29 avril 2014

Mac DeMarco - Salad Days (2014)

3ème album studio pour le jeune canadien de 23 ans, Salad Days entend surfer sur la douceur d'un flegme emprunt d'oisiveté et de sérénité. Exaltant un cadre autrement plus chaleureux mais non moins majestueux que celui de sa natale Colombie Britannique, Mac DeMarco livre un disque accessible et mélodique, où la simplicité des arrangements se fond dans un songwrigting agréablement épuré.

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28 avril 2014

Little Joy - S/t (2008)


A l'époque ce disque avait été présenté comme un simple side-project des Strokes au moment où ces derniers battaient de l'aile. On avait fait tout un foin sur les tensions qui déchiraient la formation new-yorkaise, et la participation du batteur Fabrizio Moretti à l'album qui nous occupe avait été vue comme une véritable trahison. Maintenant que l'eau a coulé sous les ponts et que l'on sait que la bande à Casablancas ne retrouvera plus jamais sa superbe, il est temps de revenir sur ce disque injustement oublié qui méritait bien mieux que ça.


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14 mai 2013

Halasan Bazar - Space Junk (2013)

Qu'arrive t-il à tous ces jeunes ? Pourquoi ne veulent-ils plus vivre avec leur temps ? La faute à la crise ? La nostalgie d'une époque révolue ? Toujours est-il que ce collectif Danois basé à Copenhague semble respirer l'air californien des 60's. Rien sur ce véritable premier album ne nous rappelle à 2013. On y trouve des chansons bricolées perdues dans l'espace-temps, des passe-temps pour hippies armés de tambourins et guitares, des éclats de génie à côté de morceaux branleurs. Tout comme Jacco Gardner et Foxygen un peu plus tôt cette année, Halasan Bazar reprend le flambeau sans se brûler d'un rock lo-fi psychédélique west-coast qu'on croyait disparu avec les Byrds.


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25 mai 2012

VA - Personal Space : Electronic Soul 1974-1984 (2012)

L’émergence des synthétiseurs et des boîtes à rythmes bon marché, qui a si profondément chamboulé le punk et la musique britannique en général en installant la culture du Do It Yourself,  n’a pas épargné la soul et le funk. On sait comment Sly Stone, Shuggie Otis et bien d’autres ont intégré avec succès ces nouveaux outils à leurs productions, au début des 70s. On connaît moins ceux qui, dans leur sillage, enregistraient sur des 4 pistes dans le secret de leurs chambres à coucher, de leurs caves ou de leurs cuisines, un peu partout sur le sol américain. Sorti par Chocolate Industries et Numero Group, Personal Space : Electronic Soul présente le travail de certains de ces illuminés plus ou moins anonymes qui tentaient, avec un matos des plus rudimentaires, de reproduire les orchestrations des grands noms de l’époque ou traçaient, qu’ils en soient conscients ou non, de nouvelles voies pour la musique électronique. Une partie du plaisir que procure cette compilation provient d’ailleurs de l’écart entre ce qu’ils voulaient probablement produire et le résultat final.


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23 janvier 2012

Lone Pigeon - Time Capsule 001-010 (2011)

Qu’il est difficile pour moi d’aborder un tel monument. Pour vous faire un résumé, disons juste que Lone Pigeon est le nom d’emprunt de l’écossais Gordon Anderson, ex leader du mythique Beta Band et actuel leader des méconnus The Aliens. Entre ces deux périodes, l’homme qui n’a jamais caché sa maladie mentale -voir sa prétendue possession par le malin- s’est retiré du système, et entre d’interminables séjours en hôpital psychiatrique a trouvé le temps d’enregistrer quantité de morceaux (159 pour être exact) regroupés en 7 albums indépendants, tous présents dans ce coffre de toute beauté. Retour sur ce monolithe musical indispensable à tout fan de Beatles, Beta Band, Daniel Johnston ou Syd Barrett, véritable voyage dans l’esprit dérangé d’un démiurge pop mésestimé.

Gordon Anderson, c’est d’abord The Beta Band. Un succès d’estime pour quelques amateurs éclairés, juste un nom de groupe défunt pour d’autres. Lorsque le groupe splitte, Anderson est transparent sur sa consommation de drogues psychédéliques. Il peut prendre LSD à longueur de journée et enchaîner pendant plus de deux mois non-stop à plus de 40 mushrooms par nuit. Suite à ça les docteurs lui détecteront une schizophrénie qu’il réfutera toujours, même après avoir avoué s’être senti quelques temps possédé tour à tour par un démon tueur et un sphinx égyptien. Profitant de ses rares éclairs de lucidité pour absorber l’œuvre des Beatles et en recracher tout ce qu’il peut, il met en boîte 7 albums, dont 5 dépassent les 20 titres. Un travail colossal réalisé à posteriori par son frère King Creosote qui signe ici la préface du livret. A l’origine tout n’existait que sur cd-r.

Le résultat est irréel, et bien-sûr il faut s’accrocher pour avaler les 8 heures de musique de ce mammouth discographique. On en ressort vidé, convaincu d’avoir traversé les pensées d’un être à la dérive, le côté voyeur en moins (ici personne n’est mort et Anderson tient plutôt la dragée haute en ce moment). On commence donc avec Moses, premier des 7 chapitres. Le plus ancien puisque réalisé en 1997, et peut-être le meilleur du lot. L’impression oppressante de zapper constamment sur une radio pirate d’un temps révolu, avec de très nombreux nuages soniques lo-fi, parfois dégagés par des éclaircies de songwritting pur, guitare acoustique et voix, pour des balades folk tordues teintées d’électronica ("Rox"). Du Syd Barrett ou je ne m’y connais pas.

"Rox" :


Sur Dr Vamprianos And His Old Melodic Chest Of Dwarves (bim le titre !), Anderson plonge plus profondément encore dans cet univers. N’écoutez que "How Can I Go" et imaginez la suite. Sa voix est plus claire et les arrangements plus extrêmes. Le fantôme de McCartney est désormais bien présent et ne quittera plus le disque. "Glover", morceau fil rouge du coffret, fait aussi sa première apparition. On le retrouve sur quasi chaque disque mixé de manière différente. Sur 28 Secret Tracks, on revient à du matériel plus traditionnel et le disque serait presque écoutable par le commun des mortels. J’ai dit presque.

