07 juin 2009

Lee Fields & The Expressions - My World (2009)

Ce n’est pas parce que Lee Fields a participé à l’enregistrement de plusieurs titres du gentil DJ de variété Martin Solveig que nous devons déconsidérer le travail de cet incroyable chanteur, dont la carrière débuta en 1969. Ce natif de Caroline du Nord, souvent désigné comme le James Brown underground, n’a jamais eu la chance d’être signé par Motown ou Stax et d’atteindre le niveau de reconnaissance d’un Al Green ou d’un Donny Hathaway. Et même si ses 45 tours de l’époque sont aujourd’hui très recherchés par les collectionneurs, il lui faudra attendre les années 1990 et le revival soul pour revenir sur le devant de la scène, après une longue traversée du désert, grâce à certains des labels soul/funk new yorkais les plus intéressants, comme Truth & Soul, propriété de Jeff Silverman et Leon Michels, qui publie ce nouvel album.

Sans vouloir donner dans la surenchère, My World est tout simplement le meilleur album soul entendu depuis des années. The Expressions forment un backing-band idéal, composé de musiciens pour le moins chevronnés, collaborateurs, entre autres, de TV On The Radio, Sharon Jones, Amy Winehouse ou The Dap Kings. Très influencé par la scène de Philadelphie, leur son contient d’égales doses de soul orchestrale à la MFSB, de choeurs chatoyants à la Delfonics ou Stylistics, mais aussi d’éléments plus actuels, notamment des rythmiques proches du hip-hop. Pas étonnant quand on sait que le producteur de l’album, Leon Michels, a récemment commis un disque de reprises du premier album du Wu Tang Clan (Enter The 37th Chamber, par El Michels Affair... chaudement recommandé). My World n’est donc pas seulement un album adressé aux nostalgiques du son des 60s et 70s : il a également le potentiel pour séduire les fans de nu-soul façon Raphael Saadiq ou D’Angelo.

Cette mixture entre le vieux et le nouveau son soul est particulièrement palpable sur le morceau-titre, au beat sec et lourd assorti de cordes et de vibraphone - la version digitale propose justement un remix sur lequel le rappeur californien Aloe Blacc vient poser son flow. Il est par ailleurs assez difficile d’isoler un morceau des autres : ils sont tous excellents ! Comme sur les meilleurs disques de James brown, Lee Fields enchaîne ballades enivrantes et brûlots funky, romance et dénonciation sociale. La voix et même le physique du chanteur ressemblent à tel point à ceux du Godfather Of Soul que l’on est parfois amené à croire que celui-ci n’est pas mort, ayant juste changé d’identité pour plus de tranquillité. Même timbre éraillé, même puissance vocale, ou presque : la comparaison est inévitable, mais pas dommageable au vétéran, qui reprend régulièrement “Get On The Good Foot” ou “It’s A Man’s World” sur scène (voir vidéo).

De l’irrésistible riff acoustique de “Ladies” aux violons tragiques de “Money I$ A King”, tout est ici semblable à du miel - que dis-je ? - à de l’ambroisie. La reprise de “My World Is Empty Without You” des Supremes, hit Motown composé par la dream team Holland-Dozier-Holland, est ahurissante de fraîcheur et de douceur, avec sa guitare teintée de bossa-nova et la voix brûlante et désespérée de Lee. Les plages instrumentales, orientées deep-funk, sont tout aussi exaltantes - avec une mention spéciale au trompettiste pour son solo sur “Expressions Theme”. Mais pourquoi s’essouffler à vous décrire chaque titre ? My World est un disque fantastique, à acheter les yeux fermés.

En bref : Lee Fields n'est pas qu’un ersatz de James Brown, comme le prouve ce bijou de soul vintage mâtiné d’une légère touche de hip-hop. Impérial.



Lee Fields - Do You Love Me (Like You Say You Do).mp3
Lee Fields - My World.mp3

A lire aussi : Nicole Willis & The Soul Investigators - Keep Reachin’ Up (2006)

Le Myspace de Lee Fields
Le site et le Myspace de Truth & Soul Records

Les répétitions de “Ladies”


Un bout de “It’s A Man’s World” par Lee Fields


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05 juin 2009

The Jesus Lizard - Concert à Paris (27 mai 2009)


Ce fut un trés grand concert, à la hauteur de la réputation live d'un groupe nineties qui ne s'était pas produit à Paris depuis onze ans, et qui avait annoncé récemment sa reformation. Ce fut une expérience, et je suis content d'avoir vu ça une fois dans ma vie. La Grande Halle de la Villette est pleine à craquer, ce soir du 27 mai 2009, pour voir l'un des groupes les plus talentueux du hardcore américain, et surtout David Yow, son chanteur, à la démesure légendaire. Mais histoire de faire durer un peu le suspens, et de rigoler, parlons un peu des deux bouses antécédentes que les programmateurs du festival Villette Sonique ont cru bon de devoir nous infliger.

Passons trés vite sur le premier groupe, car du néant on ne peut parler. Man without Pants. Si quelqu'un peut m'expliquer l'intérêt de ce qu'ils font, je suis preneur.

Deuxième groupe : Sunn O))). Attention, tout est dans le O))), vous allez comprendre pourquoi. Après un quart d'heure de marmonnements lugubres vaguement grégoriens, puis un autre quart d'heure d'orgue d'église, deux types déguisés en pénitents entrent sur scène avec chacun une guitare, et, derrière eux, un mur énorme d'amplis. «Fais gaffe, c'est pas comme pour Motörhead, ils sont tous allumés », me dit mon voisin. J'ai juste le temps de sortir mes bouchons d'oreilles, que je prend en pleine poire une onde sismique gigantesque, genre O))): j'ai mal aux cheveux, aux dents, partout. Aucune rythmique, juste deux guitares qui égrainent très lentement quelques notes bourdonnantes, en boucle, sur de longues minutes, à un volume sonore hallucinant. «Un expérience physique extrême et radicale». En effet, encore faut-il préciser «de torture». J'ai tenu un quart d'heure. La moitié de la salle se barre.

On les aura mérité les Jesus Lizard ! La tension est palpable dans la fosse, qui s'est progressivement re-remplie. Un mélange d'excitation, d'attente très forte, pour un groupe que beaucoup n'ont jamais vu sur scène, mais dont tout le monde connaît la réputation. La colère, enfin, de s'être fait chier dessus par Sunn O))), alors qu'on avait rien fait. «Ben, maintenant, tu vas te faire pisser dessus, par David Yow, mais là c'est du bonheur ».

