11 mars 2011

Concours - Ólafur Arnarlds, albums à gagner


C’était l’année dernière, le jeune prodige Ólafur Arnarlds sortait son deuxième album …And They Have Escaped The Weight Of Darkness. Un album islandais intemporel, sublime et ambitieux, qui malgré son titre restait assez sombre. Une musique que l’on pourrait qualifier de néo classique, essentiellement faite de piano et de cordes, étonnamment mûre quand on pense à l’âge de son concepteur (né en 1986). Et comme il n’est jamais trop tard, Dodb et Iceland Music vous proposent de gagner l’un des 3 albums mis en jeu. Pour cela il suffit de répondre à la question suivante :

Citez un autre album avec le mot Weight ?

Et d’envoyer votre réponse et coordonnées postales à contact@desoreillesdansbabylone.com avant le vendredi 8 avril. Bonne chance à tous.

Le site officiel et le Myspace

"Gleypa Okkur" :



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22 janvier 2010

Serge Gainsbourg - Histoire de Melody Nelson (1971)

En ces temps de vrai-faux biopic ginzburgien, faussement original et véritablement chiant, une impérieuse nécessité s'impose : parler de l'essentiel, autrement dit de la musique. Contre Saint Sfar, il faut ressuciter l'ire proustienne, et défendre que la vérité d'un artiste gît en son oeuvre, et non dans le nombre de filles qu'il a sautées, ni dans les mille et une anecdotes de son trou du cul (j'y inclus aussi les complexes freudiens à trois balles du petit juif et du peintre raté). Alors, allons-y franchement, ce sera Histoire de Melody Nelson, histoire d'emmerder aussi les amateurs de compil' promotionnelles pour entreprise de surgelés. Poésie et profondeur du texte, complexité des arrangements, la chose serait suffisamment consistante pour nous tenir en haleine sur la longueur, sur le mode savant dissertatif à la Pitchfork, avec même une bonne dose d'analyse musicologique. D'autres babyloniens pourront s'en charger, une modeste évocation, paresseuse mais énamourée, me convient mieux...

Album concept idéal-typique (pas comme Sgt Pepper's), l'histoire en question est celle des amours scandaleuses et symphonico-pop-rock entre un narrateur adulte et une jeune adolescente, "adorable garçonne", "quatorze automnes et quinze étés". Sous influence nabokovienne, Gainsbourg est fasciné par les sexualités minoritaires, et attaque frontalement notre morale sexuelle prétendûment libérée; aujourd'hui encore la loi punit de cinq ans d'emprisonnement et de 75000 euros d'amende toute personne ayant "favorisé ou tenté de favoriser la corruption d'un mineur" (article 227-22 du code pénal). Alors qu'en Grèce antique, il était un devoir d'éduquer les adolescents en la matière, l'Europe post-68 n'en finit pas de régler un vieux contentieux avec le sexe... Gainsbarre est donc "under arrest", sauf qu'on est trés loin du pathétique et glauque dernier album du même nom, dans lequel se rejouera le même scénar', mais de manière nettement dégradée (Samantha à la place de Melody, le génital à la place du cosmique...).

La forme sera sublime, donc, tirant le récit du côté de la tragédie ("ses jours étaient comptés"), et la musique du côté de l'écriture savante. Une rencontre irréelle, placée sous le signe du hasard, qui commence et se termine par un accident ; un amour hautement improbable, que le destin a bien voulu laisser advenir quelques instants, à la faveur d'un choc inaugural, mais qu'il engloutira dans un crash d'avion. Faut pas rêver...Le sentiment tragique du fugace parcourt l'album, exacerbé dans la superbe Valse de Melody : " le bonheur est rare et le soleil aussi". Pourtant il y a une épaisseur temporelle incroyable, et de quoi rattraper une vie ratée : rencontre, premiers émois, jalousie, rendez-vous secrets, baise et crash.

