Pierre angulaire. Expression si souvent galvaudée et néanmoins la plus appropriée pour qualifier le premier long player des petites teignes de Glasgow. Il faut savoir qu'à cette époque, soit celle des 80's où le dyptique fric/frime règne (MTV, Tapie, surproductions vulgaires à la Frankie...) cet album est une sorte de boomerang qui remet le monde de la pop dans le bon sens du vent, et fait renaître l'indé de ses cendres.
Car si la pop tendance ligne claire est alors célébrée, manque le combo couillu et burné, reprenant le combat sur les braises du punk, un groupe sulfureux, qui dérange et qui divise : ce sera les Jesus And Mary Chain.
Déjà, ce nom ! Ensuite , l'emballage : ce look improbable de proto Robert Smith hirsute (pléonasme !) et de jeune lycéen acnéique et en rage contre la terre entière, une rage sourde et toute prolétaire, non feinte, bien loin de la prétendue discorde des deux Gallagher, vaste imposture médiatique.. Non, la fratrie Reid était elle, tout un poème ! Si l'on ajoute l'accent rocailleux du Barras district de Glasgow, d'obédience catholique - ô ironie - l'une des faces B épiques du groupe ne s'intitule-t-elle pas "Jesus Sucks" ?- on ne pouvait imaginer meilleurs gimmicks pour ressortir du lot.
Alors, pour un groupe privilégiant autant l'apparence, la provoc dans la forme, ne manquait plus que la valeur ajoutée qui allait rendre des refrains déjà marquants terriblement ensorcelants. Pour ce faire, les deux frères eurent l'idée de conjuguer leur savoir-faire pop à une production velvetienne en diable ; et non pas celle posée ou léchée de The Velvet Underground (1969) ou de Loaded (1970), mais plutôt celle faite de distorsions crades et crues façon White Light White Heat (1967). Il faut d'ailleurs voir sur les videos d'époque un Bobby Gillespie (futur frontman des Primal Scream) juvénile, et tapant de façon martiale debout sur ses futs, tel une Moe Tucker réincarnée.
L'influence de ce disque fondateur se retrouverait du reste chez de nombreux artistes ; que penser par exemple de la superbe ballade "Just Like Honey", là utilisée dans le soundtrack du Lost In Translation de Sofia Coppola, ici repris par Alela Dianeau sein du superbe projet Headless Heroes. Inutile de préciser que point de shoegazers sans ce disque mais plus grave, sans doute les Magnetic Fields n'auraient-ils jamais émergé : se souvenir qu'un dixième de 69 Love Songs, constitue un hommage évident à Psychocandy.
A quoi tient l'héritage Psychocandy, album générationnel entre tous ? Bien sûr à ce son, entrelacs effarant de guitares à fil de fer barbelé, tout pour la distorsion. Bon, les JAMC n'ont rien inventé en 85 ; déjà le lutin Dave Daviessans doute inspiré par Link Wrayavait eu l'idée géniale de lacérer son ampli à coup de cutter pour lui donner cette saturation si caractéristique sur les premiers singles des Kinks, et puis, il y avait eu Sister Ray, donc... Mais rien qui ressemblât de près ou de loin à ces stridences, au son crissant que l'on peut entendre à l'intro de "Never understand" , ou sur l'insolent et ébouriffant triptique que constituent "The Living End", "In A Hole" et "Taste The Floor". Heureusement, quelques midtempos à tomber (" Cut Dead", "It's So Hard") - ce qui serait bientôt la marque de fabrique du groupe- parsemaient intelligemment le disque pour amortir l'uppercut.
Pour quiconque n'avait jamais entendu Etienne Daho chanter sous fond de perceuses électriques, le premier disque pop estampillé vrilleur de tympans serait un choc.
En bref : le Velvet de White Light...à la rencontre de chansons pop ultimes. Psychocandy ou le crossover parfait et antidote nécessaire aux années bling bling gangrénées par MTV.
La première fois que j'ai écouté ce disque, j'étais alors dans le train. Aucune envie de dormir, quelques heures à tuer raidement vautré, l'imbécilité humaine suintant autour de moi... bref, des conditions idéales. Et bien aussi surprenant que cela puisse paraître, ce sextet pop britannique au nom à rallonge réussit fortement à adoucir mon voyage. Ainsi, pendant une paire d'heures, le temps d'une double écoute, je fus confortablement lové par les belles mélodies de guitares acoustiques et les arrangements électroniques délicats de ces six ptits gars. Un puissant sentiment de bien-être et de quiétude me submergeant par moments. Voilà, en quelques mots, mon impression de ce Miracle kicker, premier album des Londoniens de Dark captain light captain.
Ce groupe, d'une certaine manière, pourrait incarner la belle rencontre des musiques pop, folk et électronique. Du folk, on retrouve l'omniprésence de guitares acoustiques et de leurs délicats arpèges donnant à certains titres (“Circles” notamment) un côté légèrement éthéré mais plutôt appréciable. De la pop, on pourra retenir un certain sens de la composition et un goût évident pour les mélodies amples. Cinq des six membres du groupe usant de leur organe, chaque titre donne lieu à de nobles et éclatantes harmonies vocales. De minutieux arrangements électroniques, réalisés par Neil Kleiner maître ès bidouillage de la formation, enrobent les dix titres du disque pour leur donner davantage de profondeur et de lustre.
Il n'y a pas à tergiverser, Dark captain light captain fait de la pop, précise et bien léchée, assez mélancolique. Ce n'est certes pas révolutionnaire mais cela dévoile par moments quelques délicieuses pièces du genre, comme la très triste “Remote view” et son hautbois dépressif ou la vénéneuse “Spontaneous combustion” et ses boucles obsessionnelles. Accessoirement, ce disque exercera également une action apaisante sur vos nerfs d'une rare efficacité en cas de situation désagréable ou vous permettra de vous remettre de vos soirées agitées dans le calme et la zénitude. Utile à plus d'un titre, ce premier album des jeunes de DCLC n'en demeure pas moins anecdotique dans le flot des sorties pop de la fin d'année 2008 et de ce début d'an neuf.
