28 février 2019

The Cure - The Top (1984)

Un vrai bestiaire cette affaire. Même si du chien au poisson, en passant par l'oiseau, la chenille et le cochon, il n'est ici jamais question de taupe. Juste de "top" dont la polysémie - le sens de toupie est donc de rigueur - sied parfaitement à ce 5ème album des corbeaux de The Cure.


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04 février 2019

KaS Product - Try Out (1982)

Dès 1980, ils sont apparus comme le nouveau fer de lance d'une scène pop electro made in France, avec leurs compatriotes tout aussi essentiels  Jad Wio et Doctor Mix (ex Metal Urbain). Ils, c'est Mona Soyoc, américaine exilée à la voix de cantatrice goth - Siouxsie, influence essentielle, notamment ici avec "So young and so cold" et davantage encore avec "Tina town" sur le deuxième album que l'on jurerait sorties du génial Kaleidoscope. Et Daniel Favre, énorme mèche au vent devenu l'irremplaçable Spatsz au sein du duo. A Mona les lyrics, les quelques notes de guitare et à Spatsz le Casio et le Korg pour son rôle dévolu à la composition - c'est bien avant l'énorme clavier dentelé des tournées futures.


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12 janvier 2019

Black Bones - The Wolf Under The Moon (2018)

Anthony Ternant est l'un des secrets les mieux gardés de la pop hexagonale. Fondateur des mythiques The Bewitched Hands, le groupe se sépare malheureusement au bout de deux albums, alors que sa pop chorale empruntait au meilleur de la scène nord-américaine d'alors (Arcade Fire / Bodies Of Water / Family Of The Year).


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31 décembre 2018

Cocteau Twins - Treasure (1984)

Ces deux là étaient faits pour s'entendre. Lui, discret et taiseux, elle énigmatique, elfe égaré qui aimait à fréquenter les cimetières et les lieux interlopes de Grangemouth dans leur Ecosse natale.


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20 juillet 2018

Belle & Sebastian + Nits - Nuits de Fourvières (Lyon) - 18/07/18


C'est peu dire le plaisir que l'on a de retrouver les Nits quelque quarante-cinq ans (!) après leurs débuts. Le meilleur groupe néerlandais que... tout le monde connaît, au succès d'estime confidentiel mais avéré, vient de pondre la bagatelle de 19 albums. auxquels s'ajoutent moult mini-Lp's, live et collaborations diverses; Et la passion, la bonne humeur sont toujours là.


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29 octobre 2014

Cleaners From Venus - Number Thirteen (1990)

Attention OVNI ! Suis-je le seul à être passé à côté de l'illustre Martin Newell et de ses Cleaners From Venus ? Il y a pourtant tant à dire sur ce personnage et son impressionnante (non)carrière musicale comme littéraire. Une omission sans doute due au fait que la plus grande partie de sa discographie et de celle des Cleaners, enregistrée entre 1981 et 1996, n'était sorti qu'en K7 de manière plus qu'artisanale. C'est aujourd'hui grâce à l'excellent travail d'exhumation du label Captured Track que nous pouvons (re)découvrir ces diamants bruts enregistrés pour la plupart sur 8 pistes dans la chambre de Newell sous la forme de trois coffrets vinyles regroupant la totalité des "albums" des Cleaners. Number Thirteen, un parmi d'autres, et issu du volume 3 de ces rééditions, peut être vu comme la porte d'entrée dorée à l'univers de ce musicien au-dessus du lot.


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28 juillet 2014

Total Control - Typical System (2014)

La musique en terre australe ne passe pas que par le prisme du psychédélisme. La preuve en est faite avec ce second LP des australiens de Total Control qui ravive la flamme du punk de leurs cousins germains en y incorporant une couverture électro - synthétique. Le punk est mort, vive le post punk !


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09 novembre 2013

Daughn Gibson - Me Moan (2013)

On ne sait trop comment aborder ce chemin scabreux s'il en est un. Bercé par la volonté d'épouser l'azur et la terre dans un même baiser, Me Moan dépeint une Amérique archaïque et rurale, encline au blues et la country, mais ici teintée d'un côté électronique devenu presque anachronique. En résulte un étrange cocktail porté par une voix de baryton à l'amplitude généreuse et caverneuse.

