24 février 2007

The Clash - From London To Jamaica (Live in Montego Bay, 27/11/82)

Vous connaissez Joe Strummer et ses acolytes, inutile d'en faire une tartine. Vous savez sûrement qu'à la fin des années 70, en Angleterre, les Clash et d'autres groupes de punk se sont acoquinés avec d'excellents groupes de reggae comme Steel Pulse et Misty In Roots, dans le cadre du mouvement "Rock Against Racism". Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce mouvement est né en réaction aux déclarations très douteuses d'Eric Clapton et de David Bowie. Le premier avait invité ses fans à voter pour l'ancien ministre conservateur Enoch Powell (auteur d'une intransigeante loi anti-immigration) lors d'un concert à Birmingham en août 1976. "L'Angleterre devient surpeuplée", avait-il affirmé, avant d'ajouter que voter Powell permettrait d'éviter au pays de se transformer en "une colonie noire" (!). Quant à Bowie, il avait clamé dans un magazine que le Royaume-Uni était "prêt pour un leader fasciste" - il revint plus tard sur cette énormité en prétextant un "abus de substances".

"Rock Against Racism", lancé par Red Saunders et Roger Huddle, édite d'abord un fanzine et organise de petits concerts pour se faire connaître. De nombreux musiciens et intellectuels apportent leur soutien à la cause, si bien qu'elle prend rapidement de l'ampleur. L'apothéose, c'est le "Carnival Against The Nazis", en avril 1978, quand 100000 personnes marchent de Trafalgar Square au Victoria Park pour assister à un concert en plein air. Sur le programme figurent The Clash, The Buzzcocks, Steel Pulse, X-Ray Spex, The Ruts, Sham 69, Generation X et le Tom Robinson Band. Ces groupes d'horizons divers improvisent ensemble pour faire l'éloge de la mixité.

La preuve ultime de ce métissage est sans doute le live enregistré au Bob Marley Festival, à Montego Bay, le 27 novembre 1982. J'aurais bien aimé être présent, ce soir-là. The Wailers, Toots & The Maytals, The B52's, The Grateful Dead et bien d'autres se sont succédés jusqu'au petit matin. Les Clash montèrent sur scène vers 4 heures, survoltés, pour livrer une de leurs meilleures performances disponibles sur bande. Les tubes du groupe, cuisinés à la sauce reggae, ne perdent rien de leur énergie primitive. Au contraire. Les guitares massives de "Radio Clash" en témoignent. Le batteur Terry Chimes, qui jouait pour la dernière fois avec la formation, est terriblement impressionnant. Et, ce qui ne gâche rien, l'enregistrement s'avère très correct, bien qu'il s'agisse d'un pirate.

"Guns Of Brixton", "London Calling" et "Straight To Hell" conviennent particulièrement au traitement dub opéré lors de ce set jamaïcain. La palme des basses les plus lourdes revient incontestablement à "Junco Partner", tandis que "Rock The Casbah" n'a jamais été aussi dépouillée. Ma préférée : "The Magnificent Seven", dont deux versions figurent sur le vinyl. Seule déception : l'intro et le dernier titre du concert, "I Fought The Law", sont absents du disque.

Aucune trace de ce live sur Radioblog et Youtube, alors voici "The Magnificent Seven" et "Guns Of Brixton" en version studio, ça ne peut pas faire de mal :



2 Comments:

Ju said...

Wouah je ne connaissais pas cet enregistrement et on peut dire que l'affiche fait rêver: les clash, en live, à Kingston! Que demande le peuple...
Grosse énergie effectivement pour des chansons très courtes (2min en moyenne). J'aurais aimé que les titres soient encore plus transformés en reggae mais bon... Junco Partner est énorme et Magnificent Seven ne l'est pas moins.
A quand la machine à remonter dans le temps pour assister à ce genre de concert?

Franck said...

le live était à Montego Bay en fait, carrément de l'autre côté de l'île. http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/dd/Jm-map.png
en tous cas merci, content d'avoir pu écouter cette perle grâce à vous