En bref : Un premier album de pop-folk soigné, bien mis en valeur par ses arrangements électroniques fins et ses belles lignes de guitares acoustiques. Peu novateur, il n'en demeure pas moins plutôt réussi. A réserver cependant aux amateurs de cocooning pop mélancolique....
Evidemment, il est hautement désagréable de voir la blogosphère s’enflammer au point de décerner par anticipation le titre d’”album de l’année 2009” à Merriweather Post Pavilion avant même que ne commence ladite année et que ne sorte ledit album (le 12 janvier). Force est de constater, pourtant, que le groupe originaire du Maryland place la barre très, très haut. Car ce neuvième disque (en comptant les EP) est simplement fantastique : une sorte de synthèse de Strawberry Jam et de l’incroyable album solo du batteur Panda Bear (Noah Lennox), Person Pitch, tous deux sortis en 2007. On parle souvent de mantras à propos des oeuvres d’Animal Collective, mais le terme me paraît inadéquat. L’expérience mystique qu’elles impliquent tient tout autant de la méditation que de l’affranchissement du corps par la danse et la transe. Jamais ce désir d’échapper à l’apesanteur n’avait autant transpiré de la musique du groupe que sur MPP. Jamais, d’ailleurs, il n’avait été formulé aussi clairement que sur l’inaugurale “In The Flowers”, cousine proche de “Comfy In Nautica” de Panda Bear : "If I could just leave my body for a night", chante Avey Tare (David Portner) avant que le morceau ne s’emballe et n’explose en spirales psychédéliques et en crissements de grillons phosphorescents.
Ce qui m’ébouriffe le plus à propos de ce disque, c’est qu’au moment où le groupe atteint des degrés d’hypnose jusque là inenvisagés, il parvient à livrer des morceaux plus structurés et plus pop que tout ce qu’il avait pu produire auparavant. Le plus bel exemple reste “My Girls”, géniale combinaison de sons rave, de candeur enfantine et d’un brin de putasserie premier degré terriblement efficace, matérialisée par des “Ooh” qui tiennent davantage de Mia que des Beach Boys. Les “girls” en question sont la femme et la petite fille de Panda Bear, dont il était déjà largement question dans Person Pitch. Plus pop encore, “Bluish” pourrait presque paraître un peu cheesy pour les puristes, mais c’est avant tout une belle chanson d’amour, lente et intensément harmonieuse. Si les mélodies sont d’une netteté inédite, l’ensemble des titres est noyé dans un océan d’échos, de boucles subliminales et de drones qui frise parfois la démence. L’utilisation systématique du sampler et celle, plus parcimonieuse, des beats 4/4 caractéristiques de la techno (sur “In The Flowers” ou “Summertime Clothes”), en disent d’ailleurs assez long sur la répartition des rôles sur MPP. Là où Avey Tare (Dave Portner) semblait avoir la main mise sur Strawberry Jam, c’est bel et bien Panda Bear qui a pris les commandes.
Déjà perceptible sur des morceaux antérieurs comme “Peacebone” ou “Fireworks”, la mutation électronique du groupe s’accélère donc sur cet opus. Dans différentes interviews, la troupe explique son attirance pour la “dance music”. A ceux qui douteraient de l’influence de la techno et de la house sur MPP, je conseille d’écouter (ci-dessous) le montage réalisé par des petits malins qui n’ont pas mis longtemps à s’apercevoir de la similitude de “My Girls” et du classique house “Your Love” de Frankie Knuckles. C’est assez bluffant. Il ne s’agit plus ici de freakfolk ou d’indie rock, et surtout pas d’électronica, mais bien d’un son nouveau, un sommet de métissage musical pour lequel aucun terme générique réducteur n’a encore été inventé.
Un titre comme “Brother Sport” parvient à marier un climat afro-caribéen à la Graceland, porté par le ping-pong vocal de Portner et Lennox, à des motifs électro obsédants et un message crypté qui pourrait tout aussi bien être une invitation néo-hippie à l’ingestion de LSD qu’une incitation au chant ou au sexe oral : “Open up your throat”... En écoutant mieux, on comprend toutefois que Panda console son grand frère après la mort de leur père. “Open up your throat” s’apparenterait donc à une sorte de “The Show Must Go On”, et la cohabitation de ces lyrics touchants et d’un instrumental euphorique et tribal ne rend le morceau que plus précieux. Autre piste annoncée sur Strawberry Jam (notamment sur “#1”) et développée ici : celle d’un minimalisme répétitif à la Philip Glass, comme sur “Daily Routine”, où les différentes séquences de claviers accélèrent progressivement jusqu’à former une seule et même nappe enveloppante.
Moins rock et moins heurté que les albums précédents, Merriweather Post Pavilion frappe à la fois par sa fluidité et la joie qui en émane. Très homogène (sûrement trop pour certains amateurs de foutoirs sonores), il est l’oeuvre d’un groupe qui sait où il va, et s’achemine peu à peu, avec une sérénité presque effrayante, vers la polyphonie pop absolue. Seule la présence de morceaux plus anodins comme “Taste” ou “Guys Eyes” l’empêche de taquiner la perfection, mais l’irritante pluie de louanges dont il est l’objet est bel et bien justifiée. Un album à acheter en vinyle, ne serait-ce que pour son artwork gerbant et hallucinogène.
En bref : Leur meilleur disque, et de loin. Une sorte de rave au coin du feu, stupéfiante rencontre des textures électroniques et des structures pop et folk, de la célébration et de l’introspection, de l’intimité et du désir collectif. Pas encore le chef-d’oeuvre du groupe, ceci dit. On prend les paris pour le prochain album ?
