15 novembre 2008

Scott Walker - Scott 4 (1969)

« A mans work is nothing but this slow trek to rediscover through the detours of art, those two or three great and simple images in whose presence his heart first opened ». Albert Camus (impression de la pochette intérieure de Scott 4)


Figure tutélaire et protéiforme de la musique pop, Scott Walker, né Noel Scott Engel dans l'Ohio en 1943, orne de sa grâce toute panoplie référentielle de rock critic. J'en suis convaincu, voilà encore un artiste plus souvent glosé qu'écouté ! Mais au-delà de sa réduction en accessoire érudite, l'Américain fut, et demeure, un des chanteurs les plus émouvants du 20e siècle. Un crooner à la voix suave et pénétrante, un homme insaisissable au souffle sans fin, modèle proclamé de David Bowie, The Last Shadow Puppets et bien d'autres. En 1969, Scott Walker sortait Scott 4, son cinquième album solo et premier disque intégralement écrit par ses soins. Egalement un de ses plus grands échecs. A cette occasion, il abandonnait ses habituelles reprises (de Jacques Brel notamment) et composait dix titres somptueux, plantant ainsi définitivement son étendard dans la grande Histoire de la chanson pop.


Avant d'endosser les habits du songwriter mystérieux et marginal, en raison notamment de ses sorties espacées et erratiques depuis la fin des années 70, Scott Walker fut à l'origine une vraie idole pop, beau gosse bêlant adulé des jeunes filles en fleurs. Ce furent les heures des Walker Brothers (avec John Maus et Gary Leeds), trio de faux-frères qui splittera, se rabibochera puis resplittera et fera la prime renommée du chanteur. Les trois garçons sévissent alors en Angleterre, loin de leur terre natale, et trustent les premières places des charts britanniques avec leurs balades pop. La triplette, à l'image des Beach Boys ou des Beatles, s'inspire des orchestrations de Phil Spector et de son fameux “Wall of sound” pour l'instrumentation de ses titres. Bien plus tard, Scott Walker ira même jusqu'à revendiquer la paternité de ce mur de son symphonique qui fut la griffe du célèbre producteur new-yorkais. Bref, à l'époque, entre 1965 et 1967, grâce à sa formation, Walker est devenu une véritable petite star, aussi fameux pour sa beauté que pour sa musique.



L'aventure du groupe tourne court et, après trois disques, son leader embrasse une carrière solo. Scott (1967), Scott 2 (1968), Scott 3 (1969) sont produits en rafales et rencontrent une nouvelle fois un large succès auprès du public britannique. Le chanteur n'est pas avare en sorties mais fuit progressivement micros, scènes et caméras. Les mélodies pop sont toujours là mais ses compositions s'obscurcissent. L'Américain reprend de nombreux titres de Jacques Brel (“Mathilde”, “Ma mort” entre autres) et expose davantage sa fibre mélancolique. Scott 4 débarque dans les bacs fin 1969, sous le nom de Noel Scott Engel. L'album est une merveille, certainement le plus abouti de cette période, mais un échec commercial cuisant.


Dès les premiers mesures de “The Seventh seal”, le premier titre du disque, la messe est pourtant presque déjà dite. Le charme est instantané. Une guitare hispanisante et une trompette sonne l'alerte dans une ambiance digne d'un western, déjà annonciatrice des productions futures de Scott Walker. La voix du chanteur est altière et héroïque. Elle s'en prend aux tripes et les empoigne. Et nous fait sentir héros. Les orchestrations symphoniques participent de cet effet par leur richesse et leur flatteuse douceur. On touche presque ici au sacré, au divin, au supérieur. Walker éblouit à chaque seconde par sa prestance, sa maîtrise et son nerf ardent. Son chant habité, animé d'une sorte de vibration soul blanche, pénètre et élève. Voilà peut-être le don qu'il a acquis lorsqu'il étudia pendant un an les chants grégoriens dans un monastère des Iles de Wight. Les balades pop canoniques, “Angels of ashes” et ses délicats arpèges de guitare, cotoient dans le disque les titres plus enlevés comme “Hero of the war”. L'ensemble est baigné d'une lumière providentielle, Scott Walker est définitivement une légende.


En bref : Un momument de musique pop, héroïque et animé d'une sorte de soul blanche mélancolique. Tout simplement une bénédiction. Et un Dieu : Scott Walker.





"The seventh seal" :




"The old man's back again" :



A lire aussi : rubrique pop



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14 novembre 2008

WBMX & WGCI Old school mix sets (1983 - 1990)

Les généreux mélomanes du site américain Nuyoshi ont mis en ligne, depuis un moment déjà, une cinquantaine de mix diffusés sur les radios chicagoanes WBMX et WGCI entre 1983 et 1990 - plus de quarante heures de musique ! Des archives à caractère historique pour tous les amateurs de house, puisque ce sont quelques-uns des pionniers de la scène qui se succèdent aux platines : le parrain Frankie Knuckles (photo), Fairley Jackmaster Funk, Fast Eddie, etc... D’autres DJ présents, plus confidentiels, n’ont jamais cartonné sur disque mais sont de grandes figures radiophoniques, membres du collectif légendaire Hot Mix 5, qui fut pour beaucoup dans l’explosion du mouvement house. Qu’ils soient célèbres ou non, tous ces noms nous ramènent directement aux sources de cette musique dont Chicago est unanimement considéré comme le berceau.

Comme ces émissions ont été enregistrées sur cassette, certaines sont coupées de manière plutôt abrupte, les auditeurs ayant parfois oublié de changer de face. Quant à la qualité sonore, elle n’est évidemment pas au top mais reste tout à fait acceptable. La plupart des mix oscillent entre disco-garage et early-techno, et si l’on a parfois l’impression d’écouter Nostalgie Dance, d’autres moments sont carrément prophétiques, d’une modernité étincelante : écoutez par exemple le travail de Fairley Jackmaster Funk pour WBMX en 1987, déjà minimal ! Et puis il y a ce plaisir spécifique à la radio d’entendre Fast Eddie glisser quelques dédicaces ou Knuckles, sur un beat catchy, souhaiter un joyeux anniversaire à son pote Tony avant que ne déboule le jingle : “WBMX / We totally jack the house !”. Anthologique.

