28 mai 2012

Checkers - Leisure Sports Ep (2012)

C’est au jeune label américain Dirty/Clean que l’on doit la découverte de cet artiste en provenance de Denver. James Whitney de son vrai nom fait donc de son premier Ep la quatrième sortie du label désormais ancré dans une dynamique électronique two-step. Et les quatre titres (dont un remix) de cet Ep digital only sentent bon le sable chaud façon sieste sous le cocotier. L’ambiance est on ne peut plus lazy et la production sonore luxuriante. La pochette tout comme le titre ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le récent effort de Washed Out.


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01 décembre 2011

Floating Points - Shadows EP (2011)

Nous avions découvert ce producteur avec son énorme Vacuum EP, en 2009. Déçus par son premier live parisien quelques mois plus tard, nous avions mis cette piètre performance sur le compte de sa jeunesse. Ceci dit, le potentiel de Sam Shepherd apparaissait déjà avec évidence, ainsi que son ouverture d’esprit et sa vision élégante du groove. Depuis, le Britannique a mûri et lâché quelques beaux 12'', dans des styles très variés, de ses travaux orientés bass music sur Planet Mu ou house sur son propre label Eglo, à ses aventures plus jazzy et instrumentales sur Ninja Tune, dans un style proche du Cinematic Orchestra. Mais il n’avait pas encore sorti le disque qu’on attendait de lui, celui qui accomplirait la synthèse entre toutes ces orientations. Eh bien le voici, ce fameux disque. Shadows est l’œuvre d’un musicien au top de sa forme, sûr de son style. Très long EP qui a tout d’un album (37 minutes pour 5 titres), il confirme Floating Points comme l’un des artistes les plus intéressants à avoir émergé de Londres ces dernières années.


Il n’est finalement que très peu question de house sur cet EP, bien qu’il s’articule autour d’un véritable chef-d’œuvre du genre, "ARP3", sorte de prolongement mélancolique de "Vacuum Boogie". Même lorsqu’un pied house vient délicatement se poser sur le piano de "Realise", c’est pour mieux être perverti, saccadé, et finir plus près de Burial que de Theo Parrish. Les rythmiques garage et 2-step, la basse synthétique et les nappes surpuissantes rappellent que Floating Points fait partie de la même génération que Julio Bashmore ou Joy Orbison. Mais les ressemblances s’arrêtent là, car le son de Floating Points n’est pas aussi exubérant et direct, taillé pour les clubs. Il est au contraire très intériorisé, concentré sur les détails et l’émotion. Autant au niveau de ses motifs mélodiques que de son ambiance et de sa structure, Shadows peut d’ailleurs être considéré comme un disque de jazz.

"Myrtle Avenue" et "Sais" sont clairement influencés par le son de Weather Report, du Miles Davis de Bitches Brew et par le côté organique des pianos électriques de Bob James et Herbie Hancock. La manière qu’a Shepherd d’imbriquer ses morceaux et de tenir une même couleur musicale sur l’ensemble du disque est également très jazzy (ou cinématographique si vous préférez) - c’est flagrant sur le diptyque "Realise" / "Obfuse". Tout n’est ici que délicatesse et sobriété, c’est pourquoi une écoute superficielle de Shadows peut laisser une fausse impression de platitude. Il faut faire l’effort de tendre l’oreille pour en apprécier toutes les subtilités.

En bref : jazzy, subtil, jouant astucieusement avec les codes de la house et de la bass music, Shadows est à ce jour le disque le plus abouti de Floating Points.





Floating Points sur Soundcloud et Twitter
Le site d’Eglo Records

A lire aussi : Floating Points – Vacuum EP (2009)



Floating Points - Sais from Will Hurt on Vimeo.




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01 octobre 2011

SBTRKT - s/t (2011)

On connaissait du dubstep son penchant crasseux et sectaire, vibrant de wobbles à s'en faire vomir les tripes. Un genre fermé et réservé à un certain public, qui danse en sabbat surréaliste dans les caves, prodés jusqu'au matin. Et puis, Burial est passé par là, et on a commencé à prendre conscience que ce genre pouvait se résumer à autre chose qu'aux beats bouffis d'un Skrillex ou d'un Rusko.

SBTKRT - prononcez "subtract" - est là pour nous le prouver. Ce sont les très médiatiques Young Turks qui nous livrent leur galette, et on pourrait penser qu'après quelques fautes de goûts, ils commencent à s'acheter une bonne réputation. De prime DJ, le jeune londonien saute le pas l'année dernière et se découvre des talents de producteur avec son EP Step in Shadow.