A noter : Avant même la sortie de ce disque, les AC sont déjà retournés en studio pour enregistrer ce qu’ils désignent comme un “album visuel”: une longue vidéo musicale conçue en collaboration avec leur ami Danny Perez, réalisateur du clip de “Who Could Win A Rabbit” en 2004. Aucune date de sortie n’est annoncée pour le moment. Et n’oubliez pas : Animal Collective en concert à Paris le 16 janvier et en province en mars.
A défaut d’unanimité, le club des explorateurs en provenance de Caroline du Sud aura suscité quelques débats chez ceux qui ont daigné lui prêter une oreille. Posons le problème d’emblée, est-il utile en 2008 de singer trait pour trait les manières d’un groupe vieux de plus de quarante ans, même si celui-ci est l’un des plus grands que la planète pop ait jamais connu ? Alors que certains comme Panda Bear par exemple s’efforcent de récupérer les canons du genre pour les arranger à une sauce nouvelle, Jason Brewer et sa bande ne s’embarrassent d’aucun superflu ni d’aucun élément un temps soit peu moderne et sortent sans complexe et avec un second degré à peine assumé un véritable album Beach Boys like (chez le label Dead Oceans, sic). Ok, ça sent un peu le manque d’imagination conceptuelle, surtout pour un premier album censé dévoiler la formation au monde entier, mais là où ça se corse et devient fichtrement intéressant, c’est quand on se rend compte (très vite dans l’écoute du disque) que Freedom wind aurait pu être un excellent album des Boys période 63/67, et non une pale copie.
De la pochette (All summer long bien-sûr) aux harmonies vocales maintes fois citées sur ce site, en passant par les orchestrations surf spectoriennes et les ambiances décalées, tout évoque, non, tout existe comme si Brian Wilson en avait été le créateur. Et il ne faudra pas vous aventurer très loin dans le premier single "Do you love me" pour y déceler des relents de "Wouldn’t it be nice", sans pour autant puer le plagiat. C’est là toute la force du sextet et de son compositeur de 26 ans Jason Brewer, à savoir sans aucune faute de goût (sur douze titres), réussir le pari insensé de réunir autant de B-Sides potentielles à un Pet Sounds, avec uniquement des compositions originales. Même Mike Lowe trouve son sosie des années 2000 dans "In the country". Et si les paroles peuvent parfois paraître affligeantes ("Do you love me ? Because I love you forever, bla bla bla…"), le résultat est pourtant lumineux, voire miraculeux sur certains morceaux ("Forever", "If you go", "Last kiss") que le mentor n’aurait pas décriés. Le mimétisme des balades harmoniques ou des morceaux pop davantage mid tempo est flagrant, mais il est tellement facile et agréable de se laisser charmer par les meilleurs faussaires de l’année 2008 que l’on en redemande.
En bref : Hommage ? Pillage ? Chacun pense ce qu’il veut mais le résultat n’en est pas moins magistral. Les B Boys réincarnés au meilleur moment de leur carrière.
Ca fait plaisir, je veux dire vraiment plaisir, de voir que tout le monde ne tourne pas à l’électro rock en 2009. Oh non, ce n’est pas que je n’aime pas ça l’électro rock, mais de temps en temps il est bon de se rappeler d’où vient la musique, et en ce qui concerne les Weakends, elle vient définitivement du garage, et peut-être même de la cave qu’il y a en dessous de votre garage. Trio bordelais dont le nom se propage comme une traînée de poudre à tous ceux qui acceptent de perdre quelques litres de sueur en une heure, The Weakends sort à présent son premier Lp (exclusivement en vinyl svp) chez Rob’s House Records, label d’Atlanta déjà en charge des Black Lips, avec qui les bordelais sont amis.
Encadrés pour l’occasion par des membres d’Adam Kesher et de Cheveu mais surtout mastérisés par le grand Lo’ Spider de Toulouse, Arnaud, David et Simon (qui se sont rencontrés aux beaux-arts) touchent avec une facilité déconcertante au rock et au punk sixties à la Yardbirds / Sonics. Comme déjà remarqué quelque part, chacun des douze titres de cet album paraîtrait inaperçu sur une compilation Nuggets de l’époque. Ne se limitant pas à ressembler aux deux formations déjà citées, The Weakends pioche aussi dans le blues punk ("Dawn of the dead"), voire le garage country ("One pill to survive") avec une classe à toute épreuve.
Complètement dégénérée et sauvage, mais non exempt de mélodies ni de swing, la production no-fi de ce power trio ne m’évoque que des louanges, notamment sur la deuxième face qui ouvre sur un "Desperate love blues" magistral. N’oublions pas non plus les deux titres inauguraux, "Long dead gone" et "Devil by my side", exemplaires. The Weakends est un disque qui passe à deux mille à l’heure et qu’on ne peut s’empêcher de remettre sur la platine, à défaut de pouvoir les suivre dans leur grande tournée américaine de Mars 2009. Menphis, Dallas, Austin, New Orleans et j’en passe, la classe pour un groupe qui vient de la cave en dessous votre garage.
En bref : Mélodies garages énergiques et imparables au programme d’un premier album qui met la barre très haut. Une bouffée d’air.
Oui je sais, il ne s’agit pas vraiment d’une nouveauté, mais sans savoir comment ni pourquoi, j’ai eu récemment l’envie de me replonger dans la discographie de ce groupe versaillais dont on n’entend plus parler. Et pour ce faire, leur troisième et dernier album, le Ladies first en question, est ce qui se prête le mieux au jeu de la présentation. Collectif de six à huit musiciens selon les cas, qui comptait dans ses rangs la fratrie Mazurel (Arnaud, Hervé, Thierry) ainsi que des amis, Jack The Ripper (en hommage à la chanson du même nom de Nick Cave) fait partie de ses groupes officiant le plus souvent dans l’ombre mais réunissant tout de même une famille de fans rendus accros par des prestations live d’anthologie, paraît-il. Aujourd’hui sans Arnaud, le groupe s’est transformé et officie sous le patronyme toujours aussi cinématographique de The Fitziarraldo Sessions.
