12 juin 2009

PJ Harvey & John Parish - A Woman A Man Walked By (2009)

Le précédent album de Polly Jean White Chalk était un album enchanteur, et unique dans l'oeuvre de la native du Dorset, puisque entièrement composé au piano. L'album n'a sans doute pas eu l'écho qu'il méritait, et est sans doute perçu comme une parenthèse dans l'oeuvre protéiforme de la belle, habituée il est vrai, à passer d'un style à l'autre, au gré des livraisons de ses LP's.

 Ici, retour à l'électricité si chère à notre harpie préférée, la "nouveauté" étant si l'on peut dire, que ce 9ème opus (hors compiles), est le deuxième signé à 4 mains, dont celles du fidèle compagnon d'armes, j'ai nommé John Parish, avec qui avait déjà été signé l'excellent Dance Hall At Louse Point (1996). De toute façon, le guitariste, qui fait un peu aussi office de mentor de la dame, n'est jamais très loin. Musiques pour monsieur, paroles pour madame, qui avait annoncé vouloir faire sonner sa voix aux antipodes selon les morceaux : ainsi de la voix autoproclamée de petite fille faussement candide sur les magnifiques "Leaving California" ou "The Soldier" qui ne sont d'ailleurs pas sans rappeler les meilleures plages de White Chalk, à la voix de vieille sorcière boutonneuse de "April", il n'y a qu'un pas.

 Pour le reste, PJ Harvey, qui s'affirme de manière éclatante comme une chanteuse majeure de son temps, fait souffler le chaud et le froid sur un album, à l'évidence loin d'être son meilleur, et qu'on eût aimé moins décousu, moins "compile" de ses humeurs. C'était un peu déjà le cas sur la précédente collaboration avec Parish, mais Dance Hall... avait au moins le mérite d'une inspiration plus homogène, et sans doute d'une production "à l'os", sans doute moins clinquante, mais plus humble. Alors, c'est vrai que le "Black Hearted Love" qui ouvre le disque et sans doute destiné à devenir un single roboratif, en fout plein les yeux, par son côté brûlot vengeur tout de noirceur romantique mais... on s'ennuie ferme sur certaines plages où PJ singe un Nick Cave au féminin sur les bordéleux "Sixteen, Fifteen, Fourteen", "Pig Will Not", ou sur le titre éponyme. Le blues ne sied certes plus trop à la dame.

 Par moment, cet album rappelle même le pire album de l'anglaise, ce Is This Desire ? (1998), bêtement saturé et rentre-dedans ; ailleurs, l'auditeur est confronté à de très beaux moments. Avec une voix dont les accents épousent de plus en plus ceux d'une Siouxsie Sioux passée maîtresse dans l'art du lyrique, l'indomptable PJ livre un disque trop rapproché par rapport au précédent, et condamné à errer à l'ombre du firmament de celui-ci. Malgré tout, la dame pond un album, et on achète par pur atavisme ; c'est comme ça. Au milieu, se glissent c'est vrai, quelques chefs-d'oeuvre.

En bref : un nouveau disque en demi-teinte, qui alterne grands moments et plages très anecdotiques. Pas un disque important ni même de transition, simplement une oeuvre mineure pour une artiste au sommet de son art vocal.




La video de "Black Hearted Love"

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Danger Mouse And Sparklehorse - Dark Night Of The Soul (2009)

Au lendemain du rejet constitutionnel d’Hadopi, Dark Night Of The Soul est un sacré pied de nez à l’industrie musicale, ou un coup marketing certain, à voir. Toujours est-il qu’après les tentatives Radiohead et autres Raconteurs de sortir des circuits classiques de distribution, le génial producteur Brian Burton et le génial songwritteur Mark Linkous tapent un grand coup dans la fourmilière en proposant d’acheter leur cd-r (vierge donc), de télécharger le disque sur internet (ici par exemple) et de se le graver soi-même. C’est quand même gonflé ! Ca va que le fameux cd est accompagné d’un livre de photos de 100 pages réalisé par le troisième larron de la farce, j’ai nommé Monsieur David Lynch. EMI n’avait qu’à mieux se tenir. Ajoutez à cela le côté mystérieux du projet annoncé le 1er avril dernier et surtout la myriade d’invités présents, susceptible de faire se pâmer n’importe quel fan de musique indé des années 90 et vous obtenez là un disque déjà qualifié de "maudit" voir de "lost album" puisque finalement non disponible dans les bacs. Tout ça est très intéressant mais le reste suit-il ?

Bon dieu oui, mille fois oui ! Eh c’est assez vite indéniable. Largement supérieur à la compilation presque homonyme Dark Was The Night qui réunissait déjà une liste pharaonique de guests, cette collection de 13 titres écrits à quatre mains est magistrale. Si le projet aurait pu s’appeler Dangerhorse ou Sparklemouse, c’est la patte Linkous que l’on retrouve le plus dans l’écriture déprimée et bricolée, Burton se chargeant lui de saturer ces mélodies pas très propres. Quant à Lynch, il est plus difficile d’observer sa participation, si ce n’est dans l’esprit, les visuels bien entendu, et surtout l’exposition qui a eu lieu à L.A. sur le sujet. Peut-être également sur le thème général de l’album, concept au possible, sur les écrits religieux d’un certain Jean De La Croix au 17ème siècle sous le nom La nuit obscure de l’âme.

Linkous et Burton avaient déjà collaboré en 2006 sur quelques morceaux de l’excellent Dream For Light Years In The Belly Of A Mountain (avec Dave Fridmann tiens-donc, et Steve Drozd des Flaming Lips). Linkous, artiste difficile et sombre s’il en est, avait beaucoup apprécié The Grey Album de Danger Mouse avec Jay-Z, par ailleurs excellent lui aussi. Le résultat, que je vais vous décrire en détail, est un album étrange, à la multiplicité des genres (allez, citons quand même Mercury Rev et les premiers Death In Vegas comme ressemblances) et surtout très varié dans l’interprétation puisque chaque titre est interprété par un chanteur différent, accompagné ou non par Sparklehorse.

L’album est donc divisé en quatre parties va-t-on dire. Les trois premiers morceaux, dans un registre psyché et délicat. Les trois suivants, plus rock. Les quatre suivants, qui retournent à la pop psyché nonchalante. Et enfin les deux derniers franchement plus sombres. Dire que chaque partie contient son lot de chef-d’œuvre est un euphémisme, et il est amusant de constater en parcourant la presse comme chacun tient son titre favori, qui n’est jamais le même. Il y en a pour tous les goûts, vraiment.


