01 juillet 2008

Wire - 154 (1979)

Wire, groupe majeur de l'avant-garde post punk, est avec ce 3ème album en fin de cycle. Le groupe sort d'années intenses ponctuées de recherches, de démarches toujours plus jusqu'au-boutistes dans sa musique. En concert, il ne joue jamais les morceaux qu'il vient de faire paraître, par exemple, genre qui caresse le public dans le sens contraire du poil, façon PIL ! Habitué à délivrer des morceaux courts, le gimmick étant que la chanson commence avec les premières paroles et s'achève... dès qu'il n'y a plus rien à déclamer ! C'est ainsi le credo de Pink Flag, légendaire premier manifeste. Chairs Missing (1978) transforme ensuite l'essai avec toutefois une esthétique no-wave bien plus glacée et glaçante !

Peu avant de splitter et de se reformer pour une mouture plus indus, Wire commettra ce chef-d'oeuvre absolu, de loin l'album le plus abouti du groupe, dans lequel, plusieurs essais sont de mise. Par exemple, c'est le taciturne Graham Lewis , bassiste de son état et aux faux airs d'Andy Mc Kay de Roxy Music, qui délivre le chant sur l'angoissé "I Should Have Known Better" (non, pas la reprise des Beatles !), juste avant que Colin Newman ne lui emboîte le pas avec sa verve de teigne cockney habituelle sur le survolté "Two People In A Room" (et non, qui ne sera pas repris par Stephan Eicher plus tard !). Comme sur l'album précédent, les synthés sont à l'honneur, mais pas seulement : de nombreux instruments sont en effet aussi convoqués comme le hautbois (enfin, du cor anglais !) sur l'incroyable "A Mutual Friend", morceau arrangé de manière presque progressive et qui n'aurait pas trouvé sa place chez le Wire initial. Ici, on pense aussi bien à Roxy qu'à Procol Harum !

Déjà, rien que l'affaire du hautbois suffit à calmer tout le monde - il n'est pas de mauvais disque pop-rock, réalisé avec cet instrument, "I Got You Babe", "Happy Together", qu'on se le dise ! L'album est très varié disais-je, ponctué de nombreuses humeurs, celle toujours très (belle) ténébreuse chantée par Lewis ("A Touching Display" que les Cure ont usé jusqu'à la corde !) et le très prenant morceau en loop qu'est "Blessed State", en fait un seul thème musical décliné en boucle, genre dont votre serviteur est particulièrement friand ! Colin Newman qui conserve son rang de frontman sur tout le reste réussit sur "Single K.O" ou sur le très rythmé et saccadé "On Returning" (qui donne envie d'envoyer se coucher tous les Franz Ferdinand du monde) une performance sur le fil, de haut vol !

Cet album, comme tout ce qu'a servi Wire (de retour ces derniers temps et en forme, lors de festivals) dans sa première période, devrait être celui à l'aune duquel devrait être écouté tout ce que le rock new-yorkais à prétention post-punk arty a produit dans le genre saccadé depuis une décennie (bâillements !).

A noter qu'un nouveau Wire, 5 ans après un très réussi Send est attendu cet été !

En bref : un classique et une réussite absolus, disque inépuisable, au crépuscule des années new-wave.


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Un extrait live du génial concert à Rockpalast (merci Beauf, j'ai le même à la maison !) et devant un parterre de teutons post-hippies avachis ; essayez de repérer le magnifique moustachu aux cheveux frisottés et au regard de bovin anesthésié !

Au programme : "Another The Letter" de Chairs Missing et "The 15th" de 154

1 Comment:

Kill Me Sarah said...

Ah j'adore ce disque (les deux précédents aussi).
Et c'est une des rares reformations qui ne soit pas minable.