Et ce disque dans tout ça ? Toujours mis en avant par une pochette signée Juarez Machado, il succède donc à I’m coming et The book of lies. On y retrouve les obsessions affichées pour les géants que sont The Caveman (déjà cité plus haut), Leonard Cohen et ô surprise le 16 Horsepower dont je vous avais parlé récemment au travers de Wovenhand. La voix d’Arnaud Mazurel se veut toujours aussi démoniaque et sortie d’une quelconque brume londonienne. C’est ce côté théâtral et macabre qui domine, et jamais le nom d’un groupe n’avait autant collé avec son contenu musical. On y est dans ce cabaret où "I was born a cancer" fait un éloge amer de la cigarette sous son apparente festivité déguisée. Le propos n’en est pas moins sordide, et le moyen pour en parler carrément diabolique. Le ton est donné.
Pas loin du concept album (on y croise une mère, une amante, une jeune fille, la lune, une étoile, une cigarette), Ladies first est certainement l’apothéose du groupe. Grâce à de subtils arrangements et une orchestration principale basée sur le duo violon / trompette (plutôt rare pour le format pop songs), les douze titres s’enchaînent avec élégance sur une route suave et mélancolique faîte de post-rock (au sens Radioheadien du terme), de jazz et de sonorités tziganes. J’entends même un peu de Muse (aïe) dans l’introductif "From y veins to the sea", pourtant exemplaire avec son violon et son piano. Cris de bêtes, contrebasse et mélodica sont les autres instruments que vous pourrez croiser sur ce disque. Hormis les titres déjà déballés plus haut, ne passez pas à côté de la tristesse de "Goin’ down" et "Old stars", de "White man in black", reprise en français d’un poème hongrois, de la mélancolie de "The Apemen, the bride & the butterfly" et surtout du côté très Mud Flow de "Aleister". Et là logiquement, vous devriez déboucher sur le dytique final : "Words" et "Hush". Et normalement vous appuyez sur Replay.
En bref : Glacial jusqu’à l’étouffement, Ladies first impose pourtant son charme vénéneux de western européen à ceux qui s’y plongent, et qui forcément n’en ressortent pas indemnes.
Le neuvième album d’Animal Collective est leaké depuis un bon moment et la nouvelle commence à se répandre sur les blogs : Merriweather Post Pavilion est probablement ce que le groupe de Brooklyn a sorti de plus abouti et franchement excitant en neuf ans d’activité. Nous reparlerons bien sûr très prochainement de ce disque épique à paraître le 12 janvier sur Domino et d’ores et déjà pré-commandé par une meute de fans inconditionnels. Mais pour l’heure, je tenais à vous signaler la venue de Panda Bear (Noah Lennox), Geologist (Brian Weitz) et Avey Tare (David Porter) au Bataclan le 16 janvier 2009, et l’annonce de trois autres dates françaises en mars. Notons que leur camarade Conrad Deaken, absent du disque, sera également absent de cette tournée, qui s’annonce néanmoins phénoménale compte-tenu de la qualité des vidéos live qui traînent sur YouTube et ailleurs. Dépêchez-vous de réserver, il n’y en aura pas pour tout le monde !
Paris : Le 16 janvier à au Bataclan, 50 Bd Voltaire, 11e. Tarif : 23,10 euros. Strasbourg : Le 16 mars 2009 à la Laiterie. Tarif : 20,70 euros. Lille : Le 19 mars à L’Aéronef, 168, centre commercial Euralille, Avenue Willy Brandt. Tarif : 11,70 euros. Nantes : Le 20 mars à l’Olympic, place Jean Macé. Tarifs : 12/16,60 euros.
“Brothersport”, extrait de Merriweather Post Pavilion, en live à Hyères en 2007 :
En 2008, j’avais injustement et trop rapidement classé Metronomy comme sosie de Late Of The Pier, à savoir un gros buzz médiatique engouffré dans un revival disco 80’s trop coloré pour être vrai. Loin s’en faut, et même si l’écoute enchaînée de Nights out, l’album dont est issu ce maxi dévastateur, m’avait évoqué l’exploration d’un gruyère, à savoir de très bon morceaux mais pas mal de trous, ce "My heart rate rapid" et les remix qui vont avec sont pourtant de très belle facture et m’ont sans cesse accompagné au casque ou en plein air durant les fêtes passées.
Petit retour indispensable sur la courte histoire de ce groupe dont on peine à cerner les frontières, Metronomy en studio ne dépend que d’un seul homme, le jeune anglais Joseph Mount qui à l’instar d’un Calvin Harris ou d’un Jim Noir a passé beaucoup de temps au fond de sa cave à construire et déconstruire une électro pop certes à la mode, indéniablement, mais surtout diablement inspirée et imaginative. Connu pour ses remix (Klaxons, Franz Ferdinand…) plus que pour son premier album largement passé inaperçu, le londonien batteur de formation est un exemple de production directe et spontanée, à laquelle vient à peine se greffer un mastering un peu plus pro. Et si je vous parlais de frontières incertaines c’est parce qu’en live Metronomy est un trio, à part entière parait-il.
Mais revenons à ce qui nous occupe, ce maxi qui compte parmi les meilleurs morceaux de Nights out (avec "Radio Latino", "Heartbeaker" et "Holiday"). Si comme moi lors d’un Dj-ing amateur vous avez eu du mal à enchaîner derrière un "Skitzo dancer", un "Rapture" ou un "Circuit", craignant forcément une perte d’intensité danceflooristique, "My heart rate rapid" devrait vous octroyer quelques minutes supplémentaires de répit, mais n’en laissera aucune à vos sujets dansants. Loin du plat Ed Banger qui commence à sentir le réchauffé, Metronomy sent délicieusement bon le cheap rétro, à commencer par une pochette pastel évoquant d’anciens moments de plaisir passés à l’Aquasplash le plus proche de chez vous, en moule burnes au milieu de vos pairs.
