12 décembre 2008

Wovenhand - Concert au Krakatoa le 12/08/08


Pour ceux qui ont connu le groupe franco-américain 16 Horsepower (splitté en 2005), David Eugene Edwards est un artiste culte. Pionnier de l’alternative country comme ils disent, membre actif du Denver sound et depuis 2000 à bord du projet Wovenhand (anciennement en deux mots) avec son comparse batteur Ordy Garrison, Edwards a fait parler de lui cette année avec la sortie de Ten stones, album ténébreux et salué, produit par Danielson que l’on n’a pas l’habitude d’entendre aussi sombre. Autant vous prévenir tout de suite, Wovenhand ne pousse pas vraiment à la rigolade, et si l’on retrouve des similitudes avec Nick Cave et Bertrand Cantat (avec qui Edwards a déjà collaboré), ce sont bien ses propres démons qui sont en jeu. Affublé d’un bandana façon indien moderne, il fait office de shaman, tantôt possédé, tantôt révulsé, usant et abusant de vrais/faux tocs et marmonnant je ne sais quel dialecte dans son absence de barbe (certains me feront remarquer des points communs avec Tricky). Difficile de reconnaître la part de comédie et la part de peyote là-dedans, mais à vrai dire on s’en fout tant le charisme est impressionnant. Peut-être le premier redneck stoner d’inspiration gospel de l’histoire ?
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Fortement influencé par le folk des Appalaches, Edwards use (et abuse parfois) d’une imagerie chrétienne qu’il déclame d’une voix unique et habitée réservée aux plus grands. En découlent une puissance mais aussi une rugosité au service d’un répertoire crépusculaire et mystique. Alternant entre deux micros et switchant constamment d’une guitare à une autre (toutes plus belles les unes que les autres) quand ce n’est pas un banjo, Edwards (bien qu’assis) attire toute l’attention sur lui aux dépends de musicos pourtant à priori excellents. Le guitariste n’a que très peu l’occasion de s’exprimer, le bassiste fait son boulot, et seul Ordy Garrison tire un bout de couverture de son côté en partant là où on ne l’attend jamais et en se refusant toute facilité rythmique. Le schéma des morceaux, peut-être trop identiques (du moins pour une oreille trop peu avertie, je n’avais écouté l’album que deux fois), part d’une incantation d’Edwards auxquelles viennent se rajouter les autres instruments aboutissant à des parties électriques enlevées et vrombissantes de haute voltige. Un dernier titre à l’accordéon sortira cependant du lot pour clôturer un concert très long (près de 2 heures) chargé en moments de grâce (le duo voix/batterie) mais aussi en passages plus doux à la limite de la transe soporifique. Néanmoins je reviendrai vers Ten stones, c’est sûr.
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Le Myspace et le site officiel
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A lire aussi : Tricky - Espace Julien, Marseille (10/11/08)
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"Off the cuff" en live :

Crédit photo Gary Isaac ©
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10 décembre 2008

Dubstep 2 Breakcore Party - Vendredi 12/12/08, MAC de Bordeaux

Sortons pour une fois de nos habitudes et donnons à l’association Bass Administratorz la lumière qu’elle mérite. Spécialiste des scènes alternatives et undergrounds souffrant d’un manque de visibilité, l’association organise en cette fin de semaine à la Maison des Activités Culturelles en plein cœur du campus bordelais une soirée électronique évolutive autour de deux genres musicaux assez méconnus, le dubstep et le breakcore.
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Originaire du sud de Londres, le dubstep est déjà une mutation du speed garage et du 2 step. Ca ne vous avance pas plus ? Disons que ce sont des ambiances urbaines et futuristes aux basses denses et langoureuses. Pour le breakcore, le rythme est déjà bien plus élevé et fait de mélanges de genres, de ruptures, de références et parfois même de dérision. Tout un programme.
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Du côté des artistes vous aurez droit à Krumble un destructeur rythmique adepte du synthé et du hardware, Kigma jonglant avec les genres avec puissance et finesse, Dext.R membre actif de la scène électro alternative bordelaise, et enfin Claustrophone parisien au beat ultra rapide emprunt d’amen break. Soirée découverte et ouverture musicale en perspective.
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MAC de Bordeaux / Vendredi 12 décembre 2008 / 22h / 5€
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©Crédit photo Céline Eyquem

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08 décembre 2008

Matt Elliott en concert au Point Ephémère (Paris), le jeudi 11 décembre

L'un des musiciens les plus tristes de Grande-Bretagne, mais aussi un des plus talentueux actuellement, Matt Elliott, fera une halte à Paris cette semaine dans le cadre de sa tournée française. Le poète multi-instrumentiste, originaire de Bristol, diffusera son spleen folk au parfum slave le jeudi 11 décembre précisément au Point Ephémère.

Evènement immanquable de la semaine dans la capitale, du moins pour moi, ce concert sera l'occasion de découvrir en live les dernières compositions issues de Howling songs (lire la chronique), dernier album en date du chanteur et troisième volet d'une trilogie inaugurée avec Drinking songs en 2005.

Matt Elliott sera précédé sur scène par le Français Yann Tambour, présent pour son projet solo Thee, Stranded Horse, et son folk décharné lorgnant tout aussi bien du côté des Tyrannosaurus Rex que de la musique traditionnelle nigérienne. En bref, une très belle soirée en perspective, à un prix abordable, à ne vraiment pas manquer...


Entrée : 13 €. Achetez son billet sur Digiticks.


Le myspace de Matt Elliott, celui de Thee, Stranded Horse et le site web du Point Ephémère.


A lire aussi : Matt Elliott – Howling songs (2008)


En avant-goût, « La mort de la France » (Sarko enculé...), captée lors d'une session acoustique et intimiste au Cargo (Caen) :




Toujours au Cargo, « Something about ghosts » :



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The Jesus Lizard - Shot (1996)