Les mixes de WBMX ici et ceux de WGCI
Le site de WBMX et celui de WGCI

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Fantastic 3 - 14 Favorites (1999)

En voilà un disque improbable, de la pochette comics jusqu’au genre abordé (transcendé ?) tombé en désuétude ces dernières années : le surf rock. Les comics et le surf, deux éléments forts de culture américaine, et pourtant ce sont bel et bien trois français qui se cachent derrière ce pseudo qui leur convient à merveille. A la batterie : Denis Baudrillard, à la basse : Fabrice Lombardo (tous deux membres entre autres du Jim Murple Memorial et du Hitsville Band) et enfin Philippe Almosnino (Wampas) à la guitare. Bien malheureusement Fabrice décède d'un cancer en 2003 ce qui explique pourquoi ce recueil de chansons garages n’a pas eu de suite, mis à part des participations à trois autres compiles.
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14 Favorites livre donc trois compositions originales ("White boogie", "Indian tones" et "Hawaiian beach") et reprend 11 classiques rock, de "Our favorite martian" de Bobby Fuller à "Egyptian reggae" de Jonathan Ritchman en passant par "Jack the ripper" de Link Way au tempo un poil plus modéré que l’ensemble. Pour le reste ça dépote grave, la première face notamment, avec un "Let’s get funky" qui annonce la couleur suivi d’un "Hava Nagila" rappelant aux plus belles heures de Dick Dale et de son "Misirlou". Sur "Comanche" (et non Apache, bien que proches) ce sont les sonorités des Ventures et de leur "Wipe out" qui se font ressentir, et l’odeur de wax n’est pas loin.
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Et même si sur "Indian tones" Denis s’en donne à cœur joie avec son instrument, c’est littéralement Philippe qui guide nos pas de sa guitare incisive à souhait, sur "Ghost rider in the sky" on croirait avoir enclenché le mode 45 tours tellement ça swingue. Une émotion et une énergie brute et sauvage surlignées par le choix judicieux du schéma trio instrumental. Enregistré et mixé en 8 heures par Patate Production (sic), ce disque anachronique en 1999 témoigne d’une maîtrise du cool exceptionnelle et une fois posé sur la platine, il n’en décolle plus. Jouissif.
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En bref : 3 frenchies s’accordent une session de surf avec bon goût et maîtrise en sus. Indémodable.
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"Comanche" joué par les Malcontents, je n’ai rien trouvé de plus proche :


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12 novembre 2008

Tricky - Espace Julien, Marseille (10/11/08)

Salle bourrée à bloc pour cette étape marseillaise de l'ex-enfant terrible du trip-hop anglais, désormais résident parisien, (chronique de son inauguration du Centquatre, nouveau club parisien sur le très bon blog Le Shamrock) et qui se montre ainsi particulièrement prodigue dans sa desserte des villes françaises ; ce qui n'a pas toujours été le cas.

C'est un Tricky à l'heure, mais claudiquant - son guitariste parlera d'une jambe cassée- qui investit une scène baignée d'un halo de bleu, destiné d'après le maître en régie à masquer les stigmates de l'artiste. Le son est superbe, celui de la guitare en particulier, et ça c'est un bon point.
Pour le reste, après une intro "en roue libre" qui décline le "Sweet Dreams" d'Eurythmics en 12 b.p.m sur "You Don't Wanna", extrait du décevant Blowback (2001), une large place sera faite au dernier album, qui sans parler de renouveau artistique fort, marquait au moins au début de l'été, le retour à une inspiration moins en berne que sur les derniers LP's.
C'est en effet à un "Past Mistake", impressionnant et é-tiré (peut-être trop, quoique...) que le public venu en masse, assiste en début de set ; le même principe sera décliné sur le très beau "Joseph" lors du vrai-faux rappel - le concert durera un peu plus d'1h 1/2 et sera "divisé" en 2 parties - avec des échos de guitare en delay.

Si déception, il doit y avoir, ce sera uniquement sur le choix du répertoire qui ignorera les deux meilleurs albums de l'artiste : point d'extraits du brillant Juxtapose(99) ici, et le seul "Vent" rescapé de l'étouffant mais innovant Pre-Millenium Tension (96), une tendance à trop privilégier des vieilles scies de Maxinquaye (95), le debut album, bardé de singles qui n'ont pas forcément tous bien vieilli, car trop estampillés esprit Wild Bunch Bristolien.
Ainsi, les classiques, "Black Steel", "Overcome", "Pumpkin" sont exécutés au pas de charge, et offrent un troublant contraste avec les morceaux plus récents que Tricky et son band se font un plaisir de délayer ad libitum.
Notons aussi cette reprise un peu inutile du "Love Cats" des Cure, présente sur Vulnerable (2003), et cette bordélique cover du "Ace Of Spades" de Mötörhead, balancée lors d'un finale où Tricky, de manière inattendue et avec la complicité du service d'ordre, fait monter sur scène les 3,4 premiers rangs : c'est donc toute une faune sympathique et débonnaire qui fait des moulinets ; alors qu'on aurait cru ce genre d'offrande plutôt réservé au public de M.

Qu'à cela ne tienne et foin de pinaillage de fan, Tricky, assisté de sa délicieuse chanteuse italienne, dirige tout cela d'un doigt pointé, qui à son batteur, qui à son clavier, qui à sa bassiste, entre deux déchaînements gutturaux ; l'homme, on le voit prend réellement sur lui pour assurer le set. Et ne pouvant rebondir comme il l'entend du fait de sa patte folle, il fait subir les pires outrages à la grosse caisse et aux toms qui le surplombent.
Les principales réussites, résumons, sont l'interprétation des meilleurs morceaux de Knowle West Boy, qui, en dépit de ses quelques faiblesses, montre qu'il est un album qui soutient la comparaison sur scène ; pour preuve ce roboratif et destroy "Council Estate" qui clôt le concert.

