Ils seront certainement une des attractions de la rentrée musicale à venir. Les "Monstres du folk" comme ils se sont humblement baptisés, j'ai nommé M. Ward, Conor Oberst, Jim James (My Morning Jacket) et Mike Mogis (Bright Eyes), sortiront leur premier album le 22 septembre prochain. En attendant de voir si les quatre phémonènes ricains se débrouillent aussi bien ensemble qu'avec leurs formations respectives, ils ont laissé filtrer un premier titre, "Say please". De quoi espérer mais pas davantage pour le moment.
Présenté comme le 26ème MGMT de l’année, un tout nouveau groupe en provenance de New York, tiens donc, qui aux premiers abords peut faire surgir les à priori. Des tournées avec Deerhoof, Beirut ou Vampire Weekend, une production du moment par Chris Zane (Passion Pit), un chant on ne peut plus Clap Your Hands Say Yeah, une première écoute déconcertante de facilité, tout pousse vers un énième groupe indé from Brooklyn. Et pourtant non, Harlem Shakes (tiré d’une danse noire des années 80) ne s’arrête pas là. A vrai dire, ce Technicolor Health acquiert même une sacré profondeur au fil des écoutes. La pochette elle-même ne ment pas sur la marchandise, un cocktail coloré et plein d’idées, qui va droit au but, 37 minutes, 10 vraies chansons, aucun raté, l’efficacité à son sommet.
Niveau genre vous devez vous en doutez on est sérieusement en terrain pop. Un mélange classique et complexe d’excitation et de mélancolie, comme l’ont fait avant eux Neutral Milk Hotel ("Natural man") ou les New Pornographers. Ajoutez à cela la petite touche d’afro pop à la mode, des zestes électroniques et pour une fois, aucune dérivation psyché, et vous obtenez un premier album surprenant, quasi sans faute, aux refrains qui tuent. Le quintet avait fait saliver son monde en 2007 avec son premier Ep autoproduit Burning Birthdays puis il s’était fait oublier. C’était pour mieux revenir avec ce que je peux désormais qualifier sans gros doute de disque pop de l’été. Pas moins.
Une raison à cela ? Si l’on ne devait en garder qu’une, elle est évidente, ce single imparable et galopant, véritable hymne, j’ai nommé "Sunlight". C’est effectivement le "Time to pretend" de l’année (vous verrez), à passer en boucle tout l’été, jusqu’à l’outro excellente mais trop courte. En 2’52" seulement, Lexy Benaim nous refait le coup d’Alex Ounsworth et son "The Skin of My Yellow Country Teeth", à écouter en boucle. Petite sœur non moins méritante à cette chanson d’anthologie, "Strictly game" et son énergie zouk. Des synthés, des guitares, une voie concernée et des lyrics hippie. "This will be a better year" ou comment la bande exorcise des douleurs passées. Entre les deux, deux autres bombes. Un "TFO" habité de haute volée, et "Niagara falls", plus beau morceau du disque pour certains. LA chanson d’amour surtout.
Pour vous convaincre de réétudier le cas Harlem Shakes, écoutez également ces titres relégués en fond d’album, "Winter water" par exemple qui passe en moins d’un pont qu’il n’en faut pour le faire d’une ballade douce à un rock endiablé par des houhouhous. De même pour "Natural man" et "Radio Orlando" qui font revivre Jeff Mangum. Exemplaire.
En bref : un pur disque pop complexe, coloré et entêtant. Aucun revival, aucun avant-gardisme, simplement dix chansons ni trop simples ni trop barrées qui atteignent systématiquement leurs cibles. Chapeau et replay.
Les voix de la Poste sont impénétrables. A l’origine, j’aurais dû vous parler de ce disque il y a quelques mois. La messagerie hexagonale faisant son œuvre, ce n’est qu’aujourd’hui que je peux enfin saluer cette très belle compilation réalisée sous les auspices du promoteur musical Phunk et de son équipe. Il est rare de ménager dans nos lignes une place pour ce type de travail d’assemblage mais il est fait preuve ici d’un tel de bon goût et d’une telle cohérence que le cap n’aura pas été dur à franchir. Pour une fois.
Peu de noms connus figurent au dos de la jaquette hormis les jeunes Passion Pit et leur réussi « I’ve got your number » extrait de leur non moins réussi premier EP Chunk of change. Vous l’aurez compris à la seule évocation de ce nom – légèrement discrédité je l’avoue par un album plus que décevant – Phunk s’est attelée à dénicher une vingtaine d’hymnes (en devenir) de notre époque réunis sous l’appellation de « pop hybride ». La sélection flirte parfois avec le fluo et l’électro-pop clinquante, je ne pourrai dire le contraire, mais réserve bon nombre de belles découvertes.
Ainsi en est-il de Yes Giantless, trio de pop synthétique bostonien, en ouverture du disque. Gavé de synthétiseurs saturés et d’arrangements électroniques, leur édulcoré « Tuff n’ stuff », finalement léger quoique massivement instrumenté, atteint aussitôt sa cible. Sans aucun doute, le premier contact est positif. Le clou est enfoncé avec les Australiens de BMX et un second titre tout aussi synthé pop que le précédent mais propulsé ici pour des basses électroniques charnues et délicieusement rondes.
