09 mai 2015

Turzi - C (2015)

Turzi dont on n'avait plus de nouvelles depuis B (2009), c'est-à-dire une éternité si l'on considère qu'il lui reste 23 albums à pondre - enfin on objectera que Sufjan Stevens a encore 48 états à mettre en musique alors l'un dans l'autre... - s'en revient avec un troisième long format en mode groupe.
 
Après A (2007) d'inspiration très libre, et donc son sophomore qui rendait hommage aux villes, voici donc le manifeste ornithologique de Turzi, sous chouette (ah!ah!) pochette foil qui las, ne se rit pas des traces de doigt.

D'humeur alanguie et mélancolique Romain reprend le flambeau de la lounge party là où ses camarades de Air l'ont laissé en friche depuis quelques saisons.
Ici la riche idée est d'avoir fait appel à la soprano Caroline Villain (qui a entre autres officié derrière Tellier) ; cela change enfin et pour le mieux des interventions de Bobby Gillespie qui vampirisait un peu trop les disques de ses hôtes, en faisant passer Chemical Brothers pour le nouveau Death in Vegas.
 
C'est donc l'éthérée et l'envoutante "Coucou" qui sert de prologue avec ses notes de basse roboratives. "Cygne" lui emboîte le pas et accentue le climat recueilli, presque liturgique. Bien que pas l'idée la plus novatrice du siècle, les vocalises sont intelligemment mixées dans leur pendant MIDI sur "Corbeau" qui s'emballe rythmiquement.
 
Pas de quoi crier au ripoff en ces temps de paranoïa galopante, mais on saluera l'emprunt pas bête et bienvenu de l' "Aéroplanes" du grand L'Homme A Tête De Chou sur "Colombe". Au mitan d'un disque qui a le bon goût de ne pas donner dans le superflu avec ses 40' emballées/pesées, "Cormoran" envoie franchement du groove et du clavinet.
 
D'ailleurs, la face B poursuivra davantage le parti-pris French Touch presque morriconnien avec saupoudrage wah-wah et dulcimer de rigueur, en écho à tous ces orfèvres de la pop sexy d'ici que sont en 2015 les Mr Day, General Electrics ou autres Forever Pavot.
 
Du coup les chants mâles entendus sur "Condor" et "Chouette" paraissent presque incongrus dans cet opus presque exclusivement instrumental, en tout cas juste vocalisé. Et alors que le tempo s'est irrésistiblement accéléré dans une cavalcade limite métal ("Cardinal"), une langueur bienvenue revient mettre de l'ordre sur la gallinacée de clôture "Coq".
 
Aussi trippant et presque aussi cinégénique que par exemple le Axiom d'Archive, paru en 2014, C sera une nouvelle pierre de taille à ajouter à la base de données du son chic et classieux hexagonal.

En bref : 40' de trip à la française qui rappelle à notre bon souvenir moult noms versaillais. Pas un bout de gras dans ce qui sera la vraie fausse bande-son rêvée du printemps.





le Facebook de Turzi

"Cormoran" :


3 Comments:

Ju said...

Ah c'est marrant j'ai écouté ce disque pour la toute première fois hier, et j'ai fait découvrir Turzi aux Québécois. On l'a vraiment bien aimé ! Et oui ça change un peu de A et B !

Nickx said...

La fameuse transmission de pensée que j'évoquais :)

En plus, je sais pas...j'imagine ce disque bien passer en live !

A voir.

Bouddhanight said...

De la musique post moderne ! Bon choix de chronique et il parait que ca tabasse bien en live... Surveille si il passe dans le sud !