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"Gleypa Okkur" :
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En ces temps de vrai-faux biopic ginzburgien, faussement original et véritablement chiant, une impérieuse nécessité s'impose : parler de l'essentiel, autrement dit de la musique. Contre Saint Sfar, il faut ressuciter l'ire proustienne, et défendre que la vérité d'un artiste gît en son oeuvre, et non dans le nombre de filles qu'il a sautées, ni dans les mille et une anecdotes de son trou du cul (j'y inclus aussi les complexes freudiens à trois balles du petit juif et du peintre raté). Alors, allons-y franchement, ce sera Histoire de Melody Nelson, histoire d'emmerder aussi les amateurs de compil' promotionnelles pour entreprise de surgelés. Poésie et profondeur du texte, complexité des arrangements, la chose serait suffisamment consistante pour nous tenir en haleine sur la longueur, sur le mode savant dissertatif à la Pitchfork, avec même une bonne dose d'analyse musicologique. D'autres babyloniens pourront s'en charger, une modeste évocation, paresseuse mais énamourée, me convient mieux...
Avec ce deuxième Ep (label Ici d'ailleurs...) sorti ce mois de novembre, l’Alsacien au chapeau offre sept titres alléchants, en attendant un véritable album prévu pour 2010. Sorti de l’ombre au Printemps de Bourges 2008, le gaillard conforte ses débuts prometteurs en se payant les premières parties de Wax Tailor ! Une promotion plus que méritée. Car ce n’est sans doute pas le goût commun pour les chapeaux qui a réuni ces deux ovnis, mais bien l’amour du mélange entre classique et électro. Cet homme orchestre aux bagages violonistiques de conservatoire, place en maître son instrument à cordes et le dépoussière grâce à sa maîtrise de l’ordinateur, de la guitare et du piano. Sur scène, il passe de l’un à l’autre sans aucune difficulté et bluffe le public par sa performance solo. Louis Warynski n’a pas choisi par hasard de s’appeler Chapelier Fou : son univers proche du fantastique et du monde hallucinatoire d’Alice aux pays des Merveilles est un conte en lui-même scandé par de merveilleux samples.
Publié par Lucile 10 commentaires
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Pour cette très attendue performance d’Aufgang à Paris, tout ce que la capitale compte de blogueurs et critiques musicaux semblait s’être donné rendez-vous au Café de la Danse. Il faut dire qu’avec des papiers dans Le Monde ou Libé, le premier album du trio a reçu un accueil plus que favorable en France. Pour beaucoup, ce projet électro-acoustique, conçu autour de deux pianos et d’une batterie, apporte une fraîcheur inattendue sur une scène qui en avait grand besoin. Sans vouloir relativiser l’apport d’Aufgang, nous étions peut-être moins surpris car nous avions déjà eu à faire aux différentes productions de Francesco Tristano, déjà coutumier des mariages entre musiques électronique, classique et jazz - rappelez-vous de sa prestation aux côtés de Carl Craig et Moritz Von Oswald à la Cité de la musique, ou encore de ses maxis The Melody et Auricle Bio On… Avec Rami Khalifé, confrère pianiste rencontré à la Julliard School il y a une dizaine d’années, et le batteur-machiniste Aymeric Westrich, Tristano a trouvé les comparses parfaits pour passer au niveau supérieur.
James “Jay Dilla” Yancey étant essentiellement réputé pour ses beats, l’idée de le voir repris par un orchestre classique (ou presque) pouvait paraître saugrenue. C’est pourtant le pari qu’ont fait les Californiens Carlos Nino et Miguel Atwood-Ferguson sur ce disque dédié à Ma Dukes, la mère du défunt producteur, qui a donné la bénédiction à cette Suite. Carlos Nino avait rencontré Dilla en 2003 et rêvait de travailler avec lui. En 2004, Nino engage le quatuor à cordes d’Atwood-Ferguson pour travailler sur un disque de Dwight Trible & The Life Force Trio (sur Ninja Tune). Les deux musiciens se lient très vite d’amitié et multiplient les collaborations, parmi lesquelles “Nag Champa” (en 2007), reprise d’un titre de Common et Dilla, diffusée gratuitement sur le net. C’est à partir de cette tentative qu’a germée l’idée de l’EP.
Depuis maintenant 20 ans - seigneur que le temps passe vite - le label Real World, créé en 1989 par l'ex-Genesis Peter Gabriel, n'a eu de cesse de promouvoir et diffuser la musique dite « world », en particulier les artistes africains et asiatiques contemporains. Un travail de défricheur explosant les frontières musicales nationales pour porter à nos oreilles des sonorités nouvelles ou méconnues en provenance des quatre coins du globe. Globalement, le titre retenu, Dub Colossus - A town called Addis, ne ment pas sur le contenu de cet album. Au fil de ses onze vastes plages, se succèdent ainsi les ambiances dubisantes, dominées par des variations instrumentales grisantes et des incursions de chants populaires transis. Nick Page fait sienne l'histoire musicale de son pays d'accueil.