Nos quatre lascards entrent en scène. Yow trés sobre, chemise noire boutonnée, pantalon noir. Il balance un baratin trés poli dans un américain chamallow à souhait, mais il y a ce rictus, et quelque chose de diabolique dans le regard. À la première note de «Puss», il se laisse tomber dans la fosse. Il ne nous montrera pas sa bite, et ne nous pissera pas dessus, parce qu'il n'est pas un produit prévisible. Il ne se jette pas dans la fosse, il se laisse tomber, comme dans une rupture d'espace-temps. C'est sa capacité à s'abandonner, à exposer sa voix, son corps, qui frappe avant tout. Une voix souvent hurlée, même en fin de respiration, plutôt «en dedans», comme sur les premiers albums : ce qu'il perd en nuance, il le gagne en intensité. Sur scène, il est à fond, puis tout à coup se relâche, titube, manque de s'évanouir.

On a l'impression qu'on va exploser avec lui sur le refrain de «Thumbscrew», et les breaks ont quelque chose d'hallucinatoire, entre deux moments de furie pure. Le slam fonctionne comme une soupape : quand la pression est trop forte, il tombe. La savante alchimie rythmique du trio apparaît au grand jour sur scène ; basse et batterie sont souvent décalées ou à contretemps, la guitare de Denison, tantôt sur un mode mélodique, tantôt rythmique, est à la fois subtile et minimale ; c'est la quintessence du hardcore américain: sobriété, concision, refus du solo marathonien chiant, à l'anglaise. Le son est lourd, parfois lent, saccadé, les Melvins ne sont pas loin, mais pas l'ombre d'une sonorité métal. On est quand même loin du grunge, contemporain des années d'activité du groupe. La transubstantiation christique a lieu : Yow ouvre sa chemise, puis finit torse nu, suant, crachant, lessivé, nous avec. Les pitreries du petit moustachu des Black lips le lendemain nous paraîtront bien dérisoires.

À lire aussi : The Jesus Lizard - Shot (1996).

«Thumbscrews», comme si vous y étiez :




Morceau d'ouverture, «Puss» :




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Primavera Sound Festival de Barcelone 2009, Jour 3


Troisième et dernier épisode du festival espagnol aux 80.000 spectateurs (leur record d’affluence, ils étaient 8.000 en 2001), nous allons enfin voir le bout du tunnel. Nous commençons avec la belle Alela Diane (cheveux courts) que l’on ne présente plus, et qui joue en fin d’après-midi dans la majestueuse salle fermée de l’auditorium (3.200 places assises). Parcourant essentiellement To Be Still son dernier album, c’est encore une fois un bonheur pour les oreilles, dans le sens du poil certes, mais avec la certitude de se tenir (assis) devant l’une des plus belles voix féminines américaines du moment.

Cette journée a tout pour me plaire puisque nous enchaînons avec Jonathan Meiburg et son projet Shearwater. Alors que je m’attendais à un concert plan-plan de fin d’après-midi et à de douces mélopées aériennes, les texans ont livré un spectacle dantesque, Jonathan poussant sa voix (phénoménale) dans ses derniers retranchements sur des titres qui au final sont déjà des classiques, alors que je n’en avais pas tant l’impression. De plus, ses musiciens (et lui-même) se livrent tout au long de la représentation à un impressionnant jeu de chaises musicales, à l’aise quelque soit l’instrument. Mention spéciale au batteur (par défaut), au physique à la Mickey Rourke et au doigté si délicat au xylophone. L’un de mes meilleurs moments du festival.



Un peu plus tôt, hors site, au parc Miro, petit îlot de verdure au milieu d’immeubles, deux groupes allaient nous en donner pour notre après-midi. Bowerbirds dans un premier temps, trio de Caroline du Nord au folk simple mais racé, et Crystal Stilts (photo) from Brooklyn, fort sympathique groupe anachronique (lunettes noires, voix monocorde, palmiers). Alight Of Night ressort vraiment bien, et l’impression de voir jouer le Velvet est prégnante. Avec Crystal Antlers et The Pain Of Being Pure At Heart, c’est la troisième confirmation de talent des buzz médiatiques de cette année.

Suit un peu plus tard l’enchainement de trois groupes légèrement plus anciens : Deerhunter, à l’instrumentation un peu simple alors que je m’attendais à du bidouillage informatique, Gang Gang Dance, avec une voix que je n’ai pas pu supporter, et Liars, qui malgré leur côté "poseur" restent vraiment très intéressants. Je ne vous parlerai pas de The Jayhawks, classique mais sans plus, pour passer directement aux deux poids lourds de ce festival.


30.000 personnes se sont tassées pour voir jouer le canadien le plus célèbre du monde. Cela fait vingt ans que Neil Young (photo) n’a pas joué à Barcelone, et le Monsieur se fait assez rare (et cher surtout). Eh bien force est de constater qu’à 64 ans, le musiciens a gardé une sacré présence sur scène. Il nous offre un concert "Best Of" où il est étonnant de constater à quel point les espagnols (et les autres) connaissent les paroles du répertoire sans fond de Neil, et surtout que de très nombreux artistes du festival sont dans le public pour voir jouer leur idole. Point de dernier album, le public n’est pas venu pour ça, c’est principalement à Harvest, Zuma et After The Gold Rush que l’on a droit. Encore mieux, même si certains se demandent encore pourquoi, Neil Young termine son set (1h30 seulement) sur "A day in the life", une cover des Beatles qui lui va comme un gant et sur laquelle il achève sa guitare, laissant la caméra s’attarder sur l’objet encore fumant.

Rien d’autre à dire sur Sonic Youth, qui au contraire joue essentiellement son nouvel album, et qui m’a beaucoup moins convaincu. Mettons ça sur le dos de la fatigue. 31 concerts en 3 jours, plus de 5 litres d’Estrella Damm ingurgités, c’est mon bilan personnel d’un festival où je placerai sur le podium Neil Young, Yo La Tengo et Shearwater. Là où je commence à avoir le vertige, c’est quand je regarde tout ce que j’ai manqué : Phoenix, Aphex Twin, Squarepusher, The Jesus Lizard (impardonnable mais c’était ça ou Yo La Tengo), Wavves, Art Brut, Sunn O))), The Drones, Shellac (aïe), Damien Jurado, Vivian Girls, Michaël Mayer, Tokyo Sex destruction, A Certain Ratio, Majhongg, Simian Mobile Disco, Jeremy Jay, Black Lips, Zombie Zombie et j’en passe encore… Tout est question de choix, et celui qui m’a mené ici fut tout-à-fait justifié. Hasta luego Barcelona.

