15 février 2012

Cloud Nothings - Attack On Memory (2012)


Il y a des groupes que l’on n’attend pas au tournant. Je n’aurais jamais parié un kopeck sur Dylan Baldi à l’écoute polie de ses deux premiers albums. Je l’avais même vu en parking concert au printemps dernier à Austin et n’en avait pas gardé un souvenir mémorable. Que s’est-il donc passé pour qu’un groupe plus que mineur livre tout à coup un album qui sera sans doute majeur cette année, toutes proportions gardées ? La présence d’Albini aux manettes ? Peut-être. La naissance d’un groupe aux dépends d’une individualité ? Certainement. En attendant de connaître la réponse Attack On Memory va faire des vagues.

Tout est dit sur les deux premiers morceaux qui totalisent à eux deux presque quatorze minutes sur un album qui en compte 34. Ces morceaux on les a découverts cette année et on a tous été immédiatement subjugués. Le nihiliste jusque dans le titre "No Future / No Past " annonce la couleur avec le morceau pourtant le moins représentatif de l’album. Une intro lente et torturée qui tourne vite en un déluge électrique de rock n’roll. Steve Albini pourtant décrié par Baldi (buzz ?) semble avoir gonflé comme il faut les batteries, brutes de décoffrage. Et Baldi de hurler son grunge entre Billy Corgan et Kurt Cobain.

"Wasted Days" ne laisse aucun répit derrière. Ca galope comme Fugazi et The Thermals réunis et à mi-chemin on fait vraiment connaissance avec le groupe avec une partie instrumentale ébouriffante, clairement enregistrée live. Entre le post-hardcore et le noise rock, on ne reconnait plus le jeune Baldi et ses 20 piges. Le garage rock lo-fi de ses débuts (Turning puis Cloud Nothings) a muté en bête punk et urgente.

Après il y a les morceaux de rock indé adolescents 90’s, "Fall In", "Stay Useless". Des tubes sans hésiter, mais moins puissants. Ou encore trois minutes instrumentales ("Separation") qui remettent dans le bain. Pour "No Sentiment" je ne peux m’empêcher de penser aux Smashing Pumpkins quand ils sont énervés. Puis quelques autres morceaux pour finir le disque.

En bref : sans crier gare, Cloud Nothings a muté en un groupe grunge des années 90’s et envoie du bois, c’est le moins que l’on puisse dire. Le disque ne restera pas dans l'histoire mais remplit bien son rôle.




Le site officiel

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"No Future / No Past " et "Wasted Days" :




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19 septembre 2011

Megafauna - Larger Than Human (2010)

Quel plaisir de voir enfin la blogosphère s’enflammer ici ou là pour ce power trio Texan. Et pourtant ça n’était pas gagné, cela fait déjà plus d’un an que cet album est disponible en streaming intégral sur leur Bandcamp, mais faute de structure et de réels moyens de développement (autoprod oblige), Megafauna restait réservé à quelques initiés ou amis. Que justice soit à présent faite et que lumière soit portée sur la chanteuse et guitariste Dani Neff, le bassiste Will Krause et le batteur Cameron Page en provenance d’Austin.

Pourquoi un tel enthousiasme ? Parce qu’à eux trois, le terme indépendant prend tout son sens. Parce que l’on n’a jamais été aussi proche de la tradition rock grunge 90’s, et que depuis Pavement, Nirvana, Pixies et consorts on n’a rarement entendu mieux. Comble de bonheur, Megafauna est une machine de guerre sur scène grâce à une réelle maîtrise des instruments et à trois personnalités passionnantes à voir jouer. Que ce soit Dani, non dénuée de charme, qui torture sa guitare tout en chantant presque comme Björk, Will qui remporte haut la main le prix de meilleur sosie de Dave Grohl ou Cameron qui détruit littéralement sa batterie à chaque session, le trio mérite d’être connu.

