16 mars 2009

Alain Bashung - Novice (1989)

Novice, Alain Bashung né Baschung, ne l'est plus tout à fait lorsqu'il publie son 6ème album. Car si cela fait 20 ans qu'il fait carrière, celle-ci n'a pris un tour populaire qu'en 1979 par la grâce d'un tube roué, la méga-connue "Gaby Oh Gaby", depuis longtemps reniée par son interprète, et suivie de près par l'indispensable et également tubesque "Vertige de l'Amour".
Mais le succès à tout crin qui d'ordinaire fait tourner la tête à plus d'un artiste de variété (osons le mot), ne porte pas ombrage à Bashung, qui décide assez vite de poursuivre l'aventure "commerciale", en pondant certains de ses albums les moins accessibles. Ce sera d'abord le très new-wave Play Blessures (1982), puis sa copie carbone (et comme toute copie...) faussement guillerette, Figure Imposée (1983). Après une concession à l'audimat et aux chiffres de ventes avec le pataud Passé le Rio Grande (1986), l'Alsacien revient à un niveau de production plus conforme à son talent, en offrant les ambiances glaciales (ou brûlantes, c'est selon...) de son nouveau disque.

Quelque peu plombé par des sons de synthés aigrelets et définitivement passés en 2009, ce petit frère de Play Blessures retrouve l'inspiration de son illustre devancier. Un détail qui ne trompe pas quant à la qualité de Novice, c'est qu'un de nos chouchous, Colin Newman de Wire, fait ce coup-ci partie du casting en étant l'arrangeur du disque. On note aussi les présences aux guitares de Phil Manzanera, du fidèle Olivier Guindon, dépositaire du si fameux son Twang, entre surf et cold.
Jean Fauque, lui, supplée Boris Bergman aux textes.

Cet album est noir, sépulcral, comme sa pochette, magnifique portrait de l'artiste en gros plan. Dès "Pyromanes", s'instaure une ambiance de soufre. On n'est pas là pour rigoler, pour faire dans l'entertainment ; d'ailleurs Bashung s'est mis au vert : No drugs, no alcohol, no vice ? Et là où les sonorités surréalistes de Bergman, les calembours les plus absurdes de Gainsbourg ("Scène de Manager", "Trompé d'Erection") désacralisaient les climats les plus polaires initiaux ; le sourd nihilisme poétique d'une majorité des titres de Novice exigent de l'auditeur une grande disponibilité. "Intrépide Malgré la Fièvre", "Alcaline", sont tout sauf des titres faciles ; les sons Midi tribaux de "Tu M'as Jeté" et "Elle Fait L'avion" ne sont pas à proprement parler sexy.

Et puis, quand on pense qu'un truc comme "Bombez !" est sorti en single ! On devine l'indépendance dont jouit Bashung vis-à-vis de sa maison de disques, et les têtes des représentants de celle-ci quand ce dernier leur amenait les bandes de ses albums. Bashung n'a peur de rien, ne recule pas devant l'emphase, la diction outrée sur le très beau titre qu'est "Etrange Ete". Si Play Blessures conviait à la traversée d'un brasier rougeoyant, Novice n'en est plus que le no-mans land désolé sur un tapis de cendres. Brrrrr...

En bref : pas l'album le plus vendeur ni donc le plus connu de son auteur. Mais un monument de noirceur, de sons irréels, à mi-chemin entre la new-wave, l'indus et la chanson française. Le disque qui clôt - et de quelle magistrale manière - un cycle.




Le site off


"Pyromanes"

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Lee Scratch Perry - Arkology (1997)

Cela faisait bien longtemps que je voulais vous parler de ce coffret que certains d’entre vous connaissent déjà très bien. Rien ne pressait, ceci dit, puisque l’objet est sorti en 1997. A mon avis, tout le monde, fan de reggae ou non, devrait posséder cette Arkology. Pourtant il m’arrive régulièrement de rencontrer des musicophiles, même amateurs de musiques jamaïcaines, pour qui Lee Perry, de son vrai nom Rainford Hugh Perry, reste assez obscur. Peut-être est-ce dû au fait qu’il s’agit avant tout d’un producteur. Tout le monde connaît par exemple "War In A Babylon" de Max Roméo, mais qui sait que Lee Perry était aux manettes de ce grand classique du reggae ?

Idem en ce qui concerne certaines des meilleures chansons des Wailers, telles "African Herbsman" ou "Duppy Conqueror". Et sait-on que le jeune Bob Marley, quelques années plus tôt, avait frappé à la porte du studio du maître pour lui demander de le produire, mais que celui-ci avait tout bonnement refusé, prétextant qu’il désirait se consacrer à une musique strictement instrumentale ? C’est l’un des mérites de cette compilation (et de son livret très complet) que de rendre à Scratch ce qui lui appartient, c’est-à-dire la place de meilleur producteur jamaïcain de l’Histoire et de précurseur de toutes les musiques expérimentales modernes.

Lee Scratch Perry a été présenté comme “le Dali du reggae” (dans Bass Culture, de Lloyd Bradley). A juste titre. Complètement maboule, sauf (et c’est notable) quand il s’agit de pognon, le natif de Kingston est l’un des personnages les plus surréalistes de la planète artistique. Il faut l’avoir vu débarquer sur scène, le jour de son soixante-septième anniversaire, brandissant une baguette de pain plantée de batônnets d’encens, vêtu d’une veste faite de CD, pour comprendre que cet homme est authentiquement fou. Le petit barbu a d’ailleurs quitté la Jamaïque en 1981 après avoir brûlé son Black Ark Studio à la suite de ce qui s’apparente à une crise de paranoïa. Installé en Suisse depuis 1989, il continue depuis lors à sortir des disques et à tourner, portant plutôt bien ses presque 73 printemps - j’en profite pour vous recommander chaudement ses concerts.