Répondant sans conteste à son objectif de réunir des morceaux de pop dite « hybride », Phunk ménage un large espace aux mélanges et fusions. Sont ainsi convoquées des influences italo disco avec les New-yorkais de Golden Filter, folk rock avec leurs voisins The Antlers ou encore punkisantes avec le gang de San Diego The Soft Pack. Beaucoup de bonnes pioches au fil des 18 titres en présence et finalement très peu de déchets. On pourra donc se laisser aller à affirmer sans hésitation que la sélection est simplement excellente et bien plus que cela, érudite.
La liste des petites bombes qui émaillent le disque pourrait être longue. Néanmoins, il semble impensable de ne pas mentionner une belle volée de noms et de signaler à votre attention autant de talents prometteurs. Parmi eux, je citerai volontiers le trio britannique de Où est le swimming pool (!) et sa pop électronique sombre façon Fischerspooner, le duo Néo-Zélandais Little pictures et sa balade caoutchouteuse « The House can’t fit at all » et enfin l’exploration merriweatherienne des deux poètes de l’Ontario de Teengirl Fantasy. Comme lors d’une cérémonie de remerciement, je ne pourrai oublier de saluer le Montréalais CFCF qui nous pond un titre instrumental magnifique en forme de pop électronique progressive. Je n'en jetterai plus, pas de temps à perdre, précipitez-vous immédiatement sur cette sublime compile !
En bref : La savante équipe du promoteur musical parisien Phunk s'illustre dans l'exercice de la compilation. Perfusée de multiples influences, une sélection pointue de mini-bombes pop contemporaines, sorte d'histoire technicolor du temps présent.
En faisant mes traditionnelles recherches documentaires pour vous parler de ce nouvel album, je me suis rendu sur le site du label Benbecula, qui abrite Ochre (depuis 2006 et son splendide Lemodie) et nous a fait découvrir des artistes électronica, ambient ou folk comme Christ ou Birdengine. Et j’y ai appris une bien mauvaise nouvelle : la maison écossaise fermera définitivement ses portes en novembre prochain, 10 ans exactement après la parution de son premier CDR. Très certainement victime de sa discrétion et de son exigence, c’est tout simplement l’un des meilleurs labels du genre (et l’un des préférés du regretté John Peel) qui va disparaître. Ce qui fait de Like Dust of the Balance, paru le 20 juillet, une sorte de testament du son Benbecula.
On entre dans ce quatrième album de Chris Leary par une simili-séance d’accordage d’un orchestre symphonique, vite absorbée par de redoutables vrilles rythmiques qui rappellent d’emblée d’autres laborantins british tels que Squarepusher ou Boards of Canada. La présence quasi-permanente des instruments à cordes (de la harpe à la mandoline en passant par le violon) évoque un autre pôle d’influences : celui de la musique classique. Comment ne pas songer à Saint-Saens, Fauré ou Debussy à l’écoute du petit bijou impressionniste qu’est “Napolese” ? On est en tout cas bien loin de l’électronica au kilomètre que certains softwares permettent de réaliser en deux temps, trois mouvements. Pas moins de trois années ont d’ailleurs été nécessaires au pointilleux musicien de Newcastle pour finaliser ce disque en compagnie de Benet Walsh, multi-instrumentiste surdoué et collaborateur, entre autres, du duo Plaid sur certaines de ses meilleures prods.
Boîtes à rythmes torturées, nappes d’outre-tombe, murmures et chuchotements : toute la panoplie de l’électronica “à l’ancienne” est mise au service de compositions d’une délicate étrangeté, au potentiel cinématographique évident. Aucun titre ne se détache clairement du lot, même si les flûtes et les guitares hispanisantes de “Raido” retiennent l’attention dès la première écoute. En tout cas, Ochre nous livre un disque très personnel, intimiste et fragile, propice aux nuits d’insomnie, qui ne dépareillerait pas dans le catalogue de Warp.
En bref : si vous aimez Plaid et Boards Of Canada, il y a de grandes chances pour que l’électronica pointilleuse d’Ochre, avec ses rythmiques brisées et ses mélodies en suspension, ne vous laisse pas indifférent.
Jack White, jamais à court d'idées ni d'activités, s'acoquine avec la sulfureuse Alison Mosshart, chanteuse des Kills, ainsi qu'avec un QOTSA et un Raconteurs, pour les besoins de cet album dont le premier mérite est de se démarquer de leurs groupes respectifs.
En effet, ce disque aride et plutôt novateur, s'il reprend brièvement, en certaines occasions les climats à la Kills ou White Stripes, n'en garde surtout que le côté "près de l'os" qui caractérise leurs sorties respectives.
Partant d'une trame blues, The Dead Weather malmènent celui-ci, parfois à la manière méchamment funky d'un Jon Spencer ("Treat me like your mother", "Cut like a buffalo"), soit dans cette même veine mais avec la verve d'un Rage Against The Machine ("Treat me like your mother", encore), par le biais des choeurs quasi rappés de Jack White et d'une accélération rythmique dotée d'un court solo à la Tom Morello.
Sur "Hang you out from the heaven", des scories du génial "Midnight boom" des Kills s'offrent à l'auditeur, tandis que des morceaux comme "So feet tall" ou "So far from your weapon" exhalent des ambiances bluesy du meilleur effet, tourmentée pour le premier, plus apaisée pour le second.
