19 novembre 2008

Feuilleton audio : les micro-labels - #1 Fargo

Découvreurs de talents arpentant les chemins de traverse de la musique contemporaine, les labels indépendants sont dans un certain sens le poumon d'une industrie en perte de vitesse mais également le liquide qui fait ardemment battre nos coeurs. Parmi ces structures, aux formes hétéroclites, ayant toutes en commun un même flair et un même sens du partage, nombreuses sont celles qui s'appuient sur des équipes et des moyens réduits à une peau de chagrin. Affaire de passionnés, ces « micro-labels », si l'on peut les nommer ainsi, constituent aujourd'hui le sang frais du circuit musical, entre consécration du do it yourself et frissons du collectionneur.

Réalisé en début d'année pour l'émission Esprit critique de France Inter, voici un petit feuilleton en trois volets sur ces artisans passeurs de sons. J'étais alors allé à la rencontre de Michel Pampelune, du label Fargo, Nicolas Maslowski de Makasound et Arthur Peschaud de Pan European Recording. Ces trois hommes, aux paysages éloignés, reviennent sur l'histoire et le quotidien de leurs labels respectifs. Entre liberté artistique exaltée et équilibre économique précaire.


#1 : Michel Pampelune (Fargo). Michel Pamplune a créé Fargo en 2000. Son premier fait d'armes a été la diffusion en France des disques du songwriter américain rock Neal Casal. Depuis, on lui doit l'arrivée dans nos contrées des mélopées d'Alela Diane, du folk d'Andrew Bird, de la pop éthérée de Laeticia Sheriff ou encore du punk-rock trépidant d'Against Me.



Télécharger le son au format mp3

Le site web de Fargo et celui de l'émission Esprit Critique


A lire aussi : les autres interviews de DODB




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18 novembre 2008

VA - Prime Numbers (2008)

Absent de nos colonnes, le premier album de David “Trus’me” Wolstonecraft méritait pourtant qu’on s’y attarde. Car le jeune mancunien incarne le renouveau d’une house soulful dont les pairs se nomment Moodymann ou Theo Parrish. Fort du succès de ce Working Nights notamment encensé par Gilles Peterson, il vient de mixer et de publier la première compilation de son label, créé en début d’année. Un double CD (une partie mixée, l’autre non) qui regroupe les premiers EP parus et confirme tout le bien que l’on pensait de Prime Numbers, maison exigente qui fixe d’emblée la barre très haut.

Après une entrée en matière dubby avec le scintillant, mais un peu long, “Lost Experiment” de Nick Moore AKA Linkwood, on progresse en douceur avec un morceau de Fudge Fingas (Vin Landers) qui mêle funk, voix planantes et guitares shoegazées. Mais c’est à partir de “Release Yourself”, de Reggie Dokes, que commencent les choses sérieuses et qu’une pulsation virale s’installe. Sans originalité aucune (les sempiternels piano et cordes sont au rendez-vous) mais d’une élégance aérienne, ce track peut faire office de carte de visite du label, qui se focalise sur une deep-house ouvragée et opulente. Basé à Atlanta, d’où il gère sa propre structure Psychostasia Recordings, Dokes offre ici deux autres titres, dont un sous le nom de Napihedz en collaboration avec Piranhahead, un proche de Moodymann. Pour l’occasion, il est retourné dans sa ville natale de Detroit. Le résultat est un réjouissant conglomérat de house et de reggae intitulé “Jah Bless”, que vous pouvez écouter plus bas. En ce qui concerne Trus’me lui-même, on trouve une version dub de “WAR” (tiré de Working Nights) à laquelle on préférera l’originale, mais surtout le très disco “Good God”, servi par une ligne de basse ravageuse.

Au-dessus de l’ensemble de ces titres plane l’ombre de Larry Heard, pionnier de la deep-house - qui vient d’ailleurs de sortir le magnifique EP 25 years from Alpha sur Alleviated. On retrouve sa façon de tapisser le beat de synthés moelleux et aussi le côté cérébral de la plupart de ses productions. Un son très ancré dans les années 1990, donc, pas étranger non plus à une certaine scène britannique dont le parrain serait un dénommé Ashley Beedle. Mais je ne peux clore cette chronique sans évoquer le morceau de bravoure de cette compilation. Déjà devenu un classique, “RIP”, de Linkwood, ici proposé dans deux versions, reprend habilement les guitares et surtout la voix sublime de la regrettée Minnie Riperton sur son hit de 1979, “I’m a Woman”. Un exercice assez proche de "Gettin’ Together”, du même Linkwood, dont Antoine nous avait parlé et qui utilisait avec délicatesse un sample de Marvin Gaye.

En bref : Ceux qui ont adulé Moodymann ne seront pas loin d’enterrer leur idole à l’écoute de cette somptueuse compilation deep-house, annonciatrice de belles années pour le label du Britannique Trus’me.



Deux extraits qui font saliver :
Reggie Dokes - Release Yourself.mp3
Napihedz - Jah Bless.mp3

La page Myspace de Trus’me et Prime Numbers
Celles de Linkwood, Fudge Fingas, Reggie Dokes et Napihedz

A lire aussi : Linkwood - Miles away (2004)

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Foals / Friendly Fires / Wild Beasts - Concert à Bordeaux le 18/11/08

