Vous connaissez certainement le rap punk et franchouillard des Svinkels. Gérard Baste et ses accolytes, sans DJ Pone parti convoler avec Birdy Nam Nam, étaient de passage cet été à Lyon dans le cadre du Festival Woodstower. Jean-Baptiste Fribourg, alias Frib', agité du micro et créateur compulsif de sons en tous genres, accompagné de Raphaël Boutin, dit Bout' the rock, ont coincé le rappeur en backstage pour réaliser une petite interview sonore décontractée à même la pelouse. Histoire d'évoquer le rap français et le dernier opus des Svinkels, Dirtycentre, sorti cette année. Attention aux limaces sur le micro !
Après le très synthétique Aerius Light et les hymnes daft-punkiens ultra-saturés de Trop Laser, le kid parisien DatA, tout juste 22 ans, revient avec un troisième maxi, Rapture. Pour ce projet, qui annonce la venue d'un album courant octobre, David Guillon, c'est son nom, s'est associé à Sébastien Grainger, chanteur habité et torturé des Death from above 1979, groupe aujourd'hui splitté. Sans s'emporter et verser dans l'emphase, le résultat de leur travail est tout à fait jouissif, sorte d'électro-disco pêchue et lyrique que ne renierait pas Michael Sembello, interprète du tube du long-métrage culte et kitsch Flashdance. Du genre à vous faire dodeliner de la tête frénétiquement en bagnole en avalant les kilomètres, ou à vous faire hurler dans le brouhaha d'un club surbondé. Mais avant tout, il s'agit là d'un son éminemment contemporain, fruit une nouvelle fois de la réappropriation de l'héritage des 80's et de son mariage avec les technologies électroniques du 21e siècle.
Je ne sais si Rapture augure du LP à venir, quoiqu'il en soit, en tant que « single », il fonctionne parfaitement. Orgie de synthétiseurs, beat fiévreux et voix haute perchée totalement anachronique s'accomodent à merveille pour s'incruster dans les méandres de votre petite cervelle. Et par là, réveiller le fluo-kid qui sommeille en vous. C'est efficace, catchy et même les non-anglophones retiendront aisément les paroles simplissimes et passionnées de Sébastien Grainger. Un solo de guitare ponctue le titre et nous renvoie aux plus belles heures du hard rock des années 90. Pas d'hésitation, enfilez vos collants d'aérobic façon Véronique et Davina ou votre blouson simili-cuir de teenager branchouille et laissez-vous cueillir par la frénésie de DatA. Rapture ne fera certainement pas date dans l'histoire de la musique mais, comme son nom l'indique, vous procurera un joli moment d'extase. Le corps transcendé et la tête légère.
A noter, deux remixes, très honnêtement sans grande valeur ajoutée, accompagnent le titre de DatA.
En bref : Une réappropriation excitée et tapageuse de la disco-pop synthétique des 80's, lorsque “Maniac” s'acoquine avec Moroder, Daft Punk, Chroméo et, l'instant d'un solo de gratte, Metallica.
Information de dernière minute : une “release party” sera organisée en ce vendredi 12 septembre - jour de la visite du Pape à Paris - à la Flèche d'or, dans le cadre de son festival Wild Cards. A partir de minuit, entrée libre.
Vous en rêviez, nous aussi, le 3 novembre prochain les texans d’Okkervil River seront en France dans le cadre de leur monstrueuse tournée automnale. Will Sheff et sa bande viendront défendre leur dernier opus The stand ins sorti le 9 septembre dernier chez Jagjaguwar, séquelle avouée du The stage names de l’année dernière. Le groupe en pleine quête de popularité pourra compter sur ses fans de toujours ainsi que sur les nouvelles recrues qu’aura ramenées ce pseudo double album de folk’n rock déjà mythique. Un concert à ne surtout pas manquer si vous souhaitez assister à l’explosion d’un groupe hors norme, certainement majeur dans les années à venir.
C'est pourquoi Dodb vous propose de gagner l'une des 5 places mises en jeu pour le concert du 3 novembre au théâtre de l’Alhambra à Paris. Pour cela il suffit de répondre à cette question : Comment s'appelle l’autre groupe du partenaire de toujours de Will Sheff ? et d'envoyer vos réponses avec vos coordonnées complètes à contact@desoreillesdansbabylone.com avec Concours Okkervil River dans l'intitulé du message, et ce avant le 30 octobre prochain. Pour info Katrine Ottosen et Lawrence Arabia assureront la première partie.
Drôle de réédition qui pointe le bout de son nez ces jours-ci, l'Incredible Bongo Band de Michaël Viner et Perry Botkin Jr, duo de trentenaires en 1972 dont on a forcément un peu oublié les noms mais dont les notes continuent de hanter tous les Djs de la planète. A l'origine engagés pour livrer la BO d'un film de série B, les deux lascars font d'une pierre deux coups et développent un style inimitable de percussions primaires et psychées, en continuité du travail déjà bien amorcé par Fela Kuti mais sur un esprit bien plus club. Leurs reprises instrumentales pop sont fulgurantes et bientôt l'arbre "Apache" cachera la forêt.
Car c'est bien ce titre, repris au Shadows, lui même repris à Jerry Lordan, qui donne à cet afro beat toute sa grandeur. Difficile de trouver notes plus familières, les percus roulent toute seule, les cuivres et les orgues Hammond se répondent sur un rythme surf des plus entraînants. Et ce n'est pas un hasard si toute la population hip hop de ces trente dernières années s'est approprié le titre. La liste est longue : Sugar Hill Band, Richi Rich, Clive Campbell, Will Smith, Jurassic 5, Run DMC, Beastie Boys, j'en passe et des meilleurs, jusqu'au plus anecdotique générique de feu Tout le monde en parle. Très vite, les B-Boys et les B-Girls improvisent et posent leur flow entre deux morceaux: le break beat est né, le hip hop avec.