Le site officiel du festival

Lire aussi : Primavera Sound Festival de Barcelone 2009, Jour 1
Lire aussi : Primavera Sound Festival de Barcelone 2009, Jour 2

Crédits photos : Dani Canto ©, Inma Varandela ©, Cristina Delbarco ©

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John Daly - Sea & Sky (2009)

John Daly a pointé son nez dans le petit monde de la deep-house il y a à peine trois ans, mais quelques singles lui ont suffi pour se faire repérer et signer par François K sur son label Wave. Il enregistre également pour sa propre enseigne, Feel Music, et pour les Helvètes de la Drumpoet Community. Dans la foulée, le très précoce irlandais compile ses meilleurs tracks, ajoute trois inédits, et nous pond un premier album étonnamment solide qui hésite, sans jamais vraiment se décider, entre house aquatique et disco planant. Un album éthéré, plus rêve que rave, pas franchement destiné au dancefloor, et qui offre une certaine vision de la félicité électronique, tout en fluidité.

En dehors de l’énorme track disco-house “Freak Out Or Get Out” (sorti en maxi en 2007), Sea & Sky est un disque complètement dédié à l'introspection et à la contemplation, qui peut s’écouter comme une oeuvre d’ambient. Comme souvent chez les très jeunes producteurs, les références de Daly sont aisément lisibles, même si l’on reste bien loin du plagiat. Tout juste notera-t-on la ressemblance d’”Exp 3” avec certains titres de Carl Craig ou Jeff Mills, les nombreuses analogies entre “Time Again” et le cosmic-disco de Lindstrom et Prins Thomas, ou les hommages appuyés aux choucrouteux de Tangerine Dream et Can. La diversité des genres abordés est assez surprenante pour ce newcomer qui fait étalage de sa capacité à dépasser la scène club et à visiter des territoires moins euphoriques.

On n’échappe pas à quelques sons un peu “carte postale”, comme les samples marins d’”Atlantis” et les relents dub de “Gabriel” ou “Do It”, mais le tout est si bien ficélé que l’on s’y sent bien au chaud, comme dans un cocon, bercé par le ressac des vagues analogiques. Les mauvaises langues ne manqueront pas de signaler que ce premier essai manque de relief et de folie. C’est sûr, John Daly n’est pas Moodymann ou Theo Parrish. Il ne bousculera sans doute pas les codes de la house. C’est un simple artisan - plus doué que la moyenne, mais tout de même un artisan - qui vient grossir la cohorte de nouveaux producteurs deep européens. Quoi qu’il en soit, je me suis laissé happé par cet album léger comme une bulle de savon, compagnon parfait pour ce printemps ensoleillé.

En bref : un tout jeune Irlandais livre un premier album deep-house d’une grande intensité malgré son tempo plutôt lent. Flirtant par moments avec le space-disco ou l’ambient, Sea & Sky figure d’ores et déjà en bonne place dans mon palmarès électronique de l’année.




John Daly - Time Again.mp3
John Daly - Freak Out Or Get Out.mp3

Le Myspace de John Daly
Le site et le Myspace de Wave Music

A lire : Culoe De Song - The Bright Forest et Moodymann - Anotha Black Sunday

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04 juin 2009

Primavera Sound Festival de Barcelone 2009, Jour 2


Sommeil en option et un passage par la case fourrière de Barcelone plus tard, le deuxième jour de cette neuvième édition du festival barcelonais peut commencer. Nous n’avons toujours pas le droit d’entrer avec une bouteille d’eau (mais un couteau c’est Ok !) alors que le soleil s’en donne à cœur joie, n’épargnant aucune épaule dégarnie. Passons. Un grand moment m’attend puisque Magnolia Electric Co. alias Monsieur Jason Molina ouvre le bal. Hélas, c’est une déception. Malgré sa voix magnifique (à mon sens l’une des plus belles du folk américain), le petit homme joue son Americana de manière professionnelle, mais je ne sais pas, il manque quelque chose, un souffle, un entrain, une pedal steel.

Nous restons sur la scène Rockdelux puisque Spiritualized (photo) y joue en suivant. Grâce à une configuration scénique originale (musiciens en noir à gauche, Jason Pierce et ses choristes en blanc à droite) et de bon vrais morceaux, la mayonnaise prend. Tout comme chez les Bostoniens Throwing Muses que je n’attendais pas du tout et qui sentent bon le rock’ n’ roll. Déplacement obligatoire sur la grande scène Estrella Damm afin de vérifier tout le bien que l’on dit de Bat For Lashes (photo). L’anglaise Natasha Khan assure effectivement les deux premiers morceaux dans un univers très particulier, mais pour le reste, j’ai trouvé ça vraiment très chiant.


Sur la même scène, c’est l’ex Pulp Jarvis Cooker qui prend le relai pour présenter son dernier album solo. Honnête, sans plus. Pour finir avec les gros, ce sera fait, Bloc Party termine ma soirée avec un show efficace également, mais un manque d’inspiration certain dans les chansons. Le public lui, est très réceptif, surtout à "Banquet".

Un peu plus tôt, ce sont les nouveaux venus Crystal Antlers et The Pain Of Being Pure At Heart qui ont la lourde tâche de relever le défi de la scène, après deux albums individuels plutôt remarquables. Et ça marche. La bande de Long Beach joue de front un set rapide et efficace, presque plus facile que sur disque, alors que les new-yorkais se révèlent être d’excellents et très entraînants rockeurs.


Passage du côté de chez Jason Lytle (from Grandaddy) qui ne semble pas très sympathique, n’arrêtant pas de se plaindre au sujet de cette "fucking stage". Mais il joue les morceaux de Grandaddy (puisque finalement c’est lui qui les a écrits), et donc c’est forcément agréable à entendre. Enfin, le plus fou pour la fin, le phénomène Dan Deacon joue sur la scène Pitchfork accompagné de son band. Malgré quelques tentatives ratées de participation du public (sa grande habitude), il livre un show bordélique au possible, en tant que grand manitou nerd des machines, alors que sur scène cela devient n’importe quoi, ils ont du finir à trente, dont un déguisé en cachet pour la toux. Les amateurs auront apprécié, et j’aurai réussi à faire un hang-ten avec Dan, la classe. Plus qu’un jour.