"How Can I Go" :


Baby Piano compte aussi ses morceaux de bravoure. Le déchirant "Won’t You Take Me By The Hand" notamment. Pour Cakemonth c’est "Juicy Little Flies In The Highlands" qui fait figure de sommet. Là on s’éloigne encore du format traditionnel pop songs des sixties pour au final sortir un alien musical qui mixe en 15 minutes tous les effets biscornus du White Album et du Sgt Pepper des Beatles. Et qui se permet de massacrer Brian Wilson aussi en plein milieu d’un moment de folie à 10’18". Du foutage de gueule pour certains, un grand moment de musique au casque pour d’autres. Sur Glover Again Anderson est hyperactif et élargit son spectre musical. "Glover" est enfin présenté en version "définitive", tel que le reprendront ensuite les Aliens dans leur décidément énormissime Astronomy For Dogs.

"Juicy Little Flies In The Highlands" :


Won’t You Take Me By The Hand :


"Glover" :



Bien-sûr dans un objet comme ça il y a aussi l’artwork, ici phénoménal.7 cd, chacun dans un fourreau, chaque fourreau dessiné de la main d’Anderson, intérieur extérieur, formant un véritable kaléidoscope acide, le chaos tout en couleur.

En bref : sans concession aucune, cette collection indescriptible de morceaux subversifs est un trip immense dans la bipolarité de son auteur Gordon Anderson, certainement l’un des plus doués et mésestimé de ces dernières années en matière de pop perchée.





Le site officiel
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17 janvier 2012

Someone Still Loves Boris Yeltsin - Tape Club (2011)


Adeptes des groupes au nom à rallonge bonsoir! SSLYBY pour faire plus court est un tout petit groupe (tout juste 3 albums au compteur en dix ans de carrière) qui n’a pourtant pas oublié d’être prolifique à la maison. Ainsi sortait l’année dernière ce double vinyle de faces B et autres raretés comme il est bon de les appeler. Soit 26 morceaux de pop indé sortis de la manche qui - il faut le dire - surpassent en qualité ce que l’on avait l’habitude de retrouver sur les "vrais" albums du groupe du Missouri. Un cadeau pour les fans, une porte d’entrée de haut standing pour les non initiés.

Peu connaissent SSLYBY (en référence à l’ancien président russe on s’en doute). C’es pourtant un groupe très intéressant qui peut se targuer de compter au moins trois songwritters en son sein, dont Philipp Dickey et John Cardwell, têtes pensantes de cette bande de quatre amis. Comme beaucoup de zicos passionnés par le matos d’enregistrement, ils prennent soin de retranscrire ici dans le gatefold du disque les dates et conditions d’enregistrement. Et l’originalité de cet objet est que les titres ont été classés par ordre chronologique de confection. Autant dire que cela va de la chambre de la mère de Phil en 2002 jusqu’à des studios plus cossus en 2009. Et que le son s’en ressent.

A l’origine, un "tape club" c’est ça, une compilation sur cassette pour remercier les fans. Ceux de SSLYBY sont peu nombreux mais au combien fidèles. Fidèles à ce sonwritting qui emprunte autant à Elliott Smith qu’à Wilco, en passant par Pavement. Le pari est risqué pour un si jeune groupe, le risque de livrer un disque inégal est fort. Mais ça marche. Très bien même.

On suit donc l’évolution en commençant par "The cloud and the pebble", véritable douceur pop lo-fi avec arpèges délicats, douceur de la voix et harmonies Beach Boysiennes. Un tube de poche tout comme "Let’s get tired". Puis les magnifiques "Sweet owl" et "Spinning sea" où l’on croirait vraiment entendre les enregistrements du jeune Elliott Smith période Roman Candle. Le son lo-fi que l’on retrouvait dans le premier album Bloom du groupe. Des ballades au coin du feu à la gratte sèche qui semblent sortir du chapeau d’un magicien imaginaire.

Puis ça devient électrique ("Lower the gas pricies, Howard Johnson"), tubulaire encore ("Coming through", "Dear right") et même dépareillé sur "Cardinal rules" un poil trop moderne pour eux apparemment. Seul "Yellow missing signs" présente une production aux gimmicks très MGMT qui passent. Une publicité télé en puissance, et quoi qu’on en dise une ritournelle qui reste très longtemps dans la tête.

En bref : véritable documentaire de chutes sur un groupe on ne peut plus marginal et indépendant, Tape Club est un petit cadeau de pop lo-fi qu’on aurait tort de se refuser.





Le site officiel et le Bandcamp

D’un extrême à l’autre, "The cloud and the pebble" et "Yellow missing signs" :





L’album en écoute :



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23 juillet 2011

Ducktails - III : Arcade Dynamics (2011)

Les premières notes d’Arcade Dynamics ont tôt fait de nous remémorer le dernier disque de Kurt Vile sorti quelques mois plus tôt. On peut d’ailleurs s’essayer au jeu des similitudes tant elles sont nombreuses. Même style de chant aérien et nonchalant, même jeu de guitare subtil et arpégé, même spleen persistant… Tous deux ont une réelle aisance pour la composition de folk songs délicats et enivrants. Mais le nouvel album du projet solo de Matthew Mondanile alias Ducktails dévoile, au fil des titres, une vraie personnalité et un parti pris musical. Celui de conserver un côté artisanal, aussi bien dans la composition que dans la production. Car, c’est dans son garage, avec son modeste attirail (une guitare, une boîte à rythme, un tambourin et un enregistreur quatre pistes) que le guitariste de Real Estate a pondu sa dernière œuvre en mode lo-fi.

Arcade Dynamics est un de ces albums intimistes qui resterait dans l’ombre si le label Woodsist Records, spécialiste du lo-fi - qui compte parmi ses rangs Woods, Real Estate, Kurt Vile - n’avait la bonne idée de les presser en quelques exemplaires. Car, si le dernier opus de Matthew Mondanile alias Ducktails ne contient pas les tubes de l’été, il est toutefois imprégné d’une légèreté mélodique, plutôt appréciable en cette période estivale. Il confirme également la tendance des albums solos pour l'année 2011 : Josh T. Pearson, John Mascis, Thurston Moore entre autres.