Côté musique c'est la grande classe, les synthés cheap dégueux 80's n'ont pas encore débarqué. Trio rock aux lignes claires : basse claquante, batterie, guitare, et commentaires symphoniques arrangés par Jean Claude Vannier. Beck ne s'en remettra pas. Groove certain, phrasé aphone gainsbarrien, mixé trés en avant, saillies de violons, les ambiances clair-obscur sont saisissantes, comme dans le morceau d'ouverture, où la Silver Ghost 1910 fend la nuit avant de renverser l'adolescente, ou comme dans l'Hôtel particulier, lieu mystérieux et interlope magistralement évoqué par la section rythmique. Le final est grandiose, avec ses choeurs enflammés, dignes d'un Requiem romantique. À défaut d'un enterrement chrétien, la musique rend un dernier hommage à ces "amours dérisoires". Le corps disloqué de Melody ne reposera jamais en paix, la morale est sauve.

En bref : L'album-concept ultime, condensé de poésie subversive, de noirceur tragique et d'évocation musicale. Le soleil est rare et les chefs d'œuvre aussi.




Pour les fétichistes (avec un gros compte en banque).

Un Hôtel trés particulier :






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03 décembre 2009

Chapelier Fou - Scandale ! (2009)

Avec ce deuxième Ep (label Ici d'ailleurs...) sorti ce mois de novembre, l’Alsacien au chapeau offre sept titres alléchants, en attendant un véritable album prévu pour 2010. Sorti de l’ombre au Printemps de Bourges 2008, le gaillard conforte ses débuts prometteurs en se payant les premières parties de Wax Tailor ! Une promotion plus que méritée. Car ce n’est sans doute pas le goût commun pour les chapeaux qui a réuni ces deux ovnis, mais bien l’amour du mélange entre classique et électro. Cet homme orchestre aux bagages violonistiques de conservatoire, place en maître son instrument à cordes et le dépoussière grâce à sa maîtrise de l’ordinateur, de la guitare et du piano. Sur scène, il passe de l’un à l’autre sans aucune difficulté et bluffe le public par sa performance solo. Louis Warynski n’a pas choisi par hasard de s’appeler Chapelier Fou : son univers proche du fantastique et du monde hallucinatoire d’Alice aux pays des Merveilles est un conte en lui-même scandé par de merveilleux samples.

Son "Prélude" sonne des cloches aigües et intrigantes, rythmées ensuite par les pizzicati du violon (sans l’archet) et une mélodie sortie d’un conte ou d’un vieux film qui laisse planer le mystère.

Le deuxième morceau, "Capitaine Fracasse" est assez lent. Derrière la mélodie du piano, le violon s’exprime sous toutes ses formes, à la fois par des accords à doubles cordes, des pizzs, une mélodie parfois larmoyante et des glissades intenses et lancinantes. Le cœur se ressert, des sons de xylos et de larges samples électros font redescendre les bpm.

Autre univers, "Scandale !" et sa base plus hip hop, avec une montée rythmique des cordes, une base de percus et des nappes enveloppantes qui font penser à la musique de Wax Tailor. L’enchaînement des beats de batterie, du son saturé, puis des rythmes cassés qui déstabilisent nous déplace dans une nouvelle sphère. D’autres samples s’invitent, comme une voix en anglais, peu utilisée, avant un final puissant digne d’un orchestre symphonique.

Encore plus que dans le deuxième morceau, "Mystérieux message" est caractérisé par le style glitch, très utilisé en électroacoustique. Ici comme dans le suivant "Animaux flexibles", le "cut" des boucles est consommé sans modération : il rétrécit les sons de piano et d’orgue et donne un aspect plus trash et industriel aux samples. La fin frénétique de ce cinquième morceau pose les voix d’un personnage de cartoon.

L’enjoué "Doodling hands" et ses pizzs rapides du début est amplifié par un effet de rebondissement et répétitif. Sans être redondant grâce à l’arrivée de samples de flash de polaroïd et la clôture d’une douce mélodie au piano.