A lire aussi : les chroniques de Juxtapose et de Knowle West Boy

"Past Mistake", l'un des sommets du concert

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11 novembre 2008

Jay Reatard - Matador Singles’08 (2008)

C’est au moment de piocher des infos supplémentaires sur le net que je me suis rendu compte que ma nouvelle chronique (celle-ci) concernait l’album dit-du mois dans un célèbre magazine français de rock et de folk dont je tairai le nom. Comme quoi tous les esprits se rencontrent et quiconque se retrouve avec cette compilation dans les mains risque d’y revenir et d’y revenir encore. Comme remarqué ici ou là, le jeune acteur de la scène underground américaine aligne dans ce qui n’est même pas un véritable Lp une somme astronomique de tubes rock ‘n roll exemplaires, bien supérieure à certaines carrières entières chez d’autres groupes. Revisitant avec style une large palette de ce que le genre a fait de meilleur, Jay sans nous laisser une once de répit (30 minutes au compteur) fonce allègrement des Replacements à Mudhoney en écrasant les Ramones au passage. "An ugly day", "Always waiting more" ou "You mean nothing to me" semblent à l’image du concept de stupidité pour Forrest d’une évidence plus évidente que l’évidence selon un autre Reatarded américain.
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Un single par mois depuis le début de l’année, c’est le rythme que s’est imposé ce stakhanoviste de l’enregistrement. L’album qui succèdera l’année prochaine au Blood visions de 2006 devrait être bien chargé, et le choix du premier 7" n’en sera que plus ardu. Placés chronologiquement en écriture dans cette compilation signée Matador, ces douze titres écartent du revers d’un refrain toute concurrence garage rock actuelle, voire passée. En deux à quatre minutes au maximum, Jay enfile ses perles selon le schéma couplet de feu/refrain absolu/mélodie addictive pour un collier alliant psychédélisme 60’s ("You mean nothing to me" encore), grunge 90’s ("Fluorescent grey") ou punk 70’s ("Hiding hole"). Fulminant d’énergie et de tant de talent d’écriture, Jay Reatard emporte tout sur son passage et laisse chaos. Et quelle pochette! Pas besoin d'en dire plus.
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En bref : En 30 minutes chrono, un ptit djeuns décide d’écrire un tube rock par titre et ne nous accorde aucun répit. Merci !
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Le Myspace de Jay
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A lire aussi : Jeffrey Lewis - The last time I did acid I went insane (2002)
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"Always wanting more" en video colorée:


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Interview - Will Sheff (Okkervil River)

Lors du récent passage d’Okkervil River à l’Alhambra Dodb a eu la chance, le plaisir et l’honneur de pouvoir bloquer dans un couloir Will Sheff, leader de la formation folk ’n rock et en passe de devenir l’un des songwriters les plus indispensables de ce début d’ère. D’une simplicité et d’une gentillesse sans fin à l’égard de mon accent texan hésitant, Will revient avec nous sur ses influences et sur ses projets pour le groupe.
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Pour les puristes anglophones, l’interview intégrale en audio :

tilidom.com
Pour les sourds et malentendants, la traduction (partielle) en français : _

Ta mère et sa collection de disque semblent être très importants pour toi. Que pense-t-elle de ta musique ?
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Oui mes parents adorent le groupe. Mai les parents ont souvent besoin d'un avis extérieur pour cautioner. Au début ils me disaient: "Ok fais ce que tu veux" mais après un certain temps, quand on a commencé à tourner et à faire l’objet d’articles dans Rolling Stone ou le New York Times ils ont commencé à en penser du bien. Depuis ils m’apportent énormément de soutien. D'ailleurs ce nouveau disque est leur préféré, ce qui ne veut pas dire grand chose puisque chaque nouveau disque est leur préféré.
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Tu as écrit un jour que si tout le monde possédait un exemplaire de In the aeroplane over the sea "le monde deviendrait meilleur". Penses-tu qu’un jour quelqu’un dira de même pour l’un de tes disques ?
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Oh j’ai du dire ça il y a une dizaine d’années et je ne suis plus forcément d’accord. Ca fait longtemps que je ne l’ai plus écouté et finalement je ne pense pas que ce disque soit si important que ça. Je ne sais pas, ce n’est pas nécessairement ce à quoi j’aspire non plus. J’aimerais simplement que notre musique ait une signification pour les gens. Je pense que certains disques ont le pouvoir d' "humaniser", un peu comme Astral Weeks de Van Morrisson par exemple. En tous cas j'espère que notre musique apporte quelque chose. Et puis ce serait un peu pompeux et plein d’autocongratulation de dire ça de soi même. Je pense qu'il faut sans cesse se remettre en question et être critique sur soi-même pour ne pas devenir mégalo.
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De nos jours c’est courant pour un songwriter de chanter tout seul comme Conor Oberst sans Bright Eyes ou Colin Meloy sans les Decemberists. Y aura-t-il un jour un album solo de Will Sheff ?
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Oui j'aimerais bien le faire mais le problème en ce moment est de trouver le temps. J'ai du mal à écrire de nouvelles chansons pour un nouveau disque parce que je suis constamment préoccupé par la tournée. Mais l'idée ne me pose pas de problème.
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Tu as déjà été interviewé au sujet de la dévotion des fans. Es-tu toujours terrifié par ça ou penses-tu qu’il y a davantage de fans normaux que de détraqués ?
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Oh je suis certain qu’il y a davantage de fans normaux. Mais je pense que des fois des gens normaux peuvent agir bizarrement sans le vouloir ou même sans s’en rendre compte. Parfois rencontrer quelqu'un que l'on admire provoque d'étranges réactions. On pense connaître l’artiste, le peintre, l’acteur ou le musicien alors qu’en fait non. Et quand vient l'heure de la confation, tu as toujours à l’esprit l'oeuvre de l'artiste et tu veux savoir ce qui est personnel mais c’est impossible. L’interaction entre un fan et un artiste dure rarement plus d’une minute ce qui ne laisse pas assez de temps pour apprendre à connaître quelqu'un. C'est dommage.
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Et que penses-tu du fait que les blogs deviennent de nouveaux prescripteurs de musique où n’importe qui peut donner son opinion et être lu ?
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Je pense que c’est une bonne chose. Je trouve que de nombreux articles à succès ne viennent pas forcément de journalistes traditionnels mais de bloggers. Après tout je ne vois pas pourquoi il n'y aurait qu'une seule forme de journalisme. Et bien souvent les bloggers ont davantage de place pour écrire des articles plus intéressants ce qui apporte de la diversité.
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Je sais que tu aimes Scott Walker et Serge Gainsbourg qui étaient tous deux de grands transgresseurs, penses-tu qu’un jour Okkervil River deviendra plus rebelle qu’aujourd’hui ou vas-tu te tourner vers plus de "fun" comme ça semble être le cas depuis Black sheep boy jusqu’à The stage names ?
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Non c’est juste une question de transition de disque à disque. Black sheep boy était sombre sans être transgressif et je voulais changer un peu de direction. Aller vers plus de fun est forcément plus agréable mais je ne peux pas dire si ce sera toujours la cas. En fait ce n’est pas quelque chose vers lequel je veux forcément me tourner.
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Lorsque j’écoute les premières notes de "Bruce Wayne Campbell" je pense immédiatement à Serge Gainsbourg. Etait-ce ton souhait ou est-ce que je rêve ?
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Je n’ai jamais pensé à Gainsbourg en écrivant cette chanson mais j’aime vraiment sa musique et ses arrangements. Je lui ai volé tellement de trucs que j’ai oublié où est-ce que je les ai mis. Même aujourd’hui j’ai écouté Gainsbourg (L’histoire de Melody Nelson). C'est surtout l'orchestration que j'apprécie. Ces valeurs sont tellement ancrées dans mon sang que c’est devenu naturel pour moi et je n’y pense plus.
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Tu as organisé ce que tu appelles ton Green tour (inciter les gens à se rendre au concert à pied ou à vélo), tu te bats auprès du Headcount (inciter les gens à s'inscrire sur les listes électorales ), Okkervil River est-il en train de devenir un groupe politique comme R.E.M. à l’époque ?
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Oui je trouve très gênant lorsque Bono ou R.E.M. parlent de politique en disant : "Je suis le gars cool du groupe, je dis que cette chose politique est cool, vous devriez penser que c’est cool parce que je suis cool". Je trouve ça très condescendant. Pour que le Green tour fonctionne on devait faire un communiqué de presse parce que les gens ne l’auraient pas forcément fait d’eux-mêmes. En fait je n’aime pas parler de politique, ça me donne l’impression de vendre quelque chose. En revanche j’aime l’idée qu’un artiste puisse être engagé politiquement dans sa vie privée sans le faire ressentir dans sa musique.
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Regrettes-tu de ne pas être en Amérique pour fêter la possible victoire d'Obama?
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Oui je regrette vraiment parce que j’aurais pu essayer de convaincre des gens et passer des coups de fils alors que je suis là à ne rien pouvoir faire. C’est dommage. Et sans parler de ça, si Obama gagne j’aurais aimé pouvoir serrer ma copine dans mes bras et participer aux fêtes. Les américains, et pas seulement eux, attendent tellement de ces élections. Nous vivons une époque si fascinante.
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Le site officiel et le Myspace d’Okkervil River
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A lire aussi : Okkervil River - Concert à l’Alhambra le 03/11/08
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Midnight Juggernauts - Into the galaxy EP (2008)