Passé ce titre, les covers de hits rock font leur petit effet, que ce soit "Satisfaction" ou "In a gadda da vida" d' Iron Butterfly avec un solo de peaux tendues à tomber à la renverse. Les guitares surf sixties sont elles aussi à l'honneur sur "Let there be drums" ce qui a pour irrémédiable effet de faire dodeliner la tête d'avant en arrière d'un bout à l'autre du disque. On dit même que John Lennon et Ringo Starr themselves auraient participé à l'enregistrement de cet objet qui mine de rien occupe une place privilégiée dans l'histoire de la musique jazz, funk ou tout simplement black. Au final cet obscur combo de studio signa cette année là un disque nécessaire, encore diablement efficace plus de trente ans plus tard.
En bref : Mené tambours battants sur des thèmes funky très "Bondiens", Bongo rock est une pièce de choix dans l'histoire de la musique noire.
C'était prévu, nous vous l'avions annoncé, moins d'un an après la tuerie The stage names Will Sheff et sa bande remettent le couvert et débarquent avec leur cinquième long métrage musical, séquelle avouée de ce qui aurait pu être un double album, et quel double album cela aurait été! Pourtant, malgré les 10 mois qui séparent les deux objets, l'esprit est le même, jusque dans l'artwork qui prolonge celui de son prédécesseur, et la disposition, que dire, les noms des titres, qui collent au premier dans les thèmes comme dans les initiales ("Starry Stairs", suite directe de "Savannah Smile" placé à position égale sur le disque). Un 9 titres, tout comme The stage names, à peine maquillé en 11 par l'ajout inutile mais non handicapant de trois plages instrumentales d'entracte, finalement plutôt raccord avec les thèmes de la scène, des doublures (the stand ins) et des illusions. Un concept qui aurait pu se révéler un peu lourdaud sans la patte de génie de Will Sheff qui confirme à ceux qui en doutaient encore qu'il est l'un des storytellers les plus marquants de sa génération, reprenant ainsi le flambeau tendu par Dylan et Springsteen. Tout ce qu'il touche en ce début de siècle tourne au miracle, et The stand ins n'y fait pas exception.
Ce disque reprend là où l'autre s'était arrêté, sur le même souffle d'americana épique mais bouleversant, et il faut l'avouer, n'atteint pas le même niveau d'efficacité sur la longueur. Encore que 40 minutes ça n'est pas très long. Mais dès l'ouverture tout est dit. "Lost coastlines" est l'archétype de ce qu'est capable de produire Sheff, alors encore en duo avec Jonathan Meiburg (sur le point de départ pour Shearwater): une chanson à doubles guitares et lalalalas, un travail d'orfèvre au groove motown poignant, l'un des plus beaux titres jamais écrits par le groupe. Arrangements variés, structures décomposées, instruments originaux, tous les atouts de la pop orchestrée déversés sur des hymnes folk'n rock inégalés à ce jour. On en oublierait presque la voix de Sheff, tellement porteuse d'émotions mais qui ne tombe jamais dans le pathos, pas même lorsque le mélodramatique "On tour with Zykos" est évoqué grâce à des paroles dignes des plus grands poètes américains du 20ème. Ne vous attendez pas à un refrain, ici on raconte des histoires. Notons toutefois une nouveauté stylistique: l'essai à la power pop 80's façon REM sur l'inhabituellement enlevé "Pop lie", tout est dans le titre.
Dernière pièce maitresse et non des moindres, l'intitulé de titre (et l'une des chansons) de l'année, "Bruce Wayne Campbell interviewed on the roof of the Chelsea Hotel, 1979", hommage intemporel à l'icône rock glam gay mort du sida il y a quelques années. Une discussion tout en arpèges et harmonies vocales sur un air de Gainsbourg, dont Sheff est l'un des plus grands fans. Un goût des plus sûrs dont il avait déjà fait preuve l'année dernière en bouclant son Stage names d'un "John Allyn Smith sails" d'anthologie en double honneur envers le poète John Berryman et les Beach Boys. Témoin de cet engouement culturel, la page Youtube entièrement dédiée à des reprises acoustiques de The stand ins par les plus fidèles amis de Sheff. Citons entres autres A.C. Newman des New Pornographers (dont le "Lost coastlines" est un régal), David Vandervelde, Bon Inver ou Bird Of Youth, soit la crème de la crème de Jagjaguwar et consorts. Je n'ai plus qu'une seule crainte, qu'Okkervil River subisse un certain effet bobo façon Arcade Fire, et que le succès commercial à venir (c'est obligé) lui fasse perdre son souffle magique. On en est encore loin.
En bref : Rendant le projet The stage names plus abouti encore, ces deux faces complémentaires contiennent chacune leur perle et leur part de titres folk intemporels. Ca y est, Okkervil River est bel et bien indispensable.