Son titre "Look at stars" promettait déjà cette hypertrophie jouissive qu'on retrouvera sur son premier LP, qui prend au dubstep son côté poisseux et sensuel sans en faire forcément une arme de destruction du tympan. Caché derrière son masque, il pioche comme son mystérieux compère Zomby dans les sonorités 8-bit et rafraichit ce genre très codifié. L'album est homogène, chaleureux, dansant, parfois touchant dans ses mélodies indécises. SBTRKT joue avec les sons électroniques pour les modeler à l'envie : tantôt la bassline se fait chaloupée, tantôt le beat est autiste. Mais tout son travail semble taillé pour les chants de ses excellents featurings, à commencer par le fantastique Sampha, dont la voix doucement rugueuse se prête parfaitement aux ambiances étranges de cet album éponyme.

Cependant, ce n'est pas lui qui est à l'honneur sur la perle du disque. C'est bien l'adorable Little Dragon qui pose ses trémolos sur "Wildfire". Ambiance torride, cri tropicaux, air oriental, le ventilo tourne et la musique respire la cyprine. Le titre est porté par un clip admirable, qui colle au son comme les draps aux jambes de la demoiselle qui l'habite.

A l'instar du costumé Totally Enormous Extinct Dinosaurs (c'est à croire que l'habit fait le moine !), SBTRKT semble déjà maître des ritournelles robotiques et bipantes sous ses arches funkées. Il nous livre ici un album plein de maitrise et de finesse, porté par un titre tueur, et on en redemande. Un début encourageant.

En bref : voilà une nouvelle valeur montante qui fait du dubstep un genre raffiné.




Le Myspace

Le clip fiévreux de "Wildfire" :



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07 avril 2011

Knowing Looks - Abandoned Skip / Last Kiss At The Plains Hotel (2011)

Notre vieux camarade de blog Antoine ne nous a certes pas gratifié d’une chronique depuis bien longtemps, mais il n’a pas cessé de fureter dans les bas-fonds du web pour en extraire quelques précieux minerais, qu’il s’agisse de jazz, de hip-hop ou, comme ici, de musique électronique. C’est en effet à lui que je dois la découverte de Jason Hopfner, alias Knowing Looks, un petit gars de Toronto qui fait le lien entre la scène micro-house canadienne et les sonorités britanniques du dubstep. Le mois dernier, il a sorti sans faire trop de bruit un excellent 10’’ sur le petit mais costaud label londonien WNCL (West Norwood Cassette Library), avec deux titres très différents, dont on devine qu’ils ont nécessité un travail de fourmi.

"Abandoned Skip" penche sérieusement vers un dubstep percussif et sec à la Shackleton, plein de cassures rythmiques et d’interférences, agrémenté vers la fin de petites voix oniriques et de synthés funky. Mais c’est en face B qu’on trouve le plat de résistance, "Last Kiss At The Plains Hotel". Un track qui rappelle fortement l’un de mes producteurs favoris, Marc Leclair (AKA Akufen, Horror Inc…), dont le label, Musique Risquée, avait justement pressé un EP de Knowing Looks en 2008. Dans cet exercice de cut-up de très haut niveau, Knowing Looks côtoie les sommets que son compatriote avait atteint avec My Way, son sublime album de 2002.

Le trip commence dans un enchevêtrement d’onomatopées et de breaks de batterie. Il prend de l’ampleur avec les apparitions successives puis combinées de violons cinématographiques, de glitch, de percus façon batucada, d’accords de guitare jazzy... Le climax est atteint lorsque déboule une mélodie latine, moite et nostalgique (assez proche de celle de "Bésame Mucho"). C’est aussi précis, technique et groovy qu’Akufen ou Todd Edwards, et aussi opulent que les travaux de Matthew Herbert à l’époque où celui-ci sortait des disques dignes d’intérêt et ne se réfugiait pas derrière des concepts arty à la con. Ces vénérables influences, digérées et conjuguées à des références très actuelles à la bass music, font de Knowing Looks un nom à surveiller dans les mois qui viennent.

En bref : les inconditionnels d'Akufen et de ses collages sonores ne se remettront pas de la face B de ce 10", une pièce de micro-house sophistiquée comme on en entend trop rarement.