Cette première partie d'album est donc une réussite, que vient confirmer la suite. Dès "Rocking horse", ce blues malsain, tout en retenue, qu'on sent sur le point d'imploser, fait à nouveau son oeuvre et s'embarque dans une envolée électrifiée remarquable, mise en valeur par un gimmick de basse plus qu'efficace et le chant d'Alison, aussi félin que vindicatif ou encanaillé.
Un morceau massif, l'excellent "New pony", fait ensuite son apparition et impose un riff maousse et des saccades rythmiques d'un apport certain, auxquelles se joignent des guitares triturées et complètement jouissives. Puis c'est le trépidant "Bone house", doté comme nombre de ses prédécesseurs de guitares divines, dont l'association avec l'organe vocal de la donzelle des Killls suffit à rendre la chanson captivante (sans oublier, c'est à souligner, l'oeuvre d'une rythmique implacable) poursuivant ainsi le festival sonore et stylistique. The Dead Weather, s'il évoque tantôt certaines références, semble créer ici un style qui lui est propre et qui, de plus, génère un résultat brillant J'en veux pour preuve "3 birds", instrumental intriguant aussi spatial qu'agité, qui démontre de façon définitive l'originalité du groupe et son ingéniosité.
Passés ces neuf titres probants, il nous reste alors deux morceaux à nous mettre sous la dent et là encore, The Dead Weather frape fort avec "No hassle night", titre bluesy doté d'un break aussi court que marquant et de vagues électrifiées significatives, puis un "Will there be enough water?" posé et porteur d'une grande classe, d'une sobriété exemplaire. Une fin plutôt tanquille donc, magnifiée par la guitare acoustique du sieur White, qui clôt superbement un opus dont le contenu appelle forcément une suite et trouvera une place de choix au moment de dresser le bilan 2009 et d'instaurer les classements liés à nos préférences discographiques.
En bref : un side-project concluant, une fois n'est pas coutume, et un album amené à faire date, de par son contenu et son côté novateur tout en restant parfaitement cohérent.
On avait laissé Colin Meloy et sa bande en 2006 sur le moyen The Craned Wife, on l’avait par contre beaucoup apprécié sur Picaresque, et on savait qu’il ne reviendrait pas en 2009 là où on l’attendait. Ce serait trop facile. Les Decemberists ont choisi pour leur retour un disque radical, que l’on suit avec passion ou que l’on rejette avec force. Un opéra rock en 2009, vraiment ? Risqué, prétentieux, anachronique, le choix du songwritteur est en tout cas remarquable. A une heure où l’aléatoire et le zapping sont légion, The Hazards Of Love ne peut s’écouter que comme un film, du début à la fin, de préférence avec chaîne hi-fi poussée dans ses derniers retranchements. Avec le goût qu’on lui connait pour la narration ("The mariner’s revenge song") Meloy construit une épopée intense et sans coupure, entre ballade folk doucereuses et déchaînements électriques monstrueux. Soit un génie, soit un Tommy.
L’histoire, un amour impossible entre Margaret, jeune villageoise interprétée par Becky Stark, et William, créature mystérieuse des bois, forcément jouée par Colin. D’autres personnages peuvent intervenir dans cette odyssée, comme la reine de la forêt alias Shara Worden de My Brightest Diamond. L’équipe au complet et aidée par quelques membre de My Morning Jacket, le concept album à l’ancienne peut commencer.
Un thème, "The hazards of love", que l’on retrouve plus de quatre fois dans le disque, reliés les uns aux autres par des enchaînements travaillés qui prennent leur temps (une heure pour 17 titres). Eh ça commence sec avec la sinistre monté d’orgue introductive. Lumineuse et tragique à la fois, elle plante le cadre de ce conte musical en mode crescendo jusqu’à la fin. "A brower scene", première salve de guitares électriques évoque d’emblée les papas Led Zeppelin et Fairport Convention. Des influences anglaises pour un groupe de Portland, où va le monde se dit-on.
Aussi à l’aise dans la douceur du picking acoustique ("Isn’t a lovely night ?") touché par la grâce (et un final en pedal steel) que dans le déchaînement de fureur "The wanting comes in waves / repaid" pièce maîtresse et centrale, véritable morceau de bravoure progressif de plus de six minutes, avec cordes orchestrales et chœurs d’enfants. Le riff de guitare à 1’45" donne froid dans le dos si vous avez des watts chez vous. De même, les interventions féminines y sont toujours de bon aloi. Les amateurs de White Stripes et autres Black Mountain devraient également apprécier.
Sans cesse proches de l’excès, ou en plein dedans selon l’humeur, les Decemberists étalent en tous cas l’étendue de leur talent sur un paquet de titres passionnants, qu’on aime ou qu’on déteste. Personnellement il m’a fallu de très nombreuses écoutes (depuis mars) pour y rentrer. Mais rien que pour la section rythmique de "The rake’s song", "The Queen’s rebuke/The crossing" ou "The abduction of Margaret", ça vaut le coup.
En bref : amateurs de romantisme démesuré sur fond de heavy folk britannique joué par des américains : sortez du rang. Les autres : rompez.