L’Arkology réunit les meilleurs enregistrements de la meilleure période de Perry, entre 1976 et 1979. A cette époque, le Black Ark est le rendez-vous de tout ce que la scène locale compte de plus intéressant. Des centaines de classiques du reggae y sont enregistrés. Les trois disques de cette anthologie en réunissent quelques-uns, parfaitement sélectionnés, mais ne constituent qu’un infime aperçu de l’oeuvre du bonhomme, dont les premiers travaux en tant qu’ingé-son remontent à la fin des années 1950. Il y a les indémodables de Max Roméo : “War In A Babylon”, “One Step Forward” et “Chase The Devil” (revisité par Prodigy dans les années 90). Mais aussi “Police & Thieves”, avec la voix angélique de Junior Murvin, la ballade reggae-soul “Groovy Situation” de Keith Rowe, d’une sensualité incomparable, les plages percussives et mystiques des Congoes, bourrées d’harmonies vocales paradisiaques... Ce serait une hérésie de vous parler de chacun des 52 titres de cette compile gargantuesque, et pourtant chacun mériterait son paragraphe.

Si King Tubby est communément considéré comme l’inventeur du dub, Lee Perry, avec ses Upsetters, est l’homme qui a élevé cette musique à son plus haut degré d’inventivité et, bien sûr, d’étrangeté. Le premier à avoir utilisé des boîtes à meuh, des gongs, des klaxons, et surtout le premier à avoir expérimenté les effets les plus hallucinants avant même que des machines soient inventées pour les générer. La question que tout le monde se pose est évidemment : comment faisait-il pour construire une musique aussi complexe avec un 4 pistes ? A quoi l’intéressé répond (et c’est intraduisible) : “It was only four tracks on the machine, but I was picking up twenty from the extra terrestrial squad” (?!). Ecoutez l’échantillonage des choeurs et l’utilisation de la stéréo sur le monumental “Dub Revolution pt.1” et songez que ce morceau truffé de bruits de bouche et de wah-wah date de 1976 ! A ce niveau-là, ce n’est même plus de l’avant-gardisme !


L’équipe d’Island Jamaica, qui a réalisé la compile, a eu l’intelligence de placer quasi-systématiquement un dub ou une alternate version (souvent inédits) à la suite du titre original, ce qui permet de constater que Lee Perry compte parmi les inventeurs du remix. L’exemple-type est “Police & Thieves” de Junior Murvin, dont les différentes versions occupent une bonne partie du deuxième disque. Revisité par le saxophone de Glen Dacosta sur “Magic Touch”, le riddim accueille le toast de Jah Lion, avant d’être mis en dub et de devenir, pour finir, une toute autre chanson, “Bad Weeds”, avec la voix angélique du même Junior Murvin. Jamais vous n’entendrez cinq versions à la suite d’un même titre, toutes signées par le même producteur, avec un tel plaisir, sans une once d’ennui. C’est simplement miraculeux.

Tout aussi miraculeuses sont les chansons interprétées par Scratch lui-même, avec sa voix grinçante et ses vocalises trippées : “Dreadlocks in Moonlight”, “Soul Fire”, “Curly Locks” ou le super-space “Roast Fish and Cornbread” témoignent toutes d’un génie mélodique hors-norme et font partie de ces morceaux qui s’impriment immédiatement dans le cerveau pour ne plus jamais s’en décoller. Inutile de préciser que les musiciens mis à contribution lors de ses sessions sont les meilleurs qui soient, de Sly & Robbie à Sticky Thompson en passant par Augustus Pablo et son mélodica (sur “Vibrate On”).

Le livret mérite déjà l’achat, à lui seul. On y trouve une biographie concise, ainsi que de superbes photos de Scratch : déguisé en super-héros, fumant un spliff devant le Black Ark, ou tapant la discute avec des bobbies londoniens. Mais le document le plus édifiant reste la lettre adressée au ministère japonais de la justice au sujet de l’arrestation de Paul McCartney en possession de 250 grammes d’herbe. On peut notamment y lire ceci : “Herbs is his Majesty’s. All singers positive directions and liberty Irrations. Please do not consider the amount of herbs involved excessive. Master Paul McCartney’s intentions are positive.” La lettre est signée : “Baby Blue Green Star Pipecock Jackson Lee Scratch Perry, Bannana Eye I Pen Ja Natures Love Defender” ! Pour résumer : un superbe livret et 52 titres, tous fantastiques, c’est-à-dire plus de quatre heures de musique pour environ 25 euros ! Même en raisonnant très prosaïquement, vous n’avez aucune excuse pour ne pas acquérir l’Arkology !

En bref : Inépuisable et délirant, l’Arkology est le portrait musical de l’un des plus grands créateurs du XXe siècle. Si après avoir écouté ces trois disques, quelqu’un peut encore me regarder en face, et me dire qu’il n’aime pas le dub, je veux bien me pendre. Essentiel.




Quelques titres de l'Arkology:

Lee Perry & the Upsetters - Dub Revolution pt.1.mp3
The Congos - Don't Blame On I.mp3
Mikey Dread - Dread at the Mantrols.mp3
Lee Perry - Soul Fire.mp3
Junior Murvin - Bad Weed.mp3
Keith Rowe - Groovy Situation.mp3
Lee Perry - Roast Fish & Cornbread.mp3

Deux vidéos de Lee Scratch Perry dans son Black Ark Studio :




L’enregistrement d’”I am the Upsetter” en 1982 :


Son site officiel
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15 mars 2009

The Cramps - Psychedelic Jungle (1981)

LSD, dérèglement des sens sont les visuels offerts à la deuxième livraison des Cramps, livrée sous une très belle pochette au fish-eye (cet objectif incurvé donnant aux photos ces panoramiques psyché), et immortalisée dans l'appartement d'alors de Kid Congo Powers, le guitariste qui affiche aussi dans son CV des participations au sein du Gun Club, ou des Bad Seeds de Nick Cave, excusez du peu.
Les Cramps ? On a tout dit sur eux. Qu'ils étaient trash, qu'ils étaient punk, qu'ils étaient un irrésistible avatar de série B, et même leur plus grand fan, Didier Wampas, regrettait le ronron du groupe (certes pas celui du célèbre "Faster Pussycat"), leur côté tour d'ivoire pour initiés - on ne pouvait plus accéder à leur backstage. Bref, les Cramps ? Des musiciens pas terribles devenus la proie d'obsessions kitsch et fétichistes, et faisant figures désormais d'antiquités ; la vérité se situait sans doute au-delà.