Pour ce qui est des morceaux de ce premier album, c’est impeccable. Comment ne pas fondre dès les premières notes de "Hug from a robot" et son riff à couper le souffle ? On dénote une puissance insoupçonnée et surtout une fougue inspirée. La structure est d’emblée complexe et ne s’arrête pas au simple couplet / refrain. On y trouve des détails, des breaks et un son de manière générale très éloigné des grosses productions actuelles. Il y a même un côté jazzy sur certains passages de "Machines in the sky".

Puisque rien n’est jamais en dessous sur ce premier jet, signalons tout de même le subtil "Warm house", l’enragé et carrément punk "Wiretrappers" (avec break 70’s au milieu, bin voyons), le très nirvanesque "Canada", le math rock de "Speck" et plein d’autres moments pleins de surprises frénétiques. A ne manquer sous aucun prétexte, sous faute de rater le train.

En bref : un premier album de rock 100 % indépendant en provenance d’Austin fait de rage et d’accalmies. Le terme power trio n’a jamais aussi bien porté son nom. Amen.




Info : à noter que le groupe jouera ce jeudi 22 septembre au St Ex de Bordeaux pour 6 petits euros avec General Bye Bye et SWY en première partie.

Le Bandcamp et l’album en streaming intégral :



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10 mai 2010

Rosemary's Baby - Keep The Faith ? (2010)

Venu de Nantes et Angers, Rosemary's baby se distingue à nouveau, après un cinq titres datant de 2007, sur cette nouvelle sortie énergique et souvent inspirée. Un rock tranchant, plein d'allant ("Bad friend"), crédite le quatuor, qui dès la fine intro de "Kill me again" met toutes les chances de son côté. Le côté poppy de cette amorce voit des guitares rageuses le mettre joliment à mal, le mélange entre new-wave et rock bourru initié par le groupe fonctionnant ici à merveille, entre sensibilité et énergie débridée. La bonne impression se confirme sur "The great fear", electro au début puis fait ensuite d'un rock une fois encore mordant, mélodique aussi, rythmé et bien maitrisé. Aucun faux pas n'est à déplorer et les Rosemary's baby emportent, dans le flux de leurs rythmes affirmés, l'adhésion de l'auditeur.

Des claviers bien investis introduisent le noisy et percutant "The ripper", au refrain obsédant, à la voix déviante et rageuse, avant que le rythme se fasse plus insidieux sur "Eternal is a criminal", bien équilibré entre force de frappe et moments plus tempérés. Le groupe impose sa patte et s'affirme de façon indiscutable, d'autant que la pop-rock alerte de "Lost control" s'avère elle aussi tout à fait réjouissante, portée par des mélopées souvent soignées, et une trame urgente, aux guitares acérées alliées à une rythmique sans écarts, qui impulse d'ailleurs des accélérations bienvenues à ce cinquième morceau.

C'est alors que se profile "Starting block" dont le chant en Français altère la qualité en dépit d'une instrumentation puissante, et dont l'orientation rappelle de façon un peu trop évidente les groupes français oeuvrant dans un créneau rock faussement remonté, tels Eiffel ou Deportivo.

Qu'à cela ne tienne, "One of them" répare l'erreur avec son tempo lourd et ses soudaines envolées hautement appréciables suivies de breaks de claviers eux aussi probants. Puis "Bad friend" et son allant presque punk-rock, et ses gimmicks guitaristiques décisifs, assied définitivement la valeur de la formation menée par le chanteur-guitariste Sébastien Magnette. "Love (Or the hardest way to become a nice guy)" et ses airs à la Thugs mettent fin à l'album avec un certain brio, faisant par là-même de l'oeuvre en présence une réalisation fiable, sans réelles faiblesses si ce n'est... le recours au Français (sur un seul titre, ce qui ne prête pas à conséquence), dotée de nombreux morceaux de belle facture.

En bref : second effort concluant pour un groupe dont la quête d'identité est manifestement en bonne voie, et dont on espère que ses prochaines sorties le verront creuser plus en avant encore le sillon de ce rock racé et bien exécuté.




Le Myspace de Rosemary's Baby

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