24 août 2008

TV On The Radio - Return To Cookie Mountain (2006)

Alors que l'on annonce un forcément très attendu troisième opus pour la rentrée, revenons quelque peu sur l'une des rares oeuvres pop réellement innovantes de ces dernières années !

Et tout d'abord, quelques petits mots sur le pédigrée du groupe, assez exceptionnel puisque multiracial - on n'en trouve pas tant que ça, des Equals aux Specials, en passant par la Family de Sly Stone - puisque là, les Blacks ont carrément pris le powaa, avec pas moins de 2 chanteurs, même si, originalité ultime, le démiurge du groupe est en fait un blanc, l'essentiel David Sitek, producteur de son état (Yeah Yeah Yeahs, Liars...) et bassiste de TVOTR !

Il est pour une grande part l'inspiration de ce disque, en compagnie de l'étonnant Tunde Adebimpe, impliqué sur la majorité des compositions, et avec qui il forma du reste le collectif ! Passés un projet obscur (OK Calculator (2002) auto-produit et un premier album sur label référencé (Desperate Youth, Blood Thirsty Babes (2004) qui avait fait son petit effet, rien ne laisse prévoir pareille livraison à l'automne 2006 !

Je ne reviens pas ici sur le tribal et biscornu "I Was A Lover" irrésistible qui ouvre l'album ( l'ami HIPHOP s'en est fait l'exégète avant moi), mais il y a ici tellement matière à s'enthousiasmer sur la qualité de l'écriture, sur la texture des voix, les sonorités, la production que nous passerons directement à .........

"Hours", deuxième piste déclamée par Tunde Adebimpe, est ce genre de morceau qu'on avait pas entendu depuis des lustres : libre, mélodique, un peu fou, qui sous l'apparence d'une mélodie sage, fait apparaître des premières brisures free par son sax inopiné, pas aisément discernable dans le mix en premier lieu, et convie à une atmosphère étrange (ce break avec son entrelacs de voix) qui sera la marque de fabrique du disque.

L'une de mes grandes peurs, je l'avoue, au moment d'écouter "Province", in fine l'une des grandes réussites du disque, tenait en deux mots : David Bowie ! Présent au casting de la chanson comme dans à peu près un disque sur deux parmi les groupes qu'il affectionne, (cruel et pesant gimmick !), il apparaissait comme un pensum de s'enquiller la voix tabagique du Thin White Duke, véritable Depardieu de la pop dans cette manière qu'il a d'intervenir abruptement là où bon lui semble ! Ouf, Bowie est noyé dans le mix, et même si on identifie sa présence, le morceau délivre son irrésistible et lancinante beauté, en demi-teinte ! Il est vrai que le falsetto de Kyp Malone à l'octave, y est pour beaucoup !

Tout ici est parfait, de l'étonnant et a capella "A Method", qui rappelle certain groupe mythique vocal, en passant par la chaotique (et l'une de mes préférées) "Playhouses", qui soudain enfourche la 6ème vitesse sur un tempo jungle du plus bel effet : saturation, hypnotisme de la mélodie en boucle, choeurs aériens, un ré-gal !

La deuxième face reprend l'affaire où elle l'a laissée avec "I Was A Lover", sur un mode un peu moins surprenant il est vrai, avant d'enchaîner avec une énième perle, ce "Dirtywhirl" tournoyant et apaisé, aux délicats et discrets nappages de Rhodes. "Blues From Down Here", en comparaison, se veut dark, avec toujours ce subtil stratagème des voix de Adubimpe et Malone qui se complètent à l'octave, sur un rythme presque martial ! "Tonight", à nouveau un condensé de la richesse vocale du groupe, est plus laidback ; et mélancolique, annonce le chaos final de "Wash The Day", sur vomissures de larsens et de feedback.

La tempête après le calme !

En bref : un grand disque, l'un des plus novateurs des 2000's finissantes, tout simplement, où chaque écoute apporte son nouveau lot de surprises !
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Le site off de TVOTR et le Myspace

"Dirtywhirl"

2 Comments:

HIPHOP said...

Cet album est inépuisable, une merveille. Impossible pour moi de chroniquer cet album, à moins d'écrire une thèse!
quelques remarques en vrac :
Hours est une chanson féministe, là encore les paroles sont trés belles. je me demande si c'est une allusion à Virgina Woolf (The Hours).
J'ai beau me concentrer je n'arrive pas bien à discerner Bowie sur Province. c'est peut-être tout à son honneur de ne pas avoir voulu faire la star, mais d'avoir cherché à se fondre et à chanter avec.
Wolf like me m'impressionne beaucoup avec cette voix presque criée, ce son bizarre difficile à identifier après les dix secondes d'intro (on s'attend à quelque chose mais pas à ça, on dirait qu'on est près d'un transformateur électrique), et enfin ce break totalement inattendu qui introduit une nouvelle dimension dans la chanson.
merci pour cette belle chronique
bises
J

Nickx said...

Bowie intervient sur les chorus, sa voix est assez aisément identifiable (grave et vibrante) mais heureusement, ne vampirise pas trop l'ensemble !

C'est quand même fatiguant ces rock-stars qui se croient obligés d'intervenir à tort et à travers !

Serait-ce pour compenser de cruelles absences d'inspiration personnelles ?

En tout cas, nous sommes nombreux à attendre la sortie de Dear Science le 23 septembre, ça va être dur de faie mieux!