05/07/09

Ghost - Freedom of thought (2009)

Comme le disait à juste titre Dave, le hip hop britannique ne traverse pas actuellement sa période la plus faste et prospère. Et à quelques exceptions près, le versant instrumental du genre n’est guère plus épargné que sa facette rap. Aussi voit-on notre plaisir décuplé lorsque, ponctuellement, un artiste parvient à se sortir de la nasse. Ainsi en est-il du producteur et Dj londonien Ghost. Après un premier disque extrêmement bien reçu – Seldom seen often heard en 2006 – le dénommé Simon Williamson récidive avec Freedom of thought, sorti il y a quelques mois sur le label rosbeef Breakin’ bread.

Avec ses plages instrumentales finement ciselées et variées, ses rap percutants aux délicieux accents brit’ et ses éclairs jazzy, Ghost ne met pas trois plombes à nous convaincre de la qualité de ses productions. Dj expérimenté et remixeur chevronné, souvent comparé à DJ Shadow ou J Dilla, le garçon a indéniablement plus d’une corde à son arc et a accumulé avec les années une bonne somme d’inspirations. Lignes de violons épiques, guitares wah wah à la coule, basses funky libineuses, arpèges de piano épurés, incursions de saxo ou de phases electronica, l’éventail est large et plutôt goûtu. Avec tout cela, il en devient difficile de distinguer un titre plutôt qu’un autre et l’on se laisse bercer par les sonorités feutrées et minutieusement sculptées du britannique, entrecoupées çà et là de titres rappés par ses camarades anglish Verb T, Finale ou Dubbledge.


Parmi les 18 titres en présence, on peut néanmoins retenir le morceau « Return journey », son vague à l’âme de piano et ses basses titanesques. La comparaison avec DJ Shadow prend ici tout son sens. En effet, les deux hommes semblent partager un même don pour tisser des ambiances abyssales et concocter de fluides mélodies sur fond de beat hip hop. L’orchestration est riche et d’une totale pureté. Ghost nous gratifie même d’un très rock et héroïque solo de guitare.

« Elevate » et sa coulée de sons digitaux féériques, peut donner une autre preuve de l’étendue du talent du garçon. Le blanc-bec Jehst s’en donne à cœur joie et fait résonner son rap british gouailleur – je ne me lasserai jamais de ce délicieux accent - sur les lignes scintillantes et atmosphériques du Dj. La production est impeccable, c’est en plein dans le mille !

De nombreux titres, pour ne pas dire l’essentiel des titres, démontrent les qualités de composition du Britannique. Sans originalité démente et sans grain de folie il faut le concéder, il déroule un album plein, ambiancé et propice aux divagations, où la morgue de ses invités rappeurs le disputent à ses vapeurs musicales réglées comme des horloges.

En bref : Dans la catégorie des faiseurs de beat hip hop voilà un homme sur qui il faudra compter. Pour son deuxième album, le Londonien Ghost signe un disque dense à l’instrumentation pléthorique. Du beau boulot, à ne pas ignorer.





Le myspace de Ghost

Le site web de Breakin’ bread

A lire aussi : Speech Debelle – Speech therapy (2009)

Un mix de 30 minutes de Ghost ici.

L’album en streaming.


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Sonic Youth - The Eternal (2009)

Sonic Youth le groupe, serait donc plus important que ses disques. A bien y réfléchir, ce pourrait être la formule idoine pour résumer la carrière atypique et parfois controversée du quatuor new-yorkais. Car finalement, y a-t-il dans la discographie foisonnante du combo bruitiste un disque, une période qui se détachent véritablement ? A tout le moins, l'album qui mettrait tout le monde d'accord ?

Les connoisseurs ont tendance à citer Daydream Nation (1988), album inécoutable s'il en est ; et pourquoi pas Sister, d'ailleurs, issu de la même époque (1987) ! Il y a aussi les adeptes de la période plus produite, plus léchée, qui inclut Goo (1990) et Dirty (1992), choix pertinent évidemment... pour ma part, j'avouerai une préférence pour Washing Machine (1995) et A Thousand Leaves (1998) ; on le voit, on n'en sort pas !

Alors pourquoi nous faire croire que cet album, le 16ème en studio, pourra être celui qui mettra tout le monde d'accord, au moment où Sonic Youth délaisse, après un long partenariat, la maison Geffen fourre-tout pour la plus indie-rock Matador de leurs camarades de jeu, les brillants Yo La Tengo ?

Parce qu'on en revient à un son plus carré, moins bêtement lo-fi, façon Goo ? Hmmm....pas suffisant ! Car si ce nouveau disque n'est pas moins bon (ou plus mauvais) que Murray Street (2002), Sonic Nurse (2004) et Rather Ripped (2006), les trois derniers albums avec Jim O'Rourke (qui a quitté le navire depuis), il n'a pas de quoi leur en remontrer non plus !

Car franchement, que nous apprend The Eternal ? Que Steve Shelley est un excellent batteur, c'est même le musicien le plus convaincant de la bande ; mais ça, on le savait déjà ! Il a le mérite de le prouver une fois encore sur "Sacred Trickster" et "Anti-Orgasm" qui ouvrent tous deux l'album sur les chapeaux de roue. Mais dès "Leaky Lifeboat", c'est la cata : on a droit à des "la-la-la" du couple Thurston/Kim qui, on s'en doute, feront moins date que ceux de Ira et Georgia (Yo La Tengo), comprendre qu'on les fredonnera moins volontiers sous la douche !

Alors, bien sûr, il y a la rythmique qui bastonne, les guitares qui cisaillent et s'entrecroisent sur des "Antenna" ou "No Way" qui doivent beaucoup aux chevauchées électriques du Crazy Horse du Loner ; mais enfin, il faut quand même s'envoyer un nombre de morceaux parfaitement anodins, quand ils ne sont pas pénibles ("Massage The History", soi-disant le sommet du disque, faudra qu'on m'explique !?) avant de tomber ENFIN sur une chanson mémorable, façon "Kool Thing", "The Diamond Sea", ou un "Karen Coltrane" d'antan, et c'est ce formidable "Walkin Blue" et son épatante mélodie binaire, que Lee Ranaldo (pas fou) s'octroie !

Et là Sonic Youth de rappeler, qu'au-delà du groupe arty prise de choux qu'il peut être aux yeux de ses détracteurs - voir à ce sujet l'article manquant de finesse du pourtant excellent Ungemuth dans le R&F # 503- il sait incarner aussi ce band humble qui, en oubliant de désaccorder ses guitares, compose des chansons pop parfaites. Fait d'armes devenu rare chez SY, et qui tend au syndrome slow hand : les anglophones onanistes comprendront !

En bref : pourquoi s'embêter à des formats de 4,5' bien écrits, et qui flattent l'oreille ? Quand on peut se complaire dans d'interminables morceaux où l'on s'écoute jammer sans direction? Tel pourrait être l'adage Sonic Youth. Qui, sans s'en référer au son, sait pourtant disposer d'un trio de compositeurs crédible !




le site, le Myspace

La video de "Sacred Trickster" :


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04/07/09

DatA - Skywriter (2009)

Il y a des disques dont on attend peu de choses, tel était le cas du premier album de DatA. Certes, le Parisien avait fait amende honorable l'an passé avec Rapture, un très joli maxi façon flashdance, truffé de synthétiseurs et éminemment grisant. Mais qu'augurer de la fatidique épreuve du format long et de toutes les qualités qu'elle requiert ? A vrai dire, je voyais déjà venir au large le ratage et la galette irritante du fluokid éphémère – le pléonasme. Que nenni, le jeune homme s'en sort avec un certain brio et laisse entrevoir par moments quelques fulgurances de transe électronique rondement ficelées.

Presque sans surprise, on retrouve sur Skywriter tous les penchants musicaux du garçon entrevus sur ses précédentes productions, certains titres provenant par ailleurs directement de ses EP antérieurs. Les vannes des eighties sont grandes ouvertes, le déferlement de synthé est continu et les breaks de guitares électriques au rendez-vous – souvenez-vous du solo de “Rapture”. Mais il y a un peu plus chez ce DatA, une sorte d'effronterie et d'absence de complexe rendant ses compositions directes et réellement prenantes.

David Guillon, puisqu'il se nomme ainsi, oscille entre plages électro vocales groovy, “One in a million” par exemple, et tracks électroniques pures dans la droite ligne de ce qui a pu se faire en France depuis les incontournables Daft Punk jusqu'aux affreux Justice. “Nightmare” étant à ce titre la synthèse des influences de ces deux groupes repères. On en vient ainsi par moment à se dire qu'au final la veine n'était peut-être pas tarie par la nausée de basses séquelles engendrées depuis des années dans le sillage du duo versaillais. En effet, DatA tire son épingle du jeu et parvient à plusieurs reprises à nous faire décoller. Ce qui n'est déjà pas si mal pour un disque dont on n’attendait rien, vous en conviendrez.

Pour ce faire, il nous balance quelques très belles plages instrumentales – que je préfère nettement aux titres vocalisés – plutôt raffinées et envoûtantes. Pour ouvrir l’album, « Verdict » nous embarque dans une odyssée mélancolique entêtante introduite par quelques fines notes de piano classique et mise sur orbite par de pénétrants synthé moroderiens. Dans le même genre, « Renaissance theme » est tout aussi efficace et érectile. Le ton est ici plus héroïque et magistral mais l’ivresse synthétique est bien là. On notera par ailleurs le solo de guitare transi façon hard rock 90’s surgissant au milieu du titre.