Le morceau en question, l’original, même pas le remix, délicieusement vintage, vous attaque de plein fouet avec ses lourdes basses rapidement rejointes par un synthé vaguement répétitif. Break. Monté. Explosion. Guitare. Deuxième synthé. Voix gonflées à l'hélium. Tout est dit. Le morceau, tel un toboggan de parc d’attraction ne vous lâchera plus pour finalement vous recracher lessivé au bout du tunnel. Même le Maton Retromix de la deuxième face, façon dance 90’s à la Floorfilla ne vous donnera pas la même trempe. En revanche "Mathias Gathering" et "Primary 1’s love letter to Metronomy" sonnent comme deux bons intermédiaires au mêmes rythmes discopunk à la Vitalic.
En bref : Sautillant et enivrant, "My heart rate rapid" sonne comme l’un des meilleurs morceaux électro pop de l’année passée, et donne envie de fouiller un peu plus l’album dont il est extrait.
Depuis maintenant 20 ans - seigneur que le temps passe vite - le label Real World, créé en 1989 par l'ex-Genesis Peter Gabriel, n'a eu de cesse de promouvoir et diffuser la musique dite « world », en particulier les artistes africains et asiatiques contemporains. Un travail de défricheur explosant les frontières musicales nationales pour porter à nos oreilles des sonorités nouvelles ou méconnues en provenance des quatre coins du globe.
Avec A town called Addis c'est l'Ethiopie, berceau de l'Humanité, terre mythique des rastafariens, qui est à l'honneur. Le disque est en effet le fruit de la rencontre entre Nick Page, alias Dubulah ou Dub Colossus, guitariste et compositeur britannique formé auprès de Michael Riley (Steel Pulse), et plusieurs chanteurs traditionnels azmaris de la capitale éthiopienne.
Globalement, le titre retenu, Dub Colossus - A town called Addis, ne ment pas sur le contenu de cet album. Au fil de ses onze vastes plages, se succèdent ainsi les ambiances dubisantes, dominées par des variations instrumentales grisantes et des incursions de chants populaires transis. Nick Page fait sienne l'histoire musicale de son pays d'accueil.
Entouré des chanteuses Sintayehu Zenebe et Teremag Weretow, du saxophoniste Feleke Hailu et du pianiste Samuel Yirga, il reprend à son compte la voie épurée des sonorités mystiques des hauts plateaux érythréens, les accomodant de ses influences électroniques et reggae. En résultent de grands moments de recueillement, de poésie et d'envol, où les lyres (krar), luths (macinko) et autres doubles tambours traditionnels (kebero) le disputent à la solemnité d'un piano classique éthio-jazz ou d'un riddim importé tout droit de Kingston.
Difficile d'honorer ici un titre plutôt qu'un autre. « Azmari dub » ouvre le disque sur une note très reggae, fortement influencée par les productions du « Salvador Dali jamaïcain » Lee Perry, avant de laisser apparaître la voix vibrante et douloureuse de Sintayehu Zenebe, « l'Edith Piaf éthiopienne ». Sa supplique écorchée foule le sol terreux des rues d'Addis-Abeba et nous transporte dans les faubourgs populaires de la ville. Enivrés, nous la suivons en spectres émerveillés. « Entoto dub », morceau suivant, richement instrumenté, se distingue par sa profondeur et son traitement nettement plus contemporain. De « Tazeb Kush » et sa pop-jazzy ahmarique aux variations de piano classique d'« Ambassel in box », via le dub mystique de « Shem city steppers », la rencontre entre le compositeur britannique Nick Page et les artistes éthiopiens en présence est symbiotique. On ne remerciera certainement jamais assez Real World pour sa contribution au patrimoine musical mondial.
En bref : Fouler le sol rocailleux et chaud du « toit de l'Afrique », berceau de l'Humanité, n'a pas prix. Il en va de même pour ce précieux album à tendance dub, à la fois transcendant et terrestre, fruit de la belle entente d'un compositeur britannique et de musiciens populaires éthiopiens.
La salsa n'est pas une musique que l'on écoute confortablement installé dans son salon, l'on en conviendra. Globalement réservée aux pistes de danses échauffées et moites de quelques clubs pseudo-cubains ou hispanisants de notre hexagone, elle ne fréquente que très rarement nos platines, pour ne pas dire jamais. Elle est une musique populaire mais, paradoxalement, méconnue ou ignorée.
Pour nous tous, les labels Because et Mr Bongo organisent un cours de rattrapage, livré sous forme d'une double compilation à la pochette, il faut le dire, bien disgracieuse. Ce point de détail oublié, un premier disque rassemble une série de remixes des plus grands titres du label new-yorkais Fania, créé en 1964 et véritable Motown de la salsa et des musiques afro-caribéennes, accompagnés, dans une seconde galette, des versions originales. I like it like that, oeuvre d'intérêt général, fait amende honorable et redore le blason d'une musique quelque peu flétrie par le temps. Au-delà de cela, elle livre également une kyrielle de réappropriations réussies et rafraîchissantes, toujours respectueuses et parfois audacieuses, qui donne tout son attrait à cette grande réouverture de catalogue musical. Un travail de grande qualité, documentaire et créatif, qui n'est pas sans rappeler celui accompli depuis des années par les Anglais de Soul Jazz Records. Je pense en particulier aux compilations Nu Yorica Roots!, Tropicalia ou encore New Orleans Funk.
