15 mars 2009

The Cramps - Psychedelic Jungle (1981)

LSD, dérèglement des sens sont les visuels offerts à la deuxième livraison des Cramps, livrée sous une très belle pochette au fish-eye (cet objectif incurvé donnant aux photos ces panoramiques psyché), et immortalisée dans l'appartement d'alors de Kid Congo Powers, le guitariste qui affiche aussi dans son CV des participations au sein du Gun Club, ou des Bad Seeds de Nick Cave, excusez du peu !

Car nul n'est censé l'ignorer : le 1er tiers de l'année 2009, s'il nous a donné de beaux OVNI à écouter, s'est montré aussi particulièrement impitoyable du côté de la grande Faucheuse. Ainsi, nous a quitté récemment ce grand escogriffe de Erick Lee Purkhiser, frontman des Cramps et plus connu sous le pseudo de Lux Interior.

Les Cramps ? On a tout dit sur eux ! Qu'ils étaient trash, qu'ils étaient punk, qu'ils étaient un irrésistible avatar de série B, et même leur plus grand fan, Didier Wampas, regrettait le ronron du groupe (certes pas celui de leur célèbre "Faster Pussycat"), leurs livraisons devenues parcimonieuses - mais ça avait toujours été le cas - et franchement faibles en qualité depuis Stay Sick ! (1990)), slogan de prédicateur, et à leur image, leur démarche franchement hautaine - on ne pouvait plus accéder à leur backstage ! Bref, les Cramps ? Des musiciens pas terribles devenus la proie d'obsessions kitsch et fétichistes, et faisant figures désormais d'antiquités, hmmm... il fallait forcément rectifier ce constat peu amène !

Lorsque Lux prend en stop Kristina , très vite devenue cette Liane chasseresse, rebaptisée Poison Ivy, quelque part autour de Sacramento en 1972, c'est un peu la rencontre mythique du musicien de blues et du Diable qui s'opère à nouveau au croisement du proverbial carrefour. Ces deux-là, devenus amis, amants et partners in crime, fomentent un projet musical qui serait la restitution de leur mode de vie, fait de consommation de drogues, de défrichage permanent de photos de pin-ups, de 78 tours de rockab' et de blues, et de comics découverts au fond des poubelles. Leur musique, hautement revivaliste de l'esprit trash US, se propose de (faire) redécouvrir les origines du rock'n'roll ; ce sera , entre autres, l'imputrescible Songs The Lord Taught Us (1980), première et terrible déflagration de larsens de Flying V à pois, sous couvert de rires maniaques et de rythmes punkabilly dégingandés.

C'est d'ailleurs dans ce premier effort, majoritairement composé de reprises que l'on retrouve leur irrésistible " Garbageman", ainsi qu'une reprise presque un poil sage des redoutables Sonics. Laquelle fait figure d'anachronisme dans cette giclée de fornications 50's, alors qu'elle figure au répertoire d'un des grands groupes garage 60's, époque passée à la moulinette sur Psychedelic Jungle. C'est probablement parce que le son hurleur de cette cover s'accommodait mal avec l'humidité, la moiteur marécageuse de leur nouveau disque, que les Cramps l'avaient laissée de côté.

Car ici, point de rockab', point de brûlot débité à fond la caisse, l'atmosphère est plus lourde, plus incertaine, avec un je ne sais quoi de vaudou ("Voodoo Idol") qui préfigure le Miami du Gun Club. Kid Congo a repris la deuxième guitare laissée vacante par le-moins-fou-qu'-il-n'en-avait-l'air Bryan Gregory (qui orne de superbe manière la couverture des Coins Coupés de Philippe Garnier, dont je reparlerai) ; et c'est toute la fuzz qui a disparu avec lui, cette fameuse pédale de distorsion super crade qui enlumine, si j'ose dire, nombre de productions garage US. A la place, une reverb qui n'en finit pas de se démultiplier, où la voix menaçante que l'on croit entendre à droite là, à côté de nous, provient en fait de l'autre côté, telle une mise en scène façon ces palais de l'épouvante que l'on trouve dans les foires. C'est la batterie de Nick Knox qui claque comme un fouet sur "Caveman", c'est l'irrespirable "Don't Eat Stuff On The Sidewalk" et sa devise inquiétante en guise de paraphe ("You'd better leave your mind at home"). C'est aussi l'atmosphère hantée de "What's Behind The Mask?", la rytmique poisseuse de "Primitive", l'un des grands morceaux Crampsiens ("What I respect / You just can't see / What you expect / I'll never be"), en quelque sorte la profession de foi du groupe.

Psychedelic Jungle, c'est aussi et surtout, un véritable safari psyché (titre de travail de l'album) d'une trash culture où des créatures aussi accortes que les zombies, les goules ou autres suceurs de sang surgissent et vous lancent leur rire démoniaque, leur haleine fétide au coin du visage ("Jungle Hop", et LE manifeste du disque, l'archi connu "Goo Goo Muck" ponctué d'onomatopées que n''aurait pas renié Screamin Jay Hawkins, l'un de leurs maîtres !).

Et puis, comme toujours, avec les Cramps, puisque rock mâtiné de blues, signifie forcément sueur, sang et... sexe, l'album fait une large part aux allusions salaces ("Goo Goo Muck", bien sûr, mais aussi... tout le reste, de "Under The Wires" à "Green Door", en passant par "Beautiful Gardens", devinez lesquels !)
En bref : une plongée fascinante et terrifiante dans les tréfonds et bas-fonds de la cuture trash US. Un monde souterrain en putréfaction, jonché de membres humains en décomposition, à fleur de bayou.




Site off et site de fan
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"Green Fuzz" :

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