Si l’on ajoute à cela un « Electric Fever » aux basses rebondissantes façon Mylo et une kyrielle de titres électro-pop bien foutus – « Skywriter » et « So much in love » notamment – on obtient au final un album plus qu’honorable qui nous poussera sans aucun doute à surveiller de près les prochains faits d’armes du jeune Parisien. To be continued…

En bref : Vous l’aurez compris, voilà un disque que l’on n’attendait guère mais qui se révèle une belle surprise. Certes pas révolutionnaire, DatA tient cependant la distance et nous réserve quelques envolées jouissives d’électro vintage. Amateurs de synthé 80’s, vous allez être servis…




Le myspace de DatA

A lire aussi : DatA – Rapture EP (2008)

L'album en streaming : DatA - Skywriter


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03/07/09

The Young Gods - Only Heaven (1995)

A la sortie de ce 4ème LP, The Young Gods, trio suisse francophone, qui a connu son heure de gloire indé avec The Young Gods (1989) et L'Eau Rouge (1991) notamment, est un peu dans l'impasse. Comment renouveler son fonds de commerce, poursuivre dans d'autres voies, sans pour autant renier ce son bruitiste métalleux qui a participé à son succès ?

Réponse : en adoucissant le tempo, et en courant le risque après quelques déflagrations soniques de premier ordre, d'arrondir les angles en proposant sur quelques plages ambient finement troussées, quelques unes des plus belles mélodies de sa discographie.

La première face sera donc résolument martelée, délivrée à grand coups de percus entrechoquantes, de refrains hurlés, de stridences ultra-sonores (les aiguës infernales de "Speed Of Night"), tandis qu'un "Strangel" métallurgique s'est abattu avec fracas sur les oreilles de l'écouteur maso mais consentant. Notons au passage ce sens du titre-tiroir et de la métaphore délicate , après le "She Rains" extrait de leur T.V Sky (1992).

Trance technoïde donc sur ces titres, qui ne donnent ni plus ni moins que dans du Young Gods classique, et néanmoins très réussi, qui sait durcir le son sur le très long et -forcément- trippant "Moon Revolutions", soit un déluge obsédant de 16 minutes de rythmiques abrasives !

Le gros oeuvre, continue en face B, mais à l'exception du colossal "Kissing The Sun", devenu par la force de l'évidence un titre de bravoure live, -déjà cette déclaration d'intention, après le kiss the sky d'Hendrix !- toute la musique va désormais lorgner du côté de l'ambient pop plus posé d'un Eno.

Preuve en sera donnée quelques mois plus tard avec un album de remixes, pertinemment intitulé Heaven Deconstruction. Et on ne serait être plus clair sur le contenu incroyablement planant de cet avatar.

Ainsi, "The Dreamhouse", qui est construit sur un tempo aquatique constitue-t-il l'idéal contrepoint à la furie de "Kissing The Sun" : vocaux d'abord murmurés, ambiance sourde qui grandit jusqu'à l'éruption finale. "Lointaine" et ses volutes ambient poursuit sur cette option rassérénée, avec toujours ces lyrics faits d'étrangeté, ("Lointaine/Où étions-nous ?/ Quand la vie se fit belle"). Le calme après la tempête.

Le dernier titre est d'ailleurs remarquable en ce qu'il imprime cette accalmie bienfaitrice au disque et redéfinit avec bonheur une orientation acoustique qu'on ne connaissait guère chez les Young Gods : c'est la très belle ballade "Child In The Tree", que l'on peut jouer, guitare en main et sans artifice ; c'est assez rare pour être signalé, dans l'univers urbain et sombre du trio. Et au delà du timing sans faille destiné à clôturer l'album... c'est juste le paradis !

En bref : un disque helvète underground de référence. Où de jeunes dieux pleins d'allant osent défier -et battre à plates coutures- Nine Inch Nails sur son terrain. De la poum-poum tchak aux mélodies non dénuées de classe ! Un classique.




le site off, le Myspace

"Kissing The Sun":



"Lointaine":


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02/07/09

Anjali - The World Of Lady A (2003)

Anciennement activiste chez les Voodoo Queens, la sculpturale pakistanaise, DJ de son état, et un temps go-go dancer chez les Cramps, livrait en 2003 son deuxième LP. Sous une très jolie pochette chamarée, die-cut sleeve s'il vous plait, et dont le médaillon offre les courbes enchanteresses de la miss sous une robe de mère Noël que l'on devine très accorte !

Bref, cette musicienne adepte des sons vintage offre dans ce disque là un savant cocktail d'hymnes à danser, sous une rythmique louchant vers le trip-hop, mais qui n'ignore en vérité rien des hymnes easy listening les plus langoureux des meilleurs scores seventies. Guitares réverbérées en diable limite surf, soupirs alanguis, sitars invitant au jerk le plus torride ("Stinging Sitars X 9" la bien nommée, offerte en sus de l'album), et la charmante voix de tête de Anjali qui évoque de loin une Beth Gibbons qui aurait enfin décidé d'être expressive ! Avec "Turn It On", on a également à faire à un autre instrumental tonitruant qu'on eût tout aussi bien pu trouver chez un John Barry ou un Lalo Schiffrin millésimés.

La reverb, on la dit, claque particulièrement dès les premières intros du disque, on pense bien évidemment à "Misty Canyon" et à l'irrésistible "Asian Provocateur" (quel titre !) sous fond de bidouillage de bruits de jouets. Quant au single "Seven X Eight", le mot tuerie paraît le plus approprié -les anglais le qualifieraient d' "infectious"!- tant il y a quelque chose de contagieux dans cette mélodie tourbillonnante. Mais tous les titres ne sont certes pas endiablés de la sorte !

Et en comparaison, les titres plus doux, mélanges d'exotisme et de groove ("A Humble Girl", "Sati") soutiennent moins la comparaison, même si le dulcimer mélancolique de "Hymn To The Sun", qui n'est pas sans évoquer le classique "The Persuaders" de Barry accroche carrément !
Ainsi, la très cheesy "Rainy Day" est une invitation à un corps à corps... moite, langoureux à souhait, mais je mets au défi tout mâle, y compris Emmanuel, de rester de marbre face à cette avalanche de synthés dégoulinants et ces râles implorés de la belle !

De tout ce florilège où on le voit, le passable ne le dispute que très rarement à l'excellent, ma préférée demeure sans conteste "Ain't No Friend" (tu parles, on va te croire !) qui résume assez bien à elle seule le son du disque, sexy, vaporeux et groovy.
Attention, car après un trop long silence, le nouvel album d'Anjali est à paraître cette année !

En bref: un miracle de féminité susurrée qui, sous un enrobage de rythmiques des plus sexy, fait la part belle aux ambiances instrus vintage. Il y a là l'esprit mutin des plus aventureuses des égéries 60's, le tout sous une production circa Bristol early eighties. Savoureux.



le site, le Myspace

L'album, avec "Ain't No Friend", en streaming

"Stinging Sitars X 9" :

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Speech Debelle - Speech Therapy (2009)

Voilà peut-être l’album qui va relancer le hip-hop britannique, qui à quelques exceptions près (Roots Manuva, The Streets...), n’est pas dans la période la plus prolifique, ni la plus faste de son histoire. A 26 ans, Speech Debelle livre un premier disque en forme de journal intime qui détonne fortement dans l’univers égotrippé et bling-bling du hip-hop. Et s’il est rare de parler d’humilité et de douceur au sujet d’un artiste du genre, la rappeuse de South London mérite largement ces qualificatifs. Dès les premières notes de guitare acoustique de “Searching”, il ne fait aucun doute que nous tenons là un album particulièrement atypique.

Il faut chercher du côté de Roots Manuva (présent sur “Wheels In Motion”) ou The Herbaliser pour trouver des albums comparables - et encore ! Des instrus très travaillés, sans aucun sample, des ambiances variant de la pop au jazz en passant par le dub, beaucoup de cuivres et de cordes : l’Australien Wayne Lotek a fourni à la jeune femme l’écrin parfait pour ses textes à fleur de peau et son flow léger et articulé. Le piano électrique et les touches d’orgue de “Daddy’s Little Girl” accentuent encore la force émotionnelle de ce titre où Speech Debelle évoque la douloureuse absence de son père. L’un des morceaux les plus poignants reste “Finish This Album”, qui fut le premier à être présenté à Big Dada avant signature. Elle y raconte, avec une sincérité désarmante, ses années de lutte pour faire produire Speech Therapy.

Mais les tracks les plus marquants, musicalement parlant, restent “The Key”, “Searching” et “Spinnin’”. Le premier, qui fait office de single, est une énorme bombe jazzy au parfum légèrement old-school, à laquelle clarinettes et contrebasse confèrent une atmosphère unique. “Searching”, qui ouvre l’album, mêle relents folk et beat saccadé, piano et cymbales pour un rendu ultra-intimiste, comme si la rappeuse nous chuchotait à l’oreille. Enfin, la “hip-pop song” “Spinnin’” (produit par Mike Lindsay de Tunng) se distingue par son refrain jubilatoire, entonné par un choeur enfantin - impossible de se l’enlever de la tête pendant des jours ! Signalons également la présence de Micachu, la valeur montante de la pop lo-fi, sur le très mélancolique “Better Days”. Quelques titres sont un peu en dessous du lot (“Bad Boy”, “Buddy Love”), mais globalement Speech Therapy est un très solide premier album, et Speech Debelle une magnifique découverte.