Et si c'était lui, l'album de rock ultime?
The Jesus Lizard (et non Jesus Lizard comme le groupe se plaignait souvent qu'on l'appelât), est une formation punk bruitiste,  apparue à l'orée des 90's qui doit bien sûr un tribut certain aux pionniers hardcore US tels Hüsker Dü et autres Dead Kennedys.
Le point fort du groupe-aux-titres-d'albums-en-quatre-lettres qui a souvent mis le feu aux différents Lollapalooza Tour,  c'est qu'il est composé de quatre personnalités marquantes, musiciens importants et non interchangeables. Au delà d'un batteur racé et d'un bassiste débonnaire, le groupe du chanteur cintré David Yow, compte également dans ses rangs l'un des plus subtils guitaristes qui soient, l'essentiel Duane Denison.
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Mais on ne saurait aborder l'univers de l'un des groupes fétiches de Steve Albini, pour la première fois absent sur ce disque fondateur, sans évoquer la psyché complètement outrée et sauvage de David Yow. Le chanteur de The Jesus Lizard fait partie de ces frontmen qui sont pour beaucoup dans la dimension scénique de leur groupe. Ses performances live, à l'image de ses textes, évoquent le stupre, l'aliénation, les sévices, un comportement extrême qui pour certains témoins, faisaient passer Lux Interior ou le Iggy Pop séminal pour d'aimables plaisantins._
Sexe, sang, sueur......pas la peine d'aller chercher des références littéraires du côté de Kerouac ou du Ginsberg chez ce combo radical. Sur scène, Yow du temps de sa splendeur se baladait suant, torse nu, dévoilant sa bite à l'occasion - ce qui était bien la moindre des choses pour l'acte d'uriner en live, dont l'intransigeant chanteur avait fait sa marque de fabrique._
Si les disques précédents, parus chez l'indépendant Touch And Go avaient fait leur effet et, pour les meilleurs d'entre eux, Liar (1992) et Down (94), dénotaient une adresse mélodique confondue dans une sauvagerie sans égale et concise (albums atteignant à peine les 40'), Shot, paru chez la multinationale Capitol, va magnifier le son bordélique de ces vilains garçons, et ainsi simplement du fait d'une production moins rudimentaire,  rendre justice aux meilleurs hymnes du groupe.
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Sur des accords cisaillants, secs comme des dermes tailladés de lames de rasoir,"Thumper", permet d'emblée d'affirmer deux choses : Duane Denison n'est pas un guitariste lambda, balançant des riffs punky en bougeant des vertèbres façon Linda Blair. Son jeu, subtil et minimaliste, doit beaucoup au jazz et nombre de ses soli restituent cette évidence._
Ensuite, David Yow dont les borborygmes étaient précédemment noyés dans des mix approximatifs, -mais il hurlait plus qu'il ne chantait - a repris le flambeau d'un Johnny Rotten insolent et sarcastique, avec des inflexions démentes, au sens clinique du terme._Le (presque) morceau-titre, "Blue Shot", offre l'une de ces attaques basse-guitare que les Jesus Lizard affectionnent. Tempo saccadé, harmoniques entêtantes, et ce chant d'épileptique où l'on jurerait entendre "possédé" en lieu et place du "passodils" de la chanson._
C'est tout juste si les traînées de slide de "Thumbscrews" et l'accalmie de ses breaks parviennent à  faire oublier combien ce morceau est dangereux.
Les guitares acides évoquant Killing Joke - une autre référence évidente- emportent sur une fausse piste à l'écoute de l'intro de "Good Riddance" jusqu'à l'assaut du refrain, où le choix délibéré du faux sied au chant maniaque de David Yow.

_On pourrait ainsi toutes les passer en revue : qu'il s'agisse des breaks de basse malades, des scansions de "Skull Of A German", de l'ébouriffant "More Beautiful Than Barbie" qui balaye tout sur son passage, des digressions jazz de "Too Bad About The Fire", du démoniaque "Now Then" au blues tordu de "Pervertedly Slow"...tout ici n'est que pure folie non feinte.
Après l'écoute de ce disque, tous les groupes de jeunots agités qui revendiquaient une éthique destroy prêteraient évidemment à rire.
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En bref : un disque toxique, contagieux, sexuel, moite, traversé de fulgurantes et décalées parties de guitare, et assaisonné du chant le plus malsain entendu depuis les Pistols. Le hardcore transcendé par un sens mélodique hors pair.
 


_A lire aussi : Jane's Addiction - Ritual de lo habitual (1990)
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"Thumbscrews" :

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Les U.S.A. contre John Lennon - David Leaf & John Scheinfeld (2008)


Documentaire produit en 2006 mais à peine sorti cette année dans un réseau de salles limité, Les U.S.A. contre John Lennon est un film instructif sur les bouleversements socio politiques apparus aux Etats-Unis entre 1966 et 1976 et surtout sur les réactions de la pop star installée là-bas depuis 1971. Côté contexte, rien n’est oublié : guerre du Viet Nam, manifestations, Black Panthers, Watergate… tout y passe, comme si Lennon s’occupait de la psychanalyse de l’Amérique. Position anti chrétiens, anti racistes, anti guerre, union controversée avec Yoko Ono, le plus rebelle des Beatles ne s’est pas fait que des amis là-bas, on le sait. Jusqu’à son assassinat en 1980 aux pieds de son domicile, Lennon aura été sujet de controverse. Ses accointements avec les radicaux Jerry Rubin, Bobby Seale ou John Sinclair lui rapportent d’être surveillé par le F.B.I., normal quand on connait la paranoïa de ce gouvernement. Et c’est d’ailleurs un peu le faux scoop de ce documentaire qui bien qu’honnête tire des ficelles bien trop évidentes et évite les sujets qui fâchent (arrêt de l’engagement politique contre la fameuse carte verte). David Leaf et John Scheeinfeld (spécialistes du docu avec des réalisations sur Pete Sellers, Bob Hope, Dean Martin, les Bee Gees…) sont apparemment des fans de Lennon et ça se sent.

Cependant rendons à César ce qui lui appartient, Les U.S.A. contre John Lennon contient son lot d’images d’archives toutes plus savoureuses les unes que les autres. Il y a les sérieuses, sur Nixon, Hoover ou le Viet Nam, agrémentées par les commentaires du journaliste Carl Bernstein ou du vétéran Ron Kovic (souvenez-vous, Né un 4 juillet c’était lui) et les franchement humoristiques, comme la conférence de presse donnée sous un drap (et qui rejoint le débat actuel du CV sans photo) ou le passage sur l’hirsute John Sainclair (qui se commente lui-même dans le film) condamné puis relâché pour avoir proposés deux joints à une policière en civil (sic). Quant à l’émotion, c’est Yoko Ono qui l’apporte lorsqu’elle décrit ces années de bonheur mais que l’on sent arriver l’inéluctable. Sans oublier cette scène insurmontable d’autodafés de disques des Beatles lorsqu’ils se mettent les américains à dos en déclarant être plus connus que Jésus. Que de beaux vinyls sacrifiés au nom de quoi ? D’une boutade ? Je vous le demande ?