Foals
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Le Théâtre Barbey se met à l’heure anglaise en ce pluvieux lundi de novembre. A croire que les formations citées plus haut ont eu droit à un prix de groupe au moment d’embarquer pour la France. Car ce ne sont pas un, ni deux, mais bien trois des gros acteurs de l’année 2008 qui se sont déplacés ce soir au Théâtre Barbey, quelques jours après leur tournée commune au festival des Inrocks à Paris. Grosse surprise donc en la présence des Wild Beasts, non indiqués sur l’affiche, et pour lesquels j’aurais fait le déplacement même s’ils avaient été seuls. Mon Kinder à moi, pour un groupe que je ne pensais pas voir de sitôt en France et en qui j’avais placés de grands espoirs en ce début d’année. Hayden Thorpe et Tom Flemming le diront eux-mêmes, la tournée les a affaiblis, et c’est en petite forme physique qu’ils se présentent à nous ce soir. Malgré tout, les connaisseurs de Limbo Panto retrouvent le fameux falsetto du disque (celui même qui peut empêcher d’y adhérer) et les compositions à tiroirs aux services de ces voix limpides et cristallines, même fatiguées. Un concert court, mais pour un concert qui n’était pas prévu c’est déjà amplement satisfaisant.
_ Friendly Fires
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Ca enchaîne plutôt vite sur la scène de Barbey et à peine nos fauvistes ont-ils débarrassé le plancher que leurs camarades de tournée les Friendly Fires investissent l’espace. J’avais eu leur disque entre les mains il y a quelques mois, l’avais passé quelques fois, mais n’avais pas ressenti le besoin d’en faire une chronique. Friendly Fires c’est un post-punk dansant, plutôt bien fait et assez sophistiqué (en tout cas plus que Late Of The Pier) mais les compositions ont tendance à se répéter légèrement, laissant l’inconfortable impression de réentendre le même morceau une fois sur deux : grosse caisse entraînante, guitares shoegazes et, heureusement, une très belle énergie de la part du chanteur Ed Macfarlane qui restera le personnage le plus sympathique de la soirée. Si leur album éponyme de cette année n’est peut-être pas le concentré d’inspiration, de frustration et de passion annoncé ici ou là, Friendly Fires devrait quand même empêcher les Klaxons et autres Hot Chip de se reposer sur leurs lauriers.
_Wild Beasts
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Enfin, sur le coup des 23h05 précisément comme l’aura noté l’ami Mickaël (Crystal Frontier) qui m’accompagne ce soir, les (tants) attendus Foals montent sur scène. Responsables de l'un des meilleurs albums de l’année, Antidotes, encore non chroniqué sur Dodb (Oh hérésie !), Foals traîne à présent derrière lui un sacré buzz, alimenté régulièrement par leur chanteur Yanis Philippakis, petit teigneux à mèche qui ne manque pas de se retrouver régulièrement au poste, qui se paye le luxe de refuser le mixage final d’Antidotes par Dave Sitek, et qui encore mieux n’inclut même pas dans son premier album ses deux singles que sont "Hummer" et "Mathletics". Une réputation de tête à claques donc mais il faut bien l’admettre, au service d’un bouillonnement sonore permanent d’où découle une musique complexe mais accessible. Principalement cités (aux côtés des Vampire Weekend) dans le revival Talking Heads de cette année, ces anciens math rockeux (encore une terminologie bien vilaine) sont pourtant aussi bien fans de Bob marley que de Steve Reich ou Monolake. Une largeur d’esprit qui a logiquement contribué à accoucher des très nombreux tubes d’Antidotes ("Electric Bloom", "Cassius", "Balloons"…).
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Hélas, l’épreuve de la prestation live ne leur aura pas été bénéfique ce soir. Essuyant quelques ennuis techniques, le niveau d’extase du public monte puis descend, puis remonte. Et à ma grande surprise, Foals peut parfois même être chiant, je me surprends à regarder l’heure, mauvais signe. Ce soir fait partie des rares soirs où le live est en dessous du disque, plus brouillon, moins varié. Mais ne boudons pas notre plaisir, nous avons pu apercevoir sur nos terres une bien belle triplette de jeunes anglais chevelus, et dans l’ensemble, ça valait le coup.
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Les 3 Myspaces : Wild Beasts, Friendly Fires et Foals
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"Cassius" de Foals :

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16 novembre 2008

Rubin Steiner à la Flèche d'or (Paris)

Rubin Steiner, une des révélations électro-rock de l'année, est un homme qui aime tourner (plusieurs centaines de dates en 3 ans...). Alors qu'il vient tout juste de sortir un nouveau disque composé de remixes, More weird hits, je tenais à vous signaler son passage imminent à Paris.
En effet, le Tourangeau, accompagné de ses musiciens, son « neue band », fera une halte à la Flèche d'or mercredi prochain (19 novembre), une belle occasion de redécouvrir son récent album, Weird hits, two covers and a love song, cela, sans dépenser un kopeck.


Vers 20h, Rubin Steiner ouvrira la soirée, la 26ème de la série des « Concerts outrageusement publics » organisée par la salle. Il sera suivi ensuite d'un autre hexagonal, Barth, et de ses pop songs anglophones estampillées Beatles. Lui emboîteront le pas deux autres newcomers nationaux, Helluvah et Boogers, versant respectivement dans le folk rock et l'électro-pop, pour parachever ce raoût de jeunes pousses made in france. Rendez-vous est donc pris mercredi prochain, 20h à la Flèche d'or. L'entrée est libre.


Les myspaces de Rubin Steiner, Barth, Helluvah et Boogers.

Le site web de la Flèche d'or.


A lire aussi : Rubin Steiner – Weirs hits, two covers and a love song (2008) et Rubin Steiner en live à Bordeaux.


Le clip de "Your life is like a Tony Conrad concert", extrait de l'album Drum Major (2005) de Rubin Steiner :




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The Mabuses/Swell - Concert à Annecy - 15/11/2008

La présence de ces deux groupes à Annecy était aussi inattendue que leurs derniers albums, parus en 2007, et que Nickx n'a pas manqué de chroniquer, en soulignant, pour ce qui est des Mabuses, à quel point ce troisième album, Mabused, relevait du miracle inespéré, quatorze ans après «le pharaonique The Melbourne method» (sic), et dix-sept ans après l'indispensable, devenu classique, album éponyme.