Les compositions sont pour la plupart des ballades au songwriting soigné qui s’étirent juste assez pour nous ravir l’esprit et nous pousser à y revenir. L’ombre des Real Estate n’est évidemment pas bien loin avec ce même penchant pour les mélodies gorgées de soleil du New Jersey. Au milieu de ça, Matthew Mondanile intercale des instrumentaux de moins de 2 minutes : le psychédélique "The Razor’s Edge" et le sautillant "Little Window" façon B.O. de film imaginaire. Puis, il nous gratifie d'un "Killin' the vibe" entêtant avec un featuring avec Noah Lennox (Panda Bear) en b-side. Pour clôturer le tout, "Porch projector", longue improvisation de dix minutes et ses bruits parasites, inscrit dans nos têtes, le souvenir pérenne d’un disque franchement estimable.

En bref : Dix folk songs et une impro en guise de finale pour un disque cent pour cent home made délectable en mode lo-fi.



Le myspace, site officiel et site du label

"Little window" :



Matthew Mondanile interprète "Don’t Make Plans" dans sa cuisine :



A lire aussi : Real Estate - s/t (2009)

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04 février 2011

Teengirl Fantasy au Point FMR (03/02/11)


Aussi appréciable que fût le set de Teengirl Fantasy, hier soir, je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce que la chose pourrait donner dans un club ou un festival, en pleine nuit, dans un climat, disons, plus euphorique que celui du Point Ephémère en début de soirée. C’est vrai que leur musique est très brumeuse et possède ce petit côté Animal Collective qui plaît tant au public « indie ». Mais elle est surtout influencée par tous les courants dancefloor de ces trente dernières années. C’est encore plus criant en live, puisque les deux étudiants américains solidifient le groove des morceaux phare de leur album 7AM à coups d’accords de synthé disco bien putes, de gros breaks hip-hop ou de voix dignes de la dance music la plus cheap des années 90.

Avec un tel traitement, leur tube "Cheaters" devient une arme de destruction massive qui fait lever tous les bras, même si c’est l’interprétation de l'un de leurs plus vieux titres, "Portofino", qui restera comme le moment le plus intense de la performance. C’est vraiment ce que le duo de l’Ohio peut offrir de meilleur, quelque chose d’à la fois très immersif et hédoniste. Le corps bouge de lui-même en réponse aux basses housey, tandis que le cerveau se perd dans les échos mélodiques des nappes. Les (rares) passages downtempo sont moins convaincants, à l’image d’un "Dancing In Slow Motion" dépouillé de son attrait principal, la voix de Shannon Funchess.

Côté spectacle, c’est évidemment assez minimaliste : deux belles tronches de geeks, sapées comme des sacs, concentrées sur leurs machines (mais sans laptop) et échangeant peu avec leur auditoire. Logan Takahashi est carrément statique, on ne voit même pas ses yeux, cachés derrière une frange un peu dégueu. Le barbu Nick Weiss a une gestuelle plus marrante, une manière assez spéciale de danser dos au public et de claquer les notes sur son clavier. Il manquera de perdre son calme en s’acharnant sur des drum pads sans en tirer un son – seule petite couille technique de la soirée.

Malgré quelques moments de flottement, leur show donne envie de prolonger la fête pendant de longues heures et de commettre des excès, ce qui est toujours bon signe. En espérant qu’un club parisien ait un jour l'idée lumineuse de les programmer pour les voir dans un contexte plus adapté.

Le site
et le Myspace

A lire aussi : Teengirl Fantasy - 7AM (2010)

"Cheaters" en live à Mexico il y a quelques mois (en attendant une vidéo du concert parisien) :


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29 décembre 2010

Sleigh Bells - Treats (2010)

Après quelques écoutes de Treats premier album de Sleigh Bells (les "grelots" en français), on a du mal à croire la biographie du groupe : un duo peut-il vraiment produire un son si nerveux et abouti ? Nouveau venus du noise-rock, Derek Miller et Alexis Krauss livrent bataille sur onze titres subtils d'un lo-fi adouci par la voix, féminine à l'extrême, d'Alexis.

Pas facile de se faire une place dans le monde de la noise-pop quand il n'est assimilé qu'à du bruit. Seulement les Sleigh Bells dégainent tous leurs atouts pour sortir du lot. S'ils se démarquent c'est parce qu'ils créent un univers d’associations étonnantes. Le chant d’Alexis Krauss évoque le cliché du campus américain chouchou de la télévision avec ses intonations de cheerleader. L'instrumental puissant et le voile que représente ce son lo-fi apparaissent, à première vue, en totale contradiction avec le monde suggéré par la voix d'Alexis. Mais le duo sait marier les deux univers et nous donne l’impression que l’on peut avoir des cheerleaders rock’n’roll, que le premier match de football américain de la saison peut être ouvert avec le tube "Tell ‘em" et que tout le monde apprécierait ses "Infinity guitars".

C'est justement sur "Infinity guitars" que l'on ressent le plus la parfaite conciliation entre ces deux mondes : un arrière-plan définitivement rock’n’roll surplombé par la voix féminine d’Alexis, sur un rythme haché qui n’en finit pas de nous rappeler les slogans de ces fameuses pom-pom girls. C'est cette association incongrue mais parfaitement balancée qui les empêche de tomber dans le cliché d’un côté comme de l’autre.

Une impression intéressante après quelques écoutes de l'album est qu'il fait appel à nos souvenirs et à nos sens. Sur "Straight a’s" par exemple, le son rappelle la recherche de la bonne fréquence sur un poste radio, le crépitement sonore est accordé à l’excitation d’enfin capter le son net d’un titre radio-friendly, elle-même renforcée par les cris suraigus qui rappellent un peu Kap Bambino.

Si l'on juge l'album Treats trop vite, il est facile de lui reprocher sa répétition qui agace aux premières écoutes. Mais en allant plus loin, on ne peut qu'admettre l'originalité d'un tel disque ! Le thème des cheerleaders évoqué par l'artwork est loin d'être omniprésent et le duo nous emmène bien loin si l'on veut bien prêter une attention subtile à ces titres. La sensualité est elle aussi au rendez-vous sur "Run the heart" dont le rythme transpirant met d'autant plus en valeur la voix voluptueuse d'Alexis. Sur ce disque se cache même une presque-ballade à l'aura apaisante : "Rill rill", glissée là judicieusement et qui marque une pause avant la terrible "Crown on the ground" au lo-fi acide que l'on apprécie à faible dose.

Un autre point fort de cet album est son aspect compact : des rythmes hachés et réguliers et la voix d'Alexis Krauss permettent de mieux avaler cette noise-pop dont on ne se lasse finalement plus.

