09 décembre 2007

Papa M - Whatever, Mortal (2001)

Voilà un de ces albums qu’on a peur de souiller de son verbe impur tant on les respecte. Un joyau folk où le fertile Papa M et son pote Will Oldham prennent le temps de regarder pousser le blé, entre une escalade acoustique et une virée sous le soleil harassant du Kentucky. Tout bonnement indispensable.


Accédant à la reconnaissance avec Slint, groupe noisy monté notamment avec Billy Corgan (qu’il retrouvera fin 2001 au sein de Zwan), David Pajo devient le guitariste de Tortoise et multiplie les collaborations avec les Palace Brothers, Stereolab et nombre de projets sous étiquette Drag City. En solo, Il commet une bonne poignée de forfaits sous les pseudonymes M, Aerial M et Papa M, ou sous son propre nom. Un joli CV pour un musicien versatile dont Whatever, mortal reste la réussite la plus marquante.

Sur sa pochette, David Pajo est adossé à un mur baigné de soleil, posé sur une chaise, accompagné de son seul chien. On imagine que la scène se passe devant sa maison de Louisville (Kentucky), cité où il apprit les bases du blues et du folk avant de se consacrer au hardcore, puis au post-rock, vers le milieu des années 1980. Et c’est d’ailleurs à Louisville que ce disque a été enregistré, comme à la maison ou presque. “Produit par personne en particulier”, stipule le livret... et ça s’entend ! Les cordes grincent comme les portes d’une abbaye. Quelques respirations se font entendre, et Pajo se poile même en regardant les Simpsons sur le bien-nommé Krusty, cavalcade d’arpèges d’un lyrisme forcené.

La décontraction n’empêche pas une certaine solennité et même un sens du tragique relativement poussé, qui imprègnent les ballades désespérées que sont Glad you’re here with me ou The lass of roach royal. Glauquissime, dans un mood très Nick Cave, Sabotage fait cohabiter un piano aux accords mineurs et des chuchotements malsains avant qu’un sitar, puis des tablas ne viennent hindouiser la sauce et perpétuer la note psychédélique de Tamu. Le papa s’amuse à utiliser l’écho des cordes graves de sa guitare pour rendre le son d’un harmonium. Homme à tout faire, il passe avec aisance du banjo au mélodica, des claviers à l’harmonica et aux percus. Des superpositions sonores touffues qui ne parviennent cependant pas à surpasser les chansons les plus simples et dylaniennes du disque, Over Jordan, Roses in the snow ou Northwest passage, diamants bruts pétris d’amour dont je ne peux me lasser.

S’il fallait absolument trouver un point faible à ce chef-d’oeuvre, je dirais que la pose christique qu’adopte par moments David Pajo, sur le single Beloved Woman par exemple, peut évoquer ce versant de l’Amérique qu’on préférerait oublier, celui des escrocs télévangélistes aux sourires carnassiers. Ceci étant dit, si vous ne connaissez pas ce disque, achetez-le les yeux fermés. Vous aurez le droit de me rosser si vous n’y trouvez pas votre compte.

En bref : Un album somptueux qui se taille une place de choix au panthéon folk des années 2000.




Le clip de Krusty :


3 Comments:

Maxence said...

Excellent post et l'idée d'une vidéo presque à chaque fois est très bonne aussi ! On ne parle pas assez de ces artistes, c'est vrai.

daniel said...

Ancien fan , j'ai monté sur mon blog le CAWO ( Comité Anti Will Oldham, lui-même affilié au CDDDS ( Collectif des déçus de smog ...) parce que Will Oldhma se Bjorkise et se complâit me semble-t-il dans son statut (pas usurpé au départ, on est d'accord) de Nick Drake LoFi , tellement intense quand il chante et tout ...Je suivrai plutôt Marc Zisman qui le qualifie de complaisant et prétentieux .
Il s'autoparodie moins que Cave , Waits ou Bill Calahan , mais quand même ...
Alors , bonne journée et pour les messages d'insultes , on peut aller ici : http://next.musicblog.fr/p/profil/

iLan said...

Ce disque vaut bien ses 5/5 ! Je l'ai écouté des dizaines de fois et je ne m'en suis jamais lassé. Comme tout ce à quoi David Pajo a touché de près ou de loin.
J'espère que daniel (voir ci-dessus)n'a pas l'intention de monter un CADP, parce que c'est lui qu'on va rosser !