Lorsque Lux Interior prend en stop Kristina Wallace très vite devenue cette Liane chasseresse rebaptisée Poison Ivy, quelque part autour de Sacramento en 1972, c'est un peu la proverbiale rencontre du musicien de blues et du Diable qui s'opère à nouveau. Ces deux-là devenus amis puis amants, fomentent un projet musical qui serait la restitution de leur mode de vie, fait de consommation de drogues, de défrichage  de photos de pin-ups, de 78 tours de rockab' et de blues, ainsi que de comics découverts au fond des poubelles. Leur musique, hautement revivaliste de l'esprit trash US, se propose de (faire) redécouvrir les origines du rock'n'roll ; ce sera , entre autres, l'imputrescible Songs The Lord Taught Us (1980), première et terrible déflagration de larsens de Flying V à pois, sous couvert de rires maniaques et de rythmes punkabilly dégingandés.

C'est d'ailleurs dans ce premier effort, majoritairement composé de reprises que l'on retrouve leur irrésistible " Garbageman", ainsi qu'une reprise presque un poil sage des redoutables Sonics. Laquelle fait figure d'anachronisme dans cette giclée de fornications 50's, alors qu'elle figure au répertoire d'un des grands groupes garage 60's, époque passée à la moulinette sur Psychedelic Jungle. C'est probablement parce que le son hurleur de cette cover s'accommodait mal avec l'humidité, la moiteur marécageuse de leur nouveau disque, que les Cramps l'avaient laissée de côté.

Car ici, point de rockab', point de brûlot, l'atmosphère est plus lourde, plus incertaine, avec un je ne sais quoi de vaudou ("Voodoo Idol") qui préfigure le Miami du Gun Club. Kid Congo a repris la deuxième guitare laissée vacante par le-moins-fou-qu'-il-n'en-avait-l'air Bryan Gregory (qui orne de superbe manière la couverture des Coins Coupés de Philippe Garnier) ; et c'est toute la fuzz cradingue qui a disparu avec lui. A la place, une reverb qui n'en finit pas de se démultiplier, où la voix menaçante que l'on croit entendre à droite là, à côté de nous, provient en fait de l'autre côté, telle une mise en scène façon palais de l'épouvante. C'est la batterie de Nick Knox qui claque comme un fouet sur "Caveman", c'est l'irrespirable "Don't Eat Stuff On The Sidewalk" et sa devise inquiétante en guise d'épitaphe ("You'd better leave your mind at home"). C'est aussi l'atmosphère hantée de "What's Behind The Mask?", la rytmique poisseuse de "Primitive", l'un des grands morceaux Crampsiens ("What I respect / You just can't see / What you expect / I'll never be"), en quelque sorte la profession de foi du groupe.

Psychedelic Jungle, c'est aussi et surtout, un véritable (P)safari psyché (titre de travail de l'album) d'une trash culture où des créatures aussi accortes que les zombies, les goules ou autres suceurs de sang surgissent et vous lancent leur rire démoniaque, leur haleine fétide au coin du visage ("Jungle Hop"), et LE manifeste du disque, l'archi connu "Goo Goo Muck" ponctué d'onomatopées que n''aurait pas renié Screamin Jay Hawkins, l'un de leurs maîtres ).

Et puis, comme toujours, avec les Cramps, puisque rock mâtiné de blues, signifie forcément sueur, sang et... sexe, l'album fait une large part aux allusions salaces : "Goo Goo Muck", bien sûr, mais aussi... tout le reste, de "Under The Wires" à "Green Door", référence au culte film pornographique US (Behind The Green Door) en passant par "Beautiful Gardens", devinez de quels jardins il s'agit...


En bref : une plongée fascinante et terrifiante dans les tréfonds et bas-fonds de la cuture trash US. Un monde souterrain en putréfaction, jonché de membres humains en décomposition, à fleur de bayou.




Site off et site de fan
Acheter  Psychedelic Jungle chez l'International Records

"Green Fuzz" :


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13 mars 2009

Of Montreal - Coquelicot Asleep In The Poppies : A Variety of Whimsical Verse (2001)

Une chose est sûre, Kevin Barnes et ses acolytes ne devaient pas être à-jeun lorsqu’ils ont composé ce sommet mésestimé de pop psychédélique. Tout juste signés chez Kindercore Records, et juste après The Gay Parade, ils signent là leur dernier disque avant le changement dansant qui les a fait connaître. En effet, Aldhils Arboretum qui lui succède témoigne déjà de certains gimmicks accrocheurs qui ont fait le succès en 2007 du non moins énorme Hissing Fauna : Are You The Destroyer ?. Et à première vue, les petits protégés d’ Elephant 6, encore, ont le chic pour nommer leurs albums. Ici, c’est le pompon avec cette ode semi-avouée au pavot, un concept album faussement naïf qui n’a rien à envier à ces congénères : Coquelicot, sorte de lutin sous opium, se ballade dans un univers imaginaire, peuplé de personnages secondaires récurrents tous plus colorés les uns que les autres que l’on retrouve dans l’artwork du livret, Barnes ayant illustré à la main chacune de ces scénettes. Niveau sonore, le groupe d’Athens réalise un exercice de style complètement régressif, voguant sur les voies des Beatles et de Syd Barrett. Le choix du sixties donc, pour plus d’une heure d’ "Eleonor Rigby" like. Tout juste s’ils ne nous refont pas le coup du Revolver sur la tempe.

Me rappelant également la construction du Black Foliage des Olivia Tremor Control, ces 22 titres invraisemblables ont un niveau de détail impressionnant et unique en son genre. Car 22 titres veut dire ici plus de 50 passages mélodiques différents, enchevêtrés les uns dans les autres, passant d’un rythme à l’autre sans prévenir. Des mélodies express qui laissent parfois c’est vrai un léger goût d’inachevé. Là où d’autres auraient fait une chanson, eux n’en font qu’un passage. Pourtant loin d’être si chaotique que ça, il règne une cohésion particulière dans ces arrangements géniaux, tantôt minimalistes (piano/voix), tantôt complexes (effets à foison). Le collectif la joue hyperactif et surprend sans cesse. Même la voix de Kevin est étonnamment impeccable. Ni trop, ni pas assez. Faisant preuve d’un talent monstrueux dans la composition, à la fois riche, subtile et changeante, il mène de haut ces chansons que j’aurais bien du mal à vous décrire point par point. Tout juste puis-je vous mentionner quelques morceaux qui m’on fait plus tilter que la moyenne : "Let’s do everything for the first time forever", "It’s a very starry night", "Butterscotching Mr Lynn" ou encore le dément "Pelenope" que je vous propose d’écouter ci-dessous. L’exemple parfait de ce à quoi peut ressembler ce disque. Et je vous passe les 18 minutes de piano du morceau final. Indispensable.