En bref : un album que l'on pourrait vite abandonner mais qui mérite une écoute en profondeur pour révéler son caractère original et sa fraîcheur enfouie.




Le Myspace

"Infinity guitars" :



"Treats" :


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07 décembre 2010

Wombs - Unitopians (2010)

L'un des grands plaisirs de la vie, c’est celui de tomber par hasard -ou plutôt par chance- sur des perles musicales, des pièces authentiques qui sortent du commun, qui font vibrer oreilles, cœur et âme de par leur originalité, leur créativité, leur folie, leur "petit truc en plus". Bref, si vous êtes ici ,vous savez sûrement de quoi je parle. Cet immense plaisir, je l’ai eu en écoutant ce deuxième disque d'un groupe au nom quelque peu étrange : Wombs, qui a d'ailleurs posté toutes les chansons de ce chef-d'oeuvre en téléchargement gratuit ici, et dont j'ai trouvé la pochette à la fois amusante et intrigante. J’allais découvrir que l’album ne l’était pas moins.

L’entrée en matière est directement envoûtante avec "Topiary Living", morceau qui fait l’effet d’un envol en douceur, ou d’un voile qui se pose légèrement autour de vous, comme un cocon près à vous entourer d’un univers qu’on pressent déjà comme atypique, voir mystique. Cette chanson aérienne et mélodieuse, un peu déchirante, attise déjà notre sensibilité de même que notre curiosité.

C’est sur le morceau suivant que nous rencontrons la voix haut-perchée, parfois fluette, carrément étrange, du chanteur John Ryan Manning. Atypique, elle surprend et peut au début déranger : puis on s’habitue à ses différentes facettes et ses intenses nuances qui s’accordent extrêmement bien avec les autres instrumentations. "God is my copilot" commence par des sons calmes, minimalistes, feutrés. Puis, sans prévenir, elle part dans une montée fulgurante grâce à un cri déchirant sur une toile de fond qui paraît doucement s’énerver, avant que le calme ne revienne : c’est sur ce principe qu’est basée la plus grande partie de l’album, oscillant entre douceur et puissance, accélération et volupté.

Les mélodies sont fabuleusement bien construites, ordonnées et maîtrisées de façon pourtant simple, même dans ce qui ressemble à première écoute à des mouvements de foule désordonnés. Les instruments s’emboîtent pour créer un monde étrange et fantasque. Ils se déroulent en cascade, nous surprennent, paraissent s’amuser, généralement rejoints par des chœurs. Les rythmes s’enchevêtrent, se mêlent et se démêlent, dans un ensemble énigmatique, envoûtant, aux sonorités baroques.

Mais attention, il ne s’agit ni d’une musique prétentieuse, ni d'un groupe qui se prendrait trop au sérieux ; au contraire, on devine à travers cet album le bonheur de créer, de jouer et de se jouer de nous. Ecouter Unitopians c’est comme entrer sur une île pour rejoindre une grande et heureuse famille accompagnée d’êtres étranges, pourquoi pas mythologiques. Dans cette joyeuse bande on retrouve Jayon Gerycz, le batteur d'un non moins excellent groupe, Cloud Nothing.

"Cone bearing Trees" interpelle et se distingue des autres morceaux ; son intensité est telle qu’il mérite qu’on s’y attarde. Cette montée en puissance instrumentale est basée sur un violon énervé, durement conduit par Ana Vasquez, ininterrompu dans une course folle, accompagné d'une batterie dont le dynamisme n'a de cesse de s'accélérer. L’ensemble est enveloppé de mélodies aériennes qui donnent de la hauteur à la vitesse.

On finit par s’attacher à cet univers unique bien que court : l’album ne dure certes que 40 minutes, mais ce sont 40 minutes exposant un panel de diversité, un caractère atypique et de multiples facettes que l’on redécouvre à chaque écoute.

En bref : une joyeuse créativité pop dans un album ingénieux, l'une des perles de l’année -pourtant orpheline de label-, qui atterrit telle une boule de neige en or pour nous accompagner dans cette grise période hivernale.




Le Myspace

"Topiary Living", clip un peu étrange, par John Ryan Manning lui-même:



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24 septembre 2010

Teengirl Fantasy - 7 AM (2010)

C’est en écoutant la compilation Sisters avec l’ami Fab que j’ai découvert Teengirl Fantasy. Le morceau incriminé, "Now That’s What I Call Vol 2", s’est vite retrouvé en mode repeat dans la voiture. Il procurait une agréable sensation de flottement, d’errance sans but dans les limbes synthétiques. Je suis ensuite parvenu à me procurer leur démo, CDR, qui m’a surpris au point de me répugner et de rester au placard pendant quelques semaines. Ma première sensation était celle d’un bordel vulgaire aux couleurs criardes, pour faire court. Pourtant, je ne saurais dire pourquoi, j’avais l’impression d’être passé à côté de quelque chose. Impression confirmée par une nouvelle écoute, qui m’a révélé un univers singulier, aussi proche de la dance-pop spectrale de Delorean que de l’opacité électronique de The Field ou Fuckbuttons.

Sur CDR, les Teengirl Fantasy s’acharnaient cependant à brouiller les pistes. Entre "Gasmaskk" et son improbable sample du "Banana Split" de Lio, les incursions techno de "Azz Klapz" ou "Sandpillz", et les fantastiques pièces d’électronica hypnotique que sont "New Image Everyday" et surtout "Portofino" (l’un des meilleurs morceaux de 2009, sorti en single sur Rough Trade), difficile de trouver un fil conducteur à cette œuvre de jeunesse qui part dans tous les sens pour le meilleur et pour le pire (l’inaudible "Hoop Dreams"). Pourtant il en ressortait une incontestable vitalité, et aussi un je-m’en-foutisme plutôt séduisant.

Sur 7 AM, leur premier album officiel, on sent que les deux étudiants de l’Ohio, aujourd’hui basés à Amsterdam, se sont assagis. Ils se dispersent moins et se focalisent sur ce qu’ils font le mieux : une house vaporeuse et entêtante. Ils tentent bien une sorte de R&B psychédélique sur "Dancing In Slow Motion", mais ce n’est pas franchement une réussite, malgré la performance vocale de Shannon Fuchness (Light Asylum). "An Arena" et "Make A Move" justifient quant à eux l’étiquette chillwave que certains veulent coller au duo. Mais le plus intéressant n’est pas là.