D’autres séquences sont fascinantes, comme ces bed-ins organisés par le couple ou comment afficher son engagement antimilitariste en restant au lit pour prôner la paix. Car c’est cela le thème principal de ce film finalement, la paix, si simple à obtenir si l’on écoute John, le Peacenik comme on l’appelle. Et c’est là qu’intervient la musique dont je n’ai même pas encore parlée. Jamais je n’avais remarqué la naïveté des textes de Lennon durant cette période : "Imagine", "Give peace a chance", "Power to the people", "Working class hero" et pourtant ce sont tous des hymnes imparables, des chansons intemporelles écrites comme on ferait ses lacets, avec une facilité déconcertante. Et là, malgré le côté trop arrangeant du film, on se dit que ce gars là avait vraiment quelque chose d’exceptionnel, et on se met à envier les journalistes des images d’archives qui assis en tailleur autour du lit du Monsieur l’écoutaient prôner la paix en chanson. Ca ne devait pas avoir de prix. Peace !

A lire aussi : Across The Universe - Julie Taymor (2007)

La bande annonce en VO et "Give peace a chance" autour du lit :



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07 décembre 2008

Wire - Object 47 (2008)

Véritable oeuvre postmoderne que ce nouveau Wire, qui prend tout simplement pour titre le nombre le référençant chronologiquement dans sa discographie.

Beaucoup plus consistant en temps qu'entité album que le précédent Send de 2003, qui était surtout la réunion aléatoire des deux EP Read And Burn 1&2, le nouveau Wire l'est ! Les premiers pressages offrent en sus, et pour la première fois, le copieux troisième volet de la série Read And Burn, en vinyle.

Sur une rythmique martiale et qui n'est pas sans rappeler les plus récents New Order, pour ce qui est de l'alliage efficace entre basse et batterie, le très nerveux "One Of Us" ouvre l'affaire. Bien que réduit à un trio comme au temps de Wir, son ancienne déclinaison des 80's, et amputé de son guitariste rythmique Graham Lewis, le groupe légendaire de la new wave post punk arty déploie une énergie non feinte pour arriver à ses fins : celle d'un orchestre qui entend bien prouver à tous les plagiaires entrevus depuis une décennie qui sont les véritables dépositaires de ce son rentre-dedans, parfois syncopé.

Si l'on ne reconnaît pas au premier abord le timbre de Colin Newman, forcément plus grave que naguère, il y a bien cette morgue, ce mordant qui du bout des lèvres, viennent rappeler sur des textes qui se veulent incisifs ("One Of Us", "Circumspect", "Are You Ready?") l'ancien cockney énervé.

Robert Gotobed, (re)devenu Grey avec les années, assène sans coup férir, un rythme de charge. La production ample et réverbée est à l'avenant. Sans tout révolutionner, Wire se fait simplement fort de sonner pêchu, de ressortir les ambiances glaciales ("Four Long Years", "Mekon Headman") et de sonner plus libre, plus "in" que jamais.
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En bref : une nouvelle pierre à l'édifice d'une discographie sans faille. Loin de ressasser ou de radoter comme nombre de ses frères d'armes new wave, Wire montre qu'il est encore un groupe moderne sur lequel il faut compter.
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En bref : une nouvelle pierre à l'édifice d'une discographie sans faille. Loin de ressasser ou de radoter comme nombre de ses frères d'armes new wave, Wire montre qu'il est encore un groupe moderne sur lequel il faut compter.



le clip de "One Of Us"

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06 décembre 2008

The Black Angels - Concert à l’Espace Tatry (06/12/08)

Le temps serait-il au psychédélisme? Une semaine après le festival IAO au CAPC, c’est l’Espace Tatry et l’association Allez les filles qui accueillent l’un des grands noms modernes du rock sous narcotique. Plutôt rare sur le territoire français, le combo américain d’Austin Texas est sans doute de passage ici pour promouvoir Directions to see a ghost son album 2008, leur deuxième après le très remarqué Passover en 2006. Annoncés comme les dignes héritiers du Velvet Underground (qui leur ont inspiré leur nom), du 13th Floor Elevators (leurs voisins texans) et du Pink Floyd période Barrett, les anges noirs doivent affronter ce soir un public venu en masse et surtout chaud comme la braise (Bordeaux qu’est-ce qui t’arrives ?).

Mon intention en venant ici je l’avoue était de découvrir grâce au live un peu plus que ce que j’avais trouvé sur disque, qui sans aucune fausse note manquait un peu d’originalité. Première surprise en découvrant la scène si dépouillée contrastant avec l’univers visuel chargé de la bande. Bonne nouvelle, une fille (Stéphanie Bailey) est à la batterie et s’en sort pas trop mal, elle fait le boulot comme on dit. Les guitaristes aussi. Mais l’étoile qui irradie la scène est bel et bien Alex Maas le chanteur. Sosie de barbe, de voix et de prestance (enfin presque) de Mr Jim Morrisson himself, la ressemblance est d’ailleurs troublante, jusque dans la diction et finalement même dans la musique, qui évoque les moments les plus psychédéliques des Doors ("The end"). Sans compter sur cette réverb étrange qui "fantomatise" la voix, brrr ça fait froid dans le dos.



Moins glauques et glacials que les Psychic Ills (ils jouent finalement dans la même catégorie, mais avec en plus un chanteur dont on comprend les paroles) mais plus teigneux et, lâchons le mot, accessibles, les Black Angels provoquent la même transe électrique estampillée fin sixities mais avec quelques motifs mélodiques en plus. Motifs d’ailleurs difficilement reconnaissables eu égard à une sono pas très agréable et vraisemblablement mal réglée donnant l’effet de réentendre trop souvent la même chanson. N’empêche que "Young men dead", "Black grease" ou "You on the run" pour parler du dernier album font leur petit effet. Anton Newcombe devrait surveiller ses arrières. Les Black Mountain ont par contre encore un peu d’avance.

Le Myspace

A lire aussi : Aqua Nebula Oscillator - S/t (2008)

Sniper at the Gates of Heaven" et "Young men dead" en live :



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05 décembre 2008

Danielson - Ships (2006)

Je vous avais parlé il y a quelques jours de la densité inouïe du Wowee zowee de Pavement qui déjà en 1995 flirtait avec la saturation d’informations. Onze ans plus tard, les temps changent, les folkeux à barbe (Devendra Banhart, Bon Iver, Palace, Destroyer…) ont remplacé les branleurs à chemise à carreaux sur le devant de la scène indé. Ca se passe toujours au pays de l’oncle Sam, et le chef d’orchestre de cet autre disque plein jusqu’à la gueule se nomme Daniel Smith. Sommité de la dite scène, vous avez peut-être déjà croisé son chemin sous les pseudonymes Brother Danielson, Danielson Famile ou Tri-Danielson, le jeune homme ayant l’incestueuse tendance d’embarquer sa famille dans l’histoire. En 2006 il va plus loin que ça en convoquant dans son studio de Clarksboro amis et anciens collègues "de boulot" pour donner vie à ce qu’il aura mis plus de deux ans à écrire. N’ayant que la surenchère comme sacerdoce, ce sont pas moins de 34 musiciens qui ont répondu à l’appel de la forêt, dont les noms les plus connus (Sufjan Stevens, Josiah et Yoni Wolf, Steve Albini, Deerhoof) devraient suffire à titiller la curiosité de tout folk freak digne de ce nom.