En bref : Medley géant qui remet presque en question la notion de pop, ce septième album est le dernier des Of Montreal sous cette forme là, et certainement un disque sous-estimé et trop peu écouté.

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Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Olivia Tremor Control - Dusk At Cubist Castle (1996)
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"Penelope" ou comme quoi, il peut s'en passer des choses en 2'53" :


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Concours - Thee Stranded Horse en concert au Café de la Danse


Le 14 avril prochain, le Café de la Danse de Paris accueillera le folk lumineux de Yann Tambour (anciennement Encre) et Ballaké Sissoko réunis sous l’étiquette Thee Stranded Horse pour un entrelacement de cordes qui s’annonce intemporel. Auteurs ensemble d’un quatre titres éponyme d’une grâce infinie, ils viendront faire la démonstration de leur fameux instrument de prédilection, la kora mandingue, sorte de harpe d’origine africaine. Cerise sur le gâteau, le groupe pop de San Francisco Papercuts assurera la première partie.

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A cette occasion, Dodb vous fait gagner 3 places pour aller voir ces artistes en concert. Pour cela il suffit de répondre à cette question : Quel est le nom du premier album de Thee Stranded Horse ? et d’envoyer votre réponse à contact@desoreillesdansbabylone.com avant le 12 avril prochain avec vos coordonnées et l’intitulé "Concours Thee Stranded Horse". Les gagnants du tirage au sort seront prévenus par mail. Bonne chance et bon concert.

Réserver sa place sur Fnac.com (12/15€)

Les Myspace de Thee Stranded Horse, Ballaké Sissoko et Papercuts

Un extrait de live au Point Ephémère :
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12 mars 2009

Dan Deacon - Bromst (2009)

A Baltimore, DD fait maintenant partie des incontournables de la ville, au même titre que Franck Zappa ou Noah Lennox. Souvenez-vous comment Spiderman Of The Rings son premier effort commercialisé en 2007 avait fait tourner les têtes, notamment avec un "Crystal cat" et un "Jimmy Roche" de haute volée. De retour en 2009, cet électro-pop freak, nerd parmi les nerds, a plus d’un tour dans son sac. En grand ordonnateur performeur et prolixe (en fait son neuvième album), Dan a bien muri. Et si je ne vous ferai pas le coup de l’album de la maturité, une étape a forcément été franchie dans la façon de réaliser ce disque, selon l’intéressé plus sombre et plus organique que le précédent. Toujours diplômé en compositions électro-acoustiques, il allie cette fois-ci technique et mélodies pour un résultat imparable, largement à la hauteur de ses antécédents.

Qu’est-ce qui a donc changé depuis 2007 ? D’abord on y trouve davantage d’instruments analogiques traditionnels : piano, glockenspiel, marimba et autres percutions côtoient à présent les sonorités 8 bits si chères à ce grand fou. Et justement, Bromst est censé être moins déconneur que Spiderman... . C’est vrai, même si l’ensemble file toujours sacrément la pêche. Il n’empêche que l’on y retrouve quand même la patte Deacon, comme cet enchaînement en milieu de disques de trois morceaux ascensionnels et épiques de près de huit minutes : "Snookered" qui fait presque office de berceuse jusqu’à son final en break-beat vocal, le tribal "Of the mountains" et enfin "Surprise Stefani" et son utilisation prodigieuse de cloches et autres glocks. Rien que pour ce triptyque innovant, Bromst vaut le coup.
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Placés plus tôt sur le disque, "Build voice" ne dépareillerait pas sur le dernier Animal Collective avec sa lente montée aquatique. Plus loin et en fait juste après, "Red F" donne dans la surenchère power électro qui part dans tous les sens. Sans doute trop criard pour certains, carrément renversant pour d’autres. Enfin et pour compléter cette deuxième triplette, "Padding ghost" est à mon sens le single de l’album. Très proche de "Crystal cat", c’est le morceau typiquement Dan Deacon. Une orgie d’adrénaline comique et de désinvolture épileptique. Pourtant c’est le relativement moins bon "Get older" qui a été choisi comme tête de gondole par Carpak Records. Ensuite, et c’est là que le bât blesse, restent quelques titres en dessous, comme "Wet wings", "Woof woof" ou "Baltihorse" qui n’apportent pas grand-chose à la semoule.

En bref : Une fois de plus, Dan Deacon nous emporte dans ses compositions électro acoustiques dantesques. Et parfois il faut l’entendre pour le croire. Dommage cependant que la deuxième moitié du disque soit légèrement en dessous.

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Le Myspace, l’album en streaming et en bonus, ses 7 précédents albums à télécharger gratuitement ici

"Get older" :

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10 mars 2009

Syclops - I've Got My Eyes On You (2008)

Sorti il y a déjà presque un an, le premier LP des Syclops n’aurait pas dû échapper à ma surveillance. La faute à Maurice Fulton, qui s’était planqué derrière ce nouvel avatar. C’est à se demander comment ce producteur et DJ, aussi discret qu’atypique, auteur d’une quantité de remix (de Château Flight à Hot Chip), investi dans des projets parallèles (Eddie & The Eggs, Ladyvipb), groupes (Hot Sauce, Monnwalkers) et productions diverses (il avait transformée Kathy Diamond en Cendrillon de dancefloor) puisse garder le profil bas. Aux commandes de ce nouveau projet expérimental electro jazz publié sur DFA, le label d’Hercules & The Love Affair, il a conservé son cap sans succomber aux sirènes de la disco.

