30 novembre 2008

Cheap Time - s/t (2008)

Juste quelques mois après Jay Reatard, In the red l’excellent label des Sparks et des Black Lips ressort les couverts du garage rock pour un festin de haute volée. Alors que l’on pensait le genre en manque d’inspiration, condamné au brelan batterie binaire, son crade, voix qui beugle, de nombreux et très jeunes artistes se creusent un peu le ciboulot et arrivent à pondre des albums variés dans un registre où tout semblait avoir été fait. Tout comme Jay, Jeff Novak puisque c’est de lui qu’il s’agit fait presque figure de songwriter dans le milieu. Ancien des The Rat Traps, ses influences sont plus à chercher du côté des Redd Kross et des Runaways que des récents Strokes et autres Hives. Encore que sur certains morceaux on se demande ("Ginger snap")… Bref, entouré à présent de Jon Sewell à la batterie et de Stephen Braren à la basse, le trio américain du Tennessee pour être précis livre ici son premier album. Et comme tout ce qu’on est en droit d’attendre d’un premier album garage, Cheap Time est jeune, succin, accrocheur et fort.
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Il faut dire qu’on les avait déjà remarqué en début d’année avec "Handy man", premier single énorme d’une minute et quarante quatre secondes, tout était dit. A présent on a droit à quatorze autres titres du même acabit, pour vingt huit minutes au compteur, autant dire que je risque fort d’aller retourner le disque avant d’avoir fini ma chronique. Mais ce qui empêche ce premier jet de sortir du lot tragique du garage punk à savoir "Toutes les chansons sont les mêmes" c’est cette diversité presque pop je dirais. "Trip to the zoo" se paie le luxe d’aligner au moins deux mélodies en une, et d’être le titre le plus long de l’album avec trois minutes de son. "People talk" est un exemple de glam new-yorkais alors que "Falling down" nous ramène au rock des 70’s. Que dire encore de "Glitter & gold", simplissime mais tubulaire. Dans un genre critiqué, où les solos de guitares se font à deux notes maximum et où la production semble identique de fond en comble, Cheap Time tire son épingle du jeu en ne confondant pas énergie et adrénaline, et une fois de plus cher Nickx, en privilégiant les chansons.
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En bref : Complément indispensable de l’album de Jay Reatard cette année, Cheap Time va vous faire redécouvrir le garage rock, juste pour le meilleur.
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Le Myspace
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A lire aussi : Jay Reatard - Matador singles 08’s (2008)
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"Glitter & gold" :


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29 novembre 2008

The Who - The Who Sell Out (1967)

Ah, le grand disque que voila ! Original chez Track Records déniché dans les bacs poussiéreux d'un vieux basement du Soho de Londres, un soir d'été pour la modique somme d'une livre. C'était déjà il y a une bonne quinzaine d'années !

Les Who, qui avaient déjà ébauché l'idée du concept-album avec le flamboyant A Quick One While He's Away (66) - un p'tit coup vite fait pendant qu'il n'est pas là !- concept qui serait repris plus tard par Kinks, Small Faces ou Pretty Things, érigeaient pour le coup le pop-art dans la musique avec cette pochette mythique.
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"Les Who se vendent", tel était le titre un brin provo du troisième LP du groupe, qui proposait outre des chansons magistrales, des interludes musicaux sous forme de fausses pubs, et sous l'obédience chérie de Radio London, vénérable station existante. Les impayables Sigue Sigue Sputnick seraient donc relégués 20 ans après au rang d'aimables faiseurs !

Qu'est-ce qu'un grand disque ? Un disque dont on commence à parler dès la pochette ! Et alors là ! Des fayots sauce tomate (réfrigérée paraît-il, admirez donc le stoïcisme de Daltrey !) au déo géant de Townshend en passant par la playmate bon teint d'un Entwistle de fourrure vêtu, à la crème pour spots fuchsia façon L'aile Ou La Cuisse de Keith Moon, rien ne manque ! Les Damned reprendraient d'ailleurs le barbouillage des haricots sur la pochette de leur premier LP.

Bon, et la musique dans tout ça ? Euh, comment dire... exceptionnelle me paraît être le mot juste ! Déjà, My Generation dépotait pas mal, mais les reprises de rigueur pour une première oeuvre des 60's, masquaient le talent d'écriture du groupe et notamment de son génial leader Pete Townshend. A Quick One... déjà, leur rendait plus justice.

Ici, c'est un feu d'artifice, et Entwistle également de la partie aux compos relève le tout au delà de sa basse tournoyante. Après le terrifiant jingle métallique d'ouverture, s'ensuit une merveille de chanson écrite par l'ex-chauffeur de Townshend, et qui dédiée au groupe, n'est donc pas une reprise ! : " Armenia City In The Sky" et ses guitares démentiellement heavy, ses effets psychés, ses voix déformées offre le premier grand moment de l'album qui en compte 13, soit le nombre de chansons !

Avec ses stridences, admirablement samplées 30 ans plus tard par Yo La Tengo, ce titre est l'un des faits d'armes majeurs des Who. Suivi de l'amusant interlude "Heinz Baked Beans", arrive la tendre ballade mariachi"Mary-Anne With The Shaky Hand", nouvelle ode masturbatoire, si elle en est, après le fameux single"Pictures Of Lily".

Combien de centaines de chansons classiques ont été bâties sur les bases de "Odorono" et ses variations autour du même accord ! Nul ne le sait ! Ce qui est sûr, c'est que le chant de séraphin de Daltrey sur "Tattoo" (un comble pour une ex-frappe du West-End !) irradie, transperce !

"Our Love Was" affole encore avec son break basse-guitare et ses choeurs à la tierce repris (une nouvelle fois) par les Damned sur leur "Grimly Fiendish". L'on n'a pas encore changé de face que se présente à nous la définitive "I Can See For Miles", probablement l'un des meilleurs singles de ses auteurs, et sans doute aussi de toute la folle épopée du British Beat !

"Can't Reach You"enfonce le clou, "Medac" est une amusante récréation d'Entwistle (sur les boutons d'acnée, donc). Les claviers, si peu utilisés dans l'oeuvre des Who (avant les immondes synthés de "Baba O'Riley") font leur apparition sur le très fin de siècle "Silas Stingy" que vient également souligner un motif de trompette, conférant à l'album cette touche psychédélique unique! Ensuite, le rêveur "Sunrise" et ses mélancoliques suites d'accord laissent la place au finale grandiose de "Rael", morceau à tiroir, qui part dans tous les sens, avant que de s'échouer sur les run-out grooves, les sillons de fin du disque.

Les Who sont encore les Who, Keith Moon, avant qu'il ne vieillisse de 10 ans en quelques mois pour offrir une image d'alcoolique ravagé, Daltrey avant les mises en pli et juste avant le rédempteur Live At Leeds ; tel est ...Sell Out, le tournant de la carrière d'un grand groupe.

En bref : Bien avant la période barbue de Who's Next qui défigurera à jamais le son des Who, et juste avant le très estimable Tommy, l'une des dernières occasions de capturer les Who dans ce qu'ils ont de plus essentiel. Indispensable.
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Ilya E. Monosov - Seven Lucky Plays, Or How To Fix Songs For A Broken Heart (2008)

Les aléas de la circulations des musiques font que je ne reçois qu'à l'automne ce disque pourtant sorti à l'orée du printemps. Il aurait alors bien plombé mon printemps, ce beau disque de folk bizarre aux couleurs automnales. C'est que le folk est un champ immense, dont il est bien difficile de se distinguer. Et les personnalités les plus déviantes se retrouvent souvent cachées sous les épis les mieux dressés. La patte d'Ilya E. Monosov réside avant tout dans ces touches de claviers froids, qui tirent ses chansons au fond de méandres sombres. L'artiste se distingue par une noirceur très marquée dans un genre qui nous avait habitué à la lumière ces dernières années. Du folk sombre, qui a quelque chose d'impénétrable, de tristement volatile, et pourtant pesant.

