Tom Vek -Leisure Seizure (Island Records)
7. Charles Bradley - No Time For Dreaming (Daptone Records)
8. Apollo brown - Clouds (Mello Music Group)
9. James Blake - S/T (Atlas)
10. M83 - Hurry Up, We're Dreaming (Mute)


Thomas

1. Other Lives - Tamer Animals (TBD Records)
2. Tim Hecker - Ravedeath, 1972 (Kranky)
3. The Antlers - Burst Apart (Frenchkiss)
4. Connan Mockasin - Forever Dolphin Love (Phantasy Sound)
5. Radiohead - The King Of Limbs (No Label)
6. Timber Timbre - Creep On Creep'in On (Arts & Crafts)
7. Bon Iver - Bon Iver, Bon Iver (Jagjaguwar)
8. Kurt Vile - Smoke Ring For My Halo (Matador)
9. St. Vincent - Strange Mercy (4AD)
10. Ponytail - Do Whatever You Want All The Time (We Are Free)


Emmanuel

1. Pj Harvey - Let England Shake (Island Records)
2. Destroyer - Kaputt (Merge)
3. Nicolas Jaar - Space Is Only Noise (Circus Company)
4. Molly Nilsson - History (Dark Skies Association)
5. Baxter Dury - Happy Soup (Regal Recordings)
6. The Field - Looping State of Mind (Kompakt)
7. Bonne Prince Billy - Wolfroy goes to town (Drag City)
8. Korallreven - An Album By Korallreven (Acéphale)
9. Chelsea Wolfe - Ἀποκάλυψις (Pendu Sound Recordings)
10. Planningtorock - W (DFA)


HIP HOP

1. Nicolas Jaar - Space is only noise (Circus compagny)
2. TV On The Radio - Nine Types of Light (Interscope)
3. Hawks - Rub (Transruin records)
4. Artic Monkeys - Suck It And See (Domino Records)
5. The Raveonettes - Raven In The Grave (Vice Records)
6. Magnetix - Drogue électrique (Born bad)
7. The Cramps - Live at Club 57 (1979) (Moonlight records).
8. True Widow - A.H.A.T.H.H.A.F.T.C.T.T.C.O.T.E. (Kemado)
9. Barn Owl - Ancestral Star (Thrill Jockey).
10. Swamp Delta Rock - Compilation (Soul Jazz Records)



Jessyka

1. The Rapture - In The Grace Of Your Love (DFA)
2. Metronomy - The English Riviera (Because)
3. James Blake - S/t (Atlas)
4. Nicolas Jaar - Space is only noise (Circus Company)
5. Connan Mockasin - Forever Dolphin Love (Phantasy Sound)
6. Ty Segall - Goodbye Bread (Drag City)
7. Cults - Cults (Columbia)
8. Lykke Li - Wounded Rhymes (Atlantic)
9. The Kills - Blood Pressures (Domino)
10. Panda Bear - Tomboy (Paw Tracks)

Psychocandy

1. The Fall - Ersatz GB (Cherry Red)
2. The Pains Of Being Pure At Heart - Belong (Slumberland)
3. L’Enfance Rouge - Bar-Bari (Wallace Records)
4. Death In Vegas - Trans-love Energies (Portobello Records)
5. Cercueil - Erostrate (Le Son du Maquis)
6. The Kills - Blood Pressures (Domino)
7. Nestorisbianca - Genetics (No Label)
8. Trunks - On the roof (Les Disques de Plomb)
9. Boogers - More better (At(h)ome)
10. The Pack AD - Unpersons (Mint Records)

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28 décembre 2011

Death In Vegas - Trans-Love Energies (2011)

Sept ans que Richard Sanspeur ne nous avait rendu visite. Pour son nouveau forfait, après un LP en forme d'hommage et de citation des maîtres Kraftwerk ("Satan's Circus"), Fearless et son avatar Death In Vegas jouent à nouveau la carte de l'épure. S'il n'est pas entièrement instrumental comme son prédécesseur, Trans-Love Energies a au moins le bon goût de ne plus convoquer chanteurs brit à tout va, ce qui rendait parfois illisible sa démarche à l'image de ce que pouvait donner son vilain pendant de Chemical Brothers, ou à un degré moindre les "groupes" à géométrie variable que sont les Archive ou Massive Attack.

