05 mars 2009

Zombi - Spirit Animal (2009)

Précisons pour commencer que Zombi n’a aucun lien avec Zomby, Zombie Zombie ou encore Zombie Nation. Sans surprise, cependant, le duo partage avec certaines de ces formations une vénération pour les univers de Romero, Carpenter et Goblin. Signés sur Relapse, ces deux freaks de Pittsburgh (tiens, la ville de Black Moth Super Rainbow...) s’éloignent pourtant sensiblement des productions très métal caractéristiques du label finnois. En dehors des traditionnelles références horrifiques et cinématographiques, on pourrait rapprocher Zombi d’à peu près tous les groupes de rock prog ou expérimental 70/80 utilisant des synthétiseurs, des Pink Floyd à Tangerine Dream en passant par Ash Ra Tempel. De quoi faire fuir bon nombre d’entre vous, j’en suis conscient.

“Humilité” et “Décence” sont visiblement des termes dont Steve Moore et A.E. Paterra ne connaissent pas le sens, et le premier mot qui vient à l’esprit à l’écoute des premières minutes du morceau-titre est “Mégalomanie”. Les montées de synthés sont pompeuses au possible et évoquent à la fois la découverte de l’Amérique orchestrée par Vangelis et la B.O. des Mystérieuses Cités d’Or. Aucun effet ne nous est épargné, et aux longs breaks succèdent à chaque fois de flamboyantes envolées au lyrisme boursouflé. Une fois digérée (ou non) la grandiloquence de cette pièce inaugurale longue de 14 minutes, on accepte bon gré mal gré de monter sur les ailes du Grand Condor pour survoler ces contrées psychédéliques tâchées d’hémoglobine. Frôlant parfois le pire métal progressif (les guitare aux accents héroïques moisis), souvent involontairement comiques, les quatre tracks de Spirit Animal fonctionnent malgré tout plutôt bien, et c’est surtout la puissance du son qui évite à l’album de tomber dans les oubliettes de l’Histoire.

N’hésitant pas à répéter un même riff durant sept, voire onze minutes (“Cosmic Powers”, “Through Time”), le duo s’amuse à amplifier chaque thème à gros coups de toms, de saturations et d’arpèges à la Moroder, et parvient parfois à un son terriblement flippant et oppressant (la fin de “Through Time”, celle de “Spirit Warrior”) qui accompagnerait efficacement les remakes de Midnight Express ou de Suspiria. C’est d’ailleurs l’un des aspects les plus ludiques de ce disque que d’imaginer les films qu’il pourrait illustrer. Et ils sont nombreux, souvent plus proches de l’esprit “Mad Movies” que des “Cahiers du Cinéma”. Au final, bien qu’excessivement ampoulé, ce troisième album se savoure un peu comme un film Z de chez Troma (genre Killer Condom ou Surf Nazis Must Die), avec un mélange de fascination et de troisième degré.

En bref : Une bonne dose de mégalomanie, une avalanche de sons analogiques et des guitares épiques pour un disque à la fois rigolo et flippant de rock-prog spatial à forte teneur cinématographique.



Zombi - Spirit Warrior.mp3

L’intégralité de l’album en streaming ici

Zombi live en 2007


Le site officiel et la page Myspace de Zombi

4 Comments:

Ju said...

J'adore Dave ! Déjà cette pochette ! Et puis à fort volume sur du bon matos ça envoie bien.

A+
Ju

HIPHOP said...

j'en connais un qui va hurler...
ce que j'ai écouté me semble reposer sur le procédé du délayage à l'infini de non phrases musicales...

Dave said...

Oh , non, c'est loin de me faire hurler. D'ailleurs quand je dis qu'ils n'hésitent pas à répéter un riff pendant onze minutes, c'est un peu ce que je fais remarquer. Mais comme je le précise dans la chronique, "c’est surtout la puissance du son qui évite à l’album de tomber dans les oubliettes de l’Histoire", et donc pas ses mélodies.
Je maintiens que le disque a des qualités, à commencer par la section rythmique impitoyable. Et il y aussi un côté parodique plutôt sympa. Mais bon, ceci dit, je comprends très bien ton rejet. D'ailleurs, à la première écoute, j'ai failli conclure la même chose que toi. Mais après plusieurs tentatives, j'ai été séduit.

Ah, et puisque je te tiens, un nouveau dOP est sorti, "The Genius of the Crowd", qui met en musique un texte de Bukowski. J'en parlerai bientôt.

Bises

Nickx said...

Redécouvert ta chronique que j'avais zappé, Dave !

Une tuerie !

Je parle du disque, bien sûr !