07 juillet 2014

Archie Shepp/Horace Parlan - First Set (1987)

En ces temps glorieux où musique "indé" signifie moyen/gros label capitaliste non affilié à une major, et qui fournit gratos en pédales d'effets une armée de petits blancs qui n'ont d'autre perspective musicale que le cahier des charges "pop psyché", parlons de .... musique. "La vie et la mort sont les seuls critères valables en musique" dit Steve Lacy. Traduction : soit tu te fais chier à écouter un truc éventuellement bien fait mais sans vie, formaté et prévisible, soit tu écoutes une musique-événement, La Vie. Bref, tout ça pour vous parler du Blues." Quoi ? It's played !".  Ben justement une musique vivante, n'est pas nécessairement une avant-garde dans l'avant garde, mais simplement un acte de création authentique, où il se passe quelque chose, y compris à l'intérieur d'un genre bien installé, avec mesure à quatre temps, système tonal pépère, rien d'extravagant. De ce point de vue rien n'est plus déterminant que l'écoute des musiques improvisées quand elles s'inscrivent dans un genre, ici le blues.


Lire la suite

03 août 2010

Field Day Festival - 31 Juillet 2010, Londres

DodB pousuit sa tournée des festivals d'été par un détour au Royaume-Uni. Glastonbury ? Reading ? Isle of Wight ? Non : Field Day festival. À Victoria Park, en plein cœur des quartiers Est de Londres, soit un certain centre du monde... Ici, point de tête d’affiche gigantesque et de déplacement de foule épique. Ici, on joue petit et pointu. Field Day est donc la version urbaine du grand festival rural : condensé, cadensé, et moderne. Un jour, six scènes, une demi-heure par concert, DJ sets intercalés entre les concerts pour un enchaînement sans temps mort, le tout calé entre midi et 23h, afin de coller avec la fermeture des pubs. Le festival a tous les attributs de la kermesse de village. Il faut bien qu'il mérite son nom. Sauf qu'ici, porter chemises à carreaux, bottes en plastique, ou robes à fleurs tient du show-off, les stands de bouffe se doivent de proposer des spécialités ou pâtisseries bio et mignonnes, le vestiaire du festival est doté d'un grand miroir pour se relooker, le stand de troc s'appelle Fashion swapshop, et la fanfare du village (oui il y en a une - le Farnborough Concert Band of the Royal British Legion, qui jouera toute la journée) reprend Kylie Minogue.

Mais les cuivres de la fanfare sont très vite recouverts par les premiers sons de ce début d’après-midi, qui d'une scène a l'autre, ont un point commun en sept lettres évident : N.E.W.W.A.V.E. De Sunday Girl à The Golden Filter, en passant par Is Tropical devant lesquels je décide de m’arrêter parce que je préfèrerai toujours New Order à Visage, l’heure est hautement eighties. Ensuite, alors que Memory Tapes est encore en train de faire du mal à son merveilleux Seek Magic, en alourdissant ses chansons si aériennes, et, je commence à le croire, difficilement adaptables en live, le public se serre sous un chapiteau trop petit pour écouter les boucles lancinantes de Mount Kimbie. Sous la chaleur et l’obscurité de la toile noire de la tente, il s’agit moins de l’ascension d’une montagne que de la traversée du tunnel qui la perce. À deux autour de machines, d'une guitare et d'une batterie rudimentaire, les deux londoniens gardent un public toute ouïe et transi avec une musique pourtant pas facile d'approche.


Après m’être dégourdi les jambes devant le DJ set de Simian Mobile Disco, je file attendre le concert de Lightspeed Champion. Celui-ci a donné du muscle et du nerf à sa pop délicate et maniérée, qui manque toutefois toujours un peu de sel à mon goût. Extrêmement confiant dans ses vêtements improbables, Devonté Hynes assume la grande scène et assure le show au milieu de son backing band, ouvrant son concert en crooner le micro à la main, et l’achevant avec solos de guitare. Sur la même scène, et tant pis pour No Age qui joue en même temps, s’en suit le concert fort attendu de The Fall. Et à cette heure avancée de la journée - hum il est 17h30 - il n'y a pas eu de meilleur moment que celui qui a vu débarquer sur scène cette gueule de vieux chien méchant – pardon, Mark E. Smith. Bien qu'il adore les renvoyer à coups de pied, Smith sait s’entourer d’excellents musiciens. Ils sont parfaits. Au cours du set principalement dédié au récent Your Future Our Clutter, Smith vocifère et met un gentil bordel, avec l’aide de sa claviériste. Punk toujours ! On devait jouer 45 minutes, on va en jouer 40, par principe !

Puis, irrémédiablement attiré par ce que j’entends en provenance du chapiteau Lock Tavern, je dois laisser Gruff Rhys à son étrange nouveau projet, et aller faire la belle découverte du festival : Yuck. Le quatuor fait de la pop comme on la faisait dans l’Amérique indie des années 90 : grunge, noisy, à fleur de peau. Ce qui me touche autant, au milieu de tous ces groupes auto-proclamés d'avant-garde, c'est de revoir un groupe jouer au premier degré, sans distance ironique ni conceptuelle. J'espère que ce sera ça, le prochain revival, celui des années 90, et non celui de la dance de la même décennie. J'essaie de préserver le plaintif dernier morceau de Yuck en tête avant d'aller faire un tour sous le chapiteau Bugged Out!, où DJ Mehdi et Riton sont en train de mixer à quatre mains. Le mix est... dance, oui. Toute leur adolescence électronique y passe : Technotronic, Crystal Waters, Prodigy… Mais de manière assez magistrale il faut dire. C’est qu’ils ont l’intelligence de ne laisser aucun morceau s’échapper, et de préférer jouer sur les réminiscences. De tous mes interludes « DJ set », celui-ci est le meilleur.


C’est maintenant l’heure de plonger dans lAtlas Sound. Bradford Cox est seul sur scène, entouré de ses pédales d’effets, caché derrière sa guitare et son harmonica. De l’eau est passée sous les ponts depuis qu'on l'a vu accroupi à ses pédales en première partie d'Animal Collective. Les morceaux joués sont toujours d'aussi vertigineux enchevêtrements de boucles, mais cette fois-ci, de ces grandes étendues (5 morceaux en 40 minutes) émergent des chansons. Et elles sont superbes.

Ensuite tout s’accélère : quelques minutes devant Caribou, qui malgré la largeur de la scène (la plus grande du festival), joue en rang serré. Le son est parfait pour le festival. Mais le public ne semble pas des plus attentifs. Il est venu chanter les chansons de Phoenix qui cloront le festival. À la place, je vais prendre des leçons de modernité devant l’étrange concert de Silver Apples, puis terminer la soirée avec Moderat en live. Choix de programmation pas évident à assumer, quand on pense que Simian Mobile Disco ont mixé à 15h. Car même si le beat est très lourd, Moderat n'est pas l'option la plus dansante. Mais le public savait à quoi s’en tenir, les applaudissements sont donc plus émus qu’extatiques, et plus encore lorsqu'Apparat prend le micro ou la guitare. À 23h tout le monde en redemande, mais les allemands n’ont pas le choix : c’est extinction des feux. Un quart d'heure de bus et je suis au lit ; l’avant-garde aujourd’hui c’était être un peu papy.

(Photos: Tangentical)


Lire la suite

07 juillet 2010

Eurockéennes de Belfort : 2, 3 et 4 juillet 2010


Nous sommes déjà en juillet, et les 22èmes Eurockéennes de Belfort sont terminées. A l’heure du constat, trois points ressortent clairement du lot : un bilan musical plutôt satisfaisant malgré un manque flagrant de véritable grosse tête d’affiche, une météo plus que clémente si on oublie la demi-heure orageuse du samedi, et enfin un net recul de la fréquentation avec 80.000 visiteurs contre 95.000 l’année dernière. Il n’empêche que le festival de la magnifique presqu’île du Malsaucy reste l’un des grands incontournables de l’été pour deux raisons principales : ses concerts bien-sûr, mais aussi son camping et ses festivaliers, toujours très riches en couleurs et véritables acteurs de l’événement.