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31 juillet 2013

Finis Africae - A Last Discovery : The Essential Recordings 1984 - 2001 (2013)

C'est un objet musical rare et hors du commun. Une découverte qui exciterait les sens tels ceux d'un enfant qui trouverait un objet d'une quelconque valeur enfoui dans le sol. Une sorte de trésor auditif caché pendant des années par quelques initiés qui auraient jalousement gardé le secret. Avec ses parfums d'exotisme, de mystère, de mystique, d'inexploré et d'érudition latine, la mention Finis Africae suscite déjà en soi une curiosité certaine. Ces "confins de l'Afrique" ont en effet longtemps nourri de nombreux fantasmes. Le continent noir comme la terre d'une exploration infinie, comme le serait aujourd'hui celui de la musique. Elle a d'ailleurs été choisie en référence au livre d'Umberto Eco, Le Nom de la rose, pour désigner les livres "interdits" de la bibliothèque… Une mise à l'Index qui ne devrait pas s'appliquer à cet album. Même si derrière ces compositions en majorité expérimentales, se cache presque inévitablement une dimension ésotérique.


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13 mai 2013

College - Héritage (2013)

College, porté par le nantais David Grellier, délivre un album d'électronique pure et sans vocalises, hommage aux premiers échos de la disco italienne, dont la résonance vintage, piquera au vif les mélomanes nostalgiques de mélodies synthétisées.

Pour la petite histoire, College s'est popularisé par un titre, "A Real Hero", repris trois ans après sa sortie sur la B.O du film Drive, achevant de faire connaitre le français aux oreilles du monde entier. Une reconnaissance tardive pour un artiste pris dans un paradoxe temporel. Une explication somme toute logique à l'écoute de cet Héritage, anachronisme musical et hommage rendu à une période, dont le legs continue d'investir la musique électronique contemporaine.


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06 février 2013

Motorama - concert à la Poudrière de Belfort le 03/02/13


Belfort, ma cité-mère, mini-Sheffield fantasmé de carton-pastel, pourtant solidement ancré entre les champs de l’impossible, berceau de métal où la technique est maîtresse, c’était si évident. Que je vienne voir Motorama en ton sein, pourquoi aurais-je attendu la date parisienne ? Car leur Calendar me passionne depuis plusieurs mois déjà, malgré le scepticisme des premiers jours. Qui me faisait dire : comment, écouter un énième groupe rejouer les motifs new wave pourtant maintes fois et inlassablement reproduits au cours de cette dernière décennie ? Mais vous n’y pensez pas, Talitres, après tant de disques et de concerts de fades groupes revivalistes, j’avais presque décidé d’abandonner le genre !


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06 juin 2012

Lauer - Phillips (2012)

Ce disque a priori anodin, qui pourrait aisément se noyer dans la masse des projets du genre, a fini je ne sais trop comment par tourner très régulièrement sur ma platine ces dernières semaines. Il y a quelque chose de joyeusement réconfortant dans cet assemblage de nu disco, de synth-pop, de house et de new-wave, dans ces mélodies lumineuses bien que simplettes, ces sons chauds et veloutés. Quelque chose de profondément estival, qui invite au plaisir et à la luxure autant qu’à la danse. Actif depuis plus de 10 ans, Phillip Lauer est la moitié de Tuff City Kids et surtout d’Arto Mwambe, et s’est également fait connaître en solo grâce à de gros EPs  parus entre autres sur Permanent Vacation et Live At Robert Johnson. De bonnes références, donc. En 2012, il continue la tournée des meilleures crèmeries teutonnes puisque son premier long-format sort chez Running Back, à qui l'on doit par exemple le Ragysh de Todd Terje, ou les derniers albums de Tiger & Woods et de Boof, alias Maurice Fulton.


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22 novembre 2011

Nomenklatür - Fascinated By The Chaos (2011)

Encore une fois c’est la pochette qui m’a plongé dans l’univers du duo français Nomenklatür. Entre visuel hard-core et éclat électronique, avec ce corps dont le cerveau rayonne et où la peau est à nue. Le titre plus ou moins fascinant également. L’envie d’en savoir plus, d’écouter et de se laisser aller à un genre dont je ne suis pas forcément spécialiste, une sorte de techno new-wave sombre et marécageuse. Et dans cette optique, le deuxième Lp d’Olivier Brucker et Olivier Rossi se pose là.