Avec cette chronique très juste de la dernière pièce montée de Jens Lekman, Ju me replonge sans le vouloir dans mes trésors de pop suédoise (...oui d'accord, je ne les ai jamais quittés). Frida Hyvönen a atteint l'an passé, exactement comme ce cher Jens en 2007, des sommets de pop orchestrée avec le mélodramatique Silence Is Wild sorti comme par hasard sur le même label Secretly Canadian. Sur cet « album au cheval » (cf la pochette), Frida Hyvönen se livre au même « numéro d'équilibriste » (dixit Ju) vocal et stylistique que son compatriote : on y retrouve le même sens du patchwork, le même goût pour le mielleux, la même grandiloquence, et surtout la même excellence dans l'écriture. Mais à ceux que la guimauve écœure, à ceux qui n'aiment pas que l'on joue avec le feu (=le kitsch en langue indie), je propose un retour au moment où Frida est apparue sur la « scène », dans des atours bien plus minimalistes.
2005 en Suède, un an de retard dans le reste du monde donc, c'est « l'album au piano », Until Death Comes. L'album est comme son titre, sec comme un coup de trique. Une demie heure à tout casser, d'un minimalisme à la limite de la violence. La griffure d'une Lucio Fontana qui croirait dur comme fer en sa toile. Frida ne semble pas très bonne pianiste. La main est maladroite, et le pied donne de grand coups de pédales. Et on entendra que ça, où presque : des à-coups de piano, des silences et des coups donnés sur les pédales. Au contraire, le chant, lui, est tout à fait précis, parfaitement bien placé sur des mélodies finement écrites. Et le choc est là déjà, entre la voix et l'instrument.
Ainsi commence Until Death Comes : dans le piano-folk métronomique de "I Drive my friend" et "Djuna!". Ensuite, "You never get me right" et "Once I was a serene teenaged child" frappent là où ça fait mal. Frida est l'héroïne schnitzlérienne du polaroïd de couverture, névrosée jusqu'aux cheveux, dont la névrose nourrit les chansons plus qu'elle ne s'y exhibe. Plus apaisés, les "Valerie", "N.Y.", et "Straight thin line" sont si bien écrites et interprétées qu'elles réussissent la prouesse de nous faire accepter leurs envolées lyriques, de celles qui inspireront tant Frida par la suite, dans « l'album au caniche » (la bande-son d'une pièce de danse contemporaine, Pudel, 2007), et l'ambitieux Silence is wild. Elles sont ici toujours contrebalancées par la sécheresse de l'instrumentation. Frida double sa voix sur le refrain de "The Modern" : cette seule voix donne toute son étrangeté à la chanson (et la replace par ailleurs dans le contexte d'une scène suédoise : cette voix enfantine façon Stina Nordenstam va bientôt devenir un cliché).
Pour Frida Hyvönen en 2005, les idées les plus simples sont les meilleures. En 2008, elle appliquera le principe diamétralement opposé avec tout autant de réussite. Mais pour le moment, Until Death Comes joue l'austérité. Et dans un tel contexte, "Come another night" impressionne à sa manière : avec trois fois rien, Frida Hyvönen se paie le luxe d'une chanson pop sixties et rhythm 'n' blues lumineuse, avec climax de cuivres à la clé. Et achève de nous émouvoir. Cela pourrait déjà être la fin, au bout de vingt minutes. Mais non : discrètement, "Come another night" contamine les dix dernières minutes. "N.Y.", "The Modern", et "Straight thin line" acceptent une instrumentation (à peine) plus riche, et des mélodies plus mielleuses. A ses radicaux débuts déjà, Frida Hyvönen joue avec le plus et le moins, avec la douceur et la sécheresse, et ce avec une étonnante réussite.
En bref: de la pop rachitique, dont les notes de piano sont si sèches que, malgré la fluidité des mélodies, elles s'embrasent et se consument en moins de 30 minutes.
Non, je ne vous lâcherai pas avant de vous avoir présenté l’intégrale de la famille Elephant 6. Eh si Beulah et son patronyme sorti de nulle part ne sont pas forcément les plus connus ni les plus intéressants du lot, ils ne sont pas pour autant à occulter. Simplement parce qu’on se trouve en face d’un groupe sans aucune prétention (splitté en 2004 d’ailleurs) dont le seul souci est de livrer une délicieuse pop rétrograde tout droit débarquée des 60’s, le tout dans une bonne humeur hautement communicative.
Flashback, nous sommes à San Francisco, en 1997, les deux amis Miles Kurosky et Bill Swan travaillent encore ensembles au tri postal lorsque la branche West-Coast du collectif psyché les signe (ainsi que cinq autres larrons) pour un premier album intitulé Handsome Western States. Pop à l’ancienne, sans électronique ni sample, tout juste avec quelques cuivres, l’insouciance est dans l’air. Deux ans plus tard, en 1999, le septet sort When Your Hearstrings Break. On y retrouve encore ces guitares gentiment saturées, ces mélodies efficaces et ces refrains acidulés rappelant pour certains les Flaming Lips, Cake ou encore Of Montréal.
Petit tour par la maison de disques Shifty Disco (le plus psyché des labels anglais), et le 11 septembre 2001 (oups !) sort ce troisième et avant-dernier album avant Yoko en 2003. Dès le morceau introductif "Hello resorven" les bases sont données. Une influence évidente, presque une cover du tube de 1969 "You showed me" des Turtles (écoutez vous verrez). Du pur rock indé teinté côte ouest, réalisé sans drogues, aux voix délicieuses et aux arrangements Beach Boyesques ("Hey brother"). On y trouve aussi du cuivre, comme sur "Silver lining" qui sonnerait presque comme un bon vieux Smash Mouth (souvenez-vous). D’autres titres comme "Gene Autry" et son utilisation inattendue des cloches, ou encore le baroque "A good man is easy to kill" méritent l’attention. Ce dernier morceau donne d’ailleurs son nom à l’intéressant dvd retraçant la trop courte histoire du groupe intitulé "A good band is easy to kill". Sans doute.
