13 mai 2009

Elvis Perkins - Ash Wednesday (2007) - Elvis Perkins In Dearland (2009)


Fabien nous parlait il y a quelques jours seulement du folk racé de Bill Callahan et dans le même registre l’Amérique peut désormais et à coup sûr compter sur un nouvel héros du genre. J’avais hésité il y a deux ans à vous parler de Ash Wednesday, premier opus impeccable d’un grand songwritter en devenir, mais cette année c’est la goute d’eau qui fait déborder ma platine, Elvis P. (ça vous rappelle quelqu’un ?) rajoute à son patronyme un suffixe imposant un groupe et non plus une entité seule. Elvis Perkins In Dearland est même à ce jour l’un des meilleurs quatuors de musiciens du pays de l’Oncle Sam.

En poussant un peu le bouchon, Nick Kinsey, Brigham J Brough et Wyndham Boylan Garnett ne sont plus très loins de The Band, le fameux groupe de Bob Dylan, auquel Elvis sera immanquablement comparé dans les années à venir. Redoutables à chaque instant, ils exposent à qui veut l’entendre une palette instrumentale sans fin : harmonica, violon, mélodica, trompette, contrebasse, banjo, harmonium… et bien sûr l’organe vocal vibrant et profond du chanteur qui témoigne en seulement deux albums à quel point il faudra compter sur lui. Ses textes sur la fragilité de la vie, poignants et humbles, sont autant de chansons de survie, à écouter en veillée au coin du feu. Comme si Rufus Wainwright jouait avec les musicos d’ Okkervil River.

Tout commence en 2007 avec ce Ash Wednesday sorti de nulle part. Elvis à la manière de Eels vient de subir deux drames familiaux coup sur coup. Sa mère était dans l’un des avions heurtant les tours. Son père (Anthony de Psycho) est emporté par le SIDA. Dur. Le disque est d’ailleurs scindé en deux parties autour du titre éponyme aux cordes larmoyantes, avant et après le drame. On s’en doute, comment aurait-il pu en être autrement, il y a de la mélancolie universelle dans chaque chanson, mais surtout un malheur transcendé par la simplicité des ponts et l’efficacité des refrains accouchant d’au moins sept titres sur onze à ranger au panthéon du genre.

"While you were sleeping" ouvre l’album, tout en douceur, grâce à d’intelligentes percussions (Gary Mallaben, le batteur de Van Morrisson, ainsi que Osgood Perkins aux tambours), une voix nasillarde et touchante et des cuivres finaux qui donnent une véritable identité. Cette chanson magnifique était alors la plus belle entrée en matière possible. "All the night without love" suit et introduit une instrumentation différente, presque manouche, encore une fois magnifique. Sur "May day !" Elvis tourne le dos aux préjugés et joue là où on ne l’attend pas. Un titre gai, à la guitare électrique sautillante et aux chœurs bordéliques. C’est l’influence Neutral Milk Hotel qui pointe le bout de son nez.

Plus loin sur "Moon woman II" et "It’s only me" Elvis revient à la douceur, seul avec sa guitare, pudique mais spontané. On commence à sentir l’ombre de Dylan qui s’expose complètement sur "Emile’s Vietnam in the sky" et son touchant violon. La deuxième partie, plus rigoureuse et plus lente, manque certes d’originalité mais pas de maturité (les arrangements de "Sleep sandwich", le piano de "Good friday"). Quelque chose s’annonçait mais on ne savait pas encore comment le prendre.

Et puis cette année, Elvis est de retour. Renaissant de ses cendres et musclant ses compositions, il nous livre un deuxième album inespéré de folk ancestral au tempo plus rapide que son prédécesseur. Le Zim n’est plus le seul inspirateur, on pense désormais à Woody Guthrie, mais aussi à Léonard Cohen, Paul Simon et encore NMH sur les parties les plus festives, ce "Doomsday" tout en cuivres à l’énergie monumentale qui lui aussi porte un parfum d’Okkervil River. Des cuivres qui sont désormais au centre des arrangements lumineux de la bande, drapant d’heureuses folk songs d’une couche de jazz bancal.

Equivalent de "While you were sleeping" du premier album, "Shampoo" ouvre celui-ci une nouvelle fois de la plus belle des manières, à l’orgue et à l’harmonica, tout simplement parfait. On retiendra également "Hours last stand" sous forme de marche funèbre, et "123 Goodbye" et son crescendo dramatique de piano, harmonium, batterie et cordes. Epoustouflant de long en large.

En bref : à 33 ans, Elvis Perkins vient de livrer deux albums majeurs de folk américain mais pas seulement. Il a aussi fondé un groupe immense, et transformé de manière universelle ses démons en chansons belles à pleurer. L’expression coup de cœur a toute sa place ici. Je vous interdis de passer à côté.
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Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : M. Ward - Hold Time (2009)

"While you were sleeping" et "Shampoo" les deux titres introductifs :


2 Comments:

Paco said...

Très content de voir que du côté de Bordeaux on s'enthousiasme aussi pour ce gars là. Le titre "While you were sleeping" dominait le 1er album déjà de grande classe. (Voir "Le concert à emporter" de La Blogothèque). C'est la raison pour laquelle "In Dearland" me parait encore meilleur. Un album plus complet joué par de très bon zicos et qui se révèle dans la durée.

Leroy Brown said...

Je n'avais pas vraiment été conquis par le 1er album d'Elvis mais je n'entends que de bons échos sur celui-ci: il faut que je me penche dessus. Bon article ceci-dit ;)