"Postlude" fait chanter le violon derrière une montée électro. Le registre en majeur et décalé, puis des cui-cui d’oiseaux rendent l’atmosphère légère. Comme une renaissance, Chapelier fou nous transporte dans un monde que l’on n’a pas envie de quitter.

En bref : Le mélange d’instruments classiques et des machines n’est pas révolutionnaire mais sa maîtrise du violon donne une touche bien particulière à cet homme orchestre. On attend avec impatience la sortie du premier album en 2010.





Le Myspace et le site officiel

"Scandale" :


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21 novembre 2009

Aufgang - Concert au Café de la Danse le 19/11/09

Pour cette très attendue performance d’Aufgang à Paris, tout ce que la capitale compte de blogueurs et critiques musicaux semblait s’être donné rendez-vous au Café de la Danse. Il faut dire qu’avec des papiers dans Le Monde ou Libé, le premier album du trio a reçu un accueil plus que favorable en France. Pour beaucoup, ce projet électro-acoustique, conçu autour de deux pianos et d’une batterie, apporte une fraîcheur inattendue sur une scène qui en avait grand besoin. Sans vouloir relativiser l’apport d’Aufgang, nous étions peut-être moins surpris car nous avions déjà eu à faire aux différentes productions de Francesco Tristano, déjà coutumier des mariages entre musiques électronique, classique et jazz - rappelez-vous de sa prestation aux côtés de Carl Craig et Moritz Von Oswald à la Cité de la musique, ou encore de ses maxis The Melody et Auricle Bio On… Avec Rami Khalifé, confrère pianiste rencontré à la Julliard School il y a une dizaine d’années, et le batteur-machiniste Aymeric Westrich, Tristano a trouvé les comparses parfaits pour passer au niveau supérieur.

Dans une salle bondée, c’est Rone qui était chargé d’ouvrir la soirée avec son électronica soyeuse. Las, accompagné de l’illustre Fabi, nous n’avons pu voir que les cinq dernières minutes de sa prestation, pour cause d’apéro prolongé… Son association avec le violoncelliste Gaspard Claus avait pourtant l’air de mériter davantage d’attention… Bref. Venons en à Aufgang et à cette installation toute particulière : les deux pianos à queue d’un côté et de l’autre de la scène, et au milieu, la batterie et l’attirail électronique de Westrich. A peine le public salué, ça attaque très fort avec "Channel 7", l’une des tueries de l’album, avec ses envolées post-rock, ses accords plaqués façon house de Chicago et une intensité sonore ahurissante. Je suis estomaqué par la manière dont le live sublime et amplifie un titre déjà très puissant. Après cette ouverture magistrale, le trio a l’intelligence de varier les genres et les approches. Parfois méditatif, rêveur, il livre également des expérimentations atonales proches du free-jazz et de la musique contemporaine, tel ce "Channel 8" qui voit Tristano et Khalifé visiter les entrailles de leurs instruments pour en pincer et marteler les cordes.

Malgré tout, ce sont les morceaux uptempo qui m’impressionnent le plus. Avec "Channel 7", "Sonar" est sans doute la plus miraculeuse des créations d’Aufgang. Et bien qu’aucun membre du groupe ne vienne du Michigan, il s’agit aussi de l’une des plus belles pièces de techno de Detroit de ces dernières années. Presque baroque, l’intrication des nappes, des boucles acides, du beat lourd et des phrases impressionnistes des pianistes donne la sensation – assez rare, vous en conviendrez – de se trouver face à quelque chose d’unique, de grandiose ! Comme l’élaboration en direct d’un nouveau son, le début d’une nouvelle ère ! Le seul regret restant de ne pas pouvoir danser comme un dément dans une salle, comme son nom ne l’indique pas, davantage conçue pour les concerts folk que pour une telle expérience. Après une petite heure et demie de show, la bien nommée "Soumission" achèvera de nous en convaincre : Aufgang est l’une des grosses sensations de l’année !