Dejà deux ans après la sortie de Awoo, The Hidden Cameras, groupe génial et fauché, continue inlassablement d'enchaîner les petites tournées, souvent allemandes et autrichiennes. Deux ans, c'est un laps de temps qui nous laisse en droit d'attendre du nouveau, de voir en ce concert l'occasion d'entendre les dernières compositions de Joel Gibb. Mais The Hidden Cameras, groupe génial et fatigué, n'a que deux inédits à nous offrir ce soir. Ils ouvrent d'ailleurs le concert avec un de ces inédits, qui font cruellement grandir les attentes quant à la suite. Un bleu sombre enrobe les sept musiciens, et le premier inédit se développe en boucle dramatique autour de notes de clavier synthétiques, grande nouveauté dans le son de The Hidden Cameras. Il y a deux jeunes nouvelles recrues derrière ces claviers, et l'on devine qu'ils sont à l'origine de la réorientation sonore de cette "gay church folk music" (comme la qualifie Joel Gibb, fondateur du collectif). C'est que The Hidden Cameras est un groupe ouvert, où les musiciens circulent au gré des rencontres et des projets. Le violoniste Owen Pallet (Final Fantasy) est parti depuis des années maintenant, et aujourd'hui on regrette l'absence de l'enthousiaste batteuse Lex Vaughn (partie rejoindre Lesbians On Ecstasy), et de la charmante claviériste Maggie MacDonald. L'ensemble et donc exclusivement masculin ce soir. Mais le groupe fonctionne et avance ainsi, des figures partent et d'autres arrivent; ce qui a l'avantage de rendre chaque concert unique, selon les cohésions entre les personnes, public compris, puisque celui-ci a aussi un grand rôle à jouer.
Et donc, il importe peu que The Hidden Cameras ne propose que quelques inédits, puisque le propos est collectif, et que le public est en majorité composés de fidèles qui participent aux circulations d'énergie. The Hidden Cameras sont, de leur ville-mère Toronto à l'Europe germanique, discrètement devenu cultes, et leurs chansons font toutes figure de tube aux yeux des passionnés. Donc quels que soient les titres choisis parmi les quatres albums du groupe, le public ravi peut se les approprier. Il fait partie d'elles, elles font partie de lui. Les musiciens, qu'ils soient derrière un violoncelle ou un xylophone, crient, jouent, bondissent, provoquent. La joie est extatique pendant "Ban Marriage", "Lollipop", ou "Smells like Happiness", pendant laquelle le groupe exécute le rituel attendu : jouer avec le célèbre bandeau rouge sur les yeux.
Il est vrai qu'il peut manquer aux non-initiés un peu de l'intensité du moment, même si l'énergie donnée sur scène est indéniable, et que les pop songs s'apprécient, grâce aux qualités d'écriture de Joel Gibb, même si on ne les connait pas. Mais on ne peut pas regretter que ces concerts semblent n'appartenir qu'aux membres de cette "Armée aux Manières Douces" qui suivent The Hidden Cameras depuis des années, tant il est émouvant de pouvoir constater que The Hidden Cameras possèdent, comme Belle and Sebastian, cette force imperceptible à certains qui les place au centre d'un cercle fidèle et secret. Un concert de The Hidden Cameras, lorsque ce public est au rendez-vous, ressemble donc à une célébration de la vie et du sexe sale (ces paroles!), à une petite messe secrète, baroque et tordue, fascinante et jouissive. Et on espère seulement qu'ils ne ressortiront pas définitivement épuisés d'un tel don d'énergie. On repense à ces concerts vains et tristes qu'on les a vu donner devant une poignée de légumes, et on espère aussi qu'ils n'abandonneront jamais.
Dieter Schöön, le suédois qui nous avait surpris il y a quelques semaines avec Lablaza son premier album touche à tout et sévèrement opiacé entre Animal Collective et Brit pop revient avec nous sur son cheminement musical et ses petits secrets. Interview canapé au levé du lit, entre croissants et cafés. _ Dieter bonjour, comment t'es tu mis à la musique ? _ Tout a commencé avec l'album de Depeche Mode A broken frame… Je devais avoir 12 ans ou quelque chose comme ça. Bref je suis tombé amoureux de ce disque et c'est ce qui m'a poussé à commencer. J'ai commencé en jouant beaucoup avec différents groupes. J'avais 18 ans lorsque j'étais dans ce groupe appelé Okej et nous avons failli représenter la Suède à l'Eurovision, ha ha!! Finalement ils ont pris cette fille, Lena Philipsson qui a du terminer 28ème ou quelque chose comme ça…Quelle honte, j'aime à penser que nous serions devenu un Abba sans les artifices. _ Tu sembles être bien reçu dans ton pays d'origine, comment ça se passe dans les autres pays? _ C'est génial, la réaction à cet album est incroyable… Je me suis juste assis pour enregistrer dans mon petit studio à Gothenburg et ce qui est incroyable c'est que l'album a pris le contrôle de sa vie tout seul et qu'il voyage à travers le monde. C'est une sensation extraordinaire de recevoir des mails et chroniques d'endroits que vous ne saviez même pas qu'ils existaient. En France c'est particulièrement bon... vous êtes vraiment dans votre musique électronique et je pense que vous devez avoir trouvé un peu de ça sur Lablaza. _ Dans notre chronique nous citons Animal Collective, The Beta Band, Archive et The Coral, des noms que nous n'avons pas croisés avant dans tes chronique. Qu'est ce que tu penses d'eux? Es-tu d'accord? _ Et bien je suis un très grand fan d'Animal Collective assurément, mais je ne suis pas consient de leur influence directe sur moi. C'est pareil avec tous les groupes que j'aime… et il y en a tant. Je ne pense pas qu'il y ait une influence directe dans ma musique, mais il y a un feeling comme quoi "tout est possible". C'est d'avantage comme un esprit. Sinon je ne connais pas très bien le Beta Band ou Archive... en fait les Coral non plus… _ Y a-t-il