Face A : les concerts

Cette année Dodb l’a joué soft, et n’en a pas vus tant que ça. On a préféré privilégier l’écoute attentive et sélective, plutôt que la course effrénée de scènes en scènes. Arrivés très tard sur le site à cause de misérables douaniers qui n’ont toujours pas compris où taper pour être efficaces, c’est le rappeur américain Jay-Z qui nous accueille. De l’avis de tous son show est exemplaire, surtout comparé à celui de Missy Elliott qui s’est bien foutu de la gueule du monde. Les Anglais d’ Hot Chip mettent quant à eux tout le monde d’accord avec leur électro pop bien foutue, alors que The Subs envoie une électro qui tabasse mais qui manque d’originalité.


Jour 2 et les Canadiens de Broken Social Scene assurent. Certes leurs morceaux sont assez inégaux, mais de manière générale Jason Lytle et Brendan Canning forment une sacrée paire. Va suivre un grand moment de rock’n’roll, non pas de musique mais de comportement avec les Australiens d’ Airbourne (Airburnes ?). Si leur musique n’est qu’un ersatz d’ACDC, tout est fait pour envoyer du bois : monstrueux murs d’amplis Marshall, solo de guitare à 20m de haut sans assurance (!), re-solo sur les épaules d’un roadie, écrasage de canettes de bière sur la tête, du grand n’importe quoi assez jouissif. Changement d’ambiance avec l’excellente électro pop de Memory Tapes, et grand moment de musique et d’énergie avec la sublime Janelle Monáe qui confirme sur scène tout le bien qu’on pensait d’elle sur disque.

Dernier jour et Julian Casablancas de rappeler à ceux qui l’auraient oublié qu’il n’a même plus besoin des Strokes. N’hésitant pas à se réapproprier ses propres morceaux parce qu’après tout "You only live once", c’est quand même un sacré bonhomme que ce Julian. Même les nouveaux morceaux solo "Out of the blue", "11th Dimension" ou "River of backlights" sont parfaits, ce qui ne sera pas forcément le cas un peu plus tard avec Empire Of The Sun pour qui le live n’apporte pas grand-chose. James Murphy et son LCD Soundsystem fait quant à lui tout-à-fait le boulot, et Mika est une bien belle surprise. Pas de sensation musicale à son sujet, mais une véritable capacité à emballer la foule et à la faire danser. Le duo anglais Massive Attack terminera le festival à sa manière, dans un lent trip-hop planant.


Face B : le camping

LE fameux ! 12.000 jeunes entassés les uns sur les autres sous une chaleur caniculaire dès 9h du matin, ça donne forcément un cocktail détonnant. Il y a bien-sûr une certaine forme de nostalgie des grands festivals qu’ont été Woodstock ou Glastonbury dans la manière d’y vivre. Pendant trois jours et d’un commun accord tacite, tout le monde devient instantanément ami et tout se partage. Une culture commune et métissée voit le jour, des championnats de ventriglisse s’organisent, des "Apéros !" y fleurissent inopinément, chaque ballon à l’hélium de Bob l’éponge ne demande qu’à être libéré, et chacun semble rivaliser d’apparence libérée avec son prochain. Pas une seule embrouille, tout est fait pour passer la journée simplement ensembles, dans la joie et la bonne humeur, en attendant les concerts. Rien que pour ça, on y reviendra.

Le site du festival
Les bilans Dodb des Eurockéennes 2008 et 2009

Le fameux stage climbing d’Airbourne et un petit passage des Stro… de Julian Casablancas:





Lire la suite

19 décembre 2008

Sun Ra - Disco 3000/Complete Milan Concert (1978/2007)

Sun Ra est de ces artistes dont la connaissance nécessite un effort parfois douloureux. L’hermétisme de sa musique et de son esthétique en rebute plus d’un, tandis que d’autres, les puristes du jazz, l’ont longtemps considéré comme un fumiste. Il faut dire qu’ Herman Pool Blount n’a jamais été un pianiste comme les autres. Emissaire du soleil sur terre, il avait officiellement enterré son nom de naissance pour adopter celui, plus rayonnant, de Leson’r Ra. Il prétendait avoir été enlevé par les extra-terrestres qui l’auraient emmené sur Saturne pour lui révéler son destin de musicien et de messager. Dès les années 1950, il se voue au free jazz et développe une mystique musicale et spirituelle qui lui est propre, mélange de sorcellerie vaudou, de folklores africains, de mythes aztèques et égyptiens, et de psychédélisme. Entouré de son Arkestra, qui prendra des dizaines de nom, il devient une sorte de gourou cosmique et d’artiste protéiforme dont les concerts, ou plutôt les cérémonies, tous les témoins le disent, sont parmi les plus hallucinants de la seconde moitié du XXème siècle. Une sorte d’équivalent jazz de Frank Zappa, au répertoire encore plus foisonnant.

Décédé à l’âge de 79 ans en 1993, Sun Ra laisse derrière lui plus de 200 albums. En choisir un pour aborder le personnage s’avère donc très compliqué. Mais il a bien fallu le faire, et c’est sur Disco 3000 que mon choix s’est porté, même s’il n’est ni son meilleur disque, ni le plus représentatif de son oeuvre. D’abord parce qu’il n’a été édité que récemment dans sa version complète (en 2007 chez Art Yard). Ensuite parce que certains de ses morceaux restent visionnaires aujourd’hui, 30 ans après leur enregistrement. Enfin parce que Sun Ra s’y montre particulièrement inventif dans l’utilisation des claviers électroniques. Et il aimait ça, les claviers, Sun Ra. Durant toute sa longue carrière, il essaiera tous les modèles possibles : Farfisa, Moog, et autres Celesta, et même des machines plus spéciales comme le Theremin ou le Telharmonium. Sur Disco 3000, il utilise, en plus de l’orgue et du piano, un petit clavier extrêmement rare, inconnu de la firme elle-même, le Crumar Mainman. Ce prototype, obtenu on ne sait comment, était l’un des premiers (peut-être même le premier) à permettre l’utilisation de lignes de basse et de beats préprogrammés tout en offrant une poignée de fonctions sonores modulables (clavecin, cuivres, cordes...). Aussitôt touché, aussitôt maîtrisé. Le musicien s’en donne à coeur joie sur ce disque, et l’on comprend vite pourquoi Sun Ra est considéré comme un précurseur des musiques électroniques et de toutes les musiques étranges.

Lors de ce set, qui n’a de disco que le nom, il n’est pas entouré d’une meute de musiciens et choristes comme c’était souvent le cas. Enregistré en quartet au Teatro Cilak de Milan, le 23 janvier 1978, il offre une vision plus intimiste du travail de Sun Ra, qui navigue du free au jazz plus classique et livre surtout deux de ses plus audacieuses incursions électroniques : “Disco 3000” et “Dance Of The Cosmo-Aliens”. Sur la première de ces pièces maîtresses, Ra occupe tout l’espace sonore, au point d’étouffer ses fidèles solistes Michael Ray (trompette) et John Gilmore (saxophone ténor, percussions), qui compensent heureusement par une science du placement hors du commun - Ray est particulièrement éblouissant, bouchant sa trompette ou émettant un léger filet de souffle accentuant l’effet distant et mélancolique de ses phrases. Le batteur Luqman Ali, totalement à l’écoute de son leader, appuie le plus souvent ses fulgurances par quelques roulements épars et cymbales diffuses. D’autant que Sun Ra, on l’a dit, s’amuse comme un petit fou avec la boîte à rythme archaïque de son Crumar Mainman. Il élabore des rythmiques métronomiques et confronte ces structures fixes à des nuées de notes tour à tour indistinctes, dissonantes ou fabuleusement mélodieuses, de sorte que ce morceau-titre marrie l’inconfort du free au côté narratif et rassurant d’une musique plus populaire.