Entouré des chanteuses Sintayehu Zenebe et Teremag Weretow, du saxophoniste Feleke Hailu et du pianiste Samuel Yirga, il reprend à son compte la voie épurée des sonorités mystiques des hauts plateaux érythréens, les accomodant de ses influences électroniques et reggae. En résultent de grands moments de recueillement, de poésie et d'envol, où les lyres (krar), luths (macinko) et autres doubles tambours traditionnels (kebero) le disputent à la solemnité d'un piano classique éthio-jazz ou d'un riddim importé tout droit de Kingston.
Difficile d'honorer ici un titre plutôt qu'un autre. « Azmari dub » ouvre le disque sur une note très reggae, fortement influencée par les productions du « Salvador Dali jamaïcain » Lee Perry, avant de laisser apparaître la voix vibrante et douloureuse de Sintayehu Zenebe, « l'Edith Piaf éthiopienne ». Sa supplique écorchée foule le sol terreux des rues d'Addis-Abeba et nous transporte dans les faubourgs populaires de la ville. Enivrés, nous la suivons en spectres émerveillés. « Entoto dub », morceau suivant, richement instrumenté, se distingue par sa profondeur et son traitement nettement plus contemporain. De « Tazeb Kush » et sa pop-jazzy ahmarique aux variations de piano classique d'« Ambassel in box », via le dub mystique de « Shem city steppers », la rencontre entre le compositeur britannique Nick Page et les artistes éthiopiens en présence est symbiotique. On ne remerciera certainement jamais assez Real World pour sa contribution au patrimoine musical mondial.
En bref : Fouler le sol rocailleux et chaud du « toit de l'Afrique », berceau de l'Humanité, n'a pas prix. Il en va de même pour ce précieux album à tendance dub, à la fois transcendant et terrestre, fruit de la belle entente d'un compositeur britannique et de musiciens populaires éthiopiens.
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Comment organiser la rencontre harmonieuse de la musique classique, de l'électronica, de l'expérimentale, de la pop, du jazz et de la bossa nova - la liste n'est pas exhaustive - tout ça dans le même disque et sans fausse note ? Voilà une question à cent balles et un Mars... Je n'ai évidemment pas de réponse tangible à vous proposer mais par contre un nom à vous soumettre : Jun Miyake. Alors que vient tout juste de sortir le treizième album de ce virtuose japonais (Stolen from strangers), je ne peux résister à l'envie de pérorer quelques instants sur un de ses plus séduisants opus, le dixième, Glam Exotica !, sorti il y a déjà presque une décennie (1999). On ne pourra lui enlever, le curriculum vitae de Jun Miyake est pour le moins surprenant et impressionnant. Le Tokyote, alors dans la vingtaine, débute sa carrière musicale en composant des bandes sonores pour spots publicitaires. La route sur laquelle s'engage le garçon sera pavée de réussites et, de surcroît, certainement très formatrice. Rapidement, il se distingue. Il monnaie ses services auprès des plus prestigieuses multinationales (Sony, BMW, Canon, Ford etc.) et, en implacable stakhanoviste, enchaîne les contrats, allant jusqu'à enfanter 2000 compositions par an (!). Sa renommée ne tarde évidemment pas à grandir, et de nombreux festivals internationaux rendent hommage à ses patchworks sonores impressionnistes. Bruitiste hors-pair, fin mélodiste et phogacyteur d'influences, Jun Miyake, confortablement assis financièrement, peut alors s'adonner progressivement à des projets plus personnels et ludiques.
Il compose pour le cinéma, nippon principalement, et livre ses premiers disques, hors du champ publicitaire et plus largement filmique, au début des années 90. Pour l'anecdote, il participa en 1988 à l'un des titres de Révolutions de Jean-Michel Jarre. Bref, à partir de 1995, sa production se concentre sur de véritables albums à proprement parler, dont Glam Exotica !, en 1999. Ce dernier se révèle particulièrement emblématique de la griffe du Japonais. On y retrouve ainsi son insatiable goût pour le métissage d'influences et le travail d'ambiance. Bossa, tango, rythmes arabisants, solo free-jazz, chants africains, Jun Miyake accomode emprunts et inspirations avec raffinement et les enrobe de ses touches électroniques délicates, bien souvent vaporeuses.
L'orchestration est luxuriante (violon, piano, saxophone, ukulélé, cymbales, berimbau, flûte alto...) et vous me verrez bien incapable de citer l'intégralité des instruments utilisés au fil des douze titres orgiaques de ce disque. La première plage au doux parfum oriental, “Rain forest”, est déjà en soi une démonstration de la richesse des compositions de Miyake. S'en suit une balade atmosphérique et errante, “Lotus isle”, conduite sous opium par le saxophone de son compatriote Dairo Miyamoto. En dépit des variations de styles, les transitions sont emmenées avec douceur et charme, sans rupture. Se dessine peu à peu une ambiance qui pourrait trouver son pendant pictural dans les films de Terry Gilliam. Une impression persistante, étayée par la gracieuse reprise du thème de Brazil, un des long-métrages du dit réalisateur américain, sorti en 1985. La gastronomie sonore du Japonais oscille entre des titres vocaux et instrumentaux, accalmies à dominante pop et transes jazzy world, le tout dans une sorte de féérie technicolore propice à la perte de repères et au bien-être.