La majorité d'entre vous n'a certainement pas manqué Dystopia, le retentissant premier album des Australiens Midnight Juggernauts, sorti l'an passé en France. Un coup d'essai électro-rock revigorant, nourri aux synthés spatiaux et aux accents rock eigthies, bref, une réussite. Pour ceux qui auraient loupé le coche, malheur à eux, le label Institubes fournit aujourd'hui prétexte à une petite séance de rattrapage. En effet, la structure parisienne, évoquée ici récemment pour son Circuit EP de David Rubato, édite en maxi-vinyle l'aérien “Into the galaxy”, extrait de Dystopia. Le titre est assorti d'une triplette de remixes et habillé, vous en conviendrez, d'une raffinée pochette céleste.


“Into the galaxy” est sans aucun doute le morceau le plus catchy de l'album du trio aussie, et l'un des plus réussis. Son ouverture, montée impérieuse de synthétiseurs, est un régal, prélude à l'entrée en voix du chanteur Andy Juggernaut. Cet auditeur assidu de New Order et autres Electric Light Orchestra, ses références, a incontestablement du flègme new wave dans l'organe. Il s'impose avec classe et hauteur, épaulé par un beat frénétique et contagieux. Et à l'écoute de cette plage, on se demande irrémédiablement si ce groupe n'est pas entrain de redéfinir les canons de la chanson pop moderne dans une sorte d'équilibre entre électro et rock new wave.


Dans l'exercice du remix, le trio britannique Metronomy (ci-dessus), dont le récent album (Nights out) ne m'a guère convaincu, s'illustre avec sa version sautillante “façon aérobic”, dopée à la boîte à rythme et à la basse funky, et ponctuée de breaks jouissifs. Le travail est propre et maîtrisé, appréciable. Les Parisiens de Chateau Marmont donnent eux une relecture plus dépouillée et électrique du titre. Enfin, je ne ferai que citer Danger, jeune lyonnais de 25 ans et troisième remixeur de la partie, tant son barbouillage musical offense mes oreilles et ne rend pas honneur à la partition des Juggernauts.


En bref : Session de rattrapage avec ce maxi pour ceux qui auraient zappé le très réussi premier album des Australiens Midnight Juggernauts (Dystopia). Pour l'anecdote, le mot “juggernaut” définit en anglais “une force irrésistible qui s'exerce sur quelqu'un”. C'est un peu ce que l'on ressent à l'écoute du single “Into the galaxy”. Cette démonstration d'électro pop-rock, grandiloquente et énergique, est malheureusement accompagnée de remixes inégaux et rarement brillants. Dommage.





Le myspace et le site web des Midnight Juggernauts.

Le site web d'Institubes.


A lire aussi : Midnight Juggernauts – Dystopia


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09 novembre 2008

Matt Elliott - Howling Songs (2008)

Je me rappelle très bien de l’un de ses concerts, l’année dernière. C’était à Strasbourg, et, comme toujours, il était seul sur scène, en homme-orchestre, avec son sampler, sa guitare et ses pédales à effets. Pour moi, Matt Elliott, c’est avant tout ce créateur solitaire, qui construit son monde sans jamais regarder ailleurs que dans ses souvenirs, ses douleurs, ses tripes. Depuis le projet dark et brillant Third Eye Foundation (dont il était bien entendu l’unique membre) et sa drum and bass autiste et hantée, le Britannique a fait du chemin et conçu un univers unique, entre folk suicidaire, mélodies slaves et vapeurs alcooliques.

