09 avril 2021

Gloria - Sabbat Matters (2021)

Le-toujours-difficile-deuxième-album. On avait laissé le très sympathique quintette lyonnais et ses accortes chanteuses en 2016 avec un premier album au titre rigolo (In Excelsis Stereo) et déjà annonciateur d'un certain esprit potache.
Petite madeleine prisée de quelques happy few, ce disque aux effluves sixties même si mal dégrossi - certaines mélodies décousues et guère mémorisables - avait produit son petit effet.
Notamment du fait d'une sublime pochette façon Art nouveau et de l'enthousiasme contagieux de ses membres sur scène.

Le combo emmené par l'inspiré Kid Victrola et à peine retouché - une chanteuse a été remplacée - remet ça cinq ans plus tard.
Encore un calembour désopilant en guise de titre, une pochette tout aussi accrocheuse et rouée....le coup du pharaon fumant une cigarette même ornée d'une tige, il fallait oser en des temps où l'art pictural est sans cesse questionné : demandez à Lucky Luke et à Neil Hannon ce qu'ils en pensent !
Celle-ci qui colle admirablement à l'esthétique du groupe, est signée Nicole Claveloux, responsable de l'habillage de mythiques disques hexagonaux des années 70 pour Jean Constantin, Eddy Mitchell ou Michel Delpech.

Ouverture tropicaliste avec la bien nommée "Sabbat matters" portée par les trois voix féminines, marque de fabrique du groupe à nouveau distribué par l'excellent label Howlin' Banana Records. Ce titre donne le tempo de 40' échevelées où règne l'esprit sixties en diable de Gloria.
Tantôt à l'unisson façon un Bananarama des années 2.0 ("Space rocket" et sa fantastique ligne de synthé-cor d'harmonie, "Miss tambourine", l'outro "Global warning") ou bien à la tierce (le génial refrain de "Holy water", "Back in town" nimbée d'un espiègle esprit doo wop), le groupe lyonnais qui paye aussi son obole soul ("Skeletons") réussit une collection de chansons des plus excitante et qui cette fois-ci rentre dans le cortex..

La réussite du groupe tient on n'insistera jamais assez,  aux harmonies princières du brelan féminin dont il n'existe pas à notre connaissance de pendant aussi probant sur la scène pop hexagonale.
Les filles on le savait, savent guincher. En voici d'autres, Amy, Mary-Louise et Wendy qui savent chanter et vous feront vous trémousser. En attendant, place à  l'hymne qui prévaut.
G-L-O-R-I-A

En bref : ne faisant rien comme personne, les Français de Gloria remettent ça avec un deuxième album très largement supérieur à leur premier. Toujours enluminé de son délicieux brelan de chanteuses. 


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28 mars 2021

Tindersticks - Distractions (2021)

Il ne reste plus grand chose du sextette originel. Seuls les David Boulter, Neil Fraser et bien entendu Stuart Staples figurent encore au casting de ce 12ème opus des Tindersticks - on ne compte pas les innombrables BO de Claire Denis, les expos,  live ou EP's auxquels le groupe a apporté son obole.

Toujours vaillant Stuart Staples et sa troupe oeuvrent encore et toujours dans cette espèce de blues folk ouaté et feutré qui a fait florès depuis les début des années 90.
Assez étonnamment, Distractions qui n'est pas un album de reprises se distingue par trois covers transfigurées ; l'album contenant sept longs morceaux habités de cool habité à la sauce Tindersticks.
Probablement le plus dépouillé de toute leur pléthorique discographie, l'album à la magnifique pochette bleue  propose ainsi un tétanisant "You'll have to scream louder" où Staples fait sienne les obsessions prolétaires héritées de Dan Treacy. Ce titre reprend la virulence initiale du magnifique inadapté des TV Personalities.
Encore plus fort, le délicat "Lady with the braid" signé de la méconnue Dory Previn emmène cette magnifique ballade vers les sonorités minimalistes qu'offre ce disque, teinté de balais jazzy, de boucles électroniques nouvelles. Mais le climax reste certainement la relecture opérée sur le "A main needs a maid" où loin de la grandiloquence foisonnante du Harvest de Neil Young, Tindersticks assisté d'une voix soul féminine, emmène le morceau très haut. Celui-ci et ses acolytes , à peine reconnaissables redonnent leurs lettres de noblesse à l'exercice ô combien éculé de la reprise.

Les quatres créations originelles ne sont pas en reste dans leur magnifique dénuement : on pense au francophile (autre caractéristique du groupe) "Tue-moi" (" Tuuuu-moi /mon fwèèèèèèr / mais sois pwoooche...."), le long "The bough bends", ses voix en contrepoint, sa sourde beauté", " I imagine you"  susurré et à peine audible.
Mais l'auditeur retiendra prioritairement le terrassant "Man alone (can't stop the fadin')" qui ouvre l'album. Où 11 minutes de chant désincarné côtoient l'électronique la plus primaire, la plus hantée, la plus désolée aussi. Stuart Staples disait vouloir se mettre en retrait et user de sa voix comme d'un instrument. C'est exactement ce qu'il fait sur ce titre inédit dans le spectre Tindersticksien - on entend même de vieux sons de boîte à rythmes DX7 -  qui culmine sur un crescendo strident avant que de retrouver ses notes de basse obsédantes. 

Le début des années 90 a été le nouvel âge d'or des groupes Britanniques. 30 ans pus tard, on peine à trouver des survivants, crédibles qui plus est ; on ne voit guère que The Divine Comedy ou les Manic Street Preachers comme exceptions contemporaines.
C'est sans doute là et à travers cette exceptionnelle longévité, la preuve de l'importance de Tindersticks sur l'échiquier musical.

En bref : minimalisme, électronique et reprises transfigurées sont les mamelles de la 12ème livraison de Tindersticks. Où le groupe réussit encore surprendre 30 ans après ses iconiques débuts.


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