Long de 26 minutes, il débute dans un chaos interstellaire effrayant et se consolide peu à peu jusqu’à l’arrivée du thème chanté, reprise de “Space Is The Place”, l’une des oeuvres les plus célèbres du jazzman. Dans un troisième mouvement, Ra aspire le cosmos des instruments dans le siphon d’un trou noir, avant de recréer un monde inquiétant où rôdent des ombres glacées, mais où la vie finit par renaître dans la violence sous la forme de cuivres stridents et enchevêtrés. Constamment imprévisible, la dramaturgie de cet Arkestra version réduite est extrême en ce sens qu’elle a souvent recours à des effets déceptifs ou, au contraire, à d’inopinés emballements. On a parfois la sensation qu’au thème central s’ajoute un discours sous-jacent, souterrain, qui craquèle régulièrement la surface et contamine un à un chacun des musiciens pour finalement s’imposer en maître. Indissociable du précédent, dont il reprend certains éléments, “Dance of the Cosmo-Aliens” n’est pas aussi luxuriant, mais plus avant-gardiste encore. C’est un beat presque techno qui inaugure ce titre répétitif et minimaliste évoquant autant les compositeurs contemporains à la Terry Riley que le Miles Davis du début des seventies, ou des productions plus récentes comme le breakcore de Venetian Snares ou d’Aphex Twin.

A côté de ces deux bijoux prémonitoires, les morceaux acoustiques paraissent bien conventionnels et pourtant... Le très funky Sky Blues est un sommet de hard-bop cuivré, clos par un solo insensé du pianiste, visiblement influencé par Art Tatum, tandis qu’”Echos of the World” a la délicatesse des plus vaporeux morceaux de Coltrane. Seuls les apocalyptiques “Sun of the Cosmos” et “When There Is No Sun” s’avéreront réellement difficiles à digérer, même pour les amateurs de free jazz. Pour le reste, ne vous fiez pas à ceux qui prétendent que Sun Ra est inaudible : même s’il n’est pas son disque le plus évident à découvrir, Disco 3000 est tout à fait accessible. Profitons en !

En bref : Ce live n'est pas le meilleur album de Sun Ra, mais il est certainement l’un des plus prophétiques et aventureux. Une fabuleuse exploration des possibilités des claviers électroniques. Pour reprendre une vieille formule : à écouter, au moins une fois !



Sun Ra - Dance Of The Cosmo Aliens.mp3


A noter : Plusieurs enregistrements de la très prolifique période italienne de Sun Ra sont disponibles. Tous sont d’excellente qualité. On peut notamment citer Media Dream, capté lors du même concert milanais, ou Other Voices, Other Blues et New Steps, tous deux enregistrés à Rome durant le même mois de janvier 1978 avec le même quartet.

Sun Ra et son Arkestra font un peu de tourisme en Egypte et en Italie :

Lire la suite

18 octobre 2008

Rock The Bells - le 10 Novembre 2008 au Zénith de Paris

Evidemment, ça se passe au Zénith et ce sera à coup sûr un joyeux bordel. Mais comment bouder son plaisir lorsque le plus gros festival hip-hop du monde honore Paris avec une affiche comme la France n’en a peut-être jamais connu ? Car c’est bien la crème de la crème du hip-hop intelligent et jazzy qui a été convoquée pour un show s’annonçant en tous points exceptionnel. Avec Scratch, beatboxer virtuose des Roots en guise de monsieur Loyal, les Parisiens assisteront, en plus d’un live des habitués des scènes locales que sont les De La Soul, à trois événements. D’abord, la première performance de Nas en Europe depuis la sortie de son neuvième album, initialement appelé Nigger et désormais sans titre sous la pression de la censure américaine. Ensuite, l’exclusivité des titres d’Extatic, la nouvelle galette de Mos Def, qui trouve encore le temps de rapper entre deux tournages de navets hollywoodiens. Mais surtout, une imprévisible et réjouissante reformation des légendaires californiens de Pharcyde, amputés de la moitié de leurs membres depuis dix longues années.

Rock The Bells, devenu itinérant après plusieurs éditions en Californie, s’est fait une spécialité de ces reformations spectaculaires, rabibochant le Wu Tang et A Tribe Called Quest en 2004, puis Rage Against The Machine en 2007. Voilà ce qui s’appelle utiliser son argent à bon escient. On les en remercie. Seul hic : le prix des billets s’en ressent, de 45 euros (+ frais de location) pour une place dans la fosse à 200 euros pour un “pack VIP”... Mais quand on aime le bon hip-hop, on serre les fesses et on paye.

Lundi 10 Novembre 2008 (veille de jour Férié)
Ouverture des portes à 18h00


Acheter sa place

Dernière minute : Ceux qui auront encore quelques euros à dépenser en cette veille de jour férié pourront se rendre à la Bellevilloise pour l’aftershow du festival, avec entre autres DJ Damage des Jazz Liberatorz et la très talentueuse Stacy Epps. Un beau plateau soul/hip-hop pour poursuivre la nuit de la plus douce des manières
De minuit à l’aube. 15/20 euros (+ frais de loc.). La Bellevilloise, 19 rue Boyer, M° Gambetta / Ménilmontant.

Préventes aftershow
Lire la suite

16 octobre 2008

A Night In Detroit - le 24/10/08 au Bataclan, Paris

Detroit et ses musiciens auront rarement été aussi présents à Paris qu’en ce mois d’octobre 2008. En plus de la présence de Carl Craig à la Cité de la Musique ce samedi et de l’installation multimédia Critical Arrangements réalisée par Jeff Mills pour l’expo sur le futurisme à Beaubourg, le Bataclan nous a concocté ce qui pourrait bien être la soirée techno de l’année en invitant deux des musiciens les plus importants de la Motor City, deux véritables légendes, à savoir Kevin Saunderson et Kenny Larkin.

Le premier, boss du label KMS depuis 1987, est simplement connu pour avoir inventé la techno avec ses amis Derrick May et Juan Atkins. Auteur de deux des hits fondateurs de la house (“Good Life” et “Big Fun”) sous le pseudo Inner City, il s’est fait discret ces derniers temps, même si une série de maxis intitulée History Elevate l’a rappelé à notre bon souvenir grâce à des remixes de Carl Craig, Luciano, ou Loco Dice. Le second invité est l’un des fers de lance de la génération suivante de producteurs électroniques de la Detroit, aux côtés de Jeff Mills ou Robert Hood. De retour avec l’album Keys, Strings & Tambourines sur Planet E, Kenny Larkin aime varier les plaisirs, passant d’un minimalisme proche de celui de son ami Richie Hawtin à une techno soulful sensuelle, selon le moment et l’auditoire. Pour préparer le terrain à ces dieux vivants, Tibo’z, Stephan et le vétéran français DJ Deep semblent tout indiqués.
Dépêchez-vous pour les préventes, car sur place cela risque d’être très chaud !

Tarif : 10 euros en prévente, 15 sur place
Ouverture des portes à 23h30

Acheter sa place
Lire la suite

15 août 2008

Gui Boratto live au Panorama Bar - Berlin

La première angoisse qui vous saisit à l’approche du Berghain / Panorama Bar est celle de vous faire jeter. La sélection a la réputation d’être extrêmement aléatoire, bien que démocratique. Contrairement aux boîtes parisiennes, l’établissement berlinois n’apprécie pas les clubbers trop sapés ou trop sûrs d’eux. Les touristes ivres ont également peu de chances. Le physio du club, un géant gothique tatoué et percé nommé Sven Marquardt, est à lui seul une légende. Photographe trash de son état, il vous scrute, impitoyable, et vous songez un instant au pénible chemin du retour qui vous attend en cas d’éjection, le club étant franchement excentré, à proximité de l’Ostbanhof (gare de l’Est). Pour nous, fort heureusement, ce sera un “Viel Spass” (amusez-vous bien) libérateur. Ouf!