Ca commence très fort avec le formidable "Revenge" par Wayne Coyne himself. Qui mieux que lui pouvait porter ce morceau qui s’illumine à 1’15" ? C’est entre le Flaming Lips et le Sparklehorse et c’est magnifique. En suivant, Gruff Rhys des Super Furry Animals est entre le fuzzy et le country sur ce "Just war" encore une fois parfait. Dernier arrivé du premier tiercé, et peut-être le meilleur, Jason Lytle de Grandaddy interprète "Jaykub", et il ya tout ce qu’il faut.

Et là lorsque l’on croit que tout est fini, que l’on pense les meilleurs morceaux passés, sans prévenir, on se prend la monumentale claque "Little girl" qui refuse de sortir de ma tête depuis des semaines (Nova n’aide pas non plus). Morceau majeur de cette année auquel Julian Casablancas des Srokes donne tout. Il y a même un solo à 2’ qui me fait hérisser les poils. 4’35" de pur frisson, où l’on ne sait si l’on doit être triste ou gai. C’est dur de se remettre et pourtant "Angel’s heart" par Black Francis des Pixies fait bien le boulot. Beaucoup plus rock et rentre-dedans que tout ce qui précède, c’est un très bon morceau. Pas le temps de se relever non plus qu’Iggy Pop nous arrive avec son meilleur morceau depuis longtemps. Sur "Pain" il apparait crépusculaire au possible, sur un titre qui tient la route. Sur ces six premiers jets, croyez-moi, rien n’est à jeter.

David Lynch en personne se charge du très bel interlude "Star eyes", avant de prendre en pleine face la complainte "Everytime I’m with you" par Jason Lytle encore. Peut-être l’un de ses plus beaux morceaux. "Insane lullaby" par James Mercer des Shins prend le relai et encore une fois c’est somptueux. La délicatesse de la mélodie et des arrangements noyés dans des bruits de fond noisy, c’est du Sparklehorse tout cuit, à la sauce Shins, parfait ! Linkous prend enfin le micro sur le morceau suivant qu’il partage avec Nina Persson des Cardigans. Ce "Daddy’s gone" sonne très Beatles, et c’est très bien. Suzanne Vega (bin voyons) enchaîne sur un "The man who played God" tout à fait dans le jus.

A ce stade il n’y a plus qu’à laisser Vic Chesnutt s’escrimer sur un "Grim Augury" un poil moins convaincant que le reste, et David Lynch de boucler la boucle sur le titre éponyme, noyé sous les réverbs et autres effets d’usure.

En bref : Impressionnant! Pour un disque qui n’aurait jamais du sortir, c’est un miracle. Mis de côté l’anecdote marketing du projet, on se retrouve en face de 13 morceaux écrits par un génie, produits par un génie, mis en images par un génie et interprétés par onze génies. 13 (ou douze) incontournables de la musique indé contemporaine.




Le site officiel du projet, celui de Sparklehorse et celui de Danger Mouse

L’album en téléchargement et l’album en streaming

"Little girl" par Julian Casablancas et "Revenge" par Wayne Coyne :







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Concours - Pets, vinyles et T-shirts à gagner


La bande d’April 77 semble vraiment avoir du goût. Après la découverte The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads, ils nous reviennent avec un quatuor suédois tout simplement parfait. Pets, c’est donc Jonas Olsson à la voix, et Per Zetterquist, Jonas Linngård et Kristin Träff aux divers instruments. Définir leur univers est assez simple : de la pure pop ensoleillée, entre indie, surf et soul, pour moi un mélange de Kinks (leur plus grande influence) et des moins cités The Foundations dans la manière d’agencer le son Brit pop à la sauce Motown.

A cette occasion, Dodb s’associe à April 77 et vous propose de gagner 2 vinyles et 2 T-shirts du groupe (avec single digital inclus). Pour cela, il suffit de répondre à la question suivante :

Quel a été le dernier groupe suédois chroniqué sur Dodb ?

et d’envoyer votre réponse avant le 12 juillet à contact@desoreillesdansbabylone.com avec l’intitulé de message "Concours Pets" et accessoirement votre lot préféré. Bonne chance à tous.



Pets - Giving Up’s The Hardest Thing (4 tracks maxi single)
Side one : "Giving up’s the hardest thing" / "Rooftops"
Side two : "Setting trends" / "Don’t you say your heart’s broken (we know it’s not)"

Les Myspace de Pets et d’April 77

Leur premier single "A good day for telling lies" :


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11 juin 2009

Pajo - Scream With Me (2009)

Scream With Me n’est pas un nouvel album de David Pajo, mais une sorte de parenthèse dans son très vaste catalogue. Enregistré en 2004 mais publié seulement aujourd’hui, l’EP pressé à 1000 exemplaires est un hommage à ses premières amours musicales, puisqu’il contient exclusivement des reprises acoustiques très lo-fi des Misfits, son groupe préféré lorsqu’il flirtait avec le punk dans les bars de Louisville, Kentucky. Ceux qui ne connaissent que ses remarquables productions sous les pseudos Papa M ou Aerial M seraient bien avisés de regarder un peu plus en arrière dans sa carrière, et notamment les disques réalisés avec Slint, pour mieux comprendre ce qui lie le songwriter au groupe horrifique du Dr. Glenn Danzig. Ou de jeter une oreille à ses travaux trash-métal récents au sein de Deadchild.

Oubliez donc la luxuriance et la complexité des arrangements de Whatever, Mortal (2001) et de ses relents dylaniens. D'un minimalisme total, Scream With Me a été enregistré avec trois bout de ficelles (ou plutôt six cordes) et un magnétophone, comme en témoigne la rudesse du son. Les chansons des Misfits se basent le plus souvent sur trois accords, et ne comptez pas sur Pajo pour en rajouter, même s’il lui arrive de souligner les harmonies avec des arpèges. Comme sur tous les disques de covers réussis - je pense par exemple au Covers Record de Cat Power, les originaux sont méconnaissables, à l’image de “Hybrid Moments” (ma chanson préférée des Misfits), que Papa M s’approprie au point de la faire ressembler à certaines de ses propres chansons (“Flashlight Tornado”, par exemple).

L’autre grand bonheur de cet EP réside dans le contraste entre la douceur de la guitare, associée à la voix angélique de Pajo, et les paroles complètement trash des Misfits. Avec son air de ne pas y toucher, il me fait bien marrer à fredonner “Bullet”, une sorte de délire graveleux sur l’assassinat de Kennedy, et notamment ces lignes d’une remarquable délicatesse, adressées à la veuve du président : “The dirts gonna be your dessert / My cum be your life source / And the only way to get it / Is to suck or fuck / Or be poor and devoid / And masturbate me, masturbate me / Then slurp it from your palm / Like a dry desert soaking up rain”. Difficile d’aller plus loin dans l’irrévérence !