Ships en ce sens fait office d’arche de Noé du folk indé, récupérant à son bord tous les ingrédients nécessaires à sa salvation. Toutes voiles hissées, les onze titres qui en découlent impressionnent et forcent le respect. Tout comme dans le St Pepper’s Lonely Hearts Club Band de qui vous savez, le projet est massif et l’hystérie collective. Ca part dans tous les sens et du déluge sonore qui semble sans ordre convenu émergent dans de nombreux instants de magie des mélodies contagieuses. Je vous entends venir, Danielson n’est pas les Beatles et son ambition n’est pas aussi pop. Et il faut s’accrocher au ponton pour pouvoir suivre ces digressions tout azimut. Changements de rythme, instruments maltraités, breaks inattendus, chant à la limite du suraigu, la tempête bat son plein. Et si le premier voyage peut donner le mal de mer, les suivants ne seront plus que jouissance contagieuse.

Tout en rupture et contrastes, Daniel Smith dirige instruments à vent en veux-tu en voilà, instruments jouets, chœurs de maternelle, glockenspiels et autres bizarreries en autant de titres voguant entre pop théâtrale et folk forain. Du déjà vu me direz-vous. Peut-être mais avec ce je ne sais quoi en plus, qui fascine et ensorcelle à chaque écoute. Parmi les sommets de ce disque, laissez vous aller à découvrir "Ship the majestic suffix", "Bloodbook on the half shell" ou "Five stars and two thumbs up". Si vous êtes pressés, contentez-vous de "Did I step on your trumpet", simple chef d’œuvre qui ne me rappelle à rien d’autre. Croisement total des genres, emphase, chœurs, final explosif, sensationnel ! C’est pas pour dire mais Pitchfork avait noté cet album 9,1. Ca ne veut rien dire mais bon, quand même… A noter que Danielson est revenu cette année avec Trying hartz, une double compilation à laquelle je n’ai pas encore jetée l’oreille.

En bref : Manifeste freak folk d’un artiste à son sommet. Difficile d’accès mais véritable caverne d’Ali baba pour ceux qui y reviennent.
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Le site officiel et le Myspace du garçon

A lire aussi : The Decemberists - Picaresque (2005)

Bien évidemment, le clip de "Did I step on your trumpet" :


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04 décembre 2008

Danger - First EP (2007)

Je l'avoue bien volontiers, chez moi, le couperet tombe facilement. Aussi, avais-je rapidement classé le nouveau venu cagoulé Danger (à prononcer en français) au rang des indésirables, suite à son insipide et vulgaire remix du titre transi des Midnight Juggernauts « Into the galaxy » (lire la chronique). Autant pour moi, le gône a d'autres ressources, comme le prouve son premier maxi sobrement nommé First EP, sorti l'an passé sur le jeune label parisien Eckler'o'shocK (DatA, Terry Poison...) et malheureusement aujourd'hui quasiment introuvable. Reste, magie de notre époque, sa page myspace pour se rattraper.

Le premier jet de ce Lyonnais de 25 piges n'est pas tout bon, autant le dire d'emblée. Fashion à mort et racoleur, et éprouvant dans l'ensemble, il renoue cependant avec un son qui, quoique déjà légèrement suranné, nous rappelle aux belles oeuvres de maisons telles qu'Ed Banger, Kitsuné ou plus récemment Institubes. A savoir, des titres électro dévastateurs, breakés et sur-saturés, littéralement façonnés pour vandaliser le dancefloor. Et fortement propice à la tectonique ! Et oui, les gars...


Des trois morceaux originaux présents sur le maxi, un remix de DatA venant compléter le tout, « 14h54 » se détache incontestablement. Partageant avec ses voisins une ambiance sombre collant parfaitement avec les choix visuels de l'artiste (des pochettes énigmatiques au prestations live la tête encagoulée), ce titre séduit par son orientation plus dansante et son thème catchy. Articulé autour d'une ligne de synhétiseurs diablement saturés, il dicte à nos organes une transe noire et compulsive, claquant son beat frénétique sur nos joues et tympans. Dans le registre on se souvient, pour le meilleur, du trépidant « Pulse » de Digitalism, titre oublié de l'album Idealism. Pour le moins bon, l'on s'approche des sonorités des compères canadiens de Mstrkft (The looks en 2006), dont un dénommé Dice Jr nous avait joliment parlé jadis.

Bien qu'enclin à quelques compositions et remixes cheapos, « American boy » d'Estelle (!) en particulier, Danger envoie globalement une putain de purée d'enfer, revigorante et libératrice. « 11h30 », un autre titre de l'EP, avec ses voix mutines, ses basses tubulaires et ses incontournables synthés n'épargnera personne également. L'exercice de l'album et l'expérience de la durée seront certainement plus difficiles pour le Lyonnais, du reste il aura déjà livré quelques jolies fessées électroniques à tout le monde.


A noter, Danger jouera au Rex le 2 janvier prochain, après un « Japan Tour » de quatre dates en décembre.


En bref : Un premier maxi réussi, contenant quelques belles claques de house, à la fois trendy et obscures, assénées à grands coups de synthés et de saturation. Approchez-vous, vous avez bien mérité une petite correction...




14h54.mp3

11h30.mp3


Le myspace de Danger et le site web d'Eckler'o'shock.


A lire aussi : DatA - Rapture EP (2008) et Midnight Juggernauts - Into the galaxy EP (2008)


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03 décembre 2008

Osunlade - Elements beyond (2008)

Bon nombre d'entre vous ont certainement déjà flirté avec la musique d'Osunlade, consciemment ou non. Depuis une dizaine d'années, cet artisan éclairé d'une house raffinée et métissée, collaborateur notamment de Roy Ayers et Cesaria Evora, distille sans faiblir ses jolies pièces électroniques pour les plus fameux labels de la famille digitale (Strictly Rhythm, Soul Jazz Records, K7!, Versatile...).