Jouissant d’une position privilégiée car extérieure au mouvement, Logan Takahashi et Nick Weiss, comme les Fuckbuttons déjà cités, peuvent se permettre de sortir la musique de club de ses codes, de lui infliger les pires sévices pour en faire leur chose. En résulte une Intelligent Dance Music qui se nourrit avec irrévérence du meilleur de la house de Chicago (Mr Fingers, Marshall Jefferson…) en y intégrant le néo-psychédélisme propre à la scène indé actuelle. "Forever The Feeling", par exemple, sonne d’abord comme un morceau récent d’Animal Collective, avant que les percussions n’élèvent le tempo et qu’un pied house, puis un clap, ne prennent le relais, bientôt enrobés par un maelström d’échos de voix, de flûtes, et naturellement de synthés.

"Koi Pond" et "In The Rain" sont deux autres perles deep pour petits matins comateux, fonctionnant peu ou prou sur le même principe : un beat rapide, des samples de voix féminines et des mélodies d’une candeur féérique, le tout plongé dans un océan de delays digne du dub le plus lourd. Cet étrange bal de fin d’année sous kétamine se clôt en fanfare sur l’épique "Cheaters," un vrai petit tube underground, qui emprunte ses vocals à "Cheaters Never Win," de Love Committee.

En bref : un très beau premier album de dance-pop spleenétique et brumeuse.



Le Myspace du duo, et son site officiel, digne du skyblog d'une gamine de 12 ans.
Le site du label True Panther Sounds

A lire aussi: Odelo - Song For Natasha (2010)






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20 août 2010

Best Coast - Crazy For You (2010)

Si l’on ne devait garder que deux disques typiquement estivaux cette année, King Of The Beach (Wavves) et Crazy For You seraient les deux lauréats. Hormis leurs pochettes quasi similaires –hideuses ou géniales selon l’humeur- les deux disques jouent dans un même registre, celui du plaisir immédiat. Ce disque n’a rien d’exceptionnel, vraiment rien, mais il sonne pourtant comme un nouveau classique d’indie pop, dans la lignée des Smiths, Shangri-Las et autres Dum Dum Girls.

Et puis une frontwoman ça n’est pas si courant. A 23 ans Bethany Cosentino a réussi l’exploit de composer 13 petits tubes sans prétention (et un bon paquet d’autres non présent sur ce disque), qui s’enchaînent comme autant de maillons en une toute petite demi heure. A compter du premier single en puissance "Boyfriend" jusqu’au petit sommet "When I’m with you" (morceau par lequel j’ai découvert ce groupe) tout est péchu (ou lazy selon les cas), léger et lo-fi. Bobb Bruno (multi instrumentaliste) et Ali Koehler (batterie, ancienne des Vivian Girls) se chargent de compléter le trio californien (Los Angeles).


Alors forcément avec des chansons si basiques, des paroles si gnangnan (à base de I love you, do you love me, I want to love you) et une uniformité de sonorités un brin fuzzy un brin surf, la redondance pointe le bout de son nez, mais globalement on n’a pas le temps de s’ennuyer. "I want to" est d’ailleurs de loin le meilleur morceau. La voix de Bethany est par ailleurs très souvent travaillée, souvent non verbale, et mise en écho avec elle-même. "Honey" me fait même penser à du Hole. J’aime bien ce morceau. Sans mériter le 8.4 adjugé par Pitchfork, Crazy For You est un très agréable disque de pop estivale, suffisamment garage pour nous intéresser.

En bref : de la surf pop simpliste mais agréable. Ne restera pas dans les annales mais peut vous faire passer 30 très bonnes minutes et plus si affinités.




A noter que Best Coast sera en concert à la Maroquinerie le 23 avril prochain

Le Myspace

A lire aussi : Cheap Time - s/t (2008)

Le clip de "When I’m with you" :



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18 mai 2010

Nice Face - Exterminator/F.U.B.A.R. Over You (2008)

Un brin provocatrice je vous l’accorde, la pochette de ce maxi rarissime (500 petits exemplaires) n’est qu’un moyen salace pour moi de vous introduire à ce jeune artiste américain qu’est Ian Magee, domicilié à Brooklyn mais bel et bien signé à Chicago chez Hozac Records. J’aurais aussi bien pu vous parler de Immer Etwas son dernier album imparable et impressionnant de maîtrise, mais je ne pouvais rater une telle provocation visuelle et sonore. Que ce soit dans la forme (son garage dégueulasse) ou dans le fond (Staline en thème récurrent, à voir d’ailleurs l’artwork alternatif avec Hitler en train de f*** Staline) Nice Face ne fait pas dans la dentelle, mais le fait bien.

"Exterminator" donc. 2’45" au compteur. Tout est dit. Cela pourrait être le côté Mister Hyde de Dick Dale. Un son galopant et réverbéré, qui à aucun moment ne prend soin de regarder en arrière. Entre synthés froids (Devo) et guitares pour le coup bien abrasives, mieux vaut sortir couvert. Pour "F.U.B.A.R. Over You" c’est la même. Mais toujours ce côté pop reconnaissable. Dans le genre on n’avait pas fait mieux depuis le regretté Jay Reatard (pas une semaine passe sans que Blood Visions ne passe à la maison). Derrière le bruit on entendrait presque Donovan et son "Sunshine superman", mais alors bien passé à la moulinette.

En bref : du primal en mode pop, de la guitare qui crisse et une énergie en mode "vers l’infini et au-delà", que demande le peuple ?




Le Myspace

A lire aussi : Titus Andronicus - The Airing Of Grievances (2009)

A défaut d’un des deux titres du maxi, découvrez "A minor altercation", l’une des autres bombes Nice Face :



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05 mai 2010

Javelin - No Mas (2010)

C’est avec méfiance que je me suis lancé dans l’écoute de cette galette hautement fashion portée aux nues par nombre de blogs. Un duo de Brooklyn qui fait le buzz, avec un album à la pochette dégueulasse et criarde… Combien de fois avons-nous entendu ce refrain ces deux-trois dernières années ? Pourtant Javelin ne ressemble pas à la moyenne des groupes chill-psych-folk dont nous abreuve Brooklyn. No Mas est un sacré bordel, un patchwork très ludique où voisinent beatmaking hip-hop, pop façon sixties, exotica et électro-funk robotique, le tout dans une ambiance joyeusement irrévérente, mais finalement assez cohérente.