Instantanément ça marche. On retrouve un son mi-analogique mi-digital, des basses pour danseurs de salon et une noirceur affirmée. C’est pourquoi il ne faut pas trop croire le premier titre de l’album, "It’s all in the air" qui fait appel à la voix éthérée et hypnotique de Mini, car on ne la retrouvera plus par la suite. Dès "Personal diary" on est un peu plus dans le vrai univers Nomenklatür. Angoissants et longs, leurs tracks le sont très certainement. On pense aux années 80’s, à Giorgio Moroder parfois ("This is going to happen"), mais de manière générale le son est pourtant très allemand.

Leur premier album Gift Of Ages (sorti chez Space Factory, quel programme !) était quant à lui plus indus, davantage new-wave. Ici c’est réellement la précision métronomique teutonne qui intervient. Surtout sur le superbe "Freaky freaky". D’une noirceur totale, Nomenklatür extrait un spleen électronique qui ne cache cependant pas une certaine évidence pop, celle-là même qui m’a certainement accroché au projet. Le break de ce dernier morceau à 3’35" en témoigne. Pas de surprise que tout cela soit sorti chez Module.

En bref : bande originale possible d’un film imaginaire, un film où le héros serait vêtu de noir et marcherait seul dans la neige, sur fond d’électronique froide et entraînante à la fois.




Le site du disque, et la page Soundcloud de Nomenklatür qui recèle plein de super mixs à se passer en soirée

L’excellent teaser de l’album en 5’52"



Le titre éponyme :



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24 septembre 2011

The War On Drugs - Slave Ambient (2011)

Deuxième LP pour le quatuor de Philadelphie emmené par le dylanien Adam Granduciel. Bien qu’amputé de son second membre, le talentueux Kurt Vile qu’on aura pu apprécier récemment en solo sur Smoke Ring For My Halo (Matador), le groupe n’en conserve pas moins sa signature sonore. Sur Slave Ambient, édité par l’excellent label Secretly Canadian (Anthony and the Johnsons, Little Scream, Suuns), Adam Granduciel affirme sa position de frontman tout en accordant une grande place à l’instrumentation.

L’écoute du disque est relativement aisée par la progressive introduction dans l’univers du groupe. Les trois premiers titres sont des folk songs au songwritting impeccable ponctuées de nappes synthétiques et de soli de guitares truffées d’effets. Ce n’est qu’à partir de "Your love is calling my name" que la rythmique s’accentue et que les nappes de synthétiseurs se font plus oppressantes. Jusqu’à former un drone opaque, imbibé de sonorités new-wave, qui devient le fil conducteur des titres et oblige chaque instrument à lutter pour refaire surface.

La musique du groupe atteint alors des sommets sur "Come to the city" et sa suite entièrement instrumentale : "City reprise #12". En fin de disque, la pression se relâche et permet au tubesque "Baby missiles" de se dissocier aisément de l’ensemble. Le groupe entame alors l’ultime "Black water falls", une folk song à la rythmique entêtante avec ce petit air d’accomplissement caractéristique des fins de disques réussis.

Slave ambients est un album sans pause ni temps morts, hypnotisant par ses rythmiques répétitives et obsessionnelles. C’est d’ailleurs ce qui fait son originalité car les compositions auraient tôt fait de sonner comme un barbant revival d’Americana pour leur côté roots. Car il est clair que la voix d’Adam Granduciel n’échappe pas à certaines filiations avec les plus grands comme Neil Young ou Bruce Springsteen et surtout Bob Dylan pour son timbre légèrement érayé. Mais son application et celle de ses musiciens à développer une texture sonore complexe en arrière plan, amalgame de drone synthétique et de soli de guitare entrelacés, évoque plus Suicide ou le Cryptograms de Deerhunter. Drôle de mélange, à première vue. Pourtant, ces douze titres ont une certaine cohérence et s’enchaînent avec un dynamisme propre à l’album.

En bref : The War On Drugs confirme, une fois de plus, son talent pour réinventer l'Americana dans une version moderne et ambient.