En bref : un premier essai hip-hop profondément atypique, flirtant avec la pop et le jazz, de la part d’une jeune britannique promise à un brillant avenir.



Speech Debelle - Spinnin.mp3

A lire aussi : Jazz Liberatorz - Fruit Of The Past (2009)

Le Myspace de Speech Debelle
Le site et le Myspace de Big Dada


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01/07/09

Cymbals Eat Guitars - Why There Are Mountains (2009)

En voilà une belle surprise. Au paroxysme de l’indépendance puisque carrément autoproduit, ce jeune (la petite vingtaine) quartet en provenance une fois encore de New-York, Staten Island pour être plus précis, qui sans crier gare, livre l’un des plus beaux ouvrages de l’année. Un groupe, créé depuis 2005, d’abord en duo, pour des reprises sur le campus des meilleurs morceaux de Weezer, et maintenant pour le meilleur du rock indé. On ne va pas se le cacher, Pitchfork a bien entendu encensé l’objet (8.3 quand même) et c’est sous de bonnes augures qu’arrive ce premier album sorti fin 2008 de l’autre côté de l’Atlantique. Joseph d’Agostino (aussi connu comme Ferocious) le lead songwritteur et Matt Miller le batteur sont les deux heureux papas de cette troupe que l’on peut déjà surnommer CEG, et qui risque de vous surprendre par ses côtés imprévisibles.

Pas d’échauffement puisque les six minutes de "And the hazy sea" démarrent très fort. Grosse instrumentation, des voix déjà en furie, des breaks là où il faut, des passages doux, d’autres violents, tout ce qu’il faut en un titre pour résumer leur approche de la musique. Prenez la voix de "Some three", qui rappelle tellement celle de Stephen Malkmus, et ajoutez-y le côté branleur de ce même titre, et vous avez presque là un inédit de Pavement. Mais ce n’est pas tout. Parce qu’ "Indiana" ne ressemble déjà plus du tout à ça. Intro noisy (autre particularité du groupe), voix cristalline perdue dans les réverbs, petit piano Waltz, et un morceau qui explose à mi parcours en sunshine pop à la Flaming Lips (des débuts) avec cuivres Neutral Milk Hotel. De l’emphase oui, mais de l’emphase modeste.

Même "Cold spring" que l’on sent partir mou du genou trouve la force à mi-parcours de partir dans tous les sens, et même de proposer quelques soli. "Share" enchaîne sur un délire shoegaze calme en apparence mais là encore cuivres et cordes viennent relever la sauce au bout de quelques minutes un peu contemplatives. Passons l’interlude "What dogs sea" et "Wind phoenix" l’autre gros morceau de l’album s’engage. D’apparence exotique, il démontre à lui tout seul la beauté mélodique de ces morceaux. M’évoquant par moment les récents The Pain Of Being Pure At Heart, il se renverse également à 2’"30 dans un déluge de cordes électriques détraquées assez jouissives. Les deux derniers morceaux n’augmenteront pas le niveau déjà bien haut de l’ensemble. A noter qu’un nouvel Ep vient de sortir chez le label Transparent cette fois.

En bref : un tri sélectif parmi le meilleur de l’indé 90’s revisité à la sauce moderne par quelques potes de lycée qui s’y connaissent grave en mélodie et en exploits électriques.





A lire aussi : Pavement - Wowee Zowee (1995)

Le Myspace

"Some trees" pour le côté Pavement et "Wind phœnix" en live sur KEXP :


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30/06/09

Concours - Festival Eldorado Music Club au Café de la Danse


En association avec le tourneur P-Box et le magazine Eldorado, le Café de la Danse accueillera le 14 et 15 septembre prochain l’Eldorado Music Club Festival. Au programme si vous connaissez un tant soit peu le mag, des membres de l’élite moderne de la folk américaine à l’ancienne.

Le lundi 14 vous aurez droit à rien de moins que Magnolia Electric Co et son magnifique leader Jason Molina venu présenter Josephine son nouvel album. Plus tôt dans la soirée, le groupe texan Bosque Brown emmené par la songwritteuse Marn Lee Miller, et enfin Julien Pras le frenchy que l’on ne présente plus, actuellement en parenthèse solo.

Le mardi 15 ce sera au tour de Steve Earle, vieux brisquard de la country alternative depuis 1980 et plus de 15 albums, précédé par Tiny Vipers, petit protégé de chez Sub Pop au folk dénudé. De quoi ressortir ses chemises à carreaux deux jours durant.

A cette occasion, Dodb vous fait gagner 2 places pour chaque soir. Pour cela il suffit de répondre avant le 15 août à la question suivante :

Quel est le dernier artiste Sub Pop chroniqué sur Dodb ?

et d’envoyer vos réponses à l’adresse contact@desoreillesdansbabylone.com avec l’intitulé "Concours Eldorado" et le soir préféré. Bonne chance à tous.

Réserver la soirée du 14
Réserver la soirée du 15

Pour vous mettre l’eau à la bouche, Steve Earle interprète "Tennessee Blues" :


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The Diff’rent Strokes - This Isn’t It Ep (2001)

Pour le plaisir (et sans aucun rapport avec Herbert Léonard), je tenais à vous présenter le disque le plus anecdotique du monde, qui je suis sûr vous a échappé, à moins que vous soyez 1. Fan hardcore des New-Yorkais 2. Dénicheur professionnel de perles rares. L’objet de cette chronique pour le fun, vous l’aurez compris, c’est ce disque pastiche (vous reprendrez bien un verre ?), sorti la même année que son original, parodiant trait pour trait le premier (et meilleur) album des Strokes.

Partons du pseudo, car c’en est un. The Diff’rent Strokes, si vous avez grandi en VO dans les années 80/90, c’est le titre de la série Arnold et Willy. Un Arnold que l’on retrouve imprimé en face B du disque (oui, certains ont même poussé le vice jusqu’à acheter le vinyle), en ultime hommage à la sitcom. Mais qui se cache derrière ce pseudo ? Personne ne le sait. Sans doute un mystérieux geek (suffisamment bien entouré pour être édité) qui garde son identité masquée depuis. Les spéculations vont bon train : les Strokes eux-mêmes ? Damon Albarn ? Pulp ? Moi ? Et finalement, who cares ?

La pochette, cela ne vous aura pas échappé, est également un détournement de l’originale, fameuse pour sa main gantée. Ici ce sont Playmobils et Légos les héros de l’histoire. Pourquoi ? Parce que le disque est composé de quatre morceaux (seulement) extraits de Is This It ?, remixés à la sauce Casio / drum machine / guitare. Le résultat est un jouissif assemblage instrumental, presque meilleur que l’original.

En face A, "Last nite" et "Hard to explain" repris au Casio, telles d’exotiques covers en mode easy listening. En face B, l’excellent "The modern age" sous forme de morceau disco 80’s fait main, et un "Is this it" au xylophone artificiel. Passé le côté anecdotique de ce disque destiné à rester dans l’ombre et à faire la joie de ceux qui le connaissent, c’est surtout l’occasion de constater à quel point même moquées et dénudées au maximum, les mélodies de Julian Casablancas restent sublimes.

En bref : 4 titres pour collectionneurs (cd ou vinyle), les Strokes comme vous ne les avez jamais vus, réduits à leur plus simple appareil, et pourtant plus efficaces que jamais.




"The modern age" et "Is this it" encodés par mes soins depuis le vinyle :




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26/06/09

Wolf Parade - Apologies To Queen Mary (2005)

Pourquoi chroniquer ce disque vieux de quatre ans déjà ? Un peu parce que c’était dommage qu’aucune ligne n’ait encore été consacrée à ce groupe canadien sur Dodb, un peu aussi parce que j’ai toujours voulu le faire, mais que j’hésitais avec celui de 2008, A Mount Zoomer. J’ai bien eu le temps de réfléchir, les écouter encore et encore, et même si le deuxième comprend de très bon morceaux ("Call it a ritual", "California Dreamer"), il n’a pas le même impact que celui-ci. En plein dans la brèche entrouverte par leurs voisins d’Arcade Fire et de Broken Social Scene, le quatuor livrait en 2005 un disque très attendu, grâce à deux Ep en état de grâce justement. Un poids sur les épaules qui n’a pas semblé les avoir gênés, même si Apologies To Queen Mary ne révolutionne rien.

Si l’on peut dire une chose sur ce premier album, c’est qu’il est direct. On n’attend pas longtemps avant que commence la première salve de "You are a runner, I am my father’s son", premier hymne binaire qui remplit l’espace sonore, alors qu’en fait ce n’était qu’une intro à "Modern world", morceau typiquement Wolf Paradien, à l’efficacité épique incontestable. Leurs amis Canadiens cités plus haut n’auraient pas fait mieux. Les voix torturées de Dan Boekner (Handsome Furs) et Spencer Krug (Frog Eyes, Swan Lake) s’intercalent à merveille avec les lignes mélodiques ultra répétitives des morceaux, c’est dit, mais ultra efficaces. Apologies To Queen Mary est résolument pop, et annonce sans honte un nombre de hits à faire pâlir n’importe quelle autre formation.

C’est confirmé sur le titre suivant, "Grounds of divorce", qui sans être mon préféré, contient lui aussi d’agréables synthés enragés, et une mélodie pour le moins accrocheuse. Isaac Brock de Modest Mouse est à la production et ça se sent. C’est également lui qui a fait signer le groupe chez Sub Pop, autre gage de qualité. "We built another world" joue lui aussi sur le l’enchevêtrement guitares / claviers, même si je suis moins touché. Trop de bruit finalement. Heureusement, le monumental "Fancy claps" est en suivant. Certes légèrement bourrin, il illustre à merveille la fuite en avant frénétique de certains morceaux. Qui peut rester de marbre face à l’énergie mise en œuvre ?