Ce vendredi soir, la grande salle du Berghain est fermée et seul le Panorama Bar, au troisième étage, est accessible aux clubbers. Gravir les escaliers presque insalubres de l’établissement procure déjà une émotion intense, qui s’accroît à mesure que les basses pénètrent vos membranes. L’architecture massive et minimaliste du club, installé dans un ancien transformateur électrique des années 1950 au beau milieu d’une friche industrielle caillouteuse, confére une atmosphère unique au lieu : on a davantage l’impression de se plonger dans une free party que dans un club à proprement parler. A l’origine, il y avait l’Ostgut Club, établissement gay aux moeurs libertines, contraint à fermer en 2003. L’année suivante, la boîte déménage et prend le nom de Berghain, en référence à sa situation géographique à la frontière des quartiers Kreuzberg et Friedrichshain. Le lieu se démocratise peu à peu, même si ses darkrooms sont encore témoins de scènes parfois licencieuses.

Retour dans la salle, dont les murs sont couverts de gigantesques photographies de parties génitales signées Wolfgang Tillmans - j’ai particulièrement scotché sur l’une d’elles, rappelant étrangement L’Origine du Monde de Courbet. Aux platines pour entamer cette nuit consacrée au label Kompakt, Mathias Aguayo lâche un set minimal et mélodique sur lequel il éructe comme un punk efféminé. Un bon hors d’oeuvre, sans plus. Le plat de résistance arrive bien chaud vers 3 heures. Tout sourire, monsieur Gui Boratto, petit homme discret et courbé auteur du formidable album Chromophobia en 2007, se cale derrière son laptop sous les hurlements euphoriques de la faune homo-hétéro-ado-quinqua qui l’attendait de pied ferme. Dès lors, je dois bien avouer que ma mémoire passablement endommagée ne me restitue que quelques flashs embrumés, parmi lesquels une version densifiée de son "Gate 7" qui me fit l’effet d’un uppercut acide. Le climax sera atteint vers 5h, lorsque Boratto balance "Arquipelago", l’un de ses premiers maxis, et également l’un de ses meilleurs. La liesse est totale, cataclysmique. Le Brésilien prend un plaisir visible à jouer pour ce public de connaisseurs. Même Fanny, habituellement peu sensible à la techno minimale, lève les bras au ciel et hurle de joie...

A notre sortie dans la lumière blafarde du petit matin berlinois, une seule idée me traverse la tête, retourner dans ce lieu hors du temps. Le courage et les forces me manqueront cependant pour la soirée BPitch du samedi, réunissant entre autres Lee Van Dowski, Chaim, Sascha Funke, Ellen Alien et Modeselektor (!). Sans hésitation le meilleur club que j’ai visité, devançant même la sublime Fabric de Londres. Si vous passez à Berlin, considérez cette “visite” comme incontournable.

Gui Boratto - Arquipelago


Le site et le Myspace du Berghain
Le site et le Myspace de Gui Boratto

A lire aussi : Gui Boratto - Chromophobia (2007) et Gui Boratto - Chromophobia remixe part 1 (2007)
Lire la suite

27 juillet 2008

Garden Nef Party d'Angoulême - Jour 2

Rassasié de rock' n' roll par les concerts de la veille, la journée de samedi n'est plus qu'un bonus. L'occasion de découvrir en vrai le canadien Patrick Watson et son falsetto si particulier. Plutôt calmes et torturées, les compositions peinent à charmer l'auditoire qui ne connait pas. Pour ma part je suis satisfait du spectacle, parfait pour me metre en jambes. Je passe ensuite agréablement surpris devant la scène de The Do qui semble avoir un cercle de fan déjà bien établi. Même si aucun morceaux ne sort du lot à mes oreilles, il faut reconnaître que c'est plutôt agréable à entendre. De même pour le blues péchu des Bellrays, un peu plus haut sur la scène des Valettes.

Mais la soirée commence véritablement à 22h lorsque Pelle Almqvist et sa bande investissent la grand scène sous un écriteau lumineux du plus bel effet, engoncés dans des costumes déjà bien rodés. The Hives joue vite et fort et le public semble adorer. Pelle Almqvist n'est pas à court d'excentricités (il escalade les murs d'enceintes, balance son micro en l'air façon Philippe Risoli...) et les photographes présents se concentrent pour capturer l'énergumène en l'air lors d'un de ses nombreux sauts façon ninja. Assez renversant à vrai dire. Et c'est au frêle Adam Green que revient la lourde tâche de s'intercaller entre les Hives et les Stooges (sic). Il réussit à moitié en puisant dans les titres les plus rythmés de son répertoire, non sans s'autoriser une petite disgression intitulée Jessica Simpson.

Enfin le voilà, le fameux lézard sexagénère, flétri mais en forme. Légers frissons sur I wanna be your dog, forcément. La bête comme à son habitude court, saute, tourne et donne du fil à retordre à la personne exclusivement chargée de suivre l'iguane pour démêler son micro. Comme sur ses autres dates françaises, Iggy invite une partie du public sur scène pour un No fun déjanté, puis lors d'un des rares rappels du festival (dommage!) applique une deuxième couche (nécessaire?) de I wanna be your dog, version bite à l'air cette fois ci. Content de l'avoir vu quand même, Iggy je veux dire. Peaches Dj set et Birdy Nam Nam clôturent la soirée de manière plus électronique, presque au même niveau que les justiciers crucifiés de la veille. Pour sa deuxième édition, la Garden Nef Party d'Angoulême confirme aux yeux de tous qu'il est désormais le meilleur festival français de ce type. On reviendra.

Le concert d’Iggy commenté par Manœuvre, entre autres :
Photo Sébastien Dubois ©

Lire la suite

26 juillet 2008

Mathilde Monnier / Philippe Katerine - 2008 Vallée - Festival d'Avignon


 Après le faste des costumes princiers des grandes tragédies, la revanche dépouillée, des sous-pulls roses et des éclairages monochrome.

Ce soir, nous est donnée l'occasion d'aller à la rencontre de deux artistes décalés, Mathilde Monnier et Philippe Katherine dont la chorégraphie on ne peut plus moderne et la pop excentrique frayent respectivement leur chemin dans un lieu mythique entre tous, j'ai nommé la Cour d'Honneur du Palais des Papes.

Si l'on connaît surtout e la première le parfum sulfureux drainé par ses précédentes créations en Avignon,  l'univers pop et loufoque du nantais est bien familier ; il est du reste ce qui motive notre présence en ces lieux, ainsi que celle de Domi et Nini.

Pas grand chose à dire de ce spectacle écrit en 2005 et présenté pour la première fois un an plus tard, et dans un sens tant mieux ; celui-ci est de fait inspiré de la genèse du très roboratif Robots Après Tout (2005), l'album qui a véritablement révélé Katerine au grand public.

Ceux l'ayant usé jusqu'à la corde (enfin, jusqu'au sillon !), savent de quoi il retourne lorsque les 5 danseuses et danseurs vêtus de noir se mettent à psalmodier sur cette scène vaste pour eux, des bribes d' "Etres Humains". Tout ce curieux ballet, à la fois anachronique et disparate, mais sans doute très étudié sous ses airs "libres", consiste en un télescopage sans fin des musiques et textes de Katerine pour l'essentiel issus de Robots... - on distingue aussi une citation de "Jésus Christ Mon Amour" mais hélas pas de "Je Vous Emmerde" (NDA)- le tout dans une osmose perpétuelle des corps, des voix de ces danseurs improvisés (plutôt bien !) chanteurs, tandis que Katerine s'adonne sans retenue aucune, tout en assumant parfaitement un embonpoint naissant, à certaines gesticulations, roulades et autres pas.