Myspace, site officiel

"Best night" :



A lire aussi : The War On Drugs - Concert au St Ex de Bordeaux le 22/02/09

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26 juillet 2011

Oops - Pitch & toss (2011)

Auteur en préambule à cet album d'un single diablement efficace, "I'll try", Oops, duo formé de Mikey G et Nellio, basés à Paris, oeuvre dans un créneau new-wave/electro et démontre vite une certaine adresse dans la composition de petits tubes entêtants (ce même "I'll try" et "Don't say goodbye", parfaite entame), mélodiquement simples et dansants, fédérateurs aussi, de nature à rassembler les castes. L'impeccable "Pitch & toss" complète le tableau et donne lui aussi l'envie de remuer les gambettes.

Voix mélodieuse et entrainante, synthés bavards et efficients ; il n'en faut pas plus à la paire pour s'imposer. Mais celle-ci faiblit sur des ballades un peu trop convenues ("Don't cry" puis "Twenty years"), qu'on peut qualifier de négligeables mais dont la texture et le nombre desservent l'ensemble.

On retrouve un certain allant sur "Like a brother", bel exercice electro-pop, léger, puis un "Whatever's broken" qui le complète joliment, de façon toutefois moins immédiatement cadencée que sur le début d'album. Ces titres étoffent malgré tout la palette de Oops avec mérite. "Rainbow" et ses boucles bien senties lui permet ensuite de se montrer à nouveau performant. A la fois alertes et bien dosées, jamais excessives, dotées pour celle-ci d'effluves psyché. La version pop d'"I'll try" dévoilant l'instant d'après de beaux atours acoustiques (attention cependant à ne pas verser dans l'excès avec ce titre certes probant, mais dont la qualité pourrait être altérée par une déclinaison trop marquée).

Enfin, c'est justement un remix de ce morceau par Ocko, plutôt intéressant, aux sons de clavier malins, qui met fin à un "Pitch & toss" globalement accompli, en attendant toutefois du groupe qu'il parfasse ses essais plus posés, ici moins marquants que ceux qui les entoure.

En bref : une belle réussite d'ensemble, tout juste "ternie" par des plages moyennes, de la part d'un duo-surprise dont on attend la suite des travaux avec curiosité.




Le site et le Myspace de Oops.

"I'll try" :


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10 mai 2010

Rosemary's Baby - Keep The Faith ? (2010)

Venu de Nantes et Angers, Rosemary's baby se distingue à nouveau, après un cinq titres datant de 2007, sur cette nouvelle sortie énergique et souvent inspirée. Un rock tranchant, plein d'allant ("Bad friend"), crédite le quatuor, qui dès la fine intro de "Kill me again" met toutes les chances de son côté. Le côté poppy de cette amorce voit des guitares rageuses le mettre joliment à mal, le mélange entre new-wave et rock bourru initié par le groupe fonctionnant ici à merveille, entre sensibilité et énergie débridée. La bonne impression se confirme sur "The great fear", electro au début puis fait ensuite d'un rock une fois encore mordant, mélodique aussi, rythmé et bien maitrisé. Aucun faux pas n'est à déplorer et les Rosemary's baby emportent, dans le flux de leurs rythmes affirmés, l'adhésion de l'auditeur.

Des claviers bien investis introduisent le noisy et percutant "The ripper", au refrain obsédant, à la voix déviante et rageuse, avant que le rythme se fasse plus insidieux sur "Eternal is a criminal", bien équilibré entre force de frappe et moments plus tempérés. Le groupe impose sa patte et s'affirme de façon indiscutable, d'autant que la pop-rock alerte de "Lost control" s'avère elle aussi tout à fait réjouissante, portée par des mélopées souvent soignées, et une trame urgente, aux guitares acérées alliées à une rythmique sans écarts, qui impulse d'ailleurs des accélérations bienvenues à ce cinquième morceau.

C'est alors que se profile "Starting block" dont le chant en Français altère la qualité en dépit d'une instrumentation puissante, et dont l'orientation rappelle de façon un peu trop évidente les groupes français oeuvrant dans un créneau rock faussement remonté, tels Eiffel ou Deportivo.