Le Myspace d’Aufgang




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27 mars 2009

Carlos Nino & Miguel Atwood-Ferguson - Suite For Ma Dukes (2009)

James “Jay Dilla” Yancey étant essentiellement réputé pour ses beats, l’idée de le voir repris par un orchestre classique (ou presque) pouvait paraître saugrenue. C’est pourtant le pari qu’ont fait les Californiens Carlos Nino et Miguel Atwood-Ferguson sur ce disque dédié à Ma Dukes, la mère du défunt producteur, qui a donné la bénédiction à cette Suite. Carlos Nino avait rencontré Dilla en 2003 et rêvait de travailler avec lui. En 2004, Nino engage le quatuor à cordes d’Atwood-Ferguson pour travailler sur un disque de Dwight Trible & The Life Force Trio (sur Ninja Tune). Les deux musiciens se lient très vite d’amitié et multiplient les collaborations, parmi lesquelles “Nag Champa” (en 2007), reprise d’un titre de Common et Dilla, diffusée gratuitement sur le net. C’est à partir de cette tentative qu’a germée l’idée de l’EP.

Suite For Ma Dukes propose donc 4 réinterprétations de classiques de Dilla, réalisés pour Slum Village (“Fall In Love”), A Tribe Called Quest (“Find A Way”), Common ou lui-même (“Antiquity”). Comme les originaux sont parmi mes morceaux hip-hop préférés (la palme revenant à “Fall in Love”), j’ai beaucoup de difficultés à juger de l’effet que peut procurer ce disque sur un auditoire moins familier avec les prods en question. Sans doute l’enchantement est-il le même tant il semble pouvoir séduire les amateurs de folk, de musique classique et même d’ambient. Toujours est-il que l’écoute de Suite For Ma Dukes se fera de préférence après celle des originaux, pour permettre de saisir toutes les subtilités de la transposition.

Aux synthés chers au producteur de Detroit se substituent les harpes, glockenspiel, instruments à vent et à cordes frottées. A partir des mélodies simples et lumineuses des originaux, les Californiens brodent des motifs complexes sans pour autant donner dans la musique savante et chiante. A la longue, l’absence de batterie nuit tout de même à la dynamique de l'ensemble et devient un peu gênante. Mais le groove n’était certainement pas l’objectif premier du duo. Il s’agissait surtout d’accentuer le côté soyeux et harmonieux des morceaux, et aussi d’élargir l’aura de Jay Dee, au-delà des cercles hip-hop/soul. De ce point de vue, l’entreprise est un succès. Ce qui aurait pu paraître artificiel et contre-nature s’avère en fait d’une évidence totale.

Si l’on y réfléchit deux minutes, cela n’a rien d’étonnant. Les meilleurs instrus de Dilla étaient étaient souvent inspirés par des standards soul des sixties aux sections de cordes massives. Reprendre ces instrus à grand renfort de violons et violoncelles n’est finalement qu’une sorte de retour à l’envoyeur. N’est-ce pas l’un des grands plaisirs du mélomane que de suivre l’arborescence des sons à travers leurs différentes reprises, influences, interpénétrations ? Et de constater comment la bonne musique se réincarne, et survit à son auteur sous des infinités de formes successives ? Qui sait ? Peut-être ce Suite For Ma Dukes se verra-t-il remixé à son tour, un jour ou l’autre ? C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

En bref : quatre beats de Jay Dilla en version musique de chambre. Une expérience inédite, entre jazz, classique, easy-listening et musique de film, et une façon originale de redécouvrir les talents de mélodiste de l’un des plus grands producteurs hip-hop, qui aurait 35 ans cette année.