Très simple dans les compositions, Wolf Parade se contente d’avancer, et de rendre chaque morceau instantané. C’est ce qui peut déplaire, je le comprends. Tout comme les voix qui peuvent par moment rappeler le moins bon de Clap Your Hands Say Yes !. Mais Wolf Parade sait aussi se poser, sur un "Same ghost every night" flottant au gré des breaks. Mais quand je vous disais qu’il y avait des tubes, c’était vrai. Parce que "Shine a light" est juste derrière, et ne fait pas dans la dentelle non plus. Arlen Thompson et Hadji Bakara complètent le quatuor à coup de cymbales et autres chœurs, le groupe parait en place.

Et alors que je voulais vous épargner l’énumération des douze titres, je ne peux m’empêcher de citer encore une fois le titre suivant, "Dear sons and daughters of hungry ghosts" lui aussi parfait avec ses Alala. Heureusement pour vous, les quatre derniers titres, bien que dans l’esprit, ne méritent pas forcément que je m’attarde dessus. M’enfin, huit sur douze cités à comparaitre c’est déjà pas mal.

En bref : simple piqûre de rappel au cas où vous auriez manqué l’arrivée de Wolf Parade sur le territoire indé, cet album pop/ rock à la beauté baroque instantané, remplit jusqu’à la gueule de morceaux tout bonnement jouissifs.




A lire aussi : Fleet Fowes - S/t (2008)

Le Myspace

"Fancy clap" en clip non officiel, le clip de "Shine a light" et "Modern world" pour finir en beauté :



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25/06/09

Blind Man's Colour - Season Dreaming (2009)

Attention gros coup de cœur. Et si je n’ai pas envie de me la jouer découvreur de talent ou annonciateur de hype, je n’ai aucun doute quant au succès qui attend ce duo Floridien encore absent de la sphère web musicale francophone. Découvert par hasard en échangeant quelques mails avec le label Kanine Records responsable entre autres de la réédition vinyle de Horn Of Plenty, premier Lp jusqu’ici rarissime de Grizzly Bear, les BMC’s comme on peut déjà les raccourcir ne sortent pas pour autant de nulle part. Déjà approuvés par Ed Droste et Kanye West (pour ses soirées chill), la paire formée par les jeunes (19 ans !) Kyle Wyss et Orhan Chettri, tout deux copains de fac, est ce qu’il m’a été donné d’entendre de plus original cette année, dans le genre Merriweather like, parce que c’est bien ce dont il est question tout au long de ce premier album d’une maturité déconcertante.

Originaires de St Petersburg, les deux étudiants aidés par Sheridan Willard (le troisième larron) se sont fait connaitre il y a peu en mettant à disposition avec l’accord des intéressés trois covers de Merriweather Post Pavilion. Déjà l’exercice de style bonjour. Comment reprendre des structures si fugaces, si fragiles, dont les limites semblent si vaporeuses, en y ajoutant sa sauce ? Le défi a pourtant été relevé, que dis-je, transcendé tant leurs reprises de "Taste", "In the flowers" et "Brother sport" étaient fantastiques. Le tout bien-sûr, réalisé à l’aide d’un 4 pistes standard customisé au Labtop. Pas de quoi faire siffler les oreilles de Dave Fridmann qui ne devrait pas tarder à jeter son dévolu sur le duo.

Alors certes, on sent des influences. A l’école, c’étaient les Pink Floyd qui tournaient en boucle sur le poste de la chambre universitaire. Maintenant, et comme c’est d’usage, c’est la constellation Animal Collective, Atlas Sound et Grizzly Bear qui doit occuper leurs étagères. Le même son poreux, fluide, effervescent, naïf, intemporel. Pas de mélodie, presque pas de structure, mais un empilage de sons déshumanisés et non identifiables, tous plus étranges les un que les autres, et pourtant si captivants, si hypnotiques. Loin d’être mou ou roboratif, Season Dreaming s’écoute comme un voyage rêveur forcément un peu subaquatique, en apesanteur, entre folk organique et ambiances électroniques. Pour faire court si vous avez aimé Merriweather Post Pavilion, vous adorerez Season Dreaming, à la seule différence près que là où Animal Collective sait maintenant trouver des pseudos gimmicks de mélodies, les BMC’s continuent de la jouer ambiant, sans but, flottant.

Encore que, les trois exceptionnels premiers titres sont là pour fixer le décor. Conçus sans trop de prise de tête non plus autour d’une expérience métaphysique, sous-marine pour "The warm current’s pull", aériene pour "Heavy cloud hustle" et enfin sur la terre ferme pour "The dinosaur ride", soit un enchaînement "fadé" sous forme d’aventure au sein de trois éléments naturels. A l’issu de ces trois titres, les BMC’s ont déjà largement rempli leur contrat. C’est sans compter sur le premier single, "Jimmy Dove" terriblement terrible, tous comme les deux morceaux qui le précèdent. Restent l’excellent "Ghosts" et sa montée de guitare sèche finale, et surtout le Last but not least "Shells", dixième et dernier morceau de dix minutes d’égarement. Impressionnant.

En bref : Je ne sais plus quoi dire tant les BMC’s m’ont convaincu. Sur un seul premier album inattendu ils se hissent sans mal au niveau d’ Animal Collective, à 19 ans seulement et sans aucune faute de goût. Du grand art dont vous auriez tort de vous priver.



Leur blog, leur Myspace et le site de Kanine Records

A lire aussi : Animal Collective - Merriweather Post Pavilion (2009)

En attendant le 18 août, leur premier Ep Rainbow Faces et leurs reprises de MPP sont en téléchargement libre

"Never hope for treasure" (avec un montage amateur génialissime sous LSD), "Jimmy Dove" sans clip et "Wine singer" (avec un magnifique montage de films en 8mm) :



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24/06/09

Jazz Liberatorz - Fruit Of The Past (2009)

Plusieurs années avaient été nécessaires aux Jazz Liberatorz pour sortir leur premier opus, Clin d’Oeil, qui fut l’un des meilleurs albums de 2008 pour Dodb. Et c’est seulement un an après que paraît son successeur, dont le seul titre, Fruit Of The Past, indique que Dusty, Madhi et DJ Damage maintiennent leur cap, pour mon plus grand bonheur. Nous voilà donc repartis pour une heure de hip-hop à l’ancienne, de claviers soyeux et de beats boom bap bien fumants, sur lesquels viennent se poser des invités de grande classe, de Fat Lip des Pharcyde à Mos Def, de T. Love à Declaime AKA Dudley Perkins. L’espace réduit entre la sortie des deux disques s’explique par le fait que ce second opus contient pour l’essentiel des titres déjà sortis en 45 tours ou sur des compilations.

Loin de n’être qu’une copie-carbone de Clin d’Oeil, Fruit of the Past réserve une place beaucoup plus importante aux plages instrumentales, avec de nombreux interludes où les samples vocaux disputent la vedette aux cuivres, au vibraphone et aux scratches. Les deux parties de “Music In My Mind” rendent directement hommage aux légendes du hip-hop jazzy en reprenant des boucles de certains des meilleurs morceaux des Pharcyde, De La Soul ou Pete Rock & CL Smooth, tandis que des titres comme “Dark Keys” (avec Olivier M’Selem au Fender Rhodes) ou “Breathing Pleasure” (avec le flûtiste Eric “Rico” Gautier) se placent dans la continuité de la jam-session "Qidar", qui clôturait le premier album.

Les rappeurs invités ont droit à des instrus plus musclées, très connotées East-Coast. On retiendra notamment l’excellent “Back Packers” (featuring Fat Lip) ou le très funky “After Party (Jazz Lib Remix)” avec Wildchild, membre du collectif Lootpack avec Madlib et DJ Romes. Lorgnant davantage vers le R&B, “What’s Real” est certainement le morceau le plus accrocheur et le plus léger, grâce au flow précis d’Aloe Blacc et à un refrain qui rappelle les grandes heures d’Arrested Development. La divine T. Love, collaboratrice régulière du crew, livre quant à elle un superbe “Force Be With You”, où elle mêle comme à son habitude chant soul et scansion rap. Etrangement, le track le moins intéressant vient de l’invité le plus connu, à savoir Mos Def, qui semble ne pas s’être beaucoup foulé pour ce “Mountain Sunlight” bien anodin. Mais peut-être sa présence aidera-t-elle les Jazz Lib’ à se faire remarquer outre-atlantique ?

En bref : Après l’exquis Clin D’Oeil qui nous les avait révélé, les Jazz Lib’ proposent une sorte de rétrospective de leurs sorties vinyles, agrémentée de quelques inédits et remixes. Pas aussi enthousiasmant que leur premier effort, ce fruit du passé reste vivement conseillé aux amateurs de hip-hop jazzy.