Certains s'élèveront pour objecter que Miyake délivre ici un simple joli disque d'ambiance (quelle expression horrible!), “à écouter en fond sonore”. Je dis qu'il s'agit là d'une grande oeuvre à laquelle il mérite de prêter toute son attention. Une quête spirituelle en 12 épisodes qui stimulera tous vos chakras et vous conduira directement au nirvana.
Pour info, on peut signaler que Jun Miyake a collaboré à plusieurs reprises avec le chorégraphe français Philippe Decouflé, entre 2000 et 2005. Ses compositions ont également été utilisées par Robert Wilson et Pina Bausch.
En bref : Un disque méditatif, planant et charnel, témoin s'il est besoin de la virtuosité du Japonais Jun Miyake. Avec minutie et érudition, le compositeur nippon réussit un modèle de melting-pot musical impressionniste. Magique.
Gnossienne 1.mp3 (reprise d'Erik Satie)
Le myspace et le site web de Jun Miyake
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Ma platine vinyle est à deux doigts de déposer plainte pour harcèlement moral. Et pour cause, combien de fois lui ai-je déjà imposé la lecture de cet étonnant album de Koudlam. Je ne saurais l'estimer, je crois frôler la névrose et le tennis-elbow (à force de retourner le 33 tours). Mais que vous dire ? Ce disque est une pure pépite, encore une de ces galettes hors du temps, hors des modes. Coupable d'un travail de composition génial, Koudlam enfante une grande symphonie pop, à la fois viscérale et planante. Tout cela, il me semble, dans le plus profond anonymat... Koudlam est un jeune homme de 28 ans, né à Abidjan de parents français. Francilien de résidence, le garçon, encore mineur, est initié à la musique électronique par des pionniers de la « scène » rave hexagonale. Il arpente les fêtes acides puis pose lui-même ses sets. « Pour garder le contact avec la discipline », selon ses mots, il s'inscrit à la fac et en ressort avec un master d'Histoire de l'art. Cet intermède estudiantin jugé clos, Koudlam se consacre alors totalement à la musique et scotche des heures durant l'écran de son ordinateur personnel. En 2006, il accouche d'un premier album autoproduit et introuvable, Nowhere, et commence à tourner dans la capitale.
Sa rencontre avec l'artiste parisien Cyprien Gaillard est décisive. Cet acteur du land art, diplômé de la Haute école d'arts appliqués de Lausanne, invite le musicien à composer la bande originale de son film-opéra « Desniansky Raion ». Le projet est récompensé à la Foire de Bâle en 2007 et intensément plébiscité par la critique. Koudlam parcourt alors l'Europe et joue sa partition sous forme de performance. Un début de gloire...
Moins d'un an plus tard, et avec flair, Romain Turzi et Arthur Peschaud signent le mecton sur leur label nouveau-né Pan European Recording, déjà responsable de l'excellente compilation psyché Voyage. Ils livrent ensemble Live at Teotihuacán, combinaison de nouvelles compositions et d'une partie de la BO de « Desniansky Raion ».
Il y a évidemment du Tangerine Dream chez Koudlam et tout ce que le rock progressif a fait de mieux dans les années 70. Mais il y a également l'héritage d'un enfant de la techno, associée à cette incroyable capacité à créer des ambiances, d'un tableau l'autre sans heurt. De séquences techno déchirées par des chants désespérés (« See you all ») à de soyeux interludes de pop électronique (« Eagles of Africa »). La palette de Koudlam est ample (les magnifiques simili-violons de « See you all ») et sa composition, très cinématographique, touchante. Le lascard fait un bel usage des nappes de synthétiseurs, confectionnant ses atmosphères avec minutie et tissant ainsi sa mystique symphonie. Cette musique viscérale il la nomme « heroic world music » et l'expression me sied bien. Il ajoute « de la pop pas faite pour cent personnes mais pour des millions », voilà mon seul souhait. Tout simplement le plus beau disque porté à mes oreilles récemment.
L'intégralité de l'album de Koudlam, dont les deux titres majeurs « See you all » et « The Great Empire » extraits de la BO de « Deniansky Raion », est en écoute sur sa page myspace.
En bref : Une symphonie magistrale aux paysages sonores étourdissants. La pop électronique écorchée et épique de Koudlam, son « heroic world music », bouleverse. A la rencontre du rock, de l'électro, de l'opéra, une pièce sublime.
Un extrait de "Deniansky Raion" de Cyprien Gaillard, mis en musique par Koudlam :
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Publié par Fabien 5 commentaires
Catégories : Ambient, Chroniques, Classique, Electro, Electronica, Experimental, Pop, Rock, Techno