28 mars 2021

Tindersticks - Distractions (2021)

Il ne reste plus grand chose du sextette originel. Seuls les David Boulter, Neil Fraser et bien entendu Stuart Staples figurent encore au casting de ce 12ème opus des Tindersticks - on ne compte pas les innombrables BO de Claire Denis, les expos,  live ou EP's auxquels le groupe a apporté son obole.

Toujours vaillant Stuart Staples et sa troupe oeuvrent encore et toujours dans cette espèce de blues folk ouaté et feutré qui a fait florès depuis les début des années 90.

Assez étonnamment, Distractions qui n'est pas un album de reprises se distingue par trois covers transfigurées ; l'album contenant sept longs morceaux habités de cool habité à la sauce Tindersticks.

Probablement le plus dépouillé de toute leur pléthorique discographie, l'album à la magnifique pochette bleue propose ainsi un tétanisant "You'll have to scream louder" où Staples fait sienne les obsessions prolétaires héritées de Dan Treacy. Ce titre reprend la virulence initiale du magnifique inadapté des TV Personalities.

Encore plus fort, le délicat "Lady with the braid" signé de la méconnue Dory Previn emmène cette magnifique ballade vers les sonorités minimalistes qu'offre ce disque, teinté de balais jazzy, de boucles électroniques nouvelles. Mais le climax reste certainement la relecture opérée sur le "A main needs a maid" où loin de la grandiloquence foisonnante du Harvest de Neil Young, Tindersticks assisté d'une voix soul féminine, emmène le morceau très haut. Celui-ci et ses acolytes, à peine reconnaissables redonnent leurs lettres de noblesse à l'exercice ô combien éculé de la reprise.

Les quatres créations originelles ne sont pas en reste dans leur magnifique dénuement : on pense au francophile (autre caractéristique du groupe) "Tue-moi" (" Tuuuu-moi /mon fwèèèèèèr / mais sois pwoooche...."), le long "The bough bends", ses voix en contrepoint, sa sourde beauté", " I imagine you"  susurré et à peine audible.

Mais l'auditeur retiendra prioritairement le terrassant "Man alone (can't stop the fadin')" qui ouvre l'album. Où 11 minutes de chant désincarné côtoient l'électronique la plus primaire, la plus hantée, la plus désolée aussi. Stuart Staples disait vouloir se mettre en retrait et user de sa voix comme d'un instrument. C'est exactement ce qu'il fait sur ce titre inédit dans le spectre Tindersticksien - on entend même de vieux sons de boîte à rythmes DX7 -  qui culmine sur un crescendo strident avant que de retrouver ses notes de basse obsédantes. 

Le début des années 90 a été le nouvel âge d'or des groupes Britanniques. 30 ans pus tard, on peine à trouver des survivants, crédibles qui plus est ; on ne voit guère que The Divine Comedy ou les Manic Street Preachers comme exceptions contemporaines.


C'est sans doute là et à travers cette exceptionnelle longévité, la preuve de l'importance de Tindersticks sur l'échiquier musical.

En bref : minimalisme, électronique et reprises transfigurées sont les mamelles de la 12ème livraison de Tindersticks. Où le groupe réussit encore surprendre 30 ans après ses iconiques débuts.

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