Pour déroutant que soit le spectacle qui s'adresse avant tout aux aficionados du chanteur -j'y reviens à la fin de cet article- on se laisse porter, passés les premiers instants de rigolade bouffonne un peu gênants, et même transporter par ces enchaînements de mots mettant en scène la vie de tous les jours. Les paroles de Katerine, sur des bandes-son, nouveaux arrangements ou simples accompagnements rythmiques, confinent à l'absurde, en une forme de mise en scène dérisoire et poétiques de nos vies.

C'est en ce sens que le spectacle revêt plus d'attrait au fur et à mesure de son déroulement, certains titres fonctionnant sur le mode du cut-up, s'enchevêtrent en des non-sens fascinants - l'on pense au "Variations sur Marilou" de Gainsbourg, lorsque sur le fameux "Louxor j'adore", Katerine décline de manière un peu trop complaisante il est vrai (car la version très étirée en devient assommante) son texte. Là, deux textes de chansons se superposent, ici le bourdonnement rythmique de "Borderline" emprunte les paroles du "20-04-2005", soit l'inénarrable "Marine Le Pen Non, Non/Tu le Crois Pas, Tu le Crois Pas".

L'un des passages les plus intéressants reste celui où sur "Numéros" - Katerine qui se dit fâché avec les dates et les chiffres a sans doute voulu exorciser quelque chose, car son oeuvre en est truffée ! -  à l'unisson, les danseurs accompagnent la mélodie du chant, litanie de chiffres, en faisant eux-mêmes l'accompagnement rythmique d'ordinaire dévolu aux claviers.

Le spectacle se termine sur un curieux matelas gonflable sur "78-2008", seul morceau diffusé en play-back sur lequel Katerine et ses ami(e)s essaient de reconquérir un équilibre précaire sous fond de mer déchainée, chacun y verra l'interprétation qu'il veut, y compris un libre démarquage d'Intervilles (!) ; ce morceau, l'un des plus réussis de son auteur, est une vision très récente d'un progrès incertain (mais 1984 n'a-t-il pas été écrit en 1948 ?) 2008 Vallée est empreint d'un fort narcissisme, mais on retient avant tout qu'une très large majorité du public rit et se délecte d' une musique qui lui est familière. N'est-ce pas là le plus important ?

A ce titre, la présence d'un public très coincé et rompu aux oeuvres classiques, conduit régulièrement à des échos hilarants de festivaliers outrés par le non-académisme du spectacle. Pas fan de Katerine, s'abstenir !


Pour en apprendre plus sur le projet et sur Katerine

Pour donner toute la dimension d'outrecuidance et de folie du projet, cette bribe piochée sur YouTube...



Ainsi que cette belle et très glam interprétation de 78-2008:


Lire la suite

25 juillet 2008

Garden Nef Party d'Angoulême - Jour 1


Tant l'édition 2007 s'était surpassée, j'attendais avec impatience ce rendez-vous d'Angoulême désormais immanquable pour tout bon rockeur (indé?) qui se respecte. Bien que le lieu soit pour moi gravé à vie par l'emprunte indélébile du passage d' Arcade Fire, j'accepte d'accueillir les nouveaux. La crème de la crème de l'année en cours: The Kills, The Raconteurs, Brian Johnstown Massacre, autant de têtes plutôt rares sur le sol français alors autant en profiter. Toujours aussi propre, le site des Valettes semble de plus en plus proche (à la vue des Eurockéennes par exemple) de la taille et de la disposition idéale pour un festival. Deux scènes, une énorme et une moyenne, sous les arbres. C'est sur cette seconde que se termine l'après-midi pour ma bande avec le folk envoûtant de la jeune et frêle Alela Diane. Rien de tel pour faire passer la pilule du trajet et retrouver ses esprits. Passage tout aussi en douceur pour les anciens de Nada Surf qui malgré leurs bons efforts accusent un peu le poids de l'âge. Heavy Trash, le groupe de Jon Spencer part quant à lui dans tous les sens avec son blues ultra pressé, qui ne prend pas même le temps de finir les chansons. Il fait désormais nuit sur zone. Le festival s'allume et n'en ai que plus beau.

Grosse claque du festival, The Kills, ultra rares chez nous et à la une en ce moment avec leur dernier opus Midnight Bloom, en surprend plus d'un. Jamie Hince maltraite sa gratte comme personne tandis que sa compagne Alison Mosshart use de ses charmes pour nous pendre à ses lèvres. La boîte à rythmes faisant le reste (peut-être un peu trop?), et même si certains titres semblent ne jamais décoller (du moins mélodiquement), le concert est très bon et en scotche plus d'un. Pause sandwich bière, très sain, mais l'eau est introuvable sur site, même avec cette chaleur. J'attends le gros morceau de la soirée, du moins en ce qui me concerne, les Raconteurs et bien plus encore l'excitation de voir Sir Jack White en vrai. Bien plus que ça, il commence le show de dos pour finalement se retourner et scander son premier couplet d'une voix cradingue à donner des frissons. Les musicos derrière assurent et Brendan Benson est bien plus qu'un second, il ensorcelle de sa voix parfaite, radicalement éloignée de celle de Jack, distinction plus dure à voir sur cd. Deuxième plus gros concert sur site après Arcade Fire. Un peu plus tard Anton Newcombe et son équipe ont du mal prendre le relais, le best of de leur derniers albums sonne un peu aigri de ne finalement pas être devenu le meilleur groupe du monde grâce à un film. Enfin et pour clôturer la soirée sur une touche plus disco, Justice, que j'attendais au tournant depuis leur connerie de clip, impressionne par son installation et ses deux murs de (faux) Marschall, croix au milieu, bien illuminée. Le son dans ce cirque de nature est carrément dantesque, les basses ultra profondes et le lightshow certainement visible depuis la lune. Justice live en fait c'est bien. Mais pas trop longtemps non plus.

Le site de la Garden Nef

"Steady as she goes" capturée en amateur:



THE RACONTEURS - Garden Nef Party 2008 - Steady as she goes
envoyé par PoloPtitRoquet

Lire la suite

24 juillet 2008

Eurockéennes de Belfort - Jour 3


Le troisième et dernier jour de ces Eurockéennes 2008 commence sous des trombes d'eau transformant le sol terreux en boue que l'on traînera jusqu'aux genoux toute la journée. Journée qui s'annonce longue si j'en crois ce que j'ai coché sur le programme papier. Orphelin de mon collègue de festoche Fab, j'attaque la journée par un premier concert événement, que j'aurais aimé partager avec lui. Les voilà les fameux MGMT. Pas si impressionnant que ça. De près, on dirait effectivement deux jeunes garçons paumés, dans leur monde. Pourtant le concert sera bien meilleur que ce que j'en ai lu de Strasbourg, les morceaux passent bien et ont de l'ampleur. J'aurais cependant préféré la scène de la Plage, bien plus adaptée à mon avis. Même plage où je croise plus tard les excellents Yeasayer qui assurent dans le quasi anonymat un concert très plaisant, où les connaisseurs reconnaissent les très bons "2080" ou "Sunrise", désormais certifiés 100% live. La Plage qui en aura vu puisque plus tard se succèderont les barbus de Band Of Horses et les français ultra imaginatifs de Ez3kiel.

