15 mars 2009

The Cramps - Psychedelic Jungle (1981)

LSD, dérèglement des sens sont les visuels offerts à la deuxième livraison des Cramps, livrée sous une très belle pochette au fish-eye (cet objectif incurvé donnant aux photos ces panoramiques psyché), et immortalisée dans l'appartement d'alors de Kid Congo Powers, le guitariste qui affiche aussi dans son CV des participations au sein du Gun Club, ou des Bad Seeds de Nick Cave, excusez du peu.
Les Cramps ? On a tout dit sur eux. Qu'ils étaient trash, qu'ils étaient punk, qu'ils étaient un irrésistible avatar de série B, et même leur plus grand fan, Didier Wampas, regrettait le ronron du groupe (certes pas celui du célèbre "Faster Pussycat"), leur côté tour d'ivoire pour initiés - on ne pouvait plus accéder à leur backstage. Bref, les Cramps ? Des musiciens pas terribles devenus la proie d'obsessions kitsch et fétichistes, et faisant figures désormais d'antiquités ; la vérité se situait sans doute au-delà.

Lorsque Lux Interior prend en stop Kristina Wallace très vite devenue cette Liane chasseresse rebaptisée Poison Ivy, quelque part autour de Sacramento en 1972, c'est un peu la proverbiale rencontre du musicien de blues et du Diable qui s'opère à nouveau. Ces deux-là devenus amis puis amants, fomentent un projet musical qui serait la restitution de leur mode de vie, fait de consommation de drogues, de défrichage  de photos de pin-ups, de 78 tours de rockab' et de blues, ainsi que de comics découverts au fond des poubelles. Leur musique, hautement revivaliste de l'esprit trash US, se propose de (faire) redécouvrir les origines du rock'n'roll ; ce sera , entre autres, l'imputrescible Songs The Lord Taught Us (1980), première et terrible déflagration de larsens de Flying V à pois, sous couvert de rires maniaques et de rythmes punkabilly dégingandés.

C'est d'ailleurs dans ce premier effort, majoritairement composé de reprises que l'on retrouve leur irrésistible " Garbageman", ainsi qu'une reprise presque un poil sage des redoutables Sonics. Laquelle fait figure d'anachronisme dans cette giclée de fornications 50's, alors qu'elle figure au répertoire d'un des grands groupes garage 60's, époque passée à la moulinette sur Psychedelic Jungle. C'est probablement parce que le son hurleur de cette cover s'accommodait mal avec l'humidité, la moiteur marécageuse de leur nouveau disque, que les Cramps l'avaient laissée de côté.

Car ici, point de rockab', point de brûlot, l'atmosphère est plus lourde, plus incertaine, avec un je ne sais quoi de vaudou ("Voodoo Idol") qui préfigure le Miami du Gun Club. Kid Congo a repris la deuxième guitare laissée vacante par le-moins-fou-qu'-il-n'en-avait-l'air Bryan Gregory (qui orne de superbe manière la couverture des Coins Coupés de Philippe Garnier) ; et c'est toute la fuzz cradingue qui a disparu avec lui. A la place, une reverb qui n'en finit pas de se démultiplier, où la voix menaçante que l'on croit entendre à droite là, à côté de nous, provient en fait de l'autre côté, telle une mise en scène façon palais de l'épouvante. C'est la batterie de Nick Knox qui claque comme un fouet sur "Caveman", c'est l'irrespirable "Don't Eat Stuff On The Sidewalk" et sa devise inquiétante en guise de paraphe ("You'd better leave your mind at home"). C'est aussi l'atmosphère hantée de "What's Behind The Mask?", la rytmique poisseuse de "Primitive", l'un des grands morceaux Crampsiens ("What I respect / You just can't see / What you expect / I'll never be"), en quelque sorte la profession de foi du groupe.

Psychedelic Jungle, c'est aussi et surtout, un véritable (P)safari psyché (titre de travail de l'album) d'une trash culture où des créatures aussi accortes que les zombies, les goules ou autres suceurs de sang surgissent et vous lancent leur rire démoniaque, leur haleine fétide au coin du visage ("Jungle Hop"), et LE manifeste du disque, l'archi connu "Goo Goo Muck" ponctué d'onomatopées que n''aurait pas renié Screamin Jay Hawkins, l'un de leurs maîtres ).

Et puis, comme toujours, avec les Cramps, puisque rock mâtiné de blues, signifie forcément sueur, sang et... sexe, l'album fait une large part aux allusions salaces : "Goo Goo Muck", bien sûr, mais aussi... tout le reste, de "Under The Wires" à "Green Door", en passant par "Beautiful Gardens", devinez de quels jardins il s'agit...


En bref : une plongée fascinante et terrifiante dans les tréfonds et bas-fonds de la cuture trash US. Un monde souterrain en putréfaction, jonché de membres humains en décomposition, à fleur de bayou.




Site off et site de fan
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"Green Fuzz" :

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