Ces notes de claviers étranges ouvrent le le disque sur un "I Open my arms" qui fascine d'emblée, puis glacent le sang lorsqu'elles viennent contaminer "Tricycle". Et les chansons qui suivent possèdent cette même profondeur insondable, dans laquelle on ose à peine mettre le pied. Quand les claviers sont chassés, ce sont des échos de percussions malades ("My Dear"), des grincements de violons tordus ("Legs and Arms") une guitare électrique éthérée ("Ms Desolate"), ou une inquiétante basse synthétique ("The beauty that you are") qui viennent hanter une base guitare-voix déjà bien dérangée. La voix refuse tout lyrisme, le xylophone ne ramène personne en enfance, les violons ne sont pas de soie, la guitare ne se joue pas au grand air.

"Ms Desolate", seule chanson où une mélodie sous-tend le chant quelque peu, confirme la filiation avec le Leonard Cohen des sixties: les deux poètes s'en tiennent au même murmure grave et sobre. "Winter Lullaby" confirme les influences slaves de l'ensemble, soit celles qui ont touché plus au coeur encore l'anglais Matt Elliott. Enregistré aux Etats-Unis, où le russe réside, Seven Lucky Plays, Or How To Fix Songs For A Broken Heart sonne pourtant comme un disque de folk européen, qui distille un profond spleen, le spleen, le vrai, celui du vieux monde, le spleen baudelairien, celui qui sent l'opium et le velours des salons, l'abandon poétique et la tristesse décadente, le folk fatigué de chanter, où les violons semblent dire « à quoi bon ».

Il y a, oui, une grande fatigue dans ces chansons, et on ne peut pas dire que le garçon semble très prolifique: Seven Lucky Plays... est en réalité une collection de chansons enregistrées entre 2002 et 2007. C'est dire si chacune est chargée d'affects, mais d'affects sans le transport, d'affects d'un homme las. Il y a, oui, une grande fatigue dans cette voix qui parle et murmure au lieu de chanter, et qui se fait tant attendre au début de "Happy Song" que l'on croit à un abandon. Et quand il termine sur le profondément émouvant "I'll live my life without pain", Ilya E. Monosov prend l'air d'un vieux sage (« Darling stop, do not cry/ I'm telling you these stories just to tell you why »), qui aurait déjà vécu des centaines d'années.


En bref: Du folk d'intérieur, sombre et sobre, dont la profondeur laisse entrevoir une certaine lassitude au monde et aux musiques de surface.




Médiatiquement discret, on ne peut compter que sur son Myspace, pour écouter, voir, et se tenir au courant.

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The Smoke - s/t (1968)

Attention, OVNI ! Ce disque ne ressemble à rien de connu ou presque ! Oeuvre du singulier démiurge multi-instrumentiste Michael Lloyd, assisté de 2 acolytes, ce album éponyme est l'unique oeuvre d'un groupe mort-né. On n'entendra plus jamais parler de The Smoke par la suite.
En préambule, se souvenir qu'il s'agit là du groupe US, et non de son homonyme qui avait cartonné en Angleterre avec le hit "My Friend Jack". Les groupes doublons ? Grande spécialité des 60's, de Nirvana à Kaleidoscope, en passant par les Wailers !
Le disque ? Il n'est pas en soi si différent de son homologue anglais, pour ce qui est de manier la pop psychédélique, les refrains tuants ; il y a là cepandant une bonne dose de folie en plus !
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Dès l'intoductif et irrésistible "Cowboys and Indians", on a affaire à une évidence pop "anglaise" aussi immédiate que peuvent l'être certains classiques des grands groupes mods d'alors : un peu de "Shadows and Reflections" des orfèvres The Action, de la rythmique carrée de The Creation, de la magie ensorcelante des meilleures mélodies des Who, bref, que du très haut niveau !
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Et si l'on pense à des groupes ricains, ce n'est uniquement qu'à deux de ses plus beaux fleurons, les seuls à s'être réellement approprié le son anglais pour en faire quelque chose d'unique. Il y a du Zombies, dans les cordes ou autres clavecins épars de l'album. Sur "Philosophy", ce sont les Beach Boys, qui jamment avec Elliott Smith, pourtant pas encore né. Telle est la troublante similitude de timbre auquel fait parfois penser l'organe de Michael Lloyd.... quand ce n'est pas à Rivers Cuomo - et là je connais certain Babylonien qui ne se sentira plus d'aise !
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Loin d'être une élucubration psyché garage des 60's de plus, où là aussi il s'agit de trier le grain de l'ivraie, ce disque oublié, culte s'il en est, classique insensé, est époustouflant d'un bout à l'autre. De l'atmosphère de boudoir et.......hum évocatrice de "Lookin' Thru The Mirror" à la chevauchée débridée et Tolkienne de "Hobbit Symphony", rien de gratuit ni de démonstratif, même si les guitares, souvent virtuoses, témoignent d'un esprit libre, fou, iconoclaste !
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Et puis, il suffit de mater la pochette, son graphisme, et ses faux airs de "Yellow Submarine", de jeter un oeil aux titres avant que de poser la galette, pour s'apercevoir que le disque au demeurant très festif et altier, doit sans doute un lourd tribut aux champignons qui donnent des visions et aux grosses cigarettes qui font rire ; qu'on en juge :"Gold Is The Colour Of Thought", "Hobbit Symphony", "Daisy Intermission", "Song Thru Perception", "Philosophy", "Ritual Gipsy Music Opus 1", "Oddyssey", etc, etc.
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P.S Ici et là sur le Net, dans les nombreuses entrées sur ce disque mythique, peut-on par exemple lire les noms de (sous) The Left Banke à l'intention de The Smoke ; je ne suis pas d'accord ; pour moi ce groupe enfonce une bonne partie de la concurrence citée.
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En bref : Le talent d'écriture des meilleurs alchimistes pop, la folie barrée des Electric Prunes ou des Strawberry Alarm Clock même si avec un son très différent, l'énergie des Blues Magoos, alliée au meilleur du rock anglais cité plus haut....... Y a-t-il une raison d'ignorer plus encore The Smoke ?




Pour écouter des extraits de cette oeuvre unique, dans les deux sens du terme, le mieux est encore d'aller visiter le Myspace consacré au groupe.
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A lire aussi : The Blues Magoos - Psychedelic Lollipop (1966)

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28 novembre 2008

Jun Miyake - Glam Exotica ! (1999)

Comment organiser la rencontre harmonieuse de la musique classique, de l'électronica, de l'expérimentale, de la pop, du jazz et de la bossa nova - la liste n'est pas exhaustive - tout ça dans le même disque et sans fausse note ? Voilà une question à cent balles et un Mars... Je n'ai évidemment pas de réponse tangible à vous proposer mais par contre un nom à vous soumettre : Jun Miyake. Alors que vient tout juste de sortir le treizième album de ce virtuose japonais (Stolen from strangers), je ne peux résister à l'envie de pérorer quelques instants sur un de ses plus séduisants opus, le dixième, Glam Exotica !, sorti il y a déjà presque une décennie (1999).


On ne pourra lui enlever, le curriculum vitae de Jun Miyake est pour le moins surprenant et impressionnant. Le Tokyote, alors dans la vingtaine, débute sa carrière musicale en composant des bandes sonores pour spots publicitaires. La route sur laquelle s'engage le garçon sera pavée de réussites et, de surcroît, certainement très formatrice. Rapidement, il se distingue. Il monnaie ses services auprès des plus prestigieuses multinationales (Sony, BMW, Canon, Ford etc.) et, en implacable stakhanoviste, enchaîne les contrats, allant jusqu'à enfanter 2000 compositions par an (!). Sa renommée ne tarde évidemment pas à grandir, et de nombreux festivals internationaux rendent hommage à ses patchworks sonores impressionnistes. Bruitiste hors-pair, fin mélodiste et phogacyteur d'influences, Jun Miyake, confortablement assis financièrement, peut alors s'adonner progressivement à des projets plus personnels et ludiques.