En bref : David Pajo rend hommage au groupe préféré de son adolescence, les Misfits, avec cette série de covers acoustiques dépouillées, enregistrées à l’arrache. De quoi patienter jusqu’au nouvel album du prodige.



Pajo - Bullet.mp3
Pajo - Hybrid Moments.mp3

A lire aussi : Papa M - Whatever, Mortal (2001)

Le site, le blog et le Myspace de David Pajo
Le site du label Black Tent Press.



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10 juin 2009

Peter Bjorn and John - Living Thing (2009)

Étrange, étrange. Deux mois après la sortie de Living Thing, il semblerait que l'explosion prévue n'ait pas eu lieu. Pourtant ce nouvel album de Peter Bjorn & John n'est tout de même pas un pétard mouillé. Souvenez-vous il y a plusieurs mois je m'enflammais pour "Lay it Down," petite bombe pop à la mèche savamment allumée. Le marketing sur le web est un jeu de piste bien plus drôle que les affiches de métro, et le trio avait su s'en amuser, en postant, à quelques semaines d'intervalle, deux vidéos hilarantes au milieu de nulle part. Ces deux premiers extraits, "Lay it Down" et "Nothing to Worry About," n'auraient pas tant attisé les braises, s'il n'étaient pas ces popsongs jouissives et renversantes, avec lesquels nos suédois jouent aux sales gosses du premier rang, ceux à qui ont ne peut que donner des bonnes notes.

Et le reste est d'une intelligence indéniable. L'écriture est toujours aussi pop, mais le trio assène leurs sons comme les orateurs des traits d'esprits. Le résultat ne ressemble à pas grand-chose de connu, si ce n'est les productions les plus pop de Pharrell Williams peut-être, pour Kelis ou Gwen Stefani... avec plus de finesse et de malice. Percussions, voix et claviers sont les principaux matériaux de production. Minimalisme et lignes claires les seuls mots d'ordre. Soyons radicaux! Comme l'an passé avec l'album de Lykke Li, Björn Ytlling fait d'un album pop un objet plastique au design extrêmement soigné. Celui de son groupe est seulement moins rond, plus anguleux et acéré que celui de sa protégée.

J'avais lu l'album précédent Seaside Rock comme une petite pause ludique, au cours de laquelle le trio s'amusait avec ce qu'ils savent faire, sans hésiter à s'éloigner de la pop façon Peter Bjorn and John, ou des canons de la pop suédoise, ce qui revient au même. C'est drôle comme Peter Bjorn and John ont accompagné l'évolution de la pop suédoise au cours de cette décennie. Leurs premiers albums étaient encore emprunts des guitares et des mélodies sucrées des années 90, celles de la pop des Cardigans ou des Wannadies. En 2006, le parfait Writer's Block était alors le meilleur représentant d'une nouvelle « suédicité » : écriture parfaite, production parfaite, popsongs où la mélancolie se dissimule sous la joie.

Aujourd'hui, Peter Bjorn and John joue de la mutation électronique de la pop nationale. Au lieu d'user de clavier denses et de belles voix comme Kleerup, ils rabotent, avec une précision incroyable, le son jusqu'au squelette. Ce squelette pourrait alors être emprunté à la danse macabre de la vidéo d'"Around The World" de Daft Punk, tant le son (et le travail qu'il cache) est impressionnant, et tant il amuse la galerie. Et pourtant,... je suis déçu. Writer's Block, l'album du succès, malgré une forme plus convenue, reste au-dessus. Parce que l'intérêt des blagues, même les plus longues, est toujours trop court. Et les quelques « ballades » de Living Thing (même la délicieuse petite pièce de "Blue Period Picasso") n'arrivent pas à atteindre l'émouvante beauté des mélodies de Writer's Block, comme si ce nouveau son restait imperméable à l'émotion. « It's a living thing! It's a living thing! » Saluons tout de même l'audace, le meilleur des moteurs.

En bref : après le succès du beau Writer's Block, Peter Bjorn and John continuent de céder à l'amusement ; et ils ont bien assez d'intelligence et de maîtrise pour en faire une œuvre pertinente d'electropop ultra précise, à travers laquelle bien peu d'émotion passe malheureusement.




Myspace et site officiel.

Le nouveau single "It don't move me":


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09 juin 2009

Eels - Hombre Lobo, 12 Songs Of Desire (2009)

Un nouveau disque de Eels est toujours un événement en soi. D’abord parce que l’artiste mène son petit bonhomme de chemin depuis 1995 de manière assez irréprochable - c’est le fan qui parle - et ensuite parce que cela fait quatre ans que l’on attend le successeur du chef d’œuvre (sisi) Blinking Lights And Other Revelations, double album à l’inspiration sans fond, injustement oublié, pas assez programmé. Mark Oliver Everett, plus simplement E, est devenu depuis tout ce temps un frère dont on connait les défauts et qualités. Si dans le fond, le Californien barbu s’amuse à explorer les genres (un Souljacker électrique en 2001, un Shootenanny! folk pop en 2003), c’est pour nous resservir à chaque fois la même forme : voix éraillée caverneuse, basse à la Macca et caisse claire sur-étouffée. C’est grosso modo ce style Eels qui ne change pas d’un chouïa sur Hombre Lobo.

Enregistré dans ses propres studios californiens avec Kool G Murder (basse, clavier, guitare) et Knuckles (batterie, percussions), ce septième effort qui emprunte son graphisme à une célèbre marque de cigare (Cohiba) est en fait un autre de ces pseudos concept albums, sur les aspirations et frustrations du personnage Dog Faced Boy de Souljacker. C’est de lui que l’on parle dès le premier titre "Prizefighter" qui commence assez sec et avec du rythme, "Come on baby take a walk with me", le ton est donné. Un peu plus tard vous l’aurez compris, ce Dog Faced Boy lâchera la partie animale qui est en lui et deviendra loup, aux dépends de son côté humain. Le rêve, être dans la peau d’un autre, l’animal, des thèmes très Eelsiens qui nous sont ressassés avec plus ou moins de brio depuis Beautiful Freak.