N'ayant pas de goût particulier pour les passions tristes, je ne m'étendrai pas sur la performance décevante de Swell. Leurs disques sont excellents, mais le dernier semblait marquer un certain essoufflement, et le live est à l'avenant. La grosse caisse est sur-amplifiée, les mélodies n'ont rien d'évidentes, les compos, uniquement extraites du dernier album, se ressemblent un peu, et les pauvres samples pré-enregistrés nous enlèvent définitivement tout espoir de retrouver sur scène la magie du son Swell.

Les Mabuses ont livré un concert enthousiasmant, avec discussion sympa en prime après l'effort. Les Mabuses c'est Kim Fahy, surtout, au centre, avec son béret basque, plus les copains qui ont bien voulu faire cette tournée qui passe aussi par Belfort et Paris. En l'occurence, Jipé Nataf et Bernard Viguié, deux ex-Innocents, le premier en Raspoutine du clavier (et de la guitare), le second en décomplexé du yukulélé et de l'harmonica. Et je serais curieux de savoir si les trois autres étaient de l'album de 91, ou fraîchement recrutés. Ils débarquent à six, donc, sur scène : quatre guitares en première ligne, clavier et batterie en retrait. Kim Fahy, à lui tout seul, utilisera jusqu'à quatre guitares différentes dans tout le concert, passant de l'une à l'autre, les accordant le plus vite qu'il peut, entre presque chaque morceau. Preuve, s'il en était besoin, que les Mabuses vouent un culte non seulement à la déesse pop Mélodie, mais certainement aussi à la déesse Guitare.

Le parti pris du concert est d'avoir refusé tout sample. Et de ne jouer que les morceaux du dernier album. Les gens comme moi qui ont raté le buzz de 91 autour du premier album, avec ses black sessions d'anthologie, espéraient secrètement au moins un Kicking a pigeon, ou un Cubicles. Jipé Nataf en conviendra avec moi après le concert : «C'est vrai que Kim aurait pu décider de jouer Kicking a pigeon, c'est quand même pas un tube NRJ !». Les parisiens auront peut-être plus de chance les 16 et 17 novembre.

L'ensemble sonne parfaitement bien, on entend même les aigus du yukulélé de Viguier et le clavier de Nataf apporte le plus souvent une belle touche jazzy. Le caractère baroque de l'album laisse la place à un crescendo rythmique, qui met en branle, petit à petit, nos corps. I'm the Greatest, Havana, Myrth, Dark star, ouvrent le bal, entre pop bluesy et carioca cubaine. Le parfait Seasider fait son effet britpop, et c'est un vrai régal d'entendre Nataf, Viguié, Fahy et le bassiste, chanter en coeur sur le magnifique final de l'album, Destination. Le tout dernier morceau envoie vraiment fort, sous un déluge de guitares que n'aurait pas renié Sonic Youth. Faut-il lancer une pétition mondiale pour exiger d'entendre les Mabuses plus souvent ?


The Mabuses : La fan page myspace (tu pourras, cher lecteur, écouter Kicking a pigeon)

Le myspace de Swell

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15 novembre 2008

Department Of Eagles - In ear park (2008)

A l’heure des bilans de fin d’année il m’était difficile de faire fi de la dernière production new-yorkaise du duo Daniel Rossen (guitariste des Grizzly Bear) et de son colocataire et ami Fred Nicolous. A peine plus d’un mois après sa sortie dans les bacs français, In ear park est déjà présent partout et alors que l’on croyait Rook vainqueur haut la main du titre d’album aérien de l’année, le département des aigles débarque comme un chien dans un jeu de quille avec onze titres de pop pastorale à faire pâlir d’envie les pourtant bien équipés Fleet Foxes. Chez eux l’émotion semble moins programmée et l’univers exploré n’en est que plus dépaysant. Etincelant de multiples facettes (arrangements, rythmes, ambiances), ce successeur à The cold nose envoûte par son lyrisme non exacerbé (pour une fois) et surtout par la constante qualité de sa prestation. L’adage "pas un titre à jeter" prend ici toute sa signification.
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Dès les premiers arpèges du titre éponyme, l’auditeur pénètre dans l’univers féérique de l’enfance. Valse folk irréelle, le titre revêt une enveloppe fantasmatique et impressionniste qui ne quittera plus l’album. Telle une spirale vaporeuse de pianos, cordes, boucles et autres chœurs si chers au genre, la playlist enchaîne une pop très McCartney ("No ones does it like you") à un folk baroque et élancé façon The Dodos chanté par Patrick Watson ("Around the bay"). A noter également l’effet "manège" du piano de "Teenagers" et le final presque Radiohead de "Waves of rye". Si l’on veut pinailler peut-être peut-on reprocher une certaine retenue à ce In ear park, alors que Chris Bear (autre échappé des Grizzly Bear vous l’aurez deviné) s’occupe de la batterie, plus calme que jamais. Mais non, il n’y a rien à dire, le nouveau Department Of Eagles est bien l’un des plus beaux disques de l’année. Et tout comme Beirut vis-à-vis de Matt Elliott, c’est cette fois-ci Fleet Foxes qui peut aller se rhabiller.
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En bref : Un disque magique de folk pop tarabiscotée au pouvoir immersif certain.
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Le Myspace et le site officiel
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A lire aussi : Fleet Foxes - St (2008)
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"No ones does it like you" en acoustique :

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Scott Walker - Scott 4 (1969)

« A mans work is nothing but this slow trek to rediscover through the detours of art, those two or three great and simple images in whose presence his heart first opened ». Albert Camus (impression de la pochette intérieure de Scott 4)


Figure tutélaire et protéiforme de la musique pop, Scott Walker, né Noel Scott Engel dans l'Ohio en 1943, orne de sa grâce toute panoplie référentielle de rock critic. J'en suis convaincu, voilà encore un artiste plus souvent glosé qu'écouté ! Mais au-delà de sa réduction en accessoire érudite, l'Américain fut, et demeure, un des chanteurs les plus émouvants du 20e siècle. Un crooner à la voix suave et pénétrante, un homme insaisissable au souffle sans fin, modèle proclamé de David Bowie, The Last Shadow Puppets et bien d'autres. En 1969, Scott Walker sortait Scott 4, son cinquième album solo et premier disque intégralement écrit par ses soins. Egalement un de ses plus grands échecs. A cette occasion, il abandonnait ses habituelles reprises (de Jacques Brel notamment) et composait dix titres somptueux, plantant ainsi définitivement son étendard dans la grande Histoire de la chanson pop.