Qu'à cela ne tienne, "One of them" répare l'erreur avec son tempo lourd et ses soudaines envolées hautement appréciables suivies de breaks de claviers eux aussi probants. Puis "Bad friend" et son allant presque punk-rock, et ses gimmicks guitaristiques décisifs, assied définitivement la valeur de la formation menée par le chanteur-guitariste Sébastien Magnette. "Love (Or the hardest way to become a nice guy)" et ses airs à la Thugs mettent fin à l'album avec un certain brio, faisant par là-même de l'oeuvre en présence une réalisation fiable, sans réelles faiblesses si ce n'est... le recours au Français (sur un seul titre, ce qui ne prête pas à conséquence), dotée de nombreux morceaux de belle facture.

En bref : second effort concluant pour un groupe dont la quête d'identité est manifestement en bonne voie, et dont on espère que ses prochaines sorties le verront creuser plus en avant encore le sillon de ce rock racé et bien exécuté.




Le Myspace de Rosemary's Baby

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07 décembre 2009

Pulp - Separations (1992)

L’histoire de cette chronique a peu ou prou suivi celle du disque dont il est question. Et son sujet mon histoire personnelle. Soit une mise en abîme vertigineuse qui me replonge dans un état particulier à chaque fois que je l’écoute, on s’en doute. L’on pourrait presque sous-titrer "tiré d’une histoire vraie". Separations est le troisième album de Pulp, après It en 1983 et Freaks en 1987, alors que le groupe est créé depuis 1978. Leur musique est trop sombre et ne touche qu’un petit public, le jeune Jarvis Cooker sort d’une désillusion amoureuse, et son groupe par manque de succès risque à tout moment de se séparer lui aussi. Dernier tir avant d’emprunter le tunnel de lumière, Separations devait mettre fin sur le papier à la carrière du groupe anglais. Il mettra énormément de temps à voir le jour, mais fixera à jamais le style Pulp à venir. Et si l’on n’en est pas encore à la puissance créative de Different Class, Separations permet surtout une chose, enfin découvrir cachée derrière le vernis la personnalité du plus emblématique des middle class hero, le charismatique Jarvis Cooker, qui découvre alors et dans un même temps sa voix et les douleurs de l’âme en peine. Et ce mélange des deux de devenir un classique de la pop britannique.

Il faut dire que le disque ne perd pas de temps pour entrer en matière, en alignant deux monuments en première ligne, le désespéré et bien nommé "Love is blind" suivi par la superbe tentative de récupération ratée (et encore une fois bien nommée) "Don’t you want me anymore". Pour la première, les retrouvailles avec le groupe depuis cinq ans sont directes. Une ligne de basse, un lyrisme crescendo, et des sonorités toujours un peu kitsch, comme l’amour finalement. Assimilé à une sorte de glam new rave à sa sortie, Separations propose quelque chose de vraiment original. Et bien-sûr, Jarvis qui chante, ou plutôt qui parle, qui débite même. Et qui balance ces "Nanana" désespérés tel un loup qui hurlerait à la lune. Qui n’est pas pris en étaux par ce chant n’a pas de cœur. Et la deuxième donc, ce refus de la réalité, classique étape du cycle du deuil : le marchandage. Jarvis se dirige vers son ex et compte lui montrer "qui est le maître". Ces paroles sont tout simplement parfaites : "You’re gonna love me, more than ever / And the sun will shine again / And I will kiss you face, and I will make you smile again". La suite : "Oh no I can’t, I can’t believe what’s happening / There must be some mistakes / You find yourself another lover, and you’re glad we made the break". Jarvis ne chante pas, il joue son personnage comme au théâtre. Hélas on sait sa tentative vouée à l’échec.

Ensuite dans Separations il y a d’autres morceaux passionnants et romantiques. "She’s dead" par exemple, incroyable de mélancolie, mais aussi "Down to the river" et sa tristesse absolue. Il y a aussi "My legendary girlfriend" ce morceau bancal et discoïde, avec une intro que l’on croirait tirée d’un Barry White. Une musique étrange, avec des souffles rauques, des cris et des sifflements, qui ont eu tellement de portée qu’un groupe s’est nommé comme ça. Après toutes ces présentations, il reste encore les trois derniers morceaux de bravoure de l’album. Trois titres monstrueux, à commencer par "Countdown". Encore une fois ce son disco, et un Jarvis qui continue d’endurer les dix plaies d’Egypte. Il prend la réalité en pleine figure et sait que son heure est comptée. Le nouveau Scott Walker en mode voûté et longiligne déballe ses détails cyniques sur la rupture et en fait des hymnes nostalgiques à toute épreuve, y compris celle du temps.