Le site et le Soundcloud de Knowing Looks
Le site et le Soundcloud de WNCL

A lire aussi : Horror Inc. - Aurore (2010)




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01 avril 2011

Jacques Greene - Another Girl EP (2011)

En janvier dernier je m’enthousiasmais pour le premier EP d’un Québécois fort talentueux nommé Jacques Greene. The Look se tenait en équilibre entre deep house et UK funky, déclinant des vocaux R&B pitchés sur d’énormes synthés, aussi puissants que subtils. Un disque tout simplement brillant. A peine trois mois plus tard, celui que de nombreux blogueurs qualifient déjà de petit génie remet ça, toujours chez l’excellente maison écossaise LuckyMe. Visiblement soucieux de profiter de la hype autour de son protégé, le label de Hudson Mohawke a peut-être un peu précipité la sortie de cet EP, de sorte qu’il n’offre qu’un seul titre original – on aurait aimé en avoir davantage à se mettre sous la dent. Dans sa version vinyle, Another Girl est accompagné de deux remixes d’anciens titres par Braiden et Mark Flash (d’Underground Resistance) qui ne brillent pas par leur intérêt, tandis que les deux meilleures versions, celles de Machinedrum et surtout de Koreless, sont malheureusement réservées à la version digitale.

Concentrons-nous donc sur Another Girl, titre qui mérite à lui seul l’acquisition de cet EP. Greene nous refait le coup des voix R&B, et cette fois c’est au "Deuces" de la sculpturale mais un peu gourdasse Ciara qu’il emprunte quelques vocalises, répétées et déformées à l’envi pour dicter l’évolution du morceau, et enveloppées par une basse analogique et des myriades de petites nappes profondes et bienveillantes. Dans cet exercice, le Canadien est en passe de devenir une référence. Peut-être "Another Girl" est-il le meilleur titre de sa jeune carrière, il est en tout cas le plus estival et le plus sexy. Plutôt lent, très ouvragé, c’est un concentré de phéromones, une vraie "feel-good song" qu’on risque d’entendre plus d’une fois d’ici la fin de l’été.

En bref : la nouvelle sensation canadienne Jacques Greene continue sur sa lancée avec ce track furieusement sexy, remarquable fusion de house et de R&B.



Jacques Greene sur Soundcloud et Myspace
Le site du label LuckyMe

A lire aussi : Jacques Greene - The Look et Koreless - 4D / MTI




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30 mars 2011

Koreless - 4D / MTI (2011)

En 2010, Koreless a commencé à se faire un nom en délivrant au compte-gouttes quelques morceaux, dont un magnifique remix de "The Look", de Jacques Greene. Il y révélait une sensibilité exacerbée et un penchant prononcé pour l’hypnose et les introspections nocturnes, dans un esprit minimaliste proche de ce que produit Mount Kimbie. Relativement inadaptés aux clubs, ses travaux se destinent avant tout à une écoute au casque, seul moyen d’en apprécier toutes les textures. Soutenu entre autres par Gilles Peterson et Benji B de la BBC, cet Ecossais de 19 ans a sorti il y a quelques jours son premier single officiel sur le label Pictures Music.

D’un point de vue formel, rien ne semble distinguer Lewis Roberts du tout-venant de la bass music britannique. Les rythmiques 2-step et les synthés utilisés sont assez banals. Quant aux vocals, rien de neuf à l’horizon puisque "4D" déroule un sample de Kelis, exactement comme le "CMYK" de James Blake. C’est d’ailleurs selon moi la principale faiblesse du maxi, les voix n’apportent rien à l’affaire et auraient même tendance à pourrir les instrumentaux de porcelaine sculptés par le jeune étudiant en art de Glasgow. Heureusement, elles ne sont pas trop intrusives et n’empêchent pas de goûter la délicatesse de cette électronica sauce 2011, guidée par des basses nettes et précises et des pads mélodiques carillonnants à la Four Tet.

Sans impressionner autant que certaines de ses prods de l’année dernière (en particulier la magique "Up Down Up Down", disponible gratuitement ici), "4D" et "MTI" cristallisent tout ce qui fait l’originalité de Koreless, à savoir ce numéro d’équilibriste entre vie vécue et rêvée et une sorte de sérénité fragile, comme menacée de disparaître, happée par la noirceur de la nuit.

En bref : un gamin de Glasgow sort un premier maxi de bass music pour somnambules qui réjouira les amateurs de Mount Kimbie.