Il compose pour le cinéma, nippon principalement, et livre ses premiers disques, hors du champ publicitaire et plus largement filmique, au début des années 90. Pour l'anecdote, il participa en 1988 à l'un des titres de Révolutions de Jean-Michel Jarre. Bref, à partir de 1995, sa production se concentre sur de véritables albums à proprement parler, dont Glam Exotica !, en 1999. Ce dernier se révèle particulièrement emblématique de la griffe du Japonais. On y retrouve ainsi son insatiable goût pour le métissage d'influences et le travail d'ambiance. Bossa, tango, rythmes arabisants, solo free-jazz, chants africains, Jun Miyake accomode emprunts et inspirations avec raffinement et les enrobe de ses touches électroniques délicates, bien souvent vaporeuses.


L'orchestration est luxuriante (violon, piano, saxophone, ukulélé, cymbales, berimbau, flûte alto...) et vous me verrez bien incapable de citer l'intégralité des instruments utilisés au fil des douze titres orgiaques de ce disque. La première plage au doux parfum oriental, “Rain forest”, est déjà en soi une démonstration de la richesse des compositions de Miyake. S'en suit une balade atmosphérique et errante, “Lotus isle”, conduite sous opium par le saxophone de son compatriote Dairo Miyamoto. En dépit des variations de styles, les transitions sont emmenées avec douceur et charme, sans rupture. Se dessine peu à peu une ambiance qui pourrait trouver son pendant pictural dans les films de Terry Gilliam. Une impression persistante, étayée par la gracieuse reprise du thème de Brazil, un des long-métrages du dit réalisateur américain, sorti en 1985. La gastronomie sonore du Japonais oscille entre des titres vocaux et instrumentaux, accalmies à dominante pop et transes jazzy world, le tout dans une sorte de féérie technicolore propice à la perte de repères et au bien-être.


Certains s'élèveront pour objecter que Miyake délivre ici un simple joli disque d'ambiance (quelle expression horrible!), “à écouter en fond sonore”. Je dis qu'il s'agit là d'une grande oeuvre à laquelle il mérite de prêter toute son attention. Une quête spirituelle en 12 épisodes qui stimulera tous vos chakras et vous conduira directement au nirvana.


Pour info, on peut signaler que Jun Miyake a collaboré à plusieurs reprises avec le chorégraphe français Philippe Decouflé, entre 2000 et 2005. Ses compositions ont également été utilisées par Robert Wilson et Pina Bausch.


En bref : Un disque méditatif, planant et charnel, témoin s'il est besoin de la virtuosité du Japonais Jun Miyake. Avec minutie et érudition, le compositeur nippon réussit un modèle de melting-pot musical impressionniste. Magique.




Rain forest.mp3

Gnossienne 1.mp3 (reprise d'Erik Satie)

Pico Birds.mp3


Le myspace et le site web de Jun Miyake


A lire aussi : Radicalfashion – Odori (2007)


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Victory Hall - The dull commando’s merchandise (2008)

Il est parfois inutile de chercher midi à quatorze heures. Pourquoi s’efforcer à vouloir traverser la Manche ou l’Atlantique lorsque les plus beaux spécimens sont chez nous, au coin de la rue. La pop anglophone de qualité serait-elle réservée aux seuls anglo-saxons ? Que nenni. La France, et ici plus particulièrement Bordeaux regorge de formations tapies dans l’ombre, de niveau au moins égal à leurs homologues étrangers. Point de nouveaux venus cependant puisqu’il s’agit ici de Victory Hall, side project apparaissant puis disparaissant depuis quelques années. Composé par la fine fleur de la scène pop bordelaise à savoir Julien Pras, Hugo Berrouet, David Lespes et Martial Solis (tous plus ou moins membres de Calc, Pull, etc…), Victory Hall revient avec un nouveau disque, exclusivement distribué en vinyl 16 titres accompagné de son cd-r. Un choix commercial qui en dit long quant aux valeurs des quatre garçons.

Vouant un culte absolu à Guided By Voices et Dinosaur Jr, ces 16 titres beaucoup moins lo-fi sur disque qu’en live semblent tous baigner dans l’univers mélancolique de l’indie pop américaine. A s’y méprendre les Kinks et autres Big Star auraient pu influencer certains morceaux. Cerise sur le gâteau, Tender Forever prête sa voix sur trois morceaux, ajoutant à l’aspect romantique de l’ensemble. Ouvrant traditionnellement sur une power pop très Calcienne sur les trois premiers jets, on se dit que l’on a presque à faire à une suite du récent Dance of the nerve, mais c’est sans compter sur l’exercice d’écriture alternée, qui donne l’occasion à Hugo Berrouet de s’exprimer sur quatre titres relevant un peu la sauce. Sur "Go back and start" notamment, mais surtout sur "Apple summer" et ses Ouh ouh ouh ainsi que sur l’étonnant" Fire inside", tout plein de groove sixties et de final bruitiste.

Non pas que les compos de Julien soient en dessous, bien au contraire, mais ça change un peu. D’autant plus que "Southern Miranda", écrite par Julien, contient de nombreux moment rock (roulements de batterie épiques, merci Martial) et pourrait s’apparenter à du Elliott Smith énervé parce qu’on lui aurait piqué son goûter. "Call it a day, jumbo jet", composée de concert par les deux hommes est d’ailleurs l’un des meilleurs morceaux du disque avec les arpèges atmosphériques de "Left overseas" et les arrangements de cordes soyeux de "Face it". Victory Hall, n’aspirant certainement pas à une notoriété mondiale faite de strass et de paillettes réussit pourtant son pari d’aligner 16 titres pop fiers et enchanteurs, que du bonheur.

En bref : Mixant leurs influences et leurs talents d’écriture, quatre activistes de la pop bleu blanc rouge arrivent à tutoyer dans un disque à deux faces les meilleurs moments de leur idoles.


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Le Myspace

A lire aussi : Calc - Dance of the nerve (2007)

"Go back and start", au piano en montage maison :



Points de vente (pour le moment):
TOTAL HEAVEN, LA CHARCUTERIE 44, LA DISTRO DES POTAGERS NATURES & LA FNAC- bdx / TRANSAT – poitiers / MELOMANE – nantes / VICIOUS CIRCLE – toulouse / LA DISTRO PARKLIFE – colmar / GROUND ZERO, BORN BAD & BIMBO TOWER - paris
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Kuniyuki Takahashi - Remixed (2008)

Comme annoncé, le musicien le plus talentueux de Sapporo, Japon, revient avec un disque consacré pour l’essentiel aux remixes de son deuxième album, All of These Things. Signant lui-même deux relectures et un inédit, il invite le gratin de la deep-house mondiale à remodeler les contours de son jazz électronique subtil et vaguement tribal. Pour la plupart sortis en 12” au cours des derniers mois, ces morceaux sont souvent issus de rencontres amicales et musicales avec des DJ de passage au Japon. Si les choix de Tony Lionni, également signé chez Mule Musiq, ou de son ami Henrik Schwarz se sont imposés comme des évidences, d’autres lui ont été suggérés par Kawasaki-san, directeur artistique du label. C’est le cas de Cobblestone Jazz, que Kuniyuki ne connaissait pas mais dont il a constaté, dès la première écoute, les affinités avec son univers sonore.

Sous la légèreté apparente de ses harmonies célestes, la musique de Kuniyuki Takahashi n’est pas des plus aisées à saisir. Non pas que l’homme soit adepte des dissonances, contretemps et autres ruses de sioux visant à perdre l’auditeur. Ce sont plutôt son opacité et son indécision qui troublent et séduisent à la fois. Refusant la facilité, il évite les montées trop évidentes, les structures figées et préfère faire nager les sons et les entraîner dans une progression lente, presque imperceptible. Fou d’ambient et de free jazz, il aime donner l’impression de ne pas savoir où il va. Une esthétique du flou qui convient on ne peut mieux à la star de Detroit Theo Parrish, qui livre une version épique d’”All these things”. 14 minutes de house mid-tempo où flotte la voix délicate de Josée Hurlock. Un excellent morceau, même si je préfère la version dub parue en maxi. Epique également, le “Peyote mix” de “Touch” voit les trois anglais d’A Mountain Of One s’adonner à leur exercice favori, la peinture de paysages psychédéliques. Sur un matelas de guitares bluesy et de synthés s’invite un spoken word susurré, tandis que résonnent, en arrière-plan, les chants rituels destinés, après ingestion du peyotl, à bien orienter les effets de ce cactus psychotrope dont Burroughs et consorts ont tâté en leur temps.