L’original de “Fall In Love”, puis la version de Nino & Atwood-Ferguson :
Slum Village - Fall In Love.mp3
Carlos Nino & Miguel Atwood-Ferguson - Fall In Love.mp3

Une sélection arbitraire de bombes produites par Jay Dee :
J-88 (Slum Village+Jay Dee) - The Look of Love Pt.1.mp3
A Tribe Called Quest (ft. Busta Rhymes) - Busta’s Lament.mp3
Q-Tip (ft. Jay Dee) - That Shit.mp3
Slum Village - Untitled (Fantastic).mp3
Amp Fiddler - Waltz of a Ghetto Fly.mp3
The Pharcyde - Runnin.mp3
The Pharcyde - Splattitorium.mp3

“Hoc N Pucky” de Slum Village (qui ne figure pas sur l’EP) en live, avec 40 musiciens (dont un batteur !) :


Le site de leur label, Mochilla
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03 janvier 2009

Dub Colossus - A town called Addis (2008)

Depuis maintenant 20 ans - seigneur que le temps passe vite - le label Real World, créé en 1989 par l'ex-Genesis Peter Gabriel, n'a eu de cesse de promouvoir et diffuser la musique dite « world », en particulier les artistes africains et asiatiques contemporains. Un travail de défricheur explosant les frontières musicales nationales pour porter à nos oreilles des sonorités nouvelles ou méconnues en provenance des quatre coins du globe.

Avec A town called Addis c'est l'Ethiopie, berceau de l'Humanité, terre mythique des rastafariens, qui est à l'honneur. Le disque est en effet le fruit de la rencontre entre Nick Page, alias Dubulah ou Dub Colossus, guitariste et compositeur britannique formé auprès de Michael Riley (Steel Pulse), et plusieurs chanteurs traditionnels azmaris de la capitale éthiopienne.


Globalement, le titre retenu, Dub Colossus - A town called Addis, ne ment pas sur le contenu de cet album. Au fil de ses onze vastes plages, se succèdent ainsi les ambiances dubisantes, dominées par des variations instrumentales grisantes et des incursions de chants populaires transis. Nick Page fait sienne l'histoire musicale de son pays d'accueil.

Entouré des chanteuses Sintayehu Zenebe et Teremag Weretow, du saxophoniste Feleke Hailu et du pianiste Samuel Yirga, il reprend à son compte la voie épurée des sonorités mystiques des hauts plateaux érythréens, les accomodant de ses influences électroniques et reggae. En résultent de grands moments de recueillement, de poésie et d'envol, où les lyres (krar), luths (macinko) et autres doubles tambours traditionnels (kebero) le disputent à la solemnité d'un piano classique éthio-jazz ou d'un riddim importé tout droit de Kingston.



Difficile d'honorer ici un titre plutôt qu'un autre. « Azmari dub » ouvre le disque sur une note très reggae, fortement influencée par les productions du « Salvador Dali jamaïcain » Lee Perry, avant de laisser apparaître la voix vibrante et douloureuse de Sintayehu Zenebe, « l'Edith Piaf éthiopienne ». Sa supplique écorchée foule le sol terreux des rues d'Addis-Abeba et nous transporte dans les faubourgs populaires de la ville. Enivrés, nous la suivons en spectres émerveillés. « Entoto dub », morceau suivant, richement instrumenté, se distingue par sa profondeur et son traitement nettement plus contemporain. De « Tazeb Kush » et sa pop-jazzy ahmarique aux variations de piano classique d'« Ambassel in box », via le dub mystique de « Shem city steppers », la rencontre entre le compositeur britannique Nick Page et les artistes éthiopiens en présence est symbiotique. On ne remerciera certainement jamais assez Real World pour sa contribution au patrimoine musical mondial.


En bref : Fouler le sol rocailleux et chaud du « toit de l'Afrique », berceau de l'Humanité, n'a pas prix. Il en va de même pour ce précieux album à tendance dub, à la fois transcendant et terrestre, fruit de la belle entente d'un compositeur britannique et de musiciens populaires éthiopiens.




Asmari dub.mp3

Tazeb kush.mp3

Ambassel in box.mp3


A lire aussi : rubrique dub


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28 novembre 2008

Jun Miyake - Glam Exotica ! (1999)

Comment organiser la rencontre harmonieuse de la musique classique, de l'électronica, de l'expérimentale, de la pop, du jazz et de la bossa nova - la liste n'est pas exhaustive - tout ça dans le même disque et sans fausse note ? Voilà une question à cent balles et un Mars... Je n'ai évidemment pas de réponse tangible à vous proposer mais par contre un nom à vous soumettre : Jun Miyake. Alors que vient tout juste de sortir le treizième album de ce virtuose japonais (Stolen from strangers), je ne peux résister à l'envie de pérorer quelques instants sur un de ses plus séduisants opus, le dixième, Glam Exotica !, sorti il y a déjà presque une décennie (1999).