une part d'incertitude dans ta musique ou tout est sous contrôle? _ Question intéressante... tout est complètement incertain!! Je ne m'assois pas pour composer quelque chose de sûr. Les choses changent à la dernière minute. Je suis constamment en train "d'esquisser" la musique pour voir ce que les chansons m'apportent. C'est la seule façon pour moi de travailler mais parfois c'est un problème parce que je ne peux jamais me souvenir comment j'ai créé certaines chansons. Mon disque dur s'est crashé pendant l'enregistrement de Lablaza et j'ai du refaire certaines chansons... Je n'avais absolument aucune idée de comment le faire. C'est pareil avec la vie... de temps en temps les membres du groupe me demandent de jouer quelque chose et je ne peux vraiment pas m'en rappeler. _ Je trouve qu'il y a beaucoup d'atmosphères droguées dans ton album, c'est quelque chose de voulu? _ C'est marrant parce que tu n'es pas le premier à me le dire mais c'est quelque chose dont je n'ai pas vraiment conscience. C'est évident pour "The Harbour’s Cold", j'aime certainement une bonne fumette. Certaines personnes m'ont dit que des chansons comme "Warm Hearts" sont très étranges et font ressentir une atmosphère droguée. Mais en fait c'est juste moi en train de m'éclater. Soit dit en passant, si vous vous sentez stone en écoutant mes chansons je pense que c'est plutôt bon signe. _ Est-ce que tu connais et apprécies certains artistes français ? _ Bien sûr, j'ai beaucoup écouté Colder, Winter Family, un peu de Sporto Kantes qui est très fun, errr Fantazio, des trucs comme ça. En fait une de mes chansons punk favorite est is Euthanasie pars Les Olivensteins… J'aimerais en trouver un peu plus sur eux mais je ne crois pas qu'ils aient fait grand chose d'autre? Et enfin il y a tous vos classiques: Piaf, Gainsbourg, Brel… tu sais, tous ces dieux et déesses de la chansons française. _ Quelles sont tes ambitions et tes projets? _ Mes ambitions sont très simples, continuer à enregistrer beaucoup de musique et faire plus de concerts. _ Es-tu numérique ou physique dans tes écoutes musicales ? _ Et bien généralement j'écoute les trucs qui sont sur mon Pc mais j'ai des caisses et des caisses de vieux vinyls que j'écoute pour les occasion spéciales. _ Sans aucune objectivité, quels sont tes 5 disques préférés de tous les temps? _ Ha ha… si tut me demandes demain ce sera certainement différent mais pour aujourd'hui disons : _ Kraftwerk - Trans-Europe Express Captain Beefheart - Lick My Decals Off, Baby The Fall - Grotesque Sly & the Family Stone - There's a Riot Goin on Et un pour vous : Serge Gainsbourg Aux Armes et Cætera (Vol. 8 de mon gros coffret de compilation!) _ le Myspace de Dieter Schöön _ A lire aussi : Dieter Schöön - Lablaza (2008)
Deux pour le prix d'un, il ne fallait pas s'en priver ! Mais était-ce bien raisonnable ? Quand on a un album au compteur,et c'est le cas pour chacun de ces deux groupes, évidemment on le joue, dans le désordre quand même, histoire de ne pas donner l'impression que c'est un disque qui est en train de passer. La surprise doit donc venir d'ailleurs. Ce fut le grand suspens de la soirée : est-ce qu'on va se faire chier, et s'il y a surprise, d'où viendra t-elle ?
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Les Adam Kesher ont joué leurs morceaux, soit, mais de quelle manière ! Ces types ont une présence extraordinaire, et jouent leur musique comme s'ils devaient mourir demain. C'est Talent et distance, ballade poliment désespérée, qui ouvre le bal, histoire de rappeler que les AK n'ont pas que l'ambition de nous faire danser. Puis c'est le grand spectacle. Julien, le chanteur, physique d'un gamin de douze ans et voix sur-puissante, est une pile nucléaire, suant, crachant, feulant, n'hésitant pas à avaler son micro, ou à jouer du synthé avec son front. Tout le monde s'éclate visiblement, et communicativement, sur scène. Même Caroline, qui normalement souffre de tachycardie au delà de 2 bpm, adore. Davantage qu'un électro-rock, AK c'est un rock électrique à voltage variable, avec des moments d'accélérations, de vitesse pure, où on se demande si le cœur va lâcher. On ne regrette qu'une seule chose : que le public genevois ne soit venu que pour les MJ, et soit si peu enthousiaste. Ma voisine tourne même le dos à la scène et regarde ses SMS. Honte à toi, misérable. Vive les AK, vous êtes excellents, les gars, continuez comme ça !
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Les MJ, eux, ont plutôt joué avec leurs morceaux. Tombstone est dopé à la basse, Road to discovery chanté un ton plus haut, shadows étire son introduction et ménage l'entrée de sa basse groovy. Nine lives, ma préférée, est magnifiée par des distorsions de guitares. Le passage à la scène ne nous fait rien perdre, au contraire. La robotique daftpunkienne est simplement abandonnée par des musiciens qui nous montrent qu'ils savent jouer et chanter.
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Le mot de la fin par Caroline : la révélation de la soirée, pour une néophyte comme moi, est vestimentaire. Les deux groupes, soigneusement avant-gardistes, signent le retour du look ringard, avec la moustache en tête d'affiche. Les deux musiciens les plus déjantés des Adam Kesher la portent touffue, assortie d'une chemise bien boutonnée et de mocassins en cuir fauve (si si). Ils donnent ses lettres de noblesse à ces attributs en sautant en l'air comme de beaux diables, laissant libre cours à leur folie et à leur enthousiasme. On adore.
Et, surprise, le guitariste des Midnight, lui aussi monté sur ressorts, la porte avec cheveux longs façon retour de Patrick Dewaere. On craque moins, mais on apprécie. Conclusion : bravo les petits gars. Big moustache strikes again.