De bien meilleures surprises que la veille, bien que l'ensemble ne reste que correct. A ce moment là il n'en est point fini des surprises puisque Pete Doherty est là et qu'il tient à peu près debout. En fait presque efficace, le show qu'il délivre avec ses Babyshambles tient carrément la barre avec les groupes du moment. Juste le temps de faire un détour détente par l'iconoclaste Dan Le Sac Vs Scroobius Pip que Gnarls Barkley crée lui aussi une autre surprise, en tronçonnant beat battants une bien belle forêt de morceaux cachés par l'arbre "Crazy". Merde mais ça groove! Ce que je ne savais pas c'est qu'au fond de la pochette se cachait l'ultime retournement de situation, celui intronisant un groupe définitivement classé has been par l'élite indépendante, The Offspring, qui s'est finalement engouffré dans un cercle vicieux infernal: les titres sont ultra efficaces (Americana passe comme dans du beurre), le public est on ne peut plus enthousiaste, et du coup, Dexter et sa bande en rajoutent et prennent un pied d'enfer. "Come out and play" en ouverture de grand scène une fin de dimanche après-midi, ça fait ressortir pas mal de souvenirs apparemment. Ne restera que Moby, auquel les organisateurs avaient ajouté le suffixe Live Remixed, signifiant bien la tournure qu'allait prendre la scène: tsim boum, tsim boum, tsim boum! Finalement on retiendra de ce cru 2008 quelques bonnes surprises, de nombreux spectacles corrects, et peu de déceptions. Aux programmateurs futurs d'essayer de consolider une identité propre à ce festival et de ne surtout plus vouloir gagner en taille. Vouloir battre des records c'est bien beau mais trop de festival tue le festival.

A lire aussi : Eurockéennes jour 1
A lire aussi : Eurockéennes jour 2

Le site des Eurockéennes

MGMT et les Babyshambles comme si vous y étiez:

MGMT - Eurockéennes
envoyé par Eurockeennes


Babyshambles - Eurockeennes
envoyé par Eurockeennes

Photo Vincent Courtois ©
Lire la suite

22 juillet 2007

Garden Nef Party - Angoulême le 21/07/07

Majestueux cirque de nature dominant la ville d'Angoulême, la ferme des Valettes accueille pour une première édition une programmation digne des plus grands. Sur les 17.000 personnes ici ce soir, tout le monde a déjà vibré ces derniers mois sur les sons d'Arcade fire, de Clap yours hands, de Cocorosie, des Klaxons ou de LCD Soundsystem. Le show s'annonce grandiose.



Arrivé pile poil alors que le soleil estival brûle ses derniers rayons, le concert des Klaxons peut commencer. Le son est gigantesque, la scène est magnifique, toute l'assistance est tirée de sa torpeur douceureuse de fin d'après-midi. Les tubes s'enchaînent et viennent assoir une réputation à ces jeunes anglais qui soulèvent jeunes et vieux, rockeurs et clubeurs. Une sacré jeunesse.



Pas de répis puisque ça enchaîne direct sur les new yorkais de Clap your hands say yeah! Après deux albums impeccables, ce club des cinq enflamme un public apparemment très connaisseur, venu en partie pour cette très rare prestation en France. Alec Ounsworth avec son chant si spécial atteint une prestance de grande star du rock, image iconoclaste d'un contraste avec son physique de Gavroche à casquette. Une voix qui pousse si loin et qui arrangue sacrément les foules sur des mélodies proches de la perfection.



Demi teinte en revanche pour Panda Bear, Geologist et Deakon qui forment le trio expérimental des Animal collective. Expérimental peut-être un peu trop pour une deuxième scène qui aurait mérité les faveurs attribuées à la première. Ces dissonances pop résolument modernes ne touchent qu'en partie un public en attente d'autres groupes peut-être plus abordables un soir de festival.



Cocorosie et son petit cercle de fans se portent bien. Pas franchement surexcitant, le folk de nos soeurs Blanca et Sierra s'apprécie allongé dans l'herbe des Valettes, un brin de paille au coin des lèvres. Tez, le beat boxeur fou du groupe, prend le temps d'un morceau perso pour dérouler son flow qui scotche l'audience en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Mais combien sont-ils dans sa bouche? La curiosité passée, le show se termine en douceur mais la fièvre monte.



Jamais je n'avais vu scène comme ça, une douzaine d'instruments répartis sur trois étages, un orgue suspendu, des projections et des néons, beaucoup de néons. Des néons et une bible géante pour déguiser la tournée française de ce Neon Bible tant attendu. Quatre dates en france seulement, le public d'Angoulême est gâté, il va enfin voir de ses propres yeux le phénomène qui ne cesse de faire parler les hautes sphères de la presse concernée comme le cercle de potes au fond de son canapé. Arcade fire en live, je confirme, quelle claque. Grâce à une mise en scène lumineuse et un mur du son constitué de plus de dix convives, cette nouvelle musique atteind des sommets d'énergie positive. Avec un public sous le charme et 100% lié à la cause qui reprend en choeur le refrain de chaque chanson pendant plusieurs minutes lorsque celles ci se terminent, les Arcade fire en seraient presque déroutés mais en ressortent galvanisés. Régine Chassagne surtout, qui caméra à l'épaule passe à la batterie sur un titre d'une puissance phénoménale, saute à l'accordéon, attrape la guitare pendant que Will Butler pose sa voix si pesante. Là encore les tubes du premier et du deuxième album s'enchaînent et déchaînent un public qui comprend peu à peu ce qui est en train de lui arriver et qui ne veut surtout pas redescendre sur terre. Instants magiques tout simplement pour une musique qui ne semble pas prête de s'arrêter. Merci.



Pour clore la soirée, le James Murphy de LCD soundsystem nous rappelle au passage qu'il est l'un des producteurs les plus talentueux de sa génération. Son électro rock sans répis, il secoue l'assistance qui livre ses derniers soubressauts d'énegie. Terriblement efficace, la musique de Murphy claque et jette, en met plein la tête. C'est l'heure de rentrer.
Vous l'aurez compris, grâce à une prestation musclée des Klaxons, le folk psyché fédérateur des Clap your hands et l'orgiaque messe scénique des Arcade Fire, le festival d'Angoulême atteint pour sa première éditon un sommet de musique indépendante en France. Un endroit où il fallait être ce soir.

Lire la suite

05 juin 2007

Festival Europavox 2007 - 1/2

Du 25 mai au 2 juin 2007 s’est déroulée la deuxième édition du festival Europavox à Clermont Ferrand, l’occasion de mettre à l’honneur la grande diversité musicale européenne autour de rencontres entre professionnels et grand public. L’objectif est de mettre sur le devant de la scène de très bons groupes qui sont connus dans leur pays mais qui n’ont pas forcément l’opportunité d’être invités à jouer à l’étranger comme le sont plus facilement les formations américaines par exemple. Petit retour sélectif sur 4 jours de concerts :

Les festivités débutent le mercredi soir avec un show case du groupe de rock local qu’on ne présente plus, Kaolin, accompagné pour l’occasion d’un quartet à cordes hongrois, le Sturcz Quartet. Post rock atmosphérique, paroles acidulées mais un cœur grand comme ça, Kaolin gagne à être vu en live. Les hongrois apportent ici une relecture du répertoire plutôt discrète voir quasi en mode mute sur l’hommage à Dylan (immense succès du box office avec Partons vite en lieu et place de I want you). Ce soir là le groupe met littéralement le feu à la salle puisque le concert est écourté par l’alarme incendie qui se déclenche et provoque la chute de l’un des violons du quartet, une pièce rare de valeur inestimable. Sa malheureuse propriétaire sera largement soutenue par le groupe qui lui rend hommage le dernier jour et lui offre un bouquet de fleurs. Grande classe ces Kaolin.

Le gros du festival commence avec le duo hip hop néerlandais Pete Philly & Perquiste qui dégage sur scène une énergie assez impressionnante. Dépouillé de son côté urbain, le son du Mc d’Amsterdam atteint ici de forts accents jazzy grâce à l’utilisation de violoncelles et de saxos électroniques. Entre soul et broken beat, le titre Insomnia est particulièrement convaincant.