Koreless sur Myspace, Soundcloud et Twitter
Le site de Pictures Music

A lire aussi : Mount Kimbie - Crooks & Lovers et Jacques Greene - The Look (2010)

Les deux titres mis en images par Miguel Bidarra avec des extraits du film de Julian Schnabel, Le Scaphandre et Le Papillon :



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20 janvier 2011

XXXY - You Always Start It / Ordinary Things (2011)

XXXY est à placer dans la même catégorie de producteurs que Joy Orbison, Jacques Greene (dont on vous parlait récemment), ou encore Julio Bashmore (qui fera l’objet d’un prochain post). Tous de très jeunes types à l’esprit large, fous de house, de dubstep, de garage et de R&B et qui fusionnent le tout avec une fougue et un mépris pour les conventions assez salvateurs. Leurs disques ont la profondeur et la qualité mélodique de la deep-house, mais pas son académisme, le côté festif et sensuel du R&B sans en garder la mièvrerie, et la densité caverneuse du dubstep sans son agressivité et son intransigeance émotionnelle. Tous dessinent à leur manière l’avenir de la musique électronique et vont immanquablement monter en puissance dans les mois à venir.

Si le Mancunien XXXY, aka Rupert Taylor, se détache un tant soit peu de tous ces nouveaux talents, c’est sans doute par son travail proprement hallucinant sur les voix. Sur "Ordinary Things", les deux mots du titre sont bégayés des centaines de fois, ce qui pourrait finir par taper sur les nerfs. Mais ils sont pitchés, triturés et filtrés avec une telle virtuosité et un tel sens du groove qu’ils focalisent toute l’attention, faisant presque oublier les somptueuses nappes synthétiques qui les accompagnent. Heureusement celles-ci se rappellent à notre bon souvenir après quelques minutes, lorsque déboule un arpège 8-bit à se damner – arpège que l’on retrouve quasiment à l’identique sur le tout aussi bon mais un peu moins euphorique "You Always Start It", en face A. Déjà jouissifs au casque, ces deux bijoux ont aussi tous les arguments pour mettre le feu à une soirée.

A noter : Ce 10" est le cinquième et dernier d’une série de vinyles à tirage ultra-limité du nouveau label Ten Thousand Yen, dirigé par Doc Daneeka. Les 350 exemplaires en pré-commande sur le site sont déjà partis. Le disque sera dans les bacs le 24 janvier.

En bref : XXXY ajoute un chromosome R&B au génome de la house pour ce single euphorisant, marqué par un travail virtuose sur les samples vocaux. En voilà encore un qu’on est pas prêts de lâcher !



XXXY sur Soundcloud, Facebook et Twitter

Son dernier mix en date, pour le site Urb
Le site du label Ten Thousand Yen

A lire aussi : Jacques Greene - The Look EP (2010)




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18 janvier 2011

Jacques Greene - The Look EP (2010)

Si j’ai bien compris, ce que la presse spécialisée appelle "UK funky" ou "funky house" est une sorte de mélange entre deep-house et UK garage. Selon les artistes, les sonorités peuvent également être assez proches du dubstep. Le genre est assez neuf et les sorties abondent, pas toujours de très bonne qualité, même si un label comme Nightslugs a rapidement tiré son épingle du jeu. J’ai beau avoir apprécié quelques-uns de leurs tracks, cet EP de Jacques Greene, paru fin 2010 sur le label écossais LuckyMe, est le premier disque d’UK funky à me flanquer de tels frissons. Ce qui s’avère assez paradoxal, puisque le producteur de 21 ans (on ne s’étonne même plus de l’âge de ces types) ne vient pas de la perfide Albion mais de Montréal, où se développe une scène plus qu’intéressante.


Pour autant, l’influence de la nouvelle génération londonienne se ressent à chaque seconde de The Look. Greene doit beaucoup à Mount Kimbie ou au James Blake première mouture, en témoigne sa manière de moduler les samples de voix R&B, dont il use sans réserve sur 3 des 4 titres du disque. Son utilisation des synthés rappelle par moments Joy Orbison et le versant le plus mélodique du dubstep, comme sur "Holdin’ On", mais surtout la house de Chicago et de New York. L’ensemble de l’EP est excellent, avec un petit plus pour "Good Morning" et son piano hypnotique, et un autre pour "Tell Me", qui concentre les qualités des trois autres sur quatre minutes deep de chez deep. C’est dansant, ouvragé, parfaitement dans l’air du temps : Jacques Greene est programmé pour cartonner !