"Death II". Un titre à damner un Saint. Le sommet du disque. Maintenant Jarvis est seul, il erre dans les bars pour boire et draguer, mais il n’y arrive pas et continue d’enchaîner les moments de galère et d’insuccès : "I must have died a thousand times / the next day I was still alive / And I still believe in you". Le constat est amer : "Oh I was nothing when you came, and no one now you go away". En fait chaque parole est importante (et oh Bonheur, intelligible et dans un bel anglais), tel un récit bien écrit. Koudlam aurait pu faire ça avec ses synthés. En voiture balai, "This house is condemned" enfonce le clou d’une électro hypnotisante presque anachronique par rapport au reste du disque, et vient clore 48 minutes de rupture en musique. Vous avez dit sado-maso ?

En bref : il fallait bien ça pour souligner la naissance d’un groupe important des années 1990, Separations est pour moi parfait de bout en bout, de la pop discoïsante scandée, que dis-je, vécue par un Jarvis Cooker alors au sommet de lui-même, bien malgré lui. L’autodestruction n’a jamais été si mélodieuse.





A lire aussi : The Pale Fountains - Longshot for you love (1998)

"Don’t you want me anymore" et "Death II" :




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07 juillet 2009

Iggy Pop - Préliminaires (2009)

Iggy Pop et Michel Houellebecq réunis pour un disque. Belle affiche. Pour ma part, je n’aurais pu trouver rencontre plus alléchante et intrigante. Que pouvait donc bien donner l’association – aussi inattendue qu’excitante – du mythique iguane et de l’écrivain français ? Quid d’un album annoncé sous influence de La possibilité d’une île, dernier roman en date de notre libidineux littérateur ?

Beaucoup, dès les premières écoutes, ont été surpris voire offusqués de découvrir un album à l’ambiance plus posée et suave qu’à l’accoutumée. « Merde ! Iggy nous fait du jazz maintenant ! ». Plutôt que jazz, je parlerai volontiers d’un certain blues-rock, joliment cuivré et aux accents baroques me rappelant sur certains titres un autre monstre sacré, Lou Reed. L’Américain livre un de ses plus beaux tours de chant, tout en langueur et en distinction. Sans pour autant renier sa culture rock – qu’il exprime assez nettement dans la seconde moitié du disque - le reptile se fait crooner et expose davantage sa corde sensible.

L’ouverture est sans appel. Pour nous accueillir – ou plutôt nous cueillir (délicatement), sur quelques notes d’orgue velouteuses et quelques discrètes pointes de guitare basse, Iggy Pop nous gratifie d’une magnifique reprise des « Feuilles mortes » de Prévert, originellement chantée – pour l’anecdote – par le plus qu’oublié Jacques Douai en 1947 et non par Yves Montand qui se targuait pourtant d’en avoir été le premier interprète. Je vous parlais de crooner, ce premier titre, livré dans la langue de Molière, en est l’éclatante démonstration, sublimement parachevé par un magnifique solo de clarinette. Enchaîné avec l’éblouissante quoique trouble « I want to go to the beach », il nous dévoile un chanteur charnu, fragile et chaud. Une facette plutôt cachée de l’icône américain.

« King of the dogs », avec ses cuivres fanfarons et son piano cabaret, verse dans un registre plus glamour et baroque à mon goût mais non moins appréciable. Il y a pour moi dans ce titre indéniablement du Transformer. Ceci étant dit, on pourrait abonder inlassablement en références légendaires au fil des 12 morceaux du disque. Cela serait à mon avis oublier trop facilement devant quel mythe et quel grand vocaliste nous faisons face.