On ne pourra lui enlever, le curriculum vitae de Jun Miyake est pour le moins surprenant et impressionnant. Le Tokyote, alors dans la vingtaine, débute sa carrière musicale en composant des bandes sonores pour spots publicitaires. La route sur laquelle s'engage le garçon sera pavée de réussites et, de surcroît, certainement très formatrice. Rapidement, il se distingue. Il monnaie ses services auprès des plus prestigieuses multinationales (Sony, BMW, Canon, Ford etc.) et, en implacable stakhanoviste, enchaîne les contrats, allant jusqu'à enfanter 2000 compositions par an (!). Sa renommée ne tarde évidemment pas à grandir, et de nombreux festivals internationaux rendent hommage à ses patchworks sonores impressionnistes. Bruitiste hors-pair, fin mélodiste et phogacyteur d'influences, Jun Miyake, confortablement assis financièrement, peut alors s'adonner progressivement à des projets plus personnels et ludiques.


Il compose pour le cinéma, nippon principalement, et livre ses premiers disques, hors du champ publicitaire et plus largement filmique, au début des années 90. Pour l'anecdote, il participa en 1988 à l'un des titres de Révolutions de Jean-Michel Jarre. Bref, à partir de 1995, sa production se concentre sur de véritables albums à proprement parler, dont Glam Exotica !, en 1999. Ce dernier se révèle particulièrement emblématique de la griffe du Japonais. On y retrouve ainsi son insatiable goût pour le métissage d'influences et le travail d'ambiance. Bossa, tango, rythmes arabisants, solo free-jazz, chants africains, Jun Miyake accomode emprunts et inspirations avec raffinement et les enrobe de ses touches électroniques délicates, bien souvent vaporeuses.


L'orchestration est luxuriante (violon, piano, saxophone, ukulélé, cymbales, berimbau, flûte alto...) et vous me verrez bien incapable de citer l'intégralité des instruments utilisés au fil des douze titres orgiaques de ce disque. La première plage au doux parfum oriental, “Rain forest”, est déjà en soi une démonstration de la richesse des compositions de Miyake. S'en suit une balade atmosphérique et errante, “Lotus isle”, conduite sous opium par le saxophone de son compatriote Dairo Miyamoto. En dépit des variations de styles, les transitions sont emmenées avec douceur et charme, sans rupture. Se dessine peu à peu une ambiance qui pourrait trouver son pendant pictural dans les films de Terry Gilliam. Une impression persistante, étayée par la gracieuse reprise du thème de Brazil, un des long-métrages du dit réalisateur américain, sorti en 1985. La gastronomie sonore du Japonais oscille entre des titres vocaux et instrumentaux, accalmies à dominante pop et transes jazzy world, le tout dans une sorte de féérie technicolore propice à la perte de repères et au bien-être.


Certains s'élèveront pour objecter que Miyake délivre ici un simple joli disque d'ambiance (quelle expression horrible!), “à écouter en fond sonore”. Je dis qu'il s'agit là d'une grande oeuvre à laquelle il mérite de prêter toute son attention. Une quête spirituelle en 12 épisodes qui stimulera tous vos chakras et vous conduira directement au nirvana.


Pour info, on peut signaler que Jun Miyake a collaboré à plusieurs reprises avec le chorégraphe français Philippe Decouflé, entre 2000 et 2005. Ses compositions ont également été utilisées par Robert Wilson et Pina Bausch.


En bref : Un disque méditatif, planant et charnel, témoin s'il est besoin de la virtuosité du Japonais Jun Miyake. Avec minutie et érudition, le compositeur nippon réussit un modèle de melting-pot musical impressionniste. Magique.