C’est au tour de Martin Jondo de monter sur la scène de la Coopé. Personnage atypique, petit, plutôt enrobé, ce résident berlinois et proche collaborateur de Gentleman oscille constamment entre un reggae des plus roots et un dancehall résolument acoustique. Songwritter et guitariste de talent, il distille dans chacun de ses titres un message positif très apprécié. La scène reggae allemande a de beaux jours devant elle.

Passons à Nosfell, disons le tout net, ce mec est complètement barré. Je n’avais jamais entendu ça auparavant. Autour d’un univers imaginaire délirant, le Klokochazia, Nosfell aidé d’une guitare et d’un violoncelle sample sa voix et joue avec les ombres pour monter un show des plus grandiloquents. Quel choc que cette découverte en live qui n’a je pense certainement pas la même saveur à la maison. Entre performance vocale et théâtre tribal, Nosfell ne ressemble à rien d’autre.


Auteur, compositeur et interprète, le suédois Peter Von Poehl a tout pour lui à l’exception d’un timbre vocal peut-être un peu trop fragile. Néanmoins il livre une pop inspirée à l’atmosphère vraiment très intime entrecoupée d’anecdotes et de blagues nordiques très décalées à la limite du compréhensible mais toujours très sympathique. Pas une très grande voix mais un grand artiste à coup sûr.

Lire la suite

Festival Europavox 2007 - 2/2

Suite et fin des résumés sélectifs des concerts du festival Europavox 2007 :


Originalité de la scène italienne, les Hormonauts entament leur prestation au club de la Coopé dans une salle qui ne les connaît pas encore mais qui sait dès les premiers accords qu’elle va passer un bon moment. Complètement déjantés, les Homonausts ne ressemblent à rien d’autre, surf, rockabilly, ska, punk, tout y passe avec une énergie débordante et franchement communicative. Mention spéciale au chanteur écossais, tétons percés et tatouage de Tex Avery sur le torse pour cibler le personnage qui dans une cover très sale de Staying alive nous ferait presque imaginer que c’est la première fois que l’on entend cette chanson. Ebouriffant et sacrément sympathique.

http://www.myspace.com/thehormonauts

La palme du concert le plus participatif avec le public revient à Tom Mc Rae dont je sous-estimais le succès en terres françaises. Raffiné et inventif, l’anglais s’offre le luxe de voir chanté l’un de ses titres par le chapiteau à l’unisson pendant qu’il prend le temps d’aller se servir une bière au comptoir et de revenir sur scène. C’est simple, c’est beau et ça fait penser à du Genesis parfois au niveau de la voix. Un artiste vraiment très sympathique qui arrive à animer une salle avec des chansons pas forcément très gaies. Jolie performance.

http://www.myspace.com/tommcrae

Place à Archive et leur Lights tour, véritable attraction de ce festival et l’une des raisons de ma présence ici. Archive maintenant c’est du lourd, du gros, un show propre et calculé qui ne laisse pas de place au hasard, entre divagations psychédéliques et urgences rock. Véritable mur de son, impossible d’échapper à la fureur que le groupe laisse sur son passage, hypnotique et carrément unique. Loin du trip hop moelleux de ses débuts, Archive lorgne désormais vers un rock électronique sale et lyrique qui en met plein la tronche. Parfois répétitif lorsqu’une chanson comme Lights met 8 minutes avant de démarrer, la suite s’annonce à chaque fois une véritable débauche de brouillards et de luminescences. Petite déception lorsque le titre Again est joué en version courte, mais bon, 2 titres de 18 minutes dans un concert d’une heure c’est pas possible. Beau, intemporel et incroyable.

http://www.myspace.com/archiveuk

Celle que tout le monde attend lors du passage de Cirkus c’est bien entendu Neneh Cherry pour son grand retour sur scène. Personnage toujours très enthousiaste, la belle fournit ici un trip hop libre et aérien, très proche des 90’s et à la fois très ragga à la Patrice. Une musique et une ambiance très famille sur scène qui fait vraiment plaisir à entendre.

Il se fait tard et c’est l’heure pour Agoria d’entrer en scène aux platines et de balancer des beats lourds et profonds, propres à secouer la salle toute entière qui n’a d’autre choix que de se transformer en discothèque pour l’occasion. Le petit lyonnais en déclinant en live l’album The green armchair continue de dérouter la musique électro grâce à des collaborations aussi riches que nombreuses. Un concert qui clôt ce festival en beauté au son d’un rythme syncopé.

http://www.myspace.com/thegreenarmchair

Lire la suite

22 mai 2007

DMX - Live à l'Elysée Montmartre (Mai 2007)

Rendez vous 19 heures. La salle est vide. Seules quelques crew squattent les marches d'escalier.

Première partie: SAM'S. Des jeunes de Bordeaux aux revendications simplistes et maintes fois digérées. Un flow syncopé, avec des rimes construites. Mais la formule ne marche pas.

Arrivée du DOG vers 21h.
Départ: Ruff Riders Anthem - truc de ouf
Suivi de près par: Where the bitches at?
Where the hood at?
Where my niggaz at?
It's all good
Get it on the floor
We go hard
Fuck y'all
Party up
Here we go Again
Ain't no way
Rob all night
Flesh of my flesh, blood of my blood
Dogs for life
Lord give me a Sign
Prayer

Ambiance survoltée. Truc de ouf. Un grand nom du hip-hop pour un grand concert d'une toute petite durée: 55 minutes seulement! Le DOG se fatigue vite, il faut dire qu'il se donne. Les fans apprécient mais partent sans être rassasiés. A quand un retour sur Paris?

Lire la suite

24 février 2007

The Clash - From London To Jamaica (Live in Montego Bay, 27/11/82)

Vous connaissez Joe Strummer et ses acolytes, inutile d'en faire une tartine. Vous savez sûrement qu'à la fin des années 70, en Angleterre, les Clash et d'autres groupes de punk se sont acoquinés avec d'excellents groupes de reggae comme Steel Pulse et Misty In Roots, dans le cadre du mouvement "Rock Against Racism". Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce mouvement est né en réaction aux déclarations très douteuses d'Eric Clapton et de David Bowie. Le premier avait invité ses fans à voter pour l'ancien ministre conservateur Enoch Powell (auteur d'une intransigeante loi anti-immigration) lors d'un concert à Birmingham en août 1976. "L'Angleterre devient surpeuplée", avait-il affirmé, avant d'ajouter que voter Powell permettrait d'éviter au pays de se transformer en "une colonie noire" (!). Quant à Bowie, il avait clamé dans un magazine que le Royaume-Uni était "prêt pour un leader fasciste" - il revint plus tard sur cette énormité en prétextant un "abus de substances".

"Rock Against Racism", lancé par Red Saunders et Roger Huddle, édite d'abord un fanzine et organise de petits concerts pour se faire connaître. De nombreux musiciens et intellectuels apportent leur soutien à la cause, si bien qu'elle prend rapidement de l'ampleur. L'apothéose, c'est le "Carnival Against The Nazis", en avril 1978, quand 100000 personnes marchent de Trafalgar Square au Victoria Park pour assister à un concert en plein air. Sur le programme figurent The Clash, The Buzzcocks, Steel Pulse, X-Ray Spex, The Ruts, Sham 69, Generation X et le Tom Robinson Band. Ces groupes d'horizons divers improvisent ensemble pour faire l'éloge de la mixité.

La preuve ultime de ce métissage est sans doute le live enregistré au Bob Marley Festival, à Montego Bay, le 27 novembre 1982. J'aurais bien aimé être présent, ce soir-là. The Wailers, Toots & The Maytals, The B52's, The Grateful Dead et bien d'autres se sont succédés jusqu'au petit matin. Les Clash montèrent sur scène vers 4 heures, survoltés, pour livrer une de leurs meilleures performances disponibles sur bande. Les tubes du groupe, cuisinés à la sauce reggae, ne perdent rien de leur énergie primitive. Au contraire. Les guitares massives de "Radio Clash" en témoignent. Le batteur Terry Chimes, qui jouait pour la dernière fois avec la formation, est terriblement impressionnant. Et, ce qui ne gâche rien, l'enregistrement s'avère très correct, bien qu'il s'agisse d'un pirate.