Quelques que soient les dominantes des morceaux, du rock rageur « Nice to be dead » au blues garage aux guitares grasses « He’s dead / She’s alive », via des phases d’inspirations new wave (l’excellente « Party time ») ou jazz, règne une atmosphère erratique, menaçante, légèrement déroutante et indubitablement mélancolique. Isolé et pénétré par ses vies antérieures, comme pouvait l’être le personnage de Daniel 24 dans La possibilité d’une île, Iggy Pop, bien que fièrement dressé de toute sa hauteur, expose ses plaies et ses multiples personnalités

Pour la première fois, le chanteur a travaillé seul, ne rencontrant pas ses musiciens et à de très rares occasions Michel Houellebecq, l’auteur des textes. Incontestablement, cet ermitage lui a été bénéfique. Débarrassé de ses Stooges, il nous revient dans les habits d’un crooner blues inquiétant et caverneux, bien servis par les mots et les obsessions du Français ainsi que par des arrangements n’ayant pas souffert la distance.

En bref : En mode loup solitaire et plus envoûtant que jamais, l’iguane change de peau et se mue en ténébreux crooner blues. Pas un vague album à tendance jazzy d’une icône déchue, un disque bluffant d’un grand Iggy.




Le site web dédié à Préliminaires.

A lire aussi : Danger Mouse and Sparklehorse – Dark night of the soul (2009)

“King of the dogs” en live à France Inter :


“Les feuilles mortes” également à France Inter :

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12 juin 2009

The Horrors - Primary Colours (2009)

Au départ, on pouvait être sceptique : le nom du groupe (même s'ils réhabilitent les noms en "the"), les pseudos crétins façon Hives de ses membres, le garage rock poussif et crade de Strange House (2007), ce côté next big thing du pauvre, ce vilain look corbak, tout çela fait beaucoup niveau hype.  En plus, ils n'étaient même pas américains, (plus grave, ils étaient anglais !), n'avaient même pas eu l'idée de se faire produire à Brooklyn par David Sitek, mais au contraire le nouveau disque portait la griffe de ce frêle geek de Geoff Barrow ; fallait-il en jeter encore ?

 On les disait pourtant érudits, et puis il y avait cette pochette énigmatique jouant sur un flou lysergique façon Pornography des Cure, qui allait aussi faire la différence. Disons le d'emblée : Primary Colours ne révolutionne rien. On s'attend même au pire quand, après une très courte intro de "Mirror's Image" - mais tout dans ce disque est affaire de miroirs déformants - on se trouve à piétiner les plates-bandes d'un groupe de pop héroïque tel que pouvait l'être The Opposition, ceci dit pour la datation carbone. Encore faut-il y rajouter ce ressac de guitare obsédant qui noyé sous la reverb et ce son de vibrato typiquement My Bloody Valentine rend le morceau intriguant, à défaut de mémorable. Mais dès "Three Decades", et dans une ambiance de train fantôme dévalant au milieu d'un palais des horreurs (pas fait exprès!), Faris Rotter emmène son groupe assez haut en transcendant son timbre sépulcral, à mi-chemin entre celui de Ian Curtis et celui de Dave Vanian. Le frontman des Damned est également particulièrement suggéré sur la funèbre et trippante "I Only Think Of You". Intro de guitare Killingjokienne sur l'infernal "New Ice Age", mené tambour battant, et qui revient aux premières obsessions garage du groupe. Une basse Joydivisionesque façon "Love Will Tear Us Apart" ouvre un "Scarlet Fields" qui encore une fois, roule des pelles au groupe de Kevin Shields. Tandis que "Do You Remember" rend un hommage appuyé aux groupes majeurs de la cold wave, évoquant la morgue juvénile des séminaux Jesus And Mary Chain,"I Can't Control Myself" aurait fait un excellent single növö punk, avec cette touche de Farfisa aigrelet qui convoque l'esprit des Stranglers. "Sea Within A Sea", le curieux morceau qui cloture ce disque très probant oscille entre pop Stranglersienne et kraut ; en témoignent cette longue intro que n'aurait pas désavoué Julian Cope, et cet orgue Lowrey tout en boucles oscillantes. 