En bref : entre deep-house et "UK funky", le premier EP d’un très prometteur gamin Montréalais.



Jacques Greene sur Myspace et Soundcloud
Le site et le Myspace du label écossais LuckyMe



Un beau remix de "The Look" par l'Ecossais Koreless :


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17 janvier 2011

James Blake - s/t (2011)

Il avait annoncé la couleur avec "Limit To Your Love", mais cette fois-ci, c’est officiel : James Blake est le premier crooner de l’ère dubstep – ou post-dubstep, comme vous voudrez. Le premier à ne pas se contenter de quelques samples et à oser mettre sa propre voix, déformée ou non, au centre de son processus créatif. En fait d’un album de dubstep, ce premier effort est bien davantage un album de soul, voire de gospel, qui se sert des idées rythmiques, des basses et des effets du dubstep pour donner plus de force à ses incantations. Avec toute l’arrogance de ses 22 ans, le Londonien avait annoncé fin 2010 lors d’une interview qu’il proposerait quelque chose de totalement novateur. La promesse est tenue, et de quelle manière !

Ceux qui l'ont suivi au fil de ses excellents EP savent à quel point ses productions ont évolué, en à peine un an. Alors que CMYK se destinait directement au dancefloor en utilisant des boucles R&B, Klavierwerke témoignait déjà d’une volonté de se forger un style plus posé et épuré, centré sur la voix et le piano. Ce premier album est l’aboutissement de cette démarche puisqu’il est exclusivement composé de chansons, et c’est me semble-t-il une première pour un disque du genre. James Blake veut visiblement devenir au dubstep ce que Jamie Lidell est à l’électronica, et il en a les moyens : en plus d’être un producteur de génie, il se révèle, lorsqu’il débranche l’auto-tune, un excellent chanteur, dont le timbre plein de vulnérabilité se rapproche parfois de celui d’un Antony Hegarty – c’est flagrant sur "Give Me My Month".

Je n’ai pas fouillé dans son passé pour savoir si Blake avait été enfant de chœur, toujours est-il que le gospel et les musiques sacrées en général imprègnent la quasi-totalité de cet autoportrait sonore. A diverses reprises, comme sur "Measurements", il superpose les pistes vocales et crée sa polyphonie personnelle, presque grégorienne. Les morceaux se basent souvent sur la répétition d’une ou deux phrases, à la manière de mantras, ou de psaumes. Les claviers eux-mêmes rappellent les concerts d’orgue dominicaux donnés dans les petites églises de quartier. Ainsi l’album dégage une forte aura spirituelle, encore accrue par une science consommée du dépouillement et du silence, pour ne pas dire du recueillement. Amen.


Pièce centrale et single évident, "Limit To Your Love" a déjà fait le tour du net. A bas volume, cette reprise de Feist peut passer pour une simple ballade, très propre sur elle. Mais en augmentant un peu les décibels, on découvre une basse souterraine monstrueuse, semblable au tourniquet sonore des pals d’un hélicoptère. L’instru est plus que minimaliste : squelettique. Il n’y a pas une note de trop. C’est une réussite indéniable qui marque, par son côté très pop, l’entrée du musicien dans le mainstream. Les puristes peuvent toujours faire la moue et crier au scandale, car c’est une légion de fans que Blake a acquis à sa cause avec cette seule chanson. Et puis ils pourront toujours se rabattre sur des tracks au traitement électronique moins discret, comme l’autotunée "Unluck", ou ma préférée, "I Never Learnt To Share".

Dans cette complainte, qui balance entre tristesse et résignation, Blake répète inlassablement une phrase lugubre et énigmatique : « My brother and my sister don’t speak to me/But I don’t blame them », tandis que les strates de synthétiseurs, d’effets gazeux et de bruit blanc s’amoncellent. A la fin du titre, la voix semble émerger du fond d’un geyser. Ce procédé qui consiste à densifier le son pour passer du dénuement le plus complet au chaos se retrouve sur l'autre poids lourd qu'est "Wilhelms Scream", avec le même effet saisissant.

Après avoir à ce point taquiné les limites du genre, je doute que James Blake revienne un jour à ses premières amours dubstep et nous livre un nouveau CMYK. Il suffit d'ailleurs de lire ses interviews pour s'apercevoir qu'il puise davantage son inspiration dans le R&B, la musique contemporaine, ou dans la pop neurasthénique de The xx que chez Scuba, Kode9 ou Shackleton. Pour ma part, après avoir mis quelques jours à l’apprivoiser, je ne peux plus me passer de cet album que beaucoup, j’en suis sûr, vont adorer détester.

