12 septembre 2008

Françoise Hardy - (1972)

La parution de ce 4ème album anglais de Françoise Hardy est intéressante à plus d'un titre. En dehors de sa qualité intrinsèque indéniable, le disque diffère de ses prédécesseurs en ce qu'il offre un choix de reprises aventureux (Buffy Sainte-Marie, Randy Newman...) et abandonne la relecture simple des hits français de Françoise - même si ceux-ci, il convient de le préciser, offrent toujours des réorchestrations plus matures que sur les versions originales.

Cet album constitue aussi le point d'orgue d'une discographie qui s'emballe dès 67-68, la belle Françoise s'affranchissant des groupes balloches et nunuches qu'on se fait fort de lui imposer lors de ces impayables années yé-yé. C'est donc l'époque des albums sans titre dits Comment Te Dire Adieu (68), Soleil (70), La Question (70) ou L'éclairage (72) dans laquelle l'artiste s'affirme comme une interprète et une auteure à part entière.

Paru sous une belle pochette monochrome rouge sang, cette galette, passé à peu près inaperçue en son temps mais chérie par les amateurs de Hardy, fut redécouverte dans nos contrées en 2000, sous un habillage différent et sous le titre If You Listen. D'une modernité évidente - les arrangements n'ont pas pris une ride - ce disque est le pendant français des chefs d'oeuvre du balladin racé, et hélas totalement récupéré de nos jours, Nick Drake. Du reste, si démise du génial songwriter il n'y avait eu, il y a fort à parier que l'association Hardy-Drake un temps envisagée - tous deux étaient liés et se respectaient mutuellement - auraient donné sa sonorité boisée à cet album majestueux.

Qu'il s'agisse des reprises, le mièvre "Let My Name Be Sorrow" de Mary Hopkin ici transfiguré avec ces choeurs liturgiques, ces incunables du répertoire folk anglais ("The Garden Of Jane Delawney" des divins Trees, à la beauté fin de siècle et aristocratique", "Until It's Time For You To Go", "Take My Hand For A While" ou "I Think It's Gonna Rain") ou des créations originales comme les superbes "If You Listen", "Ocean" ou encore "Brûlure", seul titre en français écrit de la main de Françoise, toutes les chansons convient à une humeur lourde de mélancolie, perlée de romantisme.

Sans l'affect qui plombe souvent le genre, mais relevé au contraire de délicats arrangements de pianos et de cordes, le meilleur album de notre Françoise nationale demeure l'un des fleurons d'une époque riche en sommets de folk raffinée. La reprise baclée du "Till The Morning Comes" de Neil Young qui clôture ce disque, n'étant en définitive qu'une péripétie.

En bref : s'il fallait ne garder qu'un album de Françoise Hardy en langue étrangère - avec Traüme sans doute - et constituer le meilleur d'une folk "britannique", cet album serait celui-là.




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"The Garden of Jane Delawney" :

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