Beaucoup de gens les comparent aux Avalanches, et c’est justifié. Même si l’album ne sonne pas du tout comme Since I Left You, et n’atteint pas la même puissance, l’éclectisme de Javelin, sa propension à construire de véritables chansons autour de samples disparates, et son sens de la mélodie qui fait mouche, rappellent indéniablement le collectif australien (qui doit sortir son deuxième album depuis des années – qu’en est-il au juste ?). Mais chez Javelin, il est quasi impossible de distinguer les samples de ce qui a effectivement été joué sur des synthés et des drum pads qu’on imagine vétustes.

Bon, c’est vrai, certains des 15 titres de l’album ne sont pas loin d’être insupportables, notamment à cause de voix irritantes et d’un côté dance music de supermarché qui ne l’est pas moins. Je préfère me concentrer sur les quelques bombes qu’il recèle, dont certaines étaient déjà parues dans des versions différentes. Le morceau d’ouverture, "Vibrationz", est celui qui a le plus circulé sur le net. C’est une sorte de plage hip-hop instrumentale carillonnante qui fait entrer de la manière la plus douce possible dans l’univers très ensoleillé des New Yorkais. Car No Mas est le type même de disque à écouter en lézardant en maillot de bain. Le swing psychédélique de "Merkin Jerk", ou la délicieuse tranche de funk qu’est "Tell Me What Will I Be?" sont là pour le prouver.

Difficile d’éviter le name-dropping pour évoquer le son du binôme : on reconnaît ici un sample de batterie de Led Zep, là les influences de Tom Tom Club ou The Go! Team, ailleurs des clins d’œil au Wu Tang, au groove des musiques de films françaises des 70’s, ou encore aux Belges de Telex ("Moscow 1980", l’un des pires morceaux de l’album)… Les références abondent mais on reste dans une musique simple et fraîche, pas intellectuelle pour un sou, qui frôle même par moments l’easy-listening. Note pour plus tard : cet été, au moment de faire les valises, ne pas oublier No Mas, de Javelin.

En bref : un joli petit patchwork, plein de fraîcheur, entre hip-hop, funk, et dance-pop, idéal pour une séance de chill au soleil.



Javelin - Tell Me What Will It Be.mp3
Javelin - The Merking Jerk.mp3

Le site officiel
Le Myspace
Le site et le Myspace du label Luaka Bop


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26 avril 2010

Jeff Feuerzeig - The Devil And Daniel Johnston (2005)


The Devil And Daniel Johnston fait incontestablement office de référence dans la catégorie documentaire consacré au fou chantant américain. Auréolé de très nombreuses récompenses dont Sundance, c’est le deuxième long métrage de son réalisateur après Half Japanese : The Band That Would Be King. En deux heures de temps, il raconte le parcours extraordinaire du songwritter culte sans jamais le juger. La grande chance de Feuerzeig, c’est que Johnston ayant toujours été un obsessionnel de l’enregistrement, le réalisateur a pu mettre la main grâce à l’accord de la famille et de Daniel lui-même sur une quantité incroyable de cassettes audio, de films super-8, de photos et d’illustrations. Comme si toute sa vie avait été une œuvre d’art globale, destinée à rester.

Danny nait en 1961 à Sacramento dans une famille de fondamentalistes chrétiens intellectuels. Tout petit déjà il est marqué d’intérêt pour les films, et en tourne à foison avec son frère dans un style très Jacques Tati. Le dessin aussi, avec son obsession pour les globes oculaires qu’il représente à peu près partout. Mais plus fort que tout, c’est la musique qui l’interpelle. C’est décidé, Danny veut devenir John Lennon. S’il est parmi les élèves les plus forts de sa classe en primaire, les problèmes débutent au collège puis à l’université où Danny doit commencer à consulter pour des problèmes maniaco-dépressifs. Il fait alors l’école des beaux-arts et rencontre la fameuse Laurie Allen, inspiratrice de plus d’une centaine de chansons. Les plans d’époque sont incroyables de véracité, notamment ceux où Danny la filme en train de danser sur un air de "I had lost my mind". Mais la dépression tape à nouveau à la porte, et Danny est contraint d’aller habiter chez son frère, puis chez sa sœur. C’est aussi le moment où il se met vraiment au piano.


De là il fugue à Austin où il commence à se battre pour imposer sa musique, convaincu d’être le meilleur. En 1983 il parvient à faire passer son fameux Hi How Are You au Austin Chronicle qui adore instantanément. Il se met à la guitare (comme le font les vrais songwritters selon lui) mais n’en joue vraiment pas très bien. Son premier concert déboussole les gens qui ne savent quoi penser de ce guignol à la voix chevrotante. Mais il arrive tout de même à convaincre MTV (de passage à Austin) de le laisser jouer. Ce plan (ci-dessous) est incroyable d’authenticité. A partir de là il se met à gagner des prix et à prendre de la drogue (marijuana, acides…). Forcément, les crises de délire recommencent et à partir de là il devient vraiment fou, est hospitalisé et doit suivre un traitement lourd.

"I live my broken dreams" en live à Austin en 1985 :


Après l’étrange épisode new-yorkais en compagnie de Sonic Youth et Jad Fair, Danny continue sa spirale infernale, notamment en causant malgré lui la défenestration d’une dame âgée ou encore en provoquant un incroyable accident d’avion avec son père alors pilote, tout simplement en enlevant les clefs du tableau de bord et en les jetant par la fenêtre du cockpit. Tous deux ont survécu on ne sait comment. Pendant ce temps sa musique continue de faire tourner de nouvelles têtes. Kurt Cobain porte son célèbre T-Shirt, et Danny (encore à l’hôpital) fait l’objet d’une guerre de labels entre Elektra et Atlantic. Il signe finalement chez Atlantic parce que Metallica joue chez Elektra, et que Metallica c’est le groupe du diable. L’album Fun sort en 1994 mais fait un four commercial, rompant ainsi le contrat avec Atlantic.


A 49 ans, Daniel Johnston est une icône incontestée du mouvement folk lo-fi, ayant inspiré quantité d’artistes dont Yo La Tengo, Sparklehorse, Eels, Spiritualized ou encore Jeffrey Lewis (qui a la même passion que Danny pour les comics). Il vit à présent chez ses parents à Austin, vient de découvrir les Beach Boys (et d’ailleurs ses similitudes de comportement avec Brian Wilson) et connait un succès grandissant avec ses dessins. Inécoutable par le grand public, Danny a tout de même atteint un énorme succès public, même si selon lui rien ne s’est passé comme prévu. Et pourtant, "Some things last a long time".