Avant d'endosser les habits du songwriter mystérieux et marginal, en raison notamment de ses sorties espacées et erratiques depuis la fin des années 70, Scott Walker fut à l'origine une vraie idole pop, beau gosse bêlant adulé des jeunes filles en fleurs. Ce furent les heures des Walker Brothers (avec John Maus et Gary Leeds), trio de faux-frères qui splittera, se rabibochera puis resplittera et fera la prime renommée du chanteur. Les trois garçons sévissent alors en Angleterre, loin de leur terre natale, et trustent les premières places des charts britanniques avec leurs balades pop. La triplette, à l'image des Beach Boys ou des Beatles, s'inspire des orchestrations de Phil Spector et de son fameux “Wall of sound” pour l'instrumentation de ses titres. Bien plus tard, Scott Walker ira même jusqu'à revendiquer la paternité de ce mur de son symphonique qui fut la griffe du célèbre producteur new-yorkais. Bref, à l'époque, entre 1965 et 1967, grâce à sa formation, Walker est devenu une véritable petite star, aussi fameux pour sa beauté que pour sa musique.



L'aventure du groupe tourne court et, après trois disques, son leader embrasse une carrière solo. Scott (1967), Scott 2 (1968), Scott 3 (1969) sont produits en rafales et rencontrent une nouvelle fois un large succès auprès du public britannique. Le chanteur n'est pas avare en sorties mais fuit progressivement micros, scènes et caméras. Les mélodies pop sont toujours là mais ses compositions s'obscurcissent. L'Américain reprend de nombreux titres de Jacques Brel (“Mathilde”, “Ma mort” entre autres) et expose davantage sa fibre mélancolique. Scott 4 débarque dans les bacs fin 1969, sous le nom de Noel Scott Engel. L'album est une merveille, certainement le plus abouti de cette période, mais un échec commercial cuisant.


Dès les premiers mesures de “The Seventh seal”, le premier titre du disque, la messe est pourtant presque déjà dite. Le charme est instantané. Une guitare hispanisante et une trompette sonne l'alerte dans une ambiance digne d'un western, déjà annonciatrice des productions futures de Scott Walker. La voix du chanteur est altière et héroïque. Elle s'en prend aux tripes et les empoigne. Et nous fait sentir héros. Les orchestrations symphoniques participent de cet effet par leur richesse et leur flatteuse douceur. On touche presque ici au sacré, au divin, au supérieur. Walker éblouit à chaque seconde par sa prestance, sa maîtrise et son nerf ardent. Son chant habité, animé d'une sorte de vibration soul blanche, pénètre et élève. Voilà peut-être le don qu'il a acquis lorsqu'il étudia pendant un an les chants grégoriens dans un monastère des Iles de Wight. Les balades pop canoniques, “Angels of ashes” et ses délicats arpèges de guitare, cotoient dans le disque les titres plus enlevés comme “Hero of the war”. L'ensemble est baigné d'une lumière providentielle, Scott Walker est définitivement une légende.


En bref : Un momument de musique pop, héroïque et animé d'une sorte de soul blanche mélancolique. Tout simplement une bénédiction. Et un Dieu : Scott Walker.





"The seventh seal" :




"The old man's back again" :



A lire aussi : rubrique pop



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14 novembre 2008

WBMX & WGCI Old school mix sets (1983 - 1990)

Les généreux mélomanes du site américain Nuyoshi ont mis en ligne, depuis un moment déjà, une cinquantaine de mix diffusés sur les radios chicagoanes WBMX et WGCI entre 1983 et 1990 - plus de quarante heures de musique ! Des archives à caractère historique pour tous les amateurs de house, puisque ce sont quelques-uns des pionniers de la scène qui se succèdent aux platines : le parrain Frankie Knuckles (photo), Fairley Jackmaster Funk, Fast Eddie, etc... D’autres DJ présents, plus confidentiels, n’ont jamais cartonné sur disque mais sont de grandes figures radiophoniques, membres du collectif légendaire Hot Mix 5, qui fut pour beaucoup dans l’explosion du mouvement house. Qu’ils soient célèbres ou non, tous ces noms nous ramènent directement aux sources de cette musique dont Chicago est unanimement considéré comme le berceau.

Comme ces émissions ont été enregistrées sur cassette, certaines sont coupées de manière plutôt abrupte, les auditeurs ayant parfois oublié de changer de face. Quant à la qualité sonore, elle n’est évidemment pas au top mais reste tout à fait acceptable. La plupart des mix oscillent entre disco-garage et early-techno, et si l’on a parfois l’impression d’écouter Nostalgie Dance, d’autres moments sont carrément prophétiques, d’une modernité étincelante : écoutez par exemple le travail de Fairley Jackmaster Funk pour WBMX en 1987, déjà minimal ! Et puis il y a ce plaisir spécifique à la radio d’entendre Fast Eddie glisser quelques dédicaces ou Knuckles, sur un beat catchy, souhaiter un joyeux anniversaire à son pote Tony avant que ne déboule le jingle : “WBMX / We totally jack the house !”. Anthologique.

