03 septembre 2008

22 Pistepirkko - Rumble City, LaLa land (1994)

Ce n'est évidemment pas par le biais de leur premier ep (83) ou de leur premier album enregistré en finnois Piano Rumpu Ja Kukka (94) dans lequel Espe le batteur officie encore comme lead singer, ni grâce à leur deuxième effort de rock garage poussif The Kings Of Honk-Kong (87), même pas distribués chez nous, que les 22 Pistepirkko ont secoué le cocotier du rock indé !

En revanche, Bare Bone Nest (89), sorte de blues épileptique fracassé, et Big Lupu (92), pastorale collection de ballades rêveuses passées au filtre lysergique du meilleur garage US des 60's, disques inclassables à vrai dire, déclenchèrent un véritable engouement envers le meilleur groupe finlandais du monde ! Cette excitation, si elle n'a hélas jamais porté très haut les ventes des oeuvres des frères Keränen et de leur comparse Espe, n'en a pas moins rendu justice au talent iconoclaste du trio, qui bon an mal an continue à enregistrer des disques !

Rumble City.....que certains purent découvrir en live radiophonique chez Ruquier (!) à une heure de grande écoute lors de sa sortie, fut pour moi non seulement la confirmation du talent hors-pair du combo finlandais, mais également le souvenir de l'un des 4 ou 5 plus beaux concerts qu'il m'ait été donné de voir en quelque 25 ans de pratique assidue !

Donc, ce 5ème album s'affranchit un peu des obsessions blues de ses membres, et ouvre toutes grandes les fenêtres pop du trio, sans renier ce je ne sais quoi de garage suintant et poisseux qui leur a si longtemps collé à la peau ! Les claviers sont ici à l'honneur, aussi bien les Farfisa aigrelets des singles "Wild Billy" ou" Just A Little Bit More", que les bleeps de jeux video en cascade de "Tokyo Tiger", les mêmes que ceux utilisés plus tard par le pénible Manu Chao, avec infiniment moins de pertinence, on s'en doute !

Pas de gros changements en vue donc, au détour de morceaux excellement joué où les synthés plus ou moins analogiques ont pris le pouvoir. Mais une confondante diversité de tons, de tempos et d'humeurs se fait jour entre chaque paire de morceau : ainsi la ballade claustrophobique, "Oo My Head", enregistrée au fond d'un verre d'eau rempli de Valium qui lancinante, finit par exploser dans des débris de feedback accidenté tels qu'on en avait plus entendu depuis les divins sorciers soniques des Electric Prunes, il y a longtemps au cours du flower power psychédélique !

"Snowy Dave" est une comptine déchirante et plaintive, jonchée de violons synthétiques, à la mélodie réellement émouvante que vient percuter de plein fouet un sauvage "At The Eveybody's" !
La voix nasale de PK Heränen évoque celle de Ray Davies sur la très kinksienne et vieille Angleterre "I Do Do I", et son refrain comme toujours inopiné ! "Gimme Some Water", c'est la revanche du son Bontempi sur sa présumée futilité : saupoudrée en sus de Farfisa, cette chanson très onirique, fait planer l'auditeur très haut, notamment au cours d'un final étincelant !

"Blue Balloon" est une rigolote parenthèse assénée par Espe, dont le style et la voix bonhomme sont une salutaire étape avant l'orgie finale ! Ainsi, le seul blues réel du disque, ode à la sieste, "Nappin King Blues" semblerait bien conventionnelle si elle n'était entrecoupée de breaks aussi savants que fous, où arpèges jazzy ne craignent pas de frayer un chemin aux synthés bouillonnant d'impatience !

Enfin, "Coffee Girl" offre un florilège en terme d'arrangements et d'inventivité sonore sur une très belle chanson à dominante, encore une fois, très mélancolique ; la voix fragile et sensible de PK semblant toujours sur le fil, comme sur le point de se briser sur un ressac d'échos ; et ici les cordes ne sont plus synthétiques, c'est même sous fond d'oud et de violons tout en mélopée arabisante que l'une des meilleurs chansons du répertoire des 22 prend son envol, le long d'un pont d'une beauté captivante.

Voir ces 3 garçons dispenser la bonne parole de cet album et de leurs réussites antérieures, entourées de leurs guitares vintage, de leurs pédales d'effets et programmateurs en tous genre, avec à la droite de la scène Espe, le batteur à mains nues (lorsque pas de balais) fut ainsi une expérience passionnante dont les souvenirs 13 ans après sont encore très présents !

Les 22 Pistepirkko produisent toujours, avec plus ou moins de bonheur, des disques ; Eleven (98) et Drops And Kicks (2005) comptant certainement parmi les meilleurs. Leur dernier effort (Well You Know) Stuff Is Like We Yeah est sorti en début d'année.

En bref : le meilleur album d'un groupe inclassable, au meilleur de son activité. Un titre fleurant bon l'univers élégiaque parfois "télétubbies" de leurs auteurs. Résolument original et unique en son genre pour ce qui est des chansons les plus décalées.
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Le Site Off et le Myspace du groupe ainsi qu'un site ultra intéressant crée par un passionné fan hollandais et détaillant avec minutie la discographie du groupe.

Le clip de "Just A Little Bit More"

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