17 septembre 2019

Taxi Girl - Seppuku (1982)

A l'origine il étaît prévu qu'une lame de rasoir ornât la somptueuse pochette de Jean-Baptiste Mondino. Ceci sans doute pour être raccord avec l'esprit jakuza et le mood mortifère de l'unique album de Taxi Girl.
Las la censure et plus prosaïquement les risques d'endommagement pour les disques voisins dans les bacs ont eu raison de cette lumineuse idée. Ne resterait donc que la geisha et son sabre.

Lorsque ce premier album de l'hydre à trois têtes (Daniel Darc - Laurent Sinclair - Mirwais Stass) est écrit au début des années 80, le groupe français qui a connu un succès phénoménal avec les simples "Mannequin" et plus encore "Cherchez le garçon" est paradoxalement au bord de l'implosion. Le bassiste qui ne s'entendait avec personne et dont le look était nié par la bande s'est tiré - plus aucune trace de Stéphane Erard - Pierre Wolfsohn batteur de son état est décédé d'une overdose. Le groupe ne peut plus se voir, les relations sont particulièrement tendues entre Laurent et Mirwais, la bande splitte toutes les semaines, Alexis le manager est de moins en moins fiable et la poudre fait bien sûr des dégâts.
Dans ces conditions et avec une section rythmique décimée, comment envisager un sequel ?

C'est sous la férule de Jean-Jacques Burnel qui s'est notamment lié à Laurent Sinclair et l'a pris sous son aile que le trio survivant va panser ses plaies et enregistrer aux côtés de Philippe Le Mongne (basse) et de Jet Le Noir (batterie...en fait Jet Black, batteur en chef des Stranglers) son unique LP. L'album bénéficiera d'une sortie en Angleterre dans la langue du pays hôte, avec la tournée outre-Manche qui s'ensuit. Les trois membres fournissent à part égale le matériel pour le disque, si l'on excepte le funèbre "Avenue du crime" qui est le fruit d'une collaboration antérieure entre Fred Chichin et Laurent Sainclair.
Toute sa vie Daniel Darc détestera ce disque qui fait la part belle aux claviers et fait bien plus qu'évoquer le son mid-eighties des Stranglers, bien que les deux groupes aient toujours eu une identité bien distincte. Lui rêvait de distortion, de dissonances en fan avide de Coltrane, des Stooges et de country-blues rêche. Or son rêve ultime qui est sans doute de donner au rock français un équivalent pop de Blue Öyster Cult est vite mis à mal. Les guitares de Mirwais hors chorus sont noyées dans le mix. L'album produit par Burnel, sans aspérités, sonnera somme toute assez sage.

Pendant que dans l'Hexagone Indochine son véritable challenger pop n'en finit plus d'usiner ses hits hédonistes et dansants, Taxi Girl donne ainsi dans le mortifère. Il pourra être reproché à Darc le maniérisme traînant et désinvolte de son chant. Pas d'être un parolier à l'accroche déterminante ("Avenue du Crime / Les bottines jaunes revivent / Sous les pantalons straight" ) qui fait bien sûr écho à la judéité des membres de TG. Sur "Viviane Vog", signée.....Viviane Vog, l'un des alias de Daniel, il est vaguement question d'amours contrariées sacrifiées - Darc est ouvertement bisexuel
Pour le reste, de drôles d'histoires d'enfermement avec toujours cette thématique asiatique ("Musée Tong"), les hymnes que sont ces singles parfaits (" Les armées de la nuit", "La femme écarlate").
Sur ce dernier titre, une génération d'auditeurs aura patiemment flingué ses diamants pour jouer à l'envers l'outro menaçant censé dévoilé une prière païenne.

En vain. "La femme écarlate" resterait hermétique à la fonction Reverse de nos Audio-Technica.
Et  Seppuku de garder pour toujours inviolées ses intentions cabalistiques.

En bref : forcément le disque pop français d'une génération quand il n'y avait pas d'autre choix entre cela ou Starshooter, Telephone et autre Bijou. D'une noirceur indomptée.





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14 septembre 2019

Blood, Sweet And Tears - Child Is Father to the Man (1968)

Blood, Sweat And Tears est de ces groupes que l'on respecte et auxquels on ne peut guère reprocher le manque de musicalité ou de savoir-faire. Pourtant on les cite rarement, oublieux de leur virtuosité, de leur art de la reprise.


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28 août 2019

Silver Jews - American Water (1998)

Voilà déjà deux semaines que le couperet est tombé, David Berman - tête pensante du groupe américain Silver Jews - a été retrouvé mort à 52 ans, pendu dans une chambre d'hôtel de New-York. Le choc. La liste de mes idoles suicidées n'en finit plus de s'allonger (Elliott Smith, Sparklehorse, Vic Chesnutt, Gravenhurst, Jay Reatard...), de quoi sérieusement se remettre en question. Qu'aime t-on tant chez les artistes inadaptés ? Où commence le voyeurisme ? Le talent est-il proportionnel au nombre d'addictions ? Pourquoi ? Et à chaque fois l'occasion, comme s'il en fallait une, douloureuse, de se replonger dans leur discographie, pour essayer de comprendre.