En bref : un documentaire touchant sur une âme d’enfant dans un corps d’adulte, qui à son rythme construit une œuvre magistrale sur les thèmes de l’amour non réciproque, de la création et de la destruction. A voir pour le croire !





Son site officiel et son Myspace

A lire aussi : Daniel Johnston - Is And Always Was (2009)

Le teaser de The Devil And Daniel Johnston :


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11 mars 2010

Seamonster - Two Birds Ep / These Bones (remixes) (2010)

C’est un jeune homme plein de ressources qui se cache sous ce pseudo marin. Adrian Todd Webb de son petit nom est un artiste accompli dans tous les sens du terme : articles, livres, comics, musique… Car Seamonster est déjà aussi un side project de son premier groupe Fox Hands avec qui il délivre une Americana très étrange. Au sein de sa Virginie natale, c’est quelqu’un que l’on imagine très imaginatif. Il aime : les monstres, le soleil et respirer de l’air. Depuis trois ans il travaille sur ces cinq morceaux déjà anciens du coup, auxquels il rajoute six ou sept remix (entendons nous bien, pas des remix de discothèque, des versions alternatives plutôt on va dire) compilés sous le nom de These Bones. Son ami Robert Schneider (The Apples In Stereo) dit de la musique d’Adrian qu’elle s’adresse aux : "Daydreamers and sleep walkers alike". Je suis assez d’accord.

"New England" commence comme un bon vieux Neutral Milk Hotel (ai-je oublié de préciser que cette sortie augure d'un possible retour en force du collectif Elephant 6 ?). C’est une intro dont l’ambiance évoque la fête foraine. Dès "Oh Appalachia" le ton est donné. Les bruits parasites envahissent l’espace sonore, des échos de fréquences radio surgissent de tous horizons, le rythme est délibérément électro pop. Au fond l’ambiance est à la folk pop rêveuse. Ca se durcit un peu avec "Bearsuit" qui commence comme un Pixies (on ne va pas dire lequel) et qui au final se rapproche plus d’un Olivia Tremor Control que d’autre chose. Celui qui devrait mettre tout le monde d’accord c’est le très Velvetien "The philosophy of Andy Warhol", parfait ! Plusieurs intervenants s’occupent ensuite des reprises. Vision Of Trees que l’on avait déjà croisé sur le blog laisse ici un très joli "Andy Warhol" recyclé. Les versions de Roman Ruis, Bomarr et Meanest Man Contest sont un peu plus tirées par les cheveux mais soit. Quant au "Annalee" par Björn Kleinheinz, il est tout simplement parfait lui aussi. Laissons à Adrian le mot de la fin : "Make music out of sounds and noise out of words and memories out of life".

En bref : un Ep de "bedroom folk" qui pourrait être anecdotique s’il n’avait pas été composé par un jeune homme au potentiel incroyable. Une poignée de musique de grande qualité quoi qu’il en soit.





Le Myspace et le site officiel d’Adrian (avec ses comics et tout et tout)

Le site de Gold Robot Records et ce lui de Royal Rhino Flying Records

A lire aussi : Vision Of Trees - Sometimes it kills Ep (2010)

Le joli clip de "Oh Appalachia" :


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11 février 2010

Mount McKinley - Evasion Ep (2010)

Attention, coup de coeur instantané. Il ne m’a pas fallu longtemps pour sombrer dans l’univers de Mount McKinley, duo minimaliste en provenance de Summit, New Jersey. C’était déjà là-bas que l’on avait trouvé les formidables Real Estate, et dans le même élan "chillwave", le chanteur/guitariste Dylan White et le batteur Joe Bland tapent assez fort, c’est le moins que l’on puisse dire. Encore non-signés, à peine repérés par quelques blogueurs undergrounds US, les deux amis qui répètent ensembles depuis trois ans dans la cave désaffectée et froide de Dylan sortent ce premier Ep accompagné de quelques autres titres. Enfin "sortent" c’est un bien grand mot puisque le disque n’existe pas encore en physique, et que tout est encore gratuit, magie du web. Le résultat est incroyable, tout en étant sobre et rapidement addictif.

Un mouvement nouveau est en marche. Certains n’hésitent même plus avant de parler de glo-fi, de dream beat, et comble du comble, de blog rock tant le genre est poussé par cette nouvelle blogosphère indée. Pourtant si on écoute un minimum on se remémore forcément des morceaux comme "Sometimes" de My Bloody Valentine. Le même fuzz ambiant, les distorsions qui n’en finissent plus, la voix cotonneuse au possible. Mais l’esprit lui est nouveau. Une autre génération surtout.

Sur cet Ep, Mount McKinley (aussi sommets jumeaux et Parc National en Alaska) démarre très fort avec 11 min de "Mammores" définitivement perchées. Ont sent que les deux hommes ont travaillé en jam sessions à peine enjolivées de quelques couches d’effets. "Cool waves" on la connait, c’est celle qui figurait sur la compilation Delicious Scopitone dont je vous avais parlé, et c’est un pur morceau de pop droguée, ça balance, ça avance, ça envoie. Et puis ça paradoxe à tout-va. "The beach", quel titre pour ce morceau de winter-music. Et la pochette (officielle ?) qui me rappelle à celle d’un autre groupe de la branche, Wavves. Quand on sait que leurs deux meilleurs morceaux, "Rainsand" et "In the dark" (EN-OR-MES) ne sont mêmes pas présents sur cet Ep, on ne doute pas de l’avenir d’un tel groupe.

En bref : 25min ultra prometteuses, en plein dans l’air du (bon) temps, par un tout petit groupe amené à tutoyer les sommets.



Le Myspace

A lire aussi : Real Estate - S/t (2009)
"Rainsand" , "In the dark" et "The beach" à écouter et déguster :












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11 janvier 2010

Elf Power - The Winter Is Coming (2000)

Pour reprendre les mots d’Emmanuel, une décennie commence et une autre se termine. Dix ans plus tôt, et juste avant la déferlante new rock à la Strokes qui a tout renversé sur son passage, l’un des ultimes disques labellisés Elephant 6 s’appliquait à perpétuer un rock néopsychédélique typiquement Américain pour le coup. L’occasion aussi de rappeler au poste l’un de ces indécrotables producteurs, Dave Friedmann, qui avait déjà relifté à grands bien A dream In Sound, l’album d’avant (1999). Neuf mois d’enregistrement en home studio, et au final treize titres dans la plus pure tradition pop lo-fi mélodique. On y trouve du Grandaddy, du Daniel Johnston, du Mercury Rev et du Delgados, mais aussi et surtout ce souffle si particulier cher au collectif d’Athens. Plus sombre et plus ambitieux, ce quatrième album est tout simplement perfect.