Le site officiel du festival

Lire aussi : Primavera Festival de Barcelone 2009, Jour 1

Lire aussi : Primavera Festival de Barcelone 2009, Jour 3

Crédits photos : Dani Canto ©, Inma Varandela ©, Cristina Delbarco ©




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03 juin 2009

Jay Bennett - Whatever Happened I Apologize (2008)

Ca ne vous a sans doute pas échappé si vous lisez un tant soit peu la presse musicale, Jay Walter Bennett, entre autres guitariste de Wilco de 1994 à 2001, est décédé il y a peu de cause inconnue dans son sommeil à l’âge de 45 ans. J’avoue sans honte qu’il y a encore quelques jours, je ne connaissais pas le Monsieur. J’avais pourtant sans le savoir écouté son savoir-faire au sein de Wilco à de nombreuses reprises, notamment sur le magique Yankee Hotel Foxtrot. Mais j’ignorais l’existence de son premier groupe, Titanic Love Affair (un Dinosaur Jr like), et encore plus celle de ses quatre premiers albums solo. Sur ce cinquième, mis gratuitement en ligne par le concerné en novembre dernier dans la plus grande indifférence, son talent de songwritter et d’interprète ne peut que nous exploser à la figure.

Compositeur acharné, il avait également en préparation un Kicking At The Perfumed Air, autre album solo qui devait sortir en octobre dernier et auquel il a préféré substituer ce Whatever Happened I Apologize. Une question d’humeur, de moment, et grand bien lui en a pris, même si je me doute que l’autre album devrait également paraître un jour, à titre posthume, vue la qualité de celui-ci. Jay disait vouloir capturer la simplicité et la nature émotionnelle du songwritting. Une phrase qui finalement n’en dit pas plus long, sauf si on écoute le disque. Sorte d’Americana mélodique, ou plus simplement de folk, Whatever Happened I Apologize est 100% acoustique, guitare et voix. Enregistré en une seule prise, Jay confie ne pas s’être soucié de la perfection, et il en résulte un sentiment d’honnêteté vertigineux.


Immédiat et nu, Whatever Happened I Apologize est un concept album sur une relation amoureuse vouée à l’échec. Dès les arpèges introductifs de "I don’t have the time" l’on sait à quoi s’attendre. Une voix décharnée, tout simplement sublime, sans pathos ni exagération, qui touche à l’intime de manière presque inédite. J’ai tout de suite pensé à Elliott Smith dans cette façon de chanter simplement, mais sur le fil du rasoir. "The engine are idle" est un autre grand morceau de l’album, même si l’homogénéité générale n’en fait pas ressortir un plus qu’un autre. Enfin si, "Talk and talk and talk" est tout de même magnifique. Ecrit, arrangé et mixé Par Jay himself au studio Pieholden Suite Sound d’Urbana dans l’Illinois, c’est également Jay qui a conçu la pochette. Seuls Daniel Johnston (ah oui quand même) et Edward Burch lui sont venu en aide, l’un pour l’écriture du morceau "Wicked world", l’autre pour donner la voix. R.I.P.

En bref : un somptueux disque folk sortant de nulle part qui prend directement sa place dans mes disques de chevet. Pas moins.




A noter premièrement que l’album est disponible gratuitement et légalement ici, donc pas d’excuse, et deuxièmement que son web label d’origine cherche à collecter des fonds pour éditer Whatever Happened I Apologize en vinyle, ici.

Le Myspace

A lire aussi : Silver Jews - Lookout montain, lookout sea (2008)

"I’ll decorate my love" présent sur l’album :




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Primavera Sound Festival de Barcelone 2009, Jour 1


Du 28 au 30 mai dernier, se déroulait à Barcelone l’un des plus importants festivals de musiques actuelles européens. Encore que d’européen il n’en avait que le nom, puisqu’il fut effarant de constater à quel point la programmation en 2009 est américaine, à croire que l’Angleterre a définitivement laissée sa place au nouveau continent en terme d’originalité et de productivité musicale. Soit. C’était surtout l’occasion, hormis le fait d’assister à des performances d’artistes reconnus et accomplis (un euphémisme quand on parle de Neil Young ou Sonic Youth), de confirmer ou d’infirmer la talent des nouveaux venus et autres buzz médiatiques de l’année en cours.

Niveau ambiance à Barcelone, Eto’o et Messi avaient déjà fait le travail la veille en offrant à la cité catalane une bien belle victoire footballistique, plongeant ainsi la ville dans une liesse sans fin. Ne restait à l’organisation du festival (un quasi sans faute, j’y reviendrai) qu'à transformer l’essai et prolonger ainsi le plaisir. Dans un premier temps le site, magnifique, large terrain de jeu dominant la mer méditerranée et offrant aux festivaliers six scènes majeures où se sont succédés plus de 170 artistes. Grâce à un emploi du temps respecté à la lettre, et des commodités somme toute assez commodes, c’est un plaisir de passer d’une scène à l’autre sous le soleil espagnol.


Accompagné pour l’occasion de Michaël de chez Crystal Frontier, nous débutons en douceur avec deux jeunes groupes efficaces et variés, à savoir Veracruz (groupe local) et Women, quatre canadiens qui ont bien fait parler d’eux cette année avec un très bel album. Plus tard ce sont les mythiques néo-zélandais The Bats, de retour cette année et à qui cela fait visiblement plaisir d’être là. Il est surtout intéressant à ce stade de constater que ce n’est certes pas le meilleur groupe du monde, mais pourtant que l’on sent à chaque petit bout de mélodie combien ils ont pu influencer les Shins et autres groupes du genre.

Le temps de faire la connaissance des non moins classiques The Vaselines d’Ecosse, qui ont à coup sûr un petit côté The Delgados (à moins que cela ne soit l’inverse), et c’est l’heure de la première claque de ce festival, l’un des bastions de la scène indépendante nord américaine, j’ai nommé Yo La Tengo (photo). Un groupe que je découvre à peine ce jour-là (et au vue de la discographie gigantesque, j’ai du retard) mais qui m’a vraiment fait forte impression. Jonglant entre les genres (de la synth pop au rock garage), c’est un trio phénoménal qui s’offre à nous. Georgia Hubley la batteuse est impressionnante. C’est elle qui maintient le rythme lorsque son mari Ira Kaplan part en digressions guitaristiques et autres effets de torture d’instruments. En-or-me ! Partager quelques arrêts de métro avec eux deux jours plus tard aura été un autre de ces grands moments.