Jazz Liberatorz - What’s Real (feat. Aloe Blacc).mp3
Jazz Liberatorz - Back Packers (feat. Fat Lip).mp3
Jazz Liberatorz - Breathing Pleasure (feat. Rico).mp3

Leur Myspace

A lire : Jazz Liberatorz - Clin d'Oeil (2009)

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23/06/09

Madness - The Liberty Of Norton Folgate (2009)

Madness, Madness… le genre de groupe auquel on associe forcément un tube ou deux. "One step beyond" et "Our house" pour ne pas tourner autour du pot. Pour le reste, la formation du label Two Tones avec Les Specials par exemple, il faut déjà plus se creuser la tête. Accoudé à jamais à ce renouveau du ska jamaïcain en Angleterre, le septette qui a au moins le mérite de revenir en formation d’origine tente donc un ultime retour après une reformation bâclée en 1992, un Wonderfull qui ne l'était pas tant que ça en 1999 et un album de reprises en 2005 sous le nom The Dangermen Sessions Vol 1. On attend d’ailleurs toujours le volume 2. Et si à première vue tout cela ne dit rien qui vaille, ce serait sous-estimer la joyeuse bande qui revient 30 ans tout pile après l'album One step beyond. Verdict ?

Eh bien il est vachement bien ce nouveau Madness ! Plus sérieusement, j’avais oublié à quel point le registre des seuls blancs de Two Tones est varié, et en fait carrément pop. Au trio traditionnel d’instruments s’ajoutent sans complexe violons, banjo, cuivres, claviers et surtout piano, qui occupe à mon sens les plus belles plages de ce disque. La production théâtrale et festive a même été confiée aux magiciens d’antan, Clive Langer et Alan Winstanley qui - sans supplément guitare - sont parvenus à recréer l’ambiance Londonienne. Parce que oui, je ne l’ai pas encore dit mais The Liberty Of Norton Folgate est une déclaration d’amour à Londres, et plus particulièrement au quartier Norton Folgate réservé aux artistes et aux connaisseurs fin 19ème.

Attention à ne pas se fier à l’intro folklorique, ni au départ du titre "We are London" qui débute sur des Nanana bien faciles, parce que pour le reste, les nombreuses compositions (15 !) de ce disque sont assez recherchées. J’en veux pour preuve le titre éponyme, placé en dernière position, soient 10 minutes de montagnes russes pop parfaitement orchestrées. Heureusement, avant d’en arriver là, d’autres très bons morceaux sortent du panier : le très sixties "Rainbows", tout en orgue, grosse caisse et chœurs, les nostalgiques "That close" et "Sugar and spice" emmenés au piano et à la voix par le caractéristique Graham "Suggs" McPherson.

Bien-sûr il y a le single "Forever young" qui tourne en boucle depuis des semaines, modèle de morceau pop romanesque. Lee Thompson au saxo s’en donne à cœur joie dans le refrain, tout comme Mark Bedford à la basse. Alors que "Dust devil" est une petite ballade reggae ska tranquille, "Clerkenwell polka" invite au folklore urbain. Roda Dakar des Specials y met même du sien sur la splendide "On the town". Et si d’autres titres sont bien plus anecdotiques, il y a suffisamment de force mélodique dans l’ensemble pour passer un excellent moment. Estival, forcément.

En bref : surprenants, les Madness reviennent 30 ans plus tard pour donner du bon temps et rendre hommage à Londres autour de titres finalement très pop, et surtout aux mélodies et arrangements intransigeants.



Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Dub Colossus - A town called Addis (2008)

"The Liberty Of Norton Folgate" agrémenté d’un clip amateur magnifique, fait d’images de films tournés à Londres :

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22/06/09

Garden Nef Party 2009, du 17 au 18 juillet 2009


Si vous n’êtes pas encore au courant, le meilleur festival français de musiques actuelles amplifiées se déroule à Angoulême mi-juillet. A l’origine plus connue pour ses bulles, la cité Charentaise s’est forgé une sacrée réputation festivalière en seulement deux éditions. A la pointe de la programmation, l’on a pu y voir des groupes plutôt rares comme Arcade Fire, The Stooges ou encore The Raconteurs. A chaque fois, des souvenirs exceptionnels renforcés par la grande qualité du cadre : la Ferme des Valettes et son incroyable théâtre de verdure.

Cette année encore, Dodb sera présent pour vous raconter ce qu’il s’y passe. Ce sera notamment l’occasion de vérifier l’efficacité sur scène des nouveaux albums des trois "gros" du festival : Franz Ferdinand, Ghinzu et Phoenix, mais aussi de découvrir des nouveaux morceaux de Gossip, Vitalic ou Cold War Kids. Enfin surtout, l’opportunité de voir les trop rares TV On The Radio. A ne manquer sous aucun prétexte.

Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Garden Nef Party 2008 : Jour 1, Jour 2, Garden Nef Party 2007 : Jour 2


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19/06/09

Pink Mountaintops - Outside Love (2009)

Stephen McBean a définitivement plus d’un tour dans son sac. Après avoir fait la une l’année dernière avec sa remarquable excroissance psyché rock Black Mountain, le Canadien barbu revient à ses premiers amours, à savoir Pink Mountaintops, version édulcorée de son songwritting. L’ambiance très lourde de In The Future laisse ici sa place à une relecture pop/folk de la musique traditionnelle américaine. Pour l’occasion, l’esthète s’est entouré d’une belle brochette de musicos principalement en provenance de la galaxie Constellation. Les demoiselles Sophie Trudeau de Godspeed You ! Black Emperor, Jesse Sykes de Sweet Hereafter et Ashley Webber de The Organ assurent notamment à tour de rôle le contrepoint vocal féminin avec McBean. Ted Bois de Destroyer est également de la partie, tout comme le batteur Keith Parry qui boucle le collectif plus que le groupe.

Hormis le choix de la pochette à l’eau de rose façon Feux de l’amour, McBean fait preuve sur ce troisième disque (après Axis Of Evol en 2006, et un éponyme en 2004) d’un goût et d’un savoir faire sans faute. Riche et opulent, son Outside Of Love remplit largement son contrat, pourtant à mille lieues de là où on aurait pu l’attendre en suivant In The Future. Le cru 2009 est tranquille, presque lent, mais c’est pour mieux décoller lorsque la troupe s’autorise quelques envolées emphatiques à la Bodies On The Water. Si l’on joue à décortiquer l’alchimie Pink Mountaintops, on constate que la rythmique est souvent pesante, mais que cela ne plombe en rien l’atmosphère principalement construite autour d’harmonies vocales mixtes en chœur, de cordes et de réverbs, ainsi comme le veut le genre d’une touche d’harmonica.


Le deux premiers titres, "Axis : Thrones of love" et "Execution" sont par exemple deux morceaux purement pop. Une batterie métronomique, un mélange de voix, une douce montée qui finit en apothéose. La production n’a rien perdu au moment du changement de nom. Que les montagnes soient noires ou roses, le son est dantesque, et forcément quand elles choisissent le rose, il se fait plus modeste. Les deux titres suivants, "While we were dreaming" et "Vampire" sont deux magnifiques ballades presque gospel, où les cantatrices ici présentes rivalisent de talent pour venir titiller Alela Diane sur son trône. Quant à "Holiday", il se veut plus joyeux et lumineux avec ses violons. A la moitié du disque (dix titres seulement), les Canadiens ont déjà fait le boulot, calmement, mais sûrement.

Le très Spectorien "Come down" prépare le terrain en douceur pour la mélopée folk bouleversante "Outside love". Neil Young est bien entendu à la fête sur ce qui s’avère être un habile mélange de folk, de pop et de rock, et donc d’americana sur "And I thank you". Le paysage sonore embrassé est passionnant, le chant de McBean touchant. A ce moment là ne restent que deux titres à se mettre sous la dent, la voiture balai "Closer to heaven" - tout est dans le titre - qui peut sonner comme du Spiritualized, et surtout "The gayest of sunbeams" qui ne ressemble à aucun autre morceau de l’album, ultra rythmé à la Arcade Fire.

En bref : Même s’il manque un petit quelque chose, Pink Mountaintops est désormais le parfait contre point pop/folk à Black Mountain, soient deux paysages sonores Américains (ok, Canadiens) amples et merveilleux. Quelque chose me dit que Stephen McBean n’a pas fini de nous faire remplir des lignes.




Le Myspace et la chronique de Mlle Eddie

A lire aussi : Black Mountain - In The Future (2008)

Le clip de "Vampire", "While you were dreaming" en version acoustique étouffée et "Closer to heaven" en mode dépouillée :




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16/06/09

Patrick Watson - Wooden arms (2009)

Face à la cohorte des pseudo folksingers de mes deux et autres roucouleurs de la bande FM à la con, il fait parfois terriblement du bien de tomber sur un disque tel que celui pondu par Patrick Watson et ses acolytes : précieux, fin et inventif. Pourtant, je dois le dire, je n'avais pas été totalement conquis par leur dernière livraison en date, Close to paradise, qui avait en revanche irradié la presse spécialisée de ses mélopées de piano très maîtrisées. Au demeurant, rasséréné par les participations du chanteur québécois au disque du Cinematic Orchestra (Ma fleur en 2007) puis au EP de Guillaume and the Coutu Dumonts (My main man, pour un scat tout à fait surprenant), c'était plutôt confiant que j'avais tendu mes oreilles bienveillantes vers cette fraîche galette printanière.

Peut-être faut-il le rappeler, derrière le nom de Patrick Watson ne se cache pas seulement un homme mais un groupe. La précision est ici d'importance puisque Wooden Arms – nom dont le band s'est aujourd'hui affublé mais également titre de ce troisième album – donne à découvrir une véritable formation de musiciens. Ce n'est pas seulement ce cher Pat' que l'on écoute mais ce quatuor de Montréalais talentueux et créatifs, adeptes des expérimentations sonores quoique grand fidèle de la pop et de la folk music. Simon Angell à la gratte, Mishka Stein à la basse et le beau gosse Robbie Kuster aux percus pour ceux dont les noms n'affleurent que rarement.