Composée d’un trio de figures inconnues, la formation, qui s’est dispensée d’interview et de tournée, s’entoure d’un tout relatif anonymat. Le manque d’informations à leur sujet ne fait que renforcer la présence du producteur dont la seule évocation du patronyme réduit presque mécaniquement au rang d’exécutants les membres de l’équipe. Difficile de ne pas considérer l’album comme une pièce solo. Fulton s’efface aussi bien qu’il en impose et son appétence pour les rythmes syncopés n’a d’égal que sa manie à déconstruire les codes des genres musicaux. Des compositions electro funk, disco et encore jazz, sujets à des revirements et modulations inattendues, qui ne semblent obéir qu’à la fantaisie soudaine du producteur.

Les combinaisons sont multiples. Du jam session de percussion sur "RN17", au vol irritant de l'acide "The Fly", en passant par l’instrumental Noaka’s F, l’enchaînement des trois premiers titres laisse un aperçu de l’inconstance de ce producteur qui ne connaît plus de frontières. Machines et instruments s’entrecroisent comme pour exploiter les textures sonores offertes par l’un et l’autre. Ce mouvement naturel fait naître "5 Out" qui, à la manière d’un végétal après une lente maturation, fait jaillir une fleur printanière dans la brève explosion d’une ligne de basse slapée et d’un piano.

Le funk robotique de "Where’s Jason K" fait place à un "Nelson’s Back" tourbillonnant, véritable petite épiphanie musicale. Les modulations du beat crasseux et saturé, utilisé à plusieurs reprises et que l’on retrouve sur The "E Ticket" constituent une sorte de fil rouge, qui resurgit dans le miroir déformant acid techno de "Mom, The Video Broke". Quant aux deux derniers morceaux, le titre éponyme et "A Lovely Sunday", s’échappent, délestés, sur quelques accords de piano. Fulton est un éternel fugueur.

En bref : Dans la diversité de ses approches, entre instrumentation et machines, I’ve Got My Eyes On You est une succession de tiroirs dont le contenu se révèle parfois surprenant.




Le MySpace des Syclops et de Maurice Fulton

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The Phantom Band - Checkmate Savage (2009)

Ne pas s’enflammer. Ne pas vous lâcher dès la deuxième phrase que ce disque sera mon meilleur de 2009. Trop tard. Comment ces gars ont-ils pu concilier les genres, sans sonner patchwork, et atteindre un niveau équivalent à un Black Mountain en fin de carrière, sur un premier album ? C’est la question que je me retourne encore et encore dans la tête depuis que je voyage dans ce Checkmate Savage, il y a quelques semaines déjà, temps nécessaire pour assimiler et digérer ce disque. Nous ne sommes pas les seuls à en parler et d’autres que moi l’ont déjà fait de très belle manière (ici, ici, ou ). Imparable, Inimaginable, Impossible sont les mots qui ressortent, et encore, je vous épargne les échos venus d’outre manche. On est face à du lourd, c’est sûr, mais qu’est-ce qui les rend si différents des autres ?

Réunion de vieux briscards qui hésitèrent longtemps avant de se fixer sur ce patronyme spectral, The Phantom Band vient d’Ecosse (Glasgow) tout comme The Beta Band (auxquels on les a trop rapidement comparés) et quasi The Delgados, d’où s’est désigné comme une évidence Paul Savage (un rapport avec le titre de l’album ? et au passage un ami de Dave Fridmann) à la production de ce brûlot. Un travail d’ailleurs impeccable, réussissant l’exploit sur neuf titres (bon ok, tous près des sept minutes) de ne pas faire se ressembler deux morceaux. Alternant nuance et rentre-dedans, et apparemment sans drogues, le chanteur Rick Anthony et ses collègues brouillent toute piste existante, et nous emportent dans ce grand tour en manège, dans le manoir hanté des Highlands.

Surtout, ne pas se fier à l’apparente simplicité de "The howling", titre inaugural assez classique, encore que, et savourer patiemment le dubstep tribal de "Burial song", parce qu’après c’est parti, et ça ne s’arrête plus. "Folk song Oblivion", quel morceau ! Proto rock à la guitare folle, qui connait par cœur les élans de voix crépusculaire de Rick et de ses amis, et qui se termine comme on ne l’avait pas prévu. Comme dans le deuxième grand morceau de l’album, "Throwing bones", rempli de petits sons à la Beta Band cette fois, et vraiment magistral, dans sa façon à mi-parcours de tout exploser sur son passage avec cette séance d’harmonies vocales venue de l’au-delà. Ces deux morceaux méritent à eux-seuls l’achat du disque. Attendez la suite.
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L’instrumental "Crocodile", aux sonorités post rock, invite clavier cornemuse à jouer avec les orgues. Inédit et délesté des chœurs virils entendus plus tôt. "Halfland", plus hirsute, s’appuie sur une rythmique délibérément blues, lorgnant vers le kraut. Pearl Jam jouant avec Neu ! en somme. On passe ici d’une atmosphère à l’autre avec une étonnante facilité, comme sur "Left hand wave" qui allie basse et synthés, encore une fois de façon très subtile. Impeccable jusqu’au bout du morceau, à chaque fois. Et pour couronner le tout, les six garçons savent aussi se calmer et entamer neuf minutes d’america au banjo et au clavier, beau à en chialer. Grandaddy n’aurait pas fait mieux. Et pour tout le reste, Field Music, Captain Beefheart ou Robert Wyatt approuvent. Coup d’essai, coup de maître !

En bref : six démiurges écossais vous apportent sur un plateau un premier album résolument rock, tout simplement génial et innovant, conjuguant kraut, prog et psyché. Un sacré coup de pied dans la fourmilière.
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A noter que le disque est encore disponible en vinyle (9£ !) dans sa première édition limitée à 500 exemplaires avec un 7’ en sus. Il ne le sera bientôt plus, et sera remplacé par un seul et même disque à la pochette bien moins intéressante qui plus est. Alors précipitez-vous, ça se passe .

Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Black Mountain - In The Future (2008)

"Folk song Oblivion" et "Throwing bones" en clips officieux :






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Laurent Garnier - Gnanmankoudji (2009)

Nous l’avions brièvement annoncé : le pape de la techno française s’apprête à sortir son quatrième album, Tales of a Kleptomaniac, le 11 mai, quatre ans après le décevant The Cloud Making Machine. Le premier extrait, Gnanmankoudji (ce qui signifie "jus de gingembre" en langue Dioula), est sorti hier en maxi chez PIAS, et s’il annonce d’une manière ou d’une autre la qualité de l’ensemble, on peut s’attendre à un disque démentiel, à la hauteur de ce que l’on est en droit d’exiger du personnage.