Même si le tempo augmente pour “The Session (Kuniyuki Self Remix)”, les deux seuls tracks potentiellement efficaces sur un dancefloor sont ceux de Chateau Flight et Cobblestone Jazz. Les Français I:Cube et Gilb’r, décidément très demandés en ce moment, offrent un remix disco agressif et un peu sec qui contraste fortement avec la suavité des autres titres. Quant au trio de Vancouver, il fait ce qu’il sait faire, c’est-à-dire un cocktail complexe de techno minimale et de claviers jazzy. Mais les meilleurs travaux, qui sont bizarrement les plus ressemblants aux originaux, restent ceux de Tony Lionni et d’Henrik Schwarz, déjà chroniqués en septembre sur Dodb : deux sommets de deep-house gorgés de percus et de choeurs afros, guidés par la flûte lumineuse de Kuniyuki.

En bref : Des invités triés sur le volet, d’Henrik Schwarz à Chateau Flight, revisitent certains des meilleurs titres du producteur-flûtiste méconnu Kuniyuki Takahashi. Un superbe périple entre ambient, jazz et deep-house.



Kuniyuki Takahashi - Dear African Sky (Henrik Schwarz Remix).mp3

Le site de Kuniyuki Takahashi
Celui du label nippon Mule Musiq
Les pages Myspace de Kuniyuki, Mule Musiq, Tony Lionni, Henrik Schwarz, A Mountain Of One, Theo Parrish, Chateau Flight et Cobblestone Jazz
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26 novembre 2008

Calendrier musical de l’avent - Platinum, Talitres et Vicious Circle

Saluons sur Dodb l’initiative originale des trois labels bordelais Platinum, Talitres et Vicious Circle qui ont eu l’idée commune de réaliser le premier calendrier musical de l’avent. Le principe est simple, chaque jour du 1er au 24 décembre venez télécharger gratuitement et légalement un titre inédit d’un des artistes de ces labels. Rubin Steiner, Bikini Machine, Carabine, Minuscule Hey, Emily Jane White, Mansfield Tya, The Walkmen, Scary Mansion, Elysian Fields et bien d’autres se sont prêtés au jeu et feront partie des cadeaux. Pour ce faire, rien de plus simple, inscrivez vous à cette adresse et chaque jour de décembre venez découvrir quel morceau s’y cache. Un noël avant l’heure en quelque sorte.


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25 novembre 2008

Windsurf - Coastlines (2008)

Je ne me risquerai pas ici à tenter une définition de la musique dite baléarique pour la simple et bonne raison qu’elle n’existe pas à proprement parler. Le qualificatif entendait d’abord désigner les sons prisés par les ravers britanniques à Ibiza du temps de sa splendeur, sons qu’ils ramenèrent dans leurs valises et qui firent le succès des boîtes mythiques de Manchester comme le Shoom ou l'Hacienda. La notion s’est ensuite développée et élargie jusqu’à englober toutes les musiques planantes évoquant la béatitude lysergique et les couchers de soleil mauves sur des plages peuplées de raveuses en bikini.

Disco, ambient, easy-listening ou house : pour les balearic heads, tout ou presque sonne balearic, même Chris Rea ou le Phil Collins des années 1980 ! Bénéficiant d’un engouement étonnant en 2008, notamment sous l’influence de labels ayant flairé la grosse affaire dès l’amorce du récent revival disco, cette musique qui n’en est pas une s’est vue honorée comme jamais par des artistes souvent talentueux comme Lindstrom, Prins Thomas, Coyote ou In Flagranti, tous se réclamant de cette étiquette néo-hippie. Et lorsqu’on parle soleil, drogue et bikinis, comment s’étonner que la Californie soit devenu l’un des pôles majeurs de ce “mouvement” ?

C’est donc de San Francisco que nous viennent Sam Grawe et Daniel Judd qui, après avoir sorti un EP commun et quelques galettes sous leurs pseudos respectifs Hatchback et Sorcerer, unissent leurs talents pour ce premier album de Windsurf estampillé Internasjonal, le label de Prins Thomas. J’avais beaucoup aimé Colors of the Sun de Hatchback, un disque reposant et soyeux mais pas dénué d’audace, qui piochait autant dans le krautrock que dans le disco et faisait montre d’une belle maîtrise des textures synthétiques. J’attendais donc cette livraison avec impatience. Mais il m’a vite fallu me rendre à l’évidence : cet album est foncièrement mauvais.

S’y succèdent des pièces downtempo sans force aux mélodies plutôt faibles, entre slow-disco et électronica périmée. Toutes les plages se ressemblent, à l’exception de trois tentatives vocales qui se détachent nettement du lot par leur nullité crasse. Citons pour le plaisir “Light as Daylight” et son sample orientalisant vocodé proprement insupportable. D’un mauvais goût certain. La plupart des morceaux restent agréables si on les écoute d’une oreille distraite, mais deviennent chiants si on leur accorde un peu d’attention, à l’image de “Pocket Check”, avec son riff de guitare funky plan-plan. Même les nappes enveloppantes de “Windsurf” ne parviennent pas à nous tirer de notre ennui. Le pire, c’est que cet album ne sonne pas du tout bâclé et correspond vraisemblablement à ce que voulait produire le duo. Si tel est le cas, on se contentera de constater que nos goûts diffèrent.

En bref : Il ne suffit pas de se proclamer "Balearic" pour passionner les foules. Le duo Windsurf l’apprend à ses dépens sur ce premier album pas désagréable mais sans âme. Très décevant.



Windsurf - Pocket Check.mp3

Les pages Myspace de Windsurf, Hatchback, Sorcerer et Internasjonal

A lire aussi : Hatchback - Colors of the Sun (2008)
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Andy Ash - Carnival de L'Spirit (2008)

Dans sa chronique de "Prime Numbers", Dave avait justement nommé David “Trus’me” Wolstonecraft comme l’un des investigateurs du renouveau d’une house soulful. Porté par ce même idéal musical, le jeune Andy Ash s’inscrit quant à lui dans une house inspirée de jazz-funk, garage et de soul. Mais sans être totalement novateur, il exécute la recette maintes fois éprouvée avec un talent frondeur. Précoce, le jeune résident de Liverpool possède déjà un club, le Crazy Dragon, qu’il dirige avec un de ses amis amateurs de house, Ryan Turner. Fortement influencé Madlib, Coltrane ou encore Q-tip, il essaie de s'imprégner de ces esprits aussi bien dans ses productions que dans son club. On notera que ce double vinyle sort dans la foulée d’un unique précédent, L’EP AA, lui aussi chez Stilove4music en 2008. Le label quoique modeste a pourtant abrité les premières productions de Trus’me.

Avec sa consonance anglaise et créole, l’éponyme "Carnival de L’Spirit" ouvre l’album par une fanfare sylvestre. Le carnaval des animaux bat son plein entre cris de primates et cuivres débordants. Le défilé exubérant s’évanouit pour laisser place à "Afro Licky" aux wa-wa d’un clavier typiquement liston-smithien, doublé d’une rythmique catchy. Africanisme toujours, la basse ronde et onctueuse de "Trinkets And Things" supporte un funk tout aussi séduisant qu’indolent. C’est avec "Whitefly Powder" que s’opère le retournement vers l’électronique. Malgré l’introduction un peu longue, le cheminement demeure plaisant, illustré par ses claviers ruisselants et son beat lapé. Les rôles se sont inversés, et c’est maintenant à l’instrument de servir la machine. Sur "Erika Wants", il se paye le luxe de sampler la voix d’Erik Badu sur une touche minimaliste. Cependant, "The Ape With no Face" enfonce le clou du contraste par la sobriété micro-house. Le revirement Galaxy Funk impose un jazz-funk endiablé au dance-floor. "For My City", track de deep-house nébuleuse et lactée, achève royalement la parade.

En bref : Baptême réussi pour ce premier album dont les 8 titres forment une synthèse séduisante des possibilités offertes par l’électronique. A suivre de près.