Fania a commencé son histoire au milieu des sixties comme une petite entreprise, co-fondée par le compositeur dominicain Johnny Pacheco et son avocat Jerry Masucci. Dès le second album produit par le duo, Heavy smokin' de Larry Harlow en 1965, le label trouve sa griffe. Des arrangements foisonnants et modernes associés aux sons traditionnels afro-caribéens de la salsa, du boogaloo (sorte de soul music latine) et du jazz latin. La paire de producteurs met sur orbite une rafale d'artistes à succès, particulièrement reconnus pour leurs prestations live. Celia Cruz, Ray Barretto, Ruben Blades, Willie Colon et Hector Lavoe parmi les plus fameux. Avec eux, Pacheco forme le supergroupe Fania All Stars (ci-dessous) et sévit à Greenwich Village lors de concerts endiablés devenus depuis légendaires. Leur performance au Cheetah, un club de Manhattan, en 1971, restera dans toutes les mémoires. Editée en cd la même année, elle deviendra le disque de musique latine le plus vendu de tous les temps.
Tous les plus grands hits du label new-yorkais sont présents dans I like it like that et passés au crible du remix. Pour ce faire, rien n'a été laissé au hasard et un casting de grande classe a été réuni. Pour ne citer que quelques noms, on peut évoquer le grand « Little » Louie Vega (Masters at work), Gilles Peterson, 4 Hero, Ashley Beedle (Ballistic brothers, Black science orchestra...) ou encore Andy Smith, le dj de Portishead. Bref, des pointures.
C'est le producteur et remixeur londonien Aaron Jerome, grand adepte du 2-step, qui s'y colle en premier pour une version subtile de tube planétaire de Peter Rodriguez qui a donné son nom à la compilation. Enchaînée avec le titre instrumental « Happy soul with a hook » de Dave Cortez, de solides gages de qualité nous sont d'emblée délivrés. Ce ne sont pas les Bugz in the Attic, avec leur scintillante track disco-funk, qui désavoueront leurs précédents camarades. A base de synthétiseurs et de basses montées sur ressorts, le collectif de dj's britanniques lustre le titre de Willie Colon et Ruben Blades, « Plastico », et ménage une piste de décollage royale à la voix divine de Blades. Vient ensuite Louie Vega. Le new-yorkais d'adoption, grande prêtre de la musique house des années 90, propose un travail de remix léger sur « Mi gente » d'Hector « La voz » (la voix) Lavoe. Une version respecteuse de l'original mais presque trop timorée. Peut-être faut-il rappeler ici que Louie Vega est le neveu de Lavoe et en déduire une certaine retenue de la part de l'ex-Master at work.
Aucun des 15 titres en présence sur I like it like that ne jure ou ne dépareille réellement, du reste, un sommet semble être atteint avec « Saona » de la chanteuse Nora Morales, recomposé ici par l'illustre Gilles Peterson (ci-contre), fondateurs des labels Acid Jazz et Talkin' Loud. Peterson est littéralement touché par la grâce et propose la plage la plus profonde et enivrante du disque. Sept minutes de groove hypnotique, d'accords de piano baroques et destabilisants, de voix spectrales et de transe synthétique. C'est tout simplement délicieux. God loves Gilles Peterson ! Je serais tenté de vous dire que pour ce seul titre I like it like that mérite le détour. Je ne le ferai pas, ce serait faire offense aux quatorze autres réussites qui l'accompagnent.
En bref : Réouverture luxueuse du catalogue du label new-yorkais Fania, véritable mythe de la musique latine et caribéenne des années 60-70. Une série de remixes délicieux, servis par quelques pontes de la musique électronique, et accompagnés de leurs versions originales. Entre leçon d'histoire et travail de (re)création, une double-compilation d'intérêt général. Mention spéciale à Gilles Peterson pour sa version sublime de « Saona » de Nora Morales.
2009 pourrait bien être l’année de Matt Ward. L’actualité du songwriter de Portland n’a en effet jamais été aussi riche. Son nouvel album, successeur du génial Post-War (2006), paraîtra le 17 février sur Merge Records, et il viendra le présenter à Paris le 26 du même mois. Hold Time comprendra 14 titres dont des collaborations avec Lucinda Williams, Jason Lytle (leader des défunts Grandaddy), Tom Hagerman (DeVotchKa) et Zooey Deschanel. Avec cette dernière, M. Ward donnera également dans les prochains mois une suite au Volume One de She & Him paru cette année. Enfin, le projet de supergroupe qui l’associerait à Conor Oberst (Bright Eyes) et Jim James (My Morning Jacket) est toujours dans l’air, sans qu’aucune date n’ait été annoncée. J’en connais certains qui se couperaient un bras pour voir ça.
Une seule chanson du nouvel album a été mise en ligne pour le moment. Pour l'écouter, visitez son site et cliquez sur le bouton du vieux téléviseur de la page d'accueil.
Mise à jour : L'intégralité de l'album en streaming ici.
Le 26 février 2009 à 19h30 au Café de la Danse, 5 passage Louis-Philippe, Paris 11e. Tarif : 22 euros (+ frais de loc.)
Apparu en fanfare il y a deux ans avec son 1983 EP, Steven Ellison alias Flying Lotus a signé chez Warp en 2007 et tranquillement poursuivi son ascension cette année avec la sortie de l’album Los Angeles, qui fait ici l’objet d’une seconde salve de remixes. Souvent considéré comme un producteur de hip-hop instrumental, le musicien de Winnetka (Californie) est tout aussi proche d’une électronica à la Boards Of Canada, même si ses beats rappellent autant Prefuse 73 que Madlib. Petit neveu d’Alice Coltrane, il a visiblement hérité d’un goût pour le défrichage musical et l’expérimentation.