Je me suis donné bien du mal pour trouver un morceau pouvant se détacher du disque et porter haut son étendard. En vain. Constat identique lorsqu'il s'est agi de renier une des dix plages nous transportant successivement d'une confortable balade sentimentale à cordes aux errements mystérieux d'une piste instrumentale imprégnée de rock progressif, en passant par d'incroyables créations pop hautement alimentées en bricolage et bizarreries (bruits d'arbres, de vélo, de casseroles et je ne sais quoi d'autre). La composition est à proprement parler remarquable, les arrangements éblouissants et les variations permanentes. Il serait bien peu de dire que les quatre garçons maîtrisent leur art.

Wooden arms est un disque qui élève. Indéniablement. Pas à la vitesse grand V, mais progressivement. Vous enveloppant peu à peu de sa réconfortante lenteur et de ses constantes caresses mélodiques, souvent soutenues par un jeu de cordes très classieux. « Down at the beach » avec ses touches de piano d'inspiration classique, sa harpe enchanteresse et ses déluges intermittents de percussions est une pièce totalement envoûtante et atterrante. On pourrait en dire autant de « Tracy's water » et ses merveilleuses rivières de violons, de « Beijing » et son piano baladin ou encore de « Bird in a small cage » exécutée en compagnie de Katie Moore et d'un banjo mutin. Watson et ses potes nous offre simplement un rêve de pop éveillé, sybillin et pénétrant. Certes, il en aurait fallu peut-être un peu plus pour faire de ce disque une grande oeuvre. A défaut, on se réjouira de trouver en ces quatre garçons une des nouvelles valeurs sûres en provenance du Québec. Une de plus.

En bref : entre expérimentations sonores et compositions plus classiques, Patrick Watson et sa bande signent un disque de folk en apesanteur, lent et vaporeux. Un modèle de raffinement et de maîtrise.




Le myspace et le site web de Patrick Watson

A lire aussi : Patrick Watson – Close to Paradise (2006)

Le clip de « Fireweed » :


L'album en streaming :


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13/06/09

Phoenix - Wolfang Amadeus Phoenix (2009)

4ème album des Versaillais, lancé en grandes pompes il y a quelques semaines : ce titre faussement emphatique, la promo sous forme de ballons gonflables... Et peut-être bien son meilleur. Le groupe emmené par Thomas Mars, habile chanteur qui manie plutôt bien la langue de Shakespeare, s'affirme de plus en plus comme l'un des groupes de la colonie versaillaise ou cristolienne sur lesquels compter, nos alternatives crédibles à l'éternelle hégémonie anglo-saxonne. Air avait montré la voie il y a une décennie, et depuis les Justice, Scenario Rock, Chateau Marmont, voire Poni Hoax, sans oublier les impayables et précieux Fancy, n'ont eu de cesse de tracer un nouvel axe francilien et banlieusard, qui devrait vite être pris très au sérieux par la concurrence étrangère. Et qui est sans commune mesure avec la prétendue nouvelle scène rock boutonneuse de Paname !

Phoenix, avec ses airs de ne pas y toucher, est un groupe qui fait son chemin, s'exporte très bien, et à qui on doit ce son classe un peu lounge, cette pop à la coule, bien exécutée, bien interprétée, efficace.

Ca commence avec "Lisztomania" : Franz après Amadeus, rien que de très normal ! En fait, ce qui frappe d'entrée, c'est ce mimétisme de plus en plus affirmé entre les timbres de Thomas Mars et celui de Kevin Barnes, monsieur Of Montreal en chef ! Mais un Of Montreal candide, moins tordu, et qui surtout se montrerait euh... beaucoup plus abordable dans le format chanson. Candide, impavide mais inspiré, le chant ici s'accomode parfaitement de la pop langoureuse et lunaire qui l'enrobe. Peut-être moins rythmé que les précédents disques, WAM offre néanmoins de véritables petits bijoux tels que ne les renierait pas un certain Sean O'Hagan, l'homme à tout faire des High Llamas, ("1901", "Rome").

Sur la groovy "Fences" se croisent pèle-mèle, outre les rythmes chaloupés de Of Montreal, ceux de Fugu, autre trop rare orfèvre pop lorrain, drivé par l' "autre" Mehdi. Mais plusieurs plages vont même jusqu'à évoquer le Polnareff des grandes années, ce falsetto, les basses soyeuses, si le génie reclus avait troqué ses arrangements de cordes et d'orgues d'église contre l'habillage lounge poppy qui sied si bien à Phoenix !

Mais le morceau le plus surprenant demeure sans conteste ce "Love Like A Sunset" , un peu plus long que les autres, car conviant à une intro et à un break presque Kraut, où affleurent aussi le souvenir des ex-maîtres du post-rock, les Tortoise, Ui ou autres Mogwai. Tout ceci donne une première face impeccable, de celles qui feront date en 2009.

Alors, on peut sans doute regretter que le feeling, le son fluide, l'interprétation racée ne résistent pas à une deuxième moitié d'album certes jamais désagréable, mais un peu plus anecdotique. Les quatre, cinq derniers titres se ressemblent un peu tous, et un ronron finit par instants par s'installer !

Il n'empêche : pour les promesses déjà affichées, pour cette particularité "à la française" dans la production, et ce son presque immédiatement identifiable, on redemande du Phoenix, et perso, on coche déjà les dates automnales à venir dans le sud-est, et plus particulièrement celle du mois d'octobre au Rockstore de Montpellier, l'une des très nombreuses étapes d'une tournée d'importance !

En bref : au gré des années et des albums, Phoenix se crée un son. Et ajoute une nouvelle pierre angulaire à la galaxie des groupes de la région parisienne à dimension internationale. Ne manquent plus que quelques chansons marquantes de plus pour faire de WAM, le sans-faute auquel le groupe doit pouvoir prétendre.



Le site et le Myspace.

A lire aussi : Of Montreal - Coquelicot Asleep In The Poppies : A Variety Of Whimsical Verse (2001)


"Love Like A Sunset Parts 1&2"


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12/06/09

The Horrors - Primary Colours (2009)

Cette chronique est le fruit d'un hasard, et le hasard fait parfois bien les choses ; c'est en effet au cours d'une discussion enflammée lors de la soirée d'anniversaire de madame Nickx avec notre Ju national et Christophe ci-devant chanteur guitariste des Pony Tailor, eux-mêmes garagistes émérites, que je me suis vu conseiller l'écoute du deuxième effort des Horrors.

Chance ! L'album étant dispo en streaming sur le Net, pas beaucoup d'efforts à faire, ni de commande hasardeuse à effectuer ! Car en fait j'étais sceptique : le nom du groupe (même s'ils réhabilitent les noms en "the"), les pseudos crétins façon Hives de ses membres, le garage rock poussif et crade de Strange House (2007), ce côté next big thing du pauvre, ce vilain look corbak, tout ça ne me disait rien qui vaille !

En plus, ils n'étaient même pas américains, (plus grave, ils étaient anglais !), n'avaient même pas eu l'idée de se faire produire à Brooklyn par David Sitek, mais au contraire le nouveau disque portait la griffe de ce frèle geek de Geoff Barrow ; fallait-il en jeter encore ?

On les disait pourtant érudits, et puis il y avait cette pochette énigmatique jouant sur un flou lysergique façon Pornography des Cure, qui allait aussi faire la différence. Disons le d'emblée : Primary Colours ne révolutionne rien. On s'attend même au pire quand, après une très courte intro de "Mirror's Image" - mais tout dans ce disque est affaire de miroirs déformants - à la Animal Collective, décidément LA référence de ce millésime, on se trouve à piétiner les plates-bandes d'un groupe de pop héroïque affreusement daté façon The Opposition ! Même si j'avoue une honteuse inclinaison pour le Intimacy (1983) de ces derniers !

Encore faut-il y rajouter ce ressac de guitare obsédant qui, noyé sous la reverb et ce son de vibrato typiquement My Bloody Valentine rend le morceau intriguant, à défaut de mémorable. Mais dès "Three Decades", et dans une ambiance de train fantôme dévalant au milieu d'un palais des horreurs (pas fait exprès!), Faris Rotter emmène son groupe assez haut en transcendant son timbre sépulcral, à mi-chemin entre celui de Ian Curtis et celui de Dave Vanian. Le frontman des Damned est également particulièrement suggéré sur la funèbre et trippante "I Only Think Of You".

Intro de guitare Killingjokienne sur l'infernal "New Ice Age", mené tambour battant, et qui revient aux premières obsessions garage du groupe. Une basse Joydivisionesque façon "Love Will Tear Us Apart" ouvre un "Scarlet Fields" qui encore une fois, roule des pelles au groupe de Kevin Shields.

Tandis que "Do You Remember" rend un hommage appuyé aux groupes majeurs de la cold wave, évoquant la morgue juvénile des séminaux Jesus And Mary Chain,"I Can't Control Myself" aurait fait un excellent single növö punk, avec cette touche de Farfisa aigrelet qui convoque l'esprit des Stranglers.

"Sea Within A Sea", le curieux morceau qui cloture ce disque très probant oscille entre pop Stranglersienne et kraut ; en témoignent cette longue intro que n'aurait pas désavoué Julian Cope, et cet orgue Lowrey tout en boucles oscillantes. Au final, un album plutôt homogène auquel certains mauvais coucheurs du Net auront reproché la longueur excessive des morceaux, curieux et peu honnête constat en vérité, pour une oeuvre de 45' qui va à l'essentiel sur ses 10 morceaux, reprenant en cela des canons plus crédibles en terme de durée d'un disque !

