06 mai 2009

Grizzly Bear - Veckatimest (2009)

C’est désormais admis par tous, il y aura un avant et un après Merriweather Post Pavillion. Ca a été dit et redit, le collectif animal a perché la barre bien haut en début d’année, délaissant leur folk foutraque des débuts pour redéfinir la pop contemporaine, rien de moins. C’est exactement le chemin pris par leurs voisins et désormais rivaux Grizzly Bear, dont la troisième livraison cette année est attendue comme le messie par la foule indé. Tout le monde ou presque connait le mini scandale qui a fait que Veckatimest a été disponible très tôt sur internet, "leaké" seulement six jours après son enregistrement dans une version non définitive. Un contrepoint parfait à cette chère loi Hadopi mon cul, démontrant au passage que lorsqu’un album est bon, téléchargement illégal égale buzz et buzz égale pré-commandes en masse. Ajoutez à ça une édition vinyle limitée avec packaging et livre couleur réalisés par l’artiste de Chicago William O’Brien et le stock est en rupture.

Tout commence vraiment avec Yellow House en 2006 qui éleve le collectif de Brooklyn au rang de groupe à surveiller. Des premières parties prestigieuses (TV On The Radio), un side-project cohérent (Department Of Eagles) pour Daniel Rossen et dorénavant un groupe qui travaille à une autre échelle. Enregistré de juillet 2008 à février 2009 en complète autarcie, Veckatimest est censé être l’album le plus collectif de la bande. Complètement déridés dans l’écriture comme dans l’interprétation, Edward Droste, Chris Bear, Chris Taylor et enfin Daniel Rossen ont maintenant chacun leur mot à dire. S’imposant en explorateurs sales et isolés (Veckatimest est le nom d’une petite île déserte), le combo devient ultra prolixe, et ne garde que 30% de ses enregistrements pour ce qui sera l’album final. Le résultat, après une bonne dizaine d’écoutes toutes plus passionnantes les unes que les autres, comble et surpasse toute attente possible.

Tout comme sur Yellow House l’on retrouve cette étrangeté lumineuse dans l’écriture qui ne ressemble vraiment à rien d’autre. La science du décalage est de rigueur, vous ne trouverez aucun schéma couplet / refrain, seulement des structures rares et fragiles, ornées d’enluminures et d’orchestrations encore une fois uniques et indescriptibles. Le même sentiment qu’à l’écoute de Merriweather, l’impression d’entendre quelque chose de neuf, raffiné au possible et pourtant anti prétentieux. Pas de chichi, pas d’esbroufe, l’idée de départ était de faire un disque intense et effervescent, c’est réussi. Les titres sont majoritairement longs (autour des 4 minutes), mais aucune monté n’est inutile, chaque note, chaque son, chaque bruit est à sa place. Comble du bonheur, cette face A d’anthologie, parfaite, tout simplement.
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Quel enchaînement, quelle ouverture… Ce "Southern point" qui me laisse bouche bée, avec sa chevauchée qui maintient le souffle jusqu’à la mélodie, dans un genre entre le swing et l’électronica, assurément l’un des grands morceaux de l’année avec "My girls", sur près de 5 minutes qui passent sans que l’on ne s’en rende compte. Les Grizzly réinventent l’usage de la guitare sèche et rentrent de plein pied dans la combinaison encore une fois chère à Animal Collective, à savoir l’entremêlement d’harmonies entre les instruments et les voix. C’est encore plus le cas sur le doo-wap lunaire "Cheerleader" où la voix de Victoria Legrand (Beach House) assure un contrepoint parfait avec celle d’Edward, faite en cristal pur. Mais revenons un peu en arrière, avec la beauté magique du deuxième et troisième morceau, "Two weeks" et "All we ask". En quatre titres, tous sur la même face, Grizzly Bear a déjà gagné son pari.

Inspirés selon les intéressés par les compositions des années 50 et les vieilles mélodies, les morceaux aux textures soyeuses de cordes et de bois empruntent également leur rythmique au jazz. "Hold still" m’évoque même un vieux Disney, avec ses envolées sensibles et ses sonorités intemporelles. Hélas, tout comme sur Merriweather, la seconde face a tendance à s’essouffler malgré un "While you wait for the others" de grande classe, et un renversement mellotron à 1’50" chez l’excellent "Ready, Able". Malgré quelques temps morts en deuxième période, Warp tient là son plus gros groupe, et l’un des trois meilleurs disques de l’année à l’heure qu’il est. Tout ce que j'ai écouté depuis m'a paru si fade...