En bref : anecdotique plus qu’indispensable, un disque de pop à l’ancienne naïf et frais non exempt de qualités.
Le ciel commence à gronder lorsque la faune indé Bordelaise au grand complet s’engouffre dans la petite cave du St Ex. Tout le monde s’est donné rendez-vous pour honorer la prestigieuse venue d’un artiste immense, j’ai nommé le New-Yorkais Jeffrey Lewis et son groupe The Junkyard, véritable pape de l’anti-folk - si ce terme veut encore dire quelque chose. Mais avant cela, et afin de se chauffer les oreilles et les guiboles, l’asso Allez Les Filles nous avait préparé deux hors d’œuvre de choix, le combo Bordelais power pop Victory Hall, et Pikelet, une amie Australienne de Jeffrey qui donne davantage dans la pop ambiante bricolée.
Et ça commence fort avec le quatuor Victory Hall au complet. Formé par les membres de Calc et Pull, le groupe déroule son premier album The Dull Commando’s Merchendise avec une décontraction et un entrain contagieux. C’est l’occasion surtout et encore une fois de constater que Julien Pras est tout simplement le meilleur songwritteur français. Chaque mélodie, chaque riff, chaque coup de baguette s’inscrivent dans une logique so 90’s, reprenant le meilleur de Pavement ou Dinosaur Jr. Et si les quatre amis manquent de pratique pour complètement calibrer leur show, c’est pour mieux faire ressortir ce côté branleur, qui colle finalement parfaitement au genre. On en redemande et on attend toujours la consécration.
La jeune et stylée Pikelet prend donc le relai dans une veine totalement différente. Armée de sa guitare sèche, d’un mélodica, d’un léger clavier ou de percus, elle raconte ses histoires avec une belle efficacité, dans une douceur qui tranche sévèrement avec le groupe précédent. Appelons cela une pause, et surtout une occasion de découvrir une artiste Australienne indépendante dont nous n’aurions jamais entendu parler autrement.
C’est à présent l’heure d’accueillir Jeffrey Lewis et les Junkyard (en fait son frère Jack, qui co-écrit quelques chansons, et à la batterie un ami également prénommé Jeff). Ancien des Moldy Peaches, ami d’Herman Düne, le bricoleur Jeffrey est là pour présenter son excellent quatrième (cinquième si l’on compte son disque de reprise des Crass) album Em are I. Toujours autant inspiré par Daniel Johnston, bourré d’humour, il dresse des portraits au vitriol d’une Amérique qui semble différente dans sa bouche. Tantôt grinçant, tantôt nostalgique, ce fan et auteur de comic books dégage une bonne humeur communicative des plus agréables. Les nouveaux morceaux "Slogans", "To be objectified" ou "Roll bus roll" passent admirablement bien l’épreuve du live, tout comme la plus ancienne et explicite "The last time I did acid I went insane". Pikelet revient par moment pousser la voix aux côtés du band, Jeffrey nous offre une superbe séance de - comment appeler ça - lecture de bd géante en chanson, et son frère Jack termine le concert par une relecture très personnelle du "They don't care about us" de Michaël Jackson.
Une fois de plus, je sors de là le sourire aux lèvres, me rendant compte de la chance hors norme que nous avons de pouvoir encore assister en 2009 à ce genre de concerts, et ce à deux pas de chez soi pour un prix dérisoire.
B comme BoxSons, blog dédié à la musique et à ses acteurs, met ce mois-ci Des oreilles dans Babylone à l’honneur dans le cadre d’une interview à laquelle je me suis fait un plaisir de répondre. Je vous invite en conséquence à faire un petit tour sur ce site fort intéressant où vous en apprendrez certainement sur « la musique, le fric et les gens autour » comme dit son sous-titre.
Découvert sur le tard pour ma part, ce jeune premier Suédois signé chez Secretly Canadian. Un hasard que l’on n’explique pas, un album qui atterrit Dieu sait comment dans mon Mp3 de vacances (et pour lequel je ferai le rapprochement bien plus tard avec la pochette que je connaissais déjà et qui m’intriguais) et c’est parti pour 51 minutes de pop néoromantique à l’instrumentation grandiloquente.
Pas besoin de chercher longtemps, le séducteur de Göteborg est déjà bien établi sur la toile. A son actif on compte déjà un nombre incalculable de Cd-r faits maison, des Ep distribués à tout-va, et un premier album bien plus sobre en 2004, When I Wanted To Be Your Dog. On a même entendu un temps qu’il souhaitait arrêter la musique. Quelle blague quand on découvre le talent sans fin que possède le garçon. Autant demander à la pluie d’arrêter de mouiller.
Toujours est-il qu’il revient en 2007 avec ce disque issu d’une première expérience studio à priori traumatisante. Plus habitué à l’intimité de sa chambre qu’à la froideur des salles d’enregistrement, le Jens est très sensible, il a des frustrations, des crises identitaires, mais il se prête finalement au jeu. Le résultat ? Des trésors d’inventivité orchestrale, des mélodies easy listening à chaque coin de rue, et surtout cette voix de crooner identifiable parmi mille autres.