Paradigm et Aquarian Moon, en 2001 et en 2006, furent l'illustration, sur long format, des belles dispositions du monsieur. Ses productions, lorgnant par moment du côté de la deep house, se distinguent par une classe incroyable mais surtout par un sens inné du groove. Nourries d'influences « black », elles rayonnent et éblouissent, irresistibles invitations à l'élévation spirituelle aussi bien qu'aux dandinements du dancefloor. Arrangements électro, soul, funk, jazz y fusionnent, en parfaite synbiose.

Elements Beyond, dernier disque du New Yorkais, sorti en 2007 aux States et parvenu dans nos contrées cette année par le truchement de D:Vision, poursuit son oeuvre bienfaitrice sur Terre. Sans réellement se distinguer des autres LP, il ne laisse cependant transparaître aucune faiblesse et s'avère un piège imparable pour tout amateur de house délicate et richement instrumentée. Il révèle également une pure balle, “My reflection”, récemment éditée en maxi.


L'album s'ouvre avec “A cloud mist” et ses basses appuyées. Plage ambiante, soutenue par d'intermittents errements vocaux quasi-tribaux, une ligne de percus efficace et de délicieux jaillissements de violons, elle n'autorise aucune tergiversation. Nous sommes bien à l'écoute d'une galette griffée “Osunlade” et cet incipit goûtu laisse d'ores et déjà présager d'une livraison de qualité. “A monk's tear” confirme, dans un style plus aérien et mystique, cette première impression. Comme à l'accoutumée, l'Américain décline une large palette de percussions africanisantes, agrémentée d'incursions soul, jazz ou funk. Ici, des accords groovy de guitares électriques.


Le musicien raconte en interview qu'il fût bercé enfant par le titre “Rapp payback” de James Brown (écouter sur Deezer) puis bouleversé, durant l'adolescence, par “Controversy” de Prince (écouter). On ne peut en douter à l'écoute du très funky et très justement nommé “Momma's groove”, cinquième titre du disque. Ambiance live, grosse voix soul, ligne de basse wah wah irrésistible et solo de sax', tout est là. La constante demeure une nouvelle fois l'emploi extensif et judicieux de djembés, accordant encore davantage de chaleur à cette succulente track. Le terrain est idéal pour l'entrée en piste de la pièce suivante, “My Reflection”, inconstestablement un des sommets d'Elements Beyond.

Par ses parties chantées soulful et mélodiques, et en particulier l'utilisation d'une voix féminine (la poétesse américaine Divine Essence), ce titre de house capitonnée s'incrit d'emblée dans la lignée des productions Strictly Rhythm des années 90 (Masters at work, Ultra Naté, DJ Pierre...). Ses boucles rythmiques incessantes, truffées de breaks et accompagnées de furtifs riffs de guitares, donnent néanmoins à l'ensemble un vernis plus contemporain. Le groove d'Osunlade est toujours présent et l'exercice de séduction se diffuse tel un fluide dans nos veines. Et l'on se dit alors qu'il est si bon de retrouver les inspirations des anciens, la fraîche beauté et le confort des luxueuses productions house des 90's, trop souvent injuriées de “commerciales”.

Luxe et confort, Osunlade les perpétue au fil de ses dix titres, dans un registre house vocale mâtiné des rayons grisants d'un soleil d'Afrique ou d'Amérique latine. Pour autant, il ne délaisse pas ses penchants deep. En témoignent les dix minutes trente de plongée de “Frequencies” ou la lanscinante, quoique toujours funky, “Queen's battle”. La messe du seigneur new yorkais est dite. Le compositeur signe là un album tout aussi réussi qu'indispensable pour éclairer les soirées de ce triste début d'hiver.


En bref : Le New Yorkais Osunlade parfait sa belle discographie house. Il délivre un nouveau récital électronique truffé d'inspirations “black music”, au fort parfum d'Afrique, confirmant ainsi son incroyable sens du groove. Hautement recommandable, tout comme ses précédents albums.




Momma's groove.mp3

A monk's tear.mp3


Le myspace d'Osunlade


A lire : section house


Le clip de « My reflection » :



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Cat Power - Dark End Of The Street (2008)

Comme pour alimenter un récent débat sur la mort du CD, Cat Power revient avec un EP uniquement distribué en vinyl (deux 10” au tirage limité) et en version mp3. Après un Jukebox élégant mais un poil rébarbatif sorti en janvier dernier, celle qui réside désormais à Miami persiste dans la reprise de standards du rock et du rythm n’blues avec ce Dark End Of The Street à paraître le 9 décembre, toujours sur Matador. Sans surprise, les 6 titres confirment la métamorphose de la belle, passée du statut d’égérie maladive et alcoolique du folk/rock indé à celui d’une diva soul en pleine possession de ses moyens.

Le constat est ici assez similaire à celui de Jukebox. L’efficacité des musiciens du Delta Blues Band n’est pas à remettre en cause, ni la voix sublime de Chan, toujours aussi enfantine lorsqu’elle monte dans les aigus. La sélection des morceaux, de la soul d’Aretha Franklin au punk-rock celtique des Pogues, s’avère également séduisante et variée. Mais une question brûle très vite les lèvres : qu’apportent ces covers aux versions originales ? Pas grand-chose, à l’évidence. Car les aspérités des compositions sont gommées par un traitement sudiste au rendu soporifique convoquant quasiment à chaque fois piano, orgue et violons. L’exception qui confirme la règle se nomme “Fortunate son “, dont la relecture apporte une lumière intéressante sur ce tube antimilitariste archi-connu de Creedence Clearwater Revival en le réduisant à sa portion congrue. Le morceau devait à l’origine figurer sur Jukebox, au même titre que “Dark End Of The Street”, un classique soul de James Carr déjà repris mille fois. Quant à la fragile et hésitante “Who Knows Where The Time Goes By” de Fairport Convention, elle ressemble tant à une composition de Cat Power que l’on pourrait s’y laisser prendre. Pour le reste, je préférerai toujours écouter la superbe ballade qu’est “I’ve Been Loving You Too Long (To Stop Now)” de la voix même d’Otis Redding, ou laisser à la divine Aretha son “It Ain’t Fair”, en attendant que Chan Marshall daigne nous composer quelques nouveaux morceaux.

En bref : Cat Power pourrait chanter n’importe quoi et le rendre sexy, certes. Mais si, la prochaine fois, elle nous refait le coup des reprises, si belles soient-elles, on va commencer à croire à une panne d’inspiration.



