29 novembre 2008

The Who - The Who Sell Out (1967)

Ah, le grand disque que voila ! Original chez Track Records déniché dans les bacs poussiéreux d'un vieux basement du Soho de Londres, un soir d'été pour la modique somme d'une livre. C'était déjà il y a une bonne quinzaine d'années !

Les Who, qui avaient déjà ébauché l'idée du concept-album avec le flamboyant A Quick One While He's Away (66) - un p'tit coup vite fait pendant qu'il n'est pas là !- concept qui serait repris plus tard par Kinks, Small Faces ou Pretty Things, érigeaient pour le coup le pop-art dans la musique avec cette pochette mythique.
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"Les Who se vendent", tel était le titre un brin provo du troisième LP du groupe, qui proposait outre des chansons magistrales, des interludes musicaux sous forme de fausses pubs, et sous l'obédience chérie de Radio London, vénérable station existante. Les impayables Sigue Sigue Sputnick seraient donc relégués 20 ans après au rang d'aimables faiseurs !

Qu'est-ce qu'un grand disque ? Un disque dont on commence à parler dès la pochette ! Et alors là ! Des fayots sauce tomate (réfrigérée paraît-il, admirez donc le stoïcisme de Daltrey !) au déo géant de Townshend en passant par la playmate bon teint d'un Entwistle de fourrure vêtu, à la crème pour spots fuchsia façon L'aile Ou La Cuisse de Keith Moon, rien ne manque ! Les Damned reprendraient d'ailleurs le barbouillage des haricots sur la pochette de leur premier LP.

Bon, et la musique dans tout ça ? Euh, comment dire... exceptionnelle me paraît être le mot juste ! Déjà, My Generation dépotait pas mal, mais les reprises de rigueur pour une première oeuvre des 60's, masquaient le talent d'écriture du groupe et notamment de son génial leader Pete Townshend. A Quick One... déjà, leur rendait plus justice.

Ici, c'est un feu d'artifice, et Entwistle également de la partie aux compos relève le tout au delà de sa basse tournoyante. Après le terrifiant jingle métallique d'ouverture, s'ensuit une merveille de chanson écrite par l'ex-chauffeur de Townshend, et qui dédiée au groupe, n'est donc pas une reprise ! : " Armenia City In The Sky" et ses guitares démentiellement heavy, ses effets psychés, ses voix déformées offre le premier grand moment de l'album qui en compte 13, soit le nombre de chansons !

Avec ses stridences, admirablement samplées 30 ans plus tard par Yo La Tengo, ce titre est l'un des faits d'armes majeurs des Who. Suivi de l'amusant interlude "Heinz Baked Beans", arrive la tendre ballade mariachi"Mary-Anne With The Shaky Hand", nouvelle ode masturbatoire, si elle en est, après le fameux single"Pictures Of Lily".

Combien de centaines de chansons classiques ont été bâties sur les bases de "Odorono" et ses variations autour du même accord ! Nul ne le sait ! Ce qui est sûr, c'est que le chant de séraphin de Daltrey sur "Tattoo" (un comble pour une ex-frappe du West-End !) irradie, transperce !

"Our Love Was" affole encore avec son break basse-guitare et ses choeurs à la tierce repris (une nouvelle fois) par les Damned sur leur "Grimly Fiendish". L'on n'a pas encore changé de face que se présente à nous la définitive "I Can See For Miles", probablement l'un des meilleurs singles de ses auteurs, et sans doute aussi de toute la folle épopée du British Beat !

"Can't Reach You"enfonce le clou, "Medac" est une amusante récréation d'Entwistle (sur les boutons d'acnée, donc). Les claviers, si peu utilisés dans l'oeuvre des Who (avant les immondes synthés de "Baba O'Riley") font leur apparition sur le très fin de siècle "Silas Stingy" que vient également souligner un motif de trompette, conférant à l'album cette touche psychédélique unique! Ensuite, le rêveur "Sunrise" et ses mélancoliques suites d'accord laissent la place au finale grandiose de "Rael", morceau à tiroir, qui part dans tous les sens, avant que de s'échouer sur les run-out grooves, les sillons de fin du disque.

Les Who sont encore les Who, Keith Moon, avant qu'il ne vieillisse de 10 ans en quelques mois pour offrir une image d'alcoolique ravagé, Daltrey avant les mises en pli et juste avant le rédempteur Live At Leeds ; tel est ...Sell Out, le tournant de la carrière d'un grand groupe.

En bref : Bien avant la période barbue de Who's Next qui défigurera à jamais le son des Who, et juste avant le très estimable Tommy, l'une des dernières occasions de capturer les Who dans ce qu'ils ont de plus essentiel. Indispensable.
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4 Comments:

HIPHOP said...

la compil de reprises des who, livré avec le dernier numéro de volume, est sympa : of montreal, guided by voices, etc.

Nickx said...

Oui, et aussi la reprise de Mary-Ann...de Petra Haden et son groupe vocal !

Tu noteras que l'essentiel des chansons de la compile provient de Sell Out !

HIPHOP said...

il y a même les Flaming lips, c'est dire....:-)

HIPHOP said...

Une nuit que j'étais
A me morfondre
Dans quelque pub anglais
Du cœur de Londres
Parcourant l'Amour Mon-
Stre de Pauwels
J'écoutais The who sell out ...