Un edit promotionnel horriblement frustrant, d’une durée d’environ cinq minutes, traînait depuis un moment sur le net, mais la qualité du son en était tellement exécrable qu’il était difficile de jauger le morceau. Il s’agissait en fait d’un court extrait du “Horny Monster Mix”, qui s’étale en réalité sur plus de dix minutes. D’inspiration house old-school, cette version, qui s’adresse clairement aux dancefloors, voit Laurent Garnier revenir dans des zones plus tribales que sur sa précédente production, qui lorgnait vers l’acid techno (“Back To My Roots”, sur Innervisions).

Lorsque résonne le thème de trompette, on ne peut s’empêcher de penser à l’énorme classique qu’est “The Man With The Red Face”, parcouru d’un bout à l’autre par des cuivres furieux. Mais “Gnanmankoudji” est moins exubérant, plus répétitif, et reste centré sur la basse et les percus. On y retrouve le sens de la dramaturgie propre à Garnier, cette manière de rendre l’attente insoutenable jusqu’à l’explosion finale. D’après mes sources, le vétéran l’aurait testé au Rex lors de son dernier mix “all-night-long”, avec l’effet qu’on peut imaginer.

La version originale, ma préférée, développe une atmosphère plus jazzy, entre broken beat façon 4 Hero, feeling afrobeat, et errances space-jazz à la Sun Ra. Aux cuivres, encore plus présents, s’ajoutent de belles touches d’orgue, de Moog et - pour le plus grand plaisir d’Emmanuel - de Rhodes ! On entend également une guitare acoustique limpide, des congas, des claves, des bribes de chant rituel... Une véritable orgie sonore, pour faire court. Argh ! Encore deux mois avant l’album !

En bref : Deux superbes tranches de jazz futuriste, l’une euphorique et dansante, l’autre afro et sensuelle. L’album va faire très mal.



Les prochaines dates françaises de Laurent Garnier:

- 13 mars à Istres (L’Usine)
- 19 mars à Caen (Le Cargo)

- 20 mars à La Défense (Festival Chorus)

- 25 avril au Printemps de Bourges

- 20 mai aux Nuits Sonores de Lyon

- 28 mai au Bataclan (Release party - Concert+DJ set)

- 4 juillet à Sète (World Wide Festival)
- 5 juillet aux Eurockéennes de Belfort

- 7 août à Brest (Astropolis)

- 9 août à Uzès (Electro Uzès Festival)


Son Myspace
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Flairs - Sweat Symphony (2009)

Epuisé et transpirant, des auréoles sous les bras, c'est ainsi que le bassiste Flairs se dévoile sur la pochette (réussie) de son premier album, Sweat Symphony, sorti il y a quelques semaines. Charmante présentation, c'est le moins que l'on puisse dire. Après un annonciateur maxi funky et mégalo, « Better than Prince » (mixé par Alex Gopher et Etienne de Crécy), où le trentenaire se targuait de tout faire mieux que le mythique chanteur américain, le Français débarque avec un disque d'électro-pop racé, dansant et ouvragé. Et légèrement vantard. En bref, une jouissance sudorifique.

Avant de se lancer en solo, Flairs a fourbi ses armes auprès de quelques artistes et groupes d'un certain renom, parmi lesquels Benjamin Diamond, Alex Gopher, Mellow ou encore les frenchies garage de Hushpuppies. Du reste, en dépit de la qualité de ces notables collaborations, le garçon n'en demeurait pas moins, oserais-je dire, un simple bassiste. Le passage à la composition et la production d'un album, exercices que Flairs souhaitait intégralement maîtriser, relevait donc, dans une certaine mesure, du défi.


Rapidement, le Français répond à nos interrogations et à notre circonspection. Portée par une gouaille libidineuse et chic, sa symphonie sudatoire conquiert instantanément nos guiboles et fait monter notre pression artérielle. Du funk séminal de “Better than Prince” à la ballade pop languissante “French cowboy”, en passant par la plage instrumentale “Truckers delight” (“le petit plaisir du camionneur”...) et sa basse métallique irrésistible, Flairs balancent quelques beaux titres à grands renforts de synthé, dans une veine pop-rock électronique qu'incarne assez bien Alex Gopher, ici au mixage du disque.


Les morceaux ne se révèlent certes pas tous de la même hauteur et du même lustre mais l'ensemble reste convaincant. Et au final, le frenchy livre un premier disque plutôt réussi, séduisant et sexuel, où pourraient se croiser, en frôlant la caricature, Pavement, Parliament et Kraftwerk. A défaut de jouer mieux de la basse ou de faire plus longtemps l'amour que Prince, comme il le clame dans ses textes, on pourrait en venir à se demander si Flairs n'a pas piqué un échantillon de son mojo au “love symbol”.


En bref : Branleur et prometteur à la fois, un premier disque de pop électronique funk et sexuel. Un plaidoyer plaisant pour le raccolage.




Le myspace de Flairs


A lire aussi : Sebastien Tellier – Sexuality (2008)


Truckers delight.mp3

French cowboy.mp3


Le clip, réalisé par Jonas & François (Justice, Kanye West...), de “Better than Prince” :


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09 mars 2009

...And You Will Know Us By The Trail Of Dead - The Century Of Self (2009)

AYWKUBTTOD a semble-t-il été adoubé par nombre de membres de la communauté babylonienne :  l'excellent So Divided (2006) ayant  produit ses effets. Ceux-ci sont a priori reconduits sur ce 6ème album, et cette superbe pochette au grain HarryPotterien, designée au bic bleu par Conrad Keely.
Alors, qu'en est-il du verdict, après quelques écoutes ? Eh bien, que le résultat final, sans être indigne, est loin d'égaler la richesse du disque précédent, dont il reprend certes, le gimmick le plus aguicheur.