Refermant la trilogie entamée avec le génial Drinking Songs (2005) et poursuivie avec l’un peu moins réussi Failing Songs (2006), Howling Songs est sans doute ce qu’Elliott a produit de plus abouti dans sa carrière. Songwriter désormais incontestable, il ose une utilisation moins systématique des choeurs, ce qui lui permet de poser davantage sa voix et de s’affirmer comme un excellent chanteur, au timbre saturé de sensibilité. Un timbre grave et plein, presque celui d’un crooner, qui prend parfois des accents de Nick Cave ou Leonard Cohen. Des arrangements pop de “Berlin and Bisenthal” à la limpide “Song for A Failed Relationship” qui fait penser à Nick Drake, la lente évolution de Matt Elliott vers la chanson semble achevée. Moins de bruitisme et de larsens, plus de maîtrise émotionnelle : c’est ainsi qu’il parvient à produire de purs diamants noirs comme l’édifiante “Something About Ghosts” (en écoute plus bas).

Les sonorités plaintives d’Europe de l’est et de Russie (violons) sont encore plus présentes qu’auparavant, même si certains titres lorgnent vers une mélancolie à l’espagnole (guitares). Ce dernier point s’expliquant très facilement par la récente installation du musicien en Espagne - originaire de Bristol, il a quitté la France, où il vivait depuis quelques années, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy. Il avait d'ailleurs écrit "La Mort de la France", dispo sur sa page Myspace, à cette occasion. “The Kübler-Ross Model”, qui ouvre l'album, plante d’emblée le décor désolé qui était celui des deux premiers pans du triptyque. On ne s’attendait certes pas à sortir la boule à facettes et les spotlights, mais là, Elliott fait très fort en plongeant encore plus profondément dans le désespoir. Et lorsque perce un moment de joie, c’est toujours dans l’évocation d’instants révolus.

Howling Songs, ce sont les pérégrinations d’un poète vagabond abîmé, claudiquant d’un troquet hongrois à un pub londonien, d’où il regarde les cargos s’éloigner dans la brume et l’humanité se décomposer, plein d’une hargne muselée qui s’échappe parfois par spasmes (les envolées rageuses d’“A Broken Flamenco”, “The Howling Song”, etc...). Avec une plume presque naturaliste à la Dickens, il dépoussière les clichés sépias de la révolution industrielle, pleure la perte de l’être cher et attend le naufrage d’un monde auquel plus rien ne l’attache, dont il nous livre des images parcellaires. “What to do but cry ?”, s’interroge-t-il sur la dernière plage du disque. A l’écoute de ce concentré de mélancolie, on aimerait lui renvoyer la question.

En bref : Le plus beau et le plus triste de tous les albums du plus magnifiquement dépressif des musiciens britanniques. Rescapé de la drum and bass, Matt Elliott s’impose désormais en maître du songwriting folk-rock slavisant. Beirut peut aller se rhabiller. Absolument splendide.




Matt Elliott - Something About Ghosts.mp3

La page Myspace de Matt Elliott
Celle de son label (français!) Ici et d'ailleurs
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08 novembre 2008

Guillaume & the Coutu Dumonts - L'Eté des Indiens (2008)

A peine Antoine a-t-il posté sa chronique de l'EP I was on my way to hell qu’un nouveau maxi de Guillaume & the Coutu Dumonts fait déjà son apparition dans les bonnes crèmeries. L’un des chouchous québecois (bien qu’installé à Berlin) de Dodb, dépositaire d’une micro-house souvent tribale et toujours impeccable, sort ces jours-ci L’été des Indiens sur le très jeune label allemand Oslo (dix références seulement au compteur), délaissant donc momentanément l’écurie parisienne Circus Company.

Deux notes de basse instaurent une belle tension, de discrètes percus émergent, puis l’unique corde d’un berimbau (ce curieux instrument brésilien en forme d'arc) résonne avec majesté. Après cette entame remarquable, "Halleluyah Yeah” déçoit. Le crescendo espéré n’a pas lieu. Dix minutes, c’est long, beaucoup trop long dans ces conditions, et l’ennui survient rapidement, malgré de belles textures sableuses. La face B, heureusement, sauve le disque. “Le Tigre” est une nouvelle plongée dans la transe éthiopienne qu’affectionne Coutu Dumont, canevas idéal pour une démonstration de sa maîtrise des percussions africaines, qu’il a très sérieusement étudiées à l’université et lors d’un long séjour au Sénégal, en 2001. Ce titre dense et entêtant, dont la mélodie émane d’un balafon solitaire, rappelle fortement le très bel EP Petits Djinns, sorti en 2007.

En bref: Dans un style afro-house bien propre à son auteur, “Le Tigre” éclipse la monotone première face de ce maxi sympathique, mais qui restera anecdotique dans le catalogue du Montréalais. On attend mieux de sa part.



Les deux tracks sont en écoute sur le Myspace du label Oslo
Le Myspace de Guillaume Coutu-Dumont

A lire aussi : les chroniques de Petits Djinns (2007) et I was on my way to hell (2008) de Guillaume & the Coutu Dumonts
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06 novembre 2008

Tricky en concert à Bordeaux


Ce petit post pour vous signaler la venue de l'enfant terrible du trip hop anglais, j'ai nommé Tricky alias Adrian Thaws. Celui qui a marqué les années 90 de son empreinte est de retour après cinq ans d'absence pour nous présenter son Knowle West Boy qui sonne d'ores et déjà comme son couronnement artistique. Si vous souhaitez assister à ce retour aux sources, ça se passe ce samedi 8 novembre au Théâtre Barbey et c'est Musiques de nuit qui organise. Vous m'en direz des nouvelles.
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Le Myspace de Tricky
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Réserver sa place
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Le clip de "Council Estate":


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05 novembre 2008

Last Days - Gus Van Sant (2004)

Juste quelques mots pour vous donner envie de voir, si ce n'est déjà fait, ce film musical pas ordinaire. Van Sant est trés fort pour choisir les sujets les plus racoleurs, et les traiter de la manière la plus personnelle et la plus inattendue qui soit. De même qu'il choisit, dans Elephant, de ne consacrer que 10 minutes à la tuerie de Columbine, pour filmer les déplacements des lycéens avant la tuerie, Van Sant réussit l'exploit de faire un film sur les derniers jours de Kurt Cobain, en ignorant totalement la musique de Nirvana, et jusqu'au nom même de Cobain (affublé du nom de Blake ). Et pourtant, c'est un grand film musical, qui en dit beaucoup plus sur la musique de Nirvana que s'il avait mis en scène Come as you are ou le MTV unplugged.