C’est le gros reproche que je ferais à ce dernier opus. Autant on y rentre vite, très vite même, les premières écoutes sont impressionnantes de facilité. Autant on s’en lasse vite, et on ressort ses prédécesseurs. Trop facile ce Hombre Lobo ? Peut-être. Déjà dans la structure du disque on ne peut pas faire plus simple, c’est une ballade / un morceau rock, une ballade / un morceau rock… Cet ordre est uniquement perturbé par la ballade "All the beautiful things" qui suit… la ballade "My timing is off". Les morceaux rock sont donc "Lila breeze", "Tremendous dynamite" et "What’s a fella gotta do", agréables mais somme toute assez classiques. Pour les comptines folk il fait compter sur "That look you give that guy", judicieusement choisie comme premier single avec l’étrange et inclassable "Fresh blood", mai aussi les moins bons "In my dreams" et "The longing". Seule la presque ska "Beginner’s luck" arrive encore à m’enthousiasmer après plusieurs écoutes. On aurait aimé mieux.

En bref : Davantage collection d’agréables B-sides que véritable nouvel album, Hombre Lobo est un disque moyennement inspiré dont personne n’aurait parlé s’il n’avait été de ce génie incontesté qu’est Mr E. Et ce dernier nous avait habitués à mieux. Sans rancune.




Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Eels - Concert à La Cigale

"Prizefighter" en enregistrement, l’un des meilleurs morceaux de l’album :

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07 juin 2009

Lee Fields & The Expressions - My World (2009)

Ce n’est pas parce que Lee Fields a participé à l’enregistrement de plusieurs titres du gentil DJ de variété Martin Solveig que nous devons déconsidérer le travail de cet incroyable chanteur, dont la carrière débuta en 1969. Ce natif de Caroline du Nord, souvent désigné comme le James Brown underground, n’a jamais eu la chance d’être signé par Motown ou Stax et d’atteindre le niveau de reconnaissance d’un Al Green ou d’un Donny Hathaway. Et même si ses 45 tours de l’époque sont aujourd’hui très recherchés par les collectionneurs, il lui faudra attendre les années 1990 et le revival soul pour revenir sur le devant de la scène, après une longue traversée du désert, grâce à certains des labels soul/funk new yorkais les plus intéressants, comme Truth & Soul, propriété de Jeff Silverman et Leon Michels, qui publie ce nouvel album.

Sans vouloir donner dans la surenchère, My World est tout simplement le meilleur album soul entendu depuis des années. The Expressions forment un backing-band idéal, composé de musiciens pour le moins chevronnés, collaborateurs, entre autres, de TV On The Radio, Sharon Jones, Amy Winehouse ou The Dap Kings. Très influencé par la scène de Philadelphie, leur son contient d’égales doses de soul orchestrale à la MFSB, de choeurs chatoyants à la Delfonics ou Stylistics, mais aussi d’éléments plus actuels, notamment des rythmiques proches du hip-hop. Pas étonnant quand on sait que le producteur de l’album, Leon Michels, a récemment commis un disque de reprises du premier album du Wu Tang Clan (Enter The 37th Chamber, par El Michels Affair... chaudement recommandé). My World n’est donc pas seulement un album adressé aux nostalgiques du son des 60s et 70s : il a également le potentiel pour séduire les fans de nu-soul façon Raphael Saadiq ou D’Angelo.

Cette mixture entre le vieux et le nouveau son soul est particulièrement palpable sur le morceau-titre, au beat sec et lourd assorti de cordes et de vibraphone - la version digitale propose justement un remix sur lequel le rappeur californien Aloe Blacc vient poser son flow. Il est par ailleurs assez difficile d’isoler un morceau des autres : ils sont tous excellents ! Comme sur les meilleurs disques de James brown, Lee Fields enchaîne ballades enivrantes et brûlots funky, romance et dénonciation sociale. La voix et même le physique du chanteur ressemblent à tel point à ceux du Godfather Of Soul que l’on est parfois amené à croire que celui-ci n’est pas mort, ayant juste changé d’identité pour plus de tranquillité. Même timbre éraillé, même puissance vocale, ou presque : la comparaison est inévitable, mais pas dommageable au vétéran, qui reprend régulièrement “Get On The Good Foot” ou “It’s A Man’s World” sur scène (voir vidéo).

De l’irrésistible riff acoustique de “Ladies” aux violons tragiques de “Money I$ A King”, tout est ici semblable à du miel - que dis-je ? - à de l’ambroisie. La reprise de “My World Is Empty Without You” des Supremes, hit Motown composé par la dream team Holland-Dozier-Holland, est ahurissante de fraîcheur et de douceur, avec sa guitare teintée de bossa-nova et la voix brûlante et désespérée de Lee. Les plages instrumentales, orientées deep-funk, sont tout aussi exaltantes - avec une mention spéciale au trompettiste pour son solo sur “Expressions Theme”. Mais pourquoi s’essouffler à vous décrire chaque titre ? My World est un disque fantastique, à acheter les yeux fermés.

En bref : Lee Fields n'est pas qu’un ersatz de James Brown, comme le prouve ce bijou de soul vintage mâtiné d’une légère touche de hip-hop. Impérial.



Lee Fields - Do You Love Me (Like You Say You Do).mp3
Lee Fields - My World.mp3

A lire aussi : Nicole Willis & The Soul Investigators - Keep Reachin’ Up (2006)

Le Myspace de Lee Fields
Le site et le Myspace de Truth & Soul Records

Les répétitions de “Ladies”


Un bout de “It’s A Man’s World” par Lee Fields


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05 juin 2009

The Jesus Lizard - Concert à Paris (27 mai 2009)


Ce fut un trés grand concert, à la hauteur de la réputation live d'un groupe nineties qui ne s'était pas produit à Paris depuis onze ans, et qui avait annoncé récemment sa reformation. Ce fut une expérience, et je suis content d'avoir vu ça une fois dans ma vie. La Grande Halle de la Villette est pleine à craquer, ce soir du 27 mai 2009, pour voir l'un des groupes les plus talentueux du hardcore américain, et surtout David Yow, son chanteur, à la démesure légendaire. Mais histoire de faire durer un peu le suspens, et de rigoler, parlons un peu des deux bouses antécédentes que les programmateurs du festival Villette Sonique ont cru bon de devoir nous infliger.

Passons trés vite sur le premier groupe, car du néant on ne peut parler. Man without Pants. Si quelqu'un peut m'expliquer l'intérêt de ce qu'ils font, je suis preneur.

Deuxième groupe : Sunn O))). Attention, tout est dans le O))), vous allez comprendre pourquoi. Après un quart d'heure de marmonnements lugubres vaguement grégoriens, puis un autre quart d'heure d'orgue d'église, deux types déguisés en pénitents entrent sur scène avec chacun une guitare, et, derrière eux, un mur énorme d'amplis. «Fais gaffe, c'est pas comme pour Motörhead, ils sont tous allumés », me dit mon voisin. J'ai juste le temps de sortir mes bouchons d'oreilles, que je prend en pleine poire une onde sismique gigantesque, genre O))): j'ai mal aux cheveux, aux dents, partout. Aucune rythmique, juste deux guitares qui égrainent très lentement quelques notes bourdonnantes, en boucle, sur de longues minutes, à un volume sonore hallucinant. «Un expérience physique extrême et radicale». En effet, encore faut-il préciser «de torture». J'ai tenu un quart d'heure. La moitié de la salle se barre.