The Horrors, c'est surtout un groupe qui, au-delà de son premier vrai galop d'essai d'envergure, donne furieusement envie d'être visité live. Combien de groupes anglais actuellement suscitent ce sentiment ? Perso, hors la comète esseulée Gravenhurst... Et c'est aussi un combo qui, sans rien inventer, parvient assez facilement à dépasser ses inspirateurs. On suivra par exemple avec intérêt la suite de leurs exploits, alors que peu de monde se souciera du devenir discographique de My Bloody Valentine.

En bref : auteurs d'un disque à la production encore garage et caverneuse, mais aux chansons plus ambitieuses, les Horrors réussissent un digest assez pertinent de leurs influences musicales. Et deviennent accessoirement l'un des (très) rares groupes anglais dont on va suivre avec intérêt la progression !





Le site et le Myspace (qui offre l'album en streaming)

"New Ice Age" :

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PJ Harvey & John Parish - A Woman A Man Walked By (2009)

Le précédent album de Polly Jean, sorti en toute fin d'année 2007, et découvert par votre serviteur avec quelques semaines de retard n'a pas (encore) connu les honneurs d'une chronique dans Dodb, rattrapé qu'il a été par l'inexorable actualité des disques qui paraissent à un rythme soutenu.

Cette lacune sera sans doute réparée, tant White Chalk était un album enchanteur, et unique dans l'oeuvre de la native du Dorset, puisque entièrement composé au piano.

L'album n'a sans doute pas eu l'écho qu'il méritait, et est sans doute perçu comme une parenthèse (très belle certes !) dans l'oeuvre protéiforme de la belle, habituée il est vrai, à passer d'un style à l'autre, au gré des livraisons de ses LP's.

Ici, retour à l'électricité si chère à notre harpie préférée, la "nouveauté" étant, si l'on peut dire, que ce 9ème opus (hors compiles), est le deuxième signé à 4 mains, dont celles du fidèle compagnon d'armes, j'ai nommé John Parish, avec qui avait déjà été signé l'excellent Dance Hall At Louse Point (1996). De toute façon, le guitariste, qui fait un peu aussi office de mentor de la dame, n'est jamais très loin !

Musiques pour monsieur, parole pour madame, qui avait annoncé vouloir faire sonner sa voix aux antipodes selon les morceaux : ainsi de la voix autoproclamée de petite fille faussement candide sur les magnifiques "Leaving California" ou "The Soldier" qui ne sont d'ailleurs pas sans rappeler les meilleures plages de White Chalk, à la voix de vieille sorcière boutonneuse de "April", il n'y a qu'un pas !

Pour le reste, PJ Harvey, qui s'affirme de manière éclatante comme une chanteuse majeure de son temps, fait souffler le chaud et le froid sur un album, à l'évidence loin d'être son meilleur, et qu'on eût aimé moins décousu, moins "compile" de ses humeurs ! C'était un peu déjà le cas sur la précédente collaboration avec Parish, mais Dance Hall... avait au moins le mérite d'une inspiration plus homogène, et sans doute d'une production "à l'os", sans doute moins clinquante, mais plus humble !

Alors, c'est vrai que le "Black Hearted Love" qui ouvre le disque et sans doute destiné à devenir un single roboratif, en fout plein les yeux, par son côté brûlot vengeur tout de noirceur romantique mais... on s'ennuie ferme sur certaines plages où PJ singe un Nick Cave au féminin sur les bordéleux "Sixteen, Fifteen, Fourteen", "Pig Will Not", ou sur certain titre éponyme ! Le blues ne sied certes plus trop à la dame !

Par moment, cet album rappelle même le pire album de l'anglaise, ce Is This Desire ? (1998), bêtement saturé et rentre-dedans ; ailleurs, l'auditeur est confronté à de très beaux moments. Avec une voix dont les accents épousent de plus en plus ceux d'une Siouxsie Sioux passée maîtresse dans l'art du lyrique, l'indomptable PJ livre un disque trop rapproché par rapport au précédent, et condamné à errer à l'ombre du firmament de celui-ci. Malgré tout, la dame pond un album, et on achète par pur avatisme ; c'est comme ça ! Au milieu, se glissent c'est vrai, quelques chefs-d'oeuvre !

En bref : un nouveau disque en demi-teinte, qui alterne grands moments et plages très anecdotiques. Pas un disque important ni même de transition, simplement une oeuvre mineure pour une artiste au sommet de son art vocal.




Un site français, le Myspace

La video de "Black Hearted Love"


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Danger Mouse And Sparklehorse - Dark Night Of The Soul (2009)

Au lendemain du rejet constitutionnel d’Hadopi, Dark Night Of The Soul est un sacré pied de nez à l’industrie musicale, ou un coup marketing certain, à voir. Toujours est-il qu’après les tentatives Radiohead et autres Raconteurs de sortir des circuits classiques de distribution, le génial producteur Brian Burton et le génial songwritteur Mark Linkous tapent un grand coup dans la fourmilière en proposant d’acheter leur cd-r (vierge donc), de télécharger le disque sur internet (ici par exemple) et de se le graver soi-même. C’est quand même gonflé ! Ca va que le fameux cd est accompagné d’un livre de photos de 100 pages réalisé par le troisième larron de la farce, j’ai nommé Monsieur David Lynch. EMI n’avait qu’à mieux se tenir. Ajoutez à cela le côté mystérieux du projet annoncé le 1er avril dernier et surtout la myriade d’invités présents, susceptible de faire se pâmer n’importe quel fan de musique indé des années 90 et vous obtenez là un disque déjà qualifié de "maudit" voir de "lost album" puisque finalement non disponible dans les bacs. Tout ça est très intéressant mais le reste suit-il ?

Bon dieu oui, mille fois oui ! Eh c’est assez vite indéniable. Largement supérieur à la compilation presque homonyme Dark Was The Night qui réunissait déjà une liste pharaonique de guests, cette collection de 13 titres écrits à quatre mains est magistrale. Si le projet aurait pu s’appeler Dangerhorse ou Sparklemouse, c’est la patte Linkous que l’on retrouve le plus dans l’écriture déprimée et bricolée, Burton se chargeant lui de saturer ces mélodies pas très propres. Quant à Lynch, il est plus difficile d’observer sa participation, si ce n’est dans l’esprit, les visuels bien entendu, et surtout l’exposition qui a eu lieu à L.A. sur le sujet. Peut-être également sur le thème général de l’album, concept au possible, sur les écrits religieux d’un certain Jean De La Croix au 17ème siècle sous le nom La nuit obscure de l’âme.

Linkous et Burton avaient déjà collaboré en 2006 sur quelques morceaux de l’excellent Dream For Light Years In The Belly Of A Mountain (avec Dave Fridmann tiens-donc, et Steve Drozd des Flaming Lips). Linkous, artiste difficile et sombre s’il en est, avait beaucoup apprécié The Grey Album de Danger Mouse avec Jay-Z, par ailleurs excellent lui aussi. Le résultat, que je vais vous décrire en détail, est un album étrange, à la multiplicité des genres (allez, citons quand même Mercury Rev et les premiers Death In Vegas comme ressemblances) et surtout très varié dans l’interprétation puisque chaque titre est interprété par un chanteur différent, accompagné ou non par Sparklehorse.

L’album est donc divisé en quatre parties va-t-on dire. Les trois premiers morceaux, dans un registre psyché et délicat. Les trois suivants, plus rock. Les quatre suivants, qui retournent à la pop psyché nonchalante. Et enfin les deux derniers franchement plus sombres. Dire que chaque partie contient son lot de chef-d’œuvre est un euphémisme, et il est amusant de constater en parcourant la presse comme chacun tient son titre favori, qui n’est jamais le même. Il y en a pour tous les goûts, vraiment.


Ca commence très fort avec le formidable "Revenge" par Wayne Coyne himself. Qui mieux que lui pouvait porter ce morceau qui s’illumine à 1’15" ? C’est entre le Flaming Lips et le Sparklehorse et c’est magnifique. En suivant, Gruff Rhys des Super Furry Animals est entre le fuzzy et le country sur ce "Just war" encore une fois parfait. Dernier arrivé du premier tiercé, et peut-être le meilleur, Jason Lytle de Grandaddy interprète "Jaykub", et il ya tout ce qu’il faut.

Et là lorsque l’on croit que tout est fini, que l’on pense les meilleurs morceaux passés, sans prévenir, on se prend la monumentale claque "Little girl" qui refuse de sortir de ma tête depuis des semaines (Nova n’aide pas non plus). Morceau majeur de cette année auquel Julian Casablancas des Srokes donne tout. Il y a même un solo à 2’ qui me fait hérisser les poils. 4’35" de pur frisson, où l’on ne sait si l’on doit être triste ou gai. C’est dur de se remettre et pourtant "Angel’s heart" par Black Francis des Pixies fait bien le boulot. Beaucoup plus rock et rentre-dedans que tout ce qui précède, c’est un très bon morceau. Pas le temps de se relever non plus qu’Iggy Pop nous arrive avec son meilleur morceau depuis longtemps. Sur "Pain" il apparait crépusculaire au possible, sur un titre qui tient la route. Sur ces six premiers jets, croyez-moi, rien n’est à jeter.