Il y a deux sommets musicaux, et cinématographiques, dans ce film. Tout d'abord un trés long, et lent, travelling arrière, montrant Blake seul dans le studio d'enregistrement du groupe, passant d'un instrument à un autre, en essayant d'en tirer quelques notes. Grâce au JamMan, Blake (se) donne l'illusion de jouer avec son groupe. Un JamMan est une pédale d'effet qui permet d'enregistrer un instrument et de mettre en boucle ce qui a été enregistré. Blake joue ainsi sur la première guitare et le JamMan répète en boucle ce qui a été joué. Il peut jouer ensuite sur l'autre guitare puis sur la batterie, ce qui finit par composer un véritable morceau. Mais l'artifice technique n'apparait pas à l'écran ; on a donc l'impression d'un décrochage et en même temps d'un phasage entre les sons entendus et les gestes pour les produire . La musique entendue a comme le double statut de musique de film et de musique dans le film. Habité par une musique intérieure idéale, Blake essaie de toutes ses forces de ressuciter un monde qu'il a perdu. "J'ai perdu mon univers", lui arrive-t-il de marmoner. Cet univers, c'est cette scène américaine underground des années 80, scène incroyablement riche , dont Nirvana est issue, et dont il se réclame. C'est Dinosaur Jr, Black Flag, Husker Du, The Melvins, Wipers, The Minutemen, Sonic Youth, The Consorts, toute cette scène plus ou moins hardcore avec ses petits labels, ses fanzines, ses tournées en van, et rien n'est plus insupportable à Cobain que de passer, aux yeux des siens, pour une énième marchandise culturelle lancée par une major. On se plaît à croire que c'est précisèment sur ce morceau qu'est intervenu Thurston Moore, guitariste des Sonic Youth, et crédité dans le générique en tant que conseiller musical. Mais la force de ce plan-séquence est aussi dans le choix du travelling arrière. Certains des travellings de Van Sant ont parfaitement intégré le principe selon lequel le travelling est une affaire de morale. De même que, dans la dernière scène d'Elephant, la caméra recule, multipliant les surcadrages, comme pour clairement réaffirmer le refus de toute forme de voyeurisme, ici aussi l'oeil-caméra se retire devant le spectacle insoutenable d'une âme perdue.
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Mais il y a aussi cette scène, incroyable d'intensité, où Blake chante seul, pour lui-même, s'accompagnant à la guitare sèche. Il s'agit de la chanson Death to birth, du groupe Pagoda, auquel appartient lui même l'acteur, Michael Pitt. Recroquevillé sur lui-même, les cheveux dans les yeux, Cobain dit adieu à la vie et à la musique. "It's a long ... lonely journey ... from death to birth". C'est le tout dernier jour des last days.
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Pour en savoir plus :

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Le travelling arrière :
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04 novembre 2008

Okkervil River - Concert à l’Alhambra de Paris le 03/11/08


Les fidèles de Dodb ont eu du mal à passer au travers de mes articles sur la formation texane du moment, certains ont même atteint l’overdose, d’autres en redemandent peut-être. Toujours est-il que la boucle est enfin bouclée ce soir avec la tant attendue prestation live au bien pensé théâtre de l’Alhambra. Après l’obscure Down to the river of golden dreams et l’euphorisant diptyque théorique sur le statut d’artiste The stage names/The stand ins, votre serviteur une fois cette chronique terminée pourra prendre son temps et laisser passer les mois avant de vous détailler l’anecdotique premier album Don’t fall in love with everyone you see ainsi que l’indispensable Black sheep boy. Nous n’en sommes pas là.
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L’une des questions que l’on se pose lorsque l’on se rend à un concert prétendu folk c’est de savoir si l’ensemble sera suffisamment entraînant pour faire bouger, en gros pour déclencher autre chose que le simple "j’écoute, je balance la tête et j’apprécie". Ceux qui ont écouté les deux derniers opus savent que la mélancolie appréciable de Black sheep boy est loin derrière et que les mélodies catchy ont tendance à investir l’univers Okkervil River et à le pousser vers de nouvelles dimensions, plus proches à présent de l’orchestration d’un Bruce Springsteen que du folk dépouillé de Leadbelly. Encore qu’en matière d’orchestration, Dave aurait préféré la prestation du combo I’m from Barcelona, oh injure suprême !
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La réponse à cette question ne tarde pas à s’imposer d’elle-même : Oui, majoritairement, Okkervil River ça envoie. Les musiciens (dont le line up semble avoir récemment changé, outre le départ légèrement regrettable de Jonathan Meiburg au profit d’un rouquin impassible) sans s’imposer virtuoses, maîtrisent suffisamment le sujet pour assurer un fond americana profitable à leur "plus leader que jamais" Will Sheff dont le charisme sur scène impressionne, surtout quand on a vu le Monsieur au calme un peu plus tôt (pour l’interview exclusive à venir prochainement sur Dodb). C’est aujourd’hui indéniable, Will s’est grandement affirmé et ne semble entouré que de faire valoir au sens non péjoratif du terme. Rien qu’à la disposition sur scène, Will au milieu, les autres en arc de cercle autour, le ton est donné, c’est lui la véritable attraction du show de ce soir.
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En effet, force est de constater que Will possède naturellement cette aura des grands songwritters lettrés, l’incandescence aveuglante d’un lyrisme exacerbé, ce je ne sais quoi qui fait que lorsqu’il entame "Stone" en guitare/voix projecteur unique braqué sur sa personne, l’assistance est scotchée à ses lèvres et l’on entend les mouches voler. Tout comme Colin Meloy et sa "Mariner’s revenge song", il y a du Brel dedans. Une voix d’écorché vif faussement fausse à bas volume et vraiment limpide lorsqu’elle est scandée voire postillonnée. Un timbre inimitable qu’on adore aimer ou qu’on se plait à détester mais qui à aucun moment ne laisse indifférent. Fabien prétextera qu’il faut un minimum d’intimité et de connaissance de l’œuvre pour apprécier pleinement et il n’a sans doute pas tort. Accompagner du bout des lèvres Will sur du “Am I loosing my cool, overstanding my case” ou du “This is the worst trip, I’ve ever been on” ça n’a pas de prix. Encore que les néophytes ont eu droit à quelques "Lalalala" et "Ohohoh" bien mérités après tant de textes.
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Du côté de la playlist, d’agréables surprises ont eu lieu car en sus des inévitables morceaux efficaces des deux derniers albums que sont "Lost coastlines", "Pop lies", "On tour with Zykos" (The stand ins) et "Unless it’s kicks", "A hand to take hold of the scene", "A girl in port" (The stage names), nous avons eu droit au plus ancien "Okkervil River song" et surtout à un magnifique enchaînement" Black sheep boy"/"For real" le temps de constater qu’aucun de ces deux titres magiques n’a perdu de leur verve narrative et mélodique, tout en gardant ce petit côté lo-fi agréable à bien des égards. Il est en ce sens difficile d’imaginer comment, avec un tel bagage de chansons universelles et un chanteur au caractère aussi marqué, ce groupe ne gagne pas très vite en popularité dans les prochaines années, à la manière de leurs voisins sudistes d’ R.E.M. . En tous cas ceux qui étaient là s’en souviendront.
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Le site officiel et le Myspace
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A lire aussi : Bon Iver - Concert au Grand Mix de Tourcoing, le 05/10/08
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Pour ceux qui n’étaient pas là, vous trouverez sur cette page l’intégralité du concert d’Okkervil River au Paradiso d’Amsterdam en février dernier