En bref : James Blake fait le lien entre dubstep, soul et gospel sur cet autoportrait d'une maîtrise presque effrayante pour son jeune âge. Vibrant, hivernal, d’une beauté dense et surnaturelle, c’est le premier grand disque de 2011.





A noter que James Blake sera en concert à la Maroquinerie le 25 avril prochain.

Le site et le Myspace de James Blake

A lire aussi : James Blake - Klavierwerke (2010)

Best New Music: James Blake - "I Never Learnt To Share" by Speaker Snacks

James Blake défendra son album en live avec un batteur et un guitariste. Un aperçu avec Wilhelm Scream, enregistré dans les studios de BBC1 :




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23 décembre 2010

Mount Kimbie - Crooks & Lovers (2010)

Depuis la sortie de ce premier album en juillet dernier, le cas de Mount Kimbie a été abordé par à peu près tout ce que la planète compte de médias musicaux, sauf peut-être Taratata et Fan de. Avec leurs mélodies flottantes et leur approche très ouverte du dubstep, Dominic Maker et Kai Campos sont parvenus à régaler les puristes du genre tout en fédérant un public plus large, comme le prouve leur présence dans le top des blogueurs 2010. Un accueil très favorable qu’ils doivent sûrement au calme, à la sérénité rayonnante qui se dégagent de leurs productions, mais également à leurs accointances avec la soul, le post-rock ou l’électronica des années 90. Il faut l’avouer, Crooks & Lovers est d’approche plus aisée que la plupart des disques de sa catégorie pour des oreilles non aguerries.

Exit les basses cataclysmiques et la morosité urbaine, place aux miniatures délicates, fragiles, qui ne tiennent parfois que sur une idée, ou sur trois notes. La plupart des courtes plages de l’album ressemblent davantage à des esquisses qu’à des œuvres abouties, et pourtant, leur association fonctionne à merveille. Même les cuts bien abrupts, comme à la fin de "Field", collent bien au côté ludique des bidouillages du duo. La beauté émerge ici du fragmentaire, de l’accidentel, des rencontres fortuites d’un riff de guitare et d’une cascade de bleeps, de boucles vaporeuses et de beats savamment déconstruits.

Baignant dans l’optimisme ou dans une tendre nostalgie, les mélodies de Mount Kimbie n’ont pas grand-chose à voir avec les nappes menaçantes des pionniers du dubstep, sauf peut-être sur la très efficace "Blind Night Errand". Entre pop enfantine, R&B concassé à la James Blake, UK garage et hip-hop déglingué à la Flying Lotus, la palette de ces aquarellistes est ultra-large et contrastée. Pour autant, le résultat n’a rien d’un fourre-tout incohérent. Ses 35 minutes s’écoulent avec une grande fluidité.

Si des joyaux comme "Mayor" ou "Ode To Bear" se détachent naturellement du lot, Crooks & Lovers doit s’écouter d’un bloc, ne serait-ce que pour apprécier la finesse de titres de transition plus modestes comme "Adriatic", une sorte de blues baléarique qui amène doucement le housey "Carbonated". Apparus en 2009 avec un EP proche de la perfection (Maybes), les Londoniens ont, en 2010, fait leur entrée dans le club très fermé des artistes dubstep à avoir réussi le passage au format album. Et méritent amplement la hype qui les entoure depuis plus d’un an.

En bref : Le premier effort de Mount Kimbie délaisse le côté sombre du dubstep pour quelque chose de plus doux et ouaté. Un disque rayonnant, aventureux mais accessible, aussi intéressant pour ses mélodies aériennes que pour ses textures travaillées au scalpel.



Le Myspace de Mount Kimbie
Le site et le Myspace de Hotflush Recordings

L'intégralité de l'album en écoute ici









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15 octobre 2010

James Blake - Klavierwerke (2010)

Nous n’avons jamais encore parlé de James Blake, comme d’ailleurs de beaucoup d’artistes dubstep, sur Dodb. Et compte tenu de la qualité de ses sorties depuis son irruption sur la scène il y a deux ans, c’est une honte. Evidemment jeune (22 ans) et Britannique, Blake se situe clairement au-dessus de la mêlée par son audace, son génie rythmique et son raffinement. Son précédent EP, CMYK, qui donnait dans le R&B déglingué et euphorique, mais surtout cette nouvelle offrande, sont à compter parmi les disques essentiels de l’année.