Plus vraiment d'actualité et pourtant largement cité ici ou là, le duo décalé newyorkais Fischerspooner peut se targuer d'avoir inventé quelque chose il y a quelques années, si l'on veut. L'electroklash plus précisément, sorte de concept un peu arty ou éléments visuels et compositions font un. La pochette chromatique de cette odyssée peut en ce sens se lire comme un clin d'oeil graphique à l'electro futuriste, mais surtout comme un produit pop prêt à consommer, qui ne tergiverse pas sans fin. Du pur divertissement donc que ce 3ème album renvoyant aux oubliettes le fameux #1 et son show glam pop kitch. Warren Fischer et Casey Spooner donc, aux commandes d'arrangements efficaces -c'est le moins que l'on puisse dire- mais qui flirtent à tout moment sur le fil du rasoir du ridicule, je pense au quasi dance 90's "A kick in the teeth", avec lequel il faut être de bonne humeur pour coopérer. Pour les 80% restant, c'est à la fois taillé pour le dance floor et suffisamment bien fait pour pouvoir conserver son "étiquette" indépendante.
Une intensité dansante dûe entres autres à la présence dans l'ombre de Nicolas Vernhes et Mirwais (ex Taxi Girl), ainsi que Linda Perry au chant, et David Byrne (Talking Heads) en guest compositeur sur "Get confused". D'entrée, "Just let go" donne le ton et son rythme syncopé propose et impose le style Fischerspooner, à base de boites à rythmes, de synthés et de voix vocodées. "Cloud" confirme, et s'ensuit "Never win" LE tube de l'album, version moderne et nostalgique du "Another brick in the wall" des Pink Floyd, groupe arty s'il en est. C'est un peu le reproche que l'on peut faire à cet album, tout miser sur les quatres premiers titres, aux dépends d'une face B en retrait s'il l'on excepte "We need a war", simpliste -mais efficace- au possible et le plus expérimental "Untitled track". Pour "Wednesday", "Ritz 107" ou "Happy", il faudra repasser. Mais bon, quoi qu'il en soit un style est né, entre électro pop new wave et dance plus formatée, légèrement en dessous de ce qu'en a fait James Murphy et son soundsystem LCD.
En bref : Une première face exceptionnelle de divertissement électro pop, dommage que la deuxième soit en dessous.
Le Syndicat est sans doute l’un des projets les plus radicaux qu’ait connu la musique électronique en France. Apparaissant encagoulé, Secret Agent Alexandre, l’unique membre de cette entité, affectionne la musique horrifique, celle qui fait se dresser les poils des bras et plonge l’auditeur dans un inconfort bénéfique. A côté de certains de ses morceaux, l’oeuvre de John Carpenter, dont le Toulousain est fan, a des airs de Mélodie du bonheur. Scrupuleusement fidèle à son dogme minimaliste, l’autoproclamé initiateur de la “Third wave européenne” (?) pratique exclusivement le Do it your self et nourrit une haine démesurée pour la house, la pop et tout ce qu’il considère comme trop produit. Bruts de décoffrage, complètement analogiques et barrés, ses albums se succèdent sans que la presse ne daigne se pencher sur son cas. La faute, peut-être, à son intégrisme dont on ne peut, à la manière de Laibach, dire s’il s’agit d’un happening permanent et provocant ou de la manifestation de convictions douteuses. Ce dont on ne peut douter, en tout cas, c’est du nihilisme et de la misanthropie de cet adorateur de Nitzer Ebb et Depeche Mode. Je cite : “Mon voisin n’est pas mon frère... Nous ne vivons pas dans l’unité. Nous sommes seuls sur cette putain de terre”.
Très punk dans l’âme, ce sinistre individu a fondé le label Invasion Planète en 1997 avec les indemnités d’un accident de voiture et signé des artistes aussi inconnus que Porn.Darsteller ou Karl Kubler. Toujours actif sous le blaze La Séduction des Innocents, lui et sa clique sont tellement underground qu’ils en sont quasiment invisibles. Même le site du label a disparu. Peu d’informations sont donc disponibles, pas même son véritable nom, bien que les productions maison soient très recherchées. Trouver Philosophie, par exemple, semble impossible à l’heure actuelle.
Dépassant rarement les 4 minutes, les 17 morceaux de cet album - son meilleur - baignent tous dans une atmosphère electro-cold-wave-minimale et ne reposent en général que sur trois notes de synthé et une boîte à rythme violentée. Chantés, ou plutôt scandés en français, anglais et allemand, les textes sont suffisamment concis et énigmatiques pour laisser imaginer le pire, comme dans “En partance”, où la voix dure et métallique d’Alexandre répète sans fin : “A quelle heure part le train pour Berlin ?”. Tout en étant beaucoup plus carré et direct, le son du Syndicat Electronique rappelle les ambiances 80’s industrielles et masochistes du Cabaret Voltaire. Les morceaux qui me séduisent le plus sont ceux qui flirtent avec l’électro-funk, comme “Der Komponist” ou “Ewigkeit”, même si le très industriel “Sacrifice”, au tempo plus relevé, n’est pas dénué de charme. De prime abord rebutant, ce disque exerce finalement une attraction diabolique. A ne pas mettre entre toutes les mains.
En bref : Agissant dans les ténèbres depuis plus de 10 ans, Le Syndicat Electronique sonne comme une bande originale pour snuff movie. Cette très froide et minimale Philosophie n’échappe pas à la règle. Brrrr...
Un extrait d’un de ses derniers live (en 2004) afin que vous constatiez combien l’homme est sympathique.
