09 juillet 2008

Shake Sauvage - French Soundtracks 1968-1973

Comme l'indique son titre, cette collection à la plantureuse pochette, est dédiée aux meilleures pièces musicales ayant servi de bandes-son lors des fastes années 70 (les plus nombreuses), avec un seul intrus, le Grand Theme Malko de Michel Magne, datant lui des années 80, et infernal jam jazz servie au Fender Rhodes après une longue intro languide.
La particularité de cette compile qui a déjà quelques saisons d'âge, est d'offrir un regard éclairé sur quelques-uns de nos meilleurs compositeurs français, ayant le sens du groove, et sachant ce que jerker veut dire - hélas, non, pas du vilain Eric Serra !

Inaugurée par un véritable classique des dance-floors à la gloire de l'orgue Hammond et réhaussé d'une section de cors façon chasse à courre, c'est "Sexopolis", superbe et subtil accompagnement d'un film de boules obscur, mis en musique par le non moins obscur JP Mirouze, le disque se poursuit avec un brelan de tueries jazz/funk aux choeurs féminins éthérés émoustillants. La meilleure part de Charles Aznavour, c'était feu son beau-frère, soit le génial Georges Garvarentz, superbement à l'honneur ici avec pas moins de 3 pistes, l'énamouré jerk de Sapho ("Nues Dans L'Eau") le languide "Haschisch Party" tiré de Un Beau Monstre et le plus conventionnel façon générique de série ("Le Temps des Loups") .
Mais il y a aussi l'excellent Philippe Sarde qui offre une sinueuse et déhanchée descente de vibraphone, trompette bouchée et sitar -et descente de bars tout court, par le commissaire Piccoli pour qui a vu le très bon Max et Les Ferrailleurs de Sautet, j'ai nommé "Jukes Boxes" chez Saidani, revisité de moins convaincante manière dans la B/O de Quelques Jours avec Moi du même Sautet.

Il y aussi l'excellente contribution de monsieur Claude Bolling (dont une compile entière ne suffirait pas à relater les méfaits), c'est la sourde montée de basse de "Full Speed" suivie d'un piano libérateur et des choeurs féminins de rigueur. Que pourrait-on citer d'autre ?

L'inénarrable accent anglais de Nicole Croisille sur une revue soul de Francis Lai dont le jerk suprême (Thème d'Olivier) est aussi au générique ? Ou bien encore cet impayable démarquage de Blaxploitation signé Résonnance (alias notre Pierre Bachelet national !) où Lalo Schiffrin rencontre les Chemical Brothers sous forme de sirènes de police hurlantes ?

Cette gemme ultra rare de Vladimir Costa, capable de l'ignoble symphonie sirupeuse tout comme de la série noire fuzzy pop la plus sensationnelle(Bowery Mood ?)

Je pourrais aussi citer le méconnu Karl-Heinz Schäfer, auteur du cultissime Kidnapping, délicate rêverie parsemée de vibraphone, ou bien encore ce génial avatar de Psyche Rock de Pierre Henry, réalisé par le mythique Bernard Gérard, auteur entre autres de la B/0 de Ne Nous Fachons Pas, et dont le très rythmé "Crocodile Porte-Clé", thème d'un nanar avec Roger Pierre est proposé ici, à grand renfort de carillons tubulaires !

Bien sûr, l'on peut renâcler à 2 ou 3 séries Z qui viennent plomber le bon agencement de l'ensemble en fin d'album, s'étonner de l'absence de pointures telles Jacques Loussier, Raymond Lefèvre et surtout nos maîtres à tous que sont les François de Roubaix (ah!!!), Georges Delerue, (oh !) Michel Colombier (le plus grand !), regretter la portion congrue laissée à Bolling ou à Cosma ("Chou Fleur" aurait tellement eu sa place ici !), se dire que tenter le pari du génial guitariste (suisse OK, mais francophone) Pierre Cavalli, auteur de tant de bandes-son d'incunables tous plus excitantes les unes que les autres, aurait été top !

On pourrait tout arguer, sauf à contester l'impeccable goût de cette collection, et à ses choix courageux car pour certains, très underground. Mais pour tendre à l'exhaustivité, il eût fallu un coffret !

En bref : un concentré plutôt aventureux de ce qui s'est fait de mieux en maîtres compositeurs de B/0 en France, et de compositeurs tout court. Le genre qu'on ne trouve plus aussi inspirés de nos jours, mais qui à la croisée des 70's faisait la part belle au son poppy, jazz et jerk, ceux-là dont Serge Gainsbourg aimait tant s'inspirer, et avec qui il a aimé collaborer.
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"Full Speed" de Claude Bolling, extrait de la B/O de Qui ?


5 Comments:

Ju said...

Que de références... ça laisse pantois. D'autant plus sur une époque que l'on n'a pas connu, je parle pour ma génération. A l'écoute de "Full speed" je présage que Dave devrait apprécier, non?

Dave said...

Tu m'étonnes que ça me plaît! Un très beau post pour aborder une zone mal connue de la musique française...
Je me suis récemment replongé dans François de Roubaix avec les compiles "Le monde électronique de François de Roubaix" (1 et 2). Génialissime...

Benoit said...

voilà une compilation qu'elle est bonne pour écouter dans la voiture sur la route des vacances. Dans le même genre, on peut écouter les compilations "Le Jazzbeat", "Pulp Fusion" et "stereo ultra".

HIPHOP said...

qui peut, parmi tous les babyloniens, citer une BO de raymond Lefèvre, sans regarder sur Google ?
moi je peux.
indice : les Gourdiflots.

Nickx said...

Hmmmmmmmmmmmmmmmmm, le Glaude !

Mais il y a aussi Les Grandes Vacances, la série des Gendarmes, une floppée de Funes, Les Vierges, de Mocky etc....