Le MySpace d'Andy Ash

Ecouter :
Trinkets And Things
For My City

A lire aussi : VA - Prime Numbers (2008)

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24 novembre 2008

A Night in Detroit II - le 28/11/08 au Bataclan, Paris

Sans être complètement hallucinante, la première nuit à Detroit du Bataclan, le mois dernier, a tenu ses promesses, avec notamment un excellent mix de Kenny Larkin - je resterai plus réservé en ce qui concerne Kevin Saunderson. A peine un mois plus tard, les organisateurs remettent le couvert en invitant deux autres pointures de la Motor City. Encore des potes de Mills, Craig et Atkins, me direz-vous... Eh oui, en effet. Peu prolifique ces derniers temps, Stacey Pullen est un DJ de premier ordre, très à l’écoute du public et doté d’une technique imparable. Percussionniste de formation, c’est un fondu de jazz et de musiques africaines, et ses prods s’en ressentent souvent. Quant à Rolando, éminent membre du collectif Underground Resistance et de Los Hermanos jusqu’en 2005, il est l’auteur d’un des gros tubes techno des années 1990, “Jaguar”, et revient cette année avec des maxis sur Delsin et Rush Hour. De sa part, on peut s’attendre à un mix plus musclé que celui de Pullen, mais avec un souci permanent du groove. Les résidents français Tiboz, Stephan et DJ Deep se chargeront de chauffer la salle avant l’arrivée de ces dinosaures.

Renseignements pris auprès de Thibaut de WIHM, qui organise l’événement, A Night In Detroit n’est pas appelée à devenir mensuelle, et la proximité des deux dates est simplement due à un hasard de calendrier. Le rendez-vous suivant se tiendra au mois de février 2009 avec le grand Carl Craig en tête d’affiche. D’autres suivront, et le concept pourrait être décliné avec d’autres villes comme New York, Londres, Berlin et... Paris, puisqu’une soirée avec Laurent Garnier est d’ores et déjà envisagée. Pas vilain, comme programme, non ?

Le Vendredi 28 novembre 2008 à 23:30 au Bataclan, 50, boulevard Voltaire 75011 Paris.
Préventes : 11,60 euros
Sur place : 15 euros

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Feuilleton audio : les micro-labels - #2 Makasound

Suite de notre feuilleton sur les micro-labels de musique. Après Michel Pampelune, de Fargo records, c'est au tour de Nicolas Maslowski (ci-contre), créateur du label reggae Makasound, de présenter sa structure et d'évoquer son travail quotidien. Je ne vous en dis guère plus et vous laisse écouter ce son d'une dizaine de minutes, réalisé en début d'année, je le rappelle, pour l'émission de France Inter Esprit Critique.


# 2 : Nicolas Maslowski (Makasound). Nicolas Maslowski a créé Makasound en 2001. Suite à un voyage à Kingston, il essaie de diffuser le premier disque d'un chanteur de reggae à l'époque encore inconnu : Winston « Electric dread » McAnuff. Devant le refus des labels et distributeurs, Nicolas créé alors sa propre structure. Diary of the silent years de McAnuff sort en 2002. Depuis, Makasound (« maka » signifiant épineux en patois jamaïcain) a réédité de nombreux classiques de la musique reggae. On peut citer pêle-mêle les Black Roots, Alton Ellis, Linval Thompson ou encore Bunny Lee. Depuis, via ses subdivisions, le label a également investi de la champ de la musique africaine (Takana Zion, Alpha Wess...) et française (Java, Camille Bazbaz notamment). La série acoustique « Inna de yard », enregistrée à Kingston dans le jardin du célébrissime guitariste Earl « Chinna » Smith, reste pour moi le plus beau jet de Nicolas Maslowski et son équipe. Pour l'heure, Junior Murvin, Ras Michael Junior et The Mighty Diamonds, entre autres, se sont prêtés à l'exercice.



Télécharger le son au format mp3



Le site web de Makasound et celui de l'émission Esprit Critique


A écouter : Feuilleton audio : les micro-labels - #1 Fargo


A lire : The Mighty Diamonds - Inna de yard (2008), Black Roots - In Session (1985/2007) et Kiddus I - Inna de yard (2005)


Petite session video « Inna de yard » (sous-titrée en Danois ou Suédois!) avec Leroy Wallace, Earl Smith et Kiddus I :



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22 novembre 2008

Pavement - Wowee zowee (1995)

Que dire qui ne l’ait déjà été sur ce pavé pantagruélique du rock indé des 90’s ? Mythique pour certains, moins bon que Slanted & enchanted ou Crooked rain crooked rain pour d’autres, personnellement mon favori des trois. Derniers titres fous furieux d’un groupe mythique qui amorcera après ce disque une baisse de régime pour finalement splitter en 1999, Wowee zowee ne fut pourtant pas le plus grand succès commercial du groupe. Trop long pour certains, trop riche même, ce troisième album de la formation emmenée par Stephen Malkmus (alors en pleine période d’inspiration), Scott Kannenberg, Bob Nastanovitch, Mark Ibold et Steve West aurait pu être un double. C’est encore plus évident lors de sa réédition par Matador sous le nom The sordid sentinels edition qui pousse le vice d’afficher 50 titres au compteur (contre 18 pour l’édition originale). Quoi qu’il en soit 13 ans plus tard les compositions de cette bande de je-m’en-foutistes surdoués n’ont pas pris une ride et restent une pure démonstration de ballades surf pop à moitié lo-fi.
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Des trésors il en contient ce Wowee zowee, à la pelle même. "Rattled by the rush" en premier lieu, avec son ambiance étrangement cool, sa nonchalance présente sur tout le reste du disque, comme si tout était facile, trop facile. Sans aucune concession à l’effort, Malkmus et sa bande explosent les limites de la pop et se laissent aller à un peu de punky noisy sur "Flux=Rad". Piochant des idées aussi bien aux Pixies qu’à The Fall, Wowee zowee fait allègrement figure de vide grenier musical réussi et inspiré. Un peu plus loin vous tombez sur "Grave architecture" et ses solos d’anthologie qu’ont du écouter en boucle Rivers Cuomo et ses potes pour accoucher de leur Blue album. Tantôt charmants (les arpèges de "Grounded"), tantôt farfelues ("Best friend’s arm"), les compositions bien qu’inégales (surtout sur la réédition) débordent de génie et de cette facilité terrifiante. A vous de fouiner et de trouver celles qui vous touchent plus particulièrement ("AT & T" peut-être ?). Whatever… si l’on devait utiliser la métaphore de l’île déserte, ce disque devrait pouvoir vous y occuper pendant quelques semaines au bas mot.
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En bref : L’un des chefs d’œuvre du rock indé, compilation d’hymnes d’une génération, selon moi le sommet fun d’un groupe indispensable.
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A lire aussi : Sun Dial - Other way out (1990)
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"Grace architecture" et "Rattled by the rush" :



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Alain Bashung - Les Passagers du Zinc / Avignon (20/11/08)


Soirée empreinte de grâce et d'émotion hier à la salle des Fêtes de Montfavet. Emotion, pour les raisons que tout le monde sait et qu'il n'est besoin de rappeler, grâce, parce que le grand Alain a fait preuve tout au long de sa prestation d'un magnétisme, d'un charisme palpables !

Une fois pris le relais de Chloé Mons, artiste radicale au show dépouillé (Mme Bashung à la ville), place au maître, au fabuleux musicien interprète, dont le talent, à l'aune de la superbe sculpture sonore qui l'entoure (j'y reviens), est toujours à son zénith.