Séparé de son alter ego Tim Holmes, Fearless conduit en solo et pour la première fois de manière ostentatoire ce nouveau disque, assumant lui même l'intégralité des quelques parties chantées.

L'ambiance générale n'est pas sans rappeler l'ambient d'un Aphex Twin circa 93/95 - sa meilleure période, on ne s'en plaindra pas - ainsi va l'inaugurale et sombre "Silver Time Machine", étirée et obsédante. "Black Hole" qui lui succède dans un fade in savant ne déparerait pas au sein des lugubres délices du Closer de Joy Division.

Parmi les autres réussites, les ambiances cafardeuses du répétitif "Lightning Bolt", la transe syncopée de "Coum" sont les pistes les plus réussies de ce Trans-Love Energies, assez caractéristiquement d'ailleurs celles où la voix blanche et monocorde de Fearless est omniprésente. En revanche, les remix ou versions différentes proposées en bonus sur le double vinyle sont assez pesantes voire gonflantes, et c'est finalement dans la concision que monsieur Death In Vegas convainc le mieux, dans ce qui reste son disque le moins sexy (comprendre racoleur), mais sans doute le plus cohérent à ce jour.

En bref : sans peur et sans binôme, Richard Fearless revient à un son plus dark, avec un disque qui gagne en cohérence dans les climats et la conception, débarrassé qu'il est du casting par trop envahissant de ses prédécesseurs.





le site, le Myspace

"Black Hole" :



"Lightning Bolt" :



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27 décembre 2011

Michel Cloup (Duo) - Notre Silence (2011)

Pour la génération avant la mienne, Diablogum reste un groupe mythique au sein du paysage francophone. Honte sur moi, je n’y ai mis les pieds plus que de rigueur. J’avais bien effleuré quelques fois un disque comme #3 mais jusqu’à cette année, jamais je n’étais tombé amoureux de leur univers. C’est aujourd’hui chose faite grâce à ce disque sorti hors circuits, qui doit la seule petite lumière médiatique qu’il a reçu à son patronyme honorifique. Et puisque le retour sur les planches et dans les bacs du plus culte des groupes français se fait attendre, quoi de mieux pour patienter que cet ovni slow-core, produit purement français et pourtant tellement américain.

Comme son nom l’indique, cet album est joué en duo. Guitare/voix/batterie. Michel Cloup (Experience, Binary Audio Misfits) + Patrice Cartier. Pas plus. Ni moins. Un choix pour le moins minimaliste, qui privilégie l’épure aux dépends de la sophistication. Tout comme la pochette noir et blanc aux relents de BYG Actuel. Tout comme le phrasé parlé jamais crié. Et puis il y a ce son grave et chaud de la guitare barytone. Tout contribue à cette lente et courte introspection. Cette mise à nu d’un artiste oublié sur le bord de la route et qui a encore des choses à dire. "Une histoire, mon histoire. Universelle, banale. Mon histoire, notre histoire", tel commence ce disque solennel d’à peine six véritables morceaux.

Michel Cloup y est à vif. Les thèmes sont lourds : l’enfance, le deuil, la dépression, la douleur, la fatalité, le tout avec un regard quadra mélancolique à souhait. Sans jamais verser dans le pathos, avec peu de mots et en imageant comme un poète, Michel Cloup frappe sec et fort sans chichis. "Expliquer l’inexplicable, pour accepter l’inacceptable" lâche-t-il dans "Cette colère", premier coup de force du disque. Un de ces je ne-sais-quoi qui laisse des frissons sur son passage, entre rage et amour.

Sa guitare est son autre grande force. Typiquement américaine mid-90’s côté Slint et Shellac. Des soli juste comme il faut et un son écorché mais précis qui s’étend sur de relativement longs morceaux. Sommet du disque, et meilleure chanson de l’année pour moi, "Notre enfance" reflète en cela tout ça. Il y a tout. La longueur (12 minutes), la présence, les breaks, le sens, la charge émotionnelle, l’histoire. Notre histoire.

En bref : pesant et dépouillé, Notre Silence est un regard unique sur la vie, d’un classicisme et d’une sobriété folle. Un soleil noir.





Le site officiel

"Cette colère" :





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19 décembre 2011

Keren Ann - Espace Julien- Marseille (17/12/11)

Madame Nickx et moi nous sommes fait une spécialité des "dernières" ; c'est donc à l'Espace Julien qu'accompagnés de Nickx Junior, nous avons rendez-vous avec Keren Ann pour l'ultime date de sa tournée 101 ; mais revenons aux préliminaires.