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Kenny Larkin - Keys, Strings, Tambourines (2008)

« L’idiot, mais aussi cynique, sarcastique, qui se trouve être un comique », n’est autre que Kenny Larkin, mythique Dj de la scène techno de Detroit, sur le descriptif de sa page MySpace. Un idiot, mais producteur en selle depuis plus d’une quinzaine d’années, narcissique au point de consacrer un de ses albums à cette exclusivité obsessionnelle (The Narcissit, 2004), mais cynique, sarcastique et comique, il est facile de trouver pire comédien. S’il se défend d’une série de critiques lui reprochant d’avoir quitté Detroit pour L.A. en 2001 par une discographie régulière et de qualité, son départ n’a pas signifié retraite. En témoigne son dernier album, Keys, Strings, Tambourines, qui n’est en rien l’œuvre d’un bouffon multi instrumentiste en mal de renouvellement, mais celle d’un musicien esthète, en pleine possession de ses moyens.

Issu de la deuxième vague des artistes pionniers de la techno de Detroit, il commence sa carrière au début des années 90. À force de fréquenter les clubs comme The Music Institute et The Shelter qui diffusent ce nouveau genre musical, il fait rapidement la rencontre d’un des dj résident du Shelter, le canadien Richie Hawtin (aka Plastikman, F.U.S.E.), et devient son ami. Lors de l’une de leur virée nocturne en voiture, les deux comparses tombent sur une radio locale qui diffuse l’émission d’un certain Derrick May, « Mayday », le surnom qu’il s’est donné à l’antenne. L’écoute du mix de ce dernier, véritable patriarche de la techno, les décide à s’investir dans ce style musical en plein développement. Ce n’est qu’à partir de 1992, poussé par Hawtin et John Acquaviva, que Larkin crée son propre label, Art of Dance, et façonne sa signature musicale. Ainsi, lorsqu’il est signé par Warp pour son premier lp, Azimuth, sorti en 1994, il a déjà réalisé nombre de petites réussites sous les pseudos de Dark Comedy, Yennek ou Pod. Cette même année 1994 où, agressé par balle par deux inconnus, il manque de rester sur le billard. Son entrée dans la légende attendra… Un deuxième album, Metaphor, le consacrera meilleur artiste techno de l’année 95 par le magazine Metro Times.

Keys, Strings, Tambourines contraste avec la signature habituelle du dj, quelque part entre le minimal et l’ambiant. Souvent dépouillée, austère à la limite du jansénisme, son électronique s’apprécie dans ses larges esquisses. Le mouvement donné à l’album a la particularité de s’écouler naturellement, créant un effet de vases communicants entre chaque piste. Son flow n’est plus cet IDM mêlé de touches raves, industrielles, proches le la techno de Jeff Mills, qui caractérise ses premiers enregistrements. Techno souful à la Dark Comedy, il s’affranchit de ses vieux schèmes pour mieux se laisser porter par sa sensibilité musicale, sur label de Carl Craig, Planet E. Minimal, certes, mais chargé d’émotion, chaleureux et même organique, son album propose une série d’instantanés qui se dévoilent progressivement. Le titre éponyme, "Keys, Strings, Tambourines", première réussite, pourrait résumer à lui seul l’album. Une toile tissée, solidement accrochée à de multiples influences : house, jazz, techno, dub. Tout comme "Wake Me" porté par les seuls remous de larges nappes de claviers, ou par le prêche (encore un !) de "You Are". L’ensemble, malgré ses quelques clins d’œil vers le passé, est bien ancré dans le présent. Loin de la foule des avatars prétentieux de minimale, qui peuplent dorénavant des labels comme, au hasard, M-nus. Alors, non, rien de rien, non, Kenny Larkin ne regrette rien.

En bref : Ce quatrième album en pierre de taille, d’une techno moins abrupte que les précédents, regorge d’ornements ciselés qui se laissent apprécier à chaque nouvelle écoute.




Keys, Strings, Tambourines

You Are... Light

Son MySpace
Celui de Dark Comedy

A lire aussi : Pantha du Prince - This Bliss (2007)
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03 novembre 2008

Mr Oizo - Lambs Anger (2008)

Après avoir cité Luis Buñuel à l’écran dans son long-métrage Steak en 2007, voici que Quentin Dupieux aka Mr Oizo rend un hommage encore plus appuyé au cinéaste espagnol sur la pochette de son nouvel album en singeant la scène la plus célèbre du Chien Andalou (1923). Sauf qu’ici, c’est la peluche Flat Eric, mise au placard depuis le tube “Flat Beat” composé pour une publicité Levi's en 1999, qui prend la place de Simone Maroeuil et se fait trancher l’œil au rasoir.