Les mixes de WBMX ici et ceux de WGCI
Le site de WBMX et celui de WGCI

A lire aussi : catégorie House
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Fantastic 3 - 14 Favorites (1999)

En voilà un disque improbable, de la pochette comics jusqu’au genre abordé (transcendé ?) tombé en désuétude ces dernières années : le surf rock. Les comics et le surf, deux éléments forts de culture américaine, et pourtant ce sont bel et bien trois français qui se cachent derrière ce pseudo qui leur convient à merveille. A la batterie : Denis Baudrillard, à la basse : Fabrice Lombardo (tous deux membres entre autres du Jim Murple Memorial et du Hitsville Band) et enfin Philippe Almosnino (Wampas) à la guitare. Bien malheureusement Fabrice décède d'un cancer en 2003 ce qui explique pourquoi ce recueil de chansons garages n’a pas eu de suite, mis à part des participations à trois autres compiles.
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14 Favorites livre donc trois compositions originales ("White boogie", "Indian tones" et "Hawaiian beach") et reprend 11 classiques rock, de "Our favorite martian" de Bobby Fuller à "Egyptian reggae" de Jonathan Ritchman en passant par "Jack the ripper" de Link Way au tempo un poil plus modéré que l’ensemble. Pour le reste ça dépote grave, la première face notamment, avec un "Let’s get funky" qui annonce la couleur suivi d’un "Hava Nagila" rappelant aux plus belles heures de Dick Dale et de son "Misirlou". Sur "Comanche" (et non Apache, bien que proches) ce sont les sonorités des Ventures et de leur "Wipe out" qui se font ressentir, et l’odeur de wax n’est pas loin.
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Et même si sur "Indian tones" Denis s’en donne à cœur joie avec son instrument, c’est littéralement Philippe qui guide nos pas de sa guitare incisive à souhait, sur "Ghost rider in the sky" on croirait avoir enclenché le mode 45 tours tellement ça swingue. Une émotion et une énergie brute et sauvage surlignées par le choix judicieux du schéma trio instrumental. Enregistré et mixé en 8 heures par Patate Production (sic), ce disque anachronique en 1999 témoigne d’une maîtrise du cool exceptionnelle et une fois posé sur la platine, il n’en décolle plus. Jouissif.
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En bref : 3 frenchies s’accordent une session de surf avec bon goût et maîtrise en sus. Indémodable.
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"Comanche" joué par les Malcontents, je n’ai rien trouvé de plus proche :


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12 novembre 2008

Tricky - Espace Julien, Marseille (10/11/08)

Salle bourrée à bloc pour cette étape marseillaise de l'ex-enfant terrible du trip-hop anglais, désormais résident parisien, (chronique de son inauguration du Centquatre, nouveau club parisien sur le très bon blog Le Shamrock) et qui se montre ainsi particulièrement prodigue dans sa desserte des villes françaises ; ce qui n'a pas toujours été le cas.

C'est un Tricky à l'heure, mais claudiquant - son guitariste parlera d'une jambe cassée- qui investit une scène baignée d'un halo de bleu, destiné d'après le maître en régie à masquer les stigmates de l'artiste. Le son est superbe, celui de la guitare en particulier, et ça c'est un bon point.
Pour le reste, après une intro "en roue libre" qui décline le "Sweet Dreams" d'Eurythmics en 12 b.p.m sur "You Don't Wanna", extrait du décevant Blowback (2001), une large place sera faite au dernier album, qui sans parler de renouveau artistique fort, marquait au moins au début de l'été, le retour à une inspiration moins en berne que sur les derniers LP's.
C'est en effet à un "Past Mistake", impressionnant et é-tiré (peut-être trop, quoique...) que le public venu en masse, assiste en début de set ; le même principe sera décliné sur le très beau "Joseph" lors du vrai-faux rappel - le concert durera un peu plus d'1h 1/2 et sera "divisé" en 2 parties - avec des échos de guitare en delay.

Si déception, il doit y avoir, ce sera uniquement sur le choix du répertoire qui ignorera les deux meilleurs albums de l'artiste : point d'extraits du brillant Juxtapose(99) ici, et le seul "Vent" rescapé de l'étouffant mais innovant Pre-Millenium Tension (96), une tendance à trop privilégier des vieilles scies de Maxinquaye (95), le debut album, bardé de singles qui n'ont pas forcément tous bien vieilli, car trop estampillés esprit Wild Bunch Bristolien.
Ainsi, les classiques, "Black Steel", "Overcome", "Pumpkin" sont exécutés au pas de charge, et offrent un troublant contraste avec les morceaux plus récents que Tricky et son band se font un plaisir de délayer ad libitum.
Notons aussi cette reprise un peu inutile du "Love Cats" des Cure, présente sur Vulnerable (2003), et cette bordélique cover du "Ace Of Spades" de Mötörhead, balancée lors d'un finale où Tricky, de manière inattendue et avec la complicité du service d'ordre, fait monter sur scène les 3,4 premiers rangs : c'est donc toute une faune sympathique et débonnaire qui fait des moulinets ; alors qu'on aurait cru ce genre d'offrande plutôt réservé au public de M.

Qu'à cela ne tienne et foin de pinaillage de fan, Tricky, assisté de sa délicieuse chanteuse italienne, dirige tout cela d'un doigt pointé, qui à son batteur, qui à son clavier, qui à sa bassiste, entre deux déchaînements gutturaux ; l'homme, on le voit prend réellement sur lui pour assurer le set. Et ne pouvant rebondir comme il l'entend du fait de sa patte folle, il fait subir les pires outrages à la grosse caisse et aux toms qui le surplombent.
Les principales réussites, résumons, sont l'interprétation des meilleurs morceaux de Knowle West Boy, qui, en dépit de ses quelques faiblesses, montre qu'il est un album qui soutient la comparaison sur scène ; pour preuve ce roboratif et destroy "Council Estate" qui clôt le concert.

