12 juin 2009

The Horrors - Primary Colours (2009)

Cette chronique est le fruit d'un hasard, et le hasard fait parfois bien les choses ; c'est en effet au cours d'une discussion enflammée lors de la soirée d'anniversaire de madame Nickx avec notre Ju national et Christophe ci-devant chanteur guitariste des Pony Tailor, eux-mêmes garagistes émérites, que je me suis vu conseiller l'écoute du deuxième effort des Horrors.

Chance ! L'album étant dispo en streaming sur le Net, pas beaucoup d'efforts à faire, ni de commande hasardeuse à effectuer ! Car en fait j'étais sceptique : le nom du groupe (même s'ils réhabilitent les noms en "the"), les pseudos crétins façon Hives de ses membres, le garage rock poussif et crade de Strange House (2007), ce côté next big thing du pauvre, ce vilain look corbak, tout ça ne me disait rien qui vaille !

En plus, ils n'étaient même pas américains, (plus grave, ils étaient anglais !), n'avaient même pas eu l'idée de se faire produire à Brooklyn par David Sitek, mais au contraire le nouveau disque portait la griffe de ce frèle geek de Geoff Barrow ; fallait-il en jeter encore ?

On les disait pourtant érudits, et puis il y avait cette pochette énigmatique jouant sur un flou lysergique façon Pornography des Cure, qui allait aussi faire la différence. Disons le d'emblée : Primary Colours ne révolutionne rien. On s'attend même au pire quand, après une très courte intro de "Mirror's Image" - mais tout dans ce disque est affaire de miroirs déformants - à la Animal Collective, décidément LA référence de ce millésime, on se trouve à piétiner les plates-bandes d'un groupe de pop héroïque affreusement daté façon The Opposition ! Même si j'avoue une honteuse inclinaison pour le Intimacy (1983) de ces derniers !

Encore faut-il y rajouter ce ressac de guitare obsédant qui, noyé sous la reverb et ce son de vibrato typiquement My Bloody Valentine rend le morceau intriguant, à défaut de mémorable. Mais dès "Three Decades", et dans une ambiance de train fantôme dévalant au milieu d'un palais des horreurs (pas fait exprès!), Faris Rotter emmène son groupe assez haut en transcendant son timbre sépulcral, à mi-chemin entre celui de Ian Curtis et celui de Dave Vanian. Le frontman des Damned est également particulièrement suggéré sur la funèbre et trippante "I Only Think Of You".

Intro de guitare Killingjokienne sur l'infernal "New Ice Age", mené tambour battant, et qui revient aux premières obsessions garage du groupe. Une basse Joydivisionesque façon "Love Will Tear Us Apart" ouvre un "Scarlet Fields" qui encore une fois, roule des pelles au groupe de Kevin Shields.

Tandis que "Do You Remember" rend un hommage appuyé aux groupes majeurs de la cold wave, évoquant la morgue juvénile des séminaux Jesus And Mary Chain,"I Can't Control Myself" aurait fait un excellent single növö punk, avec cette touche de Farfisa aigrelet qui convoque l'esprit des Stranglers.

"Sea Within A Sea", le curieux morceau qui cloture ce disque très probant oscille entre pop Stranglersienne et kraut ; en témoignent cette longue intro que n'aurait pas désavoué Julian Cope, et cet orgue Lowrey tout en boucles oscillantes. Au final, un album plutôt homogène auquel certains mauvais coucheurs du Net auront reproché la longueur excessive des morceaux, curieux et peu honnête constat en vérité, pour une oeuvre de 45' qui va à l'essentiel sur ses 10 morceaux, reprenant en cela des canons plus crédibles en terme de durée d'un disque !

The Horrors, c'est surtout un groupe qui, au-delà de son premier vrai galop d'essai d'envergure, donne furieusement envie d'être visité live. Combien de groupes anglais actuellement suscitent ce sentiment ? Perso, hors la comète esseulée Gravenhurst... Et c'est aussi un combo qui, sans rien inventer, parvient assez facilement à dépasser ses inspirateurs. On suivra par exemple avec intérêt la suite de leurs exploits, alors que peu de monde se souciera du devenir discographique de My Bloody Valentine.

En bref : auteurs d'un disque à la production encore garage et caverneuse, mais aux chansons plus ambitieuses, les Horrors réussissent un digest assez pertinent de leurs influences musicales. Et deviennent accessoirement l'un des (très) rares groupes anglais dont on va suivre avec intérêt la progression !





Le site et le Myspace (qui offre l'album en streaming)

"New Ice Age" :

9 Comments:

HIPHOP said...

bon, allez moi aussi je vais m'y mettre....
bises
J

Benjamin F said...

Bon j'avais pas accroché à la première écoute mais je vais m'y remettre ;)

Ju said...