De Daho à Bashung

Combien, à part votre serviteur, auront reconnu l'accompagnatrice de Doriand (avec un "D"), support artist de la jolie franco-néerlandaise ? Car il s'agit bien en effet de l'ex-meneuse des cultes et très délicats Valentins qui officie à la guitare folk, seul oripeau instrumental du mini-set, si ce n'est le tambourin agité frénétiquement en final des morceaux par le chanteur dandy.

Lequel ne se prive pas de rappeler (merci à lui) les exceptionnels états de service d'Edith Fambuena en variété pop française (de Daho à Bashung, en passant par.......à peu près tout le monde) qui, bien qu'abîmée par les années, n'a rien perdu du charisme qui avait fait d'elle l'ex-égérie de la nouvelle vague gay romantique du début des 90's.

Et à la vérité, c'est presque d'elle dont on le plus envie de parler, plus que de Doriand, au demeurant chanteur néo-réaliste aux histoires drôles et tendres, jamais très loin d'un Renan Luce, et sans doute plus attachant que toute la cohorte d'affreux Benabar de la terre !

Louise Brooks, Mireille Mathieu et Carla Bruni

Place à Keren Ann dans une salle qui c'est un comble, ne l'est pas, avec le parti gonflé de lancer le set après avoir balancé le title-track lancinant de 101, juste avant de monter sur scène. En formation resserrée, la belle Keren a donc décidé d'abandonner la très discutable coupe de cheveu à mi-chemin entre Louise Brooks et......Mireille Mathieu qu'elle arborait sur la superbe pochette du dernier album.

A présent, sa silhouette moulée dans le cool d'un fut moulant et de la veste rock'n'roll de rigueur, évoque davantage une Carla Bruni branchée, et c'est tant mieux.

Le groupe de 4 musiciens, particulièrement efficace propose batteur, sosie de Sinclair à la basse, clavier et ô joie rien de moins que Philippe Almosnino, échappé des Wampas, dont le jeu virevoltant insufflera à "Sugar Mama" et certaines vieilles scies telles "It Ain't A Crime", une seconde jeunesse. Keren, d'humeur très accorte, fait de longs commentaires sur les chanteurs peints sur les murs de l'Espace, se félicitant de figurer aux côtés de Dee Dee Bridgewater et s'autorisant une saillie réitérée envers Booba et Diam's, qu'elle se désole (?) de ne pas côtoyer (LOL).

Son maousse, voix diaphanes...

Un sobre éclairage aux tons violets sied particulièrement à la mélancolique et magnifique "Strange Weather" qui lance les hostilités. Le son est maousse, la voix en pâtira d'ailleurs parfois, mais ça n'est pas grave. C'est à un véritable best-of de sa déjà conséquente discographie que convie Keren ; tous les morceaux qui comptent seront joués, avec une part belle faite évidemment à 101. Dont les morceaux de bravoure hormis la chanson-titre, sont tous interprétés. Nos préférés ? Outre la chanson d'ouverture, un très beau "You Were On Fire" délicatement saupoudré de Theremin, et sur lequel Keren évoque feu Trish, la chanteuse des hélas méconnus Broadcast.

Ca n'est d'ailleurs pas le moindre des mérites de la muse néerlandaise que d'évoquer les voix diaphanes les plus prisées des années 90/2000 ; on pense aussi à l'adorable Hope Sandoval sur "All the Beautiful Girls" et la rêveuse "Song From A Tour Bus".

Traitement club...souvenirs feutrés

Si l'on devait retenir une caractéristique de la prestation de Keren Ann ce samedi, c'est l'absence de faute de goût, tant dans le choix de ses accompagnateurs ; qu'il s'agisse de ses propres musiciens ou de la première partie. Ou de façon plus subjective, de celui du répertoire interprété, qui atteint son apogée après le rappel.

Auparavant la tant attendue et tourbillonante "My Name Is Trouble", jouée en 12ème position aura droit à un traitement club : après un début classique, ce ne sont que guitare funky et basse slappée étirées sous de roboratifs stroboscopes, avec faux départs, vrais redémarrages, et Keren qui prend la pose oiseau de nuit sur le dance-floor !

