19 août 2008

The Beach Boys - Surf's Up (1971)

Il est communément admis que ce monument constitue la dernière grande oeuvre des cruciaux Beach Boys, et c'est juste ! Est également souligné l'apport nouvellement écologique (Brice Lalonde et les Verts n'ont rien inventé !) de ce 17ème (!) disque studio de la fratrie Wilson, en phase avec la prise de conscience environnementale de la pop d'alors !

En revanche, il est beaucoup moins universel de voir en Surf's Up, le chef d'oeuvre des Garçons de la Plage ! Et pourtant, de même que chacun sait que Sergent Pepper... ne constitue pas le sommet créatif des Fab Four, Pet Sounds (66) son pendant beachboysien, est un tantinet surfait. Comprenons-nous ! Il recèle des tas de choses que n'ont jamais tutoyé la plupart des groupes, mais essayer de se l'enquiller d'une traite peut s'avérer un pensum, alors que pourtant, un BB ne dépasse jamais les 36', par définition !

Les Beach Boys sortent de grands disques depuis qu'ils ont levé l'option surf systématique de leurs disques et que Brian Wilson s'est affirmé comme un compositeur décomplexé et brillant. En gros, depuis All Summer Long (64) et Today ! (65). A partir de Pet Sounds, ça devient plus problématique, car les démons intérieurs de l'ainé des Wilson le rattrapent au point qu'il va peu à peu laisser les rênes du groupe à ses frères et à l'infernal Mike Love. Et que tout ce qui va découler du naufrage Smile, sera finalement jeté en pâture sur de très beaux albums, dont celui qui nous occupe.

Carl se taille ici la part du lion, avec les enchanteurs et candides "Long-Promised Road" et "Feel Flows", qu'il chante d'une voix aérienne ! Sans parler de sa partie lead sur la première partie de "Surf's Up" ! Voila pour le consensus , avant le tuant assaut final qu'est la face B (avec "Feel Flows" en ouverture !) Alors, ce qui semble gêner le plus de "spécialistes", c'est l'influence toujours plus forte du cousin et du copain des 3 frères, j'ai nommé l'odieux Mike Love et le fluet Al Jardine. Il n'empêche : leur contribution sur "Don't Go Near The Water" est remarquable, et le rocker "Student Demonstration Time" est admirablement bien chanté par Love !

Oublieux sont aussi ceux qui ne mentionnent jamais la bien sous-titrée "Looking At Tomorrow (A Welfare Song)", l'un des morceaux les plus méconnus des Boys, et qui bénéficie de la griffe et de l'angélique apport de Al Jardine ; "Looking At Tomorrow" ? L'un des seuls morceaux de l'art Beachboysien, qui puisse être fidèlement rendu avec une seule guitare !

Alors, bien sûr, il y a bien la cucu "Take A Load Off Your Feet" (et encore !) ou la gentille bluette de Bruce Johnston (idem !) ("Disney Girls") dans cet enchevêtrement de chansons disparates, alors d'où vient que cet édifice hétéroclite tient à ce point la distance ?
De sa pluralité, je l'ai dit ! Ici, tout le monde chante, en lead, en choeurs, les plus doués composent ; en fait il se passe un peu la même chose lorsque Harrison prend confiance en lui et offre ses meilleurs morceaux à Lennon et Mc Cartney à partir de Rubber Soul (65) !

Mais ce qui fait de Surf's Up un monument difficilement surpassable -tiens, les Beatles avaient bien fait de se dissoudre, car la compétition par Atlantique interposé, aurait fait rage- c'est en fait le brelan de chansons signées Brian Wilson en toute fin de disque, celles dont les béotiens disent qu'ellent sauvent le disque (aaaarrrghh !), alors qu'elles ne sont que 3 gemmes de plus (exceptionelles certes !) à la beauté de l'ensemble !

En ces temps troublés, où Brian ne fait plus partie des tournées du groupe, se voit mettre sur la touche par son félon de cousin et a le cerveau en compote, persuadé qu'il est d'avoir déclenché un incendie à distance (l'affaire des musiciens casqués en pompiers), il délivre à la planète ébahie un manifeste dans lequel il raconte sa vie d'arbre ("A Day In The Life Of A Tree", chanté par le manager Jack Rieley, à la troublante similitude de timbre !) au son d'un harmonium liturgique, s'imagine en bouchon de bouteille dérivant sur une mer déchaînée ou en feuille d'arbre volant inexorablement au vent (" 'Til I Die")-ce sont là les affres d'un cerveau en miette !- avant de s'échouer avec son frère Carl, sur la symphonie de poche du morceau-titre, dans un texte touchant de sincérité sur la fin du rêve 60's !

En bref : que dire de plus qui n'ait été dit ? Que cet album est une pièce essentielle à l'art pop du siècle dernier, et qu'il recèle la plus belle chanson du monde, celle qui réussit à me donner des frissons à chaque fois que je l'écoute : "'Til I Die". On en oublierait presque les arrangements et la texture, d'une confondante modernité, comme toujours chez les Beach Boys.
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Site Beach Boysien

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"'Til I Die ":





"4th of July", magnifique inédit des sessions de Surf's Up et publiée en coffret il y a quelques années ! Gemme signée Dennis Wilson !

5 Comments:

Ju said...

Comme je te l'ai dit, j'attendais secrètement que tu chroniques ce disque, connaissant ta fascination pour celui-ci. Car même si je ne ressens toujours pas les frissons à chaque fois sur "'Til i die", force est de reconnaître que la deuxième face est une véritable tuerie, qui ferait presque oublier la première, ce qui je sais, n'est pas bien. A écouter encore et encore... pour ne pas continuer à citer Brian Wilson à tort et à travers sans connaître ce qu'il a fait.
Merci.

Anonyme said...

Je réagis un peu à l'arrache en lisant ce post:
Je ne crois pas avoir lu quelque chose d'aussi intelligent sur les beach boys depuis longtemps.
Je partage tout à fait ce qui est dit.
Cet album est en effet l'album que je réécoute le plus. Avec Sunflower et Carl and the passion so tough (dans l'ordre)
Bravo encore pour ce commentaire.
jyt

Nickx said...

Merci pour tes encouragements, qui te donneront je l'espère, envie de consulter plus avant le blog ! N'hésite surtout pas à poster d'ailleurs !

J'adore moi aussi Sunflower (moins Carl and The Passions - So Tough) et le tuant This Whole World de Brian, entre autres ! Même si je situe l'ensemble un tantinet en dessous ! Enfin tout est très relatif quand on parle des BB !

Pour en revenir à Surf's Up, imagine en plus ce que ça aurait pu donner si on avait remplacer Take A Load Off Your Feet par le 4th Of July de Dennis, bêtement tombé dans les limbes de l'histoire pour cause d'une dispute entre Carl (qui a dirigé une bonne partie du disque)et le vrai surfer du groupe !

Ce morcau, l'un des 20 meilleurs des BB, tiens, je vais le rajouter en lien !

jyt said...

J'ai acquis une réédition de Pacific Océan Blue. Cet album confirme ce que je pensais. Dennis Wilson est le BB le plus rude.
Souvent ses compos sont plus bluesy.
Je m'aperçois aussi que je pourrais finalement citer chaque album pour un morceau d'exception.
Par contre, je ne connaissais pas 4th of july. Il va falloir aller à la pêche.

Magic Kaic's Music said...

Merci, la vérité finit toujours par triompher... Et puis Surf's Up est sorti en 1971,la plus grande année du Rock.