Après cet électrochoc, Andrew Bird (photo) bien seul sur la scène Ray Ban Vice a du mal à faire ressortir ses chansons, mais parvient à garder la classe en se samplant au violon et en posant sa très belle voix par-dessus. Changement d’ambiance lorsque mon chouchou Jay Reatard et sa tignasse s’escriment à faire tenir cinq chansons dans cinq minutes, ou presque. L’on commence à voir le bout du tunnel de ce premier jour chargé, mais il reste encore le phénomène My Bloody Valentine auquel j’avoue avoir été légèrement hermétique. Ne distinguant aucune mélodie, j’ai eu du mal à supporter l’effet "je joue le plus fort possible tant que les gens ne convulsent pas par terre". Chacun son truc. Enfin et alors qu’il est déjà très tard, les anglais (les seuls ?) de The Horrors, qui m’ont impressionné avec leur dernier opus Primary Colours se chargent de me bercer avant les deux autres longues journées qui nous attendent.

Le site officiel du festival

Lire aussi : Primavera Festival de Barcelone 2009, Jour 2
Lire aussi : Primavera Festival de Barcelone 2009, Jour 3

Crédits photos : Dani Canto ©, Inma Varandela ©, Cristina Delbarco ©


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Concours - Soirée Purple UFO au Café de la Danse le 24/06/09


Isolés dans un bunker aux fins fonds du Nevada, les agents Johnson et Marshall, fidèles croyants et pratiquants, aidés par leur robot Mc Load 4000.e, traitent et collectionnent données et témoignages sur l’existence ou non d’êtres venus d’ailleurs. Le Purple UFO est un vaisseau qui aurait été aperçu de-ci de-là sur la planète. Leur objectif est d’en prouver la non-existence.

Non, ceci n’est pas le thème d’un concept album des Flaming Lips (encore que), mais bel et bien la toile de fond de cet étrange phénomène musical. Qualifié de film de science fiction auditif ou encore de spectacle radiophonique (avec Radio Campus), ça doit à coup sûr valoir le coup d’oreille. Le tout est interprété par la compagnie d’Aleph, mis en image par Mi Ke et écrit et réalisé par Cosme Castro et Mathias Prademas. Côté musical, l’on devrait assister à des performances d’Anoraak, Danger et Etienne Jaumet, entre autres.

A cette occasion, le Café de la Danse et Dodb ont décidé de vous faire gagner 3 places pour aller assister à ce show qui s’annonce surprenant. Pour cela il vous suffit de répondre à la question suivante et d’envoyer vos réponses avant le 22 juin à contact@desoreillesdansbabylone.com avec "Concours Purple UFO" dans l’intitulé du message. Bonne chance à tous amis terriens.

En quelle année est sorti Rencontre du 3ème type de Steven Spielberg ?

Le site officiel (ahurissant, allez y jeter un œil) et le Myspace

Réserver sa place sur Fnac.com

Etienne Jaumet en plein démonstration :



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02 juin 2009

Peter Kruder - Private Collection, G-Stone Master Series N°1 (2009)

Si vous n’êtes pas familiers avec les travaux des sorciers autrichiens Peter Kruder et Richard Dorfmeister, je ne saurais trop vous recommander d’acquérir The K&D Sessions, double CD mixé qui reste l’une des pièces maîtresses du downtempo des 90’s. En véritables designers sonores, les Viennois y traitaient et remodelaient des morceaux d’artistes aussi divers que Depeche Mode, Roni Size ou Bone Thugs-N-Harmony et réalisaient le mix de chill parfait, mariant les volutes du dub aux beats hip-hop et drum n’bass. Depuis, leur temps s’est partagé entre leurs différents projets personnels (Tosca, Peace Orchestra...), la réalisation d’un nombre considérable de remixes, et la gestion de leur label G-Stone, fondé en 1993.

Pour ce premier volume des G-Stone Master Series (sortie le 12 juin), Kruder nous donne un aperçu de sa collection privée, qui compte plus de 35000 vinyles. Le sous-titre “Classics from my living room and bedroom” nous informe d’emblée que ce mix ne s’écarte pas de la ligne directrice qui a été celle du duo depuis ses débuts : donner matière à scotcher et à rêver avec les sons les plus ouatés et méditatifs. Les titres choisis vont du plus rare, voire introuvable, au plus connu, et sont mixés avec subtilité et discrétion, sans effets tapageurs. Le disque commence dans une ambiance post-rock avec un enchaînement Talk Talk/Tortoise à tomber par terre. Repris il y a peu par Shearwater (en face B du single de “Rooks”), “The Rainbow” de Talk Talk est un pur chef-d’oeuvre où s’imbriquent piano, guitares, violons et harmonica dans une atmosphère hindouisante et organique. Beaucoup moins connu que “Such A Shame” et toute leur période new-wave, c’est un extrait du meilleur disque des britanniques, Spirit of Eden (1988), qui rappelle combien ce groupe est aujourd’hui sous-estimé.

Les guitares s’amplifient légèrement pour “On the Chin” de Tortoise, accompagnées par le vibraphone qui constitue l’une des marques de fabrique du groupe. On retrouvera l’instrument à plusieurs reprises sur les plages suivantes, notamment sur le très smooth “Enchanted Lady” de Milt Jackson. Il y a bien quelques faiblesses dans cette sélection, comme le “Sweet Butterfly” de Charles Webster, où la voix irritante de Del St Joseph gâche quelque peu le superbe instrumental. Mais comment ne pas célébrer l’éclectisme de cette Private Collection réunissant Tom Waits et Japan, Jan Hammer et Chateau Flight ? Et comment ne pas succomber aux percussions mélodiques d’”Adrien”, du Gong époque Pierre Moerlen, où résonnent les gazouillis enfantins du fils du musicien, actuel leader de l’excellent groupe strasbourgeois Crocodiles ? Ou au “Here We Go” de Jon Brion, bijou de pop-song beatlesienne toute de cordes parée ? On n’en voudra pas non plus à Kruder d’avoir inséré deux de ses travaux dans cette sélection certes pas révolutionnaire, mais diablement élégante et réconfortante.

En bref : ambient, pop, post-rock ou jazz, peu importe l’étiquette tant qu’il y a matière à scotcher. Encore une superbe compilation, douce comme une caresse, de la part du maître autrichien du genre.



