24 juin 2008

Black Mountain - In The Future (2008)

L'époque fait la part belle aux Blacks dans le rock, qu'on en juge : Black Keys, Black Lips, Black Angels, Black Mountain sont apparus récemment et semblent tirer les marrons du feu. Ceux qui nous préoccupent sont canadiens, et comme tout ce qui est bon actuellement, d'Arcade Fire à Molasses, en passant par Breastfeeders ou Besnard Lakes, nous viennent d'Amérique du Nord. Comme ces derniers, révélés l'an passé avec un très bel album (...are The Dark Horse), ces speedfreaks donnent dans le rock lysergique psychédélique, grandes envolées de strat (mais sans le solo chiant), l'orgue qu'il soit d'église, Hammond, Farfisa, Korg, jamais baveux ni bavard en tout cas. A tout ce joli monde, on associera aussi les Psychic Ills qui ne sont "qu" américains mais le disputent en terme de rock de drogués -au fait que deviennent-ils ?

Les Black Mountain; donc -et sans S, s'il vous plait ! Auteurs d'un 1er album éponyme remarqué il y a 3 ans, ces chevelus récidivent et.....comment dire.....enfoncent et pour un bon moment, toute tentative de comiques tels des Dandy Warlocks (sic !) de leur voler la palme du groupe le plus planant ! Car ce qui manque au groupe précité, à savoir les chansons, les Black Mountain en ont plein leur disque, qu'on aurait tort de résumer parce qu'il est double -juste 52 minutes- en un interminable essai consistant en jams tape-à-l'oeil !  De longues plages de silence font parfois irruption et éruption, bien sûr entrecoupées de breaks plus couillus mais qui ne donnent jamais dans le putassier ; ces excellents musiciens savent ce que jouer juste veut dire !

Mais tout d'abord ce titre, In The Future, à l'ironie savamment menée, quand on sait que les influences de ces bonshommes et leur demoiselle sont plus à chercher du côté de Grateful Dead, du Jefferson Airplane, (la voix d'Amber offre ce mimétisme troublant avec le vibrato de Grace Slick) ou de Hawkwind que du côté de choses plus modernes.

On l'a cependant dit et répété : la valeur d'une musique n'est pas fonction de ses références anciennes ou modernes ; il s'agit encore une fois de savoir les digérer et à l'arrivée, ce sont les chansons qui font ressortir tel ou tel artiste du lot ! Et là, qu'il s'agisse du riff stoner de "Stormy High", de la folk-rock à sandales et patchouli de "Stay Free" ou bien de l'envoûtant "Tyrants" à la puissance live, Black Mountain fait feu de tout bois !

L'une des forces de ce groupe est sans doute aussi de marier de façon très originale et des plus complémentaire la voix du leader barbu et allègrement trentenaire (on s'en serait douté) à celle vibrante et chaude de sa chanteuse percussionniste dont on a déjà souligné l'incroyable similitude de timbre avec Grace Slick ("Queens Will Play", magnifique !), et de réussir une osmose de ces deux voix dans des crescendo alertes !
Certains morceaux sont, aussi étonnamment que cela puisse paraître compte tenu de l'héritage musical convoqué, renversants d'originalité ; l'on pense à "Tyrants" mais aussi au punching ball qu'est la mélodie de "Wucan", l'envolée de "Evil Ways". Et 9 morceaux sur 10 réussissent à n'osciller qu'entre 3 et 3 et 6 minutes, ce qui n'est pas un mince exploit pour un groupe de cet acabit. Seule la magnifique odyssée de "Bright Lights" avoisine les 17', et lancinante, telle un scorie d'épouvante, captive d'un bout à l'autre. Pour les amateurs, l'ambiance de ce titre n'est pas sans évoquer le chef d'oeuvre prog des Damned, "Curtain Call" (1980) sur le Black Album. Et ce qui ne gâte rien, la pochette est magnifique !

En bref : des chansons aux airs de classiques pour un album appelé à tutoyer les sommets dans les palmarès de l'année 2008 !
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Une version live de Tyrants :

2 Comments:

Ju said...

Et Bro', savais-tu que j'avais cette chronique en préparation depuis le début de l'année, mais que ce "In future" n'est pas le genre de disque à écouter seul chez soi pour se changer les idées, parce que poisseux, dérangeant, vénéneux, abyssal et surtout fascinant! Bright lights, Tyrants, autant de morceaux épais et virtuoses. Tu m'enlèves un peu une épine du pied. Et cette pochette floydienne, quel régal avec le gatefold, dont voici l'explication par l'intéressé:

"It was designed by Jeremy Schmidt, the keyboardist for Black Mountain. Here is an excerpt from an article in Exclaim magazine:

Schmidt has a long history in visual art and previously designed covers for Black Mountain singles, as well as those for his own projects. “For Black Mountain, the cover was intrinsic to making the record,” says Schmidt, who through cutting and pasting images, eventually came up with the design of a Rubik’s-type cube embedded into chilly, rust-coloured terrain. “It’s meant to very much look and feel like a classic album cover, in the sense of a gatefold LP. I wanted to make something that was kind of epic but not typically psych looking — something a bit more austere than that, a little more modern, but a little old looking as well. So that’s how I arrived at that geometric alien landscape sort of thing.”

Le label Jagjagwar a encore tapé fort. En ce moment je découvre Minus Story... à suivre...

A+

HIPHOP said...

suis en train de l'écouter et suis complètement séduit. tu as trouvé les mots justes pour parler de ce disque.
une chose me gène et m'empêche de crier au chef d'œuvre : à la seconde écoute de Tyrant, je trouve le final raté : grandiloquent, kitsh, ça me fait penser à du mauvais heavy metal ringard, à la iron maiden. ça gâche un morceau, il est vrai, par ailleurs, envoûtant et intelligent.