Rain forest.mp3

Gnossienne 1.mp3 (reprise d'Erik Satie)

Pico Birds.mp3


Le myspace et le site web de Jun Miyake


A lire aussi : Radicalfashion – Odori (2007)


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29 octobre 2008

Koudlam - Live at Teotihuacán (2008)

Ma platine vinyle est à deux doigts de déposer plainte pour harcèlement moral. Et pour cause, combien de fois lui ai-je déjà imposé la lecture de cet étonnant album de Koudlam. Je ne saurais l'estimer, je crois frôler la névrose et le tennis-elbow (à force de retourner le 33 tours). Mais que vous dire ? Ce disque est une pure pépite, encore une de ces galettes hors du temps, hors des modes. Coupable d'un travail de composition génial, Koudlam enfante une grande symphonie pop, à la fois viscérale et planante. Tout cela, il me semble, dans le plus profond anonymat...


Koudlam est un jeune homme de 28 ans, né à Abidjan de parents français. Francilien de résidence, le garçon, encore mineur, est initié à la musique électronique par des pionniers de la « scène » rave hexagonale. Il arpente les fêtes acides puis pose lui-même ses sets. « Pour garder le contact avec la discipline », selon ses mots, il s'inscrit à la fac et en ressort avec un master d'Histoire de l'art. Cet intermède estudiantin jugé clos, Koudlam se consacre alors totalement à la musique et scotche des heures durant l'écran de son ordinateur personnel. En 2006, il accouche d'un premier album autoproduit et introuvable, Nowhere, et commence à tourner dans la capitale.

Sa rencontre avec l'artiste parisien Cyprien Gaillard est décisive. Cet acteur du land art, diplômé de la Haute école d'arts appliqués de Lausanne, invite le musicien à composer la bande originale de son film-opéra « Desniansky Raion ». Le projet est récompensé à la Foire de Bâle en 2007 et intensément plébiscité par la critique. Koudlam parcourt alors l'Europe et joue sa partition sous forme de performance. Un début de gloire...


Moins d'un an plus tard, et avec flair, Romain Turzi et Arthur Peschaud signent le mecton sur leur label nouveau-né Pan European Recording, déjà responsable de l'excellente compilation psyché Voyage. Ils livrent ensemble Live at Teotihuacán, combinaison de nouvelles compositions et d'une partie de la BO de « Desniansky Raion ».

Il y a évidemment du Tangerine Dream chez Koudlam et tout ce que le rock progressif a fait de mieux dans les années 70. Mais il y a également l'héritage d'un enfant de la techno, associée à cette incroyable capacité à créer des ambiances, d'un tableau l'autre sans heurt. De séquences techno déchirées par des chants désespérés (« See you all ») à de soyeux interludes de pop électronique (« Eagles of Africa »). La palette de Koudlam est ample (les magnifiques simili-violons de « See you all ») et sa composition, très cinématographique, touchante. Le lascard fait un bel usage des nappes de synthétiseurs, confectionnant ses atmosphères avec minutie et tissant ainsi sa mystique symphonie. Cette musique viscérale il la nomme « heroic world music » et l'expression me sied bien. Il ajoute « de la pop pas faite pour cent personnes mais pour des millions », voilà mon seul souhait. Tout simplement le plus beau disque porté à mes oreilles récemment.


L'intégralité de l'album de Koudlam, dont les deux titres majeurs « See you all » et « The Great Empire » extraits de la BO de « Deniansky Raion », est en écoute sur sa page myspace.


En bref : Une symphonie magistrale aux paysages sonores étourdissants. La pop électronique écorchée et épique de Koudlam, son « heroic world music », bouleverse. A la rencontre du rock, de l'électro, de l'opéra, une pièce sublime.





Un extrait de "Deniansky Raion" de Cyprien Gaillard, mis en musique par Koudlam :



A lire aussi : Voyage - Facing the history of french modern psychedelic music (2008)



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