23 février 2013

My Bloody Valentine - MBV (2013)

Comment pourrait-on être déçu par un disque dont on n'attendait rien ? Car c'est peu de dire qu'on les avait oubliés nos chers My Bloody Valentine - définitivement le nom de groupe le plus cool qui soit !

Oh bien sûr, il y avait bien ici où là un fan aux aguets lorsqu'un Kevin Shields sorti de sa torpeur pondait soit un remix pour Primal Scream, soit un morceau pour un soundtrack de Sofia Coppola, voire accompagnait sur scène telle sommité indé.

Bref, rien de bouleversant, le démiurge sorti à demi-fou de la confection de son grand-oeuvre Loveless (91), qui coula rien de moins qu'un label, l'historique Creation d'Alan Mac Ghee, n'en finissait pas de procrastiner. Fidèle à la logique qui l'avait vu passer des mois à la production d'un trémolo de Fender Jaguar sur le solo d'une seule note de "To Here When Knows", véritable coulée de lave et morceau le plus intensément inécoutable jamais composé.

Même si le bonhomme et ses 3 sbires continuait de jouir d'une certaine crédibilité pour se(r)vices rendus à la noisy indé pré-britpop, c'est clair que l'entité MBV faisait davantage figure de respectable dinosaure (junior) qu'autre chose ; dame leurs compagnons de jeu ne s'appelaient-ils pas Boo Radleys  ou autres Lush ou Slowdive, notoirement oubliés (notamment pour les deux derniers) ? Et puis, entre temps, la techno, le hip hop, la jungle et tant de pseudos courants étaient apparus ! Blur et Radiohead avaient connu une (réussie) mutation world industrielle. Même Portishead avait redonné signe de vie discographique !

Alors, la vraie surprise de ce MBV  .......c'est qu'il n'y en a pas ! Tel une Miss Havisham dickensienne, cloitrée pendant toutes ces années derrière ses consoles, oscillateurs et pédales d'effets, et sans voir la lumière du jour, Kevin Shields toujours secondé par la diaphane Bilinda, nous livre pas moins de 9 chutes de Loveless, en tout cas  sans doute pour certaines d'entre elles.
Toujours ce bruit de foreuse, cette vrille électrifiée, toujours ces voix mixées très en retrait à des fins  de psalmodies  plutôt qu'à la quelconque livraison de messages (à la manière des Cocteau Twins);  il n'y a qu'à lire les titres des chansons....et de l'album : jamais plus de trois mots répétés à l'envi et qu'on jurerait extraits des opus précédents.

A ceci près que les imparables mélodies minimalistes sont plus soulignées qu'à l'accoutumée (si l'on peut dire....) et que ce disque séduira sans doute ceux que Loveless (et ils sont nombreux) avait désarçonnés et/ou pétrifiés.
L'ouverture sereine et faussement en demi-teinte de "She Found Now" laisse place à "Only Tomorrow", chanson répétitive et à formule telle qu'on peut s'attendre de MBV, mais le quatuor sait toujours magnifier son apparent vacarme d'un charme pop indicible dans ses choeurs évanescents et noyés d'échos.
Immédiatement "Who Sees You" lui emboîte le pas, et c'est reparti pour un traumatisme réverbéré de plus, avec barrés (c'est le cas de le dire) sur le mi grave. "Is This And Yes" (seule incartade au titre en 3 mots) joue la carte de l'instrumental en ode harmonium apaisé, où la sirène Bilinda ose quelque mélopée enfouie. Parfaitement enchaînée, "If I Am" paye son tribut à Stereolab qui comme chacun sait n'est plus. "New You" est le morceau de bravoure indispensable à tout grand disque ou aspirant à l'être : suprême feedback digne du "How Soon Is Now" des Smiths pour ce qui est d'ores et déjà la chanson la plus ouvertement pop du groupe.

"Nothing Is" est un loop qu'on imagine sans peine décliné ad libitum live - hélas, pas au Festival Paloma de mai, nos lads seront au même moments à la Primavera - tandis que "Wonder 2" (quelle est la Wonder ouane ?) enfonce le clou rouillé dans le crâne des auditeurs trépanés survivants.

Il est sans doute difficile de dire objectivement pourquoi on aime ce disque, ou pourquoi son contenu est définitivement plus important que le come back impromptu de ses auteurs. Une chose est sûre : les mélodies simplistes et parfois stridentes de My Bloody Valentine ne sont jamais anodines, et finissent invariablement par fasciner !

En bref : le Rip Van Winkle irlandais du rock indé reprend les choses là où il les avaient laissées tout là bas à l'orée des 90's. Et à la surprise générale, parvient à livrer un magma sonore à nouveau excitant et inventif, totalement déconnecté des courants modernes. Un come back qui s'avérait -qui l'eût cru- indispensable.

le site , le Myspace

"Only Tomorrow"


 "New You"

3 Comments:

HIPHOP said...

franchement je ne m' y attendais pas!
il y avait quand même eu une réédition en coffret remastérisé l'année dernière, avec soi disant le son qui tue
j

Emmanuel said...

J'étais certain que ce serait Nickx qui se chargerait de la chronique de ce fascinant MBV, dont les réverbérations prennent ici tout leur sens : ils viennent nous hanter comme des échos d'un certain passé, lointain sur la frise, pourtant toujours frais dans la tête.

Nickx said...

Et pourtant comme je le dis, ça n'était pas gagné Emmanuel -ravi de te relire au passage - vu que je n'attendais rien de ce disque et l'ai plus écouté par atavisme qu'autre chose.

A l'arrivée, une véritable claque, un son totalement actuel et unique à la fois, tellement représentatif de ses auteurs.

Sans tirer de plans sur la comète (car on en n'est qu'au début et tant de bonnes choses sont annoncées) MBV est un album appelé à figurer très haut dans les référendums de fin d'année.