Cat Power - Fortunate Son (Creedence Cover).mp3

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02 décembre 2008

Festival IAO - CAPC Bordeaux (28/11/08)


Le weekend dernier à Bordeaux s’est déroulée une grande première pour la ville et son activité culturelle : une exposition ambitieuse sur trois jours autour de la culture psychédélique passée et présente. Le nom ? IAO en référence au célèbre mantra de Gong. Le lieu ? Le magnifique entrepôt du musée d’arts contemporains qui avait déjà accueilli au printemps denier une rafraichissante expo sur Brian Wilson et ses boys. Mêlant habilement installations, scènes et sculptures grâce à la collaboration de l’artiste Lili Reynaud Dewar, ce rassemblement d’archives, d’objets et d’œuvres droguées n’a pas manqué de spectaculaire. Jugez-en plutôt : le cadre déjà, avec ses voûtes religieuses et monumentales, mais surtout le décor, avec deux yeux psychédéliques de plus de vingt mètres de haut se réfléchissant dans des murs de miroirs disposés ici ou là, vraiment impressionnant, je n’ose imaginer ce que ça aurait donné si j’avais consommée une omelette magique avant de venir.

Passée la phase d’observation et d’appropriation de l’espace, il va bien falloir écouter les concerts, c’est un peu pour ça qu’on est là. D’autant plus que la programmation de ce premier soir est des plus excitantes. Pour commencer, dès mon arrivée, c’est le quatuor new-yorkais Pyschic Ills déjà introduit par Nickx qui m’accueille en fanfare. Enfin en fanfare pas vraiment non plus, plutôt en très longues plages ambiantes aux sons répétitifs et chaotiques. Les quatre chevelus (dont une) ressemblent plus à des ados dépressifs qui regardent leur pieds en marmonnant qu’à un groupe de rock de stades. Paroles indiscernables, drones, effets noisy, pas de doute, c’est bien de psychédélisme qu’il s’agit. Pour le coup, la musique lysergique prend tout son sens. J’aurais peut-être du me la faire cette omelette finalement.

La suite des festivités change de scène et donne lieu à de très belles projections (avec matériel d’époque) faites à la main, assez inexplicables en fait, mais qui confèrent à l’endroit un caractère… psychédélique, encore. Et quel meilleur cadre pour la prestation croisée de l’ancienne et de la nouvelle garde du psychédélisme français que le duo Romain Turzi / Tim Blake (photo)? L’anglais installé en France que l’on ne présente plus (Mr synthés, Crystal Machine, ancien de Gong, ancien de Hawkwind…) a plutôt bien vieilli et fait bien plus que tenir la chandelle au jeune parisien. Leur show, où l’on entend enfin une batterie (n’est- ce pas Psychic Ills ?) sera le plus accessible aux non drogués de l’assistance, qui d’ailleurs s’apparente plus au lectorat de Télérama qu’à une quelconque génération de néo hippies.

Plus tard dans la soirée, le duo lillois Principles of geometry apporte sa touche synthétique et analogique au spectacle pour une électronica qu’on a trop souvent rapproché de celle de Boards Of Canada. Plus proches d’une électro traditionnelle (enfin presque), ce sont eux qui nous arracheront le plus de mouvements sur la piste.

L’événement, qui s’est ensuite poursuivi les deux jours suivants avec notamment la présence de Sonic Boom (Spacemen 3) souhaitait présenter la troisième génération psychédélique (après la première que tout le monde connait, et la seconde apparue fin 80’s avec les claviers) mais surtout souligner l’hypermodernité du psychédélisme. Mais que tout le monde se rassure, même à la sauce XXIème siècle, le psychédélisme est toujours aussi sombre, méditatif et hypnotique. Regardez-moi dans les yeux et à 3, croyez-moi.

Le Myspace de l’événement

Sonic Boom en vidéo. Ca ressemblait un peu à ça :


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Sebadoh - Harmacy (1996)

Admirable calembour qui venait à point nommer clôturer de belle manière une décennie ou presque - un ultime et inutile album viendra s'ajouter 3 ans plus tard- de la carrière de Lou Barlow via le plus intéressant de ses projets.
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Accompagné de son fidèle Jason Loewenstein, l'ex-transfuge de Dinosaur Jr, réussit à broder une collection de 19 morceaux dont le partage, pas forcément équitable, s'établit comme suit : les ballades folk électrifiées délicates et intimistes pour Lou, les brûlots rageurs et débridés à chant guttural pour Jason.
C'est le très joli et en demi-teinte "On Fire" qui ouvre l'album. Là sur un tempo assagi, et un tapis de guitares mélancolique, la voix enrubannée de Barlow n'est pas sans évoquer celle de Nick Drake. Où dans un registre beaucoup moins rentre-dedans que ses devanciers, les plus belles réussites se nomment entre autres "Nothing Like You", "Beauty Of The Ride", "Willing To Wait", ou encore l'admirable "Too Pure". Tandis que Loewenstein vient lui opposer les violents et âpres "Crystal Gypsy", "Zone Doubt", "Love To Fight" ou autres "Worst Thing" qui fleurent bon le Sebadoh ancienne formule, celui délibérément lo-fi du fantastique III (1991).
Quelques instrumentaux parsèment aussi ce disque bicéphale ; tous portent la marque de fabrique des débuts : le boucan de "Sforzando !" qui n'est pas sans rappeler le manifeste du groupe "Gimme Indie Rock" ; dans le même esprit, il y aussi "Hillbilly II", ou encore la narration laid-back de "Weed Against Speed".
En haut de ce très indiscipliné attelage, trône Bob Fay, batteur-monsieur Loyal qui flaire l'embrouille, et le dispute à Loewenstein sur le très énervé "I Smell A Rat" qui clôt le 7ème album du groupe.

Après un long hiatus Sebadoh allait revenir aux affaires ; ainsi la reformation de Dinosaur Jr n'aurait duré qu'un temps ; Lou étant sans doute définitivement cette fois-ci vacciné de l'esprit despotique et des cheveux filasses et crades de Jay Mascis. C'est un bon point pour la musique indé tant il est vrai que les deux groupes de Boston ont toujours plus valu par leur entité parallèle que par la somme de leur partie.

En bref : l'un des très bons disques d'un genre, le lo-fi, terminologie absconse qui ne l'est plus tout à fait. Déjà expert d'un son plus doux avec The Folk Implosion et Sentridoh, Lou Barlow démontre que Sebadoh est bien l'arbre qui comptait dans une forêt comptant entre autres Pavement, Dinosaur Jr ou Silver Jews.
"On Fire"

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01 décembre 2008

Jane's Addiction - Ritual De Lo Habitual (1990)

"Señoras y señores....... Juanas Addicìon !"
Dans la série, albums à pochette-statuette, voici une nouvelle pierre. Encore que celle-ci n'a que très peu été du goût des censeurs américains, ces grands prudes fondamentalistes, qui, depuis les riantes années reaganiennes, font apposer sur les disques différents stickers : qu'ils s'intitulent Parental Advisory Explicit Lyrics ou May Contain Offence.