Pour moi qui ai tendance à me plaindre du manque de créativité du hip-hop ces dernières années, de tels artistes sont des bénédictions. Organique, tout à la fois jazzy, brut de décoffrage et délicatement psychédélique, le son de Fly Lo incarne sans nul doute l’avenir du genre, ou du moins l’une des pistes qu’il pourra emprunter dans les années à venir. Au lieu de laisser tourner une mélodie samplée sur une rythmique fixe, le jeune prodige se laisse guider par les textures et les sons concrets et développe un dogme de l’accidentel directement issu du jazz et de l’ambient. Crépitements, bleeps et autres débris sonores n’ont rien de décoratif : ils sont au centre du processus créatif. Les beats n’en sont pas moins saignants et bouncy - n’oublions pas que notre homme vient de la West Coast, et les infrabasses font le lien avec la scène dubstep britannique, avec laquelle il entretient d’étroites relations.
Alors que le premier EP de la série contenait quelques inédits, celui-ci n’offre aucune nouvelle prod mais d’excellents remixes, tous réalisés par des petits gars qui montent. Samiyam, avec qui il avait brièvement collaboré au sein de FLYamSAM, livre une superbe version de “Grapesicles”, très influencée par Jay Dee pour ses petites touches de claviers soulful. Dans le même esprit, Nosaj Thing, dont le premier album sortira d’ici peu, met “Camel” en sourdine pour un remix cotonneux comme un cumulus. “Roberta Flack”, l’une des plus belles pièces de Fly Lo, subit quant à elle deux traitements radicalement différents : tandis que Martyn syncope la mélodie et insère des percus, l’Irlandais Mike Slott, moitié des recommandables Heralds Of Change, fait scintiller de féeriques nébuleuses synthétiques et emporte la mise. Assurément l’un des deux moments forts du disque, l’autre étant le dantesque “Secrets (Soundmurderer Refix)”, avec son surprenant final jungle. Quant au remix de Ras G, presque dénué de beat, il fait un peu office d’intrus sur cet EP. Il n’en reste pas moins un intéressant track d’ambient qui fera verser une petite larme aux amateurs de Sabres Of Paradise.
Si à tout hasard vous vouliez acheter ce vinyle, qui en somme ne contient que des bombes, faites vite, car il risque de connaître le même destin que le premier volume, qui a atteint les 100$ sur Ebay en seulement quelques semaines. Sinon, il sera toujours possible de se rabattre sur la version digitale, avec trois autres remixes comme lot de consolation.
En bref : Une très belle série de remixes qui confirme encore la créativité de Flying Lotus et de toute la nouvelle garde de producteurs qui l’entoure. Un son indéfinissable, quelque part entre ambient, dubstep et hip-hop abstrait. Et si c’était ça, l’avenir ?
Arcade Fire est effectivement le premier nom qui vient à l'esprit à l'écoute de ces 9 chansons brûlantes et frémissantes, dans lesquelles le chant gospel côtoie une certaine spiritualité qu'on aurait tort de ne labelliser que chrétienne. Il s'agit avant tout, comme de plus en plus dans la pop pastorale, de Besnard Lakes, Blanche aux freudiens Fiery Furnaces (relation frère/soeur) d'une véritable affaire de couple qui unit les Metcalf.
Et que c'est davantage le ravissement de jouer ensemble, et sans doute une quête écolo qui donne à cette musique toute sa fièvre, toute cette ferveur exacerbée. Pour autant, et bien qu'en en faisant des tonnes dans la vocalise qui s'installe et qui dure au sein d'un même morceau, rien de tout ce qui nous est donné d'entendre ne sonne vain, ni n'est teinté d'affect ; pas de sentiment de surenchère inutile donc, juste l'impression d'écouter de la vraie bonne musique, bien écrite, bien interprétée, et où affleurent quelques unes des plus importantes influences pour ce qui est des groupes mixtes.
Il y a certainement du Abba comme source évidente d'inspiration sur le debut album Ears Will Pop & Eyes Will Blink (2008). C'est à ce bel unisson de voix, à cette foi en le couple qui déplacerait des montagnes que l'on doit sans doute des splendeurs comme "Only You", "Gold Tan Peach And Grey", le monumental "Under The Pines" avec son intro échappée d'un vieux Alice Copper, et son refrain épique qui n'est pas sans évoquer la vibe enchanteresse de Bright Eyes.
Ailleurs, et presque tout le temps, c'est aux Belle And Sebastian première époque que font penser ces mini-symphonies que sont "Darling, I LoveYou" ", Water Here" ou "Even in a Cave". La tessiture des voix, leurs mélanges rappèlent le meilleur de la mixité folk américaine, qu'il s'agisse des fabuleux Mamas And Papas ou bien des tout aussi essentiels 5th Dimension. Ces chansons sont belles, tout simplement, l'album est homogène dans sa qualité, tout est bien exécuté ; voila un album qui restera. Le disque est sorti durant l'été 2008 et a plutôt recueilli des suffrages laudatifs et polis.
Tout est affaire de bon goût chez cette chorale de quatre personnes (eh non ils ne sont pas 15), jusqu'à son nom emprunté au livre de nouvelles de Rosanne Cash. L'americana, genre galvaudé s'il en était, est en passe de renaître de ses cendres avec ce nouvel orchestre d'une finesse mélodique et d'une justesse sans faille.
En bref : au moins 10 références de groupes majeurs à l'écoute de cette oeuvre-là, et surtout un songwriting admirable, une interprétation à faire se dresser les poils. La révélation/confirmation folk de 2008 avait pour nom les Bodies Of Water.