On les aura mérité les Jesus Lizard ! La tension est palpable dans la fosse, qui s'est progressivement re-remplie. Un mélange d'excitation, d'attente très forte, pour un groupe que beaucoup n'ont jamais vu sur scène, mais dont tout le monde connaît la réputation. La colère, enfin, de s'être fait chier dessus par Sunn O))), alors qu'on avait rien fait. «Ben, maintenant, tu vas te faire pisser dessus, par David Yow, mais là c'est du bonheur ».

Nos quatre lascards entrent en scène. Yow trés sobre, chemise noire boutonnée, pantalon noir. Il balance un baratin trés poli dans un américain chamallow à souhait, mais il y a ce rictus, et quelque chose de diabolique dans le regard. À la première note de «Puss», il se laisse tomber dans la fosse. Il ne nous montrera pas sa bite, et ne nous pissera pas dessus, parce qu'il n'est pas un produit prévisible. Il ne se jette pas dans la fosse, il se laisse tomber, comme dans une rupture d'espace-temps. C'est sa capacité à s'abandonner, à exposer sa voix, son corps, qui frappe avant tout. Une voix souvent hurlée, même en fin de respiration, plutôt «en dedans», comme sur les premiers albums : ce qu'il perd en nuance, il le gagne en intensité. Sur scène, il est à fond, puis tout à coup se relâche, titube, manque de s'évanouir.

On a l'impression qu'on va exploser avec lui sur le refrain de «Thumbscrew», et les breaks ont quelque chose d'hallucinatoire, entre deux moments de furie pure. Le slam fonctionne comme une soupape : quand la pression est trop forte, il tombe. La savante alchimie rythmique du trio apparaît au grand jour sur scène ; basse et batterie sont souvent décalées ou à contretemps, la guitare de Denison, tantôt sur un mode mélodique, tantôt rythmique, est à la fois subtile et minimale ; c'est la quintessence du hardcore américain: sobriété, concision, refus du solo marathonien chiant, à l'anglaise. Le son est lourd, parfois lent, saccadé, les Melvins ne sont pas loin, mais pas l'ombre d'une sonorité métal. On est quand même loin du grunge, contemporain des années d'activité du groupe. La transubstantiation christique a lieu : Yow ouvre sa chemise, puis finit torse nu, suant, crachant, lessivé, nous avec. Les pitreries du petit moustachu des Black lips le lendemain nous paraîtront bien dérisoires.

À lire aussi : The Jesus Lizard - Shot (1996).

«Thumbscrews», comme si vous y étiez :




Morceau d'ouverture, «Puss» :




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Primavera Sound Festival de Barcelone 2009, Jour 3


Troisième et dernier épisode du festival espagnol aux 80.000 spectateurs (leur record d’affluence, ils étaient 8.000 en 2001), nous allons enfin voir le bout du tunnel. Nous commençons avec la belle Alela Diane (cheveux courts) que l’on ne présente plus, et qui joue en fin d’après-midi dans la majestueuse salle fermée de l’auditorium (3.200 places assises). Parcourant essentiellement To Be Still son dernier album, c’est encore une fois un bonheur pour les oreilles, dans le sens du poil certes, mais avec la certitude de se tenir (assis) devant l’une des plus belles voix féminines américaines du moment.

Cette journée a tout pour me plaire puisque nous enchaînons avec Jonathan Meiburg et son projet Shearwater. Alors que je m’attendais à un concert plan-plan de fin d’après-midi et à de douces mélopées aériennes, les texans ont livré un spectacle dantesque, Jonathan poussant sa voix (phénoménale) dans ses derniers retranchements sur des titres qui au final sont déjà des classiques, alors que je n’en avais pas tant l’impression. De plus, ses musiciens (et lui-même) se livrent tout au long de la représentation à un impressionnant jeu de chaises musicales, à l’aise quelque soit l’instrument. Mention spéciale au batteur (par défaut), au physique à la Mickey Rourke et au doigté si délicat au xylophone. L’un de mes meilleurs moments du festival.



Un peu plus tôt, hors site, au parc Miro, petit îlot de verdure au milieu d’immeubles, deux groupes allaient nous en donner pour notre après-midi. Bowerbirds dans un premier temps, trio de Caroline du Nord au folk simple mais racé, et Crystal Stilts (photo) from Brooklyn, fort sympathique groupe anachronique (lunettes noires, voix monocorde, palmiers). Alight Of Night ressort vraiment bien, et l’impression de voir jouer le Velvet est prégnante. Avec Crystal Antlers et The Pain Of Being Pure At Heart, c’est la troisième confirmation de talent des buzz médiatiques de cette année.

Suit un peu plus tard l’enchainement de trois groupes légèrement plus anciens : Deerhunter, à l’instrumentation un peu simple alors que je m’attendais à du bidouillage informatique, Gang Gang Dance, avec une voix que je n’ai pas pu supporter, et Liars, qui malgré leur côté "poseur" restent vraiment très intéressants. Je ne vous parlerai pas de The Jayhawks, classique mais sans plus, pour passer directement aux deux poids lourds de ce festival.


30.000 personnes se sont tassées pour voir jouer le canadien le plus célèbre du monde. Cela fait vingt ans que Neil Young (photo) n’a pas joué à Barcelone, et le Monsieur se fait assez rare (et cher surtout). Eh bien force est de constater qu’à 64 ans, le musiciens a gardé une sacré présence sur scène. Il nous offre un concert "Best Of" où il est étonnant de constater à quel point les espagnols (et les autres) connaissent les paroles du répertoire sans fond de Neil, et surtout que de très nombreux artistes du festival sont dans le public pour voir jouer leur idole. Point de dernier album, le public n’est pas venu pour ça, c’est principalement à Harvest, Zuma et After The Gold Rush que l’on a droit. Encore mieux, même si certains se demandent encore pourquoi, Neil Young termine son set (1h30 seulement) sur "A day in the life", une cover des Beatles qui lui va comme un gant et sur laquelle il achève sa guitare, laissant la caméra s’attarder sur l’objet encore fumant.