L'objet du délit ? Tout simplement Perry Farrell, le frontman des Jane's Addiction représenté nu comme un ver en compagnie de sa petite amie et de leur maîtresse au lit. Ce délicat hommage au triolisme n'eut ainsi pas l'heur de plaire aux sénateurs US, qui dans un bel élan et assistés de leurs femmes bigotes, firent en sorte d'interdire la pochette incriminée - comme des centaines d'autres ! Celle-ci eut ainsi droit à un deuxième habillage, curieusement plus dur à dénicher, d'une blancheur immaculée, avec pour seul texte, celui du 1er amendement de la Constitution américaine relatant... la liberté d'expression. Foin de ces considérations moralisatrices à la mords-moi-le-noeud, parlons à présent du disque, l'un des plus marquants, l'un des plus virulents du hard core américain du début des 90's. Et également l'un de ses plus intrigants musicalement.
Menés par un hurleur à la voix suraiguë et un bretteur magnifique, Jane's Addiction propose sans le savoir encore son chant du cygne, avec cet album, le 3ème et ultime, avant la reformation. Sur des bases rythmiques martelées façon heavy, la première moitié du disque conjugue avec bonheur et parfois avec une certaine complaisance, une brochette d'hymnes à la gloire de l'adolescent slacker, du genre abhorré de tous : le glando en skate, casquette et bermuda, qui écoute d'ailleurs d'abominables groupes rap hard core eux mêmes portant casquette et bermuda. Dont le représentant le plus emblématique reste sans doute le combo des affreux Red Hot Chilli Peppers, avec qui JA évoluera de façon quasi incestueuse, se partageant notamment le brillant guitariste Dave Navarro.
Dès "Stop !", c'est la ruée dans les brancards : rythme échevelé, aucun répit, des décharges d'électricité laissant l'auditeur pantelant ! Jusqu'à "Ain't No Right" via un "No One 's Leaving" et sa basse démente, on en redemande ! Après, pour les deux morceaux restant de la face A, et notamment du très crétin "Been Caught Stealing" et ses très réalistes aboiements de chien, on demande grâce/ Un peu ce qu'on ressentirait à l'écoute d'une impro hurlée de Offspring.

Bien, qu'est-ce qui fait alors que l'album bascule ? Et d'un bruit certes jouissif mais éreintant, en arrive à tutoyer des sommets musicaux ? L'explication trouve simplement sa source en terme de changement de face, vous savez ce truc vaguement conceptuel qui faisait que pendant longtemps, les groupes résonnaient en terme de moitié/moitié dans la confection de leurs albums.
Ainsi, tout démarre ou plutôt, se met à décoller de manière vertigineuse par l'entremise d'une face B à couper le souffle, et où paradoxalement le tempo connaît moins de soubresauts. Conçue en fait comme une véritable suite, à la manière de certaines faces B à l'ancienne, la flip-side de Ritual... donne à écouter la bande-son d'un mausolée sous fond de rock prog mâtiné de métal saupoudré de folklore, on ne sait plus trop. Les ...Trail Of Dead s'en souviendront, qui dans leur semi-réussi Worlds Apart ( 2005) recréeront à l'occasion certaines voies musicales de ce disque.

Tout (re)commence donc avec "Three Days", ode à une amie overdosée. Telle une ballade se déclinant en plusieurs mouvements (Radiohead n'a vraiment rien inventé, qu'on se le dise !), le morceau évolue peu à peu dans un maelström sonore louchant vers le hard, vers le prog, la musique liturgique, sensation assez étrange d'un fourre-tout génial. Beaucoup plus étirée que n'importe quelle chanson de la face A, "Then She Did..." poursuit sur la même voie mortifère, en accentuant encore davantage la dualité apaisement/déflagrations pour s'achever en un inévitable chaos. "Of Course" poursuit l'hommage dans un curieux background musical faisant ressortir les origines juives de Farrell, par de très plaintifs violons tziganes d'une mélopée qui vous pénètrent et semble ne jamais s'achever.
Ces trois coups de boutoir sont parachevés par une magnifique ballade qui est comme une oasis dans le tourbillon sonore venant d'être édifié sur près d'une demi-heure, à travers la désormais classique "Classic Girl", impérial single du groupe, quasi hymne d'une génération, et méritant à elle-seule d'incarner les farouches chevauchées électriques du mythique Lolapalooza festival itinérant initié par Perry Farrell.

En bref : véritable uppercut le temps d'une dantesque face hardcore, Ritual De Lo Habitual bascule soudain dans une dimension autre, mi prog, mi rock des stades, qui lui confère le caractère épique de certains classiques des 70's.




Relire la chronique de Trail Of Dead

"Three Days" en écoute :

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Interview "Etre disquaire en 2008" - Martial de Total Heaven Bordeaux


Troisième étape et non des moindres de notre tour d’horizon des disquaires français, Dodb arrête sa caravane à Total Heaven, disquaire indépendant et intègre depuis 1996. Martial, véritable sommité bordelaise, batteur des Victory Hall, animateur sur Nova Sauvagine, Weenophile averti, Martial Jesus Selector pour les intimes, revient avec nous sur l’état de l’industrie du disque, sur son métier de disquaire, et surtout -on le sent bien- sur sa passion pour le vinyle, les beaux objets et la musique.

Comme on l’entend ici ou là, le cd est-il vraiment mort ?

Pas encore, il ne faut pas charrier, mais il est plutôt moribond, oui... Si j'étais méchant je dirais que ses créateurs, Sony et Phillips, n'ont que ce qu'ils méritent... Ils font un peu pitié à venir pleurer comme des enfants (même s'ils ne font désormais qu'un tout petit peu moins de chiffre d'affaire qu'auparavant). Pendant 20 ans les majors se sont goinfrés en ayant réussi à convaincre le grand public que les vinyles étaient obsolètes et que le cd était le seul format valable. On sait aujourd'hui que tout ça est archi-faux. Ce qu'on ne savait pas forcément à l'époque c'est que le cd en sortie d'usine ne valait que quelques sous et qu'ils nous refourguaient ça allègrement pour 150frs : Une des plus belle arnaque du music business soit dit en passant...
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Alors aujourd'hui ça ne va pas fort... On baisse les prix. Mais pas assez... On veut faire payer le téléchargement, cette blague... Qui va payer pour quelque chose qui n'existe pas? L'avenir? La musique diffusée sur son téléphone... Ben tiens! Super le son!!! L'Industrie du disque, la grosse, est complètement paumée. Les indés devraient mieux s'en sortir... Petite économie, commerce de proximité, pas de gros couts en marketing et en publicité... Ca devrait continuer à fonctionner. Et puis, je ne pense pas que le cd disparaisse complètement. Le vilain boitier cristal, cher et pas beau, sans rien de spécial, oui. Mais j'aime à penser qu'il restera de beaux digipacks, des anthologies, des coffrets avec de chouettes livrets, une iconographie de qualité... Tout ce qui donne envie d'acheter un objet...

