16 février 2012

VA - Music For Dancefloors : The Cream Of The Chappell Music Library Sessions (2001)

Chappell est l’un des grands labels historiques de la library music, cette musique souvent désignée comme « légère » destinée à illustrer les programmes de radio et de télévision, des années 60 aux années 80. A cette époque où l’on n’utilisait pas encore systématiquement "You’re Beautiful" de James Blunt pour souligner l’émotion de telle ou telle séquence, les chaînes et stations pouvaient piocher dans un catalogue immense mis à disposition par des labels aujourd’hui mythiques, comme les Français Patchwork, Neuilly et Télé Music, ou les Britanniques KPM et Chappell. Elles pouvaient y trouver toutes sortes de sonorités, de la pop psyché au jazz funk en passant par l’exotica, le disco et les bidouillages de pionniers électroniques. Pour chaque ambiance souhaitée, elles pouvaient choisir parmi des milliers d'instrumentaux, souvent classés par thématiques et affublés de titres descriptifs.

Contrairement aux a priori sur la légèreté de la library, qui ne serait qu’un parent pauvre de la musique de films, tout ce pan un peu oublié de la musique du 20e siècle ne manque pas de consistance. Parmi ses figures de proue, on trouve toutes sortes de profils : anciens musiciens classique, touche-à-tout de génie, musiciens de studio et ingénieurs du son de luxe, hommes de l’ombre de la variète, pionniers du disco... Une sacrée galerie d’iconoclastes et d’innovateurs. Et c’est bien souvent dans le cadre de la musique d’illustration que ces artistes ont produit leurs œuvres les plus personnelles et les plus audacieuses.

Cette compilation sortie par Strut en 2001 me semble un bon moyen d’approcher cette sphère musicale pour les non-initiés, d’abord parce qu’elle se concentre sur l’aspect le plus funky et donc le plus accessible de la library, ensuite parce qu’elle présente un joli éventail d’artistes essentiels à travers certains de leurs meilleurs titres, sélectionnés parmi des milliers d’enregistrements. En dehors d’un interlude inutile (« Erotica 1 »), tous les morceaux sont excellents et ont ce petit côté exotique et tripé qui les distingue du jazz-funk ou de la pop plus classiques. Evidemment certains n’y verront que de la musique d’ascenseur. Je ne peux rien pour eux.








Un peu plus connu que les autres car samplé par Madlib et DangerDoom et présent sur moult compilations (dont le vol. 4 des Dusty Fingers), "Misty Canyon" de l’Australien Sven Libaek est sans doute celui qui a le moins vieilli. La nonchalance exquise du riff de guitare, la densité des cordes et des cuivres, l’efficacité des breaks de batterie, la beauté des soli de sax et de vibraphone, tout est réuni pour faire de cette petite pièce d’à peine plus de 2 :30 un chef-d’œuvre intemporel. Si.
"Safari Park", du génialissime Roger Roger, n’a pas non plus pris une ride. On voit à quel point ce type de groove a pu inspirer des maîtres du downtempo moderne comme Herbaliser ou Nightmares On Wax.

La plupart des autres titres ont un côté plus vintage, mais qui fait partie intégrante du charme et de l’ambiance de la compile. On passe de la funk survoltée d’Irving Martin et Brian Dee à des grooves soyeux et scintillants comme le "Discovery" de Brian Bennett ou le "Rainbow Bridge" de Paul Dupont & His Orchestra. Ici ou là, on a droit à une petite pièce de pop psyché à l’ancienne ("Following You" de Pierre Dutour, "Psychedelic Portrait" de Jean-Claude Petit et son Orchestre), ou à un détour par l’Amérique du Sud, comme sur le très brésilien "Five Plus Four" d’Al Newman, ou sur le délicieux "Exotica" d’Ole Jensen, qui évoque une version soft de Les Baxter.

C’est un festin de percussions étranges, de vibraphone et d’orgue, de trouvailles sonores en tous genres. Après ça, il serait étonnant de ne pas avoir envie de fouiller dans le gigantesque répertoire de la library music. Dans ce cas, faites un tour sur les nombreux blogs de collectionneurs, qui font véritablement un travail d’utilité publique en tentant de conserver ce patrimoine contre vents et marées. Donc allez-y, pendant qu’il en est encore temps…

A noter : la version CD ne contient pas tous les titres de la version vinyle (2xLP). Les autres volumes de Music For Dancefloors, consacrés aux labels KPM et Bosworth, sont également très recommandés.

En bref : une sélection des meilleurs titres d’un des labels les plus importants de la library music. Entre jazz-funk, pop psyché et exotica, c’est un excellent moyen d’aborder cette niche obscure et passionnante de la musique du XXème siècle.




Le site de Strut Records

A lire aussi : Shake Sauvage - French Soundtracks 1968-1973







5 Comments:

HIPHOP said...

Génial ton truc !
si c'est de la musique d'ascenseur, je veux bien y rester longtemps dans l'ascenceur!
voilà de quoi frimer dans les soirées, dans le genre "je vous balance le truc groovy et sexy que personne ne connait".

Dave said...

Oui ce serait un ascenseur assez sympa. D'ailleurs de nos jours il n'y a plus du tout de musique dans les ascenseurs si je ne me trompe pas.
Bises

Nickx said...

Passionnante chronique comme d'hab de Dave !

Et qui fait écho aux sons lounge et sexy de l'indispensable Shake Sauvage.

La library music ? Une vraie auberge espagnole : beaucoup d'étrons certes, mais pour qui s'en donne la peine des pépites absolues à découvrir !

Telles celles de Laurent Petitgirard et de son Pop Instrumental de France, l'inénarrable Bernard Estardy, il y en a tant !

Et pour les soirées de DJ Pierre Sark......euh je veux dire Hip-Hop, à coup sûr une mine !

Dave said...

Ah oui, Bernard Estardy ! L'un des meilleurs... ça fait un moment que je veux chroniquer "La Formule du Baron", dès que j'ai un peu de temps je m'y colle.

HIPHOP said...

je viens de me choper "le jerk par les gottamou", avec le dit baron à l'orgue.
verdict : excellent, sauf le titre "gamma gochee", raide comme la justice.
mention spéciale pour le titre "gribouille".
et si on lançait un grand contest interne à dodb sur le thème " le dance floor est à point : quel tuerie dégainerais-tu pour enflammer la foule en délire ?"
j