Je sais, l’électro-jazz est démodé. La faute aux Costes, Bouddha Bar, et autres loungeries qui ont érigé ce sous-genre en parangon de la beaufitude bobo post-moderne. Il est pourtant des artistes qui en préservent la noblesse, tel ce Kuniyuki Takahashi originaire de Sapporo, qui mêle allégrement ambient et house aux sonorités tribales du free jazz à la Pharaoh Sanders. Connu en tant que DJ sous le nom de Koss, le Nippon est un joueur de flûte émérite et il ne se prive pas d’émailler ses pièces nappées de synthés languides du son cristallin de son instrument favori. Pour cette troisième salve de remixes de son second album All of these things, ont été conviés Henrik Schwarz, le génial artisan teuton du retour en grâce de la deep-house, et le Madrilène Tony Lionni. Et autant le dire tout de suite, ils ont fait du très bon boulot.
“Dear african sky” réunit une guitare mandingue funky avec des choeurs tribaux et un piano dont la simplicité sublime rappelle l’excellent Sud-Africain Dollar Brand. La touche japonisante et méditative réside dans la flûte traversière fluide et caressante. On retrouve d’ailleurs cette flûte sur "Birds", le second track de ce maxi, laissé aux bons soins de Tony Lionni, un petit nouveau qu’il faudra surveiller de près, déjà auteur de quelques 12” sur Versatile et Mule Musiq. Le traitement house opéré par les deux remixeurs est d’une finesse incontestable. Léger et caressant dans le cas de Schwarz, plus deep et percussif en ce qui concerne Lionni. On pense à certaines prods de Joe Claussell ou Kerri Chandler dans leur période “jazz mental”. A noter que les précédents remixes, signés entre autres par Theo Parrish et A Mountain of One, valent également le détour. Et que tous ces travaux seront regroupés sur un Kuniyuki Remixed, prévu pour le 25 octobre, qui s’annonce tout bonnement merveilleux, puisque Chateau Flight et Cobblestone Jazz seront également de la partie.
En bref : Deux joyaux jazzy et tribaux emmenés par la flûte aérienne du Japonais Kuniyuki Takahashi et relus par ce qui se fait de mieux sur la scène deep-house. “A must have”, comme ils disent.
À part un cheval noir, c'est qui les Besnard Lakes au juste ? Si la dernière page du livret n'avait pas pris la peine de rappeler les noms des six membres fondateurs de ce groupe montréalais, on aurait pu effectivement se poser la question, tant les invités sont nombreux sur les huit plages qui composent cet album : Sophie Trudeau des Silver Mount Zion, Seligman des Stars, Donoso des Dears viennent prêter main forte à un groupe organisé autour du couple Jace Lasek/OlgaGoreas.The dark horse est donc un album studio par excellence, non tant par l'omniprésence d'un producteur démiurge que par ce défilé incessant des guests. Le studio est dès lors investi comme lieu d'expérimentation, occasion de moduler le combo originel et d'enrichir considérablement les arrangements. _
J'irais droit au but : the dark horse est un album d'une beauté magnétique, qui flirte,ici ou là, avec le sublime (je vous laisse le loisir de méditer le distinguo). Il y a d'abord cette richesse des arrangements. Tout y passe : vocaux féminins, masculins, variation des tessitures, choeurs puissants, guitares, shoegaze, cuivres, cordes frottées, pincées, basses charnues, glockenspiel, rhodes, flûtes, etc. _
Et ce tempo alangui, faussement apaisé ( puisqu'il ménage toujours un crescendo),qu'on retrouve sur la moitié des morceaux, et qui laisse aux instruments le temps d'exister, de concerter, de commenter le texte. Chaque instrument est à sa place, dans des compositions majestueuses, dans un parfait équilibre et une sobriété qui rappellent le dernier opus des Black Mountain (même label Jagjaguwar) :ni effusion, ni bavardage, mais plutôt un art délicat de la ponctuation, et même un art du silence (autre point commun avec les Black Mountain) tout à fait remarquable. Il y a aussi quelque chose d'obsessionnel dans cet album, où il n'est question que d'espion, d'agent secret, en temps de guerre, de mensonge, de tromperie, et de désillusion. «I believed in obsessions», conclut la dernière chanson, mais on l'avait compris bien avant. _
Le premier morceau évoque la figure paradoxale et tragique d'une espionne «with secrets written all over her body» Autant dire que les secrets ne sont pas gardés longtemps et que tout finit en Disaster, titre de la chanson. La voix de falsetto de Jace Lasek fait des merveilles : toujours juste, limpide, aérienne (allez Shearwater encore un effort...). Le morceau est construit comme un long crescendo où les instruments se réveillent doucement, s'ébrouent, concertent, pour raconter, au final, l'histoire d'une conscience désabusée qui constate, amère, le désastre. _
Le deuxième morceau (For agent 13) est rigoureusement écrit : deux claviers, à la texture opposée, s'entrelacent, puis deux voix. La basse d'Olga Goreas assure les breaks entre deux couplets, puissante, et contraste judicieusement avec la légèreté des voix. Une guitare shoegaze introduit le refrain chanté par un Jace survolté dans les aigus. _
On atteint des sommets d'émotion avec And you lied to me. Reverbérations de guitare, cymbales en cascade, un discret clavier au lointain, une basse trés rythmique, pour nous raconter l'histoire d'un agent double, trop double : «and you lied to me, you aren't even who you said you are». Écoutez les silences qui suivent ce refrain et la reprise brutale batterie-guitare. Ils disent la sidération de celui qui a été trompé, l'abîme qui sépare l'être aimé tel qu'il est et l'être aimé tel qu'on se le représentait. Sublime. _
Le quatrième morceau, Devastation, change de régime et sort l'artillerie lourde : trois basses, trois guitares, trois batteries, et un choeur de cinq chanteurs. Le trip studio continue, c'est puissant mais le kitsh heavy metal nous est épargné.