Spécialiste des samples introuvables et des reprises obscures (The Avalanches, The Left Banke, Moondog, The Television Personalities…), Jens se fait un malin plaisir à inclure toutes sortes d’effets (faux craquements de vinyle, samples de lui-même à l’âge de 5 ans) autour de sa voix de baryton, claire et haut perchée. Tapis de cordes, trompette, saxophone, trombone, la parfaite panoplie d’une pop élégante façon Croisière s’amuse, ("If I could cry I would feel like this" très Roy Ayers) toujours à la limite du kitsch, certainement en mode hors-piste pour certains diabétiques.
Dès l’ouverture de "And I remember every kiss" Jens déroule le tapis rouge sur un sample de Jerry Goldsmith. Notons également "Your arms around me" qui peut faire office de parfait petit single, la ballade romantique so 60’s (et so Belle & Sebastien) "Shirin" ou encore "I’m leaving you because I don’t love you" (sic) et ses trois notes de piano. En fait chacun des douze titres est suffisamment réussi pour mériter sa ligne, même ce "Kanske ar jag kar I dig" façon Timbaland qui n’a donc à priori rien à voir et pourtant. Même El Perro Del Mar y met de son chœur sur le mielleux "A postcard to Nina" avant de laisser sa place à sa compatriote Frida Hyvönen.
En bref : un numéro d’équilibriste nordiste dans une veine intemporelle. On adore ou on déteste.
Les yeux rivés vers le ciel, scrutant avec appréhension le moindre nuage suspect qui ne serait pas à sa place, c’est méfiants et équipés pour la pluie que se sont rués en masse les tout de même 18.000 spectateurs de cette Garden Nef Party troisième du nom. Après deux éditons plus que réussies propulsant le festival angoumoisin au rang des tous meilleurs français, tant dans l’organisation que dans la programmation (peut-être encore plus pointue que l’an passée), celle-ci s’est finalement déroulée sans trop d’encombres.
Découverte du site, poignées de mains, acquisition du gobelet salvateur, tout juste le temps d’être à l’heure pour la prestation Phoenixienne que j’avais raté à Barcelone. Eh là désolé Nickx, mais le plus international de nos groupes français ne m’a toujours pas convaincu. Rock à midinettes tout juste efficace, Phoenix s’il sonne bon les années 90 ne peut avoir d’autre ambition selon moi que d’atteindre le niveau d’un Nada Surf au meilleur de sa forme. Pas mieux. Quant à Ghinzu, c’est un peu le même combat avec un côté encore ultra grandiloquent et poseur. Mais enfin, on aime l’ambiance belge qui rappelle tant dEUS, Mud Flow, Girls In Hawaii et consorts.
A peine plus tard, c’est déjà l’heure de la tête d’affiche de cette Garden. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que de l’eau a coulé sous les ponts depuis la première fois où nous avions vu les Franz Ferdinand jouer en comité réduit dans une petite salle montpelliéraine. Le prospectus ne se trompe pas, les FF sont les Kinks d’aujourd’hui. Qu’on le veuille ou non. Le quartet de Glasgow a pris du galon et sort l’artillerie lourde sur un répertoire pas si évident que ça, donnant la part belle aux trois albums et démontrant aux plus aigris que derrière Alex Kapranos se cachent trois excellents musicos, à commencer par le batteur qui tire largement sa baguette du lot, et par la même le groupe vers le haut.
Un peu plus tard pas de surprise, ceux qui attendaient encore quelque chose de Vitalic en mode silencieux depuis quelques temps ont été cueillis par une douche froide. Déjà l’installation de ces miroirs / néons était fastidieuse, mais alors que dire de sa musique ? Poum tchak poum tchak poum tchak jusqu’à plus soif. La céphalée l’emporte.
Le lendemain et c’est déjà la dernière ligne droite (eh oui c’est ça un festival sur deux jours). Le public est toujours là, déambulant d’une scène à l’autre (eh oui c’est ça un festival sur deux scènes). Mon équipe et moi (la famille, les potes, Longueur d’ondes, Allomusic) on s’est dit qu’on allait peut-être aller voir des concerts sur la petite scène parce que la veille on l’avait plutôt joué mainstream. Bonne idée puisque je découvre John & Jehn, agréable duo local installé à Londres, Zone Libre Vs Casey, supergroupe français à la Rage (et très belle ouverture du rock au hip-hop) et The Jim Jones Revue, tout simplement parfait et qui nous rappelle par là même ce que c’est finalement que le rock’n’roll.
Côté grande scène, Mix Master Mike et son mix orgiaque nous font agréablement passer la pilule Santigold, absente de dernière minute pour cause d’angine. On oublie Papier Tigre également pour tous se mettre d’accord sur le fait que Cold War Kids c’est chiant. Ils ont l’air sympas et tout, mais c’est chiant. Par contre le couple The Ting Tings est une excellente surprise. Très électrobubblegumpop, mais diablement efficace. "That’s not my name" est d’ailleurs un sacré morceau de scène. Le bibendum Gossip leur emboîte la pas et livre un show beaucoup plus sage qu’à l’accoutumé, et on se dit que finalement c’est beaucoup plus un groupe à voir qu’à entendre. Heureusement l’énergie sauve des chansons qui finissent par tourner en rond.