Le site de G-Stone

A lire aussi : A Tribute To... Fila Brazillia

Le morceau d’ouverture de la compilation, “The Rainbow”, de Talk Talk :


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01 juin 2009

Simian Mobile Disco - Avant-goût du nouvel album

Après avoir littéralement électrochoqué les scènes du monde entier l'an passé dans le sillage du succès de leur premier disque Attack sustain decay, le duo londonien Simian Mobile Disco s'apprête déjà à redébarquer avec un nouvel album. Le pétard devrait exploser le 17 août prochain dans nos contrées, il s'appelera Temporary pleasure et comportera quelques jolies participations dont Jamie Lidell, Beth Ditto (de Gossip) ou le Alexis Taylor (Hot Chip). D'ores et déjà, deux titres sont en écoute sur le myspace du groupe, le techno-house nineties « Synthesise » et le plus deep « 10 000 horses can't be wrong ». Deux titres jouissifs qui vous pousseront sans aucun doute à guetter attentivement la sortie de ce nouvel opus...


Pour patienter, un autre extrait de Temporary pleasure à découvrir : « Audacity of huge »


Le myspace de Simian Mobile Disco


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V/A - Bombshell Baby Bombay et The Bombay Connection (2007)

La production filmique de l’Inde est la plus importante du monde. Il en est ainsi depuis presque la création du cinéma, le premier film indien est tourné en 1899. Depuis plusieurs décennies, huit cents films de fiction environ sortent par an. Pourtant le cinéma indien est l’un des plus méconnu dans nos contrées car une très large partie des créations est indissociable de passages chantés et dansés : cet élément culturel est un des attraits qui fait la joie des amateurs éclairés mais il est aussi le cœur même des principaux préjugés qui font obstacle à la découverte d’un des cinémas, encore à ce jour, des plus généreux.

C’est avec tout autant de générosité qu’ont été compilés par Edo Bouman et Milan Hulsing les volumes Bombshell Baby Bombay et The Bombay Connection. Idéaux pour la découverte des grands compositeurs indiens de bandes originales, les disques couvrent deux périodes : 1959-1972 et 1977-1984. Le choix de ces années permet de mettre en évidence deux des grands courants musicaux : le groove style années 60 et le funk type 70’s. A l’instar du cinéma hong-kongais, l’industrie du cinéma indien suit de très près l’actualité musicale à la mode dans les pays occidentaux. La jeunesse locale en raffole. Les artistes, plus ou moins honnêtes, s’inspirent et marient les styles importés à la musique de leurs pays ; les producteurs peu scrupuleux utilisent des titres connus sans créditer les créateurs originaux (ceci fut longtemps toléré car le flou "artistique" le plus total existait dans certains pays).


Bombshell Baby Bombay (Bouncin’ Nightclub Grooves From Bollywood Films 1959-1972) fait la part belle à Rahul Dev Burman et au duo Shankar-Jaikishan. R.D. Burman est l’équivalent de Lalo Schiffrin en Inde et compte plus de trois cents bandes originales à son actif. Tout aussi à l’aise dans les mélodies entêtantes que les rythmes entraînants, Burman fait souvent mouche. S’il maîtrise avec respect les différents styles musicaux de son pays, il ne méprise pas pour autant le matériau importé. Non, c’est avec une réelle délectation qu’il le fait sien pour son plaisir, pour notre plaisir. Avec Burman l’efficacité est au rendez-vous et il insuffle une énergie communicative indéniable à ses compositions.

Shankar Singh Raghuvanshi et Jaikishan Dayabhai Panchal (ils signent sous le pseudo commun de Shankar-Jaikishan) ont plus d’une centaine de disques en commun. Les deux se complètent à merveille et sont l’association de talent pendant près de vingt ans. Ils assurent sur tous les fronts : chansons d’amour, compostions d’inspiration occidentales, numéros de dance, musiques de fond ("background score"). Le morceau "Jan Pahechan Ho" tiré du film Gumnaam est un bel exemple de leur savoir-faire de l’époque évoquée : guitare à la Shadows, percussions indiennes, trompettes style mariachi : ça swingue avec démesure.



The Bombay Connection (Funk From Bollywood Action Thriller 1977-1984) met en vedette une fois de plus R.D. Burman. Je ne vous reparlerai donc pas de lui, l'écoute de l'énorme "Main Hoom LiLy" extrait de Bond 303 suffira comme piqûre de rappel.

Le travail d’un autre duo célèbre est ici souligné, il s’agit de Kalyanji-Anandji. Les deux frères Anandji et Kalyanji Virji Shah sont les créateurs de pas loin de deux cents b.o., dont l’une des plus célèbres est celle du film Don (avec le dieu vivant Amitabh Bachchan). Pas d’extrait ici de Don, ç’eut été trop facile. En revanche "Na Na Na Yah Kya Karne Lage Ho" du métrage intitulé Bombay 405 Miles force le respect une fois de plus. Bien sûr lorsque l’on s’aperçoit que le morceau date 1980 et qu’il sonne début 70 à fond les manettes, alors que sur l’Occident insouciant a déjà déferlée la vague disco, bientôt suivie par celle imminente de la new wave (vous ne pourrez pas me reprocher d’être vague dans cet article), on peut au premier abord esquisser un petit sourire sur le métro de retard. Mais ne boudons pas notre plaisir. Et surtout ne dénigrons pas l’indéniable talent de Kalyanji-Anandji apte à faire groover un mort à coup de basse "blaxploitation" et d’une voix sensuelle tirée d’une "colonna sonora originale" italienne du meilleur cru.

Il serait injuste de ne pas mentionner quelques uns des interprètes qui contribuent à la popularité des airs et des films. La déesse incontestée et respectée Asha Boshle étend son hégémonie sur les 2 volumes. La chanteuse la plus célèbre de l’Inde, et dont la réputation dépasse les frontières de son pays, chante depuis 1948 et affiche plus d’un millier de bandes originales de films. On frise le délire, l’étourdissement, la syncope devant l’ampleur de la tâche accomplie. La voix d’Asha, attirante et envoûtante, est reconnaissable par ses sonorités suaves et aiguës.

Kishmore Kumar est l’un des grands talents parmi les "playback singers" du cinéma indien. Au départ acteur et parfois réalisateur, il est repéré pour ses talents vocaux et au fil du temps il deviendra l’un des numéros un de sa catégorie.