Rien d’autre à dire sur Sonic Youth, qui au contraire joue essentiellement son nouvel album, et qui m’a beaucoup moins convaincu. Mettons ça sur le dos de la fatigue. 31 concerts en 3 jours, plus de 5 litres d’Estrella Damm ingurgités, c’est mon bilan personnel d’un festival où je placerai sur le podium Neil Young, Yo La Tengo et Shearwater. Là où je commence à avoir le vertige, c’est quand je regarde tout ce que j’ai manqué : Phoenix, Aphex Twin, Squarepusher, The Jesus Lizard (impardonnable mais c’était ça ou Yo La Tengo), Wavves, Art Brut, Sunn O))), The Drones, Shellac (aïe), Damien Jurado, Vivian Girls, Michaël Mayer, Tokyo Sex destruction, A Certain Ratio, Majhongg, Simian Mobile Disco, Jeremy Jay, Black Lips, Zombie Zombie et j’en passe encore… Tout est question de choix, et celui qui m’a mené ici fut tout-à-fait justifié. Hasta luego Barcelona.

Le site officiel du festival

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Crédits photos : Dani Canto ©, Inma Varandela ©, Cristina Delbarco ©

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John Daly - Sea & Sky (2009)

John Daly a pointé son nez dans le petit monde de la deep-house il y a à peine trois ans, mais quelques singles lui ont suffi pour se faire repérer et signer par François K sur son label Wave. Il enregistre également pour sa propre enseigne, Feel Music, et pour les Helvètes de la Drumpoet Community. Dans la foulée, le très précoce irlandais compile ses meilleurs tracks, ajoute trois inédits, et nous pond un premier album étonnamment solide qui hésite, sans jamais vraiment se décider, entre house aquatique et disco planant. Un album éthéré, plus rêve que rave, pas franchement destiné au dancefloor, et qui offre une certaine vision de la félicité électronique, tout en fluidité.

En dehors de l’énorme track disco-house “Freak Out Or Get Out” (sorti en maxi en 2007), Sea & Sky est un disque complètement dédié à l'introspection et à la contemplation, qui peut s’écouter comme une oeuvre d’ambient. Comme souvent chez les très jeunes producteurs, les références de Daly sont aisément lisibles, même si l’on reste bien loin du plagiat. Tout juste notera-t-on la ressemblance d’”Exp 3” avec certains titres de Carl Craig ou Jeff Mills, les nombreuses analogies entre “Time Again” et le cosmic-disco de Lindstrom et Prins Thomas, ou les hommages appuyés aux choucrouteux de Tangerine Dream et Can. La diversité des genres abordés est assez surprenante pour ce newcomer qui fait étalage de sa capacité à dépasser la scène club et à visiter des territoires moins euphoriques.

On n’échappe pas à quelques sons un peu “carte postale”, comme les samples marins d’”Atlantis” et les relents dub de “Gabriel” ou “Do It”, mais le tout est si bien ficélé que l’on s’y sent bien au chaud, comme dans un cocon, bercé par le ressac des vagues analogiques. Les mauvaises langues ne manqueront pas de signaler que ce premier essai manque de relief et de folie. C’est sûr, John Daly n’est pas Moodymann ou Theo Parrish. Il ne bousculera sans doute pas les codes de la house. C’est un simple artisan - plus doué que la moyenne, mais tout de même un artisan - qui vient grossir la cohorte de nouveaux producteurs deep européens. Quoi qu’il en soit, je me suis laissé happé par cet album léger comme une bulle de savon, compagnon parfait pour ce printemps ensoleillé.

En bref : un tout jeune Irlandais livre un premier album deep-house d’une grande intensité malgré son tempo plutôt lent. Flirtant par moments avec le space-disco ou l’ambient, Sea & Sky figure d’ores et déjà en bonne place dans mon palmarès électronique de l’année.




John Daly - Time Again.mp3
John Daly - Freak Out Or Get Out.mp3

Le Myspace de John Daly
Le site et le Myspace de Wave Music

A lire : Culoe De Song - The Bright Forest et Moodymann - Anotha Black Sunday

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04 juin 2009

Primavera Sound Festival de Barcelone 2009, Jour 2


Sommeil en option et un passage par la case fourrière de Barcelone plus tard, le deuxième jour de cette neuvième édition du festival barcelonais peut commencer. Nous n’avons toujours pas le droit d’entrer avec une bouteille d’eau (mais un couteau c’est Ok !) alors que le soleil s’en donne à cœur joie, n’épargnant aucune épaule dégarnie. Passons. Un grand moment m’attend puisque Magnolia Electric Co. alias Monsieur Jason Molina ouvre le bal. Hélas, c’est une déception. Malgré sa voix magnifique (à mon sens l’une des plus belles du folk américain), le petit homme joue son Americana de manière professionnelle, mais je ne sais pas, il manque quelque chose, un souffle, un entrain, une pedal steel.

Nous restons sur la scène Rockdelux puisque Spiritualized (photo) y joue en suivant. Grâce à une configuration scénique originale (musiciens en noir à gauche, Jason Pierce et ses choristes en blanc à droite) et de bon vrais morceaux, la mayonnaise prend. Tout comme chez les Bostoniens Throwing Muses que je n’attendais pas du tout et qui sentent bon le rock’ n’ roll. Déplacement obligatoire sur la grande scène Estrella Damm afin de vérifier tout le bien que l’on dit de Bat For Lashes (photo). L’anglaise Natasha Khan assure effectivement les deux premiers morceaux dans un univers très particulier, mais pour le reste, j’ai trouvé ça vraiment très chiant.


Sur la même scène, c’est l’ex Pulp Jarvis Cooker qui prend le relai pour présenter son dernier album solo. Honnête, sans plus. Pour finir avec les gros, ce sera fait, Bloc Party termine ma soirée avec un show efficace également, mais un manque d’inspiration certain dans les chansons. Le public lui, est très réceptif, surtout à "Banquet".

Un peu plus tôt, ce sont les nouveaux venus Crystal Antlers et The Pain Of Being Pure At Heart qui ont la lourde tâche de relever le défi de la scène, après deux albums individuels plutôt remarquables. Et ça marche. La bande de Long Beach joue de front un set rapide et efficace, presque plus facile que sur disque, alors que les new-yorkais se révèlent être d’excellents et très entraînants rockeurs.


Passage du côté de chez Jason Lytle (from Grandaddy) qui ne semble pas très sympathique, n’arrêtant pas de se plaindre au sujet de cette "fucking stage". Mais il joue les morceaux de Grandaddy (puisque finalement c’est lui qui les a écrits), et donc c’est forcément agréable à entendre. Enfin, le plus fou pour la fin, le phénomène Dan Deacon joue sur la scène Pitchfork accompagné de son band. Malgré quelques tentatives ratées de participation du public (sa grande habitude), il livre un show bordélique au possible, en tant que grand manitou nerd des machines, alors que sur scène cela devient n’importe quoi, ils ont du finir à trente, dont un déguisé en cachet pour la toux. Les amateurs auront apprécié, et j’aurai réussi à faire un hang-ten avec Dan, la classe. Plus qu’un jour.