A lire aussi : les chroniques de Juxtapose et de Knowle West Boy

"Past Mistake", l'un des sommets du concert

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11 novembre 2008

Jay Reatard - Matador Singles’08 (2008)

C’est au moment de piocher des infos supplémentaires sur le net que je me suis rendu compte que ma nouvelle chronique (celle-ci) concernait l’album dit-du mois dans un célèbre magazine français de rock et de folk dont je tairai le nom. Comme quoi tous les esprits se rencontrent et quiconque se retrouve avec cette compilation dans les mains risque d’y revenir et d’y revenir encore. Comme remarqué ici ou là, le jeune acteur de la scène underground américaine aligne dans ce qui n’est même pas un véritable Lp une somme astronomique de tubes rock ‘n roll exemplaires, bien supérieure à certaines carrières entières chez d’autres groupes. Revisitant avec style une large palette de ce que le genre a fait de meilleur, Jay sans nous laisser une once de répit (30 minutes au compteur) fonce allègrement des Replacements à Mudhoney en écrasant les Ramones au passage. "An ugly day", "Always waiting more" ou "You mean nothing to me" semblent à l’image du concept de stupidité pour Forrest d’une évidence plus évidente que l’évidence selon un autre Reatarded américain.
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Un single par mois depuis le début de l’année, c’est le rythme que s’est imposé ce stakhanoviste de l’enregistrement. L’album qui succèdera l’année prochaine au Blood visions de 2006 devrait être bien chargé, et le choix du premier 7" n’en sera que plus ardu. Placés chronologiquement en écriture dans cette compilation signée Matador, ces douze titres écartent du revers d’un refrain toute concurrence garage rock actuelle, voire passée. En deux à quatre minutes au maximum, Jay enfile ses perles selon le schéma couplet de feu/refrain absolu/mélodie addictive pour un collier alliant psychédélisme 60’s ("You mean nothing to me" encore), grunge 90’s ("Fluorescent grey") ou punk 70’s ("Hiding hole"). Fulminant d’énergie et de tant de talent d’écriture, Jay Reatard emporte tout sur son passage et laisse chaos. Et quelle pochette! Pas besoin d'en dire plus.
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En bref : En 30 minutes chrono, un ptit djeuns décide d’écrire un tube rock par titre et ne nous accorde aucun répit. Merci !
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Le Myspace de Jay
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A lire aussi : Jeffrey Lewis - The last time I did acid I went insane (2002)
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"Always wanting more" en video colorée:


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Interview - Will Sheff (Okkervil River)

Lors du récent passage d’Okkervil River à l’Alhambra Dodb a eu la chance, le plaisir et l’honneur de pouvoir bloquer dans un couloir Will Sheff, leader de la formation folk ’n rock et en passe de devenir l’un des songwriters les plus indispensables de ce début d’ère. D’une simplicité et d’une gentillesse sans fin à l’égard de mon accent texan hésitant, Will revient avec nous sur ses influences et sur ses projets pour le groupe.
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Pour les puristes anglophones, l’interview intégrale en audio :

tilidom.com
Pour les sourds et malentendants, la traduction (partielle) en français : _