Mohammed Rafi n’est pas moins célèbre que le chanteur précité. Sa carrière couvre trois décennies dont les années 70 sont l’apogée. Détail amusant, il sera quelque fois la voix playback de Kishore Kumar, n’ayant pas le temps de jouer et d’enregistrer ses propres parties chantées.

Pour ne rien gâcher au tout, Edo Bouman et Milan Hulsing, ont soigné le travail jusqu’au bout. Pochettes magnifiques, reproductions de press books, notes sur les chanteurs et musiciens, précisions des crédits (titres des chansons et des films, noms des artistes "doublures chant" pour chaque morceau, années de productions,…). Pour les puristes, un pressage double vinyle 180 gr. numérotés à 250 copies est disponible. Les deux compilations existent aussi en cd éditées avec le même soucis de présentation et de précision .

En bref : une excellente introduction dans un univers frais et décomplexé, comme ceux du cinéma bis italien et hong-kongais des années 60-70. A découvrir d’urgence sous peine d’être passé à côté d’un bonheur aussi simple que vital.





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31 mai 2009

DJ Koze - Mrs. Bojangles (2009)

Stefan Kozalla est un petit plaisantin, coutumier des ruses de sioux et des surprises stylistiques, et par conséquent complètement imprévisible. Pour son premier maxi de l’année, le Hamburgeois nous revient plus joueur et intransigeant que jamais avec deux collages radicaux et humoristiques, sur le toujours excellent label parisien Circus Company. Ne vous attendez donc pas à une house facile et immédiatement fonctionnelle : comme souvent, il vous faudra une certaine persévérance et quelques écoutes pour entrer dans le monde psychotique de DJ Koze.

Lui qui avait remixé l’hymne anti-minimal de Matias Aguayo persiste comme par provocation dans un registre dépouillé à l’allemande. Mais là où 90% des productions actuelles brillent par leur manque d’originalité flagrant, il parvient à un degré d’étrangeté ahurissant en brisant la linéarité du genre. Dans son communiqué de presse, Circus parle d’une rencontre entre Sun Ra et le clubbing. Pour une fois, la proposition est assez pertinente ; il y a indéniablement quelque chose du grand jazzman chicagoan dans la méthode de travail de Koze, qui laisse une grande place à l’aléatoire et préfère certainement les travaux de démolition à la maçonnerie.

Le bien nommé “Dr Fuck (The Drunken Preacher)” livre sa version du prêche house, exercice devenu classique depuis le “I can feel it” de Mr Fingers AKA Larry Heard. On est plus proche ici du côté vicelard de certains vieux morceaux acid-house de Chicago comme “Flash” de Green Velvet ou “Where is your child ?” de Bam Bam. Pitchée très bas, une voix de pervers déclame un monologue à la gloire de la house music, sur un beat lent et malsain qui cultive en vain l’attente d’une explosion. La suite n’est qu’une succession de tintements de casseroles, de verres, et de phrases free-jazz au Bontempi... On se demande bien quel dancefloor barré pourrait se déchaîner sur ce track lent, sombre et bizarroïde.

Un poil plus accessible,”Mrs Bojangels” n’en est pas moins tordue, avec ses voix extra-terrestres passées à la moulinette et ses nappes ascensionnelles. A l’écoute de ce morceau, on imagine bien Koze en savant fou, dans un studio qui aurait l’air d’un laboratoire, maniant les sons comme autant d’éprouvettes, à la recherche de la formule du bonheur chimique.

En bref : une paire de collages expérimentaux qui suscite deux remarques. 1/ DJ Koze est l’homme en forme de la techno allemande. 2/ Ce type devrait être interné.



A lire aussi : DJ Koze - Reincarnations (The remix Chapter 2001-2009)

Le site et le Myspace de DJ Koze
Le site et le Myspace de Circus Company



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25 mai 2009

Baby Face Willette - Face to Face (1961)

Roosevelt "Baby Face" Willette est un artiste dont la trajectoire suscite de nombreuses interrogations. Sa courte apparition dans la première moitié des années 60 ressemblerait fort à ce phénomène lumineux qui accompagne l’entrée dans l’atmosphère d’un corps extraterrestre laissant derrière lui une traînée lumineuse, si, filant et éphémère, il n’était pas nécessaire de scruter le ciel étoilé d’une nuit d’été pour espérer l’apercevoir – encore moins de formuler un vœu à son apparition. Vaporisé en moins de temps qu’il n’en faut pour ne laisser que quelques débris (quatre albums) encore fumants sur le sol, il demeure l’un des organistes les plus énigmatiques des cercles de jazz.

Mort en 1971 pour des raisons indéterminées, son parcours ressemble à celui de beaucoup d’autres. Il fait ses premières gammes au piano poussé par une mère musicienne puis perfectionne son apprentissage sur l’orgue de la paroisse de son père. À la fin de son adolescence, il commence une carrière professionnelle dans des groupes de gospel et de rythm & blues qui le conduisent à voyager, non sans tracas financiers, à travers l’Amérique du Nord pendant plus d’une quinzaine d’années. Lorsqu’il décide de se tourner vers le jazz, à la découverte des enregistrements de Charlie Parker, il trouvera dans l’orgue le moyen d’accomplir sa nouvelle vocation en mêlant ces influences musicales acquises au long de ses tournées.

L’année 1961 est l’une des plus productives pour l’organiste. Alors que ce dernier achève deux collaborations avec le saxophoniste Lou Donaldson (Here ’Tis) et le guitariste bluesy Grant Green (Grant’s First Hand), Blue Note lui offre l’occasion d’enregistrer une double session en tant que leader. Espacée d’à peine quelques mois, elle aboutira sur la sortie des albums Face to Face, et Stop and Listen (réédités en 2007), que beaucoup considèrent comme son meilleur enregistrement. Pourtant la première pièce ne saurait être négligée tant elle est représentative du style de Willette lorsqu’il se retrouve devant ses claviers.


Si le "babyface" désigne le "gentil" sur le ring, mieux vaut ne pas se fier aux apparences. Surnommé ainsi à cause de sa figure d’adolescent mystique (il est alors âgé de 28 ans), la maîtrise percussive de son instrument, l’orgue Hammond B-3 – rendu populaire par le titan Jimmy Smith, a pu recouvrir à l’insuffisance de son endurance. L’ouverture sur "Swingin' At Sugar Ray's" dé-note la singularité de cet organiste qui joue comme un pianiste. Loin de s’appesantir sur de larges nappes doucereuses, il détache chacun des sons qu’il alterne avec des phrases courtes et sèches, se contentant d’aller à l’essentiel. Un jeu assez proche du "single notes" de son guitariste, Green, qui ne fait que confirmer toute l’étendue de son talent sur le morceau éponyme.