Le site officiel du festival

Lire aussi : Primavera Festival de Barcelone 2009, Jour 1

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Crédits photos : Dani Canto ©, Inma Varandela ©, Cristina Delbarco ©




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03 juin 2009

Jay Bennett - Whatever Happened I Apologize (2008)

Ca ne vous a sans doute pas échappé si vous lisez un tant soit peu la presse musicale, Jay Walter Bennett, entre autres guitariste de Wilco de 1994 à 2001, est décédé il y a peu de cause inconnue dans son sommeil à l’âge de 45 ans. J’avoue sans honte qu’il y a encore quelques jours, je ne connaissais pas le Monsieur. J’avais pourtant sans le savoir écouté son savoir-faire au sein de Wilco à de nombreuses reprises, notamment sur le magique Yankee Hotel Foxtrot. Mais j’ignorais l’existence de son premier groupe, Titanic Love Affair (un Dinosaur Jr like), et encore plus celle de ses quatre premiers albums solo. Sur ce cinquième, mis gratuitement en ligne par le concerné en novembre dernier dans la plus grande indifférence, son talent de songwritter et d’interprète ne peut que nous exploser à la figure.

Compositeur acharné, il avait également en préparation un Kicking At The Perfumed Air, autre album solo qui devait sortir en octobre dernier et auquel il a préféré substituer ce Whatever Happened I Apologize. Une question d’humeur, de moment, et grand bien lui en a pris, même si je me doute que l’autre album devrait également paraître un jour, à titre posthume, vue la qualité de celui-ci. Jay disait vouloir capturer la simplicité et la nature émotionnelle du songwritting. Une phrase qui finalement n’en dit pas plus long, sauf si on écoute le disque. Sorte d’Americana mélodique, ou plus simplement de folk, Whatever Happened I Apologize est 100% acoustique, guitare et voix. Enregistré en une seule prise, Jay confie ne pas s’être soucié de la perfection, et il en résulte un sentiment d’honnêteté vertigineux.


Immédiat et nu, Whatever Happened I Apologize est un concept album sur une relation amoureuse vouée à l’échec. Dès les arpèges introductifs de "I don’t have the time" l’on sait à quoi s’attendre. Une voix décharnée, tout simplement sublime, sans pathos ni exagération, qui touche à l’intime de manière presque inédite. J’ai tout de suite pensé à Elliott Smith dans cette façon de chanter simplement, mais sur le fil du rasoir. "The engine are idle" est un autre grand morceau de l’album, même si l’homogénéité générale n’en fait pas ressortir un plus qu’un autre. Enfin si, "Talk and talk and talk" est tout de même magnifique. Ecrit, arrangé et mixé Par Jay himself au studio Pieholden Suite Sound d’Urbana dans l’Illinois, c’est également Jay qui a conçu la pochette. Seuls Daniel Johnston (ah oui quand même) et Edward Burch lui sont venu en aide, l’un pour l’écriture du morceau "Wicked world", l’autre pour donner la voix. R.I.P.

En bref : un somptueux disque folk sortant de nulle part qui prend directement sa place dans mes disques de chevet. Pas moins.




A noter premièrement que l’album est disponible gratuitement et légalement ici, donc pas d’excuse, et deuxièmement que son web label d’origine cherche à collecter des fonds pour éditer Whatever Happened I Apologize en vinyle, ici.

Le Myspace

A lire aussi : Silver Jews - Lookout montain, lookout sea (2008)

"I’ll decorate my love" présent sur l’album :




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Primavera Sound Festival de Barcelone 2009, Jour 1


Du 28 au 30 mai dernier, se déroulait à Barcelone l’un des plus importants festivals de musiques actuelles européens. Encore que d’européen il n’en avait que le nom, puisqu’il fut effarant de constater à quel point la programmation en 2009 est américaine, à croire que l’Angleterre a définitivement laissée sa place au nouveau continent en terme d’originalité et de productivité musicale. Soit. C’était surtout l’occasion, hormis le fait d’assister à des performances d’artistes reconnus et accomplis (un euphémisme quand on parle de Neil Young ou Sonic Youth), de confirmer ou d’infirmer la talent des nouveaux venus et autres buzz médiatiques de l’année en cours.

Niveau ambiance à Barcelone, Eto’o et Messi avaient déjà fait le travail la veille en offrant à la cité catalane une bien belle victoire footballistique, plongeant ainsi la ville dans une liesse sans fin. Ne restait à l’organisation du festival (un quasi sans faute, j’y reviendrai) qu'à transformer l’essai et prolonger ainsi le plaisir. Dans un premier temps le site, magnifique, large terrain de jeu dominant la mer méditerranée et offrant aux festivaliers six scènes majeures où se sont succédés plus de 170 artistes. Grâce à un emploi du temps respecté à la lettre, et des commodités somme toute assez commodes, c’est un plaisir de passer d’une scène à l’autre sous le soleil espagnol.


Accompagné pour l’occasion de Michaël de chez Crystal Frontier, nous débutons en douceur avec deux jeunes groupes efficaces et variés, à savoir Veracruz (groupe local) et Women, quatre canadiens qui ont bien fait parler d’eux cette année avec un très bel album. Plus tard ce sont les mythiques néo-zélandais The Bats, de retour cette année et à qui cela fait visiblement plaisir d’être là. Il est surtout intéressant à ce stade de constater que ce n’est certes pas le meilleur groupe du monde, mais pourtant que l’on sent à chaque petit bout de mélodie combien ils ont pu influencer les Shins et autres groupes du genre.

Le temps de faire la connaissance des non moins classiques The Vaselines d’Ecosse, qui ont à coup sûr un petit côté The Delgados (à moins que cela ne soit l’inverse), et c’est l’heure de la première claque de ce festival, l’un des bastions de la scène indépendante nord américaine, j’ai nommé Yo La Tengo (photo). Un groupe que je découvre à peine ce jour-là (et au vue de la discographie gigantesque, j’ai du retard) mais qui m’a vraiment fait forte impression. Jonglant entre les genres (de la synth pop au rock garage), c’est un trio phénoménal qui s’offre à nous. Georgia Hubley la batteuse est impressionnante. C’est elle qui maintient le rythme lorsque son mari Ira Kaplan part en digressions guitaristiques et autres effets de torture d’instruments. En-or-me ! Partager quelques arrêts de métro avec eux deux jours plus tard aura été un autre de ces grands moments.