“L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule”, a écrit André Breton. Cette théorie du meurtre gratuit, Buñuel l’ a mise en image à plusieurs reprises. Comme dans L’Âge d’Or (1930), où un enfant se fait assassiner sans aucune raison valable. Ou, plus textuellement, dans Le Fantôme de la Liberté (1974), où une sorte de Lee Harvey Oswald dadaïste se poste dans un immeuble et s’amuse à vider son chargeur sur les passants. Et si ces représentations absolues de la subversion, directement issues de Sade, peuvent aujourd’hui paraître obsolètes (car mille fois éditées, glosées, et qui plus est parfaitement intégrées au patrimoine “officiel” de la littérature et du cinéma), nul ne peut mesurer l’effet viscéral de ces scènes sur nos inconscients. Et sur celui du créateur touche-à-tout qu’est Oizo.

On pourra reprocher au Parisien la prétention de ses références. Il n’empêche que, depuis ses débuts en 1997, il s’est imposé aux oreilles de la planète entière grâce à un travail de déconstruction qui, par bien des aspects, le rapproche du mouvement surréaliste et de son versant nihiliste. Reproduction obstinée d’ultra-sons à la limite de l’audible, morceaux-happening d’une minute de temps, science du titre choc : la découverte de chacun de ses disques s’apparente à une expérience éprouvante, entre torture et plaisir indicible de la transgression. Plus accessible et parfois même mélodique (si, si !), Lambs Anger, à paraître le 17 novembre, reste du pur Oizo : bancal, foutraque, et par moments sérieusement jouissif. Déjà téléchargé des milliers de fois sur le net, “Positif” est sans doute le morceau qui marquera le plus les esprits, et qui incarne le mieux la démarche du musicien. Introduit par un retentissant “Arrêtez de vous reproduire”, cette invective violemment hilarante ne dure que 2 minutes et 51 secondes. Un temps amplement suffisant pour qu’une voix féminine monocorde délivre aux auditeurs le message suivant : “Vous êtes des animaux / Vous allez crever”...

Au-delà de son caractère comique, l’album n’atteint pas les sommets de son précédent Moustache ou de son coup d’essai de 1999, Analog Worms Attack. Désormais signé chez Ed Banger et après avoir inspiré une bonne partie des pensionnaires du label, Oizo boucle la boucle en caricaturant lui-même le son lourd, saccadé et cheesy propre à l’écurie de Pedro Winter. L’ensemble est assez inégal mais contient une dose suffisante de bombes pour mériter d’être acquis. Sur “Cut Dick”, l’analogique volatile nous livre une funk détraquée et un solo de synthé pour enfant en mode “Cuivres”. Superbement incongru. “Gay Dentists” et “Jo” parodient brillamment la french touch filtrée des 90’s, tandis que l’impitoyable “Bruce Willis Is Dead” martyrise nos cortex à coup de sirènes et de beats hachés menu. Même le titre avec Uffie, très percussif, se révèle plutôt intéressant. Et je ne compte pourtant pas parmi les fans de cette jeune muse de la génération fluo. Bref, sans être l’album de l’année annoncé, Lambs Anger est truffé de bizarreries, souvent malsaines, qui remuent un peu notre routine électronique. Et c’est déjà bien.

En bref : Mr Oizo revient plus funky et moins expérimental pour un troisième album bougrement efficace, plein d’humour et de sauvagerie.



Cut Dick.mp3
Positif.mp3
Gay Dentists.mp3

Le trailer de l'album :


La page Myspace de Mr Oizo
La page Myspace et le site d'Ed Banger

A noter : Quentin Dupieux prépare actuellement son nouveau film, "Réalité", qui sortira en 2009.
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02 novembre 2008

Field Music - Tones Of Town (2007)

Figure à la fois emblématique d'un son on ne peut plus britannique, Field Music est aussi une incongruité dans le paysage musical de la perfide Albion. En effet, alors que tant de ses contemporains n'ont de cesse de "sonner" burnés, surproduits en oubliant souvent ce qui fait le sel d'un bon disque, à savoir les chansons, les Field Music eux se veulent de simples mélodistes de talent.

Talent, le mot est faible à l'écoute de cette 2ème véritable livraison qui renvoie à toutes les bonnes choses que l'on a pu aimer lors des 40 dernières années en Grande-Bretagne . Parmi elles, outre un savoir-faire tout Beatlesien dans l'écriture dont les frères Brewis sont de parfaits dépositaires, c'est à un véritablement ravissement culturel, un monde pop de rêve où les harmonies et refrains de Squeeze copuleraient avec les délicats arrangements des tout aussi précieux High Llamas.

C'est particulièrement vrai à l'écoute de ces chansons qui, sans l'air d'y toucher, devraient dans un monde idéal, devenir des hits ; c'est d'ailleurs le drame de ces morceaux si béatement pop(ulaires) à l'heure du tout formaté, du tout calibré ! Il y a du Joe Jackson, du Elvis Costello première mouture dans ces "In Context", "Working To Work", "Give It Lose It Take It", "A House is Not A Home" (clin d'oeil à Love ?).

Pour ce qui est des groupes contemporains et outre les lamas défoncés, on ne voit guère que les Superimposers comme autres obsédés notoires de la chanson pop ultime qui n'excède pas les 3'30" ; encore que le pointillisme chichiteux de ces derniers les condamne sans doute davantage que les Field Music à une dualité certifiée de succès critique et d'estime, associés à un anonymat et au four assuré côté chiffres de vente.

Il n'empêche : en Angleterre, il y a un public pour ça , capable d'entretenir ad vitam aeternam ses propres groupes pop en une insulaire passion ! Les frères Brewis semblent même avoir une foi à déplacer des montagnes, qui se sont même illustrés récemment dans deux projets distincts et parallèles, les estimables School of Language pour David et The Week That Was pour Peter.

Field Music ? C'est toute la riante cité de Sunderland (message perso à mes amis les Briggs !) qui reprend espoir, celui de concurrencer enfin les Manchester, Liverpool, Londres et même le proche voisin de Newcastle sur leur terrain de la pop.

En bref : Un nouveau groupe en Field, après les Field Mice, les Magnetic Fields ou plus récemment Fields ; probablement pas le moins important de la liste. De la pop, des choeurs et des refrains à tous les étages. Diablement (ré)jouissif ! Le meilleur groupe de la catégorie "que personne ne connaît " ?





A lire aussi : Field Music - Write Your Own History (2006)

Le Myspace du groupe

Le site off avec des liens sur School Of Language et The Week That Was

"In Context" en écoute :


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