Ahah, je me souviens de cette dicussion, mais je ne pensais pas que tu ferais l'effort de réhabilitation. Tant mieux.

Perso j'adore vraiment "Sea without a sea" et "New ice age". Ce disque est vraiment varié je trouve, même si les influences ont toutes une origine commune.

Par contre je ne te suis pas sur le Animal Collective. Où est-ce que tu vois du AC là-dedans?

Pour info je les ai vus au Primavera (un peu trop tard dans la nuit) et c'éatait plutôt pas mal, sans être exceptionnel.

Eh chez les anglais je te demanderai de ne pas oublier Arctic Monkeys ! Ils ne sont pas morts !

Allez, la bise.
Ju

Nickx said...

Oui, j'avais oublié les Arctic Monkeys, sans doute le seul groupe de lads qui vaille le coup aujourd'hui !

Pour la référence à AC, relis bien ma chronique : je n'évoque que quelques secondes d'intro de "Mirror's Image", avant que ce morceau ne bascule vers le caca boudin !

HIPHOP said...

chacune des compos a sa singularité, et au final on a un vrai album, sans cette vilaine impression, si souvent ressentie, de redite. j'adhère.
après la british invasion, c'est aujourd'hui la british regression...

Anonyme said...

mais quelle est cette haine des groupes anglais ?
Ca marcherait plutot dans l'autre sens pour moi, quand j'entends "ils sont américains" jai tendance à marmonner "ah..". Mais la nation britannique possèdent les meilleurs groupes! En ne parlant que de groupes actuels, The Cribs, Arctic Monkeys, Kasabian, Babyshambles, The Kills, Kaiser Chiefs (oui)... (et surtout les feu mais excellentissime Libertines ).
Enfin, bref revenons aux Horrors. Ben pour le coup, j'ai pas trouvé que la nationalité les aidait. Je les ai vu en concert à Bordeaux et franchement, j'ai pas été emballée. Ni par l'album ni par le live, donc. Ils sont...faussent hardcore, mais je me suis un peu ennuyée! Pardon à tous les fans, mais Faris jaioubliésonnom est même plus sympa qu'il en a l'air quand il fait l'antichrist sur scène, c'est limite décevant

Ju said...

Re-bonsoir Hélène (j'ai grillé ton anonymat),

Mais il ne s'agit en rien d'une haine envers les groupes anglais, simplement un constat. Les américains sont à ce jour bien plus productifs et variés que la scène anglaise. C'est tout. Tous les groupes que tu citent collent à un genre particulier, l'indie rock, mais si l'on rajoute tout le reste (folk, elcetro, hip hop, pop...) on trouvera surtout un paquet de groupes Américains. Bref, c'est un débat sans fin, et qui n'a finalement pas lieu d'être.

Au plaisir,

Ju

Nickx said...

C'est par inadvertance que je tombe sur le commentaire d'Hélène alias Anonyme, en farfouillant parmi les anciennes chroniques !

Je renchéris sur ce que dit Ju : le débat entre groupes anglais et groupes US n'a vraiment pas lieu d'être !

Là où X combos US osent, avant-gardisent, prennent des risques, sortent des sentiers battus, se distinguent dans l'écriture, les groupes anglais (à part quelques comètes esseulées auxquelles nous rendons de temps à autre justice)

n'en finissent pas pas de se disputer le titre ringard du meilleur groupe NME de l'année !

En dehors des Arctic Monkeys, voire des Kills qui sont à la rigueur amusants sur scène à défaut dê captiver sur disque, tous les groupes que cite Hélène des redoutables Libertines aux affligeants Kaiser chiefs, en passant par les fadasses Kasabian, et auxquels je rajouterai les insoutenables Franz Ferdinand,

représentent à mes yeux le néant musical !

Et ce n'est pas le 4/2 encaissé par les Girondins ce soir qui va me faire mettre de l'eau dans mon vin (de Bordeaux LOL !)

Je demeurerai sur ce point intransigeant : le rock et la pop britanniques sont des influences majeures ; mais ce ne sont certainement pas le fait de toutes les merdes sorties depuis une bonne décennie !

Les seuls qui vaillent la peine d'être défendus, n sont hélas pas suffisamment connus, mais sont ouseront chroniqués dans DODB !

Sur ce, je vais me coucher !

Anonyme said...

Bon j'avoue, c'est forrrt possible que les Kaiser Chiefs soient pas siiii formidables que ca ahah !
- je suis toujours "anonyme" pour la simple raison que je sais pas faire autrement lol !

il est vrai que le débat pourrait être long et surtout ne mener nul part. (ceci dit, en passant, les Libertines sont juste des grands dieux :) )

Oh et juste un truc, brian jonestown massacre c'est bien américain? Dans ce cas, respect à la nation du père noel coca cola.