Musicien de formation classique, James Blake, à ne pas confondre avec le tennisman du même nom, articule ici ses morceaux autour de quelques notes de piano acoustique. Klavierwerke ("œuvres pour piano") reste néanmoins un titre trompeur. Car ce sont surtout les intrications de la basse, des beats et des samples de sa propre voix triturée qui forment l’armature des 4 morceaux de l’EP, qui s’avère nettement moins funky que le précédent, et aussi joyeux que peut l’être East London au mois d'octobre.

A l'image de Burial sur son album, le producteur démontre une science du silence et de l’espace entre les notes quasi-incomparable. Il sait ménager ses effets, réduisant le beat à sa portion congrue pour mieux faire ronfler une ligne de basse démentielle, comme sur "Klavierwerke". De même, l’utilisation des voix joue avant tout sur la temporalité. Les micro-samples sont comme aspirés, ou démantelés, puis recrachés à la face de l’auditeur comme autant d’incitations à une nostalgie rêveuse. C’est difficile à décrire et ça ne ressemble pas à grand-chose de connu, si ce n’est peut-être à Mount Kimbie, groupe dont il était membre à ses débuts, sur leur excellent album Crooks & Lovers.

"I Only Know (What I Know Now)" est certainement la pièce la plus impressionnante des quatre. Redoutablement complexe malgré une notable économie de moyens, elle est comme hantée, poussiéreuse, semblable à de vieux souvenirs qui reviennent en flash puis s'évanouissent, et dont on essaie vainement de recoller les morceaux épars. "Don't You Think I Do" joue sur le même terrain, mais avec un groove plus insistant et des synthés druggy à souhait. Pourtant bien barrée, "Tell Her Safe" paraît presque conventionnelle comparée aux autres tracks.

Même si les essais de classification de James Blake par les blogueurs, qui parlent de "future bass" et même de "post-dubstep" (!), semblent plutôt maladroits et lourdauds, je ne serais pas fichu de trouver mieux. Les kids ont raison : Klavierwerke explose les frontières du genre et la musique de Blake s'impose de plus en plus comme une énigme qu'il serait illusoire de vouloir éclaircir.

A noter: le premier album de James Blake est attendu pour début 2011. D'ici là, guettez la sortie de sa reprise de Feist & Gonzales, le 8 novembre sur Atlas.

En bref : chef de file d’un dubstep aventureux et sans ornière, James Blake se réinvente à chaque disque, et livre cette fois son EP le plus profond et minimaliste. Définitivement pas pour tout le monde, mais tellement délectable pour qui saura l'écouter.



Le Myspace de James Blake
Celui du label belge R&S





Un titre de son précédent EP:


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06 décembre 2009

José James - Blackmagic Remixes (2009)

On ne pourra pas reprocher à Brownswood de manquer de flair ou d’à-propos. Pour faire monter le buzz avant le lancement du second long du crooner soul-jazz maison José James (début 2010), le patron du label, qui n’est autre que Gilles Peterson, a carrément décidé de sortir quatre remixes de Blackmagic, avant que personne n’ait eu le loisir d’écouter l’original. Ce qui est assez rare. Mais ce qui est encore plus rare, c’est d’aligner une telle série d’artistes sur un même EP. Pas précisément des têtes d’affiches, mais des musiciens en pleine ascension, déjà objets d’adoration sur les blogs, et squattant par conséquent un paquet d’iPods.

Le cas le plus parlant est certainement celui de Peter O’Grady AKA Joy Orbison. Ce gamin de 22 ans n’a pour l’instant produit qu’une poignée de tracks et de remixes, mais il est déjà porté aux nues par les critiques de tout poil grâce à un seul maxi, Hyph Mngo, dont les deux faces oscillaient habilement entre dubstep et house-garage. Pour être franc j’avais trouvé que la hype était un peu exagérée, même si j’écoute encore régulièrement la très deep et efficace "Wet Look". Mais ici Orbison transforme clairement l’essai et confirme tout le bien qu’on pouvait penser de lui. Sa relecture commence en mode reggae spatial, enchaîne avec des sons de claviers house et une rythmique qui rappelle davantage le 2-Step en vogue il y a quelques années que le dubstep, auquel il a trop vite été affilié.