Quelle est la place du vinyle chez le disquaire en 2008 ?

Il y a encore 2 ou 3 ans, nous concernant, c'était en gros 50/50. On sent bien depuis, que le vinyle reprend du "poil de la bête" comme on dit. On rebranche les vieilles platines, les jeunes récupèrent celles de papa, maman, ou tonton. On en rachète carrément, neuves ou d'occases... L'offre se fait encore plus grosse qu'avant j'ai l'impression.Après il suffit d'un rien pour que les gens s'emballent. Par ex. une info a été reprise par la presse, la hausse des ventes vinyles pour 2008, + 70%, ce qui est cool. Par rapport aux chiffres du cd qui n'arrêtent pas de baisser. Mais il suffit qu'une info, somme toute bénie, soit reléguée a la TV et ça devient presque un petit "phénomène"... "le vinyle revient" entend-on dans les conversations de tous les jours... Hé hé, tant mieux pour nous et pour ceux qui aiment ce format. Mais il n’était jamais parti!!!!

Le web est-il une menace ou un outil supplémentaire pour les disquaires ?

Comment dire? Les deux! On découvre plein de choses hyper vite, on communique beaucoup plus facilement, beaucoup plus rapidement, on travaille directement avec des petits labels... C'est bien. Mais on reste également de plus en plus derrière son écran, au lieu d'aller au contact des "vrais" gens, dans la "vraie" vie... Cela dit, c'est un problème qui dépasse largement le cadre de la musique...

De plus en plus de labels ont des shop en direct sur leur site Internet. Une nouvelle concurrence ?

"Menace" comme tu disais plus haut, c'est un bien grand mot, mais oui, c'est clairement une concurrence. Il y a beaucoup de clients qu'on ne voit plus du tout au shop. Je sais qu'ils n'ont pas "lâché l'affaire" comme on dit. Ils ont toujours le pouvoir d'achat. Ils sont toujours friands de nouveauté et de découverte. Mais ils font ça depuis chez eux, désormais. Une nouvelle tendance "comportementale" qui fait qu'on a tout ce qu'on veut instantanément, ok, mais aux dépends de la discussion et de l'échange. Je le regrette.

Le téléchargement de musique sur Internet : Un bien ou un mal ?

Un bien pour découvrir des nouvelles choses. Un mal pour la soupe des majors. Pas vraiment pour nous et nos petit groupes indépendants... Je reste bien trop attaché à l'objet... Caresser une couverture. Un bel artwork. Parcourir les notes de pochettes en rentrant par le tram à la maison. Lever mon cul pour tourner la face. Classer, déclasser, reclasser les disques - ok, je suis un pervers. Je n'ai aucune musique sur ordinateur. Je trouve ça vilain. Sans âme. Ca ne sonne pas. C'est nul. La musique dématérialisée me rend triste. Je préférais de loin me faire des k7 quand je n'avais pas d'argent. C'était bien mieux.

Myspace, Youtube, Facebook, t’en penses quoi ?

Myspace je m'en sers énormément, pour découvrir, contacter les groupes directement, les petits labels. C'est clair encore une fois que ça va très vite, peut être un peu trop... je veux dire c'est très pratique mais il y a encore une fois ce côté addictif ou j'aimerais passer du temps ailleurs... Youtube c'est fun pour mater des furieux qui jouent de la batterie comme des dieux par dessus Dinosaur Jr dans leur chambre... Facebook, rien à battre.

Comment peut faire un disquaire pour se renouveler en 2008 ?

Un disquaire vent des disques. Pas des lecteurs mp3, pas des jeux vidéos, pas d'ordinateurs... A partir de là, la marge de manœuvre est assez réduite. Continuer à être curieux et passionné... Etre toujours aussi excité quand on reçoit les colis et essayer de faire passer un peu de cette excitation aux gens qui viennent nous voir... Apres on peut aussi organiser des concerts, animer des émissions de radio (ce qu'on fait depuis longtemps). On peut faire des showcase, des expos, on s'y met d’ailleurs en ce moment même...

Est-il difficile d’être disquaire en 2008 ?

Plus facile que d'être caissière à Auchan en tous les cas.

Où trouves-tu tes nouvelles inspirations musicales ?

Aux concerts, et puis en discutant avec des gens, d'autres passionnés de musique, mais encore une fois, plus dans la vraie vie que derrière un écran...

Quelle est ta playlist du moment ?

Wave Pictures, Duchess Says, Kap Bambino, Jay Reatard, Ween, Cheap Time, Weakends, Wooden Shjips, Disco Doom, Times New Vicking... j'arrête ??? Non!!! Eddy Current, Supression Ring, Semi Playback, Melvins, Dinosaur Jr, Be Your Own Pet, Hello Sunshine, Deerhunter, Superbeatnick, No Age, Ratatat, Coconut Records, Koushik, Thomas Function, Dirtbombs, Les Yves, Pull, Meatards, Barbaras, Magnetix, ok, j'arrête, j'arrête...

Ton top 5 des meilleurs albums de tous les temps (sans aucune objectivité) ?

Juste des groupes, sinon je vais y passer la nuit : Ween pour moi, Stooges pour Babouche (mon collègue), Turbonegro, Dinosaur Jr et les Melvins pour tous les deux.

Un message particulier à faire passer ?

Une anecdote. Vers 1984 - j'avais 14 ans - je me rappelle très bien avoir vu Yves Mourousi, au 20h, affirmer sûr de son coup : "Vous pouvez jeter vos vinyles, voila l'avenir", montrant tout fièrement un moche cd (et allant jusqu'a le piétiner pour le prétendre incassable, ha ha ha). Le problème c'est que plein de gens l'ont cru cet empaffé (... déjà le pouvoir de la TV). Aujourd'hui Mourousi est mort. Et le vinyle se porte comme un charme.
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Une deuxième anecdote, dans le très bon documentaire "Scratch", on voit Peanut Butter Wolf, prendre un paquet de vinyles dans ses bras et les dorloter de manière super attendrissante... Essayez de faire ça avec des mp3!
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Propos recueillis par Ju
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