Ainsi, tout comme sur So Divided, c'est lorsque le piano est à l'honneur que l'on trouve les morceaux les plus prenants, les plus bouleversants ("Inland Sea", "Insatiable", "Pictures Of An Only Child") ; cette dernière pouvant arracher des larmes à un nazi en exil. "Insatiable", que n'aurait pas désavoué Calc (c'est dire la beauté mélodique de la chose) est même interprétée deux fois, et jusqu'à son chorus colérique ("part I") qui cite les "na-na-na" du refrain de "Hush" des Deep Purple, a tout bon .
D'autres morceaux, plus belliqueux, plus rentre-dedans le font aussi ("Bells Of Creation", "Ascending"), mais dans l'ensemble, les texans retombent dans certains travers observés dans Worlds Apart (2005) et qui est un peu leur marque de fabrique en studio, à savoir la surproduction de leurs chansons. Certains titres sont exagérément étirés : cela va de l'épique "Halcyon Days" à "Luna Park" qui évoque le pire de U2 ou de Smashing Pumpkins. Sans parler de "Isis Unveiled" et son intro pompière piquée à The Cure. Ou encore l'inutile et bourrin "Fields of Coal" qui reprend les accents hardcore d'antan, mais sans convaincre.
Capable d'évoquer les meilleurs moments de la pop des 00's, comme sur ce DVD collector inclus dans les premiers pressages, et montrant le groupe en concert à Düsseldorf -Manu, en étais-tu ?- Et Vous Nous Connaîtrez Via La Piste Des Morts, en est encore parfois à surenchérir son art, ce qui est dommage. Allez, gageons que si vous êtes (plus) nombreux à acheter ce disque, AYWKUBTTOD saura revenir à plus de simplicité la prochaine fois.

Un groupe qui a signé avec "Wasted State Of Mind" l'une des meilleures chansons pop du 21ème siècle ne peut de toute façon pas être mauvais.

En bref : capable du meilleur lorsqu'il donne dans la musicalité la plus allégée en calories, comme du pire, en proposant des pièces montées débordant de chantilly, ce 6ème album des Trail Of Dead ne rend pas justice au talent mélodique et au lyrisme d'un groupe atypique, qui continuera probablement de diviser.
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"Isis Unveiled"


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08 mars 2009

Stuck In The Sound & Adam Kesher - Concert à Barbey, Bordeaux le 06/03/09


Double affiche ce soir-là à la Rock School Barbey. Deux groupes fers de lance d’un nouveau rock français, celui qui a son bac dit-on. Deux groupes aux destins croisés : Adam Kesher originaire de Bordeaux et émigré à Paris, et Stuck In The Sound originaire de Paris mais fortement attaché à Bordeaux. Deux groupes qui ont également déjà joué ensembles en 2003 sur la scène de l’Hérétic. Pourtant, et malgré toutes leurs similitudes, un seul de ces deux groupes a fait le bon choix cette année.

Adam Kesher, depuis que j’en parle, je ne les avais jamais vus. Tout juste étais-je devenu addict à leurs deux premiers maxi électro-rock, Modern Times et An Allegory Of Chastity, bourrés de hits en puissance. Déjà sur Heading For The Hills, Feeling Warm Inside leur premier Lp j’avais eu du mal à avaler la pilule du changement vers un son d’avantage post-rock, moins direct, et certainement plus mature. Mais j’étais loin d’imaginer le revirement de 2009. Déjà, changement de line-up : adieu Jérôme Alban et David Argellies. Adam Kesher est aujourd’hui un groupe remodelé qui suit un nouvel axe et qui pense que 2009 sera une année charnière, notamment avec Continent leur nouvel Ep et un album à venir pour le printemps. Soit. Mais de là à renier complètement son passé, il y a des limites.

Pas un seul titre des deux premiers maxis dévastateurs ! Dur. En fait, Adam Kesher ne joue quasiment que des nouveaux titres ce soir. Des titres en l’occurrence trop mid voir low-tempo, qui lorgnent vers le rock progressif plus que vers le plaisir immédiat. Même le premier album est évincé ! Comme si le groupe voulait repartir de zéro. C’est un choix, mais personnellement, j’aime beaucoup moins le nouvel Adam Kesher. Définitivement.
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Et donc Stuck In The Sound prend le relai. Le groupe que j’avais suivi l’année dernière lors de leur première tournée a pris une sacrée importance depuis peu : une promo béton, une couv’ pour Tsugi et surtout (on oublie souvent l’essentiel) un nouvel album qui lui au moins ne renie rien, et qui progresse vers du mieux. Si Shoegazing Kids n’est pas l’album de l’année, il a le mérite d’être direct et enjoué. José Reis Fontao le chanteur en sweat à capuche est un véritable showman, blagueur, sautilleur… rien à voir avec Julien Pérez niveau capital sympathie. Plus qu’un groupe, c’est une vraie bande de potes. Et irrémédiablement ça se sent sur scène. Déployant une énergie hors du commun, on y croit. On y retrouve même des vieux trucs que l’on n’a plus l’habitude d’écouter comme Nada Surf ou Nirvana. Comble de la classe, les Stuck reprennent en deuxième rappel le Who is it ? du King of pop. Ce soir il n’y a qu’un gagnant. Et ce sont les Stucks.

Les Myspace d’ Adam Kesher, Stuck In The Sound et Barbey
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Un morceau live d’Adam Kesher, et un des Stucks :




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07 mars 2009

The White Elephants à la Flèche d'or le 19 mars

Parce qu'un site comme le nôtre doit aussi servir à donner quelques coups de pouce appuyés et chaleureux à de jeunes artistes ou formations, je vous signale l'imminent concert de mes camarades de White Elephants, le 19 mars prochain à la Flèche d’or. Le quintet parisien, formé en 2005 et versant dans une fusion jazz/soul/trip hop, se produira dans le cadre de la soirée « Manifest » organisée à l'occasion des 40 ans de l'Université Paris 8.


Les White Elephants, emmenés par Lili (chant) et son frère Pierre (saxophone), seront accompagnés d'une kyrielle de jeunes pousses prometteuses parmi lesquels les folkeux de Folkom et Zen Zila ou le Dj dance-électro Pharrell (du collectif Fluo Kids). Des performances de danse, une expo photo et des projections sont également prévues au programme. En somme, une bien jolie soirée en perspective pour la somme modique de 5 euros (avec boisson).


Au passage, rappelons que la salle parisienne accueillera également ce mois-ci Orouni (le 9 mars), Titus Andronicus (le 11), Kim et Benjamin Diamond (le 13), Jeremy Jay (le 14), Munk (le 21), et Gilb'r du label Versatile (le 28).