Enfin, last but not least, quelqu’un que je n’attendais pas forcément allait nous retourner le cerveau. Mr Etienne de Crecy, non content de se targuer d’être l’un des pères fondateurs de la French Touch est encore un Dj monumental dont les beats transperceraient les tympans d’un sourd. Ajoutez à cela une recherche dans le spectacle constitué d’un Rubik’s cube géant (6m sur 6), tout illuminé et animé on ne sait comment, Etienne au centre (et donc surélevé), et c’est un plaisir de chaque seconde pour les yeux et les oreilles. Nous sommes bouches bée. Quelle plus belle façon de terminer ce festival ?
Si une météo et un contexte économique défavorables ont certainement été la cause des quelques milliers de festivaliers en moins par rapport à l’an dernier, l’intérêt pour les musiques indépendantes et alternatives est néanmoins toujours présent. C’est d’ailleurs peut-être ce qui sauve O Spectacles l’organisateur de l’événement qui assume à lui seul le déficit engendré, car oui, la GNP ne rentre pas dans ses frais, comme bien d’autres festivals actuels d’ailleurs, remettant ainsi en cause un fonctionnement à hauteur de 83% de recettes propres ( !) basé sur le bénévolat (au nombre de 360). Gageons que d’ici l’an prochain les choses devraient bien évoluer à ce sujet.
Compte-tenu de la densité de l'affiche du festival, je ne vous proposerai dans ce compte-rendu qu'une perspective sur ces Eurockéennes de Belfort. Et puisque dans ce genre de grand festival, tout est question de choix personnels, je dois dire que j'en suis venu à me demander si j'y avais fait les bons, tant cette édition fut tristounette. Dès l'annonce de l'affiche déjà, il y avait légère déception. Le festival commençait à nous habituer à son ambition défricheuse, en programmant sous d'énormes têtes d'affiches des petits noms absolument pertinents, avec un sens de l'actualité et de l'anticipation tout à fait louable. Comme pour les crus, il faut certainement en vouloir à de nombreux aléas extérieurs. Mais pour un festival dont les programmateurs affirment tenir la prestation live pour principal critère de sélection, cette 21ème édition fut, oui, bien décevante.
Tout commençait pourtant plutôt bien avec le set de Yeah Yeah Yeahs venus présenter leur tout nouvel album et leur tout nouveau clavier. Une crainte disparaît : Karen O ne donne aujourd'hui plus tant dans le cri de truie que dans le chant véritable. Et entre les coups de punks, le groupe démontre en plusieurs morceaux (dont "Runaway" et "Way out") que Yeah Yeah Yeahs c'est aussi, et aussi étonnant que cela puisse paraître, de belles chansons pop. Mais les choses se gâtent avec The Kills, dont le concert est, à l'image de leur arrivée sur scène, ridicule d'attitude « rock'n'roll ». A force de prendre des poses pour un shooting de mode fantasmé, le duo enlève toute consistance à leur concert. Le lendemain, je me dis que j'ai déjà vu le Strasbourgeois Lauter plus convaincant, puis ne me remets pas de l'amertume que me vaut le concert de mes chouchous Peter Bjorn & John. Le trio n'essaie même pas de tirer parti de l'énergie sèche de leur dernier album Living Thing, et livre un set en guitares où seul le pantin bronzé aux UV Peter Morén semble s'amuser. Le génie de studio Bjorn Ytlling s'endort, et le public, une fois passé le tube attendu ("Young Folks"), quitte le chapiteau. Après un tel dépit, j'en viens même à mettre de grandes espérances en La Roux, avec qui, on s'en rend compte lorsque commence ce concert assez mollasson, le cool atteint les limites du mauvais goût. Tout comme chez Kanye West d'ailleurs, dont la voix autotunée agace au plus haut point., malgré d'énormes sons de synthé putassiers (mmmh).
S'ajoute à cela quelques incohérences dans le planning, qui ne semble pas tenir compte des paramètres de luminosité. Programmer Alela Diane en pleine nuit entre deux concerts rocks, c'est prendre le risque de décourager des spectateurs, et de créer un choc esthétique qui joue en défaveur de la folkeuse. De même, l'excellent concert soooo Neue Deutsche Welle des allemands de Schwefelgelb aurait gagné à être programmé de nuit. Je me pose donc la question de l'efficacité de ces repérages Eurocks. Puisqu'ils sont de plus en plus pointus et exigeants, ne pourrait-on pas les mélanger au reste de la programmation ?
Alors au final, ceux qui tirent leur épingle du jeu, ce sont les attendus Passion Pit. Ils devaient être les MGMT de 2009, leur inégal Manners a prouvé au contraire qu'ils resteraient en deçà. Mais sur scène, il s'en sortent en réalité mieux que la gloire de l'an passé à qui on les a étrangement comparés. Notons également la brutalité salvatrice de Kap Bambino, le beau voyage dans le temps proposé par le shoegaze de The Pains of Being Pure at Heart, et surtout la découverte des australiens de Sleepy Sun, mené par une sorte de jeune Bobby Gillespie habité, et dont le concert de rock psychédélique 70's était parfait. Rendez-vous l'an prochain.
Les vidéos de la plupart des concerts sont en ligne sur le site du festival.
"Un mur du son infranchissable", "Du garage soft speedé", "Habile mélange de flux électrique et de filtres déformant", " Incendiaire !", les mots n’ont pas manqué pour accueillir Young Virgin Ep le premier 45 tours du combo bordelais Polar Strong. Surtout quand l’objet est mis en boîte par le plus indépendant des labels hollandais, A Fistful Of Record, poussant l’intégrité jusqu’à ne sortir qu’en vinyle (éditions limités numérotés à la main) des premiers 45 tours d’artistes garage émergeants, pour les laisser filer ensuite (Jeff Novak notamment).