En bref : baroque et unique en son genre, Veckatimest est un futur classique qui hisse Grizzly Bear au rang de groupe majeur de cette décennie. Le duel qui l’opposera à Animal Collective dans les années à venir s’annonce passionnant.

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"Two weeks" en live, mais assez proche du son de l’album :

10 Comments:

Nickx said...

Yellow House annonçait effectivement un groupe plus qu'intéressant à suivre !

Les groupes US enfoncent définitivement les groupes britanniques actuels qui à de rares exceptions, ne soutiennent pas la comparaison !

Je me languis de découvrir ce nouvel opus !

Masique said...

d'accord! et oui au duel, au final c'est nous qui serons les grands gagnants:)

Emmanuel said...

Voilà maintenant des mois que j'écoute et écoute Two Weeks, titre absolument par-fait, sans m'en lasser. J'attends cet album depuis août, et y ai mis énormément d'espoirs. Ju, tu confirmes mes attentes, je brule d'impatience quant à sa sortie.

xavier said...

Voila encore de quoi amplifier mon incompréhension depuis le début de cette année face a la tripotée de superlatifs utilisés pour parler des albums du groupe Animal Collective ou maintenant Grizzly Bear.
Je trouve Veckatimest très moyen, juste chiant à l'écoute. Et puis tout ces oooohhhoho et ouh ouh oooohh à répétition. Je lis des "Dieu que cette musique est belle" quand je pense plutôt "Dieu mais qu'est ce qu'on s'ennuit". Veckatimest est pour moi anecdotique, sans pertinence, pour quel fond au propos ? C'est joli à l'écoute, ah oui ça c 'est sur ça n'écorche pas les oreilles. Mais il ne restera rien de cet album dans deux ans, au contraire de ce que je lis j'en suis sûr. Tout simplement parce que cet album et ces groupes aux noms d'animaux ne font pas le poids, ne mettent aucune tripe dans leur musique et que le vent risque de tourner aussi vite qu'il a soufflé sur eux.

Pour revenir à Veckatimest je n'ai jamais réussi à l'écouter d'une traite, toujours lassé et à chaque fois rapidement. Merriweather Post Pavilion j'ai cru un temps avoir réussi à le cerner, jusqu'à ce que je remette les pieds sur terre et que je lui fasse les mêmes reproches que ceux de Grizzly Bear.

Si ces deux LP représentent ce que la musique aura vu de mieux en 2009 alors on est bien mal barré: vive les jolis ptits morceaux gentillets et tout guilleret ; on risque de bien se faire chier je vous le dis.

Sur ce, je vous laisse :)
Xavier

Nickx said...

Sans me montrer aussi sévère que toi Xavier, je dois avouer que ce nouveau Grizzly Bear que je suis en train d'écouter au moment où j'écris ces lignes, et que j'ai découvert ces derniers jours, me laisse dubitatif !

Je trouvais Yellow House bien plus passionnant, et ce nouveau disque me paraît un peu chiant aux entournures, avec une écrasante concentation des bonnes chansons en début d'album !

Et contrairement à ceux qui reprochaient un peu la même chose au Animal Collective, je continue de trouver cet albume captivant de bout en bout, même si avec des pics ici ou là !

Je n'ai d'ailleurs toujours pas entendu d'album faisant de l'ombre à Merriweahter...jusqu'ici !

Non, ce Grizzy Bear est tou sauf le chef d'oeuvre annoncé, même si je continuerai à suivre avec intérêt le parcours de ce groupe atypique.

Ju said...

@ Xavier : Je peux comprendre ton point de vue, mais alors quels sont selon toi les groupes de 2009?

@ Nickx : J'ai envie de dire que c'était un peu inévitable, quand on te parle d'un album en bien pendant des mois avant de l'écouter, on est forcément déçu. Si je me souviens bien de mes première écoutes, les premiers morceaux m'avaient captivé directement, alors que je trouvais chiants les derniers, et puis finalement, j'y ai décelé des qualités avec les écoutes. Finalement un peu comme sur Merriweather.

Mais bon ça n'est que mon avis.

A+
Ju

Nickx said...