Facilement on décèle le concept, les titres sont répartis en trois grosses catégories : les droguées (genre "Wings of light" où l’on croirait entre rejouer l’"Heroin" par Georges Harrison au lieu de John Cale, mais aussi les excellents "Birds in the backyard" et "Embrass the Crimson tide". Les entraînantes (avec les deux coups d’éclat "The winter is coming" et "The naughty villain") et enfin les plus tristes ("100.000 Telescopes" et le génial "The sun is forever"). On est quelque part entre les Beach Boys, évidemment, et les Guided By Voices et autres Apples In Stereo, soit quand même le top du top en matière de pop. Ajoutez en invités sur le disque Jeff Mangum et Scott Spillanne de Neutral Milk Hotel, mais aussi Will Cullen Hart (d’Olivia Tremor Control) et Heather Mc Intosh, l’équipe est au complet fonctionne comme sur des roulettes. On a l’impression d’assister à l’un de ces rares moments de la vie où tout passe tout seul, sans forcer.

Andrew Rieger (voix) et Laura Carter sont les deux fondateurs originaux d’Elf Power. Et nul doute qu’ils doivent être sacrément en deuil ces derniers jours, eux qui avaient allié à leurs côtés Vic Chesnutt sur deux albums d’ailleurs somptueux, en 2004 et 2008. Ce dernier a même réalisé un film sur leur tournée américaine assez intéressant disponible sur Youtube. Toujours est-il que ce The Winter Is Coming se paye le luxe d’être à la fois expérimental et catchy, et surtout de plus en plus jouissif au fil des écoutes. Réellement. Chaque morceau sans exception est à tomber. Voilà ce que devrait être la pop. Et quand je vois qu’au final seuls deux chroniqueurs (appelons les 1 et 2) se sont penchés sur le sujet en français, et qu’en plus l’un des deux dit n’importe quoi -devinez lequel- je me dis que ce disque mérite son statut de classique oublié.

En bref : de la pop, de la folk, du psyché, du lo-fi, et surtout cet immense souffle d’un groupe trop rare et trop peu connu. Le collectif Elephant 6 livrait encore il y a 10 ans des pièces essentielles de pop. Rien à dire. Parfait.




Le site officiel , le Myspace et l'album en streaming

"The Naughty villain" et "The Winter is coming" :




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18 novembre 2009

Future Islands - Wave Like Home (2008)

Issu de la même session d’écoute hautement productive que pour Crocodile, je vous présente ce groupe improbable de Caroline du Nord désormais installé à Baltimore. Ceci est leur très court premier album (9 titres pour 27 minutes), sorti l’année dernière aux Etats-Unis et à priori non distribué sur nos terres. Et avant de m’essayer à vous décrire leur musique, sans utiliser trop d’adjectifs et autres acronymes à rallonge, je dois vous donner les trois clefs nécessaires à son approche, en fait les trois éléments vraiment distinctifs qui éloignent Future Islands des comparaisons trop faciles. Le plus important, et s’il vous plait ne partez pas en courant, est la voix unique du frontman Samuel Herring. Je vous dirai pourquoi après. Deuxièmement, on a une esthétique "Do it youself" assez poussée venue du milieu punk. Enfin, le disque monte crescendo et de manière dramatique sur le thème d’un amour de cours d’école. Trois éléments peu ragoutants qui au final explosent à la tête de l’auditeur.

Créé en 2007 et chargé en influences pop, 80’s et kraut, Future Islands est un trio/quatuor qui ne se prend pas au sérieux. Ils écrivent depuis 2003 des mélodies accrocheuses avec très peu d’équipement, ce disque étant un pur 4 pistes à peine produit par Chester Endersby Gwazda (Dan Deacon). Il suit comme je vous l’ai dit une romance chronologique avec une intensité dramatique qui pousse à la danse, ou non. Passé l’ouverture bruitiste et inutile "Pangea" c’est l’heure de l’euphorie avec un "Old friend" qui nous plonge de plein pied dans l’univers Future Islands. Tel un trip hédoniste de dance new wave, on découvre le personnage de Samuel. Son organe vocal tranche littéralement la musique. Emotive à souhait, au risque de paraître ridicule, sa voix demande pleine attention et ne ressemble à personne d’autre. C’est le moteur punk du début d’album avec "Flicker and flutter".


Mais on se doute que très vite surviennent des problèmes dans cette romance. "Seize at shark" se montre furieux sur la batterie, et le clavier Bontempi fait le reste. Le sérieux de l’affaire commence avec l’énorme "Heart grows old". L’interprétation de Samuel est incroyable. Il chante comme si chaque chanson était sa dernière. Quant au texte, il ne se débrouille pas si mal que ça non plus : "The heart grows old with you / No one in this world could hope to take your place / Save me from loving you always". Entre Tv On The Radio et Depeche Mode, Future Islands tente de chasser des rêves brisés et de trouver du courage dans un cœur en miette. Mais ce n’est qu’une introduction au gros de la colère philosophique du Monsieur, j’ai nommé la claque "Beach foam". Sa ligne de synthé et son rythme lancinant me font littéralement chavirer.

Les intéressés qui décrivent eux-mêmes leur disque comme "un matin lumineux qui tend ses bras à de lugubres après-midi" ou encore "une eau infestée de requins sur une plage paradisiaque" réussissent en tous cas leur pari. L’excellente "Wave like home" pré-conclut le trip tout en dépression avant de laisser un optimiste "Little dreamer" accepter la chose et terminer le disque dans un final de sweet soul synthétique à la Dan Deacon. Comme une bougie qui se consume dans l’obscurité. Je ne sais pas où le groupe en est aujourd’hui, mais j’espère seulement que le niais "The happiness of being twice" n’annonce pas sa future orientation.

En bref : du soft synth punk romantique assez inédit et sincère pour captiver tout de long sur sa petite demi-heure.





Le Myspace

A lire aussi : Dan Deacon - Bromst (2009)

L’énorme "Beach foam" :


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