Après cette débauche d’énergie et d’intelligence rythmique, le remix d’Untold (une autre nouvelle coqueluche de la scène dubstep UK) paraît au premier abord légèrement mollasson car moins direct, plus nonchalant et hypnotique. Mais au bout de quelques écoutes, il devient tout aussi passionnant, évoquant à la fois la mixture soul-reggae de Fat Freddy’s Drop et la pesanteur dubby de Rythm & Sound. Dans un esprit totalement différent, Izmabad, alliance des producteurs Karizma et Simbad, propose une version deep-house impeccable, très mélodique, qui m’a littéralement scotché. Les comparses ont tiré le meilleur parti de la superbe voix suave de James, comme l’avait fait Moodymann, un peu plus tôt dans l’année, en remixant "Desire". Enfin, les Parisiens de dOP, bien connus de nos services, complètent la gamme des genres par une version assez minimale où les basses vrombissantes, puis les cuivres prennent le dessus.

En bref : quatre remixes très différents, entre house et dubstep, par des valeurs montantes des scènes britannique et française. Les versions de Joy Orbison et Izmabad, qui utilisent la voix de baryton de José James à la perfection, sont simplement phénoménales.



José James - Blackmagic (Izmabad 118 Remix).mp3

A noter : les remixes de dOP et Izmabad ne se trouvent pas sur la version vinyle, mais seulement en digital.

Les Myspace de José James, Brownswood Recordings, Joy Orbison, Izmabad, Untold et dOP

A lire aussi : Moody - Anotha Black Sunday (2009)


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01 mars 2009

Dido - Safe Trip Home (2008)

Personne ne parle beaucoup de Dido ; et pourtant peu d'interprètes féminines auront révolutionné, à une petite échelle certes mais quand même, la pop atmosphérique comme cette discrète jeune anglaise !
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Alors bien sûr, Dido vend des disques par camions, et donc ne voit pas la pérennisation de son projet artistique remis en cause ; mais il serait enfin temps que les critiques reconnaissent à cette interprète la place qui lui échoit désormais dans la si vaste scène mainstream pop !
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Tout commence comme un malentendu ! Lorsque, tout comme les garagistes de Red Cross, devenus Redd Kross après un procès de la Croix Rouge, la chanteuse se voit intenter un procès quant à l'utilisation d'un premier pseudo - la chanteuse se faisait appeler Dildo à l'origine ! - ce qui n'a pas l'heur de plaire aux ligues lesbiennes en vigueur - l'artiste britannique ayant toujours clamé haut et fort une hétérosexualité dérangeante.
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Las, les problèmes d'image l'emporteront et Dildo, mortifiée, deviendra Dido ! C'est sans doute de cette douloureuse épreuve que la chanteuse puisera toute sa détermination à creuser son sillon !

Mais revenons à la musique qui est la cause première de notre intérêt pour cette jeune femme. Son style, affranchi de toute influence marquée de ses contemporain(e)s oscille entre rock musclé, dub forcené et refrains limite hardcore. Une chose est sûre : on ne s'ennuie pas lorsqu'on écoute Dido, car on est aussitôt frappés par la virulence de son propos ("Don't Believe In Love", "Never Want To Say It's Love", "Burnin' Love", "Quiet Times") asséné de manière décidée et à grand renforts de basses fuzzées, et de percussions diverses, qui ne sont pas sans rappeler Basement 5 et les Upsetters !

Certains railleurs, sans doute gênés par l'argument commercial - en gros, ceux qui vendent des disques sont forcément des tocards - ont tendance à reprocher à Dido une prétendue langueur quand il faut lire dans l'oeuvre protéiforme de l'anglaise l'incarnation du tempo le plus trépidant !
Alors, pourquoi Safe Trip Home plutôt que l'un de ses deux premiers longs formats ? Tout simplement parce que celui-ci est de loin le meilleur du lot, et qu'il permet de transcender le genre jusqu'alors anesthésié de la chanteuse ! Une écriture racée qui surmonte les tourments de l'adolescence - Dido a beaucoup souffert, c'est une évidence ! - et son style peut parfois être réminiscent de celui d'un Suzanne Vega première période.
Pour le reste, chacun y trouvera ce qu'il souhaite chercher dans ce disque sensible et saura faire fi des moralisateurs en tout genre qui pronent que le rock doit sonner crade et lo-fi pour avoir droit de cité !

En bref : le talent discret et souvent passé sous silence d'une artiste visionnaire et à la discographie émaillée de surprises : un chant énergique, une tessiture à nulle autre pareille, et des mélodies toujours émouvantes. A redécouvrir !

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"Quiet Times":



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