Après cet électrochoc, Andrew Bird (photo) bien seul sur la scène Ray Ban Vice a du mal à faire ressortir ses chansons, mais parvient à garder la classe en se samplant au violon et en posant sa très belle voix par-dessus. Changement d’ambiance lorsque mon chouchou Jay Reatard et sa tignasse s’escriment à faire tenir cinq chansons dans cinq minutes, ou presque. L’on commence à voir le bout du tunnel de ce premier jour chargé, mais il reste encore le phénomène My Bloody Valentine auquel j’avoue avoir été légèrement hermétique. Ne distinguant aucune mélodie, j’ai eu du mal à supporter l’effet "je joue le plus fort possible tant que les gens ne convulsent pas par terre". Chacun son truc. Enfin et alors qu’il est déjà très tard, les anglais (les seuls ?) de The Horrors, qui m’ont impressionné avec leur dernier opus Primary Colours se chargent de me bercer avant les deux autres longues journées qui nous attendent.

Le site officiel du festival

Lire aussi : Primavera Festival de Barcelone 2009, Jour 2
Lire aussi : Primavera Festival de Barcelone 2009, Jour 3

Crédits photos : Dani Canto ©, Inma Varandela ©, Cristina Delbarco ©


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Concours - Soirée Purple UFO au Café de la Danse le 24/06/09


Isolés dans un bunker aux fins fonds du Nevada, les agents Johnson et Marshall, fidèles croyants et pratiquants, aidés par leur robot Mc Load 4000.e, traitent et collectionnent données et témoignages sur l’existence ou non d’êtres venus d’ailleurs. Le Purple UFO est un vaisseau qui aurait été aperçu de-ci de-là sur la planète. Leur objectif est d’en prouver la non-existence.

Non, ceci n’est pas le thème d’un concept album des Flaming Lips (encore que), mais bel et bien la toile de fond de cet étrange phénomène musical. Qualifié de film de science fiction auditif ou encore de spectacle radiophonique (avec Radio Campus), ça doit à coup sûr valoir le coup d’oreille. Le tout est interprété par la compagnie d’Aleph, mis en image par Mi Ke et écrit et réalisé par Cosme Castro et Mathias Prademas. Côté musical, l’on devrait assister à des performances d’Anoraak, Danger et Etienne Jaumet, entre autres.

A cette occasion, le Café de la Danse et Dodb ont décidé de vous faire gagner 3 places pour aller assister à ce show qui s’annonce surprenant. Pour cela il vous suffit de répondre à la question suivante et d’envoyer vos réponses avant le 22 juin à contact@desoreillesdansbabylone.com avec "Concours Purple UFO" dans l’intitulé du message. Bonne chance à tous amis terriens.

En quelle année est sorti Rencontre du 3ème type de Steven Spielberg ?

Le site officiel (ahurissant, allez y jeter un œil) et le Myspace

Réserver sa place sur Fnac.com

Etienne Jaumet en plein démonstration :



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02 juin 2009

Peter Kruder - Private Collection, G-Stone Master Series N°1 (2009)

Si vous n’êtes pas familiers avec les travaux des sorciers autrichiens Peter Kruder et Richard Dorfmeister, je ne saurais trop vous recommander d’acquérir The K&D Sessions, double CD mixé qui reste l’une des pièces maîtresses du downtempo des 90’s. En véritables designers sonores, les Viennois y traitaient et remodelaient des morceaux d’artistes aussi divers que Depeche Mode, Roni Size ou Bone Thugs-N-Harmony et réalisaient le mix de chill parfait, mariant les volutes du dub aux beats hip-hop et drum n’bass. Depuis, leur temps s’est partagé entre leurs différents projets personnels (Tosca, Peace Orchestra...), la réalisation d’un nombre considérable de remixes, et la gestion de leur label G-Stone, fondé en 1993.

Pour ce premier volume des G-Stone Master Series (sortie le 12 juin), Kruder nous donne un aperçu de sa collection privée, qui compte plus de 35000 vinyles. Le sous-titre “Classics from my living room and bedroom” nous informe d’emblée que ce mix ne s’écarte pas de la ligne directrice qui a été celle du duo depuis ses débuts : donner matière à scotcher et à rêver avec les sons les plus ouatés et méditatifs. Les titres choisis vont du plus rare, voire introuvable, au plus connu, et sont mixés avec subtilité et discrétion, sans effets tapageurs. Le disque commence dans une ambiance post-rock avec un enchaînement Talk Talk/Tortoise à tomber par terre. Repris il y a peu par Shearwater (en face B du single de “Rooks”), “The Rainbow” de Talk Talk est un pur chef-d’oeuvre où s’imbriquent piano, guitares, violons et harmonica dans une atmosphère hindouisante et organique. Beaucoup moins connu que “Such A Shame” et toute leur période new-wave, c’est un extrait du meilleur disque des britanniques, Spirit of Eden (1988), qui rappelle combien ce groupe est aujourd’hui sous-estimé.

Les guitares s’amplifient légèrement pour “On the Chin” de Tortoise, accompagnées par le vibraphone qui constitue l’une des marques de fabrique du groupe. On retrouvera l’instrument à plusieurs reprises sur les plages suivantes, notamment sur le très smooth “Enchanted Lady” de Milt Jackson. Il y a bien quelques faiblesses dans cette sélection, comme le “Sweet Butterfly” de Charles Webster, où la voix irritante de Del St Joseph gâche quelque peu le superbe instrumental. Mais comment ne pas célébrer l’éclectisme de cette Private Collection réunissant Tom Waits et Japan, Jan Hammer et Chateau Flight ? Et comment ne pas succomber aux percussions mélodiques d’”Adrien”, du Gong époque Pierre Moerlen, où résonnent les gazouillis enfantins du fils du musicien, actuel leader de l’excellent groupe strasbourgeois Crocodiles ? Ou au “Here We Go” de Jon Brion, bijou de pop-song beatlesienne toute de cordes parée ? On n’en voudra pas non plus à Kruder d’avoir inséré deux de ses travaux dans cette sélection certes pas révolutionnaire, mais diablement élégante et réconfortante.

En bref : ambient, pop, post-rock ou jazz, peu importe l’étiquette tant qu’il y a matière à scotcher. Encore une superbe compilation, douce comme une caresse, de la part du maître autrichien du genre.



Le site de G-Stone

A lire aussi : A Tribute To... Fila Brazillia

Le morceau d’ouverture de la compilation, “The Rainbow”, de Talk Talk :


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