Justement Ju, je n'ai pas comme toi eu vent de louanges sur le nouveau Grizzly Bear !
J'étais simplement à l'affut d'un groupe que j'avais découvert sur leur précédent album!

Ceci dit, le groupe dans son ensemble, je le trouve intéressant !

Merriw
Merriweather...en revanche, il y avait tout un buzz dessus des semanes avant qu'il ne sorte, avec tous les dangers inhérents à une attente de ce type !

A l'arrivée, en ce qui me concerne, Animal Collective bat Grizzly Bear par KO, 3 sets à rien et 10 de der !

Pas de doute à mes yeux pour ce ui est de l'album des 2 qui va rester !

xavier said...

@Ju

euh bon les groupes de 2009...
en deux mots alors : )
côté rock alternatif pour moi d'abord la récente sortie de The Eternal confirme Sonic Youth comme un groupe qui aura marqué son époque. On peut dire ce qu'on veut du disque et le comparer autant que possible à tout le reste de leur discographie, ils ont comme ils l'expliquent "réécouté leurs albums" pour pondre un condensé de morceaux terriblement accrocheur dès les premières écoutes, qui sonne comme un bilan/testament de leur manière d'avoir fait avancer ce côté là du rock ces dernières années. Ca reste très noisy mais relativement facilement abordable pour un novice. C'est du bruit tout simplement délectable.

Bon ensuite ce n'est pas un groupe ok mais juste un homme de musique électronique, monsieur Chris Clark dont l'album précédent m'était passé à côté faute d'incompréhension. Il sort dans quelques jours son dernier album, censé clore une trilogie commencé avec Body Riddle et Turning Dragon. Sans hésiter c'est pour moi la première claque électronique de l'année avec un album génial alliant deux des quelques particularités du son qu'il fait, l'une de faire du bourrin l'autre de faire du mélodique, tout ça reconnaissable entre mille (style propre, Clark ne sonne que comme du Clark). Il va falloir que je me replonge dans la disco de ce monsieur plus attentivement car nul doute qu'il place ici un grand album pour l'année qui s'écoule.

Dans le reste des très bons albums de gros son rock (alternatif/psychedelique) que j'ai pu écouter, je peux donner des noms: Pontiak (Maker), Future of the Left (Travels with myself and another), Radio Moscow (Brain Cycles)
Dans l'encore plus énervé les dernières galettes de Kylesa (Static tensions) ou Isis (Wavering Radiant) sont très réussies.
Dans le moins énervé j'apprécie beaucoup l'album de Doves (Kingdom of Rust) ou celui de The Appleseed Cast (Sagamartha).

Le hip hop US a également de bons représentants du côté des groupes Dalek et Kill The Vultures. Les premier excellent à rendre le genre dans un style très sombre urbain et dépressif, les deuxièmes jouant plutôt un jazz crasseux et hypnotisant mais tout aussi jouissif. (écouter Careless Flame et Ecce Beast).

Nous sommes à la moitié de l'année j'espère être surpris encore plus. Surtout dans les genres pop et folk auquels je m'intéresse aussi et dans lesquels je ne vois rien se dégager vraiment de la masse pour l'instant (si ce n'est je le reconnais les Animal Collective et Natasha Khan de Bat For Lashes).

Ah merde désolé j'ai écrit un roman du coup. :p

Ju said...

Pas grave pour le roman, bien au contraire. Bon, en fait je me rends compte que l'on doit tout simplement avoir des goûts différents (chouette!). Parce que le dernier Sonic Youth interprété en live m'avait carrément gonflé, et que je connais peu de noms dans ce que tu cites (à part Isis, très bon, Radio Moscow, gentillet, et Dalek, pas mal du tout). Du coup ça me fait plein de pistes. Quant à Natasha Khan, je ne miserais pas gros sur elle... On verra bien.

Francky 01 said...

Très bel critique de cet immense disque. "Merriweather Post Pavillion" est surement un grand album mais je n'arrive pas à adhérer. Trop "space", expérimental. Leurs musique ne m'embarque pas. Trop souvent je reste sur le quai, à part quelques morceaux de "Feels". Et cet engouement massif, autant sur les blogs que dans les magazine m'agace un peu.
"Yellow house" était déjà un bijou mais celui-ci met la barre encore plus haut. Un chef d'oeuvre de folk'n'pop psychédélique.
Un des meilleurs skeud de 2009 ???
A + !!!!