HIPHOP aurait apprécié : le set, qui bien entendu met en avant le dernier né Bleu Pétrole, est lancé par le vibrant "Comme Un Lego", où Bashung, seul à la guitare, avant que ses musiciens avec beaucoup de retenue ne lui emboîtent le pas, tient la salle archi-comble, en haleine. Sur un texte très littéraire -c'est d'ailleurs la majorité de ce qu'il nous sera donné d'écouter, l'artiste au timbre puissamment intact, émeut, captive et lance la soirée.
S'ensuit ma préférée "Je T'ai Manqué", chanson d'une beauté à couper le souffle (single de l'année ? On est en droit de se le demander !) où les délicats arrangements de violoncelle - instrument tuant et à la richesse inégalée, j'y reviens - la contrebasse, sont autant de supports rythmiques que d'arrangements racés.
Changement de tempo avec un "Hier A Sousse" enlevé qui préfigure l'un des morceaux de bravoure de Fantaisies Militaires (98), album fédérateur s'il en est, j'ai nommé "Mes Prisons". Cette chanson est faite de stridences de guitares admirablement bien rendues, et d'une mélopée survoltée, sous les doigts du violoncelliste qui fait sonner son instrument comme bon lui semble ; c'est-à-dire comme un instrument à cordes, mais aussi comme rien d'entendu auparavant !
Le summum intervient sur "Légère éclaircie", unique extrait du fabuleux Novice (89), fruit de la collaboration éclairée d'Alain et de Colin Newman (let's panic later toujours !), et je comprends à présent comment et pourquoi l'artiste a décidé de se passer de claviers pour interpréter ses premières oeuvres new wave : la tessiture du violoncelle alliée à de savants effets irréels remplacent avantageusement les synthés glaçants et parfois datés de l'oeuvre originelle. JiPé ne manque pas d'ailleurs de tressaillir sous les coups de boutoir de la chanson ("Secouez, secouez-moi avec méthode / Secouez, secouez moi aux antipodes").

Le même traitement a préalablement été infligé à "Volontaire" ( Play Blessures (82), écrit à quatre mains avec Gainsbourg), et le résultat, proprement stupéfiant -faire sonner une oeuvre aussi froide en un sommet de musique organique et acoustique !- nous a donné le ton !
Bashung dans tout ça ? Immergé comme on peut l'être dans une musique aussi dense et riche, jouant de ses doigts pour battre la mesure comme d'un étrange ballet, heureux et ému du formidable retour que lui envoie le public. Et d'interpréter toutes ses vieilles scies -"J'passe Pour Une Caravane", "Osez Joséphine", "La Nuit Je Mens", et même "Vertige de l'Amour" (l'un des plus grands singles des 80's, on est d'accord !- avec le même bonheur !

D'ailleurs, j'évoque "Osez Joséphine" : ses avalanches de bottleneck seront autant de respirations dans un intermède country plutôt rassérénant, en raison de la gravité émotionnelle de la musique de Bashung. Lequel a mentionné dès le début du concert que "des chansons que[vous connaissez] et d'autres, peut-être pas, [ seraient] jouées ce soir."

Et d'envoyer ainsi la reprise du "Everybody's Talkin' " de Fred Neil, revisitée par Nilsson, ce qui le fait sourire sur le fait qu'une bonne partie de l'assistance a déjà fredonné cette ritournelle entendue dans Macadam CowBoy ; eh oui Alain, ton succès auprès des jeunes a beau ne pas se démentir, tu ne disposes pas moins d'une frange dure de quadras et de quinquas venus t'applaudir !
Tout, c'est bien entendu ne peut être entendu lors d'un même concert, et notamment certaines oeuvres plus radicales et plus anciennes, mentionnées plus haut ; réjouissons-nous quand même d'avoir pu écouter in extremis le divin "Malaxe", qui amputé de son Hammond n'en reste pas moins trippant ("Entre tes doigts l'argile prend forme / "L'homme de demain sera hors-norme")!
2 impressions finales et qui résument l'affaire : oui, que l'on donne , comme dans sa chanson, des années à Bashung pour le disputer à ce maudit crabe et nous ensorceler encore d'albums enivrants !
Ma deuxième pensée, plus universelle, concerne notre position de simples français, dans l'univers de la pop. Si souvent raillés, et tout juste nantis d'une certaine crédibilité depuis les renouveaux lounge et disco, la France peut s'enorgueillir de disposer dans ses rangs d'artistes aux confins de la pop et de la variété (oh, le gros mot ! Et pourtant, le mot pop veut dire "populaire"), sachant distiller une musique unique en son genre qui part de Manset jusqu'à Dutronc, de Polnareff à Murat, en passant par Christophe, Ferrer ou Sheller (rajoutez-y plein d'autres noms, mais pas Garou ni Benabar hein ?).

Et si c'était ça l'exception cuturelle ? Au fait merci pour tout, monsieur Bashung, et vivement le prochain album, la prochaine tournée !

la chronique de Bleu Pétrole à relire

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21 novembre 2008

Hawney Troof / Le Pingouin - Concert au Son’Art de Bordeaux le 20/11/08


Let’s Panic Later n’a décidément pas fini de nous surprendre et continue sa programmation iconoclaste en invitant ce soir au Son’Art deux groupes facilement étiquetables sous le terme d’électro hip hop. Dommage qu’une grève inappropriée (pléonasme ?) des Trams ait à priori empêchée la population bordelaise de se déplacer jusqu’ici. Soit, la quarantaine de personnes présentes n’en sera que plus à l’aise. Ca commence fort avec le trio local Le Pingouin que je vois pour la première fois sur scène ce soir. Et c’est une excellente surprise ! Imaginez le désormais bien connu Père Dodudaboum à la basse et aux arrangements et posez sur son habituel happy hardcore à la Dan Deacon un flow hip hop à la Fuzati du Klub des loosers (dont ils ont réalisée la première partie, ainsi que celle de TTC et Subtle). Un sacré mélange de chansons tristes et d’autres moins, dont on n’entend malheureusement pas assez les instruments réels, au profit du préenregistré. Je vais néanmoins devoir me dégoter les disques.

Seconde surprise, et non des moindres, celle du jeune californien Hawney Troof aka Vice Cooler (quel nom !). Sapé comme Cloclo, pas plus grand, même coiffure, mais d’où débarque ce gars ? On le sait fan des Beastie Boys et de Peaches et il n’aurait d’équivalent français qu’en la personne de Katerine. Complètement fou, à peine lance-t-il son instrumentation électro qu’il se met à bondir de partout, déversant son flow hip hop avec une bonne humeur contagieuse. Ce mec là, qui apparemment ne fait rien comme les autres semble sortir d’un autre monde, et mine de rien, malgré son extravagance farceuse, développe sans cesse de grandes expérimentations sonores assez surprenantes. Incroyable, il nous met le sourire aux lèvres du début à la fin d’un show qui sera incompréhensiblement trop court pour un artiste qui a pourtant déjà quelques disques au compteur. Un showman hors du moule, comme on en voit trop peu par chez nous. Merci.
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Les Myspaces du Pingouin et de Hawney Troof
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A lire aussi : Why? - Concert à Bordeaux
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Pour vous faire une idée du perso, le clip de "Connection" :



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Late Of The Pier - Fantasy Black Channel (2008)

Il est tout de même de grandes impostures. Ce premier album des anglais de Late of the Pier ne me serait sûrement pas arrivé aux oreilles si j'avais été aveugle aux élogieuses critiques qui en ont fait d'énièmes héros d'une énième scène anglaise. Mais on peut être snob (disons exigeant et sélectif), on en est pas moins curieux. Sauf qu'à l'écoute, le constat s'impose: cette gloire, forcément éphémère, reflète une tendance assez agaçante de la presse musicale, selon laquelle un groupe qui mélange des genres diamétralement opposés avec une folie douce apparente serait nécessairement bon. Poudre aux yeux! Fantasy Black Channel n'a rien d'héroïque, il est insupportable.

Alors oui les collages sont évidents, et effectués pied au plancher: on entend des délires glam, des délires électroniques, des délires psychédéliques, et des délires, hum... « nu-rave » (excusez-moi je vais vomir). Soit principalement Slade, Gary Numan, Of Montreal, et Klaxons. Ou plutôt leurs substances mal digérées. Oui, le collage c'est bien beau, mais encore faut-il qu'il soit réussi, car on souhaiterait quand même entendre quelque chose qui se tient. Là le résutat est affligeant tellement il est vain, tellement il est vide. Les différents plans ne fonctionnent absolument pas, et ne réussiront qu'à donner une migraine des plus désagréables. Ne parlons pas de cette voix crâneuse, car je commence déjà à me sentir mal.