"Guns Of Brixton", "London Calling" et "Straight To Hell" conviennent particulièrement au traitement dub opéré lors de ce set jamaïcain. La palme des basses les plus lourdes revient incontestablement à "Junco Partner", tandis que "Rock The Casbah" n'a jamais été aussi dépouillée. Ma préférée : "The Magnificent Seven", dont deux versions figurent sur le vinyl. Seule déception : l'intro et le dernier titre du concert, "I Fought The Law", sont absents du disque.

Aucune trace de ce live sur Radioblog et Youtube, alors voici "The Magnificent Seven" et "Guns Of Brixton" en version studio, ça ne peut pas faire de mal :




Lire la suite

19 février 2007

Jeff Buckley - Live à l'Olympia (2001)

Après la sortie de son premier album Grace en 1994, Jeff Buckley part en tournée pour en faire la promotion. C'est déjà un habitué des représentations en public. Au début de sa carrière, Jeff a beaucoup fréquenté les bars et en particulier les irish coffee du quartier New-Yorkais Sin-é. C'est ce qu'il aime, échanger avec les gens qui l'écoutent. Il disait "ne pas avoir envie d'être dépassé par sa réputation, mais être seulement jugé sur ses chansons". Lorsqu'il arrive à l'Olympia en juillet 1995, un rêve d'enfant se réalise: il marche sur les pas d'Edith Piaf et James Brown. Il s'est bien préparé pour être à la hauteur des français qui pourtant le considèrent déjà comme un héros.

Ce live est sorti en 2001, par Sony, numérisé depuis une cassette audio retrouvée "dans les affaires personnelles de Jeff" comme le précise la pochette du CD (très bien illustré et documenté par j.d. beauvallet des Inrockuptibles). Soit 4 ans après sa mort. Il marque apparemment le sommet de sa carrière.
Pour moi c'est surtout un album plein de surprises qui combleront en partie le vide laissé après Grace. On y trouve un homme au naturel comme à ses débuts, sans les artifices du studio. Jeff avait une belle voix et il a su la mettre en valeur malgré le trac. Lover, you should have come over , Dream Brother, Lilac Wine ou encore Hallelujah raviront les fans qui retrouveront les chansons proches de sa performance sur l'album, très mélodieuses et toujours agréables, parfois même à en couper le souffle lorsque Jeff prend sa voix de tête. Ensuite il y a la version de Grace, où l'on sent Jeff bien présent, s'efforçant à donner le meilleur de lui même. Parfois même il arrive à ses propres limites, en poussant sa voix à un tel point qu'on dirait un cri de douleur, comme s'il voulait s'essayer au grunge de Kurt Cobain, sans pour autant prononcer de fausse note. On trouve aussi de nombreux clins d'oeil au cours du spectacle : une interprétation trash de Kick out the jams des Mc5, une version de Kashmir accélérée de 5 bpm (il le dit dans le concert!) en l'honneur des Led Zeppelin, et non de puff daddy, merci ! Et enfin pour Edith Piaf il chante Je n'en connais pas la fin avec les couplets en anglais, mais il fait un effort en chantant les refrains en français à la manière des Beatles sur Michel.

En résumé l'écoute de cet album nous immerge dans l'ambiance de l'Olympia, où Jeff a essayé d'apporter le meilleur de lui même. Et si son talent n'arrive pas à la hauteur de son travail sur album studio où en concert dans des salles moins importantes, c'est à mon avis un très bon souvenir pour la France, profitez en il n'y en aura pas d'autre, dommage...

Pour aller plus loin:

En flânant sur Youtube je me suis amusé à comparer les différentes versions Grace de Jeff Buckley. Voici celle qui m'a le plus subjugué, tenez jusqu'à la fin-fin, c'est spectaculaire:



Jeff Buckley, live à Nulle part ailleurs en 1995


Lire la suite

14 février 2007

Archive - Unplugged (2004)

Vous connaissez tous Archive mais est-ce que vous connaissez Archive en unplugged? A première vue l’idée peut paraître étrange pour un groupe jouant habituellement au maximum sur l’électronique et la sophistication de leurs sons sur plusieurs niveaux. Passé l’effet de surprise on ne peut que constater que… ça marche ! Les chansons que l’on connaît derrière des basses et des orchestrations puissantes sont tout autant efficaces en acoustique. Elles y gagnent même en émotion. C’est dans cette musique épurée que la voix de Craig Walker devient si touchante. Unplugged est un album qui s’écoute en silence et de façon religieuse. Limité au trio voix / guitare / piano, le groupe de Darius Keeler et Danny Griffith est étonnant de simplicité. Pour la petite histoire cet album est sorti en 2004 peu de temps après l’album Noise alors que tout le monde s’attendait à un live électrique. Produit par Warner et enregistré en petit comité dans le studio Davout à Paris où sont passée entre autres les Rolling Stones et Lou Reed, cet album est selon moi trop court. Unplugged (qui n’a rien à voir avec la série d'MTV) est l’occasion de se poser dans un monde qui va si vite et d’écouter Archive autrement. Complément indispensable d’une discographie déjà si riche, moment de récréation folk pour un groupe de trip hop, chanteur sur le fil du rasoir en état de grâce, Unplugged est tout ça à la fois. Ne vous en privez pas.

Personnellement je trouve qu’Archive a eu la bonne idée de ne pas faire figurer ses gros titres sur ce live. Ici vous ne trouverez pas d’"Again", ce qui rend cet album très personnel, plus humain peut-être. Bonne surprise, deux reprises inédites sont présentes, "Game of pool" des français de Santa Cruz et "Girlfriend in coma" des Smith. "Goodbye" ici en écoute est à belle à en pleurer. A ne pas écouter donc si vous êtes dépressif. Pour tous les autres, faites vous plaisir.
_
En bref : Une fois débranché, on découvre un Archive différent et attachant. Une porte d'entrée possible pour les réfractaires.
_
_
_
"Noise" :

Lire la suite

15 janvier 2007

Macka B - Roots Ragga Live (1992)

Macka B, de son vrai nom Christopher Mac Farlane, est né de parents jamaïcains immigrés en Angleterre. Véritable rastafari, il vit à 100 % sa culture rasta et son attachement à Jah, son surnom Macka B va même jusqu’à signifier "marteau qui enfonce Babylone". Cet album enregistré en live en Allemagne en 1992 est l’occasion de découvrir l’univers particulier de cet amoureux du reggae, à mi chemin entre roots et ragga. Il le clame lui-même haut et fort, "I don’t like the reggae, I love it". Il représente pour moi le Tiken Jah anglais avec des thèmes de prédilection forts et engagés dans ses textes comme, l’Apartheid, le peuple africain, le respect de mère nature, la non violence, le racisme et bien sûr… la marijuana dont il fait fréquemment l’apologie dans ses lyrics. Quoi qu’il en soit un véritable album reggae qui donne une pêche d’enfer. Et respect à cet artiste qui dialogue avec son public et qui entre deux "Jah ! Rastafaride !" n’oublie pas de rendre hommage à ses références, Marley, Tosh, Spear et autres Israël Vibrations.

A écouter "Don’t drink to much" et son fameux passage "don’t drink to much, it’s better to smoke marijuana" et son refrain "I wanna get high". "Racist back off" n’est pas mal non plus dans le genre. "Rodney king medley" peut facilement vous faire bouger également. En fait tout est bon et ce live s’écoute d’une traite.


Ju.

Lire la suite