David Lynch en personne se charge du très bel interlude "Star eyes", avant de prendre en pleine face la complainte "Everytime I’m with you" par Jason Lytle encore. Peut-être l’un de ses plus beaux morceaux. "Insane lullaby" par James Mercer des Shins prend le relai et encore une fois c’est somptueux. La délicatesse de la mélodie et des arrangements noyés dans des bruits de fond noisy, c’est du Sparklehorse tout cuit, à la sauce Shins, parfait ! Linkous prend enfin le micro sur le morceau suivant qu’il partage avec Nina Persson des Cardigans. Ce "Daddy’s gone" sonne très Beatles, et c’est très bien. Suzanne Vega (bin voyons) enchaîne sur un "The man who played God" tout à fait dans le jus.

A ce stade il n’y a plus qu’à laisser Vic Chesnutt s’escrimer sur un "Grim Augury" un poil moins convaincant que le reste, et David Lynch de boucler la boucle sur le titre éponyme, noyé sous les réverbs et autres effets d’usure.

En bref : Impressionnant! Pour un disque qui n’aurait jamais du sortir, c’est un miracle. Mis de côté l’anecdote marketing du projet, on se retrouve en face de 13 morceaux écrits par un génie, produits par un génie, mis en images par un génie et interprétés par onze génies. 13 (ou douze) incontournables de la musique indé contemporaine.




Le site officiel du projet, celui de Sparklehorse et celui de Danger Mouse

L’album en téléchargement et l’album en streaming

"Little girl" par Julian Casablancas et "Revenge" par Wayne Coyne :







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Concours - Pets, vinyles et T-shirts à gagner


La bande d’April 77 semble vraiment avoir du goût. Après la découverte The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads, ils nous reviennent avec un quatuor suédois tout simplement parfait. Pets, c’est donc Jonas Olsson à la voix, et Per Zetterquist, Jonas Linngård et Kristin Träff aux divers instruments. Définir leur univers est assez simple : de la pure pop ensoleillée, entre indie, surf et soul, pour moi un mélange de Kinks (leur plus grande influence) et des moins cités The Foundations dans la manière d’agencer le son Brit pop à la sauce Motown.

A cette occasion, Dodb s’associe à April 77 et vous propose de gagner 2 vinyles et 2 T-shirts du groupe (avec single digital inclus). Pour cela, il suffit de répondre à la question suivante :

Quel a été le dernier groupe suédois chroniqué sur Dodb ?

et d’envoyer votre réponse avant le 12 juillet à contact@desoreillesdansbabylone.com avec l’intitulé de message "Concours Pets" et accessoirement votre lot préféré. Bonne chance à tous.



Pets - Giving Up’s The Hardest Thing (4 tracks maxi single)
Side one : "Giving up’s the hardest thing" / "Rooftops"
Side two : "Setting trends" / "Don’t you say your heart’s broken (we know it’s not)"

Les Myspace de Pets et d’April 77

Leur premier single "A good day for telling lies" :


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11/06/09

Pajo - Scream With Me (2009)

Scream With Me n’est pas un nouvel album de David Pajo, mais une sorte de parenthèse dans son très vaste catalogue. Enregistré en 2004 mais publié seulement aujourd’hui, l’EP pressé à 1000 exemplaires est un hommage à ses premières amours musicales, puisqu’il contient exclusivement des reprises acoustiques très lo-fi des Misfits, son groupe préféré lorsqu’il flirtait avec le punk dans les bars de Louisville, Kentucky. Ceux qui ne connaissent que ses remarquables productions sous les pseudos Papa M ou Aerial M seraient bien avisés de regarder un peu plus en arrière dans sa carrière, et notamment les disques réalisés avec Slint, pour mieux comprendre ce qui lie le songwriter au groupe horrifique du Dr. Glenn Danzig. Ou de jeter une oreille à ses travaux trash-métal récents au sein de Deadchild.

Oubliez donc la luxuriance et la complexité des arrangements de Whatever, Mortal (2001) et de ses relents dylaniens. D'un minimalisme total, Scream With Me a été enregistré avec trois bout de ficelles (ou plutôt six cordes) et un magnétophone, comme en témoigne la rudesse du son. Les chansons des Misfits se basent le plus souvent sur trois accords, et ne comptez pas sur Pajo pour en rajouter, même s’il lui arrive de souligner les harmonies avec des arpèges. Comme sur tous les disques de covers réussis - je pense par exemple au Covers Record de Cat Power, les originaux sont méconnaissables, à l’image de “Hybrid Moments” (ma chanson préférée des Misfits), que Papa M s’approprie au point de la faire ressembler à certaines de ses propres chansons (“Flashlight Tornado”, par exemple).

L’autre grand bonheur de cet EP réside dans le contraste entre la douceur de la guitare, associée à la voix angélique de Pajo, et les paroles complètement trash des Misfits. Avec son air de ne pas y toucher, il me fait bien marrer à fredonner “Bullet”, une sorte de délire graveleux sur l’assassinat de Kennedy, et notamment ces lignes d’une remarquable délicatesse, adressées à la veuve du président : “The dirts gonna be your dessert / My cum be your life source / And the only way to get it / Is to suck or fuck / Or be poor and devoid / And masturbate me, masturbate me / Then slurp it from your palm / Like a dry desert soaking up rain”. Difficile d’aller plus loin dans l’irrévérence !

En bref : David Pajo rend hommage au groupe préféré de son adolescence, les Misfits, avec cette série de covers acoustiques dépouillées, enregistrées à l’arrache. De quoi patienter jusqu’au nouvel album du prodige.



Pajo - Bullet.mp3
Pajo - Hybrid Moments.mp3

A lire aussi : Papa M - Whatever, Mortal (2001)

Le site, le blog et le Myspace de David Pajo
Le site du label Black Tent Press.



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10/06/09

Peter Bjorn and John - Living Thing (2009)

Étrange, étrange. Deux mois après la sortie de Living Thing, il semblerait que l'explosion prévue n'ait pas eu lieu. Pourtant ce nouvel album de Peter Bjorn & John n'est tout de même pas un pétard mouillé. Souvenez-vous il y a plusieurs mois je m'enflammais pour "Lay it Down," petite bombe pop à la mèche savamment allumée. Le marketing sur le web est un jeu de piste bien plus drôle que les affiches de métro, et le trio avait su s'en amuser, en postant, à quelques semaines d'intervalle, deux vidéos hilarantes au milieu de nulle part. Ces deux premiers extraits, "Lay it Down" et "Nothing to Worry About," n'auraient pas tant attisé les braises, s'il n'étaient pas ces popsongs jouissives et renversantes, avec lesquels nos suédois jouent aux sales gosses du premier rang, ceux à qui ont ne peut que donner des bonnes notes.

Et le reste est d'une intelligence indéniable. L'écriture est toujours aussi pop, mais le trio assène leurs sons comme les orateurs des traits d'esprits. Le résultat ne ressemble à pas grand-chose de connu, si ce n'est les productions les plus pop de Pharrell Williams peut-être, pour Kelis ou Gwen Stefani... avec plus de finesse et de malice. Percussions, voix et claviers sont les principaux matériaux de production. Minimalisme et lignes claires les seuls mots d'ordre. Soyons radicaux! Comme l'an passé avec l'album de Lykke Li, Björn Ytlling fait d'un album pop un objet plastique au design extrêmement soigné. Celui de son groupe est seulement moins rond, plus anguleux et acéré que celui de sa protégée.

J'avais lu l'album précédent Seaside Rock comme une petite pause ludique, au cours de laquelle le trio s'amusait avec ce qu'ils savent faire, sans hésiter à s'éloigner de la pop façon Peter Bjorn and John, ou des canons de la pop suédoise, ce qui revient au même. C'est drôle comme Peter Bjorn and John ont accompagné l'évolution de la pop suédoise au cours de cette décennie. Leurs premiers albums étaient encore emprunts des guitares et des mélodies sucrées des années 90, celles de la pop des Cardigans ou des Wannadies. En 2006, le parfait Writer's Block était alors le meilleur représentant d'une nouvelle « suédicité » : écriture parfaite, production parfaite, popsongs où la mélancolie se dissimule sous la joie.

Aujourd'hui, Peter Bjorn and John joue de la mutation électronique de la pop nationale. Au lieu d'user de clavier denses et de belles voix comme Kleerup, ils rabotent, avec une précision incroyable, le son jusqu'au squelette. Ce squelette pourrait alors être emprunté à la danse macabre de la vidéo d'"Around The World" de Daft Punk, tant le son (et le travail qu'il cache) est impressionnant, et tant il amuse la galerie. Et pourtant,... je suis déçu. Writer's Block, l'album du succès, malgré une forme plus convenue, reste au-dessus. Parce que l'intérêt des blagues, même les plus longues, est toujours trop court. Et les quelques « ballades » de Living Thing (même la délicieuse petite pièce de "Blue Period Picasso") n'arrivent pas à atteindre l'émouvante beauté des mélodies de Writer's Block, comme si ce nouveau son restait imperméable à l'émotion. « It's a living thing! It's a living thing! » Saluons tout de même l'audace, le meilleur des moteurs.

En bref : après le succès du beau Writer's Block, Peter Bjorn and John continuent de céder à l'amusement ; et ils ont bien assez d'intelligence et de maîtrise pour en faire une œuvre pertinente d'electropop ultra précise, à travers laquelle bien peu d'émotion passe malheureusement.




Myspace et site officiel.

Le nouveau single "It don't move me":


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