26 juillet 2008

Des jeunes gens modernes (compilation vinyl) 2008

Alors que certains nous racontent leurs émois festivaliers ou nous invitent à nous trémousser sur fond d'acid jazz, je vous propose une petite douche froide : Des jeunes gens modernes, Post-punk, Cold-wave et culture növo en France (1978-1983). La presse s'est largement fait l'écho de cette rétrospective parisienne consacrée à la scène underground française du début des années 80, et les trentenaires naïfs (dont je suis) découvrent la richesse de cette scène, qui ne se résume pas à Taxi girl .

L'underground musical français me passait bien au dessus de la tête en 83, trop affairé à mes singles de Breakmeuchine et à la messe hiphop dominicale dite par l'inoubliable Sydney («Mes frères et mes sœurs, on tape dans ses mains, avec les Paris City breakers, yeah!!, pardon, je divague). La compil CD est pléthorique, et certains noms ne nous sont pas étrangers (Taxi girl, Marquis de Sade, Elli et Jacno), mais la version vinyl ne fait aucune concession, resserrée autour de quelques groupes totalement obscurs pour le néophyte : Tokow boys, Lizzy Mercier Descloux (!), Henriette Colouvrat (!!), et j'en passe. Chouette! il doit bien y avoir là dedans quelques perles insoupconnées.
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La période a ceci de fascinant qu'elle constitue une sorte d'affolement avant-gardiste avant la plongée en apnée des 80's : les groupes prolifèrent, à Paris et en province, porteurs de projets esthétiques radicaux et corrosifs, s'emparent des synthétiseurs, des boites à rythmes et des premiers séquenceurs avant que ceux-ci finissent lamentablement dans la variétoche kitsh, mièvre et inoffensive si typique de la décennie. Comme s'il fallait se défouler avant la grande glaciation, «le grand cauchemar des années 80», comme le dit François Cusset. Ces jeunes gens modernes sont en France, sur le plan musical, ce qu'on peut sauver d'une décennie qui fera de la culture un ensemble de pratiques et de discours fédérateurs, décoratifs et consensuels, à mille lieux de ce que peut être la culture en tant que puissance critique.
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La Face A nous réserve deux perles cold-wave bien glacées : Ersatz, de Guerre froide et Man of time, de Kas product. Les paroles d'Ersatz, superbement laconiques, disent les mots des lendemains qui déchantent: «Quand plus rien ne m'étonne je flirte avec la folie....des vaisseaux rouges éclatés se noient dans le blanc des yeux... ». Guerre froide nous sert une électro cold -wave minimale radicale : boite à rythme famélique, ligne de basse sobre et synthé puissant et granuleux. Ca sonne quand même autrement qu'un synthé d'Indochine. Man of time nous glace le sang par sa rythmique et sa guitare affolées, accompagnées de nappes synthétiques avortées et gémissantes, et de la voix, magnifique dans les graves, de Mona Soyoc. La synthpop n'est pas en reste, avec l'étrange et un peu fou torso corso, de Lizzy Mercier Descloux, et surtout le trés jazzy mots, de Ruth, groupe totalement inconnu de mon cyberespace (quelqu'un connaît ?), avec sa trompette bouchée qui passe en boucle et se libère au final.
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La face B déçoit un peu. Certains groupes ont du mal à éviter la pause déclamatoire et les textes creux. Texte confus et un brin prétentieux pour Ice et sa Grande guerre (on est pas loin de Isabelle a les yeux bleus, la parodie d'Indochine par Les Inconnus). La chanteuse de Mathématiques Modernes marmonnent son texte de façon inaudible, sur fond de synthé, tandis que Metal Boys (ex Métal urbain) nous inflige une fastidieuse et incompréhensible attente au tokio airport, où visiblement les avions ne décollent jamais tout comme la chanson. Détruire la pop, moi je veux bien, mais à tout prendre je préfère la non-parole, le cri primal d'Alan Vega que toutes ces élucubrations inaudibles. Reste l'humour de Mécanique Rythmique, et sa conception trés particulière de l'extase, et surtout le trés classe Charles de Goal qui nous ressert une dose de minimalisme cold, sans emphase gothique ni pleurnicherie de commande.
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En bref : Un disque inégal, probablement à l'image de cette scène trés prolifique (n'est pas Taxi girl ou Joy Division qui veut), mais qui donne trés envie de mieux connaître certains groupes. Idéal pour frimer dans la conversation.



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3 Comments:

Ju said...

J'avais beaucoup écouté Lizzy Mercier Descoulx lorsque j'avais fait des recherches sur Vampire Weekend, et donc sur Talking Heads, et donc sur Lizzy, qui contribua à faire connaître ses derniers dans la revue Rock News.
A+
Ju

Nickx said...

Lizzy Mercier Descloux - R.I.P

Emmanuel said...

Merci pour cette chronique.

Emmanuel (Nordwaves)