29 octobre 2013

Bright Eyes - Lifted or The Story is in The Soil, Keep Your Ear to the Ground (2002)

A peine âgé de 20 ans, le talentueux Conor Oberst a déjà nombre de méfaits musicaux à son actif, qui souvent prennent la forme de EP, splits, singles divers tirés à peu d'exemplaires comme le veut la règle de l'indé.

Ceci est déjà son 3ème album - en fait 4, si l'on compte une première double compilation de ses oeuvres précoces - et c'est véritablement le plus abouti jusqu'ici, celui qui le fera connaître et émerger de la prolifique scène folk américaine qui a déjà vu poindre des Mark Linkhous (Sparklehorse), Bill Callahan (Smog), Will Oldham (Palace), j'en passe et d'autres Kurt Wagner (Lambchop) ou Vic Chestnutt, certes pour la plupart ses ainés.

Le plus étonnant étant qu'en dehors de rares titres plus ouvertement pop (le single "Lover I Don't Have to Love", la superbe et crépusculaire "Don't Know When but a Day is Gonna Come", "False Advertising"), l'accent est plus mis sur des chansons folk arides, certaines enregistrées live ("The Big Picture", "Laura Laurent") ou véritables jams "Let's Not Shit Ourselves (To Love and Be Loved), et que cependant la recette semble faire mouche au sein d'un public plus important qu'à l'accoutumée.

On a l'impression à l'écoute de ce disque de découvrir par le trou de la serrure la psyché d'un jeune outlaw totalement habité par de drôles histoires de religion, d'amours déc(h)ues, de légendes effrayantes teintées de Bible, de mysticisme et évoquant furieusement l'ombre tutélaire du grand Nick Cave (particulièrement sur "Method Acting" et "Let's Not Shit Ourselves" et leur flow fiévreux et enflammé).

Dès l'introductif  "The Big Picture", une sorte de prédicateur survolté sert de miroir initiatique à celui que l'on devine son double, et déverse un torrent d'imprécations que l'on croirait sortir de la bouche d'un vieillard fou ; ainsi s'achève ce morceau live où Oberst offre une transe verbale digne de Ian Curtis, pas moins.

C'est plutôt à un Robert Smith jeune et chevrotant que l'on songe en revanche sur la plupart des autres titres, et ce dès "Method Acting" que des choeurs féminins annonciateurs des futurs Family of the Year ou Bodies of Water ont le bon goût de souligner. "False Advertising" offre un 6/8 nimbé de cordes en tous genres et constitue une nouvelle réussite. Après l'efficace mais peu représentatif single '"Lover...", la beauté de "Don't Know When..." vous saisit en plein coeur, et telle une bande-son des frères Cohen désolée (No Country for Old Men) vous emporte dans la nuit. 

Ce n'est d'ailleurs pas le moindre des mérites de ce disque que d'évoquer autant d'images marquantes que de sons, la très cinématographique et endiablée "Let's Not Shit Ourselves..." m'évoquant immanquablement dès l'apparition de l'orgue de fête foraine la frénétique course-poursuite des zombies vers..... la joueuse d'orgue justement du très culte Carnival of Souls (1963). Ailleurs, ce sont des ambiances western, de cavalcades en moites règlement de comptes qui sont convoqués ; très beau disque en vérité, d'une maturité étonnante, qui ne sera pas un acte isolé, puisque dès 2007, le formidable Cassadaga, lui emboîtera le pas.


En bref : sans être un debut Lifted... marque le véritable envol de la carrière de son démiurge Conor Oberst qui désormais avec cette collection de folk-songs parfois décharnées, parfois très produites prouvera qu'il est bien l'un des nouveaux leaders qui comptent de la scène americana.

"Don't Know When but a Day is Gonna Come" :

2 Comments:

Ju said...

Ahah, je vois d'où sort cette chronique ( ; Super disque s'il en est !

Nickx said...

Je me disais, "il" doit en cauchemarder de cette allusion à Carnival of Souls ; mais de quel disque parle-t-il ? :))