Feu d'artifice final, les deux plus beaux titres du fantastique Not Going Anywhere (2003), le morceau-titre bien évidemment, et aussi le grandiose "Sailor And Widow" (ma préférée entre toutes), où la voix de Keren -qui officie derrière la batterie pour l'occasion- n'a jamais tant évoqué nos souvenirs feutrés de la grande Suzanne Véga.

Vivement le prochain album !

"Strange Weather" en ouverture du concert



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17 décembre 2011

Korallreven - An album by Korallreven (2011)

Que l’on appelle ça chillwave ou que l’on ne l’appelle pas, on ne peut que constater que nous avons ces dernières années été submergés par une vague de disques jouant avec les ambiances aqueuses et aériennes, en entrelaçant boucles électroniques, notes de synthé et voix éthérées. Les premiers disques reçus, inattendus et révélateurs (je pense notamment au seul, unique, et sublime EP des suédois d’Air France), semblaient tomber du ciel, portés par le vent. Objectif manifeste : créer du beau. Et amener l’auditeur à se détacher des lois de la pop et de la pesanteur. Seulement voilà : en lisant la presse, on aurait pu croire que 2011 allait être l’apogée du genre. Or, que j’écoute, simple exemple, Washed Out ou Neon Indian, je ne pense qu’une chose : Pffff. Comme un ballon qui se dégonfle, et qui échoue platement dans l’océan. Où les vagues perdraient de leur fluidité à force de courants contraires. Où dans « flotter » j’entends « flotch, flotch ». C’est pourquoi je suis heureux, en cette fin d’année, d’entendre un disque enfin accomplir ses ambitions élémentaires et oniriques. Cela n’étonnera personne, il vient de Suède. Il s’appelle An album by Korallreven. Et aux commandes, on note la présence du claviériste de The Radio Dept, groupe dont on ne vante plus les qualités.

On a beau reprocher aux journalistes de vouloir créer des genres out of the blue, tout concourt, sur cet album de Korallreven, à définir un canon, en accumulant des éléments devenus caractéristiques comme autant de figures imposées. On a ces références aux contrées exotiques (Korallreven signifie « récif de corail ») et fantasmées. Et surtout, on a ces grandes envolées lyriques et ce savant collage réverbéré de voix humaines, de bruissements naturels, de sons synthétiques et de boucles électroniques, si bien que l’on pense autant à Brian Eno qu’à The Avalanches. Et quand je dis savant, je ne pense pas nécessairement à une maîtrise métronomique manifeste ou à une précision d’artificier. Non, il s’agit ici de réussir à superposer les strates de sons pour leur donner une apparence accidentelle, à imiter les mouvements naturels, à donner l’illusion d’une musique dépendante des courants de l’air et des courants de l’eau. L’impression de flottement…

Et si Korallreven réalisent mieux que d’autres leurs ambitions impressionnistes, c’est parce qu’ils ont envisagé leur album comme un tout, brouillant non seulement les lignes à l’intérieur des morceaux, mais aussi entre les différentes pistes. Si bien que l’on ne sait jamais vraiment où l’on en est : ne cherchons pas, on est transporté. Le disque terminé, reste une impression d’avoir quitté l’espace et le temps, sans parvenir à définir ce que l’on vient d’entendre : la sensation d’avoir rêvé. On se souvient d’une entrée en matière céleste et épique, sur deux morceaux encore à peu près identifiables. On se souvient aussi des voix de Victoria Bergsman (Taken by Trees) et Julianna Barwick. Puis il semblerait que l’on se soit laissé capturer, emporter dans une série de rêves imbriqués les uns dans les autres : « A dream within a dream within a dream within a dream » : cette voix résonne encore... On se souvient d'échos qui semblaient se répondre et se répéter d’un bout à l’autre du disque, comme si la musique créait des espaces qui se dépliaient et se repliaient sur eux-mêmes, à l’infini… Et lors des dix dernières minutes, celles qui précèdent le réveil, on se souvient avoir entendu le tempo ralentir, tandis que les espaces se multipliaient ; il s’agissait pourtant d’une seule et même plage, puisque, dans le trouble et le doute, on aura vérifié… Écoute après écoute, d’autres souvenirs refont surface. Les autres restent enfouis sous des strates encore inexplorées, attendant que l’on replonge pour les chercher.

En bref : un album de chillwave, impressionniste, séduisant, électronique, complexe, aérien, onirique, délicat, inspirant, exotique.





Le Myspace et le Soundcloud

"As young as yesterday":



Et "The truest faith":



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