Comment taire plus longtemps l’existence d’un tel groupe ? C’est toujours la copie rendue que l’on se rend compte de ce que l’on a oublié. Bodies Of Water pour certains, The Wave Pictures pour moi, qui à mon humble avis méritait largement d’être cité au moins une fois. Certes ce trio anglais de Wymeswold n’invente rien, ou si peu, mais l’heure de musique déversée par ce véritable premier album (le six ou septième si l’on compte les Cd-r distribués ici ou là) est tout bonnement parfaite. Présenté comme un disque de folk à la Stanley Brinks (avec qui ils partagent une forte amitié, tout comme avec Coming Soon ou Jeffrey Lewis), Instant coffee baby est pourtant en ce qui me concerne un pur album de brit pop simple et addictive. Et quand je dis simple, je ne parle pas des compositions ni des textes, nous y reviendrons, je parle plutôt d’une certaine simplicité lo-fi à l’enregistrement (live d’ailleurs) qui il est vrai peut évoquer la fratrie Herman Düne époque Not on top, notamment sur le titre éponyme, "Friday night in Loughroubgh" et "I remembered". Pour ces deux-là, le rythme entraînant, les lalala lala et autres chœurs rappellent effectivement le style folkeux. Pour le reste, ça n’est pas si simple.
Groupe vieux de dix ans déjà emmené par le génial Dave Tattersall à la voix légèrement nasale si particulière, les Wave Pictures anciennement Blind Summit comptent également dans leurs rangs Franic Rozychki et Jonny Helm. Libre comme l’air, le trio joue de l’acoustique comme si c’était de l’électrique, avec un romantisme anglais affriolant et profond, immanquable sur "Avocado baby" ou sur le hit "Just like a drummer" qui affiche une science du break, du rythme et du mouvement à toute épreuve. Alliés à des chœurs qui se transforment en harmonies vocales, ces effets en font un classique instantané. Cela me ramène aux structures, assez simples finalement, généralement constituées d’une intro, d’un solo de guitare, et d’un final en chœur, entre potes. Schéma rassurant et traditionnel rarement perturbé par une ou deux ballades late 50’s / early 60’s comme "Red wine teeth" ou "January and December", tout en arpèges ensoleillés, encore que "Cassius Clay", le titre clôturant l’album, remporte haut la main la palme de cette catégorie.
L’autre force encore non évoquée de cet album et de ce groupe en général, contrairement à bon nombre de leurs contemporains, c’est l’immense qualité des textes, débordants d’humour et d’imagination, et plutôt facilement compréhensibles pour les semi-anglophones. Dans "Stange fruit for David", David justement, dans un pont mélodique indescriptible assassine l’auditeur par son riff et ses paroles imagées : "A statue is a statue, and marmelade is marmelade, but a statue of marmelade is still a statue". Moi ça m’éclate, surtout avec ce changement de rythme si précieux soutenu par de si jolis violons. En fait du premier riff de "Leave the scene behind" en passant par l’intro ukulélé de "Kiss me", tout est inspiré et cohérent. Entre les deux, vous trouverez des soli de guitares (sur quasiment tous les titres), un solo de saxo (sur "I love you like a madman"), un calypso asséné par une guitare surf (sur "We come alive"), des refrains, des chœurs, des mélodies, des claps, j’en passe et des meilleurs. Le label Moshi Moshi tente pour le coup de relancer l’un des secrets le mieux gardé de la perfide Albion comme on dit, et là cela semble vraiment être le cas. En toute objectivité, je n’avais pas ressenti ça depuis Adam Green, Jonathan Richman, Suede et autres Smiths, c’est peu dire.
En bref : Treize titres de brit pop parfaite sans aucune fausse note. C’est possible de modifier son classement 2008 ?
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Kid - qui n'en était plus un depuis longtemps - a toujours fait toujours très fort au niveau de ses pochettes. Personne n'a oublié l'emballage sleazy de Kill Your Darlings (2001), et c'est justement parce que ce dernier remontait à plus de 7 ans, qu'on s'était précipité comme des morts de faim sur ce 3ème effort du DJ Shadow des Hauts de Seine.
Jamais là où on l'attend, artiste imprévisible entre tous, qu'allait nous pondre ce coup-ci Jean-Yves Prieur, après l'easy-listening raffinée de A Grand Love Story (98), les différentes déclinaisons DJ Kicks, les soundtracks lounge, le parti pris plus rentre-dedans avec guitares de Kill...? Réponse, Kid Loco fait du Kid Loco, sans que ce nouvel LP ne rabâche en quoi que ce soit les sonorités enchanteresses des albums précédents. Kid sait se renouveler, tout en gardant ce son qui lui est propre, et qui a fait de lui l'un des fleurons de la french-touch. L'essentielle nouveauté est le parti pris chanté de ces 11 pistes, là où le Kid naguère, usait d'instrumentaux ou de voix féminines diaphanes pour enivrer son monde. Alors, l'on trouve un peu de tout, dans cet océan d'orgue Hammond, ici instrument phare. Cela va du Air d'avant la boboïsation, époque Virgin Suicides sur un "Theme From The Graffiti Artist" qui reprend un score précédemment enregistré par notre homme. L'irrésistible "The Specialist" évoque lui aussi l'univers ensorcelant des versaillais avec un hypnotique orgue où les Charlatansrencontrent Sofia Coppola via Air.
Le natif d'Antony, d'humeur accorte, nous sert aussi un réjouissant morceau de country pure à grand renfort de slide, "Love Is A ll Around" et qui ne dédaigne pas lui aussi loucher vers le dance-floor, changeant d'option instrumentale en cours de route. Puis ce sont les scratches exercices de style sur le lascif "Oh Lord" d'ouverture, ou bien encore "Pretty Boy Floyd".
Cymbalum et cloches Morriconiennes sont au menu du rétrofuturiste "Hijack Blues #9". Il y a enfin et surtout, bien nichée au coeur du disque et nullement mentionnée au verso de la pochette, cette invraisemblable reprise du "Ann" des Stooges, totalement entêtante, justifiant amplement son statut de cover de l'année, en tout cas une reprise utile, et qui apporte quelque chose à l'original/
Il n'y en a pas tant.
En bref : Kid Loco nous la joue pop rétro, et reprend du service à temps plein derrière le micro, avec une jubilation forçant le respect, qui donne furieusement envie de trépigner.