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Retour au tempo majoritaire de l'album avec le trés beau Because Tonight, et ses allures de quatuor classique, et Rides the rails. _
Les deux derniers titres ne sont pas forcément plus gais, mais cachent leur désespoir derrière des harmonies vocales à la Beach Boys.
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En bref : Un album magnifique, qui ne renie pas la pop mais se distingue par ses compositions majestueuses, complexes, ses respirations sublimes, ses thèmes obsessionnels.
Ce n'est évidemment pas par le biais de leur premier ep (83) ou de leur premier album enregistré en finnois Piano Rumpu Ja Kukka (94) dans lequel Espe le batteur officie encore comme lead singer, ni grâce à leur deuxième effort de rock garage poussif The Kings Of Honk-Kong (87), même pas distribués chez nous, que les 22 Pistepirkko ont secoué le cocotier du rock indé.
En revanche, Bare Bone Nest (89), sorte de blues épileptique fracassé, et Big Lupu (92), pastorale collection de ballades rêveuses passées au filtre lysergique du meilleur garage US des 60's, disques inclassables à vrai dire, déclenchèrent un véritable engouement envers le meilleur groupe finlandais du monde. Cette excitation, si elle n'a hélas jamais porté très haut les ventes des oeuvres des frères Keränen et de leur comparse Espe, n'en a pas moins rendu justice au talent iconoclaste du trio, qui bon an mal an continue à enregistrer des disques.
Ainsi, ce 5ème album s'affranchit-il un peu des obsessions blues de ses membres, et ouvre toutes grandes les fenêtres pop du trio, sans renier le garage suintant et poisseux qui leur a si longtemps collé à la peau. Les claviers sont ici à l'honneur, aussi bien les Farfisa aigrelets des singles "Wild Billy" ou" Just A Little Bit More", que les bleeps de jeux video en cascade de "Tokyo Tiger".
Pas de gros changements en vue au détour de morceaux excellemment joués où les synthés plus ou moins analogiques ont pris le pouvoir. Mais une confondante diversité de tons, de tempos et d'humeurs se fait jour entre chaque doublette de morceau : ainsi la ballade claustrophobe, "Oo My Head", enregistrée au fond d'un verre d'eau rempli de Valium qui lancinante, finit par exploser dans des débris de feedback accidenté tels qu'on en avait plus entendu depuis les divins sorciers soniques des Electric Prunes, il y a longtemps au cours du flower power psychédélique.
"Snowy Dave" est une comptine déchirante et plaintive, jonchée de violons synthétiques, à la mélodie réellement émouvante que vient percuter de plein fouet un sauvage "At The Eveybody's".
La voix nasale de PK Heränen évoque celle de Ray Daviessur la très kinksienne et vieille Angleterre "I Do Do I", et son refrain comme toujours inopiné. "Gimme Some Water", c'est la revanche du son Bontempi sur sa présumée futilité : saupoudrée en sus de Farfisa, cette chanson très onirique, fait planer l'auditeur très haut, notamment au cours d'un final étincelant.
"Blue Balloon" est une rigolote parenthèse assénée par Espe, dont le style et la voix bonhomme sont une salutaire étape avant l'orgie finale. Ainsi, le seul blues réel du disque, ode à la sieste, "Nappin King Blues" semblerait bien conventionnelle si elle n'était entrecoupée de breaks aussi savants que fous, où arpèges jazzy ne craignant pas de frayer un chemin aux synthés bouillonnant d'impatience.
Enfin, "Coffee Girl" offre un florilège en terme d'arrangements et d'inventivité sonore sur une très belle chanson à dominante, encore une fois, très mélancolique ; la voix fragile et sensible de PK semblant toujours sur le fil, comme sur le point de se briser sur un ressac d'échos ; et ici les cordes ne sont plus synthétiques, c'est même sous fond d'oud et de violons tout en mélopée arabisante que l'une des meilleurs chansons du répertoire des 22 prend son envol le long d'un pont d'une beauté captivante.
Les 22 Pistepirkko produisent toujours,avec plus ou moins de bonheur, des disques ; Eleven (98) et Drops And Kicks (2005) comptant certainement parmi les meilleurs. Rumble City Lalaland a enfin connu sa première parution vinyle en 2019.
En bref : le meilleur album d'un groupe inclassable, au meilleur de son activité. Un titre fleurant bon l'univers élégiaque parfois "télétubbies" de leurs auteurs. Résolument original et unique en son genre pour ce qui est des chansons les plus décalées.
Au milieu des productions estivales acidulées se dressait fièrement ce sixième album (déjà) des délectables Silver Jews. Presque anachronique cette sortie, ne croyez vous pas? Du trio d'enfer de départ, David Berman (le boss), Stephen Malkmus et Bob Nastanovich (Pavement), il ne reste plus que David, libéré de ces démons, et surtout, de Malkmus à qui on ne peut reprocher d'avoir poussé le groupe vers plus d'originalité, mais qui au jour d'aujourd'hui, n'a plus sa place dans le Silver Jews nouvelle mouture: une simplicité country folk au service d'un songwritting édifiant, donnant à tout un chacun l'agréable impression d'être totalement anglophone. Douze titres burlesques et picaresques qui renvoient à un certain Johnny Cash, notamment sur le titre inaugural "What is not but could be if", tout un programme. Berman en a vu mais semble vouloir faire table rase avec ses démons, accepter ses fautes pour se sentir mieux. Et c'est ce qui semble se passer sur cet album tout en retenue, exposant sous les projecteurs la voix du crooner du Tennessee aux dépends d'instruments en retrait.