Le site web de la Flèche d'or.

Le myspace des White Elephants.


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06 mars 2009

Président Chirac - Yes Future (2009)

Surpris par le patronyme, et la pochette colorée, je vote à présent pour le Président. S’étant fait remarqué il y a trois ans avec Surfing The Volcano, disque électro pointu et sans concession, le duo présidentiel composé de Philippe Pires et Massiomo Gambini nous refait le coup de la campagne musicale. En rajoutant guitares et batteries à leurs vieux synthés et boîtes à rythmes, les deux optimistes lorgnent désormais vers l’électro pop acidulée et sautillante, un choix qui plaira à certains, moins à d’autres. Toujours est-il que ce disque ne laisse pas indifférent, et remet d’une certaine façon la musique au pouvoir.

Déjà, commencer par "Lady’s outfit" est un challenge. Pas le meilleur titre de l’album, bordélique, plein jusqu’à la gueule de synthés, inclassable. C’est pas mieux avec "Japanese food" en second, trop de matière qui sonne parodique à mes oreilles. Mais peut-être est-ce volontaire ? C’est probable. Mais la mayonnaise ne prend pas. Heureusement il y a "Mercy" et son final en apothéose qui commence à me faire comprendre où ils veulent en venir : les compères sont fans des sixties. Ah ok, fallait le dire avant. Parce que "Wild Garden Animals" avec son harmonica et ses chœurs, ça le fait. Et la voix qui me rappelle même Yoni Wolf de Why ? . Et "The Candy date", plein d’harmonies vocales. Non vraiment, faut suivre.

C’est un peu ça avec Président Chirac, passer du coq à l’âne, comme dans une orgie à la ferme. Pour preuve ce "Swimming lessons" sorte de reggae funk qui ne ressemble à rien d’autre. Et encore, les deux plus belles pièces sont à venir : "En 1996", ballade de synthés qui décolle à mi-chemin en un crescendo de sonorités toutes plus étranges les unes que les autres. Carrément imprévisible ! Enfin, "Yes future" est une bombe dancefloor qui dévaste tout sur son passage, sorte de cavalcade électro-rock comme ont pu en faire les Klaxons.

En bref : Douze titres et 45 minutes de grand bordel électronique, presque potache par moment, impressionnant à d’autres.
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Le Myspace et quelques morceaux en écoute

A lire aussi : Dieter Schööns - Lablaza (2008)
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Nick Drake - Bryter Layter (1970)

Au delà de considérations purement sémantiques, le deuxième Nick Drake est, à l'image de son titre, l'album le plus lumineux de son auteur. Ce qui permet au passage de tordre le clou à l'image d'Epinal d'un Nick Drake ténébreux, dépressif, déprimant et tutti quanti. Bien sûr, l'homme est mort de l'absorption massive de barbituriques, mais à l'image d'une Marilyn, le suicide n'a jamais été officialisé. Oui, les textes de Five Leaves Left (72) étaient particulièrement sombres. Evidemment que le spleen adolescent et à fleur de peau de l'artiste lui a sans douté été fatal, mais ça n'était pas Ian Curtis non plus.
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Preuve en est cette ravissante madeleine soul qu'est "Poor Boy", où des choeurs féminins soulignent l'apitoiement auto-complaisant de l'artiste sur son mal-être ; il y a là en effet une distance qui sied mal à une personnalité supposée entière et sans concession. Alors, si le premier disque, magnifique recueil d'enluminures guitaristiques, était parfois d'une beauté étouffante, asphyxiante, car scrutant les tréfonds de l'âme de Drake, et abusant des gammes mineures, Brighter....lui, joue la carte du cool, de l'apaisement, introduisant davantage d'influences noires -et nous parlons ici de musique.
Ainsi , "At The Chime Of A City Clock", offre-t-elle ce feeling jazz qui sied bien à la folk de l'époque. La production de Joe Boyd souligne délicatement plus que ce qu'elle n'empèse ces monuments que sont "Hazey Jane" (Parts I&II), "One Of These Things First", ou encore le sublime "Northern Sky" qui convie aussi à la paix intérieure, ou tout au moins en entrouvre les portes ("I never held emotion in the palm of my hand (...) but now you're here, bright in my northern sky").

On note aussi pour la première fois - le procédé sera repris dans Pink Moon - la présence d'aériens instrumentaux ("Introduction", les délicates parures de flûte ornant "Bryter Layter", le mélancolique "Sunday") qui confèrent à l'oeuvre cette atmosphère éthérée, languide, du plus bel effet.
Bryter Layter était de ses disques celui que Nick Drake aimait le moins. Faut-il voir là une pudeur somme toute compréhensible d'un artiste ayant du mal à conjuguer noirceur et quiétude, qui n'assume pas ses penchants guillerets ? En tout cas, cette seule caractéristique suffit à rendre ledit album important.
Il convient donc de redécouvrir l'oeuvre de Nick Drake de toute urgence, loin de la boboïsation, dont il fait parfois l'objet au travers des media qui l'ayant réhabiliter, le citent à tout propos façon Velvet - avait-on vraiment besoin de "Pink Moon" en musique d'appoint d'un spot publicitaire ?

Cette vulgarisation parfois outrancière tend à desservir l'oeuvre plus qu'à la magnifier, car en banalisant ainsi Nick Drake, en le plaçant au-dessus de tout après l'avoir si superbement ignoré, on enlève l'aspect culte, la richesse émotionnelle de sa musique. Dont on aurait tort en plus, de faire le représentant ultime de la scène folk. Car à la même époque, Fairport Convention, Richard Thompson, Duncan Browne,  Pentangle, Steelye Span ou les moins connus Trees ou l'inestimablet proche ami de Drake, John Martyn, ont eux aussi pondu moult disques remarquables. Dont Five Leaves Left, Bryter Layter et Pink Moon ne sont jamais que des représentants thématiques de l'âge d'or de la folk anglaise. Même si comptant parmi les plus achevés.


En bref : Un des innombrables classiques de la fertile folk anglaise des seventies, rien de moins. Un bijou de concision mélodique, de légèreté, de finesse , d'arrangements somptueux. 
 




Le site
"At The Chime of A City Clock" :



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