En partenariat avec Babylone Promotion, Dodb a décidé de vous faire gagner 5 exemplaires de ces vinyles rarissimes. Pour cela il suffit de répondre à cette question :
Jeff Novak est le leader d’un groupe chroniqué sur Dodb, lequel ?
et d’envoyer votre réponse et vos coordonnées à contact@desoreillesdansbabylone.com avant le 15 août, avec l’intitulé "Concours Polar Strong" dans l’intitulé du message. Bonne chance à tous.
Dieu seul sait pourquoi, j’avais complètement omis l’an passé de vous parler de ce passionnant duo originaire de San Francisco alors que Visiter son deuxième opus après un anecdotique Beware Of The Maniacs en 2006 m’avait occupé les oreilles quelques paires d’heures. A ne pas confondre avec les plus sages Toulousains The Dodoz avec un Z comme Zorro, le binôme formé par le chanteur guitariste touche-à-tout Meric Long et le percussionniste de haute précision Logan Kroeber fait partie de ces formations folk-freaks qui expérimentent. En positionnant dans une complicité maîtrisée les percussions acoustiques sur un même pied d’égalité que les fingerpickings de guitare, les deux drôles d’animaux atteignent assez vite une sorte de transe afro-folk extrêmement riche et mélodique. C’était évident sur Visiter, ça l’est peut-être encore plus sur Time To Die. Retour en deux actes sur l’élaboration de ce prototype pop-folk déjà cher à Islands, Yeasayer, et bien entendu Animal Collective.
Nous sommes en 2008, deux amis hirsutes un peu foldingues décident de remettre au goût du jour le power duo minimaliste en plaçant la guitare au centre de l’album et en l’accompagnant de percussions africaines quasi kraut-rock. Au bout du compte, sans vraiment avoir fait exprès, les Dodos pondent 14 titres extraordinaires tout de même notés 8.5 chez nos amis Pichefolk. Utilisant différents accordements, des arrangements camouflés et un mixage de qualité (l’écoute au casque donne évidemment le tournis), ce disque en deux parties est porteur d’une jolie ferveur infectieuse. Il n’y a qu’à écouter, allez au hasard, "Fools", pour se sentir entraîné par des morceaux affichant une bonne vitesse au compteur, plutôt rare pour du folk expérimental.
Sur "Joe’s Waltz" il ne faut pas aller chercher bien loin pour retrouver la filiation Animal Collective. On y trouve des moments abstraits et primitifs, mais aussi des moments de fulgurance électrique (à 4’40"). Un peu plus tard il ne faut pas s’étonner si l’on trouve mandoline (un "Winter" d’anthologie), glockenspiel, toy piano, basse fuzzy ou encore harmonies féminines. Economie de moyens Ok, mais à aucun moment on ne fait l’impasse sur les idées mélodiques. Il y a définitivement peu de ratés sur ce disque qui emprunte autant à Akron/Family ("Jodi") qu’à Sufjan Stevens ("The season") en passant par les séminaux Magnetic Fields (l’énorme "Paint the rust"). Un coup de maître !
A peine un an plus tard, et en septembre prochain sur nos terres tricolores (le 15), ils sont de retour en mode trio cette fois-ci, s’étant octroyé les talents de Keaton Snyder, vibraphoniste électrique émérite. Un instrument en plus qui fait sonner la bande davantage comme un groupe. Et à l’écoute de ce nouvel opus une chose est sûre : on y retrouve beaucoup d’ambition et de production. Côté manettes, c’est Mr Phil Ek qui s’y colle. Largement connu et reconnu pour ses collaborations avec Built to Spill, The Shins, Fleet Foxes ou encore Band Of Horses, il est pour beaucoup l’auteur de cette "renaissance" du groupe (pas mal pour un Time To Die). Là ou en 2008 on pouvait encore prendre The Dodos pour une sympathique formation lo-fi communautaire, en 2009 on en est bien loin et nos deux (allez, trois) gentils oiseaux sont dorénavant au niveau de Grizzly Bear par exemple.
C’est flagrant sur "Longform", tant dans la voix que sur les arrangements luxuriants. Egalement sur "Fables" au doux refrain destructeur. Si les titres sont toujours aussi longs (entre 4 et 6 minutes en moyenne), ils sont en revanche bien moins nombreux (9 contre 14 sur Visiter). Manque d’inspiration ou volonté de revenir à un format d’album plus court et plus direct ? Pour ma part je n’ai aucun doute, spécialement à l’écoute de "Two medicines" l’un des sommets de ce nouveau disque, à la fois carillonnant, créatif et maîtrisé, et mené à une cadence des plus entraînante. Peut-être peut-on seulement être déçu par une fin d’album un peu sage, et un certain polissage de l’ensemble sonnant beaucoup moins fanfare chamanique qu’avant, sans doute le prix à payer sur le chemin de la professionnalisation.
En bref : en provenance de San Francisco, deux puis trois drôles d’oiseaux encore en plein apprentissage de leurs moyens livrent en seulement deux ans deux albums de proto folk denses et excitants dont on attend le successeur (disons en 2010 ?) avec impatience. A découvrir d’urgence si vous appréciez les noms cités plus haut.