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24 août 2019

Suzanne Vega - 99.9F° (1992)

Elle a bien changé la jeune femme aux courbes efflanquées de l'impérial premier album, sommet folk des eighties (Suzanne Vega - 1985). D'une adolescence ballotée où elle devait faire le poing pour se faire respecter dans le quartier hispanique de Harlem, de ce père absent qui lui inspirerait pourtant les mots si matures de son premier essai épatant, on la retrouvait quelque 10 années plus tard épanouie et donnant un second souffle à sa carrière discographique.


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27 juillet 2019

Midi Festival - Hyères (26/07/19)


Contre vents et marées et face à la multiplicité de ses concurrents, le Midi Festival de Hyères perpétue sa mission de défricheur musical. Sur le très beau site archéologique d'Olbia et face à la mer, l'édition 2019 ne faillit pas à règle. Et pour sa deuxième soirée offre un casting the next big thing qui en jette.


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03 juillet 2019

Arab Strap - Philophobia (1998)

Atteints de philophobie nos écossais ? Cette drôle de terminologie qui en psychanalyse désigne la peur panique de tomber amoureux et tous les subterfuges qui en découlent pour y échapper est l'intitulé du deuxième album des Glaswegians d'Arab Strap.


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28 juin 2019

The Specials - Encore (2019)

Ils ne se sont évidemment pas cassés pour le titre de leur album qui fait en plus écho à leur More de 1980. Pas plus que sur le visuel mornement gris à peine rehaussé d'un lettrage embossed. Mais l'essentiel est ailleurs : 29 ans après leur dernier morceau de bravoure, les Specials sont de retour.


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17 juin 2019

Novalis - Banished Bridge (1973)

Cousins d'écurie de Neu!, Amon Düül, Jane, Cluster, Klaus Schulze ou autre Guru Guru au sein du remarquable label Brain, le groupe de Hambourg est généralement le laissé pour compte du krautrock.


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11 juin 2019

Fontaines D.C. - Dogrel (2019)

Au commencement était Fontaines. Et derrière ce curieux nom français hommage au personnage de Johnny Fontane (Le Parrain), un drôle de quintette qui ne recélait pas moins de deux Conor. Pas de doute, cette nouvelle coqueluche du rock indé anglophone était forcément irlandaise. Après deux singles d'after punk brut de décoffrage ("Liberty Belle" et "Hurricane laughter"), les cinq membres de Fontaines originaires de Dublin allaient accoler l'acronyme de leur ville à leur nom : Fontaines D.C. était né.


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05 juin 2019

Luc Cousineau - S/t (1976)

Le répertoire québécois a cela de bien qu'il ne cesse de nous surprendre, pour qui sait par où le prendre. D'aucun auraient passé leur tour devant cet artiste, plutôt confidentiel dans nos contrées, mais véritable star chez nos cousin d'outre Atlantique. Comme avec Rêve Et Amour de Johnny ou L' Interrogation de Dick Rivers, on se trouve ici en présence d'un album à part dans la carrière d'un chansonnier finalement assez classique. Un disque presque inconnu aussi là bas, que s'arrachent (un seul pressage vinyle ever, pas de cd) quelques initiés férus d'albums d'albums transgenres, à la frontière de la library music, d'une liberté créatrice débridée.


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03 juin 2019

#TINALS 7ème édition - 30/05, 31/05 et 01/06 2019

Grian Chatten (Fontaines D.C.)
courtesy of Catherine Biasetto

Le chiffre 7 n'est pas que magique ; il est aussi symbolique. D'un virage à 180 degrés pris par l'emblématique festival nîmois. Exit le côté bling bling de têtes d'affiche bien installées qui lui avaient été reprochées lors de la précédente édition. Et si l'on déplore une représentativité moindre des artistes black soul jazz et une orientation pop indé affirmée, force est de reconnaître que ce faisant, le TINALS renoue avec la ligne éditoriale de ses débuts.
Que s'est-il passé pendant ce très chaud pont de l'Ascension ?


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30 mai 2019

Morrissey - California Son (2019)

En ces temps de bienséance hystérique et de hashtags vengeurs, la pensée unique met l'art sérieusement à mal. Les no-lifers de 2019 qui reprochent leurs idées sociétales et politiques à des artistes en oublient justement qu'ils sont artistes et doivent avant toute chose être appréhendés à l'aune de ce qu'il créent.


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24 avril 2019

Dick Rivers - L ? (1969)

DICK RIVERS (1946-2019)

Fascinante cuvée que cette incroyable année 1969, qui offrit des grands disques connus ou inconnus, à la pelle. Etonnant aussi ce chiffre sept, très souvent vecteur de certaines oeuvres majeures dans les discographies (liste à disposition).

Dick Rivers en est donc déjà à son septième long format lorsque paraît en 1969 ce très curieux disque qui sera complètement boudé par le public ce qui lui confèrera un statut d'album culte des années plus tard.


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22 avril 2019

Love Letters Festival - Collection Lambert (Avignon) - 18, 19 et 20/04/19

courtesy of Sami Mehaddi

Le Love Letters Festival deuxième du nom s'est achevé ce week-end dans l'écrin de la Collection Lambert à Avignon. Au menu 9 groupes et artistes répartis sur 3 soirées - c'était la nouveauté de cette année que l'ajout d'une journée de festivités.


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18 avril 2019

The Brian Jonestown Massacre - S/t (2019)

Lorsqu'il ne se complaît pas dans d'interminables jams psychédéliques et ne commet donc pas ces logorrhées sonores que sont au hasard ses derniers albums hormis le récent Something Else, Anton Newcombe sait à nouveau se montrer excitantt.


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