A l'arrivée, un album plutôt homogène auquel certains mauvais coucheurs auront reproché la longueur des morceaux : curieux  pour une oeuvre de 45' qui va à l'essentiel sur ses 10 morceaux, reprenant en cela des canons plus crédibles en terme de durée d'un disque. The Horrors, c'est surtout un groupe qui, au-delà de son premier vrai galop d'essai d'envergure, donne furieusement envie d'être visité live. 
Et c'est aussi un combo qui, sans rien inventer, parvient assez facilement à dépasser ses (nombreux) inspirateurs. On suivra avec intérêt la suite de leurs exploits.

En bref : auteurs d'un disque à la production encore garage et caverneuse, mais aux chansons plus ambitieuses, les Horrors réussissent un digest assez pertinent de leurs influences musicales. Et deviennent accessoirement l'un des (très) rares groupes anglais dont on va suivre avec intérêt la progression.



Le site et le Myspace (qui offre l'album en streaming)

"New Ice Age" :

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16 mars 2009

Alain Bashung - Novice (1989)

Novice, Alain Bashung né Baschung, ne l'est plus tout à fait lorsqu'il publie son 6ème album. Car si cela fait 20 ans qu'il fait carrière, celle-ci n'a pris un tour populaire qu'en 1979 par la grâce d'un tube roué, la méga-connue "Gaby Oh Gaby", depuis longtemps reniée par son interprète, et suivie de près par l'indispensable et également tubesque "Vertige de l'Amour".
Mais le succès à tout crin qui d'ordinaire fait tourner la tête à plus d'un artiste de variété (osons le mot), ne porte pas ombrage à Bashung, qui décide assez vite de poursuivre l'aventure "commerciale", en pondant certains de ses albums les moins accessibles. Ce sera d'abord le très new-wave Play Blessures (1982), puis sa copie carbone (et comme toute copie...) faussement guillerette, Figure Imposée (1983). Après une concession à l'audimat et aux chiffres de ventes avec le pataud Passé le Rio Grande (1986), l'Alsacien revient à un niveau de production plus conforme à son talent, en offrant les ambiances glaciales (ou brûlantes, c'est selon...) de son nouveau disque.

Quelque peu plombé par des sons de synthés aigrelets et définitivement passés en 2009, ce petit frère de Play Blessures retrouve l'inspiration de son illustre devancier. Un détail qui ne trompe pas quant à la qualité de Novice, c'est qu'un de nos chouchous, Colin Newman de Wire, fait ce coup-ci partie du casting en étant l'arrangeur du disque. On note aussi les présences aux guitares de Phil Manzanera, du fidèle Olivier Guindon, dépositaire du si fameux son Twang, entre surf et cold.
Jean Fauque, lui, supplée Boris Bergman aux textes.

Cet album est noir, sépulcral, comme sa pochette, magnifique portrait de l'artiste en gros plan. Dès "Pyromanes", s'instaure une ambiance de soufre. On n'est pas là pour rigoler, pour faire dans l'entertainment ; d'ailleurs Bashung s'est mis au vert : No drugs, no alcohol, no vice ? Et là où les sonorités surréalistes de Bergman, les calembours les plus absurdes de Gainsbourg ("Scène de Manager", "Trompé d'Erection") désacralisaient les climats les plus polaires initiaux ; le sourd nihilisme poétique d'une majorité des titres de Novice exigent de l'auditeur une grande disponibilité. "Intrépide Malgré la Fièvre", "Alcaline", sont tout sauf des titres faciles ; les sons Midi tribaux de "Tu M'as Jeté" et "Elle Fait L'avion" ne sont pas à proprement parler sexy.

Et puis, quand on pense qu'un truc comme "Bombez !" est sorti en single ! On devine l'indépendance dont jouit Bashung vis-à-vis de sa maison de disques, et les têtes des représentants de celle-ci quand ce dernier leur amenait les bandes de ses albums. Bashung n'a peur de rien, ne recule pas devant l'emphase, la diction outrée sur le très beau titre qu'est "Etrange Ete". Si Play Blessures conviait à la traversée d'un brasier rougeoyant, Novice n'en est plus que le no-mans land désolé sur un tapis de cendres. Brrrrr...

En bref : pas l'album le plus vendeur ni donc le plus connu de son auteur. Mais un monument de noirceur, de sons irréels, à mi-chemin entre la new-wave, l'indus et la chanson française. Le disque qui clôt - et de quelle magistrale manière - un cycle.




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"Pyromanes"

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