Mais Willette sait aussi caresser son public. S’il se montre parfois impulsif, son tempérament le pousse à la discrétion et s’efface pour laisser plus de place à ses coéquipiers. Fred Jackson, au saxophone ténor, adoucit l'atmosphère par ses phrasés langoureux sur "Going Down", tout comme sur la reprise de "Whatever Lola Wants" qui prend une envergure plus sensuelle. Ce même titre où Willette, empli d’une ferveur quasi-religieuse, écrase les touches de son clavier au point d’en faire sortir un cri désespéré. Avant de retomber sur un ton plus guilleret et sautillant.

En bref : Face to Face condense tout le talent d’un artiste largement sous-estimé à cause d’une maigre discographie. Pas vraiment révolutionnaire mais doué d’une extraordinaire énergie qui aurait dû lui réserver une place au soleil, au côté des plus grands.





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Outrageous Cherry - Supernatural Equinox (2003)

Pourquoi celui-là me direz-vous ? La discographie du groupe underground de Detroit est pourtant bien pourvue, et j’aurais pu vous parler du petit dernier Universal Malcontents. Oui mais voilà, après toutes ces années, allez savoir, c’est Supernatural Equinox que je remets inexorablement sur la platine. Oh il n’a rien d’exceptionnel, je le sais bien, c’est un simple disque de power pop sous forme de revival 60’s. Mais je l’aime bien ce disque. J’aime bien son côté hésitant entre le psyché rock des 70’s (Jefferson Airplane en tête de gondole, mais aussi Strawberry Alarm Clock) et la pop mélodique des 60’s (Beatles, Byrds…). Conscient que de bonnes influences ne sont pas suffisantes, le leader Matthew Smith compose ici comme à son habitude des minis tubes de poche ensoleillés et drogués, qui n’inventent rien mais qui font chaud au cœur.

Tout commence avec cette magnifique déclaration "Girl, you have magic inside you" et sa guitare façon sitar. La formation d’alors, un quartet composé du bassiste Scott Michalski, du batteur Corey Gustafon et du guitariste Larry Ray, privilégie le type d’arrangements des groupes cités plus haut. C’est très orchestré, les guitares sont fuzzées, il y a pas mal de réverb (même si moins que sur The Book Of Spectral, leur précédent opus) et les paroles sont bubblegum, même si la voix de Matthew est loin de tomber dans les travers aigus du genre, et reste étonnamment sobre, voire grave. "A song for someone sometimes" enchaîne et là encore rien à redire. Outrageous Cherry ressemble aussi à ses voisins The Sights ou aux londoniens Bevis Frond.

La pochette, dans la grande tradition des disques à psychotropes, a été réalisée par l’artiste Cary Loren du collectif artistique The Destroy All Monsters. Une sacré bande de hippies, que l’on retrouve sur le single "Saturday afternoon", avec chœurs féminins et tambourins en prime. Du côté des chansons gaies : "See you next time" (et son final Stone Roses), "If you want me"(Beach Boys) ou encore "This evening". D’un autre côté, vous avez les titres psychés et progressifs, plus sombres, comme "Psychic wheels", "Desperate times, desperate measures" ou le cabot "The Orgone Vortex" tout en wah wah.

En Bref : 13 titres d’easy pop façon sixties, éclairés de quelques moments plus rock’n’roll, sous la houlette d’une bande de junkies from Detroit. Et vous aviez raté ça ?




Le Myspace

A lire aussi : The Apples In Stereo - New Magnetic Wonder (2007)

Pas de titre de Supernatural Equinox disponible. Alors voici "Only the easy way down" :



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24 mai 2009

Jeepster - What If All The Rebels Died (2009)

Une chose est sûre avec Distile Records: on sait à l'avance qu'on va avoir affaire à un artiste décalé, peu en phase avec les conventions établies, et partant de là, il est fort probable que l'album concerné sera très bon.

Ici avec Jeepster, le chemin emprunté d'un point de vue musical est plus conventionnel (pas trop tout de même; on a quand même, dans le groupe, deux membres de O! The Joy...) mais le résultat, brillant, confirme la valeur du label et de ces groupes.

Aidés par un chanteur-guitariste venu de Nevada City malaxant les influences pour élaborer un breuvage pop connoté 70's, oscillant entre légèreté et coups de boutoir rock, reposant sur une instrumentation souvent séduisante et un chant racé.

Des notes de clavier étoffent le répertoire du groupe sur "A day in the dark", détendu et groovy, les trois complices s'attaquant ensuite avec succès à un climat aérien sur "Don't go too far", tout en le faisant décoller quelque peu. On se trouve ici, certes en territoire estampillé 70's, mais Jeepster recycle habilement ces atmosphères, les remet au goût du jour avec bonheur.

Il est d'ailleurs à noter que ces influences parcourent un panel allant de Led Zeppelin à Modest Mouse en passant par The Jesus and Mary Chain ou encore T-Rex ou Nick Cave. Une guitare nerveuse se fait entendre sur "Ex oh", bel exercice de rock mélodique et vigoureux, et s'affine sur "Write the end first", saccadé et lui aussi assez puissant. Et la voix, sensible, entre dans un parfait contraste avec la rudesse des instruments ou, au contraire, se met au diapason d'une certaine délicatesse. La retenue dans les accès d'énergie ("Sweet 1:23") constitue de plus un bel atout pour la formation et ajoute à l'intérêt qu'elle suscite.

Plus loin, "You can't stop", très groovy, sensuel aussi, vient s'ajouter à la liste des réussites tout en exhalant cette énergie inhérente à la plupart des morceaux du disque, avant que "Ditches" ne renoue avec une légèreté, un côté spatial très 70's, très pop aussi, de cette pop libre et aventureuse qui caractérise les compos du groupe. C'est aussi le cas de ce "Be good in your neighbourhood" délicat, aussi sobre qu'abouti, "Fiction fiction" se chargeant, lui, de réinstaurer un rythme affirmé et des six-cordes plus offensives.

Enfin, c'est "What if all the rebels died?", céleste et majestueux, qui ferme la marche et assied la qualité d'un album atypique malgré une démarche de groupe somme toute assez classique.

En bref : un album à la fois précieux et intense, sensible et doué d'une force de frappe non-négligeable bien maîtrisée, qui constitue au final une bien belle surprise.




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