Ta mère et sa collection de disque semblent être très importants pour toi. Que pense-t-elle de ta musique ?
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Oui mes parents adorent le groupe. Mai les parents ont souvent besoin d'un avis extérieur pour cautioner. Au début ils me disaient: "Ok fais ce que tu veux" mais après un certain temps, quand on a commencé à tourner et à faire l’objet d’articles dans Rolling Stone ou le New York Times ils ont commencé à en penser du bien. Depuis ils m’apportent énormément de soutien. D'ailleurs ce nouveau disque est leur préféré, ce qui ne veut pas dire grand chose puisque chaque nouveau disque est leur préféré.
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Tu as écrit un jour que si tout le monde possédait un exemplaire de In the aeroplane over the sea "le monde deviendrait meilleur". Penses-tu qu’un jour quelqu’un dira de même pour l’un de tes disques ?
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Oh j’ai du dire ça il y a une dizaine d’années et je ne suis plus forcément d’accord. Ca fait longtemps que je ne l’ai plus écouté et finalement je ne pense pas que ce disque soit si important que ça. Je ne sais pas, ce n’est pas nécessairement ce à quoi j’aspire non plus. J’aimerais simplement que notre musique ait une signification pour les gens. Je pense que certains disques ont le pouvoir d' "humaniser", un peu comme Astral Weeks de Van Morrisson par exemple. En tous cas j'espère que notre musique apporte quelque chose. Et puis ce serait un peu pompeux et plein d’autocongratulation de dire ça de soi même. Je pense qu'il faut sans cesse se remettre en question et être critique sur soi-même pour ne pas devenir mégalo.
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De nos jours c’est courant pour un songwriter de chanter tout seul comme Conor Oberst sans Bright Eyes ou Colin Meloy sans les Decemberists. Y aura-t-il un jour un album solo de Will Sheff ?
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Oui j'aimerais bien le faire mais le problème en ce moment est de trouver le temps. J'ai du mal à écrire de nouvelles chansons pour un nouveau disque parce que je suis constamment préoccupé par la tournée. Mais l'idée ne me pose pas de problème.
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Tu as déjà été interviewé au sujet de la dévotion des fans. Es-tu toujours terrifié par ça ou penses-tu qu’il y a davantage de fans normaux que de détraqués ?
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Oh je suis certain qu’il y a davantage de fans normaux. Mais je pense que des fois des gens normaux peuvent agir bizarrement sans le vouloir ou même sans s’en rendre compte. Parfois rencontrer quelqu'un que l'on admire provoque d'étranges réactions. On pense connaître l’artiste, le peintre, l’acteur ou le musicien alors qu’en fait non. Et quand vient l'heure de la confation, tu as toujours à l’esprit l'oeuvre de l'artiste et tu veux savoir ce qui est personnel mais c’est impossible. L’interaction entre un fan et un artiste dure rarement plus d’une minute ce qui ne laisse pas assez de temps pour apprendre à connaître quelqu'un. C'est dommage.
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Et que penses-tu du fait que les blogs deviennent de nouveaux prescripteurs de musique où n’importe qui peut donner son opinion et être lu ?
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Je pense que c’est une bonne chose. Je trouve que de nombreux articles à succès ne viennent pas forcément de journalistes traditionnels mais de bloggers. Après tout je ne vois pas pourquoi il n'y aurait qu'une seule forme de journalisme. Et bien souvent les bloggers ont davantage de place pour écrire des articles plus intéressants ce qui apporte de la diversité.
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Je sais que tu aimes Scott Walker et Serge Gainsbourg qui étaient tous deux de grands transgresseurs, penses-tu qu’un jour Okkervil River deviendra plus rebelle qu’aujourd’hui ou vas-tu te tourner vers plus de "fun" comme ça semble être le cas depuis Black sheep boy jusqu’à The stage names ?
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Non c’est juste une question de transition de disque à disque. Black sheep boy était sombre sans être transgressif et je voulais changer un peu de direction. Aller vers plus de fun est forcément plus agréable mais je ne peux pas dire si ce sera toujours la cas. En fait ce n’est pas quelque chose vers lequel je veux forcément me tourner.
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Lorsque j’écoute les premières notes de "Bruce Wayne Campbell" je pense immédiatement à Serge Gainsbourg. Etait-ce ton souhait ou est-ce que je rêve ?
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Je n’ai jamais pensé à Gainsbourg en écrivant cette chanson mais j’aime vraiment sa musique et ses arrangements. Je lui ai volé tellement de trucs que j’ai oublié où est-ce que je les ai mis. Même aujourd’hui j’ai écouté Gainsbourg (L’histoire de Melody Nelson). C'est surtout l'orchestration que j'apprécie. Ces valeurs sont tellement ancrées dans mon sang que c’est devenu naturel pour moi et je n’y pense plus.
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Tu as organisé ce que tu appelles ton Green tour (inciter les gens à se rendre au concert à pied ou à vélo), tu te bats auprès du Headcount (inciter les gens à s'inscrire sur les listes électorales ), Okkervil River est-il en train de devenir un groupe politique comme R.E.M. à l’époque ?
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Oui je trouve très gênant lorsque Bono ou R.E.M. parlent de politique en disant : "Je suis le gars cool du groupe, je dis que cette chose politique est cool, vous devriez penser que c’est cool parce que je suis cool". Je trouve ça très condescendant. Pour que le Green tour fonctionne on devait faire un communiqué de presse parce que les gens ne l’auraient pas forcément fait d’eux-mêmes. En fait je n’aime pas parler de politique, ça me donne l’impression de vendre quelque chose. En revanche j’aime l’idée qu’un artiste puisse être engagé politiquement dans sa vie privée sans le faire ressentir dans sa musique.
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Regrettes-tu de ne pas être en Amérique pour fêter la possible victoire d'Obama?
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Oui je regrette vraiment parce que j’aurais pu essayer de convaincre des gens et passer des coups de fils alors que je suis là à ne rien pouvoir faire. C’est dommage. Et sans parler de ça, si Obama gagne j’aurais aimé pouvoir serrer ma copine dans mes bras et participer aux fêtes. Les américains, et pas seulement eux, attendent tellement de ces élections. Nous vivons une époque si fascinante.
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Le site officiel et le Myspace d’Okkervil River
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A lire aussi : Okkervil River - Concert à l’Alhambra le 03/11/08
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Midnight Juggernauts - Into the galaxy EP (2008)

La majorité d'entre vous n'a certainement pas manqué Dystopia, le retentissant premier album des Australiens Midnight Juggernauts, sorti l'an passé en France. Un coup d'essai électro-rock revigorant, nourri aux synthés spatiaux et aux accents rock eigthies, bref, une réussite. Pour ceux qui auraient loupé le coche, malheur à eux, le label Institubes fournit aujourd'hui prétexte à une petite séance de rattrapage. En effet, la structure parisienne, évoquée ici récemment pour son Circuit EP de David Rubato, édite en maxi-vinyle l'aérien “Into the galaxy”, extrait de Dystopia. Le titre est assorti d'une triplette de remixes et habillé, vous en conviendrez, d'une raffinée pochette céleste.


“Into the galaxy” est sans aucun doute le morceau le plus catchy de l'album du trio aussie, et l'un des plus réussis. Son ouverture, montée impérieuse de synthétiseurs, est un régal, prélude à l'entrée en voix du chanteur Andy Juggernaut. Cet auditeur assidu de New Order et autres Electric Light Orchestra, ses références, a incontestablement du flègme new wave dans l'organe. Il s'impose avec classe et hauteur, épaulé par un beat frénétique et contagieux. Et à l'écoute de cette plage, on se demande irrémédiablement si ce groupe n'est pas entrain de redéfinir les canons de la chanson pop moderne dans une sorte d'équilibre entre électro et rock new wave.


Dans l'exercice du remix, le trio britannique Metronomy (ci-dessus), dont le récent album (Nights out) ne m'a guère convaincu, s'illustre avec sa version sautillante “façon aérobic”, dopée à la boîte à rythme et à la basse funky, et ponctuée de breaks jouissifs. Le travail est propre et maîtrisé, appréciable. Les Parisiens de Chateau Marmont donnent eux une relecture plus dépouillée et électrique du titre. Enfin, je ne ferai que citer Danger, jeune lyonnais de 25 ans et troisième remixeur de la partie, tant son barbouillage musical offense mes oreilles et ne rend pas honneur à la partition des Juggernauts.


En bref : Session de rattrapage avec ce maxi pour ceux qui auraient zappé le très réussi premier album des Australiens Midnight Juggernauts (Dystopia). Pour l'anecdote, le mot “juggernaut” définit en anglais “une force irrésistible qui s'exerce sur quelqu'un”. C'est un peu ce que l'on ressent à l'écoute du single “Into the galaxy”. Cette démonstration d'électro pop-rock, grandiloquente et énergique, est malheureusement accompagnée de remixes inégaux et rarement brillants. Dommage.





Le myspace et le site web des Midnight Juggernauts.

Le site web d'Institubes.