Certes on peut toujours essayer de chercher (mais il faudra un certain masochisme pour ça) des passages où les choses s'améliorent légèrement, comme au début de "The Enemy Are The Future," où le groupe cesse enfin un instant de faire semblant d'être cinglé. S'améliorent légèrement dis-je, car le morceau agace dès la première minute, avant de devenir tout à fait consternant. Il semblerait qu'il s'agisse de bien cela: c'est un disque de petits bouts, à choisir selon ses goûts dans la masse informe. N'y a-t-il pas rien de plus maladroitement putassier?

La course à l'excentricité va loin de nos jours, et il y en a qui s'y lancent sans savoir ce qu'ils font. Le truc c'est que Hissing Fauna, Are You The Destroyer de Of Montreal avait (contre toute attente) tant conquis que certains finissent par trouver de l'intérêt, voire du génie à tout suivant, comme si le n'importe quoi était garant de qualité. Ce ne serait pas si écoeurant si la mise en avant de formations creuses comme Late of the Pier ne supposait pas la mise en retrait d'artistes bien plus méritant. La mode est ce qu'elle est, sensée être consciente de sa propre superficialité. Alors pourquoi entends-je le mot génie?

En bref: Electropsychéraveglam. Surestimé ? Le mot est faible, et ce maillon aussi!




Leur myspace, et leur site.

Rendez-vous compte!



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Fat Freddy’s Drop en concert à Bordeaux


Que les amateurs de roots teinté de soul se réveillent, le groupe le plus adulé de Nouvelle Zélande (Wellington) est de passage sur nos terres. Les chouchous de Gilles Peterson et Jazzanova amèneront leurs cuivres, claviers et cordes pour soutenir leur leader Joe Duckie dans son dub reggae systématiquement synonyme de grande expérience sonore. Ca se passe ce jeudi 27 novembre au Krakatoa et c’est Musiques de nuit qui organise. Alors arrêtes de chiller et prends ta place.
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Le classique "Hope" :

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20 novembre 2008

Unabombers present Electric Chair RIP EP (2008)

Cet EP n’est qu’un extrait de la dernière compilation Electric Chair Saved My Life, hommage au défunt club mancunien du même nom, qui a fermé ses portes en janvier 2008 après 13 ans de nuits blanches. Mais ce n’est pas pour évoquer cet établissement que j’ai choisi de vous parler de ce disque. Ni, d’ailleurs, pour disserter sur ses fondateurs, The Unabombers (Luke Cowdrey & Justin Crawford). Ce qui m’intéresse ici, c’est la réédition d’un incunable du disco-garage, “Stand on the word” des Joubert Singers, revisité par l’immense Larry Levan.

Si le nom de ce morceau ne vous dit rien, sa mélodie, reprise maintes fois, ne vous est certainement pas étrangère. Une version “modernisée”, lisse et pour tout dire assez mauvaise, circule d’ailleurs depuis cet été. Elle émane des mystérieux Keedz, derrière lesquels certains croient reconnaître Justice. On les comprend tant il est vrai que la basse ressemble à celle de D.A.N.C.E., morceau lui-même fortement influencé par les Joubert Singers. Cependant, sans être un grand fan des justiciers parisiens, je doute fort qu’ils aient pu produire une telle merde. Quoi qu’il en soit, la meilleure version reste celle de Larry Levan (en 1985), qui garde toute l’énergie du piano et de la chorale d’enfants et opère un lifting parfait, supprimant d'inutiles guitares, gonflant la basse et ménageant le suspense en accumulant les breaks. Comme souvent, Larry fait tout simplement mieux que l’original.

L’original, justement, date de 1982 et son histoire mérite d’être relatée. "Save on the Word" aurait facilement pu rester au placard. Enregistrée dans une église baptiste de Crown Heights, à New York, elle n’est en effet destinée, à l'origine, qu’à la seule congrégation. C’est le DJ Walter Gibbons, alors très versé dans la foi chrétienne et le gospel, qui la popularisera en jouant sa copie au Rock & Soul Shop de la 7ème avenue. Dès lors, le morceau ne quittera pas les meilleurs DJ bags de l’époque et on l’entendra dans tous les grands clubs, au Loft, au Zanzibar et bien sûr au Paradise Garage, la maison de Larry.

N’oublions pas les deux autres titres de l’EP et surtout “Like Some Dream (I can’t stop dreaming)” de Daniel Wang, ancien patron de Balihu Records et pensionnaire d’Environ, le label de Morgan Geist. Tiré d’un EP sorti en 1993, c'est un mix brillant d’italo-disco et de house agrémenté d'une drôle de voix féminine. Enfin, le troisième titre, qui n’a strictement aucun lien avec les autres - sauf le fait d’avoir été joué à l’Electric Chair, est le rarissime instrumental de “Black Men United”, du groupe électro/hip-hop/rave Shut up and dance. Une sorte de breakbeat oppressant qui plaira sans doute aux amateurs de dubstep.

En bref : Une très bonne occasion d’acquérir une version vinyle du légendaire “Stand on the Word” revu et corrigé par Larry Levan. Avec en prime, un vieux track de disco cosmique de Daniel Wang, et une rareté électro/hip-hop.



Leur Myspace
Leur site
Le site du label Tirk

A lire aussi : Larry Levan’s Paradise Garage

The Joubert Singers - Stand On The Word (Larry Levan Mix)

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Reggie Dokes - Rain Redemptive Love (2008)

Reggie Dokes, je vous en ai parlé il y a deux jours à peine à propos de la compilation Prime Numbers. Etonnamment, je ne l’ai véritablement découvert qu’à cette occasion. Tout juste l’avais-je croisé sur une autre compil, Detroit Beatdown Vol. 2, où il posait un track correct sans être marquant. Pourtant, le natif de Detroit, exilé à Atlanta, est actif depuis le milieu des 90’s et a déjà signé 4 LP et une poignée de maxis, dans une veine proche des (également sous-estimés) Rick Wade ou Mike Huckaby. Il dirige même son propre label, Psychostasia, essentiellement consacré à ses propres sorties, mais qui bénéficie d’une distribution quasi nulle en France. Mieux vaut tard que jamais, donc.

Par un heureux hasard, il se trouve qu’au moment précis où je commence à m’intéresser à ses travaux, le bonhomme sort un EP sur Philpot, label ainsi baptisé en hommage à Larry Levan (dont c’est le véritable patronyme) et propriété de l’excellent producteur allemand Jackmate (AKA Soulphiction). Intitulé Rain Redemptive Love, c’est une bonne introduction au travail de Dokes, qui livre une deep-house sensible, à échelle humaine, personnelle sans être révolutionnaire, maîtrisée sans manquer d’être bancale. En face B, le downtempo “Black Children of the Ghetto”, clin d’oeil à la blaxploitation, déroule son clavier Rhodes sur un lit de percus africaines du plus bel effet. Un peu linéaire, c’est un bon morceau d’ambiance, à écouter d’un coin d’oreille en faisant la vaisselle.

La première face regroupe deux plages aux rythmiques plus marquées, mais qui restent davantage destinées à une écoute de salon qu’au déchaînement sur un dancefloor - ou alors tard, très tard, lorsque toute inhibition s’est évanouie. “Love” et “Rain on me”, emmenés par un piano jazzy et d’amples nappes, séduisent grâce au côté un peu brut de la production, qui leur confère un effet live touchant, assez proche de ce que peut faire Cobblestone Jazz - en moins sophistiqué. Il vous faudra sans doute quelques écoutes pour vous accoutumer au son quelque peu agressif des violons de “Love”, dont le mixage me paraît approximatif. Aucun problème en revanche pour entrer dans “Rain on me”, ma préférée, introduite par une unique phrase de saxophone et qui confronte un solo de synthé cheap à un véritable mur de cordes. De belles trouvailles, donc, pour un EP inégal mais attachant.

En bref : L’un des producteurs house les plus doués de Detroit habite à Atlanta. Il s’appelle Reggie Dokes et travaille à l’ancienne, comme un artisan. Et si cet EP n’est pas ce qu’il a fait de mieux, il donne une bonne idée de son énorme potentiel. A suivre.



