02 juillet 2008

Scenario Rock - Histrionics (2008)

Je ne connais pas la fréquence de l'attribution du prénom Mehdi donné en France depuis une bonne trentaine d'années ; il est en tout cas à la tête de 2 des (nombreux) groupes passionnants à sévir actuellement dans l'Hexagone. Après Mehdi Zannad, responsable du délicieux easy-listening de Fugu, voici Mehdi Pinson.

Ce dernier est originaire de la riante cité de Meaux (oui, pas si loin de Versailles), d'où la peut-être légitime connexion à la galaxie Justice et que croyez-vous qu'il fit pour tuer l'ennui là-bas ? Créer un groupe, bien sûr ! Enfin, un groupe... qui n'a de réelle existence que sur scène, puisque dès le premier méfait Endless Season (2004), il préside essentiellement avec son ami Ludovic Therrault aux destinées de Scenario Rock.

Ce qui est joué dans ce disque fait la part belle à la face cachée de nos fantasmes 80's, si tant est qu'il en reste. C'est donc dans une veine très poppy, que Mehdi et sa voix qui ressemble à s'y méprendre à un croisement de celle de Robert Smith (le refrain de "War Wound" et... tout le reste !) et de Kevin Rowland (Dexys Midnight Runners), s'aventurent dans un anglais impeccable ! "I know it's been all treacherous /the whole story was treacherous..." lance-t-il dans l'irrésistible refrain de "Both Gotta Move On", aux airs de classique, et qui peut d'ores et déjà prétendre au titre de single de l'année ! Oh, certes, tout l'album ne baigne pas dans le même hédonisme béat, cette délicate inconscience à laquelle fait écho la très catchy "Perfect Love Antidote" ! Certains refrains, certaines mélodies sont plus alambiqués et se méritent à l'issue de plusieurs écoutes, je pense notamment au long morceau-titre, somptueuse suite de thèmes exécutés au piano, l'instrument dominant du disque, à égalité avec la basse élastique !

C'est quand même un disque d'une rare sobriété ; les arrangements ne sont pas si foisonnants, ici une touche de marimba (l'exotique "The Gipsy Waltz"), là de la trompette bouchée et des nappes de flute sur "Mirage" ! Non, ce qui donne cette richesse harmonique, c'est tout simplement ce parti-pris relativement ambitieux dans la composition, qui m'évoque là maintenant, l'art d'un Kim Fahy des Mabuses, avec une structure de chanson moins complexe, il est vrai ! Mais c'est là tout l'art de composer des chansons que l'on s'approprie dès les premières écoutes comme autant d'air connus, car c'est bien connu, ce sont les airs en apparence les plus évidents qui sont les plus difficiles à écrire ! "Son of A Morrocan" (chanson autobiographique ?) illustre à merveille cette économie dans la production où le moindre handclap (très eighties), la moindre touche de Rhodes participe à la richesse mélodique de la chanson qui en elle-même est un autre sommet.

Histrionics respire l'esprit libre d'un artiste qui ne craint pas les inévitables comparaisons à Supertramp ou à je ne sais quel autre machin honteux -j'ai lu ici ou là des analogies avec Michel Berger (si! si!) et j'avoue moi-même y avoir inconsciemment pensé ! So what ? Cette démarche dans son intégrité, est infiniment plus pertinente que celle de ces groupes dont nous avons déjà parlé qui préfèrent se renier pour pouvoir atteindre un plus large public, - et par public, j'entends aussi public de connoisseurs ! Dans un monde idéal, tous les kids en bermudas se rueraient dans les magasins commander l'album où figure le sautillant "Who's that girl/ dressed like a model" et Nagui remettrait à Mehdi une Victoire de la Musique, qui serait en concurrence pour le titre avec Jesse Chaton, Julien Pras, Denis Bortek et Philippe Pigeard. Dans un monde idéal, seulement, alors pour paraphraser Coluche qui disait l'envers de "Quand on pense qu'il suffirait que les gens achètent pour que ça se vende !", vous savez ce qui vous reste à faire pour rendre compte de l'un des meilleurs fleurons pop de l'hexagone !

En bref : le disque idéal pour renouer et assumer une passion enfouie des Prefab Sprout ou Tears For Fears, la qualité d'un niveau au-dessus quand même !



le Myspace du groupe


A lire aussi : The Mabuses - Mabused (2007)


Un mix de titres tirés de l'album enregistrés à la Boule Noire, à défaut de pouvoir intégrer l'hilarante video de "Both Gotta Move On", consultable sur Youtube.

1 Comment:

Fabien said...

Belle salve de chroniques Nickx, on ne t'arrête plus ! Ca se voit que tu es en vacances ! J'avais pensé moi aussi faire une chronique d'Histrionics au moment de sa sortie au début de l'année mais pas exactement pour en dire la même chose que toi... Sans mettre en cause ton bon goût, je trouve que ce disque est une belle daube, insipide et sans caractère... "Both Gotta Move On" trouve grâce à mes yeux (et encore...) mais l'ensemble me paraît assez convenu. Composer des chansons accessibles et facilement mémorisables c'est bien mais on frise facilement le clichton et le déjà vu... Remarque, je suis peut-être tout simplement moins réceptif à la pop que toi (en tout cas en ce qui concerne la "veine" Tear for fears s'entend). Quoiqu'il en soit, cet album reste une belle gamelle pour moi, d'autant plus que j'avais succombé sans résistance au maxi "Skitzo dancer" et à son excellent remix par Justice. Bref, les goûts et les couleurs... Bonne continuation Nickx, au plaisir de te lire.