Au centre, "San Francisco B.C." remplit le disque d'un panorama sur l'histoire de la musique. Ecouter "My pillow is the threshold" sans se sentir vibrer de haut en bas signifie ne pas être humain. A ce jour, personne mieux que Silver Jews (pas même Oldam) ne sait juxtaposer malaise et jubilation, tragédie et triomphe, avec tant de facilité et d'humilité. Berman est un ancien, que l'on respecte, que l'on écoute, que l'on comprend, quand il se pose des réponses et qu'il nous donne des questions, détaillant avec une minutie tragique la rigueur de la vie américaine contemporaine, tout en sachant sur "Candy jail" par exemple, la jouer optimiste et rassurant. "You've got tennessees tendencies", "Strange victory", "Life takes time and time takes life", autant de mots qui sonnent et qui frissonnent, comme une évidence transatlantique. Composé en tournée (aurait-il pu en être autrement pour sonner si universel?), le disque est accompagné de lyrics manuscrits de Berman sur papier à en-tête de chaque hôtel fréquenté, ainsi que des seize accords utilisés pour les chansons, représentatifs des seize années d'existence du groupe, dont une fois de plus on parlera trop peu, comparé à son génie.
En bref : Assagi, le Silver Jews 2008 est un exemple de folk contemporaine underground et s'impose d'emblée comme l'une des galettes de l'année.
Deux éléments rendent ce bouquin particulièrement précieux. La date de sa première parution, d’abord : 1993. A l’époque, le hip-hop est déjà devenu une énorme machine commerciale, mais l’intégrité des artistes n’en a pas encore réellement pâti. L’identité de son auteur, ensuite. Car The New Beats n’est pas l’oeuvre d’un critique musical pur souche. S’il a collaboré avec Vibe, The Source et même le New York Times, SH Fernando Jr reste avant tout un acteur de la scène hip-hop, auteur de nombreux albums sous de multiples pseudos (Spectre, The Ill Saint, Slotek, The Eye, The Mystic, The High Priest...) et patron du label Wordsound, lancé en 1994 grâce à 1000 malheureux dollars prêtés par son pote producteur Bill Laswell. Ce n’est donc pas à une somme exhaustive et désincarnée qu’il nous convie au fil de ces 400 pages, mais à une immersion subjective et vibrante dans le milieu. Au travers de récits souvent anecdotiques, il tente aussi de définir la culture hip-hop, ses attitudes, ses aspirations sociales et politiques. Diplômé d’Harvard et de Columbia, l’homme n’est pas un styliste pur mais sa prose se goûte sans déplaisir. Ce qui n’est pas un détail.
Une vision subjective, donc. Fernando commence par raconter ses premiers émois à l’écoute du “Rappers Delight” de Sugarhill Gang et sa découverte progressive de cette musique à laquelle Afrika Bambaata, reprenant un terme déjà répandu par le bouche-à-oreilles, attribuera le nom de hip-hop. C’est la période la plus émouvante, celle de la naissance d’une culture dans les fêtes en plein air du Bronx, orchestrées par le Jamaïcain Kool Herc ; celle ensuite de l’émergence d’une génération d’artistes novateurs tels que Run-D.M.C.,Public Enemy, Eric B. & Rakim, KRS-ONE ou EPMD. L’auteur n’en oublie pas pour autant les précurseurs que sont les Last Poets ou Gil Scott-Heron, et surtout les racines précoloniales du son hip-hop, ce qu’il doit au gospel, au blues, à la soul, au dub et aux réservoirs à samples que sont les oeuvres de George Clinton ou de James Brown. Historiquement parlant, le travail de Fernando Jr est précis et un souci permanent de contextualisation permet au lecteur de lier les événements politiques et sociaux (esclavage, accession progressive aux droits civiques, émeutes de Watts, activisme des Black Panthers...) à leurs pendants musicaux.
Deux années de travail auront été nécessaires à Fernando pour boucler son affaire. Le temps d’accumuler une documentation colossale et de rencontrer des centaines d’artistes d’un bout à l’autre des Etats-Unis. Et même si l’on sent très nettement que son coeur penche à l’Est - notre homme vient de Brooklyn, il s’est donné la peine de séjourner longuement à Los Angeles, au lendemain des émeutes de 1992, en immersion dans le gang des Bloods (les bandanas rouges opposés aux Crisps, en bleu). Quelques déséquilibres subsistent cependant, le rap jazzy façon A Tribe Called Quest n’étant qu’effleuré tandis que le label new yorkais Def Jam , certes très influent, a droit à un chapitre entier. Regrettable également, l'absence notoire du hip-hop non-américain.
Evidemment, beaucoup de choses ont changé sur la planète hip-hop en 15 ans. Eazy-E, Tupac et Notorious BIG sont morts, l’industrie du disque s’est effondrée et l’avènement de nouvelles superstars (50 cent, Kanye West, Eminem...) a métamorphosé le paysage musical, tandis que les scènes locales, et notamment en France, se sont développées au-delà de toute attente. Il n’empêche que la réédition française de cet ouvrage en version poche, en octobre 2008 chez Kargo, paraît plus que pertinente, ne serait-ce que pour constater combien le mouvement a dévié de son souffle originel. A se procurer sans hésitation.
S.H. Fernando Jr, The New Beats - Musique, culture et attitudes du hip-hop, traduction par Arnaud Réveillon et Jean-Philippe Henquel, Kargo & L'Eclat, 1993 - 2008, 384 pages, 12 euros.
Voici quelques-uns des titres et des artistes évoqués dans le livre :