Sa page Myspace

A lire aussi : Various Artists - Prime Numbers (2008)
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19 novembre 2008

The Organ - Thieves (2008)

Et voilà, The Organ tire sa révérence. Et l’une de mes voix favorite du rock au féminin s’enfuit par la petite porte. Le quintette canadien splitté dès décembre 2006 laisse derrière lui un unique album, Grab That Gun (2006) sur le label anglais Too Pure, une poignée de maxis, et Thieves, leur dernière contribution comme une ultime pirouette. Rideau. Car si les cinq femmes originaires de Vancouver se sont réunies en 2007 à l’occasion de l’enregistrement de l’ep testamentaire, elles n’envisagent aucune re-formation et aucun concert n’est prévu. Il suffira de se contenter de cette maigre satisfaction.

Malgré tout l’avenir radieux qu’on avait pu leur prévoir à la sortie de leur premier ep, Sinking Hearts (2002), le groupe, emmené par la chanteuse et compositrice Katie Sketch et l'organiste Jenny Smyth, a préféré l’autodestruction. D'ailleurs, considéré la trop grande charge émotive du songwriting, les compositions fiévreuses, le chant tourmenté et les saignées instrumentales, seule une chute semblait envisageable. Ancré dans un rock années 80’s, on identifie clairement les inspirations des Smiths au Cure à Morrissey. Peu novatrices mais douées d’une telle énergie (du désespoir) qu'elles sont arrivées à élever un style musical d’une rare particularité sans réellement se distinguer de leurs influences. À cet idéal coldwave mais aussi pop, emprunt d’un spleen baudelairien, leur musique s’inscrit pourtant sans compromis, punk. Elle transperce d’un seul coup ou loupe carrément sa cible, toute pressée d’en finir.

Avec pour seul apparat un style minimaliste et prégnant, The Organ se repose sur la complainte de Katie smith alliée à l’orgue Hammond de Jenny Smith. Complémentaire et solidaire, chaque instrument se conforme à son rôle sans effusion. Et derrière ces enregistrements métronimiques, se cache Chris Potter. Producteur et ingénieur du son canadien connu pour avoir travaillé avec The Verve, les Rolling Stones, De La Soul, il est inséparable du quintette depuis leur début.

Résultat de l’implosion de la formation, Thieves tend à une conclusion hâtive, et les 6 morceaux, des fragments épars. « It’s gonna be alrwight », tente encore de convaincre katie Smith sur "Even In The Night", superbe morceau d’introduction. De la mélancolie au désespoir, seuls les titres "Oh What a Feeling" et "Let the Bells Ring" réchappent de la tristesse noire qui plane au dessus des enregistrements. Ces derniers ne semblent d’ailleurs pas provenir d’une même session mais d’une compilation d’anciennes faces b et titres nouveaux, sans que cela porte préjudice à l’ensemble. Un dénouement en toute simplicité, à la manière du poignant "Don’t be Angry". Un point final.

En Bref : Thieves ne peut prétendre remplir le vide laissé par la séparation de l’une des plus attachantes formations féminines de rock. Une lettre de rupture, brève, qui se contente de l’essentiel.




Le MySpace de The Organ

Even in the Night
Don't be Angry

A lire aussi : Matt Elliott - Howling Songs (2008)

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Feuilleton audio : les micro-labels - #1 Fargo

Découvreurs de talents arpentant les chemins de traverse de la musique contemporaine, les labels indépendants sont dans un certain sens le poumon d'une industrie en perte de vitesse mais également le liquide qui fait ardemment battre nos coeurs. Parmi ces structures, aux formes hétéroclites, ayant toutes en commun un même flair et un même sens du partage, nombreuses sont celles qui s'appuient sur des équipes et des moyens réduits à une peau de chagrin. Affaire de passionnés, ces « micro-labels », si l'on peut les nommer ainsi, constituent aujourd'hui le sang frais du circuit musical, entre consécration du do it yourself et frissons du collectionneur.

Réalisé en début d'année pour l'émission Esprit critique de France Inter, voici un petit feuilleton en trois volets sur ces artisans passeurs de sons. J'étais alors allé à la rencontre de Michel Pampelune, du label Fargo, Nicolas Maslowski de Makasound et Arthur Peschaud de Pan European Recording. Ces trois hommes, aux paysages éloignés, reviennent sur l'histoire et le quotidien de leurs labels respectifs. Entre liberté artistique exaltée et équilibre économique précaire.


#1 : Michel Pampelune (Fargo). Michel Pamplune a créé Fargo en 2000. Son premier fait d'armes a été la diffusion en France des disques du songwriter américain rock Neal Casal. Depuis, on lui doit l'arrivée dans nos contrées des mélopées d'Alela Diane, du folk d'Andrew Bird, de la pop éthérée de Laeticia Sheriff ou encore du punk-rock trépidant d'Against Me.



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Le site web de Fargo et celui de l'émission Esprit Critique


A lire aussi : les autres interviews de DODB




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18 novembre 2008

VA - Prime Numbers (2008)

Absent de nos colonnes, le premier album de David “Trus’me” Wolstonecraft méritait pourtant qu’on s’y attarde. Car le jeune mancunien incarne le renouveau d’une house soulful dont les pairs se nomment Moodymann ou Theo Parrish. Fort du succès de ce Working Nights notamment encensé par Gilles Peterson, il vient de mixer et de publier la première compilation de son label, créé en début d’année. Un double CD (une partie mixée, l’autre non) qui regroupe les premiers EP parus et confirme tout le bien que l’on pensait de Prime Numbers, maison exigente qui fixe d’emblée la barre très haut.

Après une entrée en matière dubby avec le scintillant, mais un peu long, “Lost Experiment” de Nick Moore AKA Linkwood, on progresse en douceur avec un morceau de Fudge Fingas (Vin Landers) qui mêle funk, voix planantes et guitares shoegazées. Mais c’est à partir de “Release Yourself”, de Reggie Dokes, que commencent les choses sérieuses et qu’une pulsation virale s’installe. Sans originalité aucune (les sempiternels piano et cordes sont au rendez-vous) mais d’une élégance aérienne, ce track peut faire office de carte de visite du label, qui se focalise sur une deep-house ouvragée et opulente. Basé à Atlanta, d’où il gère sa propre structure Psychostasia Recordings, Dokes offre ici deux autres titres, dont un sous le nom de Napihedz en collaboration avec Piranhahead, un proche de Moodymann. Pour l’occasion, il est retourné dans sa ville natale de Detroit. Le résultat est un réjouissant conglomérat de house et de reggae intitulé “Jah Bless”, que vous pouvez écouter plus bas. En ce qui concerne Trus’me lui-même, on trouve une version dub de “WAR” (tiré de Working Nights) à laquelle on préférera l’originale, mais surtout le très disco “Good God”, servi par une ligne de basse ravageuse.

Au-dessus de l’ensemble de ces titres plane l’ombre de Larry Heard, pionnier de la deep-house - qui vient d’ailleurs de sortir le magnifique EP 25 years from Alpha sur Alleviated. On retrouve sa façon de tapisser le beat de synthés moelleux et aussi le côté cérébral de la plupart de ses productions. Un son très ancré dans les années 1990, donc, pas étranger non plus à une certaine scène britannique dont le parrain serait un dénommé Ashley Beedle. Mais je ne peux clore cette chronique sans évoquer le morceau de bravoure de cette compilation. Déjà devenu un classique, “RIP”, de Linkwood, ici proposé dans deux versions, reprend habilement les guitares et surtout la voix sublime de la regrettée Minnie Riperton sur son hit de 1979, “I’m a Woman”. Un exercice assez proche de "Gettin’ Together”, du même Linkwood, dont Antoine nous avait parlé et qui utilisait avec délicatesse un sample de Marvin Gaye.

En bref : Ceux qui ont adulé Moodymann ne seront pas loin d’enterrer leur idole à l’écoute de cette somptueuse compilation deep-house, annonciatrice de belles années pour le label du Britannique Trus’me.



Deux extraits qui font saliver :
Reggie Dokes - Release Yourself.mp3
Napihedz - Jah Bless.mp3

La page Myspace de Trus’me et Prime Numbers
Celles de Linkwood, Fudge Fingas, Reggie Dokes et Napihedz

A lire aussi : Linkwood - Miles away (2004)

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