A lire aussi : Midnight Juggernauts – Dystopia


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09 novembre 2008

Matt Elliott - Howling Songs (2008)

Je me rappelle très bien de l’un de ses concerts, l’année dernière. C’était à Strasbourg, et, comme toujours, il était seul sur scène, en homme-orchestre, avec son sampler, sa guitare et ses pédales à effets. Pour moi, Matt Elliott, c’est avant tout ce créateur solitaire, qui construit son monde sans jamais regarder ailleurs que dans ses souvenirs, ses douleurs, ses tripes. Depuis le projet dark et brillant Third Eye Foundation (dont il était bien entendu l’unique membre) et sa drum and bass autiste et hantée, le Britannique a fait du chemin et conçu un univers unique, entre folk suicidaire, mélodies slaves et vapeurs alcooliques.

Refermant la trilogie entamée avec le génial Drinking Songs (2005) et poursuivie avec l’un peu moins réussi Failing Songs (2006), Howling Songs est sans doute ce qu’Elliott a produit de plus abouti dans sa carrière. Songwriter désormais incontestable, il ose une utilisation moins systématique des choeurs, ce qui lui permet de poser davantage sa voix et de s’affirmer comme un excellent chanteur, au timbre saturé de sensibilité. Un timbre grave et plein, presque celui d’un crooner, qui prend parfois des accents de Nick Cave ou Leonard Cohen. Des arrangements pop de “Berlin and Bisenthal” à la limpide “Song for A Failed Relationship” qui fait penser à Nick Drake, la lente évolution de Matt Elliott vers la chanson semble achevée. Moins de bruitisme et de larsens, plus de maîtrise émotionnelle : c’est ainsi qu’il parvient à produire de purs diamants noirs comme l’édifiante “Something About Ghosts” (en écoute plus bas).

Les sonorités plaintives d’Europe de l’est et de Russie (violons) sont encore plus présentes qu’auparavant, même si certains titres lorgnent vers une mélancolie à l’espagnole (guitares). Ce dernier point s’expliquant très facilement par la récente installation du musicien en Espagne - originaire de Bristol, il a quitté la France, où il vivait depuis quelques années, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy. Il avait d'ailleurs écrit "La Mort de la France", dispo sur sa page Myspace, à cette occasion. “The Kübler-Ross Model”, qui ouvre l'album, plante d’emblée le décor désolé qui était celui des deux premiers pans du triptyque. On ne s’attendait certes pas à sortir la boule à facettes et les spotlights, mais là, Elliott fait très fort en plongeant encore plus profondément dans le désespoir. Et lorsque perce un moment de joie, c’est toujours dans l’évocation d’instants révolus.

Howling Songs, ce sont les pérégrinations d’un poète vagabond abîmé, claudiquant d’un troquet hongrois à un pub londonien, d’où il regarde les cargos s’éloigner dans la brume et l’humanité se décomposer, plein d’une hargne muselée qui s’échappe parfois par spasmes (les envolées rageuses d’“A Broken Flamenco”, “The Howling Song”, etc...). Avec une plume presque naturaliste à la Dickens, il dépoussière les clichés sépias de la révolution industrielle, pleure la perte de l’être cher et attend le naufrage d’un monde auquel plus rien ne l’attache, dont il nous livre des images parcellaires. “What to do but cry ?”, s’interroge-t-il sur la dernière plage du disque. A l’écoute de ce concentré de mélancolie, on aimerait lui renvoyer la question.

En bref : Le plus beau et le plus triste de tous les albums du plus magnifiquement dépressif des musiciens britanniques. Rescapé de la drum and bass, Matt Elliott s’impose désormais en maître du songwriting folk-rock slavisant. Beirut peut aller se rhabiller. Absolument splendide.




Matt Elliott - Something About Ghosts.mp3

La page Myspace de Matt Elliott
Celle de son label (français!) Ici et d'ailleurs
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08 novembre 2008

Guillaume & the Coutu Dumonts - L'Eté des Indiens (2008)

A peine Antoine a-t-il posté sa chronique de l'EP I was on my way to hell qu’un nouveau maxi de Guillaume & the Coutu Dumonts fait déjà son apparition dans les bonnes crèmeries. L’un des chouchous québecois (bien qu’installé à Berlin) de Dodb, dépositaire d’une micro-house souvent tribale et toujours impeccable, sort ces jours-ci L’été des Indiens sur le très jeune label allemand Oslo (dix références seulement au compteur), délaissant donc momentanément l’écurie parisienne Circus Company.

Deux notes de basse instaurent une belle tension, de discrètes percus émergent, puis l’unique corde d’un berimbau (ce curieux instrument brésilien en forme d'arc) résonne avec majesté. Après cette entame remarquable, "Halleluyah Yeah” déçoit. Le crescendo espéré n’a pas lieu. Dix minutes, c’est long, beaucoup trop long dans ces conditions, et l’ennui survient rapidement, malgré de belles textures sableuses. La face B, heureusement, sauve le disque. “Le Tigre” est une nouvelle plongée dans la transe éthiopienne qu’affectionne Coutu Dumont, canevas idéal pour une démonstration de sa maîtrise des percussions africaines, qu’il a très sérieusement étudiées à l’université et lors d’un long séjour au Sénégal, en 2001. Ce titre dense et entêtant, dont la mélodie émane d’un balafon solitaire, rappelle fortement le très bel EP Petits Djinns, sorti en 2007.

En bref: Dans un style afro-house bien propre à son auteur, “Le Tigre” éclipse la monotone première face de ce maxi sympathique, mais qui restera anecdotique dans le catalogue du Montréalais. On attend mieux de sa part.



Les deux tracks sont en écoute sur le Myspace du label Oslo
Le Myspace de Guillaume Coutu-Dumont

A lire aussi : les chroniques de Petits Djinns (2007) et I was on my way to hell (2008) de Guillaume & the Coutu Dumonts
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